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Les Vandales, qui ont envahi l’Afrique du Nord au 5° Siècle, étaient de religion arienne et voulaient contraindre tous leurs sujets à adopter leur doctrine. Ils ont persécuté les chrétiens autochtones nord-africains. Plusieurs milliers de croyants nord-africains ont été tués pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.
Contexte

Les Vandales, comme d’autres peuples germains, étaient de religion arienne, une doctrine considérée comme hérétique par l’Eglise chrétienne officielle. Avec l’arrivée des Vandales en Afrique du Nord, les croyants locaux sont désemparés face à cette nouvelle doctrine à laquelle ils n’ont encore jamais été confrontés : Augustin d’Hippone avait écrit un livre contre l’arianisme, mais rares étaient ceux qui comprenaient encore le latin assez bien pour le lire.
De plus, contrairement aux Goths, qui étaient également ariens, mais tolérants des autres confessions, les Vandales veulent imposer leur doctrine à tous leurs sujets et persécutent les chrétiens nord-africains, à la fois catholiques et donatistes. Plusieurs centaines de chrétiens ont été mis à mort pour leur foi pendant la période vandale. Beaucoup de religieuses chrétiennes ont également été violées. L’évêque Victor de Vite (Beni Derraj), témoin de ces événements, a écrit un livre détaillé sur ces persécutions.
Histoire des persécutions

Après la conquête de Carthage, l’évêque Quodvultdeus (son nom signifie « ce que Dieu veut ») est exilé avec la plupart des autres évêques nord-africains. Ces évêques sont embarqués sur un vieux bateau sans voile ni rames, qui, heureusement, parvient à traverser la mer, jusqu’à Naples. Les évêques exilés s’installent en Italie. L’un d’entre eux, Gaudiose, deviendra évêque de Naples.
Après l’exil de Quodvultdeus, l’épiscopat restera vacant pendant de longues années. En 454, le roi vandale Genséric, sous la pression de l’Empereur romain Valentinien III, a finalement autorisé la nomination d’un nouvel évêque de Carthage : Deogratias. Après le sac de Rome par les Vandales, l’évêque Deogratias a vendu tous les biens de l’Église pour racheter les Romains enlevés et vendus comme esclaves à Carthage. Il les a ensuite logés dans les grandes églises de Carthage, avant de les rapatrier à Rome. Après la mort de Deogratias, en 457, l’épiscopat est de nouveau vacant.
Olive est une jeune fille chrétienne originaire de Sicile, enlevée par les Vandales et vendue comme esclave à Tunis, puis mise à mort pour sa foi. Son tombeau est aujourd’hui la mosquée Zitouna de Tunis.
Pendant le règne de Genséric, l’évêque Victor de Cartennae (Ténès, Algérie actuelle) a écrit une réfutation de l’arianisme, dédiée à Genséric. Son ouvrage est perdu, mais l’auteur est mentionné dans Des Hommes Illustres, de Gennade de Marseille, une collection de courtes biographies de figures chrétiennes influentes.

La persécution s’est aggravée pendant le règne de Hunéric (477-484), le fils de Genséric. Au début de son règne, Hunéric cherche à apaiser les tensions dans son Royaume en autorisant l’élection d’un nouvel évêque de Carthage, Eugène, après 24 ans de vacance. Ensuite, cependant, il retourne aux habitudes répressives de son père. La politique religieuse d’Hunéric causera des tensions entre lui et son épouse, Eudocia, la fille de l’Empereur romain Valentinien III, qui est chrétienne catholique. Eudocia finit par fuir à Jérusalem, où elle meurt.
En 483, Hunéric convoque 466 évêques catholiques nord-africains à Sicca (El Kef), pour un débat public avec des évêques ariens. Là, il tente de les faire renier leur foi. Face à leur refus, les fait arrêter. Victor de Vite raconte comment il a corrompu des gardes afin de pouvoir rendre visite à ces prisonniers. Finalement, ils sont déportés dans le désert. La plupart meurent en route, les survivants sont exécutés en arrivant.
Le nombre de victimes est peut-être exagéré, mais les faits sont certainement réels. Seuls deux de ces martyrs sont connus par leur nom : les évêques Félix d’Abbir Germaniciana (Henchir en Naam) et Cyprien d’Unizibira (Henchir Zembra). Victor de Vite mentionne aussi la fille de l’évêque de Zuritana (Aïn Djour), emprisonnée avec son fils.

En 484, Frumence, un commerçant de Carthage, et Victorien, le proconsul de Hadrumetum (Sousse), sont mis à mort pour leur foi à Hadrumetum.
La même année, l’évêque Laetus de Nepta (Nefta) est brûlé vif sur ordre du roi. 50 ans plus tard, Laetus serait apparu en rêve à l’Empereur byzantin Justinien, pour le supplier de délivrer l’Afrique du Nord des Vandales.
Les habitants de Tipasa, qui ont refusé de se convertir à l’arianisme, ont eu la main droite et la langue coupée. D’après Victor de Vite, ils ont miraculeusement continué à parler et à confesser leur foi.
Victor de Vite mentionne également sept moines, vivant à Gafsa, qui ont été mis à mort pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.
D’autres croyants ont été vendus en esclavage par les Vandales à des tribus amazighes de l’intérieur du continent. Victor de Vite rapporte que certaines de ces tribus se sont ensuite converties au christianisme par ces esclaves. C’est le cas notamment de la tribu des Caprapicti, du Sud de la Tunisie. Il est possible que les racines chrétiennes légendaires de tribus amazighes comme les Sanhaja du Rif ou les Regraga du Nord d’Essaouira remontent à de tels captifs.
La tempête se calme
Le roi Gunthamund (484-496), le successeur de Hunéric, a mis fin aux persécutions. Le livre de Victor de Vite a certainement été écrit pendant son règne.

Thrasamund (496-523), le successeur de Gunthamund, a interdit la nomination de nouveaux évêques après la mort des évêques en place, espérant ainsi éradiquer le catholicisme dans son royaume sans recourir à la violence. Vers 504, l’évêque Victor de Vite, l’auteur du livre sur l’histoire des persécutions, ordonne Fulgence évêque de Ruspe (Henchir Sbia). Pour avoir désobéi à l’interdiction, il est exilé en Sardaigne, où il meurt vers 510. Pendant les prochaines décennies, Fulgence de Ruspe devient la figure la plus influente du catholicisme nord-africain. Il débat publiquement avec des évêques ariens et écrit des livres contre l’arianisme. Plusieurs fois exilé, il demeure ferme dans sa lutte, jusqu’à sa mort en 527.
En 523, Hildéric (523-530), le fils de Hunéric et Eudocia, devient roi des Vandales. Hildéric, dont la mère est catholique, mène une politique de tolérance religieuse. Un nouvel évêque catholique de Carthage, Boniface, est nommé, et Fulgence de Ruspe est autorisé à revenir d’exil et à prêcher la doctrine catholique. Pendant le règne de Hildéric, les Vandales commencent à se convertir au catholicisme.
