Les Grecs en Afrique du Nord

L’or vert de Libye : le silphium, une plante très précieuse

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Dans l’Antiquité, la Cyrénaïque cultivait et vendait une plante qui ne poussait que dans cette région du monde : le silphium. Cette plante, aujourd’hui disparue, était très appréciée dans tout le monde antique : elle était utilisée comme médicament, parfum et condiment.

Tige de silphium – Peinture de l’artiste libyenne Shefa SalemSource

Le silphium était une plante avec une tige épaisse et creuse, des racines épaisses couvertes d’une écorce noire, des feuilles fines et des fleurs jaunes. Une tige de silphium pouvait mesurer jusqu’à 3m de haut.

Pièce de monnaie de Cyrène représentant une tige de silphium

Les villes de Cyrénaïque exportaient du silphium dans tout le monde antique. Cette plante avait une très grande valeur : une tige de silphium était vendue pour son poids en or. A cause de sa valeur, le silphium jouait un rôle fondamental dans l’économie de la région, si bien que beaucoup de pièces de monnaie de Cyrène et des villes voisines montrent une tige de silphium.

La valeur du silphium venait de sa résine, appelée laserpicium en latin. En faisant une incision dans la tige, le suc s’écoulait et se coagulait pour former une résine d’une odeur très agréable. Les incisions au niveau de la racine produisaient une résine translucide, plus pure et plus concentrée, donc encore plus précieuse.

Coupe montrant la pesée et la charge du silphium à Cyrène

Le silphium avait des vertus à la fois médicales et culinaires. Il était considéré comme un remède universel, pour soigner la toux, les maux de gorge, la fièvre, l’indigestion, les verrues, la goutte et toutes sortes de maladies. Il était employé aussi comme aphrodisiaque et comme contraceptif, pour réduire la fertilité des femmes.
En cuisine, le silphium servait comme assaisonnement pour divers plats. Les feuilles de silphium étaient données à manger aux moutons : elles donnaient à leur viande un goût particulièrement délicieux.
Enfin, le silphium était utilisé comme parfum à brûler.

Le silphium poussait uniquement à l’Est de la Libye, des environs de Derna au Golfe de Syrte. Le poète grec Pindare décrit la Cyrénaïque comme un « jardin de fleurs ». Le silphium était une plante sauvage, impossible à cultiver. Toutes les tentatives de le faire pousser en dehors de son environnement naturel ont échoué.

Ferula tingitana, une férule courante en Afrique du Nord aujourd’hui

De quel genre de plante s’agissait-il ? Ressemblait-elle à des plantes qui existent encore aujourd’hui ? Le silphium était probablement une variété de férules, une plante dont plusieurs espèces existent encore aujourd’hui dans le monde méditerranéen. Ferula drudeana, une férule native du centre de la Turquie, produit une résine qui ressemble à celle du silphium, mais aucun lien entre cette espèce et la Libye n’est connu. Certains spécialistes ont suggéré aussi que le silphium était peut-être un hybride entre différentes espèces de férules. Cela pourrait expliquer la difficulté à le cultiver : les plantes hybrides ont souvent des qualités exceptionnelles à la première génération, mais elles sont stériles, elles ne peuvent être reproduites par des graines, mais seulement de manière asexuée, par des racines.

Le silphium a disparu au début de l’ère romaine. L’auteur romain Pline l’Ancien écrit dans son Histoire naturelle que la toute dernière tige de silphium trouvée en Cyrénaïque a été offerte à l’Empereur Néron, comme une curiosité. On a longtemps pensé que le silphium a disparu parce qu’il était surexploité, mais en fait, la désertification de sa région natale est une cause plus probable de sa disparition. Au début du 5° Siècle, Synesios de Cyrène mentionne le silphium dans une lettre comme une plante qui n’existe plus à son époque et fait de sa disparition une des causes du déclin de sa Cyrénaïque natale.

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