Au 5° Siècle avant notre ère, le roi Arcésilas IV de Cyrène remporte la course de chars aux Jeux pythiques, une compétition sportive organisée tous les quatre ans dans la ville grecque de Delphes, avec un attelage de chevaux libyens.
La Grèce, une des nations les plus influentes du monde antique, organisait les Jeux Panhelléniques, quatre compétitions sportives ouvertes aux athlètes de toutes les villes grecques : les Jeux Olympiques, les plus connus, à Olympie ; les Jeux Pythiques, à Delphes ; les Jeux Néméens, au sanctuaire de Zeus à Némée ; et les Jeux Isthmiens, près de Corinthe. Chacune de ces compétitions avaient lieu tous les quatre ans, si bien qu’il y avait une compétition chaque année. Une autre compétition, les Jeux Panathénaïques, avait également lieu tous les quatre ans, à Athènes.
Les Jeux Pythiques étaient organisés en l’honneur du dieu Apollon, qui avait un sanctuaire à Delphes. D’après la mythologie, ils ont été fondés par Apollon, pour célébrer sa victoire sur le serpent Python.
Arcésilas IV aux Jeux Pythiques
Arcésilas IV sur son char – Image créée par ChatGPT
Arcésilas IV (465-440), le dernier roi de Cyrène, remporte la course de chars aux Jeux pythiques de 462. Son char est conduit par un attelage de chevaux libyens. Le poète grec Pindare célèbre sa victoire dans deux de ses Odes.
La même année, un autre athlète originaire de Cyrénaïque, Amnésias de Barca (El-Marj), a remporté la compétition de lutte. Amnésias, qui était berger, est célèbre parce qu’il s’entraînait à la lutte avec un taureau alors qu’il gardait ses troupeaux. Il a emmené son taureau à Delphes pour la compétition, puis il a fait le tour de la Grèce avec lui. (Source)
Par la suite
Pièce d’or à l’effigie d’Arcésilas IV, montrant sa victoire à la course de chars
Après sa victoire, Arcésilas IV a voulu se servir de sa popularité pour attirer de nouveaux colons grecs à Euhespérides (Benghazi). Il espérait ainsi se créer un lieu de refuge dont la population lui serait redevable, alors que sa popularité à Cyrène était en déclin. Cette initiative s’est avérée totalement inefficace : après la révolution de 440, qui a mis fin à la monarchie à Cyrène, Arcésilas IV s’enfuit à Euhespérides, mais il est assassiné dès son arrivée dans la ville.
Au début du 5° Siècle, l’Empire romain est affaibli par les invasions barbares. Boniface, le dernier gouverneur romain d’Afrique, était un acteur important des guerres romaines pendant ces décennies. Sa défaite contre les Vandales marque la fin de l’Afrique romaine.
Contexte
L’Empereur Honorius
L’Empereur Théodose le Grand, connu surtout pour avoir établi le christianisme comme religion officielle de son Empire, meurt en 395. Après sa mort, l’Empire romain est divisé entre ses fils : Arcadius (395-408) en Orient et Honorius (395-423) en Occident. Les deux nouveaux Empereurs sont jeunes et inexpérimentés, surtout Honorius, qui n’a que 10 ans à la mort de son père. Le général Stilicon, d’origine germaine, assure la régence, jusqu’à son exécution en 408.
Pendant ce temps, les invasions de populations d’origine étrangère, qui ont commencé au 3° Siècle, se poursuivent. En 406, les Vandales traversent le Rhin et envahissent la Gaule, où ils sèment la dévastation. En 409, ils s’installent en Espagne. L’année suivante, les Goths, menés par leur roi Alaric, pillent Rome, la capitale impériale. Galla Placidia, la sœur de l’Empereur, est enlevée et mariée de force à Athaulf, le successeur d’Alaric.
Pièce d’or à l’effigie de Constance III
Le général romain Constance, nommé commandant-en-chef de l’armée romaine en 411, mène une campagne militaire en Gaule et au Nord de l’Espagne, contre l’usurpateur Constantin, puis contre les Goths. Il parvient à chasser les Goths de Gaule et à libérer Galla Placidia. Pour le récompenser, l’Empereur Honorius lui donne Galla Placidia pour épouse, puis le nomme co-Empereur en 421, sous le nom de Constance III. Il meurt quelques mois après.
Boniface, le dernier gouverneur romain d’Afrique
Pièce à l’effigie de Boniface
Boniface, qui deviendra le dernier gouverneur d’Afrique romaine, se fait connaître en tant qu’officier servant sous les ordres de Constance, dans sa campagne contre les Goths. En 413, il remporte une victoire contre les Goths à Massalia ; pendant cette bataille, il aurait blessé le roi des Goths Athaulf lui-même.
Quelques années après, il commande un régiment de soldats d’origine gothique en Afrique, où il combat une révolte maure. Pendant ces années, il se lie d’amitié avec l’évêque Augustin d’Hippone, avec qui il discute de questions théologiques.
En 422, il est rappelé à la cour impériale, où il se marie. Son épouse est d’origine gothique.
La même année, Boniface et un autre officier, Castinus, sont chargés d’organiser une campagne contre les Vandales en Espagne. Boniface ne participera finalement pas à cette campagne, à cause des tensions entre lui et Castinus. Il se retire en Afrique, où il est nommé comes (comte, gouverneur-général) du diocèse d’Afrique romaine.
Pièce d’or à l’effigie de Joannes
L’Empereur Honorius meurt en 423. Comme il n’a pas de fils, son successeur n’est pas annoncé immédiatement. Pendant l’interrègne, Castinus, le rival de Boniface, proclame Joannes, un haut fonctionnaire, Empereur. La dynastie théodosienne, menée par Galla Placidia, refuse cette nomination. Boniface, loyal aux Théodosiens, coupe l’approvisionnement de Rome en blé africain. Joannes envoie des troupes en Afrique pour combattre Boniface, sans parvenir à le déposer.
Galla Placidia
Joannes est finalement vaincu par l’Empereur d’Orient Théodose II, en 425. Valentinien III, le fils de Constance II et de Galla Placidia, est choisi comme nouvel Empereur d’Occident. Comme il n’a que 6 ans, sa mère Galla Placidia assure la régence. Boniface est récompensé pour sa loyauté envers la dynastie théodosienne : c’est le sommet de sa carrière.
Pourtant, Boniface ne tardera pas à tomber en défaveur : deux ans après, en 427, il est accusé de vouloir former son propre Empire en Afrique. Galla Placidia le convoque à la cour impériale pour répondre de ces accusations, mais Boniface refuse de répondre à sa convocation. Galla Placidia envoie alors une armée contre lui. Après deux ans de combats, Boniface parviendra finalement à prouver que les accusations contre lui sont fausses et à regagner les faveurs de l’Impératrice.
Le Royaume vandale d’Afrique
En 429, les Vandales traversent le détroit de Gibraltar et envahissent l’Afrique. Selon certaines sources, Boniface aurait lui-même invité les Vandales en Afrique, pour se venger de la famille impériale. En 430, les troupes romaines, menées par Boniface, sont vaincues lors de la bataille de Calama (Guelma). Après une nouvelle défaite en 432, Boniface est relevé de ses fonctions. Les Vandales s’emparent de Carthage en 439 : c’est la fin de la domination romaine sur l’Afrique du Nord.
De retour en Italie, Boniface est chargé par Galla Placidia de combattre le puissant général romain Aetius, qui menace de se révolter. Aetius, un ancien partisan de Castinus et Joannes, était également à l’origine des accusations contre Boniface à l’époque où il était gouverneur d’Afrique. Boniface est victorieux, mais il est blessé à mort au cours d’une bataille. Il meurt vers la fin de l’année 432.
Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Carthage, la capitale de l’Afrique romaine, est devenue un centre chrétien particulièrement influent. Le Canon du Nouveau Testament, c’est-à-dire la liste des livres reconnus par l’Eglise comme inspirés par Dieu, a été officiellement défini lors d’un concile organise en 397, à Carthage.
Pourquoi en parler ? Si les sociétés nord-africaines sont musulmanes aujourd’hui, il est néanmoins bon de se souvenir que nos ancêtres ne l’ont pas toujours été. Par ailleurs, parler des autres livres sacrés n’est en rien contraire à l’islam. Au contraire : le Coran lui-même, parle toujours avec un grand respect des livres révélés par Dieu aux prophètes plus anciens, comme la Torah de Moïse, le Zabour de David (connu sous le nom de Psaumes) ou l’Injil de Jésus, et encourage les musulmans à les étudier. Tous ces livres sont contenus dans la Bible.
يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ ءَامِنُوا۟ بِٱللَّهِ وَرَسُولِهِۦ وَٱلْكتاب ٱلَّذِى نَزَّلَ عَلَىٰ رَسُولِهِۦ وَٱلْكتاب ٱلَّذِىٓ أَنزَلَ مِن قَبْلُ وَمَن يَكْفُرْ بِٱللَّهِ وَمَلَٰٓئِكَتِهِۦ وَكتابهِۦ وَرُسُلِهِۦ وَٱلْيَوْمِ ٱلْءَاخِرِ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَٰلًۢا بَعِيدًا Ô les croyants! Soyez fermes en votre foi en Dieu, en Son messager, au Livre qu’il a fait descendre sur Son messager, et au Livre qu’il a fait descendre avant. Quiconque ne croit pas en Dieu, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers et au Jour dernier, s’égare, loin dans l’égarement. (Sourate 4:136)
فَإِن كُنتَ فِى شَكٍّ مِّمَّآ أَنزَلْنَآ إِلَيْكَ فَسْـَٔلِ ٱلَّذِينَ يَقْرَءُونَ ٱلْكتاب مِن قَبْلِكَ لَقَدْ جَآءَكَ ٱلْحَقُّ مِن رَّبِّكَ فَلَا تَكُونَنَّ مِنَ ٱلْمُمْتَرِينَ Et si tu es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge alors ceux qui lisent le Livre révélé avant toi. La vérité certes t’est venue de ton Seigneur: ne sois donc point de ceux qui doutent. (Sourate 10:94)
Origines des textes sacrés
La Bible hébraïque
Les textes sacrés hébraïques, reconnus à la fois par les juifs et les chrétiens, ont été rédigés en hébreu (avec quelques passages en araméen, une autre langue sémitique). La tradition juive les divise en trois parties : la Torah (תּוֹרָה), ou Loi ; les Nevi’im (נביאים), ou Prophètes ; et les Ketouvim (כְּתוּבִים), ou Ecrits. Ensemble, ils constituent le Tanakh.
Le Canon de la Bible hébraïque est centré sur la Torah, le texte sacré le plus ancien, dont l’autorité était reconnue incontestablement dès le 5° Siècle avant notre ère. Le consensus autour des autres livres sacrés a été défini progressivement. La liste canonique la plus ancienne est celle de Flavius Josèphe, vers 95, qui cite tous les livres que nous connaissons aujourd’hui.
Manuscrit de la Septante
Au 3° Siècle avant notre ère, la communauté juive d’Alexandrie, en Egypte, a traduit la Bible hébraïque en grec. Cette traduction grecque est appelée la Septante à cause des 70 traducteurs qui ont travaillé à la produire. La Septante marque une rupture théologique fondamentale dans la théologie juive : avec la traduction de ses écrits sacrés en grec, la langue vernaculaire du monde méditerranéen, le judaïsme est passé d’une religion tribale, centrée sur la révélation divine accordée à un seul peuple, à une religion universelle, dont le message s’adresse à tous les hommes.
La Septante contient un certain nombre de livres additionnels, plus récents, qui ne figurent pas dans la Bible hébraïque. Ces livres n’ont jamais été reconnus par les Juifs comme ayant la même autorité que la Bible hébraïque. Certaines éditions de la Bible les impriment cependant en annexe, sous le nom de « livres deutérocanoniques » (deuxième Canon).
La Bible chrétienne
Le mot grec Evangelion (Bonne Nouvelle) désigne le cœur du message chrétien
Les premiers chrétiens ont repris la Septante grecque. Ils appellent l’ensemble de ces livres Ancien Testament (Ancienne Alliance, par opposition à la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes instaurée par Christ), la première partie de la Bible chrétienne.
En plus des livres hérités des juifs, les chrétiens avaient aussi de nouveaux textes sacrés, rédigés en grec : les Evangiles (mentionnés dans le Coran sous le nom d’Injil), qui racontent la vie de Jésus-Christ, ainsi que d’autres livres écrits par les premiers apôtres. Ces livres constituent le Nouveau Testament, la deuxième partie de la Bible chrétienne.
Transmission des manuscrits
Manuscrit biblique copte
Dès ses débuts, la foi chrétienne était fondée sur l’appel à annoncer la Bonne Nouvelle du salut en Christ à tous les hommes, dans le monde entier. Par conséquent, partout où les chrétiens allaient, ils emportaient avec eux des manuscrits copiés à la main de leurs textes sacrés. Les prédicateurs encourageaient les nouveaux croyants à copier eux-mêmes leurs propres manuscrits. Pour cette raison, on a retrouvé une abondance de manuscrits à travers tout le monde romain et au-delà : en plus des 5800 manuscrits et fragments grecs connus, on dispose de plus de 10000 manuscrits latins et plus de 9000 en d’autres langues, comme le copte (1000-1500 manuscrits) ou le syriaque.
Papyrus 52 : le plus ancien manuscrit connu du Nouveau Testament (Source)
Le plus ancien fragment connu de manuscrit du Nouveau Testament a été découvert en Egypte en 1935. Il date des années 125-150 et contient quelques versets de l’Evangile selon Jean. (Source) Ce manuscrit a été copié quelques dizaines d’années à peine après la rédaction de l’original. Pourtant, il avait déjà voyagé jusqu’en Egypte !
Onze fragments de manuscrits pourraient été remonter au 2° Siècle de l’ère chrétienne (soit moins d’un siècle après la rédaction des textes originaux), même si seulement quatre d’entre eux ont été datés de cette époque avec certitude par les spécialistes. (Source)
Le plus ancien manuscrit quasi complet d’un Evangile est le Papyrus 66, retrouvé en Egypte. Daté de l’an 200 environ (soit un peu plus d’un siècle après l’original), il contient presque tout l’Evangile de Jean. (Source)
Les plus anciens manuscrits étaient écrits sur des feuilles de papyrus, une forme de papier produite en Egypte à partir des tiges de papyrus, une plante qui pousse sur le bord du Nil. Le papyrus se conserve difficilement sur de longues périodes, ce qui explique pourquoi tous les manuscrits les plus anciens sont très fragmentaires. Vers le 3°-4° Siècle, le papyrus a été remplacé par un nouveau support d’écriture, plus résistant : le parchemin, produit à partir de peaux d’animaux. Par conséquent, à partir de cette époque, on commence à trouver des manuscrits plus complets.
Codex Vaticanus : le plus ancien manuscrit biblique complet
Trois manuscrits particulièrement bien conservés, datant du 4° et du 5° Siècle, sont considérés comme les copies les plus anciennes de la Bible chrétienne complète. Le Codex Vaticanus, daté de 300-350, est conservé à la bibliothèque du Vatican. Le Codex Sinaiticus (sur l’image de couverture de cet article), daté de 325-360, se trouvait en Egypte, au Monastère Sainte-Catherine, au pied du Mont Sinaï, jusqu’au 19° Siècle, lorsqu’il a été « découvert » (et, selon le monastère, volé) par le biblique allemand Constantin von Tischendorf. Il est aujourd’hui conservé au British Library, à Londres. Le Codex Alexandrinus, daté de 400-440, est originaire d’Alexandrie et également conservé au British Library.
Fiabilité des manuscrits
Avec des textes copiés à la main d’innombrables fois, souvent par des croyants qui n’étaient pas forcément très éduqués, les erreurs sont inévitables. Des différences existent entre les manuscrits, y compris entre les trois grands codex mentionnés ci-dessus. Comment peut-on donc savoir si les textes dont nous disposons aujourd’hui sont fidèles à l’original ?
Manuscrit de Qumran
Pour ce qui est de la Bible hébraïque, on peut citer les Manuscrits de la Mer Morte. En 1946, des bergers bédouins ont découvert par hasard, à Qumran, en Palestine, des rouleaux de papyrus dans une grotte près de la Mer Morte. Les archéologues venus examiner leur découverte ont trouvé une collection de plus de 900 manuscrits datant du 3° Siècle avant notre ère au 1er Siècle de notre ère. Ces rouleaux, qui appartenaient à la secte juive des Esséniens, comprennent notamment les plus anciens manuscrits connus de tous les livres de la Bible hébraïque, y compris les livres deutérocanoniques, ainsi que d’autres textes religieux juifs. Les rouleaux de Qumran dont la découverte archéologique la plus extraordinaire du 20° Siècle ! Il n’y a aucune différence significative entre ces manuscrits et les livres bibliques tels que nous les connaissons aujourd’hui.
Pour la Bible chrétienne, la réponse se trouve précisément dans le très grand nombre de manuscrits existants. On a retrouvé plus de 5000 manuscrits grecs de la Bible, sans compter les traductions. Ce grand nombre de manuscrits permet de comparer les textes entre eux. De plus, les plus anciens de ces manuscrits sont très proches chronologiquement des textes originaux : les plus anciens manuscrits complets remontent à 3 siècles seulement après l’original, certains fragments sont encore plus anciens, ce qui prouve leur fiabilité.
L’analyse critique des manuscrits bibliques, ou critique textuelle, est une science très complexe, qui permet de comparer les manuscrits existants, afin de repérer et de corriger les erreurs, pour reconstituer autant que possible le texte original. Si, par exemple, seul un petit nombre de manuscrits contient une variation par rapport à la grande majorité des manuscrits, on peut en déduire que la version majoritaire est authentique. Si une variation n’apparaît que dans des manuscrits récents, on peut en déduire qu’il s’agit d’une erreur et que les manuscrits plus anciens ont raison. Ainsi, les spécialistes ont pu reconstituer avec un degré de certitude élevé plus de 99% du texte original. Pour les quelques divergences restantes entre les manuscrits considérés comme les plus fiables, aucune ne concerne une doctrine majeure.
La constitution du Canon biblique
Fragment de Muratori
Comme pour la Bible hébraïque, les premiers chrétiens ont dû décider lesquels, parmi les nombreux livres en leur possession, devaient être considérés comme inspirés de Dieu. Les critères de sélection était très simples : un livre inspiré devait avoir été écrit par un apôtre ou quelqu’un qui a connu les apôtres, à l’époque des apôtres, et être conforme à la doctrine des apôtres. La liste des livres reconnus comme inspirés est appelée le Canon, du grec kanôn (κανών), une tige de roseau employée pour déterminer la longueur d’un objet.
La plupart des livres, notamment les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres et les épîtres de l’apôtre Paul, ont toujours été reconnues par l’ensemble des chrétiens. D’autres livres étaient débattus, comme l’Epître aux Hébreux (parce qu’elle est anonyme) et l’Apocalypse. Enfin, certains croyants tenaient pour inspirés d’autres livres qui n’ont finalement pas été retenus, le plus souvent parce qu’ils n’ont pas été écrits par les apôtres, mais par la génération suivante.
Canon de Muratori
La plus ancienne liste de livres sacrés chrétiens est contenue dans le Fragment de Muratori, un texte écrit vers 170-200 par l’Eglise de Rome. Cette liste mentionne 21 sur les 27 livres du Nouveau Testament actuel, avec deux livres qui n’en font pas partie. La plupart des livres manquants sont très courts, si bien qu’ils n’étaient probablement pas connus partout à cette époque. Le Fragment de Muratori mentionne aussi des livres qu’il rejette.
Le théologien Origène d’Alexandrie, le père de l’exégèse biblique, ne nous a pas laissé de liste des livres qu’il tenait pour sacrés, mais il a écrit des commentaires de tous les livres de la Bible actuelle.
Après la Réforme constantinienne, l’Eglise a dû définir officiellement quels étaient les livres qu’elle reconnaissait pour sacrés. Le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus, les deux plus anciennes Bibles complètes, contiennent tous les livres de la Bible actuelle, ce qui montre que ces livres faisaient consensus. Une lettre de l’évêque Athanase d’Alexandrie, écrite en 367, reprend également la même liste de livres.
Le Concile de Carthage – Image créée par ChatGPT
La décision finale a cependant été prise en Afrique du Nord : en 393, un synode d’évêques réunis à Hippone (Annaba) a approuvé officiellement le Canon de la Bible chrétienne, tel qu’il existe encore aujourd’hui. A ce moment-là, Augustin n’est pas encore évêque d’Hippone, mais il sert déjà comme prêtre dans la ville et il a certainement participé au synode. La décision de ce synode est confirmée en 397, par le Concile de Carthage, puis envoyée à l’Eglise de Rome pour recevoir leur approbation.
Vers la même époque, le théologien chrétien Jérôme de Stridon travailla pendant plus de 20 ans, de 382 à 405, à la retraduction de la Bible entière en Latin. Pour cette tâche, il s’installa à Bethléhem, dans une grotte supposée être le lieu de naissance de Christ, où l’Eglise de la Nativité fut construite par la suite. Pour l’Ancien Testament, il traduisit les textes originaux hébreux, pas la Septante grecque, un usage repris par les autres traducteurs de la Bible après lui. Sa traduction, connue sous le nom de Vulgate, est la traduction biblique officielle de l’Eglise catholique jusqu’à aujourd’hui. Jérôme est considéré comme le patron des traducteurs.
La Bible en Afrique du Nord aujourd’hui
L’histoire de la Bible en Afrique du Nord ne s’est pas terminée avec le Concile de Carthage, ni même après l’arrivée de l’islam. En avril dernier, une équipe de traducteurs marocains a publié la première traduction de la Bible complète en darija marocain. (Source) Cette Bible en darija, fruit de 30 années de travail, est destinée en premier lieu à la minorité chrétienne marocaine, mais aussi à tous les Marocains désireux de découvrir un texte tenu en haute estime par le Coran, le livre le plus lu dans le monde entier depuis 2000 ans. Elle peut être lue sur cette application.
Marcellin de Carthage est un fonctionnaire romain du début du 5° Siècle, qui a servi dans l’administration de l’Empereur Honorius. En 411, il est envoyé à Carthage, pour présider une conférence publique destinée à résoudre la controverse donatiste. En Afrique, il rencontre l’évêque Augustin d’Hippone, dont il devient un ami proche. Il est finalement exécuté en 413, sous de fausses accusations de révolte.
Flavius Marcellinus est né à Tolède, en Espagne, dans une famille de l’aristocratie romaine. Après leurs études, il fait carrière dans l’administration romaine et devient tribun et secrétaire d’Etat. Dans un Empire récemment christianisé, Marcellin est un chrétien fervent, qui s’intéresse aux questions théologiques. Son épouse s’appelait Anapsychia.
Marcellin préside la Conférence de Carthage – Image créée par ChatGPT
A cette époque, la controverse donatiste divise l’Eglise d’Afrique du Nord depuis près d’un siècle. En 411, l’Empereur Honorius décide d’organiser une conférence à Carthage, afin de résoudre cette question une fois pour toutes. Marcellin, certainement choisi pour son expertise en théologie, est envoyé par l’Empereur pour présider cette conférence.
Devant 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes réunis pour débattre de ce qui les oppose, Marcellin exprime clairement la position de l’Empereur : les donatistes sont des hérétiques qui doivent revenir à l’Eglise officielle, l’objet de la conférence est de discuter des conditions de ce retour. Le procès-verbal détaillé des discussions a été conservé. Après de longs et âpres débats, Marcellin décrète que les évêques donatistes qui acceptent de réintégrer l’Eglise catholique peuvent garder leurs évêchés et leurs lieux de culte, mais que ceux qui refusent seront emprisonnés.
Augustin d’Hippone
L’armée romaine exécute ce jugement avec une grande sévérité : les donatistes qui refusent de se soumettre sont persécutés avec une telle violence que même Augustin d’Hippone, le chef de file des catholiques lors de la conférence, proteste. Marcellin reste à Carthage, pour assister son frère Apringius, nommé proconsul d’Afrique, dans les procès des donatistes qui ont été arrêtés.
Pendant ses années en Afrique, Marcellin se lie d’amitié avec l’évêque Augustin d’Hippone. Ils discutent de théologie et Augustin encourage Marcellin à faire preuve de clémence envers les donatistes. Augustin a dédié plusieurs de ses ouvrages à Marcellin, dont les trois premiers livres de La Cité de Dieu.
Statue de Marcellin, Colonnade de Bernini, Place St-Pierre, Vatican
La carrière de Marcellin prend fin subitement en 413, après la révolte du gouverneur d’Afrique Héraclien : Marcellin et son frère Apringius sont accusés à tort par les donatistes d’avoir soutenu Héraclien. Marcellin est condamné à mort et exécuté. L’année suivante, l’Empereur reconnaît son innocence.
La mort de Marcellin a beaucoup marqué Augustin d’Hippone, qui a plaidé vainement auprès des autorités romaines pour demander la grâce de son ami. Après son exécution, Augustin deviendra beaucoup plus méfiant envers le pouvoir politique et réticent par rapport à l’alliance de plus en plus étroite entre l’Eglise chrétienne et l’Empire.
Marcellin est considéré comme un martyr par l’Eglise catholique.
Le roi des Goths Alaric, l’ennemi mortel des Romains au début du 5° Siècle, ambitionnait de conquérir l’Afrique du Nord. Après avoir placé un usurpateur favorable à ses intérêts sur le trône impérial à Rome, il commence à planifier sa campagne, qu’il ne pourra cependant jamais réaliser.
Les Goths sont le plus influent des peuples germaniques qui ont envahi l’Empire romain au 4° Siècle. Originaires de Scandinavie, ils se sont étendus en Europe de l’Est, d’où ils ont commencé à attaquer l’Empire romain au 3° Siècle. L’arrivée des Huns, vers 375, les oblige à chercher refuge en territoire romain. Dès lors, ils seront en guerre contre les Romains.
Parade d’Alaric à Athènes
Alaric devient roi des Goths en 395. Après la mort de l’Empereur Théodose le Grand, il mène une révolte à grande échelle contre les Romains. Il commence par s’emparer d’Athènes, en Grèce. En 403, il envahit l’Italie.
En 409-410, Alaric fait proclamer un nouvel Empereur, Priscus Attale, à la place de l’Empereur Honorius. Priscus Attale contrôle Rome, tandis qu’Honorius règne depuis Ravenne.
Héraclien, le gouverneur d’Afrique romaine, demeure loyal à Honorius et coupe la livraison de blé africain à la ville de Rome, où Priscus Attale s’est installé. Face à cette menace, Alaric veut mener une campagne contre Héraclien en Afrique. Son ambition va bien au-delà de la lutte contre un gouverneur romain : il veut conquérir l’Afrique du Nord, un territoire qu’il convoitait pour sa richesse et son importance stratégique en tant que grenier à blé du monde romain.
Sac de Rome par les Goths
Priscus Attale, l’usurpateur nommé par Alaric, refuse cependant de laisser le roi des Goths prendre la tête de ses troupes pour une campagne contre Héraclien. Furieux, Alaric le destitue. Après la chute de Priscus Attale, l’armée d’Alaric pille Rome : c’est la première fois que la capitale impériale est prise par une armée étrangère.
Après le sac de Rome, Alaric se dirige vers le Sud de l’Italie. Il prévoit de naviguer vers la Sicile – toujours pour ensuite envahir l’Afrique ? On ne sait pas, mais c’est possible. Sa flotte est détruite par une tempête. Alaric tombe malade et meurt peu après. Son successeur, Athaulf, installe les Goths en Gaule.
Plus d’un siècle après, les Vandales, un autre peuple germain apparenté aux Goths, réaliseront le rêve d’Alaric de conquérir l’Afrique du Nord.
Au début du 5° Siècle, l’Empire romain est affaibli par les invasions barbares. Pendant le règne de l’Empereur Honorius, le gouverneur d’Afrique Héraclien se révolte et revendique le trône impérial.
Contexte
L’Empereur Honorius
L’Empereur Théodose le Grand, connu surtout pour avoir établi le christianisme comme religion officielle de son Empire, meurt en 395. Après sa mort, l’Empire romain est divisé entre ses fils : Arcadius (395-408) en Orient et Honorius (395-423) en Occident. Les deux nouveaux Empereurs sont jeunes et inexpérimentés, surtout Honorius, qui n’a que 10 ans à la mort de son père. Le général Stilicon, d’origine vandale, assure la régence.
Pendant ce temps, les invasions de populations d’origine étrangère, qui ont commencé au 3° Siècle, se poursuivent. En 403, les Goths, menés par leur nouveau roi Alaric, envahissent l’Italie. En 406, une confédération de tribus germaniques menée par les Vandales traverse le Rhin et pénètre en Gaule, où ils sèment la dévastation.
L’Empire romain d’Occident en 410 – Clic pour agrandir – Jaune : territoire contrôlé par l’Empereur Honorius – Rouge : territoire contrôlé par l’usurpateur Constantin – Autres couleurs : territoires contrôlés par diverses tribus barbares
En plus des invasions, l’Empire est également menacé par des révoltes internes. En 407, Constantin, un militaire romain basé en Bretagne, se proclame Empereur et s’établit en Gaule, où il combat les Barbares qui s’y sont installés.
Le général Stilicon ne parvient pas à écraser la révolte de Constantin, qui, au contraire, gagne en popularité en Gaule. Cet échec permettra aux ennemis de Stilicon, qui étaient depuis longtemps jaloux de son influence, de préparer un complot contre lui. Stilicon est exécuté en 408. L’officier chargé de son exécution s’appelle Héraclien.
Héraclien gouverneur d’Afrique
Stilicon, le général tué par Héraclien
Pour le récompenser, l’Empereur Honorius nomme Héraclien comes Africae, gouverneur-général du diocèse d’Afrique, qui regroupe toutes les provinces d’Afrique romaine. Il succède à Bathanarius, le beau-frère de Stilicon, qui est également exécuté.
Après la mort de Stilicon, des troubles éclatent dans tout l’Empire : les familles de foederati, ces guerriers barbares intégrés à l’armée romaine, comme le père de Stilicon, sont massacrés en masse. Les survivants se réfugient auprès d’Alaric, roi des Goths, pour demander sa protection, grossissant ainsi les rangs de son armée.
En 409-410, Priscus Attale est proclamé Empereur à la place d’Honorius, avec le soutien d’Alaric. Héraclien demeure loyal à Honorius et coupe la livraison de blé africain à la ville de Rome, où Priscus Attale s’est installé. Priscus Attale est renversé par Alaric après quelques mois, après avoir refusé de laisser Alaric mener une campagne contre Héraclien en Afrique. Après sa chute, l’armée d’Alaric pille Rome.
D’après l’auteur chrétien Jérôme de Stridon, Héraclien a maltraité les nobles romains qui s’étaient réfugiés à Carthage pendant l’usurpation de Priscus Attale. Jérôme décrit Héraclien comme un ivrogne et un homme corrompu. Sa description est certainement exagérée, mais contient probablement une part de vérité.
Le mandat de gouverneur d’Héraclien est marqué aussi par la résolution finale de la controverse donatiste : en 411, l’Empereur Honorius envoie son fonctionnaire Marcellin à Carthage, pour présider une conférence publique opposant les évêques catholiques et donatistes. A l’issue de cette conférence, les donatistes sont condamnés.
La révolte d’Héraclien
Héraclien et son armée – Image créée par ChatGPT
Fin 412, l’Empereur Honorius nomme Héraclien consul pour l’année 413. Cependant, avant même d’entrer en fonction, Héraclien se révolte et se proclame Empereur. Ses motivations sont difficiles à comprendre : il était au sommet de sa carrière. Il est possible qu’il se sentait menacé par la montée en puissance de Constance, le nouveau commandant-en-chef de l’armée romaine, qu’il voyait comme un rival.
Héraclien commence par couper l’approvisionnement en blé de Rome, ainsi que des troupes d’Alaric, basées en Gaule, près de Massalia. Ensuite, il assemble une flotte pour envahir l’Italie.
Héraclien débarque en Italie en mars 413. Constance envoie une armée à sa rencontre. Héraclien, vaincu, s’enfuit à Carthage, où il est tué. D’après une version, Héraclien, effrayé par la taille de l’armée ennemie, aurait abandonné ses troupes.
Par la suite
Pièce d’or à l’effigie de Constance III
La défaite de la révolte d’Héraclien permet à Constance de se concentrer sur la lutte contre les Goths, qu’il parvient à chasser de Gaule. En 421, Honorius le nomme co-Empereur. Il épouse Galla Placidia, la sœur de l’Empereur, et leur fils Valentinien III deviendra Empereur après la mort d’Honorius.
Marcellin est accusé à tort par les donatistes d’avoir soutenu la révolte d’Héraclien, condamné à mort et exécuté. L’évêque Augustin d’Hippone plaidera vainement auprès des autorités romaines pour demander la grâce de son ami.
Boniface, un officier de Constance pendant sa campagne contre les Goths, deviendra par la suite le dernier gouverneur romain d’Afrique, avant la conquête de la région par les Vandales.
Le livre The Libyan Pharaohs of Egypt: Their Lives and Afterlives (Les Pharaons Libyens d’Egypte : leurs vies et au-delà), de l’égyptologue Aidan Dodson, s’intéresse aux Pharaons d’origine libyenne qui ont régné sur l’Egypte pendant plusieurs siècles. Ce livre, écrit par un spécialiste renommé, est appelé à devenir un ouvrage de référence sur les Pharaons Libyens, leur époque et leur influence sur la société égyptienne antique. Dans cet article, nous présentons ce livre passionnant et partageons une vidéo d’une conférence donnée par l’auteur.
L’auteur, l’égyptologue britannique Aidan Dodson, est un expert reconnu de l’Egypte des Pharaons. Professeur d’égyptologie à l’Université de Bristol, il a également enseigné à l’Université Américaine du Caire et été Président de l’Egypt Exploration Society de 2011 à 2016. Il a écrit une trentaine d’ouvrages, la plupart consacrés à l’Egypte antique, dont la série Lives and Afterlives (Vies et au-delà), qui aborde la vie et l’époque de plusieurs pharaons, ainsi que leur impact dans l’histoire, avec également toute une partie consacrée à leur dernière demeure, les sépulcres et rites funéraires jouant un rôle fondamental dans les croyances égyptiennes à propos de la vie après la mort. Le dernier livre de cette série étudie les Pharaons Libyens.
Malheureusement, le livre n’a pas encore été traduit en arabe. On espère que des maisons d’édition arabophones prendront contact avec l’éditeur anglophone, afin que le public égyptien et libyen puisse également découvrir cette page importante de leur histoire nationale.
Dans l’Antiquité, la Cyrénaïque cultivait et vendait une plante qui ne poussait que dans cette région du monde : le silphium. Cette plante, aujourd’hui disparue, était très appréciée dans tout le monde antique : elle était utilisée comme médicament, parfum et condiment.
Tige de silphium – Peinture de l’artiste libyenne Shefa Salem – Source
Le silphium était une plante avec une tige épaisse et creuse, des racines épaisses couvertes d’une écorce noire, des feuilles fines et des fleurs jaunes. Une tige de silphium pouvait mesurer jusqu’à 3m de haut.
Pièce de monnaie de Cyrène représentant une tige de silphium
Les villes de Cyrénaïque exportaient du silphium dans tout le monde antique. Cette plante avait une très grande valeur : une tige de silphium était vendue pour son poids en or. A cause de sa valeur, le silphium jouait un rôle fondamental dans l’économie de la région, si bien que beaucoup de pièces de monnaie de Cyrène et des villes voisines montrent une tige de silphium.
La valeur du silphium venait de sa résine, appelée laserpicium en latin. En faisant une incision dans la tige, le suc s’écoulait et se coagulait pour former une résine d’une odeur très agréable. Les incisions au niveau de la racine produisaient une résine translucide, plus pure et plus concentrée, donc encore plus précieuse.
Coupe montrant la pesée et la charge du silphium à Cyrène
Le silphium avait des vertus à la fois médicales et culinaires. Il était considéré comme un remède universel, pour soigner la toux, les maux de gorge, la fièvre, l’indigestion, les verrues, la goutte et toutes sortes de maladies. Il était employé aussi comme aphrodisiaque et comme contraceptif, pour réduire la fertilité des femmes. En cuisine, le silphium servait comme assaisonnement pour divers plats. Les feuilles de silphium étaient données à manger aux moutons : elles donnaient à leur viande un goût particulièrement délicieux. Enfin, le silphium était utilisé comme parfum à brûler.
Le silphium poussait uniquement à l’Est de la Libye, des environs de Derna au Golfe de Syrte. Le poète grec Pindare décrit la Cyrénaïque comme un « jardin de fleurs ». Le silphium était une plante sauvage, impossible à cultiver. Toutes les tentatives de le faire pousser en dehors de son environnement naturel ont échoué.
Ferula tingitana, une férule courante en Afrique du Nord aujourd’hui
De quel genre de plante s’agissait-il ? Ressemblait-elle à des plantes qui existent encore aujourd’hui ? Le silphium était probablement une variété de férules, une plante dont plusieurs espèces existent encore aujourd’hui dans le monde méditerranéen. Ferula drudeana, une férule native du centre de la Turquie, produit une résine qui ressemble à celle du silphium, mais aucun lien entre cette espèce et la Libye n’est connu. Certains spécialistes ont suggéré aussi que le silphium était peut-être un hybride entre différentes espèces de férules. Cela pourrait expliquer la difficulté à le cultiver : les plantes hybrides ont souvent des qualités exceptionnelles à la première génération, mais elles sont stériles, elles ne peuvent être reproduites par des graines, mais seulement de manière asexuée, par des racines.
Le silphium a disparu au début de l’ère romaine. L’auteur romain Pline l’Ancien écrit dans son Histoire naturelle que la toute dernière tige de silphium trouvée en Cyrénaïque a été offerte à l’Empereur Néron, comme une curiosité. On a longtemps pensé que le silphium a disparu parce qu’il était surexploité, mais en fait, la désertification de sa région natale est une cause plus probable de sa disparition. Au début du 5° Siècle, Synesios de Cyrène mentionne le silphium dans une lettre comme une plante qui n’existe plus à son époque et fait de sa disparition une des causes du déclin de sa Cyrénaïque natale.
Synesios de Cyrène, un philosophe néoplatonicien originaire de Cyrénaïque, est la dernière grande figure de cette région jadis très influente. Originaire de Balagrae (El-Bayda), il a été ambassadeur de la Cyrénaïque à la cour impériale. Après une prestigieuse carrière politique, il est même devenu évêque de Ptolémaïs vers la fin de sa vie. Son œuvre cherche à concilier la pensée classique gréco-latine avec la théologie chrétienne.
Origines
Synesios de Cyrène
Synesios est né vers 370, près de Balagrae (El-Bayda). Il est le fils aîné d’une vieille famille noble d’origine grecque, qui se prétend descendante des rois de Sparte. Il grandit dans le domaine familial sur le Jebel Akhdar, en pleine nature, où il découvre les plaisirs de la vie rurale. En même temps, il reçoit une éducation d’élite, à Cyrène, puis à Alexandrie.
A cette époque, la Cyrénaïque, une région jadis prospère, est en déclin. La ville de Cyrène, affaiblie par le tremblement de terre de 365, puis par les attaques récurrentes des tribus amazighes environnantes, a été remplacée par Ptolémaïs comme capitale provinciale. Dans ce contexte, le jeune Synesios se découvre une vocation : préserver la civilisation gréco-romaine en Cyrénaïque.
Vers 395, il voyage à Athènes. Si ses attentes quant à ce séjour dans la ville des philosophes étaient très élevées, il reviendra à Cyrène déçu. Ce voyage lui fait prendre conscience du déclin de la tradition intellectuelle hellénistique.
Mission à Constantinople
Vers 398, Synesios est envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour impériale, pour plaider la cause de ses concitoyens et demander une exemption d’impôts à l’Empereur, afin de permettre à la région de se reconstruire. Dans son adresse à l’Empereur Arcadius, il lui adresse des conseils sur comment régner avec sagesse, en insistant surtout sur l’importance de la lutte contre la corruption. Après de longues tractations diplomatiques, il finit par obtenir gain de cause. Il gardera de cette expérience un profond malaise à l’égard des intrigues politiques de la cour impériale, qui mettent à mal l’idéalisme du jeune philosophe.
Astrolabe
A Constantinople, il prend contact avec Paeonius, un officier militaire de l’entourage de l’Empereur, qui s’intéresse aux expérimentations scientifiques d’Hypatie. Comme cadeau d’introduction, il lui offre un outil scientifique qu’il a fabriqué à Alexandrie : un astrolabe, qui permet de mesurer la position des étoiles. Dans un essai qui accompagne ce cadeau, il exhorte les autorités civiles et militaires à s’intéresser à la science et à la philosophie.
C’est probablement aussi pendant ce séjour à Constantinople qu’il a eu ses premiers contacts significatifs avec le christianisme, très influent à la cour impériale. La nouvelle religion était déjà majoritaire dans le monde romain, y compris en Cyrénaïque, mais sa famille fait partie de la vieille élite qui demeure attachée aux anciennes traditions religieuses. Sa découverte du christianisme, loin de marquer une rupture avec cet héritage, l’amènera au contraire à chercher à préserver la pensée classique gréco-romaine en l’intégrant à la pensée chrétienne.
Carrière à Alexandrie et en Cyrénaïque
Alexandrie
Synesios retourne à Cyrène en 402. L’année suivante, il se marie, à Alexandrie. Son épouse, dont on ne connaît pas le nom, est issue d’une famille alexandrine influente et chrétienne. Ils auront trois enfants, qui mourront tous avant lui. Les lettres de Synesios montrent qu’il aimait profondément son épouse et était très attaché à sa famille. Il a écrit un poème en l’honneur de son épouse.
Pour ce qui est de son cheminement spirituel, Synesios se rapproche de plus en plus de la foi chrétienne, sans jamais rompre avec ses racines hellénistiques. La foi de son épouse, ainsi que son amitié avec l’évêque Théophile d’Alexandrie, joueront certainement un rôle déterminant dans sa conversion progressive. En même temps, il demeure très proche d’Hypatie, qui, bien que païenne, est tolérante des chrétiens et a beaucoup d’étudiants chrétiens. Quelques années après son mariage, Synesios finit par demander le baptême.
Evêque de Ptolémaïs
Ruines d’une église à Ptolémaïs
En 410, son ami l’évêque Théophile d’Alexandrie choisit Synesios comme nouvel évêque de Ptolémaïs. En tant qu’évêque de la capitale de la Cyrénaïque, il aurait autorité sur tous les évêques de la province. Cette nomination est surprenante : Synesios, malgré sa formation de philosophe classique, n’a pas une connaissance approfondie des textes sacrés chrétiens. Il est possible qu’il n’était même pas encore baptisé ! Malgré cela, Théophile estime que l’Eglise a besoin de responsables avec son niveau d’éducation, afin de gérer l’influence chrétienne croissante dans la société. Synesios n’est pas un cas unique à cette époque, où beaucoup de jeunes nobles récemment convertis ont pris des responsabilités dans l’Eglise.
Synesios hésite à accepter cette nomination. D’abord, alors que la plupart des responsables chrétiens de cette époque sont célibataires, il ne veut pas avoir à renoncer à sa famille. Ensuite, certaines de ses idées, notamment la préexistence de l’âme, une notion néoplatonicienne fondamentale, sont en contradiction avec la doctrine chrétienne officielle. Il finit par accepter, à condition de ne pas devoir se séparer de son épouse et de ne pas être contraint de confesser certaines doctrines chrétiennes auxquelles il ne croit pas, comme la création de l’âme, la résurrection des corps et la future destruction du monde. En échange de ces concessions, il s’engage à ne pas prêcher publiquement ses idées qui vont à l’encontre de la doctrine officielle. Le fait que cet arrangement ait été accepté indique la souplesse doctrinale des autorités ecclésiales chrétiennes à cette époque.
Ruines d’une église à Ptolémaïs
En tant qu’évêque, il s’est opposé à Andronique, le préfet de Cyrénaïque, un tyran qui avait eu recours à la torture contre des citoyens innocents. Après l’avoir appelé à plusieurs reprises à se repentir, il l’a finalement excommunié (exclu de l’Eglise). Cette décision aurait pu lui coûter sa vie, mais il a tenu ferme contre les injustices dont ses concitoyens étaient victimes. Synesios témoigne dans une lettre que dans cette affaire, il a été tenté de renoncer à sa charge d’évêque, surtout lorsqu’un de ses amis, trésorier des fonds publics, a été emprisonné par Andronique, mais au final, il en est sorti encore plus déterminé à continuer.
Il a également dû résoudre un conflit entre les évêques de Darnis (Derna) et Erythron (El-Athroun), à propos d’une église située sur la frontière entre leurs deux diocèses. Ses compétences en administration civile lui ont été utiles dans cette affaire. Sa médiation montre son attachement à la paix et à l’harmonie au sein de l’Eglise.
En 413, Synesios perd son troisième et dernier fils, une autre expérience qui l’a profondément endeuillé. Il meurt lui-même en 414, à environ 44 ans. Sur son lit de mort, il a écrit une dernière lettre à Hypatie, qui sera tuée l’année suivante.
Œuvre
Les œuvres les plus connues de Synesios sont ses neuf Hymnes, des poèmes d’inspiration néoplatonicienne, décrivant la quête mystique de l’âme humaine qui cherche à s’unir à Dieu. Les premiers Hymnes ont été écrits alors qu’il n’était pas encore chrétien, puis les suivants marquent l’évolution de sa pensée, avec l’intégration d’idées chrétiennes à sa spiritualité néoplatonicienne. Toute son œuvre constitue une synthèse unique et fascinante entre christianisme et néoplatonisme.
La vie de Synesios est connue surtout par ses 159 Lettres, adressées à sa femme, à son frère, à Hypatie, à Théophile d’Alexandrie, à d’autres évêques, etc. Ces lettres offrent aussi un bel aperçu de la noblesse de son caractère.
Une de ses lettres est la dernière mention du silphium : il dit que cette plante n’existe plus à son époque et fait de sa disparition une des causes du déclin de sa Cyrénaïque natale.
Dans ses lettres, il mentionne aussi des poésies qu’il a écrites, qui sont perdues.
Toute sa vie, Synesios était fasciné par les rêves, qu’il voyait comme un moyen pour l’âme de découvrir des vérités cachées et de communiquer avec Dieu. Vers 405, il a écrit un traité sur l’interprétation des rêves.
Un autre ouvrage, humoristique, est De la calvitie, dans lequel il argumente qu’être chauve vaut mieux que d’avoir des cheveux, car un crâne chauve ressemble davantage à une sphère, la plus parfaite de toutes les formes.
De ses années en tant qu’évêque, deux homélies (prédications d’église) ont été conservées, qui offrent un aperçu de son interprétation des textes sacrés chrétiens.
Enfin, il a écrit un livre, perdu, sur l’élevage des chiens de chasse. La chasse était sa grande passion, à laquelle il a renoncé à contrecœur lorsque ses responsabilités ne lui permettaient plus de la pratiquer.
A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Sabratha, la plus occidentale de ces trois villes, a connu un essor considérable à l’époque romaine et contient certaines ruines romaines les plus spectaculaires en Libye. L’écrivain romano-africain Apulée a vécu à Sabratha.
Sabratha a été fondée au 6° Siècle avant notre ère, par des colons phéniciens, originaires de Tyr ou de Sidon. C’est la dernière des trois colonies phéniciennes dans la région à avoir été établie. Son nom est d’origine libyque et signifie « marché de grain ».
Vers 550, Sabratha, comme le reste de la région, est passée sous le contrôle de l’Empire carthaginois. Le mausolée de Bès est le seul vestige punique qui subsiste à Sabratha.
Sabratha a été annexée par Rome après la guerre civile romaine du 1er Siècle. Elle faisait d’abord partie de la province d’Africa Nova, puis de l’Afrique proconsulaire. L’influence punique est cependant restée forte à Sabratha : la ville frappait encore des pièces de monnaie avec des inscriptions puniques pendant le règne de l’Empereur Auguste.
Théâtre de Sabratha
A l’époque romaine, l’Ouest de la Libye était d’abord connu sous le nom de Syrtica, en référence au Golfe de Syrte, puis sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis) : Leptis Magna, Oea et Sabratha. Sabratha est devenue une colonie romaine vers 157, pendant le règne de l’Empereur Antonin. La Tripolitaine, qui faisait d’abord partie de la province d’Afrique proconsulaire, est devenue une province romaine à part entière pendant le règne de Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna.
Sabratha a connu un développement spectaculaire pendant l’ère romaine, surtout sous la dynastie des Sévère. Sa taille a presque doublé. La ville contient de très beaux vestiges d’édifices romains, remarquablement bien conservés. Le principal est le théâtre, construit sous le règne de Septime Sévère ou de son prédécesseur Commode. Il y a aussi un forum, plusieurs temples, dont le Temple d’Hercule, construit par Commode, ainsi que des thermes romains qui donnent sur la mer. Enfin, plusieurs belles mosaïques ont été conservées.
Mosaïque chrétienne de Sabratha : le paon est un symbole chrétien d’immortalité (Source)
A l’époque romaine, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. En 255, l’évêque d’Oea a participé à un concile régional organisé à Carthage et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha. Il y avait donc une communauté chrétienne à Sabratha à ce moment-là, avec un évêque, même si on ne connaît pas son nom. Plusieurs ruines d’églises sont encore visibles à Sabratha aujourd’hui.
Sabratha a subi d’importants dégâts lors du tsunami de 365. La ville a été en grande partie abandonnée à l’époque vandale. Elle a connu un certain renouveau pendant l’ère byzantine, mais après les conquêtes arabes, elle a beaucoup perdu en importance.