Le christianisme en Afrique du Nord, Entre Antiquité et Moyen-Âge : les passeurs de culture

Fulgence le Mythographe : métaphores mythologiques

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Vers la fin de l’Antiquité, les peuples du monde méditerranéen s’interrogeaient sur le sens à donner aux anciens mythes et légendes qui constituaient le fondement de leur culture depuis des siècles, maintenant qu’ils étaient chrétiens et ne croyaient plus aux dieux de leurs ancêtres. Fulgence, un auteur nord-africain de l’époque vandale, a écrit plusieurs livres dans lesquels il propose une lecture allégorique des mythes gréco-romains, afin d’en tirer un message moral et spirituel.

Un message caché derrière des mythes d’un autre âge

Le monde des poètes antiques comme Homère et Hésiode est un monde surnaturel, rempli de magie, de créatures fantastiques, d’animaux qui parlent et d’hommes transformés en animaux ou en pierre. De plus, dans cet univers mythologique, les dieux qui vivent au milieu des hommes sont animés de passions très humaines : ils sont meurtriers, violeurs, adultères, voleurs, menteurs, et commettent toutes sortes de crimes. Les plus raisonnables des hommes de cette époque, notamment les philosophes, ont toujours été embarrassés par l’absurdité et l’immoralité de ces mythes. Pour les expliquer, ils ont cherché à discerner un sens plus profond derrière ces histoires imaginaires.

Les philosophes néoplatoniciens, surtout, ont réexaminé les anciens mythes à la lumière de leur compréhension plus sophistiquée du monde, afin d’y trouver un sens caché.

Ulysse et Circé

Leur méthode s’explique le mieux par un exemple. Dans l’Odyssée d’Homère, le héros Ulysse et ses compagnons débarquent sur l’île de la sorcière Circé. Lorsque ses compagnons, affamés, se précipitent à la table de Circé, elle les transforme tous en cochons. En route pour sauver ses compagnons, Ulysse rencontre le dieu Hermès, qui lui remet une plante magique et lui donne des instructions pour triompher de la sorcière. Grâce à la plante magique, Ulysse est protégé contre la magie de Circé, qui accepte de rendre à ses compagnons leur apparence humaine. Pour les néoplatoniciens, les compagnons d’Ulysse changés en cochons représentent la déchéance humaine dans laquelle nous tombons lorsque nous nous abandonnons à nos pulsions primaires, aux plaisirs corrupteurs des sens qui nous ramènent à l’état d’animaux sauvages. Ulysse, lui, est protégé par la connaissance du sage, qui lui permet de résister à la magie destructrice de la sorcière.

Ymagines Fulgencii : images médiévales inspirées de Fulgence le Mythographe

La lecture allégorique des mythes s’est encore développée beaucoup plus à l’ère chrétienne et a permis aux chrétiens du monde gréco-romain de se réapproprier les vieux mythes païens, en y découvrant des leçons morales, qui leur apprennent comment vivre une vie vertueuse, et spirituelles, à propos de Dieu et de son plan pour eux. Un des auteurs à avoir approfondi le plus cette lecture allégorique chrétienne des textes mythologiques est le Nord-Africain Fulgence le Mythographe.

Qui était Fulgence le Mythographe ?

Fabius Planciades Fulgentius est un auteur chrétien d’origine nord-africaine, qui a vécu et écrit à l’époque vandale, entre le 5° et le 6° Siècle de notre ère. On ne sait presque rien de sa vie, pas même où exactement en Afrique du Nord il vivait. Son style d’écriture en latin, sa maîtrise du grec et sa connaissance des auteurs classiques et des cultes populaires montrent qu’il avait probablement une formation de rhéteur ou de grammairien. Il comprenait la langue et lisait l’alphabet libyque, ce qui indique qu’il était probablement d’origine amazighe. Dans le prologue de ses Mythologies, il mentionne qu’il était marié.

Fulgence de Ruspe

Depuis le Moyen-Âge, un certain nombre de scribes ont identifié Fulgence le Mythographe à Fulgence de Ruspe, un évêque nord-africain de la même époque, qui a mené la résistance de l’Eglise chrétienne nord-africaine contre l’arianisme des Vandales. Cette identification est cependant remise en cause par les spécialistes modernes.

L’œuvre de Fulgence le Mythographe est traditionnellement datée de la fin du 5° Siècle au début du 6° Siècle. Cependant, un passage de son œuvre ressemble à un vers de Corippe, un autre auteur nord-Africain qui écrit vers 550, après la reconquête byzantine. Certains spécialistes pensent qu’il cite Corippe, ce qui voudrait dire qu’il a écrit après lui, tandis que d’autres pensent qu’il est plus ancien et que la ressemblance est purement fortuite. Si la citation est avérée, ce serait la preuve que Fulgence le Mythographe ne peut être identifié à Fulgence de Ruspe, qui est mort en 527.

L’oeuvre de Fulgence le Mythographe était très populaire pendant tout le Moyen-Âge et a beaucoup influencé les mythographes chrétiens médiévaux.

L’œuvre de Fulgence de Mythographe

L’œuvre la plus connue de Fulgence le Mythographe est ses Mythologies, une série de trois livres, avec cinquante chapitres en tout. Chaque chapitre raconte un mythe, puis en fait une interprétation allégorique, centrée sur un message moral et spirituel. Pour son interprétation, il se sert d’étymologies des noms des personnages, souvent très fantaisistes, ce qui était cependant courant à son époque. Dans son prologue, l’auteur explique qu’il a voulu débarrasser les mythes de leurs éléments fictifs, afin de mettre en lumière les vérités obscures qui y sont enfouies. Si sa motivation est chrétienne, les leçons qu’il en tire sont assez vastes, profitables pour n’importe quel public.

Dans un autre ouvrage, Fulgence le Mythographe fait une lecture allégorique de l’Enéïde de Virgile, qu’il voit comme une allégorie de la vie humaine dans sa totalité. Dans ce livre, le fantôme de Virgile apparaît à l’auteur, accompagné des Muses (déesses des arts), pour lui expliquer les vérités contenues dans l’Enéïde. Virgile s’adresse à l’auteur sur un ton condescendant et se moque de la tendance du lecteur à lire son poème littéralement, sans saisir le message plus profond qu’il a voulu exprimer. Les interprétations allégoriques de Virgile étaient courantes (notamment celles du grammairien romano-africain Aelius Donatus), mais Fulgence le Mythographe est le premier à avoir entrepris un tel ouvrage dans une perspective chrétienne.

Fulgence le Mythographe a écrit aussi une Explication des mots obsolètes, qui donne une explication de 62 mots latins anciens qui apparaissent dans la littérature classique, ainsi qu’un ouvrage historique, Des âges du monde et des hommes.

Stace

Enfin, une lecture allégorique de la Thébaïde du poète romain du 1er Siècle Stace a également été attribuée à Fulgence le Mythographe, probablement par erreur : il s’agit d’un ouvrage plus tardif, qui date du Moyen-Âge, dont l’auteur imite le style de Fulgence le Mythographe. Stace était un contemporain des premiers chrétiens et selon une tradition médiévale sans fondement historique, reprise notamment dan la Divine Comédie de Dante, il se serait secrètement converti au christianisme et son œuvre contiendrait un message chrétien caché.

Le christianisme en Afrique du Nord

Fulgence de Ruspe : l’apôtre des Vandales

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Après la conquête vandale du 5° Siècle, l’Afrique du Nord, auparavant une des régions les plus fortement chrétiennes du monde romain, subit une grave crise religieuse : les évêques nord-africains sont bannis et la population contrainte d’adopter la doctrine arienne, défendue par les Vandales. Dans ce contexte, l’évêque Fulgence de Ruspe, parfois appelé le « deuxième Augustin », se fait connaître comme le champion du christianisme nord-africain. Pendant plus de 20 ans, il prêche fidèlement la doctrine catholique, tient tête aux autorités vandales et débat publiquement avec des évêques ariens. Plusieurs fois exilé, il continue à défendre ses convictions par la plume. Sans son influence, l’Eglise nord-africaine n’aurait probablement pas survécu à l’occupation vandale.

Contexte

L’évêque Quodvultdeus de Carthage, exilé par les Vandales

Les Vandales étaient de religion arienne, une doctrine considérée comme hérétique par l’Eglise chrétienne officielle. Les chrétiens nord-africains étaient désemparés face à cette nouvelle doctrine à laquelle ils n’ont encore jamais été confrontés : Augustin d’Hippone avait écrit un livre contre l’arianisme, mais rares étaient ceux qui comprenaient encore le latin assez bien pour le lire. De plus, les Vandales voulaient contraindre tous leurs sujets à adopter leur doctrine et persécutaient les chrétiens autochtones nord-africains, à la fois catholiques et donatistes. Plusieurs milliers de croyants nord-africains ont été tués pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.

Vie de Fulgence

Fulgence de Ruspe

Fabius Claudius Gordianus Fulgentius est né vers 465, à Thélepte (Medinet-el-Kedima, près de Fériana, dans le gouvernorat tunisien de Kasserine), dans une famille chrétienne romaine. Son grand-père, un sénateur de Carthage, a été banni en Italie après la conquête vandale de l’Afrique et tous ses biens ont été confisqués. Ses deux fils sont retournés en Afrique après sa mort : la maison familiale était perdue, mais ils ont pu récupérer des terres en Byzacène (Sud de la Tunisie), où ils se sont installés. Le père de Fulgence est mort dans son enfance et il a été élevé par sa mère, qui lui a appris le grec et le latin. Très jeune, Fulgence a appris par cœur toute l’œuvre d’Homère.

La famille de Fulgence était très respectée. Devenu adulte, son excellente réputation a permis à Fulgence d’obtenir un poste de collecteur d’impôts. Alors qu’une brillante carrière s’ouvre devant lui, ses études de textes religieux, notamment d’un sermon d’Augustin d’Hippone sur le Psaume 36, le convainquent de renoncer à la vie mondaine pour se consacrer à Dieu. Vers l’âge de 22 ans, il décide de devenir moine.

Monastère en Byzacène (Image créée par ChatGPT)

A cette époque, Faustus, un évêque qui avait été chassé de son diocèse par le roi vandale Hunéric, vient d’établir un monastère en Byzacène. Fulgence demande à Faustus de le prendre comme novice. Faustus cherche d’abord à le dissuader, à cause de sa santé fragile, mais, face à l’insistance du jeune homme, il finit par accepter. Avec les autres moines, Fulgence vit une vie de prière, à l’écart de la société.

Quelque temps après, des attaques ariennes contraignent Fulgence à s’installer dans un autre monastère, dans lequel il prend des responsabilités. En 499, il fuit à Sicca (El Kef) pendant une nouvelle vague de persécution. L’année suivante, il voyage à Rome. Il retourne ensuite en Byzacène, où il fonde son propre monastère. Sa réputation se répand de plus en plus dans toute la région.

En 504, Fulgence devient le nouvel évêque de Ruspe (Henchir Sbia, près de Mahdia). A cette époque, le roi vandale Thrasamund a interdit la nomination de nouveaux évêques après la mort des évêques en place. Fulgence est exilé en Sardaigne avec une soixantaine d’autres évêques. En exil, il écrit des livres destinés à instruire les chrétiens africains dans la foi, notamment en réfutant les erreurs de l’arianisme.

Inscription sur la crypte d’une église mentionnant le roi Thrasamund, Henchir El Gousset, gouvernorat de Kasserine, Tunisie

Fulgence retourne en Afrique en 515, lorsque le roi Thrasamund le convoque pour un débat public avec un évêque arien. Thrasamund est tellement impressionné par son érudition qu’il l’autorise à rester à Carthage, mais pas à retourner en Byzacène. Fulgence continue à écrire et à prêcher la doctrine catholique. En 520, il est de nouveau exilé.

Thrasamund meurt en 523. Son successeur, Hildéric, dont la mère est catholique, mène une politique de tolérance religieuse. Fulgence est autorisé à revenir d’exil et à reprendre ses fonctions d’évêque de Ruspe. Après son retour, il travaille à mettre fin aux abus qui s’étaient développés au sein de l’Eglise à son absence. Sa prédication était si éloquente et efficace que l’évêque Boniface de Carthage pleurait à chaque fois qu’il l’entendait prêcher et a remercié Dieu publiquement d’avoir donné un tel prédicateur à son Eglise.

Vers la fin de sa vie, Fulgence, qui aspirait toujours davantage à la vie solitaire des moines qu’aux responsabilités de l’évêque, se retire dans un monastère sur les Îles de Circinia (Kerkennah). Cependant, son influence à Ruspe est telle que les fidèles de la ville le rappellent. Il continue à servir comme évêque de Ruspe jusqu’à sa mort, en 527.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les Vandales en Afrique du Nord

La persécution des chrétiens nord-africains par les Vandales

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Les Vandales, qui ont envahi l’Afrique du Nord au 5° Siècle, étaient de religion arienne et voulaient contraindre tous leurs sujets à adopter leur doctrine. Ils ont persécuté les chrétiens autochtones nord-africains. Plusieurs milliers de croyants nord-africains ont été tués pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.

Contexte

Les Vandales, comme d’autres peuples germains, étaient de religion arienne, une doctrine considérée comme hérétique par l’Eglise chrétienne officielle. Avec l’arrivée des Vandales en Afrique du Nord, les croyants locaux sont désemparés face à cette nouvelle doctrine à laquelle ils n’ont encore jamais été confrontés : Augustin d’Hippone avait écrit un livre contre l’arianisme, mais rares étaient ceux qui comprenaient encore le latin assez bien pour le lire.

De plus, contrairement aux Goths, qui étaient également ariens, mais tolérants des autres confessions, les Vandales veulent imposer leur doctrine à tous leurs sujets et persécutent les chrétiens nord-africains, à la fois catholiques et donatistes. Plusieurs centaines de chrétiens ont été mis à mort pour leur foi pendant la période vandale. Beaucoup de religieuses chrétiennes ont également été violées. L’évêque Victor de Vite (Beni Derraj), témoin de ces événements, a écrit un livre détaillé sur ces persécutions.

Histoire des persécutions

Quodvultdeus, évêque de Carthage

Après la conquête de Carthage, l’évêque Quodvultdeus (son nom signifie « ce que Dieu veut ») est exilé avec la plupart des autres évêques nord-africains. Ces évêques sont embarqués sur un vieux bateau sans voile ni rames, qui, heureusement, parvient à traverser la mer, jusqu’à Naples. Les évêques exilés s’installent en Italie. L’un d’entre eux, Gaudiose, deviendra évêque de Naples.

Après l’exil de Quodvultdeus, l’épiscopat restera vacant pendant de longues années. En 454, le roi vandale Genséric, sous la pression de l’Empereur romain Valentinien III, a finalement autorisé la nomination d’un nouvel évêque de Carthage : Deogratias. Après le sac de Rome par les Vandales, l’évêque Deogratias a vendu tous les biens de l’Église pour racheter les Romains enlevés et vendus comme esclaves à Carthage. Il les a ensuite logés dans les grandes églises de Carthage, avant de les rapatrier à Rome. Après la mort de Deogratias, en 457, l’épiscopat est de nouveau vacant.

Olive est une jeune fille chrétienne originaire de Sicile, enlevée par les Vandales et vendue comme esclave à Tunis, puis mise à mort pour sa foi. Son tombeau est aujourd’hui la mosquée Zitouna de Tunis.

Pendant le règne de Genséric, l’évêque Victor de Cartennae (Ténès, Algérie actuelle) a écrit une réfutation de l’arianisme, dédiée à Genséric. Son ouvrage est perdu, mais l’auteur est mentionné dans Des Hommes Illustres, de Gennade de Marseille, une collection de courtes biographies de figures chrétiennes influentes.

Eudocia
Pièce de monnaie à l’effigie de Hunéric

La persécution s’est aggravée pendant le règne de Hunéric (477-484), le fils de Genséric. Au début de son règne, Hunéric cherche à apaiser les tensions dans son Royaume en autorisant l’élection d’un nouvel évêque de Carthage, Eugène, après 24 ans de vacance. Ensuite, cependant, il retourne aux habitudes répressives de son père. La politique religieuse d’Hunéric causera des tensions entre lui et son épouse, Eudocia, la fille de l’Empereur romain Valentinien III, qui est chrétienne catholique. Eudocia finit par fuir à Jérusalem, où elle meurt.

En 483, Hunéric convoque 466 évêques catholiques nord-africains à Sicca (El Kef), pour un débat public avec des évêques ariens. Là, il tente de les faire renier leur foi. Face à leur refus, les fait arrêter. Victor de Vite raconte comment il a corrompu des gardes afin de pouvoir rendre visite à ces prisonniers. Finalement, ils sont déportés dans le désert. La plupart meurent en route, les survivants sont exécutés en arrivant.

Le nombre de victimes est peut-être exagéré, mais les faits sont certainement réels. Seuls deux de ces martyrs sont connus par leur nom : les évêques Félix d’Abbir Germaniciana (Henchir en Naam) et Cyprien d’Unizibira (Henchir Zembra). Victor de Vite mentionne aussi la fille de l’évêque de Zuritana (Aïn Djour), emprisonnée avec son fils.

Frumence et Victorien

En 484, Frumence, un commerçant de Carthage, et Victorien, le proconsul de Hadrumetum (Sousse), sont mis à mort pour leur foi à Hadrumetum.

La même année, l’évêque Laetus de Nepta (Nefta) est brûlé vif sur ordre du roi. 50 ans plus tard, Laetus serait apparu en rêve à l’Empereur byzantin Justinien, pour le supplier de délivrer l’Afrique du Nord des Vandales.

Les habitants de Tipasa, qui ont refusé de se convertir à l’arianisme, ont eu la main droite et la langue coupée. D’après Victor de Vite, ils ont miraculeusement continué à parler et à confesser leur foi.

Victor de Vite mentionne également sept moines, vivant à Gafsa, qui ont été mis à mort pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.

D’autres croyants ont été vendus en esclavage par les Vandales à des tribus amazighes de l’intérieur du continent. Victor de Vite rapporte que certaines de ces tribus se sont ensuite converties au christianisme par ces esclaves. C’est le cas notamment de la tribu des Caprapicti, du Sud de la Tunisie. Il est possible que les racines chrétiennes légendaires de tribus amazighes comme les Sanhaja du Rif ou les Regraga du Nord d’Essaouira remontent à de tels captifs.

La tempête se calme

Le roi Gunthamund (484-496), le successeur de Hunéric, a mis fin aux persécutions. Le livre de Victor de Vite a certainement été écrit pendant son règne.

Fulgence de Ruspe

Thrasamund (496-523), le successeur de Gunthamund, a interdit la nomination de nouveaux évêques après la mort des évêques en place, espérant ainsi éradiquer le catholicisme dans son royaume sans recourir à la violence. Vers 504, l’évêque Victor de Vite, l’auteur du livre sur l’histoire des persécutions, ordonne Fulgence évêque de Ruspe (Henchir Sbia). Pour avoir désobéi à l’interdiction, il est exilé en Sardaigne, où il meurt vers 510. Pendant les prochaines décennies, Fulgence de Ruspe devient la figure la plus influente du catholicisme nord-africain. Il débat publiquement avec des évêques ariens et écrit des livres contre l’arianisme. Plusieurs fois exilé, il demeure ferme dans sa lutte, jusqu’à sa mort en 527.

En 523, Hildéric (523-530), le fils de Hunéric et Eudocia, devient roi des Vandales. Hildéric, dont la mère est catholique, mène une politique de tolérance religieuse. Un nouvel évêque catholique de Carthage, Boniface, est nommé, et Fulgence de Ruspe est autorisé à revenir d’exil et à prêcher la doctrine catholique. Pendant le règne de Hildéric, les Vandales commencent à se convertir au catholicisme.

Le christianisme en Afrique du Nord

Paulin de Nole, esclave des Vandales en Afrique du Nord

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Paulin de Nole était un sénateur romain devenu évêque de la ville de Nole, en Italie. D’après une légende, lors d’un raid vandale au Sud de l’Italie, il se serait vendu lui-même comme esclave aux Vandales, en échange du fils d’une veuve qui avait été enlevé. Entré en tant que jardinier au service du gendre du roi des Vandales, il aurait été libéré lorsque son maître a découvert son identité.

Qui était Paulin de Nole ?

Paulin de Nole

Pontius Meropius Paulinus était un aristocrate romain. Né en 352, à Burdigala (Bordeaux), il était issu d’une famille riche et influente, qui possédait des domaines en Gaule, en Espagne et au Sud de l’Italie. Il a été éduqué par le célèbre poète gallo-romain Ausone.

Dans sa jeunesse, Paulin, comme la plupart des jeunes hommes de son rang, a entamé une carrière publique dans l’administration romaine. En 377, il est nommé consul par l’Empereur Gratien, puis, en 380, il devient gouverneur de Campanie, au Sud de l’Italie. En 384, il se marie avec Thérasia, une femme noble originaire d’Espagne, et s’installe en Espagne avec elle.

Statue de Paulin de Nole

Paulin était chrétien, baptisé par l’évêque de Burdigala, et a fait des études théologiques à Milan, auprès de l’évêque Ambroise. Après leur mariage, Paulin et son épouse seront de plus en plus interpellés par l’appel de Christ au jeune homme riche, dans les Evangiles : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. » Après la mort de leur seul enfant, huit jours après sa naissance, ils décident finalement de répondre à cet appel : ils vendent leurs terres et tous leurs biens, distribuent l’argent aux pauvres et se retirent du monde. Le reste de leur vie sera consacrée leur vie au service de Christ.

En 395, Paulin et Thérasia quittent l’Espagne pour s’installer à Nole, en Campanie. Paulin considère Saint Félix, un évêque de Nole mis à mort pour sa foi vers 260 par l’Empereur Dèce, qui avait également vendu tous ses biens pour donner l’argent aux pauvres, comme son modèle. Après son arrivée à Nole, il fait rénover et agrandir la basilique consacrée à Saint Félix. Tous les ans, il écrit un poème en son honneur.

Thérasia meurt vers 410. Peu après, Paulin est ordonné évêque de Nole. Il passera le reste de sa vie dans la ville. Il meurt en 431.

Paulin de Nole en Afrique ?

Paulin de Nole esclave en Afrique – Image créée par ChatGPT

Une tradition chrétienne rapporte que, pendant que Paulin était évêque de Nole, il s’est servi du trésor de l’Eglise pour racheter les habitants de la région qui avaient été réduits en esclavage par les Vandales lors d’un raid au Sud de l’Italie. Enfin, lorsqu’une veuve dont le fils avait été enlevé par les Vandales est venue le voir, voyant qu’il n’y avait plus assez d’argent pour payer sa rançon, Paulin s’est vendu lui-même en esclavage en échange du fils de cette veuve.

Arrivé en Afrique, Paulin, interrogé sur quel était son savoir-faire, a répondu qu’il était doué en jardinage. Il a alors été donné comme esclave au gendre du roi des Vandales (probablement Genséric), qui aimait beaucoup les jardins. Quelque temps après, le roi a découvert l’identité de cet esclave par un rêve et l’a libéré.

Cette histoire a été rapportée par le Pape Grégoire le Grand, qui a vécu plus d’un siècle après Paulin de Nole. Son historicité est donc incertaine, mais elle paraît tout à fait plausible, à la lumière des autres récits sur la vie de Paulin de Nole.

Le christianisme en Afrique du Nord

Le Concile de Carthage : le Canon des textes sacrés chrétiens défini à Carthage

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Carthage, la capitale de l’Afrique romaine, est devenue un centre chrétien particulièrement influent. Le Canon du Nouveau Testament, c’est-à-dire la liste des livres reconnus par l’Eglise comme inspirés par Dieu, a été officiellement défini lors d’un concile organise en 397, à Carthage.

Pourquoi en parler ?
Si les sociétés nord-africaines sont musulmanes aujourd’hui, il est néanmoins bon de se souvenir que nos ancêtres ne l’ont pas toujours été.
Par ailleurs, parler des autres livres sacrés n’est en rien contraire à l’islam. Au contraire : le Coran lui-même, parle toujours avec un grand respect des livres révélés par Dieu aux prophètes plus anciens, comme la Torah de Moïse, le Zabour de David (connu sous le nom de Psaumes) ou l’Injil de Jésus, et encourage les musulmans à les étudier. Tous ces livres sont contenus dans la Bible.

يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ ءَامِنُوا۟ بِٱللَّهِ وَرَسُولِهِۦ وَٱلْكتاب ٱلَّذِى نَزَّلَ عَلَىٰ رَسُولِهِۦ وَٱلْكتاب ٱلَّذِىٓ أَنزَلَ مِن قَبْلُ وَمَن يَكْفُرْ بِٱللَّهِ وَمَلَٰٓئِكَتِهِۦ وَكتابهِۦ وَرُسُلِهِۦ وَٱلْيَوْمِ ٱلْءَاخِرِ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَٰلًۢا بَعِيدًا
Ô les croyants! Soyez fermes en votre foi en Dieu, en Son messager, au Livre qu’il a fait descendre sur Son messager, et au Livre qu’il a fait descendre avant. Quiconque ne croit pas en Dieu, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers et au Jour dernier, s’égare, loin dans l’égarement.
(Sourate 4:136)

فَإِن كُنتَ فِى شَكٍّ مِّمَّآ أَنزَلْنَآ إِلَيْكَ فَسْـَٔلِ ٱلَّذِينَ يَقْرَءُونَ ٱلْكتاب مِن قَبْلِكَ لَقَدْ جَآءَكَ ٱلْحَقُّ مِن رَّبِّكَ فَلَا تَكُونَنَّ مِنَ ٱلْمُمْتَرِينَ
Et si tu es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge alors ceux qui lisent le Livre révélé avant toi. La vérité certes t’est venue de ton Seigneur: ne sois donc point de ceux qui doutent.
(Sourate 10:94)

Origines des textes sacrés

La Bible hébraïque

Les textes sacrés hébraïques, reconnus à la fois par les juifs et les chrétiens, ont été rédigés en hébreu (avec quelques passages en araméen, une autre langue sémitique). La tradition juive les divise en trois parties : la Torah (תּוֹרָה), ou Loi ; les Nevi’im (נביאים), ou Prophètes ; et les Ketouvim (כְּתוּבִים), ou Ecrits. Ensemble, ils constituent le Tanakh.

Le Canon de la Bible hébraïque est centré sur la Torah, le texte sacré le plus ancien, dont l’autorité était reconnue incontestablement dès le 5° Siècle avant notre ère. Le consensus autour des autres livres sacrés a été défini progressivement. La liste canonique la plus ancienne est celle de Flavius Josèphe, vers 95, qui cite tous les livres que nous connaissons aujourd’hui.

Manuscrit de la Septante

Au 3° Siècle avant notre ère, la communauté juive d’Alexandrie, en Egypte, a traduit la Bible hébraïque en grec. Cette traduction grecque est appelée la Septante à cause des 70 traducteurs qui ont travaillé à la produire. La Septante marque une rupture théologique fondamentale dans la théologie juive : avec la traduction de ses écrits sacrés en grec, la langue vernaculaire du monde méditerranéen, le judaïsme est passé d’une religion tribale, centrée sur la révélation divine accordée à un seul peuple, à une religion universelle, dont le message s’adresse à tous les hommes.

La Septante contient un certain nombre de livres additionnels, plus récents, qui ne figurent pas dans la Bible hébraïque. Ces livres n’ont jamais été reconnus par les Juifs comme ayant la même autorité que la Bible hébraïque. Certaines éditions de la Bible les impriment cependant en annexe, sous le nom de « livres deutérocanoniques » (deuxième Canon).

La Bible chrétienne

Le mot grec Evangelion (Bonne Nouvelle) désigne le cœur du message chrétien

Les premiers chrétiens ont repris la Septante grecque. Ils appellent l’ensemble de ces livres Ancien Testament (Ancienne Alliance, par opposition à la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes instaurée par Christ), la première partie de la Bible chrétienne.

En plus des livres hérités des juifs, les chrétiens avaient aussi de nouveaux textes sacrés, rédigés en grec : les Evangiles (mentionnés dans le Coran sous le nom d’Injil), qui racontent la vie de Jésus-Christ, ainsi que d’autres livres écrits par les premiers apôtres. Ces livres constituent le Nouveau Testament, la deuxième partie de la Bible chrétienne.

Transmission des manuscrits

Manuscrit biblique copte

Dès ses débuts, la foi chrétienne était fondée sur l’appel à annoncer la Bonne Nouvelle du salut en Christ à tous les hommes, dans le monde entier. Par conséquent, partout où les chrétiens allaient, ils emportaient avec eux des manuscrits copiés à la main de leurs textes sacrés. Les prédicateurs encourageaient les nouveaux croyants à copier eux-mêmes leurs propres manuscrits. Pour cette raison, on a retrouvé une abondance de manuscrits à travers tout le monde romain et au-delà : en plus des 5800 manuscrits et fragments grecs connus, on dispose de plus de 10000 manuscrits latins et plus de 9000 en d’autres langues, comme le copte (1000-1500 manuscrits) ou le syriaque.

Papyrus 52 : le plus ancien manuscrit connu du Nouveau Testament (Source)

Le plus ancien fragment connu de manuscrit du Nouveau Testament a été découvert en Egypte en 1935. Il date des années 125-150 et contient quelques versets de l’Evangile selon Jean. (Source) Ce manuscrit a été copié quelques dizaines d’années à peine après la rédaction de l’original. Pourtant, il avait déjà voyagé jusqu’en Egypte !

Onze fragments de manuscrits pourraient été remonter au 2° Siècle de l’ère chrétienne (soit moins d’un siècle après la rédaction des textes originaux), même si seulement quatre d’entre eux ont été datés de cette époque avec certitude par les spécialistes. (Source)

Le plus ancien manuscrit quasi complet d’un Evangile est le Papyrus 66, retrouvé en Egypte. Daté de l’an 200 environ (soit un peu plus d’un siècle après l’original), il contient presque tout l’Evangile de Jean. (Source)

Manuscrit de la Vetus Latina

En plus de la diffusion de manuscrits, les premiers chrétiens étaient également actifs dans la traduction de leurs textes sacrés dans de nouvelles langues, afin de permettre à tous les peuples du monde de le lire dans leur langue maternelle. La première traduction de la Bible en latin, la Vetus Latina, a probablement été réalisée à Carthage, au début du 3° Siècle. Une traduction en punique et en libyque (tamazight antique) n’est pas documentée, mais plausible. (Source)

Les plus anciens manuscrits étaient écrits sur des feuilles de papyrus, une forme de papier produite en Egypte à partir des tiges de papyrus, une plante qui pousse sur le bord du Nil. Le papyrus se conserve difficilement sur de longues périodes, ce qui explique pourquoi tous les manuscrits les plus anciens sont très fragmentaires. Vers le 3°-4° Siècle, le papyrus a été remplacé par un nouveau support d’écriture, plus résistant : le parchemin, produit à partir de peaux d’animaux. Par conséquent, à partir de cette époque, on commence à trouver des manuscrits plus complets.

Codex Vaticanus : le plus ancien manuscrit biblique complet

Trois manuscrits particulièrement bien conservés, datant du 4° et du 5° Siècle, sont considérés comme les copies les plus anciennes de la Bible chrétienne complète. Le Codex Vaticanus, daté de 300-350, est conservé à la bibliothèque du Vatican. Le Codex Sinaiticus (sur l’image de couverture de cet article), daté de 325-360, se trouvait en Egypte, au Monastère Sainte-Catherine, au pied du Mont Sinaï, jusqu’au 19° Siècle, lorsqu’il a été « découvert » (et, selon le monastère, volé) par le biblique allemand Constantin von Tischendorf. Il est aujourd’hui conservé au British Library, à Londres. Le Codex Alexandrinus, daté de 400-440, est originaire d’Alexandrie et également conservé au British Library.

Fiabilité des manuscrits

Avec des textes copiés à la main d’innombrables fois, souvent par des croyants qui n’étaient pas forcément très éduqués, les erreurs sont inévitables. Des différences existent entre les manuscrits, y compris entre les trois grands codex mentionnés ci-dessus. Comment peut-on donc savoir si les textes dont nous disposons aujourd’hui sont fidèles à l’original ?

Manuscrit de Qumran

Pour ce qui est de la Bible hébraïque, on peut citer les Manuscrits de la Mer Morte. En 1946, des bergers bédouins ont découvert par hasard, à Qumran, en Palestine, des rouleaux de papyrus dans une grotte près de la Mer Morte. Les archéologues venus examiner leur découverte ont trouvé une collection de plus de 900 manuscrits datant du 3° Siècle avant notre ère au 1er Siècle de notre ère. Ces rouleaux, qui appartenaient à la secte juive des Esséniens, comprennent notamment les plus anciens manuscrits connus de tous les livres de la Bible hébraïque, y compris les livres deutérocanoniques, ainsi que d’autres textes religieux juifs. Les rouleaux de Qumran dont la découverte archéologique la plus extraordinaire du 20° Siècle ! Il n’y a aucune différence significative entre ces manuscrits et les livres bibliques tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Pour la Bible chrétienne, la réponse se trouve précisément dans le très grand nombre de manuscrits existants. On a retrouvé plus de 5000 manuscrits grecs de la Bible, sans compter les traductions. Ce grand nombre de manuscrits permet de comparer les textes entre eux. De plus, les plus anciens de ces manuscrits sont très proches chronologiquement des textes originaux : les plus anciens manuscrits complets remontent à 3 siècles seulement après l’original, certains fragments sont encore plus anciens, ce qui prouve leur fiabilité.

L’analyse critique des manuscrits bibliques, ou critique textuelle, est une science très complexe, qui permet de comparer les manuscrits existants, afin de repérer et de corriger les erreurs, pour reconstituer autant que possible le texte original. Si, par exemple, seul un petit nombre de manuscrits contient une variation par rapport à la grande majorité des manuscrits, on peut en déduire que la version majoritaire est authentique. Si une variation n’apparaît que dans des manuscrits récents, on peut en déduire qu’il s’agit d’une erreur et que les manuscrits plus anciens ont raison. Ainsi, les spécialistes ont pu reconstituer avec un degré de certitude élevé plus de 99% du texte original. Pour les quelques divergences restantes entre les manuscrits considérés comme les plus fiables, aucune ne concerne une doctrine majeure.

La constitution du Canon biblique

Fragment de Muratori

Comme pour la Bible hébraïque, les premiers chrétiens ont dû décider lesquels, parmi les nombreux livres en leur possession, devaient être considérés comme inspirés de Dieu. Les critères de sélection était très simples : un livre inspiré devait avoir été écrit par un apôtre ou quelqu’un qui a connu les apôtres, à l’époque des apôtres, et être conforme à la doctrine des apôtres. La liste des livres reconnus comme inspirés est appelée le Canon, du grec kanôn (κανών), une tige de roseau employée pour déterminer la longueur d’un objet.

La plupart des livres, notamment les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres et les épîtres de l’apôtre Paul, ont toujours été reconnues par l’ensemble des chrétiens. D’autres livres étaient débattus, comme l’Epître aux Hébreux (parce qu’elle est anonyme) et l’Apocalypse. Enfin, certains croyants tenaient pour inspirés d’autres livres qui n’ont finalement pas été retenus, le plus souvent parce qu’ils n’ont pas été écrits par les apôtres, mais par la génération suivante.

Canon de Muratori

La plus ancienne liste de livres sacrés chrétiens est contenue dans le Fragment de Muratori, un texte écrit vers 170-200 par l’Eglise de Rome. Cette liste mentionne 21 sur les 27 livres du Nouveau Testament actuel, avec deux livres qui n’en font pas partie. La plupart des livres manquants sont très courts, si bien qu’ils n’étaient probablement pas connus partout à cette époque. Le Fragment de Muratori mentionne aussi des livres qu’il rejette.

Le théologien Origène d’Alexandrie, le père de l’exégèse biblique, ne nous a pas laissé de liste des livres qu’il tenait pour sacrés, mais il a écrit des commentaires de tous les livres de la Bible actuelle.

Après la Réforme constantinienne, l’Eglise a dû définir officiellement quels étaient les livres qu’elle reconnaissait pour sacrés. Le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus, les deux plus anciennes Bibles complètes, contiennent tous les livres de la Bible actuelle, ce qui montre que ces livres faisaient consensus. Une lettre de l’évêque Athanase d’Alexandrie, écrite en 367, reprend également la même liste de livres.

Le Concile de Carthage – Image créée par ChatGPT

La décision finale a cependant été prise en Afrique du Nord : en 393, un synode d’évêques réunis à Hippone (Annaba) a approuvé officiellement le Canon de la Bible chrétienne, tel qu’il existe encore aujourd’hui. A ce moment-là, Augustin n’est pas encore évêque d’Hippone, mais il sert déjà comme prêtre dans la ville et il a certainement participé au synode. La décision de ce synode est confirmée en 397, par le Concile de Carthage, puis envoyée à l’Eglise de Rome pour recevoir leur approbation.

Vers la même époque, le théologien chrétien Jérôme de Stridon travailla pendant plus de 20 ans, de 382 à 405, à la retraduction de la Bible entière en Latin. Pour cette tâche, il s’installa à Bethléhem, dans une grotte supposée être le lieu de naissance de Christ, où l’Eglise de la Nativité fut construite par la suite. Pour l’Ancien Testament, il traduisit les textes originaux hébreux, pas la Septante grecque, un usage repris par les autres traducteurs de la Bible après lui. Sa traduction, connue sous le nom de Vulgate, est la traduction biblique officielle de l’Eglise catholique jusqu’à aujourd’hui. Jérôme est considéré comme le patron des traducteurs.

La Bible en Afrique du Nord aujourd’hui

L’histoire de la Bible en Afrique du Nord ne s’est pas terminée avec le Concile de Carthage, ni même après l’arrivée de l’islam. En avril dernier, une équipe de traducteurs marocains a publié la première traduction de la Bible complète en darija marocain. (Source) Cette Bible en darija, fruit de 30 années de travail, est destinée en premier lieu à la minorité chrétienne marocaine, mais aussi à tous les Marocains désireux de découvrir un texte tenu en haute estime par le Coran, le livre le plus lu dans le monde entier depuis 2000 ans. Elle peut être lue sur cette application.

L'Afrique du Nord romaine, Le christianisme en Afrique du Nord

Synesios de Cyrène : un philosophe néoplatonicien de Cyrène

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Synesios de Cyrène, un philosophe néoplatonicien originaire de Cyrénaïque, est la dernière grande figure de cette région jadis très influente. Originaire de Balagrae (El-Bayda), il a été ambassadeur de la Cyrénaïque à la cour impériale. Après une prestigieuse carrière politique, il est même devenu évêque de Ptolémaïs vers la fin de sa vie. Son œuvre cherche à concilier la pensée classique gréco-latine avec la théologie chrétienne.

Origines

Synesios de Cyrène

Synesios est né vers 370, près de Balagrae (El-Bayda). Il est le fils aîné d’une vieille famille noble d’origine grecque, qui se prétend descendante des rois de Sparte. Il grandit dans le domaine familial sur le Jebel Akhdar, en pleine nature, où il découvre les plaisirs de la vie rurale. En même temps, il reçoit une éducation d’élite, à Cyrène, puis à Alexandrie.

A cette époque, la Cyrénaïque, une région jadis prospère, est en déclin. La ville de Cyrène, affaiblie par le tremblement de terre de 365, puis par les attaques récurrentes des tribus amazighes environnantes, a été remplacée par Ptolémaïs comme capitale provinciale. Dans ce contexte, le jeune Synesios se découvre une vocation : préserver la civilisation gréco-romaine en Cyrénaïque.

Hypatie d’Alexandrie

Dans sa jeunesse, Synesios est envoyé par sa famille poursuivre ses études à Alexandrie avec son frère Euoptios. Dans la capitale égyptienne, Synesios devient disciple de la célèbre philosophe Hypatie, qui lui fait découvrir la philosophie néoplatonicienne. Toute sa vie, il gardera une profonde admiration pour Hypatie. Une des lettres qu’il lui a écrites contient la plus ancienne mention de l’hydromètre, un outil de mesure des liquides qu’elle a fabriqué.

Vers 395, il voyage à Athènes. Si ses attentes quant à ce séjour dans la ville des philosophes étaient très élevées, il reviendra à Cyrène déçu. Ce voyage lui fait prendre conscience du déclin de la tradition intellectuelle hellénistique.

Mission à Constantinople

Vers 398, Synesios est envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour impériale, pour plaider la cause de ses concitoyens et demander une exemption d’impôts à l’Empereur, afin de permettre à la région de se reconstruire. Dans son adresse à l’Empereur Arcadius, il lui adresse des conseils sur comment régner avec sagesse, en insistant surtout sur l’importance de la lutte contre la corruption. Après de longues tractations diplomatiques, il finit par obtenir gain de cause. Il gardera de cette expérience un profond malaise à l’égard des intrigues politiques de la cour impériale, qui mettent à mal l’idéalisme du jeune philosophe.

Astrolabe

A Constantinople, il prend contact avec Paeonius, un officier militaire de l’entourage de l’Empereur, qui s’intéresse aux expérimentations scientifiques d’Hypatie. Comme cadeau d’introduction, il lui offre un outil scientifique qu’il a fabriqué à Alexandrie : un astrolabe, qui permet de mesurer la position des étoiles. Dans un essai qui accompagne ce cadeau, il exhorte les autorités civiles et militaires à s’intéresser à la science et à la philosophie.

C’est probablement aussi pendant ce séjour à Constantinople qu’il a eu ses premiers contacts significatifs avec le christianisme, très influent à la cour impériale. La nouvelle religion était déjà majoritaire dans le monde romain, y compris en Cyrénaïque, mais sa famille fait partie de la vieille élite qui demeure attachée aux anciennes traditions religieuses. Sa découverte du christianisme, loin de marquer une rupture avec cet héritage, l’amènera au contraire à chercher à préserver la pensée classique gréco-romaine en l’intégrant à la pensée chrétienne.

Carrière à Alexandrie et en Cyrénaïque

Alexandrie

Synesios retourne à Cyrène en 402. L’année suivante, il se marie, à Alexandrie. Son épouse, dont on ne connaît pas le nom, est issue d’une famille alexandrine influente et chrétienne. Ils auront trois enfants, qui mourront tous avant lui. Les lettres de Synesios montrent qu’il aimait profondément son épouse et était très attaché à sa famille. Il a écrit un poème en l’honneur de son épouse.

Au cours des prochaines années, Synesios partage son temps entre Alexandrie, où vit sa famille, et sa Cyrénaïque natale. En Cyrénaïque, sa principale préoccupation est la défense des villes contre les attaques des tribus amazighes de la région. En 409, il écrit une lettre à Troïlus, un philosophe de la cour du préfet du prétoire Anthémius, pour lui demander d’intervenir auprès d’Anthémius afin qu’il protège la Cyrénaïque contre ces attaques. A Alexandrie, il se lie d’amitié avec l’évêque Théophile, qui a peut-être officié à son mariage.

Pour ce qui est de son cheminement spirituel, Synesios se rapproche de plus en plus de la foi chrétienne, sans jamais rompre avec ses racines hellénistiques. La foi de son épouse, ainsi que son amitié avec l’évêque Théophile d’Alexandrie, joueront certainement un rôle déterminant dans sa conversion progressive. En même temps, il demeure très proche d’Hypatie, qui, bien que païenne, est tolérante des chrétiens et a beaucoup d’étudiants chrétiens. Quelques années après son mariage, Synesios finit par demander le baptême.

Evêque de Ptolémaïs

Ruines d’une église à Ptolémaïs

En 410, son ami l’évêque Théophile d’Alexandrie choisit Synesios comme nouvel évêque de Ptolémaïs. En tant qu’évêque de la capitale de la Cyrénaïque, il aurait autorité sur tous les évêques de la province. Cette nomination est surprenante : Synesios, malgré sa formation de philosophe classique, n’a pas une connaissance approfondie des textes sacrés chrétiens. Il est possible qu’il n’était même pas encore baptisé ! Malgré cela, Théophile estime que l’Eglise a besoin de responsables avec son niveau d’éducation, afin de gérer l’influence chrétienne croissante dans la société. Synesios n’est pas un cas unique à cette époque, où beaucoup de jeunes nobles récemment convertis ont pris des responsabilités dans l’Eglise.

Synesios hésite à accepter cette nomination. D’abord, alors que la plupart des responsables chrétiens de cette époque sont célibataires, il ne veut pas avoir à renoncer à sa famille. Ensuite, certaines de ses idées, notamment la préexistence de l’âme, une notion néoplatonicienne fondamentale, sont en contradiction avec la doctrine chrétienne officielle. Il finit par accepter, à condition de ne pas devoir se séparer de son épouse et de ne pas être contraint de confesser certaines doctrines chrétiennes auxquelles il ne croit pas, comme la création de l’âme, la résurrection des corps et la future destruction du monde. En échange de ces concessions, il s’engage à ne pas prêcher publiquement ses idées qui vont à l’encontre de la doctrine officielle. Le fait que cet arrangement ait été accepté indique la souplesse doctrinale des autorités ecclésiales chrétiennes à cette époque.

Ruines d’une église à Ptolémaïs

En tant qu’évêque, il s’est opposé à Andronique, le préfet de Cyrénaïque, un tyran qui avait eu recours à la torture contre des citoyens innocents. Après l’avoir appelé à plusieurs reprises à se repentir, il l’a finalement excommunié (exclu de l’Eglise). Cette décision aurait pu lui coûter sa vie, mais il a tenu ferme contre les injustices dont ses concitoyens étaient victimes. Synesios témoigne dans une lettre que dans cette affaire, il a été tenté de renoncer à sa charge d’évêque, surtout lorsqu’un de ses amis, trésorier des fonds publics, a été emprisonné par Andronique, mais au final, il en est sorti encore plus déterminé à continuer.

Il a également dû résoudre un conflit entre les évêques de Darnis (Derna) et Erythron (El-Athroun), à propos d’une église située sur la frontière entre leurs deux diocèses. Ses compétences en administration civile lui ont été utiles dans cette affaire. Sa médiation montre son attachement à la paix et à l’harmonie au sein de l’Eglise.

En 411, Ptolémaïs est attaquée et détruite par les tribus amazighes. En exil, Synesios écrit la Catastase, une lamentation sur la chute de la Cyrénaïque.

En 413, Synesios perd son troisième et dernier fils, une autre expérience qui l’a profondément endeuillé. Il meurt lui-même en 414, à environ 44 ans. Sur son lit de mort, il a écrit une dernière lettre à Hypatie, qui sera tuée l’année suivante.

Œuvre

Les œuvres les plus connues de Synesios sont ses neuf Hymnes, des poèmes d’inspiration néoplatonicienne, décrivant la quête mystique de l’âme humaine qui cherche à s’unir à Dieu. Les premiers Hymnes ont été écrits alors qu’il n’était pas encore chrétien, puis les suivants marquent l’évolution de sa pensée, avec l’intégration d’idées chrétiennes à sa spiritualité néoplatonicienne. Toute son œuvre constitue une synthèse unique et fascinante entre christianisme et néoplatonisme.

La vie de Synesios est connue surtout par ses 159 Lettres, adressées à sa femme, à son frère, à Hypatie, à Théophile d’Alexandrie, à d’autres évêques, etc. Ces lettres offrent aussi un bel aperçu de la noblesse de son caractère.

Une de ses lettres est la dernière mention du silphium : il dit que cette plante n’existe plus à son époque et fait de sa disparition une des causes du déclin de sa Cyrénaïque natale.

Dans ses lettres, il mentionne aussi des poésies qu’il a écrites, qui sont perdues.

Nous avons déjà mentionné son discours De la royauté, adressé à l’Empereur Arcadius, ainsi que son essai sur la fabrication de l’astrolabe. Pendant son séjour à Constantinople, il a également écrit  un poème allégorique sur la lutte entre l’Empire romain et les Goths, qui s’interroge sur les raisons pour lesquelles Dieu permet le mal.

Toute sa vie, Synesios était fasciné par les rêves, qu’il voyait comme un moyen pour l’âme de découvrir des vérités cachées et de communiquer avec Dieu. Vers 405, il a écrit un traité sur l’interprétation des rêves.

Un autre ouvrage, humoristique, est De la calvitie, dans lequel il argumente qu’être chauve vaut mieux que d’avoir des cheveux, car un crâne chauve ressemble davantage à une sphère, la plus parfaite de toutes les formes.

De ses années en tant qu’évêque, deux homélies (prédications d’église) ont été conservées, qui offrent un aperçu de son interprétation des textes sacrés chrétiens.

Après la destruction de Ptolémaïs, il a écrit la Catastase, une lamentation sur la chute de la Cyrénaïque.

Enfin, il a écrit un livre, perdu, sur l’élevage des chiens de chasse. La chasse était sa grande passion, à laquelle il a renoncé à contrecœur lorsque ses responsabilités ne lui permettaient plus de la pratiquer.

L'Afrique du Nord romaine, Le christianisme en Afrique du Nord, Les Grecs en Afrique du Nord

Hypatie : la dernière philosophe d’Alexandrie

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Hypatie d’Alexandrie est une philosophe néoplatonicienne, mathématicienne et astronome du 4°-5° Siècle, qui dirigeait l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Réputée pour son savoir, elle était respectée de tous pour la sagesse de son enseignement et de ses conseils. Elle est la première femme mathématicienne dont la vie est aussi bien documentée.

Née entre 355 et 370, selon les sources, Hypatie était la fille du mathématicien Théon d’Alexandrie. Son père est à la tête du Mouseion, une école néoplatonicienne de haute renommée. Bien qu’elle avait beaucoup de prétendants, elle ne s’intéressait pas aux hommes et ne s’est jamais mariée (d’après une légende, elle aurait donné à un prétendant trop insistant un tissu imbibé de son sang menstruel).

Hypatie enseignait les mathématiques et l’astronomie à des étudiants originaires de tout le bassin méditerranéen. Elle-même païenne, elle était très tolérante à l’égard des chrétiens et a eu beaucoup d’étudiants chrétiens, dont de futurs évêques. Son étudiant le plus connu est Synesios de Cyrène, qui lui voue une profonde admiration.

Pour ce qui est de son œuvre, elle a écrit notamment un commentaire des Arithmétiques de Diophante d’Alexandrie et un autre sur le traité d’Apollonios de Perge sur les sections coniques. Elle a certainement participé aussi à l’édition de l’Almageste de Claude Ptolémée par son père. Elle savait construire des astrolabes (instruments servant à calculer la date et l’heure en se basant sur la position des planètes) et des hydromètres (instruments servant à déterminer la densité d’un liquide). En astronomie, elle a surtout travaillé sur le calcul de la date de l’équinoxe.

Portrait fictif d’Hypatie, par Alfred Seifert

Hypatie était une figure connue et respectée de tous à Alexandrie. L’historien chrétien Socrate le Scolastique parle d’elle en des termes très élogieux : « Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu’elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l’école de Platon et de Plotin, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l’écouter. Grâce à son contrôle d’elle-même et à la facilité avec laquelle elle avait développé la culture de son esprit, elle n’hésitait pas à fréquemment apparaître en public, en présence des magistrats. Elle ne se sentait pas non plus décontenancée à l’idée de se rendre à une assemblée d’hommes, ce qu’elle faisait toujours, sans perdre sa pudeur, ni sa modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. » Pourtant, elle a été victime de l’intolérance croissante du christianisme alexandrin, avide de s’imposer face à l’ordre ancien.

En 412, l’évêque Théophile d’Alexandrie meurt et son neveu Cyrille lui succède. Alors que Théophile semble avoir été en bons termes avec Hypatie, Cyrille se méfie d’elle. En 414, après plusieurs incidents violents entre juifs et chrétiens à Alexandrie, l’évêque Cyrille fait fermer toutes les synagogues de la ville et chasse sa population juive. Ces mesures choquent Oreste, le gouverneur de la ville et un ami proche d’Hypatie. Oreste, lui-même récemment converti au christianisme, partage le désir d’Hypatie de coexistence pacifique entre chrétiens, juifs et païens. En même temps, il s’inquiète de voir l’évêque outrepasser ses prérogatives en empiétant sur celles des autorités civiles, avec le soutien des classes populaires alexandrines, fortement chrétiennes et de plus en plus fanatisées.

Le conflit entre l’évêque et le gouverneur dégénérera en affrontement violent, dans lequel Cyrille peut compter sur le soutien des moines (parabalani) du désert de Nitrie, au Sud-Ouest d’Alexandrie. Lors d’une émeute, un moine du nom d’Ammonius lance une pierre sur Oreste et le blesse à la tête. Furieux, Oreste le fait torturer si sévèrement qu’il en meurt. Cyrille veut le proclamer martyr, mais la majorité des chrétiens s’y oppose, ce qui attisera encore les tensions.

La mort d’Hypatie

Dans ce contexte, des rumeurs commencent à se répandre, selon lesquelles Hypatie, qui conseille le gouverneur, empêche toute réconciliation entre lui et l’évêque. Les moines, furieux, s’emparent d’elle et la tuent. Voici le récit de son meurtre par Socrate le Scolastique : « Au cours de la fête chrétienne du Carême en mars 415, les parabalani, sous les ordres du Lecteur nommé Pierre, ont attaqué Hypatie alors qu’elle rentrait chez elle. Ils l’ont traînée au sol jusqu’à une église voisine connue sous le nom de Caesareum, où ils l’ont déshabillée de force, puis l’ont tuée avec des ostraka. Ils ont ensuite découpé son corps en morceaux puis ont traîné ses membres mutilés à travers la ville jusqu’à un endroit appelé Cinarion, où ils ont mis le feu à ses restes. »

L’évêque Cyrille est-il lui-même à l’origine de la mort d’Hypatie ? Les moines ont-ils agi sous ses ordres ou de leur propre initiative ? Sur ce point, le débat entre spécialistes n’est pas définitivement clos. Quoi qu’il en soit, les mesures intolérantes qu’il avait ordonnées ont clairement contribué à l’atmosphère délétère qui a poussé les moines à passer à l’acte.

Socrate le Scolastique n’affirme pas que Cyrille a ordonné le meurtre d’Hypatie, mais il rapporte que sa mort a beaucoup nui à la popularité de l’évêque : la majorité des chrétiens alexandrins appréciaient Hypatie et étaient choqués par son meurtre.

Le christianisme en Afrique du Nord

Le christianisme au-delà de l’Afrique romaine

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L’histoire du christianisme, en Afrique du Nord comme ailleurs, est largement associée à celle de l’Empire romain. Pourtant, dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, il y avait des chrétiens aussi parmi les tribus amazighes au-delà des frontières romaines, dans les montagnes de l’Atlas et le désert du Sahara. Des vestiges d’églises ont été retrouvés dans de minuscules villages qui n’étaient même pas répertoriés par l’administration romaine.

Débuts

Tertullien de Carthage, le premier témoin d’une présence chrétienne africaine au-delà des frontières romaines

La première mention d’une présence chrétienne en Afrique, au-delà des limes romaines, remonte au début du 3° Siècle, lorsque l’écrivain chrétien Tertullien de Carthage parle des « différentes races des Gétules, les frontières multipliées des Maures, […] inaccessibles aux Romains, mais subjuguées par le Christ ». Il y avait donc dès son époque des chrétiens parmi les Gétules et les Maures du Sud, au-delà de la Maurétanie romaine.

Comment le christianisme s’est-il répandu dans ces régions ? Le plus souvent, des commerçants amazighs qui venaient vendre leurs marchandises dans les villes côtières, ou des ouvriers agricoles qui travaillaient sur des fermes en Afrique romaine, découvraient la foi chrétienne, puis retournaient l’apporter à leur famille et à leur tribu. D’autres fois, des chrétiens qui avaient été faits prisonniers lors de raids aux frontières romaines prêchaient leur foi aux tribus au milieu desquelles ils vivaient désormais.

Parfois aussi, les autorités romaines exilaient des responsables chrétiens dans des oasis et régions isolées du désert, qui prêchaient ensuite leur foi aux habitants de ces régions. C’est ainsi que le christianisme est parvenu dans l’oasis de Siwa.

La principale ville de Maurétanie du Sud, hors des frontières romaines, était Tamusiga (Essaouira). On n’a retrouvé aucune trace d’une communauté chrétienne à Tamusiga à l’époque romaine, mais les liens avec la Maurétanie romaine rendent une telle présence probable. De même, une présence chrétienne chez les Amazighs Guanches des Îles Canaries n’est pas avérée, mais plausible au vu des liens entre les îles et le continent.

En dehors des grandes villes romanisées, les Amazighs d’Afrique du Nord étaient hostiles au pouvoir romain, qui persécutait également les chrétiens. Ainsi, les Amazighs voyaient le christianisme comme une religion de résistance à Rome.

La rupture

Après la christianisation de l’Empire romain, au cours du 4° Siècle, l’Eglise d’Afrique romaine se souciait davantage de maintenir son nouveau statut de religion officielle que d’annoncer le message chrétien au-delà des frontières romaines. Le christianisme, désormais associé à l’administration romaine, ne séduisait plus les « hommes libres » de l’intérieur.

Augustin d’Hippone discute avec les donatistes

Le christianisme donatiste, considéré comme hérétique par l’Eglise romaine, a connu bien plus de succès, notamment parce qu’il exprimait la foi chrétienne dans les langues locales, tandis que l’Eglise romaine employait uniquement le latin. Aux 4° et 5° Siècles, les donatistes étaient bien plus nombreux que les chrétiens romains, avec des communautés donatistes dans toute l’Afrique du Nord. Le donatisme était directement lié au nationalisme amazigh : tant que les Romains persécutaient les chrétiens, les Amazighs se convertissaient en masse au christianisme ; maintenant que les Romains voulaient les contraindre à être des chrétiens romains, ils préféraient un christianisme différent.

Par la suite

Après la conquête vandale, des chrétiens vendus comme esclaves par les Vandales à des tribus éloignées ont converti leurs nouveaux maîtres. C’est le cas de la tribu des Caprapicti, au Sud de la Tunisie. Les racines chrétiennes légendaires de certaines tribus amazighes, comme les Sanhaja du Rif ou les Regraga du Nord d’Essaouira, remontent peut-être à l’influence de tels captifs.

La reconquête de l’Afrique du Nord par les Byzantins, au 6° Siècle, a ouvert la voie à un nouvel élan missionnaire vers l’intérieur du continent. Des prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine ont annoncé le message chrétien dans les oasis de Cydamus (Ghadamès) et d’Augila (Awjila). En 569, les Garamantes du Fezzan se sont convertis au christianisme. A la même époque, le christianisme a pénétré au Sud de l’Algérie et du Maroc actuels, au-delà d’une frontière romaine qui n’existait plus.

Vestiges archéologiques

Beaucoup de tribus amazighes de l’Atlas ou des plaines côtières du Maroc actuel étaient chrétiennes. Certains chefs de tribu ont laissé à la postérité des témoignages de leur allégeance à Christ. Ainsi, une inscription découverte sur la route de Constantine à Jijel mentionne le roi des Ucutamani (Ketama), qui régnait sur la Kabylie, avec le titre de « serviteur de Dieu ».

Stèle de Djorf Torba ; le personnage de droite tient une croix

A Djorf Torba, dans la wilaya algérienne de Béchar, un monument, construit vers la fin du 5° ou le début du 6° Siècle, contient une série de stèles, dont l’une montre un homme qui tient une croix dans sa main. (Source)

Les fameux djeddars, treize mausolées funéraires au Sud de Tiaret, en Algérie, contiennent également des symboles chrétiens, attestant que leurs constructeurs, des aguellid maures du 5° Siècle, étaient chrétiens. (Source)

En plus de ces monuments, on retrouve des inscriptions chrétiennes plus simples jusque dans l’oasis de Figuig et dans la plaine du Souss.

Le christianisme en Afrique du Nord

Les donatistes : un autre christianisme nord-africain

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Aux 4° et 5° Siècles, la vaste majorité de la population d’Afrique du Nord était chrétienne, mais appartenait à un courant religieux considéré comme hérétique par l’Eglise officielle : le donatisme, né en Afrique comme un mouvement de protestation des populations autochtones contre l’emprise romaine sur les affaires religieuses.

Contexte

Au tout début du 4° Siècle, l’Eglise chrétienne dans l’Empire romain est frappée par une nouvelle vague de persécution, la pire de toutes. Les lieux de culte chrétiens sont détruits, leurs textes sacrés brûlés et plus de 3000 croyants mis à mort pour leur foi. L’Eglise d’Afrique romaine est particulièrement touchée, ce qui lui vaut son surnom d’ « Eglise des martyrs ».

Constantin, le premier Empereur chrétien

En 311, les Empereurs Galère (en Orient) et Constantin (en Occident) signent un édit de tolérance qui met fin aux persécutions : pour la première fois dans l’histoire, les chrétiens peuvent pratiquer leur foi librement. L’année suivante, en 312, l’Empereur Constantin lui-même se convertit au christianisme.

Les chrétiens de l’Empire romain ont vécu ces changements comme un immense soulagement. Ils auront cependant aussi des conséquences inattendues : maintenant que l’Empereur est chrétien, l’Eglise sera de plus en plus influencée par la politique impériale romaine, au détriment de sa vocation spirituelle. Ce développement ne plaît pas aux peuples qui, comme les Amazighs d’Afrique du Nord, sont hostiles à la domination romaine et attachés à leur liberté.

Naissance du donatisme

La controverse donatiste a commencé comme une querelle théologique sur l’attitude que l’Eglise doit adopter face aux croyants qui, pendant la persécution, avaient renié leur foi sous la contrainte. Cette question préoccupait déjà l’Eglise au siècle précédent, à l’époque de l’évêque Cyprien de Carthage.

Portrait tardif de Donatus

En 311, juste après la fin des persécutions, un diacre de Carthage, Cécilien, est choisi comme le nouvel évêque de la ville. Certains chrétiens protestent contre cette nomination : Cécilien est accusé d’avoir livré des textes sacrés aux autorités romaines pendant la persécution, pour qu’ils soient brûlés. Pour les adversaires de Cécilien, un homme coupable d’une telle faute ne peut exercer des responsabilités dans l’Eglise. 70 évêques de Numidie, réunis secrètement à Carthage, choisissent un autre évêque, Mensurius. Lorsque celui-ci meurt peu après, Donatus, auparavant évêque de Casae Nigrae (Negrine, wilaya de Tebessa, Algérie), est choisi pour lui succéder. Le charismatique Donatus deviendra le chef de file du mouvement.

Ruines d’une église à Tipasa, Algérie

Deux ans après, un concile d’église présidé par l’évêque de Rome condamne le donatisme. Cécilien est innocenté des accusations contre lui et reconnu comme le seul évêque légitime de Carthage. Le concile affirme aussi que la validité des sacrements ne dépend pas de la dignité des hommes qui les administrent, mais de Dieu qui agit à travers ces hommes, si bien que, même si Cécilien était effectivement coupable, cela n’empêche pas Dieu de continuer à manifester sa grâce à l’Eglise par son intermédiaire.

Eglise donatiste, Sbeïtla, Tunisie

Les donatistes persistent néanmoins dans leur refus de se soumettre à un évêque qu’ils jugent indigne. A travers toute l’Afrique romaine, de plus en plus d’évêques rejoignent leur camp avec leurs fidèles. D’autres groupes chrétiens dissidents plus anciens les rejoignent également. Toute l’Eglise chrétienne d’Afrique du Nord est divisée : dans beaucoup de villes, on peut trouver aujourd’hui les ruines de deux églises, une catholique (romaine) et une donatiste, souvent situées côte à côte. Au-delà de la question théologique à l’origine du conflit, les chrétiens nord-africains refusent surtout de se voir imposer leurs choix par l’Eglise de Rome.

Donatistes et catholiques se réclament tous deux de l’héritage de Tertullien et Cyprien de Carthage : les premiers évoquent leur insistance sur la sainteté et l’intransigeance avec le péché, tandis que les autres font appel à leur enseignement sur l’unité de l’Eglise.

Alors que les catholiques emploient uniquement le latin pour le culte chrétien, les donatistes se servent des langues amazighes locales, ce qui explique certainement leur succès.

Avec le temps, des foules de plus en plus nombreuses affluent dans les églises donatistes : esclaves en fuite, paysans sans terres, Amazighs des campagnes hostiles à la présence romaine sur leurs terres ancestrales… Le donatisme deviendra rapidement majoritaire en Afrique du Nord. C’est à cette époque que le christianisme pénétrera le plus loin vers l’intérieur des terres. Avec sa popularité, le mouvement perdra cependant son caractère spirituel. La plupart des donatistes étaient certainement des croyants sincères, mais ils se sont compromis en accueillant des hommes avec des motivations davantage sociopolitiques. Bientôt, ils feront même alliance avec le pouvoir politique…

Les circoncellions

Circoncellions

Les circoncellions, ou agonistici, étaient des bandes violentes qui luttaient contre les injustices dont les populations rurales d’Afrique du Nord étaient victimes. Ils exigeaient la libération des esclaves et l’annulation de toutes les dettes (car c’étaient surtout les pauvres qui s’endettaient auprès des riches propriétaires terriens). Ils maraudaient dans les campagnes, incendiant des fermes et s’attaquant aux voyageurs et à tous ceux qu’ils voyaient comme des ennemis.

A l’origine, les circoncellions étaient un mouvement purement social, mais vers 340, ils ont fait alliance avec les donatistes. Avec cette alliance, ils ont repris à leur compte l’idée chrétienne du martyre : ils s’attaquaient à présent aux postes militaires romains, armés de simples bâtons, espérant ainsi mourir en martyrs. Leur cri de guerre était : « Laudate Deum », « Louange à Dieu ».

Beaucoup de donatistes n’étaient pas du tout favorables aux excès des circoncellions. Les responsables donatistes de Carthage voulaient se dissocier clairement d’eux, mais ils craignaient de diviser leur mouvement, car les évêques de Numidie et de Maurétanie les soutenaient.

Vers 345, alors que les circoncellions ont commencé une insurrection à grande échelle contre les maîtres d’esclaves et les créditeurs, les autorités romaines sont finalement intervenues pour les réprimer. Pour les Romains, il n’y avait aucune différence entre donatistes et circoncellions : les deux mouvements étaient de dangereux fauteurs de troubles à éliminer.

La révolte de Firmus

Petra (Maklou), la forteresse de Firmus

Après les circoncellions, les donatistes trouveront un nouvel allié de circonstance, une alliance qui leur nuira tout autant au final.

En 370, le prince maure Firmus se révolte contre les Romains et se proclame roi de Maurétanie. Les donatistes le soutiennent, espérant être libérés de la domination romaine grâce à lui. Firmus est vaincu et les donatistes sont décrédibilisés.

Le dénouement

Avec le temps, de plus en plus de donatistes sont désillusionnés par l’évolution du mouvement. Vers 370-380, le théologien Tyconius sera exclu par les donatistes pour avoir condamné leur radicalisme. Vers 385, l’évêque catholique Optat de Milève (Mila) écrit un traité contre les donatistes, qui ramènera beaucoup de donatistes modérés à l’Eglise catholique.

Augustin d’Hippone

Le célèbre Augustin, le plus grand théologien chrétien d’Afrique romaine, découvre la controverse donatiste après sa nomination en tant qu’évêque d’Hippone, en 395. Alors que les donatistes sont majoritaires au sein de la communauté chrétienne de sa ville, il convaincra la plupart d’entre eux de revenir à l’Eglise catholique, par le dialogue et son attitude charitable. Il rencontre plusieurs évêques donatistes d’autres villes et malgré son désaccord avec eux, il parle d’eux avec beaucoup de respect et les décrit comme des hommes pieux et droits.

La principale figure donatiste tardive est l’évêque Optat de Thamugadi (Timgad). En 395, il soutient la révolte de Gildon, le frère de Firmus, contre l’Empereur.

En 411, l’Empereur Honorius décide d’organiser une conférence à Carthage, afin de résoudre cette controverse une fois pour toutes. 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes se réunissent pour débattre de ce qui les oppose. Le porte-parole des catholiques est Augustin d’Hippone, tandis que les donatistes sont représentés par Pétilien, l’évêque donatiste de Constantine, qui était auparavant un avocat réputé. Le débat est présidé par Marcellin, le proconsul d’Afrique romaine.

Augustin discute avec les donatistes

Le débat se caractérise à la fois par l’attitude conciliante des catholiques, qui sont prêts à laisser les donatistes garder leurs évêques et leurs lieux de culte s’ils acceptent de revenir à l’Eglise catholique, et par l’arrogance des donatistes, qui refusent tout compromis. Au final, les donatistes sont condamnés à réintégrer l’Eglise catholique. Les évêques et assemblées donatistes qui acceptent peuvent garder leurs évêchés et leurs lieux de culte, mais ceux qui refusent s’exposent à des peines de prison.

La plupart des donatistes se soumettent et rejoignent l’Eglise catholique. Ceux qui persistent sont persécutés par les autorités romaines, avec la complicité des autorités ecclésiales catholiques. La triste histoire de la persécution des derniers donatistes montre comment une religion encore elle-même persécutée il y a peu, peut elle-même devenir persécutrice lorsqu’elle se retrouve associée au pouvoir politique.

De petites communautés donatistes rurales ont survécu jusqu’à l’occupation vandale, puis connu un certain renouveau pendant la période byzantine. La présence donatiste a probablement facilité la conquête arabe de la région : les Juifs et chrétiens donatistes, persécutés par les Byzantins, voyaient les envahisseurs musulmans comme des libérateurs.

Impact du donatisme

Mosaïque donatiste, Sbeïtla, Tunisie

La controverse donatiste évoque la tension permanente entre une religion qui se veut universelle, avec une institution centralisée, et son expression locale, au sein d’une culture particulière. Les donatistes nous rappellent les mouvements kharijites qui ont prospéré en Afrique du Nord plusieurs siècles après, en opposant un « islam amazigh » à l’islam « arabe ». Dans le monde chrétien, leur refus de se soumettre à une Eglise officielle jugée « impure », compromise avec le pouvoir politique, se rapproche des Réformateurs protestants du 16° Siècle.

Le christianisme en Afrique du Nord

La basilique sévérienne : un édifice civil romain transformé en église

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Après la christianisation de l’Empire romain, beaucoup de temples et d’édifices civils romains ont été transformés en églises. Pour les chrétiens, c’était une manière de se réapproprier le génie de la Rome antique, en mettant ses plus belles constructions au service de leur religion. Un bon exemple est la basilique sévérienne, un bâtiment emblématique de Leptis Magna, en Libye.

Basilique sévérienne

La basilique sévérienne a été construite par l’Empereur romain Septime Sévère, qui était originaire de Leptis Magna. Son histoire est liée à celle de l’Arc de Septime Sévère : lorsque Septime Sévère a visité Leptis Magna, en 203, les autorités de la ville ont construit l’arc en son honneur. Pour les remercier, l’Empereur a fait construire la basilique, inspirée de la Basilique Ulpia de Rome. La construction de la basilique a été terminée par Caracalla, le fils et successeur de Septime Sévère.

Abside Nord de la basilique

La basilique mesurait environ 95 mètres de long et 35 mètres de large. Elle était divisée en trois nefs, séparées par des rangées de colonnes en granite pourpre d’Egypte et en marbre vert d’Eubée. Aux deux extrémités, se trouvaient des absides (murs en demi-cercle), avec des plates-formes sur lesquelles se tenaient les magistrats. La basilique servait notamment pour les procès publics.

Les décorations sur deux colonnes de la basilique sont particulièrement remarquables. L’une représente Hercule, l’autre Dionysos.

Chaire de la basilique transformée en église

En 533, la basilique sévérienne, qui était tombée en ruines pendant l’occupation vandale, a été restaurée. Elle a ensuite été transformée en une église chrétienne, consacrée à Marie la mère de Jésus.

La chaire a été construite à partir d’un ancien autel qui se trouvait dans la basilique, afin de symboliser l’impuissance des idoles païennes et le triomphe du Dieu chrétien. Un baptistère, en forme de croix, a également été construit. En dehors de ces éléments nécessaires au culte chrétien, l’ancienne basilique romaine a cependant été laissée largement intacte. Les chrétiens romains ne voyaient pas leur foi comme une rupture avec le passé, mais ils voulaient préserver tout ce qui faisait la gloire de la Rome antique, en n’ôtant que ce qui contredisait directement leur foi.