Ce site présente l'histoire de l'Afrique du Nord avant les conquêtes arabes – This website presents the history of North Africa before the Arab conquests – يعرض هذا الموقع تاريخ شمال إفريقيا قبل الفتوحات العربية
Aurelius Victor, appelé aussi Victor Afer, est un historien romano-africain du 4° Siècle, considéré comme l’historien de référence pour cette époque. Il a écrit un ouvrage monumental sur l’histoire de la Rome impériale, de l’Empereur Auguste aux successeurs de Constantin.
Victor Afer en train d’écrire – Image créée par ChatGPT
Origines et débuts
Sextus Aurelius Victor est né vers 320, dans une région rurale d’Afrique du Nord (peut-être vers Leptis Magna). Il grandit dans la pauvreté et est le premier de sa famille à avoir appris à lire et à écrire. Il étudie d’abord à Carthage, puis à Rome. Il fait ensuite carrière dans l’administration romaine et est envoyé dans les Balkans, une région au cœur du système civil romain. En tant que fonctionnaire, il est témoin de la guerre civile des années 350, sur laquelle il reviendra dans son œuvre. Son surnom, Victor Afer, fait référence à ses origines africaines.
Manuscrit de De Caesaribus, de Victor Afer
Vers 360, il se fait connaître en publiant un ouvrage historique : De Caesaribus (Des Césars), qui couvre toute l’histoire de l’Empire romain, de sa fondation par Auguste jusqu’au règne de Constantin, le premier Empereur à avoir adopté la nouvelle religion chrétienne, et de son fils Constance II. Son livre devient vite un ouvrage historique de référence.
Victor Afer et l’Empereur Julien
Pièce d’or à l’effigie de l’Empereur Julien
En 361, le nouvel Empereur Julien, qui admire son œuvre, convoque Victor Afer à sa cour à Naissus (Niš, en Serbie actuelle), la ville de naissance de Constantin, et le nomme gouverneur de la province de Pannonie. Julien fait même construire une statue de bronze en son honneur à Naissus.
L’ambition de l’Empereur Julien va au-delà de la promotion d’un historien talentueux : Julien, le neveu de Constantin, a renié son éducation chrétienne et cherche à rétablir la religion traditionnelle romaine comme le culte officiel de son Empire. Pour cette raison, il est surnommé « Julien l’Apostat » par les historiens chrétiens. Victor Afer est également païen, comme Julien, alors que la majorité de la population romaine est déjà chrétienne à cette époque. En recrutant Victor Afer, Julien veut faire de lui un allié dans son ambitieuse vision : restaurer la gloire passée de la Rome antique, en rétablissant le culte des dieux de ses ancêtres.
Julien est tué au combat contre les Perses après deux ans de règne. Son projet de rétablissement du paganisme a échoué. Tous les Empereurs romains après lui seront chrétiens.
Par la suite
Victor Afer préfet de la ville de Rome – Image créée par ChatGPT
La carrière publique de Victor Afer n’est pas terminée pour autant : il continue à gravir les échelons de l’administration romaine, jusqu’à devenir consul. En 389, il est même nommé préfet de la ville de Rome. Cette nomination est d’autant plus surprenante qu’il a été choisi par Théodose le Grand, un Empereur réputé pour son hostilité envers les païens, qui a proclamé le christianisme comme religion officielle de l’Empire !
Tout au long de sa carrière, Victor Afer continue aussi son travail d’historien. Ses fonctions civiles font de lui un témoin privilégié des intrigues politiques de son époque, qu’il expose et analyse dans son œuvre. En plus de son ouvrage principal, De Caesaribus, il a également écrit De Viris Illustribus (Des hommes illustres), une collection de courtes biographies de personnages importants de l’histoire romaine. Un livre Origo Gentis Romanae (Origines du peuple romain) lui était attribué dans le passé, mais cette attribution est aujourd’hui contestée.
Bien que Victor Afer était païen et très critique de Constantin et des autres Empereurs chrétiens, son œuvre était néanmoins très appréciée aussi de ses contemporains chrétiens. Le Père de l’Eglise Jérôme de Stridon, dans une de ses lettres, demande au destinataire de lui envoyer une copie de l’œuvre de Victor Afer.
Ammien Marcellin
Malheureusement, l’œuvre de Victor Afer est largement perdue : seule une édition abrégée de De Caesaribus est parvenue jusqu’à nous. Ammien Marcellin, un autre historien contemporain de Victor Afer, qui le connaissait, est plus connu aujourd’hui. Pourtant, de son vivant, Victor Afer était considéré comme l’historien de référence pour cette époque mouvementée de l’histoire romaine.
Plusieurs auteurs de l’Antiquité tardive (5°-6° Siècle) ont joué un rôle particulièrement important dans la préservation de l’héritage culturel antique, notamment de la littérature classique gréco-romaine, à travers les crises qui ont secoué le monde romain à cette époque. Ces auteurs étaient très populaires dans le monde occidental au Moyen-Âge, car, avant la redécouverte des textes classiques originaux à la Renaissance, la sagesse du monde antique n’était connue que par leur intermédiaire. Plusieurs de ces auteurs, notamment Macrobe, étaient originaires d’Afrique romaine, tandis que d’autres, comme Boèce et Cassiodore, avaient des liens avec l’Afrique du Nord. Cet article est le sommaire de notre série sur les passeurs de culture.
Les trois principaux passeurs de culture : Macrobe, Boèce et Cassiodore
Cassiodore était un homme d’Etat, philosophe et théologien d’origine romaine, qui a servi à la cour du Royaume Ostrogoth d’Italie. En tant que fonctionnaire du roi Théodoric le Grand et de son successeur Athalaric, il était en charge des relations diplomatiques avec le Royaume Vandale de Carthage. Après la reconquête byzantine de l’Italie, il s’est installé à Constantinople, où il a beaucoup contribué à faire connaître les théologiens chrétiens occidentaux, notamment Augustin d’Hippone, dans les régions orientales de l’ancien monde romain.
Origines et carrière
Magnus Aurelius Cassiodorus Senator est né vers 490, à Scylletium (près de Catanzaro), au Sud de l’Italie. Senator n’est pas un titre, mais fait partie de son nom. Sa famille, d’origine syrienne, avait exercé de hautes responsabilités depuis plusieurs générations : son arrière-grand-père était un officier militaire chargé de la défense du Sud de l’Italie contre les attaques vandales ; son grand-père avait pris part à une ambassade romaine auprès d’Attila le Hun ; et son père était un haut fonctionnaire au service d’Odoacre, puis le préfet du prétoire (commandant de la garde personnelle) de Théodoric le Grand.
Vers l’âge de 20 ans, le jeune Cassiodore a commencé sa carrière publique sous les auspices de son père. Il devient questeur, puis consul, puis succède à Boèce en tant que magister officiorum (chef du gouvernement), en 523. Cassiodore connaissait certainement son prédécesseur et partageait son ambition de préserver l’héritage classique gréco-romain. Les documents officiels qu’il a écrits ne mentionnent cependant pas l’emprisonnement et la mort de Boèce.
Pièce de monnaie à l’effigie de Théodoric le Grand
Cassiodore est chrétien catholique, comme la majeure partie de l’Italie, tandis que les Goths au pouvoir en Italie étaient ariens. Alors que Théodoric s’était auparavant montré assez tolérant, les dernières années de son règne sont marquées par une persécution croissante des catholiques de son royaume, motivée par la persécution des ariens dans l’Empire byzantin. Dans ce contexte, Cassiodore parvient à se maintenir dans les cercles du pouvoir grâce à sa loyauté totale au roi et au pragmatisme dont il fait preuve dans la gestion des affaires d’Etat.
Athalaric
Théodoric meurt en 526. Son neveu Athalaric, qui lui succède, n’est qu’un enfant. Cassiodore demeure au service de la cour royale. A cause de ses talents littéraires, il est souvent sollicité pour rédiger des documents publics. Il exerce aussi des fonctions diplomatiques, notamment auprès du Royaume Vandale de Carthage. Ainsi, il est témoin direct de la révolte de Gélimer contre le roi vandale Hildéric, puis de la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, des événements qu’il mentionne dans ses lettres. Au cours de ces années, il collabore aussi avec le pape Agapet I à l’établissement d’une bibliothèque de manuscrits grecs et latins à Rome.
En 533, Athalaric nomme Cassiodore préfet du prétoire pour l’Italie, la fonction la plus prestigieuse à sa cour. Athalaric meurt peu après, des conséquences de son alcoolisme. La suite de la carrière de Cassiodore et marquée par la reconquête progressive de l’Italie par les Byzantins.
Après sa carrière publique
Portrait de Cassiodore
En 537, Cassiodore renonce à ses responsabilités et quitte l’Italie pour Constantinople. Il passera deux décennies dans la capitale impériale, au cours desquelles il se découvre une nouvelle vocation : combler le fossé entre Orient et Occident, en apprenant aux Grecs de l’Empire byzantin, aux survivants de l’ancien Empire romain d’Occident et aux nouveaux royaumes « barbares » à mieux se connaître et se comprendre mutuellement. Pendant son séjour à Constantinople, il approfondit aussi sa culture théologique par la découverte des théologiens chrétiens orientaux. Il rencontre notamment Junillus Africanus, le questeur du palais de l’Empereur Justinien, qui est d’origine nord-africaine. Junillus Africanus a écrit un traité de théologie inspiré d’une école théologique orientale, que Cassiodore contribuera à faire connaître en Occident. En même temps, il fait découvrir aux chrétiens orientaux à Constantinople la théologie chrétienne occidentale, notamment le Romano-Africain Augustin d’Hippone, qu’il admire particulièrement.
Monastère de Vivarium, représenté dans un manuscrit médiéval de Cassiodore
Après sa retraite, il retourne en Italie, où il fonde le monastère de Vivarium, sur son domaine familial en Calabre (Sud de l’Italie). Les moines qu’il accueille se consacrent surtout à la copie de manuscrits, à la fois grecs et latins, chrétiens et païens. Cassiodore meurt vers 585, dans son monastère, âgé de plus de 90 ans.
Son œuvre
Pendant sa carrière publique à la cour des rois des Goths, Cassiodore a écrit un grand nombre de lettres officielles, qui contiennent de précieux renseignements sur cette période mouvementée.
Getica, de Jordanès, notre principale source sur l’histoire des Goths, est inspirée de Cassiodore
A la même époque, il a écrit une Histoire des Goths, probablement le premier ouvrage historique consacré à ce peuple. Cet ouvrage est perdu, mais son contenu est largement préservé dans la Getica, de Jordanès, un auteur d’origine gothique du 6° Siècle. Il a écrit aussi une Chronique de l’histoire du monde en une séquence ininterrompue de souverains, Romains et Goths, dans l’objectif de légitimer les Goths comme héritiers de l’Empire romain.
Pendant son séjour à Constantinople, Cassiodore s’intéresse surtout à la théologie. Il a écrit notamment un Exposé sur les Psaumes, ainsi qu’un traité De l’âme et une Histoire ecclésiastique, sur l’histoire de l’Eglise de 324 à 439.
Après la fondation du monastère de Vivarium, Cassiodore a écrit les Institutions du savoir divin et séculier, destinées à guider les moines dans leurs études. Cet ouvrage attache une grande importante à l’étude des sciences profanes et de la littérature classique : comme Augustin d’Hippone, Cassiodore les voit comme des outils pour mieux comprendre les textes sacrés.
Codex Amiatinus
Toujours pour le Vivarium, Cassiodore a fait réaliser une copie complète de la Vetus Latina, l’ancienne traduction latine de la Bible avant la Vulgate. Ce manuscrit, appelé le Codex Grandior, est perdu, mais il a probablement servi de modèle pour le Codex Amiatinus, le manuscrit complet le mieux préservé de la Vulgate, copié vers 700, au Nord de l’Angleterre, sur plus de 500 peaux d’animaux.
Enfin, il a écrit un livre Sur les arts libéraux et un livre De l’orthographe, qui est une compilation de l’œuvre de huit grammairiens.
Cassiodore attachait une grande importance à l’éducation populaire et a beaucoup contribué à la diffusion à la fois d’auteurs classiques gréco-romains et d’ouvrages théologiques chrétiens. Son rôle dans la préservation de l’héritage culturel antique au cours du Moyen-Âge est inestimable.
Boèce était un homme d’Etat et philosophe romain du 6° Siècle de notre ère, qui a joué un rôle important dans la traduction des textes classiques grecs vers le latin. Né en Italie, quelques années après la chute de l’Empire romain, il a servi dans l’administration de Théodoric le Grand, le fondateur du Royaume Ostrogoth d’Italie. Il n’était pas d’origine nord-africaine, mais les événements survenus dans le Royaume Vandale de Carthage, un proche allié de Théodoric, ont joué un rôle important dans sa vie.
Vie et œuvre de Boèce
Anicius Manlius Severinus Boethius est né à Rome vers 480, quelques années après la chute du dernier Empereur romain Romulus Augustule. Il était issu d’une famille romaine riche et influente, qui avait cependant beaucoup perdu de son influence au cours des troubles qui ont précédé la chute de l’Empire romain. Après le décès de son père, qui était consul, dans son enfance, il a été élevé par l’aristocrate romain Quintus Aurelius Memmius Symmachus, qui lui a fait découvrir la littérature classique. Par la suite, il épousera la fille de son père adoptif, Rusticiana.
En 493, le chef germain Odoacre, le nouveau maître de l’Italie, qui avait déposé le dernier Empereur romain, est vaincu par le roi des Goths Théodoric. Celui-ci fonde un royaume en Italie. Boèce est adolescent. Après ses études, il entre au service de Théodoric. Il devient sénateur, puis consul.
Pièce de monnaie à l’effigie de Théodoric le Grand
Boèce est chrétien catholique. Alors que les Goths du roi Théodoric sont ariens, Théodoric, dont la mère est catholique, mène une politique de tolérance religieuse et n’hésite pas à recruter des catholiques de l’ancienne élite romaine, comme Boèce, dans son administration.
Bien que chrétien très pieux, Boèce est aussi très attaché à l’héritage philosophique de la Grèce antique. Afin d’harmoniser la pensée de Platon et d’Aristote avec la théologie chrétienne, il décide de traduire toute la littérature grecque classique en latin. Si d’autres avant lui, notamment le Romano-Africain Apulée de Madaure, avaient déjà essayé de traduire les textes grecs, l’initiative de Boèce est le premier effort systématique de traduction de l’ensemble de ces œuvres. Cette initiative était d’autant plus nécessaire à une époque où les habitants de l’ancien Empire romain d’Occident comprenaient de moins en moins le grec. En plus de ses traductions, Boèce a également écrit des commentaires d’Aristote et d’autres auteurs grecs. Il est considéré comme un des principaux « passeurs de culture », qui ont contribué à transmettre l’héritage culturel antique à l’Europe du Moyen-Âge.
Boèce (à gauche) et son père adoptif Symmaque (à droite)
Boèce n’était pas seulement un traducteur et commentateur : il a écrit aussi ses propres ouvrages de philosophie, de mathématiques, de musique et de théologie, notamment des traités défendant la foi chrétienne catholique et condamnant l’arianisme. Son ouvrage le plus connu, De la consolation de la philosophie, a été écrit alors qu’il était en prison, peu avant son exécution. Nous y reviendrons dans la suite de cet article.
Sa chute
Manuscrit représentant Boèce en train d’enseigner (en haut) et en prison (en bas)
Une grande partie de la carrière publique de Boèce est consacrée à la lutte contre la corruption à la cour royale. Au tout début de sa carrière, une de ses premières missions est d’enquêter sur les agissements du chef de la garde de Théodoric, accusé d’avoir détourné l’argent de la paye des gardes pour des objets de luxe offerts en cadeaux à des rois voisins. Son intégrité et la fermeté avec laquelle il combat tous ceux qui abusent de leur pouvoir le rendront très populaire auprès du peuple, mais lui vaudront aussi beaucoup d’ennemis à la cour.
En 522, les deux fils de Boèce sont nommés consuls ensemble, un très rare honneur que Boèce considère comme son plus grand accomplissement. Peu après, Boèce est nommé magister officiorum, chef du gouvernement. C’est le sommet de sa carrière.
En tant que chef du gouvernement, Boèce continue de lutter contre la corruption. Il déjoue une conspiration menée par Triguilla, l’intendant du palais royal ; s’oppose à Cunigast, un ministre d’origine gothique qui « dévore la substance des pauvres » ; et fait annuler un convoi de nourriture de la Campanie vers Rome, qui menaçait d’aggraver la famine qui ravageait la région. A cause de ces initiatives, ses ennemis sont plus nombreux que jamais ; mais il garde la confiance du roi Théodoric.
Amalafrida, sœur de Théodoric et reine de Carthage – Image créée par ChatGPT
Les événements qui mèneront à la chute de Boèce ont en grande partie eu lieu en Afrique du Nord. Le roi vandale Thrasamund, qui était marié à Amalafrida, la sœur de Théodoric, meurt en 523. Amalafrida mène une révolte contre son successeur Hildéric, mais elle est capturée et exécutée. Dans ce contexte, Théodoric se sent vulnérable et les ennemis de Boèce en profitent pour dresser le roi contre lui.
Au même moment, après la résolution d’un schisme entre l’Eglise d’Occident et d’Orient, les catholiques d’Occident, Boèce y compris, aspirent à renouveler les liens avec l’Empire byzantin. Dans ce contexte, l’ex-consul Albinus est accusé de trahison pour sa correspondance avec l’Empereur byzantin Justin I. Boèce le défend en s’écriant : « Cette accusation est fausse ; mais si Albinus a fait cela, moi-même et tout le Sénat avons fait de même d’un commun accord ; l’accusation est fausse, ô Roi mon Seigneur. » Boèce est alors accusé du même crime et emprisonné. Il est exécuté en 524, à l’âge de 40 ans environ.
Manuscrit du livre De la consolation de la philosophie
Au cours de son emprisonnement final, Boèce a écrit un ouvrage considéré comme son chef d’œuvre : De la consolation de la philosophie. Il s’agit d’un dialogue entre l’auteur et « Dame Philosophie », une personnification de la philosophie. Au début du livre, Boèce, enfermé dans sa cellule, se lamente sur l’injustice dont il est victime, lorsqu’une femme vient lui rendre visite. Cette femme l’encourage à ne pas fonder son bonheur sur les circonstances, car la « roue de la fortune » tourne inexorablement, emportant tout sur son passage ; tandis que le véritable bonheur se trouve dans la quête de la sagesse. Dans la suite du dialogue, Boèce et Dame Philosophie discutent de la nature éphémère des richesses de ce monde, des origines divines de la sagesse, des raisons pour lesquelles un Dieu bon permet au mal d’exister et de comment ceux qui souffrent injustement peuvent être consolés par la sagesse, tandis que les méchants trouveront jamais le véritable bonheur. De la consolation de la philosophie est considéré comme le dernier grand ouvrage de philosophie antique.
Après sa mort, Boèce a été reconnu comme un martyr par l’Eglise catholique. Il est enterré dans la Basilique San Pietro in Ciel d’Oro (Saint-Pierre-au-Ciel-d’Or), à Pavie, en Italie, la ville où il a été exécuté. Son tombeau est visible sur l’image de couverture de cet article.
L’effondrement de l’Empire romain d’Occident s’est accéléré au cours du 5° Siècle, jusqu’à sa chute finale. Trois facteurs directement liés à l’Afrique du Nord ont contribué à ce déclin : l’invasion vandale de l’Afrique romaine, le sac de Rome par les Vandales et la défaite romaine à la Bataille du Cap Bon.
Le début de la fin
L’Empereur Honorius
Théodose le Grand, le dernier Empereur de l’Empire romain unifié, connu surtout pour avoir établi le christianisme comme religion officielle de son Empire, meurt en 395. Après sa mort, l’Empire romain est divisé entre ses fils : Arcadius (395-408) en Orient et Honorius (395-423) en Occident. Les deux nouveaux Empereurs sont jeunes et inexpérimentés, surtout Honorius, qui n’a que 10 ans à la mort de son père. Le général Stilicon, d’origine germaine, assure la régence.
Pendant ce temps, les invasions de populations d’origine étrangère, qui ont commencé au 3° Siècle, se poursuivent. En 403, les Goths, menés par leur nouveau roi Alaric, envahissent l’Italie. En 406, une confédération de tribus germaniques menée par les Vandales traverse le Rhin et pénètre en Gaule, où ils sèment la dévastation. En 409, les Vandales s’installent en Espagne. Les troupes romaines basées en Bretagne viennent combattre les envahisseurs sur le continent, abandonnant l’île, qui est définitivement perdue pour Rome vers 410.
Stilicon est exécuté en 408, pour avoir échoué à repousser les envahisseurs. Héraclien, l’officier chargé de son exécution, est nommé gouverneur d’Afrique. Après la mort de Stilicon, des troubles éclatent dans tout l’Empire : les familles de foederati, ces guerriers barbares intégrés à l’armée romaine, comme le père de Stilicon, sont massacrés en masse. Les survivants se réfugient auprès d’Alaric, roi des Goths, pour demander sa protection, grossissant ainsi les rangs de son armée.
Sac de Rome par les Goths, en 410
En 409, Alaric contraint le Sénat à proclamer un nouvel Empereur, Priscus Attale, à la place d’Honorius. Héraclien, le gouverneur d’Afrique, demeure loyal à Honorius et coupe la livraison de blé africain à la ville de Rome. Priscus Attale est renversé par Alaric après quelques mois, après avoir refusé de laisser Alaric mener une campagne contre Héraclien en Afrique.
En 410, l’armée d’Alaric pille Rome : c’est la première fois que la capitale impériale est prise par une armée étrangère. Galla Placidia, la sœur de l’Empereur, est enlevée et mariée de force à Athaulf, le successeur d’Alaric.
L’Empire contre-attaque
Pièce d’or à l’effigie de Constance III
Le général romain Constance, nommé commandant-en-chef de l’armée romaine en 411, mène une campagne militaire en Gaule et au Nord de l’Espagne, contre l’usurpateur Constantin, puis contre les Goths. Il parvient à chasser les Goths de Gaule et à libérer Galla Placidia. Pour le récompenser, l’Empereur Honorius lui donne Galla Placidia pour épouse, puis le nomme co-Empereur en 421, sous le nom de Constance III. Il meurt quelques mois après.
L’Empereur Honorius meurt en 423. Son successeur, Valentinien III, est le fils de Constance III et Galla Placidia. Comme il est encore enfant, sa mère Galla Placidia assure la régence.
L’invasion vandale de l’Afrique
Le Royaume vandale
En 429, les Vandales, menés par leur roi Genséric, profitent d’un conflit entre Galla Placidia et le gouverneur d’Afrique Boniface pour envahir l’Afrique du Nord, mettant fin à plus de quatre siècles de domination romaine de la région. Dix ans après, ils s’emparent de Carthage, dont ils font leur capitale.
La perte de l’Afrique, le grenier à blé de l’Empire, est un coup dur pour les Romains. L’Empire d’Occident ne contrôle plus que l’Italie et la Gaule. En 440, les Vandales envahissent aussi la Sicile.
Goths et Huns en Gaule
Attila le Hun
En 450, les Goths, menés par leur roi Théodoric, envahissent la Gaule. Genséric, le roi des Vandales, envoie des messagers à Attila le Hun pour l’encourager à attaquer Théodoric. Alors qu’Attila ambitionne d’envahir ensuite l’Italie depuis la Gaule, Genséric veut surtout se servir de lui pour affaiblir son vieil ennemi Théodoric.
Attila envahit la Gaule et y sème la dévastation, obligeant Théodoric à faire alliance avec Rome pour se défendre. Les Romains et les Goths affrontent l’armée d’Attila à la Bataille des Champs Catalauniques, en 451 : Théodoric est tué au combat, Attila contraint de se retirer de Gaule, et les Romains profitent d’un semblant de victoire.
Attila le Hun meurt subitement en 453. Après sa mort, Genséric devient l’ennemi principal de Rome.
Après le départ des Vandales, le nouveau roi des Goths Théodoric II impose Avitus, un sénateur d’origine gauloise dont il est proche, comme nouvel Empereur.
Majorien : Make Rome Great Again
Territoires reconquis par Majorien – Clic pour agrandir
En 456, le nouvel Empereur Majorien décide de lancer une vaste campagne pour reconquérir les territoires perdus par Rome. Il commence par chasser les Burgondes du Sud de la Gaule, puis il s’attaque aux Goths en Espagne. Il envoie aussi son officier Marcellinus reprendre la Sicile aux Vandales.
Majorien veut se servir de l’Espagne comme base pour attaquer les Vandales en Afrique. Pendant sa campagne en Espagne, les Vandales parviennent cependant à détruire les navires qu’il préparait pour l’invasion. Majorien, privé de flotte, est contraint d’annuler ses plans. En 460, il conclut un accord de paix avec le roi vandale Genséric et dissout ses troupes.
La Bataille du Cap Bon
Après la mort de Majorien, en 461, le nouveau maître de l’Empire est le général Ricimer, qui ne peut cependant devenir Empereur lui-même à cause de ses origines germaines. Les prochains Empereurs, Libius Severus (461-465), Anthémius (467-472) et Olybrius (472), sont nommés par Ricimer.
En 468, les Empereurs romains d’Occident et d’Orient s’associent pour une campagne afin de chasser les Vandales d’Afrique. Leur armée est vaincue à la Bataille du Cap Bon : les Vandales remplissent leurs navires de matériaux inflammables, puis ils projettent ces navires en feu contre la flotte romaine. Plus de la moitié de la flotte romaine est brûlée.
Après cette défaite, l’Empire romain d’Occident ne contrôle plus que l’Italie et la Sicile et son armée est plus affaiblie que jamais.
Son successeur Glycérius (473-474) n’est pas reconnu par l’Empereur d’Orient Léon I, qui nomme Julius Nepos (474-475) à sa place. Le dernier Empereur, Romulus Augustule (475-476), placé sur le trône alors qu’il n’est qu’un enfant, est déposé en septembre 476 par le chef germain Odoacre : l’Empire romain d’Occident n’est plus.
Vers la fin de l’Antiquité, les peuples du monde méditerranéen s’interrogeaient sur le sens à donner aux anciens mythes et légendes qui constituaient le fondement de leur culture depuis des siècles, maintenant qu’ils étaient chrétiens et ne croyaient plus aux dieux de leurs ancêtres. Fulgence, un auteur nord-africain de l’époque vandale, a écrit plusieurs livres dans lesquels il propose une lecture allégorique des mythes gréco-romains, afin d’en tirer un message moral et spirituel.
Un message caché derrière des mythes d’un autre âge
Le monde des poètes antiques comme Homère et Hésiode est un monde surnaturel, rempli de magie, de créatures fantastiques, d’animaux qui parlent et d’hommes transformés en animaux ou en pierre. De plus, dans cet univers mythologique, les dieux qui vivent au milieu des hommes sont animés de passions très humaines : ils sont meurtriers, violeurs, adultères, voleurs, menteurs, et commettent toutes sortes de crimes. Les plus raisonnables des hommes de cette époque, notamment les philosophes, ont toujours été embarrassés par l’absurdité et l’immoralité de ces mythes. Pour les expliquer, ils ont cherché à discerner un sens plus profond derrière ces histoires imaginaires.
Les philosophes néoplatoniciens, surtout, ont réexaminé les anciens mythes à la lumière de leur compréhension plus sophistiquée du monde, afin d’y trouver un sens caché.
Ulysse et Circé
Leur méthode s’explique le mieux par un exemple. Dans l’Odyssée d’Homère, le héros Ulysse et ses compagnons débarquent sur l’île de la sorcière Circé. Lorsque ses compagnons, affamés, se précipitent à la table de Circé, elle les transforme tous en cochons. En route pour sauver ses compagnons, Ulysse rencontre le dieu Hermès, qui lui remet une plante magique et lui donne des instructions pour triompher de la sorcière. Grâce à la plante magique, Ulysse est protégé contre la magie de Circé, qui accepte de rendre à ses compagnons leur apparence humaine. Pour les néoplatoniciens, les compagnons d’Ulysse changés en cochons représentent la déchéance humaine dans laquelle nous tombons lorsque nous nous abandonnons à nos pulsions primaires, aux plaisirs corrupteurs des sens qui nous ramènent à l’état d’animaux sauvages. Ulysse, lui, est protégé par la connaissance du sage, qui lui permet de résister à la magie destructrice de la sorcière.
Ymagines Fulgencii : images médiévales inspirées de Fulgence le Mythographe
La lecture allégorique des mythes s’est encore développée beaucoup plus à l’ère chrétienne et a permis aux chrétiens du monde gréco-romain de se réapproprier les vieux mythes païens, en y découvrant des leçons morales, qui leur apprennent comment vivre une vie vertueuse, et spirituelles, à propos de Dieu et de son plan pour eux. Un des auteurs à avoir approfondi le plus cette lecture allégorique chrétienne des textes mythologiques est le Nord-Africain Fulgence le Mythographe.
Qui était Fulgence le Mythographe ?
Fabius Planciades Fulgentius est un auteur chrétien d’origine nord-africaine, qui a vécu et écrit à l’époque vandale, entre le 5° et le 6° Siècle de notre ère. On ne sait presque rien de sa vie, pas même où exactement en Afrique du Nord il vivait. Son style d’écriture en latin, sa maîtrise du grec et sa connaissance des auteurs classiques et des cultes populaires montrent qu’il avait probablement une formation de rhéteur ou de grammairien. Il comprenait la langue et lisait l’alphabet libyque, ce qui indique qu’il était probablement d’origine amazighe. Dans le prologue de ses Mythologies, il mentionne qu’il était marié.
Fulgence de Ruspe
Depuis le Moyen-Âge, un certain nombre de scribes ont identifié Fulgence le Mythographe à Fulgence de Ruspe, un évêque nord-africain de la même époque, qui a mené la résistance de l’Eglise chrétienne nord-africaine contre l’arianisme des Vandales. Cette identification est cependant remise en cause par les spécialistes modernes.
L’œuvre de Fulgence le Mythographe est traditionnellement datée de la fin du 5° Siècle au début du 6° Siècle. Cependant, un passage de son œuvre ressemble à un vers de Corippe, un autre auteur nord-Africain qui écrit vers 550, après la reconquête byzantine. Certains spécialistes pensent qu’il cite Corippe, ce qui voudrait dire qu’il a écrit après lui, tandis que d’autres pensent qu’il est plus ancien et que la ressemblance est purement fortuite. Si la citation est avérée, ce serait la preuve que Fulgence le Mythographe ne peut être identifié à Fulgence de Ruspe, qui est mort en 527.
L’oeuvre de Fulgence le Mythographe était très populaire pendant tout le Moyen-Âge et a beaucoup influencé les mythographes chrétiens médiévaux.
L’œuvre de Fulgence de Mythographe
L’œuvre la plus connue de Fulgence le Mythographe est ses Mythologies, une série de trois livres, avec cinquante chapitres en tout. Chaque chapitre raconte un mythe, puis en fait une interprétation allégorique, centrée sur un message moral et spirituel. Pour son interprétation, il se sert d’étymologies des noms des personnages, souvent très fantaisistes, ce qui était cependant courant à son époque. Dans son prologue, l’auteur explique qu’il a voulu débarrasser les mythes de leurs éléments fictifs, afin de mettre en lumière les vérités obscures qui y sont enfouies. Si sa motivation est chrétienne, les leçons qu’il en tire sont assez vastes, profitables pour n’importe quel public.
Dans un autre ouvrage, Fulgence le Mythographe fait une lecture allégorique de l’Enéïde de Virgile, qu’il voit comme une allégorie de la vie humaine dans sa totalité. Dans ce livre, le fantôme de Virgile apparaît à l’auteur, accompagné des Muses (déesses des arts), pour lui expliquer les vérités contenues dans l’Enéïde. Virgile s’adresse à l’auteur sur un ton condescendant et se moque de la tendance du lecteur à lire son poème littéralement, sans saisir le message plus profond qu’il a voulu exprimer. Les interprétations allégoriques de Virgile étaient courantes (notamment celles du grammairien romano-africain Aelius Donatus), mais Fulgence le Mythographe est le premier à avoir entrepris un tel ouvrage dans une perspective chrétienne.
Fulgence le Mythographe a écrit aussi une Explication des mots obsolètes, qui donne une explication de 62 mots latins anciens qui apparaissent dans la littérature classique, ainsi qu’un ouvrage historique, Des âges du monde et des hommes.
Stace
Enfin, une lecture allégorique de la Thébaïde du poète romain du 1er Siècle Stace a également été attribuée à Fulgence le Mythographe, probablement par erreur : il s’agit d’un ouvrage plus tardif, qui date du Moyen-Âge, dont l’auteur imite le style de Fulgence le Mythographe. Stace était un contemporain des premiers chrétiens et selon une tradition médiévale sans fondement historique, reprise notamment dan la Divine Comédie de Dante, il se serait secrètement converti au christianisme et son œuvre contiendrait un message chrétien caché.
Priscien de Césarée était un grammairien du 6° Siècle. Né à Césarée (Cherchell), en Maurétanie, il enseignait la grammaire latine à Constantinople, la nouvelle capitale impériale.
Priscien de Césarée, relief du clocher de Florence, en Italie, par Luca della Robbia
Priscien est né vers 470, à Césarée (Cherchell), en Maurétanie. Il était probablement d’origine grecque. Il était chrétien, même si son œuvre contient de nombreuses références à la mythologie grecque antique.
L’Empereur Anastase, le mécène de Priscien
A cette époque, l’Afrique du Nord était occupée par les Vandales. Dans sa jeunesse, Priscien fuit sa région natale, pour s’installer à Constantinople, la capitale de l’Empire byzantin, où il devient professeur de grammaire. L’Empereur Anastase (491-518) menait une politique d’accueil des populations romaines déracinées par la chute de l’Empire romain d’Occident. Priscien a écrit un panégyrique (éloge) d’Anastase, dans lequel il loue sa bienveillance envers ces réfugiés.
L’oeuvre la plus connue de Priscien est ses Instituts de grammaire, un exposé systématique de la grammaire latine, en 18 livres. Dans cet ouvrage, Priscien emploie des citations d’auteurs latins, comme exemples des règles grammaticales qu’il expose. Ces citations ont permis de préserver des fragments d’auteurs dont l’œuvre est perdue par ailleurs.
Les Instituts de grammaire étaient employés pendant tout le Moyen-Âge pour l’enseignement du latin, avec l’Ars Grammatica d’un autre grammairien nord-africain, Aelius Donatus : l’œuvre d’Aelius Donatus servait d’introduction, tandis que celle de Priscien, plus détaillée, permettait une étude approfondie.
La domination romaine sur l’Afrique du Nord, qui a duré plus de quatre siècles, s’est effondrée lorsque les Vandales ont envahi la région. La perte de l’Afrique, le grenier à blé de l’Empire, a été un coup dur pour les Romains, qui ont essayé plusieurs fois de la reconquérir. En 468, les Empereurs romains d’Occident et d’Orient se sont associés pour une campagne contre les Vandales. Leur défaite, à la Bataille du Cap Bon, marque la dernière tentative romaine de reprendre l’Afrique.
Contexte
Pièce d’or à l’effigie de Majorien
Pendant le règne de l’Empereur Majorien (457-461), l’Empire romain reprend le contrôle de l’Espagne. Majorien veut ensuite reprendre l’Afrique du Nord aux Vandales, mais il échoue. Son officier Marcellinus parvient cependant à reconquérir la Sicile.
En 467, le roi vandale Genséric tente d’envahir le Péloponnèse. Alors que la flotte vandale s’étend de plus en plus loin vers l’Est, les Romains craignent une attaque contre Alexandrie. L’Empereur romain d’Orient Léon I, qui était réticent jusqu’ici à soutenir l’Empire d’Occident contre les Vandales, se décide finalement à intervenir.
L’offensive romaine
L’Empereur d’Occident Anthémius, l’Empereur d’Orient Léon I et Marcellinus, un officier qui gouverne un territoire semi-autonome en Illyrie, se retrouvent en Sicile pour préparer une vaste offensive commune contre Carthage.
Pièce d’or à l’effigie de Basiliscus
Les Romains décident d’attaquer les Vandales sur trois fronts : Basiliscus, le commandant-en-chef de l’armée romaine d’Orient, attaquera Carthage par la mer avec la plus grande partie des troupes ; Marcellinus attaquera la Sardaigne depuis la Sicile, avant de rejoindre Basiliscus ; tandis que Héraclius, le gouverneur d’Egypte, attaquera Carthage par l’Est, depuis la Libye.
Marcellinus conquiert la Sardaigne, tandis que Héraclius prend le contrôle de la Tripolitaine. La flotte de Basiliscus jette l’ancre au large du Cap Bon, en attendant Marcellinus. Une grande partie de la flotte de Marcellinus, commandée par le général d’origine germaine Ricimer, refuse cependant de se mettre en route. Il est possible que Ricimer ait volontairement voulu saboter l’opération.
Le débarquement romain sur le Cap Bon est une des plus importantes opérations militaires de ce type dans l’histoire antique, avec plus de 50 000 combattants et un millier de navires.
Le roi Genséric demande une trêve pour négocier. Pendant ce temps, les Vandales remplissent leurs navires de matériaux inflammables, puis, pendant la nuit, ils projettent ces navires en feu contre la flotte romaine, qui est prise par surprise. Plus de la moitié de la flotte romaine est brûlée.
Par la suite
Basiliscus et Marcellinus s’enfuient en Sicile avec les survivants de leur armée, tandis que Héraclius fuit à travers le désert libyen. En Sicile, Marcellinus est assassiné par Ricimer.
Julius Nepos, le neveu de Marcellinus, deviendra Empereur d’Occident de 474 à 475. Basiliscus deviendra Empereur d’Orient en 475-476.
Olybrius, un des derniers Empereurs romains, était lié par mariage au roi vandale de Carthage Genséric. Après avoir tenté plusieurs fois de s’emparer du pouvoir avec le soutien des Vandales, il a finalement régné pendant quelques mois, en 472.
Pièce d’or à l’effigie d’Olybrius
Anicius Olybrius est né à Rome, dans une famille de la vieille noblesse romaine. Il épouse Placidia, la fille de l’Empereur Valentinien III, peu avant le sac de Rome par les Vandales. Il est possible aussi qu’Olybrius et Placidia étaient seulement fiancés et se sont mariés après le retour de Placidia à Rome.
En 455, Placidia est enlevée à Carthage par les Vandales, avec sa soeur Eudocia, qui deviendra l’épouse de Hunéric, le fils du roi des Vandales Genséric. Placidia est libérée en 461.
Après la mort de l’Empereur Majorien, en 461, le nouveau maître de l’Empire est le général Ricimer, qui ne peut cependant devenir Empereur lui-même à cause de ses origines germaines. Olybrius revendique le trône impérial. Il est soutenu par Genséric, qui espère que son règne sera favorable aux intérêts vandales. Ricimer choisit cependant un autre Empereur, Libius Severus. Olybrius devient consul en 464.
Revers d’une pièce d’or à l’effigie d’Olybrius : croix chrétienne entourée de feuilles de laurier
Après la mort de Libius Severus, en 465, Olybrius revendique de nouveau le trône, toujours avec le soutien de Genséric. Anthémius est choisi à sa place. La troisième tentative sera la bonne : Olybrius devient Empereur à la mort d’Anthémius, en 472. Ricimer, qui contrôle la nomination des Empereurs depuis Majorien, meurt peu après son accession au trône.
Olybrius, par son mariage avec Placidia, est l’héritier de la dynastie théodosienne, la dernière grande dynastie impériale romaine. Son règne sera très court et sans histoires. Il a la réputation d’être un chrétien très pieux. Le fait que ses pièces de monnaie le représentent sans lance ni casque semble indiquer qu’il ne s’intéressait pas beaucoup aux questions militaires. Olybrius meurt d’hydropisie après quatre mois de règne.
Le terme français « olibrius », qui désigne une personne prétentieuse et ridicule, vient de la réputation de cet Empereur dans l’histoire, du fait de la courte durée et du manque d’événements significatifs pendant son règne.
La domination romaine sur l’Afrique du Nord, qui a duré plus de quatre siècles, s’est effondrée lorsque les Vandales ont envahi la région. Une trentaine d’années après, un nouvel Empereur, Majorien, a mené une campagne qui lui a permis de reprendre le contrôle de l’Espagne. Il voulait ensuite reconquérir l’Afrique du Nord, mais il n’en a pas eu les moyens.
Contexte
Pièce d’or à l’effigie d’Avitus
Après le sac de Rome par les Vandales, en 455, l’Empire romain est plus affaibli que jamais. Le roi des Goths Théodoric II impose Avitus, un sénateur d’origine gauloise dont il est proche, comme nouvel Empereur. Pendant le règne d’Avitus, les Goths envahissent l’Espagne, officiellement pour ramener la région sous domination romaine, mais en réalité pour eux-mêmes. Avitus, abandonné par Théodoric, est tué en 456, après un an de règne.
Majorien : Make Rome Great Again
Territoires reconquis par Majorien – Clic pour agrandir
Le général Majorien, qui se proclame Empereur, décide de lancer une vaste campagne pour reconquérir les territoires perdus par Rome. Il commence par chasser les Burgondes du Sud de la Gaule, puis il s’attaque aux Goths en Espagne. En trois ans, il reprend le contrôle de la plus grande partie de l’Espagne. Il envoie aussi son officier Marcellinus reprendre la Sicile aux Vandales.
Majorien veut se servir de l’Espagne comme base pour attaquer les Vandales en Afrique. Pendant sa campagne en Espagne, les Vandales parviennent cependant à détruire les navires qu’il préparait pour l’invasion. Majorien, privé de flotte, est contraint d’annuler ses plans. En 460, il conclut un accord de paix avec le roi vandale Genséric et dissout ses troupes.
De retour en Italie, Majorien est capturé par Ricimer, un général romain d’origine germaine. Il est assassiné en 461.
Par la suite
Sceau de Ricimer
Pendant les prochaines années, Ricimer, qui ne peut devenir Empereur lui-même à cause de ses origines germaines, est le véritable maître de l’Empire, jusqu’à sa mort en 472. Les Empereurs qui règnent pendant ces années ne sont que des marionnettes. L’un d’eux, Olybrius, est lié par mariage au roi vandale Genséric.
Le dernier Empereur romain, Romulus Augustule, est déposé en 476, par le chef germain Odoacre : c’est la fin de l’Empire romain.