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Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Vandales en Afrique du Nord

Les tribus amazighes du Sahara à l’époque vandale

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Les tribus amazighes du désert du Sahara ont toujours été hostiles à la domination romaine de l’Afrique du Nord, car les murailles fortifiées élevées par les Romains sur leurs frontières empêchaient les nomades de circuler librement sur leurs terres ancestrales. Après la conquête vandale, les tribus sahariennes, se sentant proches de ce peuple nomade comme eux, sont entrées au service du roi vandale Genséric. Enrôlées comme auxiliaires dans l’armée vandale, elles ont participé au sac de Rome. Leur alliance a cependant été de courte durée : aussitôt après leur retour en Afrique, les tribus sahariennes se sont révoltées contre les Vandales.

Guerriers amazighs du Sahara dans l’armée vandale – Image créée par ChatGPT

En Afrique du Nord, les Romains ont construit un vaste réseau de forteresses tout au long de leur frontière saharienne, afin de se protéger des attaques de tribus hostiles. Ainsi, les tribus amazighes de la région, traditionnellement nomades, ne pouvaient plus circuler librement avec leurs troupeaux. Les tribus du Sahara, surtout, vivaient très mal cet empiétement sur leur mode de vie traditionnel.

Après la conquête vandale de la région, les Vandales, qui s’étaient habitués au confort de la vie urbaine pendant leur séjour en Espagne, n’ont pas cherché à s’étendre vers le Sud. Les tribus sahariennes, séduites par ce nouveau peuple qui partageait leur vie nomade, sont entrées au service des Vandales. Le roi vandale Genséric les a enrôlés comme force auxiliaire dans son armée, où leurs rudes techniques de combat acquises dans le désert étaient très appréciées.

Les Amazighs de l’armée de Genséric pillent Rome – Image créée par ChatGPT

Les Sahariens au service de Genséric ont participé au sac de Rome, la capitale impériale. L’évêque et poète gallo-romain Sidoine Apollinaire mentionne plusieurs tribus recrutées par Genséric : les Garamantes du Fezzan, les Marmarides de Cyrénaïque, les Psylles de la région de Syrte et les Nasamons de l’oasis d’Augila (Awjila).

L’alliance entre les Vandales et les tribus du Sahara a cependant été de courte durée. De retour en Afrique après le sac de Rome, Genséric a fait empoisonner les puits afin de prévenir une éventuelle contre-attaque romaine. Pour les nomades du Sahara, c’était encore pire que les entraves à la transhumance imposées par les Romains. Les tribus se sont immédiatement révoltées. Les Vandales ne sont plus jamais parvenus à les dominer.

Vers 510, Cabaon, le chef de la tribu amazighe des Laguatans, qui vivait dans les Monts Nefoussa, a mené une grande révolte contre le roi vandale Thrasamund, arrachant aux Vandales le contrôle d’une grande partie de la Tripolitaine.

Les Vandales en Afrique du Nord, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Cabaon : un chef amazigh en révolte contre Vandales

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Au début du 6° Siècle, alors que l’Afrique du Nord est occupée par les Vandales, Cabaon, un chef amazigh de Libye, a mené une révolte contre le roi vandale Thrasamund et lui a même infligé une grande défaite. La guerre de Cabaon a beaucoup affaibli les Vandales en Afrique et contribué à leur chute.

Contexte

Nouveaux royaumes amazighs – 8 : Royaume de Cabaon

Les Vandales, un peuple d’origine germanique, ont conquis l’Afrique du Nord et établi leur Royaume, avec pour capitale Carthage. Pendant le règne du puissant roi Genséric (427-477), les révoltes amazighes contre les Vandales sont facilement réprimées, mais après la mort de Genséric, les tribus amazighes se mobilisent et parviennent à arracher certains territoires à la domination vandale, comme l’Altava (la région de Tlemcen), puis les Aurès.

Les Laguatans, une tribu amazighe originaire de Cyrénaïque, migrent d’oasis en oasis et s’installent en Tripolitaine, où ils s’allient à d’autres tribus locales. Vers 510, ils s’emparent d’une grande partie de la Tripolitaine, des Monts Nefoussa à la côte, où ils établissent un royaume. Avec d’autres tribus amazighes de Byzacène (Sud de la Tunisie actuelle), ils mènent des attaques contre les Vandales.

Le chef des Laguatans s’appelle Cabaon. Il y a aujourd’hui dans les Monts Nefoussa un village appelé Kabaw, à 30km de Nalout, dont le nom vient peut-être de Cabaon.

La guerre de Cabaon

Kabaw : la capitale de Cabaon ?

En 523, le roi vandale Thrasamund décide de pacifier la Tripolitaine en attaquant Cabaon. Lorsqu’il l’apprend, Cabaon ordonne à tous ses sujets de se retrancher dans deux camps, un pour les hommes et un pour les femmes, avec interdiction de se rendre dans le camp du sexe opposé, sous peine de mort.

Pendant la campagne de Thrasamund, Cabaon envoie des espions pour suivre les Vandales partout où ils vont et réparer les dégâts qu’ils ont causés. L’attitude de Cabaon envers les chrétiens a beaucoup fasciné les historiens chrétiens plus tardifs : alors qu’il n’est pas lui-même chrétien, il montre un grand respect pour les lieu de culte chrétiens et fait réparer tous ceux que les Vandales ont détruits. Il espère ainsi obtenir la faveur du Dieu chrétien.

La bataille décisive a eu lieu lorsque les Vandales ont atteint le camp de Cabaon. Les Amazighs s’abritent derrière un rempart de chameaux et combattent à pied, en se servant essentiellement d’armes de jet qui déciment les rangs vandales. Les troupes de Thrasamund, déroutées par cette tactique de combat à laquelle ils n’ont jamais été confrontés, sont vaincues.

Après leur défaite, les Vandales perdent le contrôle de la Tripolitaine et leur domination sur toute la région est ébranlée. Ils seront vaincus et chassés d’Afrique une dizaine d’années plus tard, par les Byzantins.

Le christianisme en Afrique du Nord, Entre Antiquité et Moyen-Âge : les passeurs de culture

Fulgence le Mythographe : métaphores mythologiques

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Vers la fin de l’Antiquité, les peuples du monde méditerranéen s’interrogeaient sur le sens à donner aux anciens mythes et légendes qui constituaient le fondement de leur culture depuis des siècles, maintenant qu’ils étaient chrétiens et ne croyaient plus aux dieux de leurs ancêtres. Fulgence, un auteur nord-africain de l’époque vandale, a écrit plusieurs livres dans lesquels il propose une lecture allégorique des mythes gréco-romains, afin d’en tirer un message moral et spirituel.

Un message caché derrière des mythes d’un autre âge

Le monde des poètes antiques comme Homère et Hésiode est un monde surnaturel, rempli de magie, de créatures fantastiques, d’animaux qui parlent et d’hommes transformés en animaux ou en pierre. De plus, dans cet univers mythologique, les dieux qui vivent au milieu des hommes sont animés de passions très humaines : ils sont meurtriers, violeurs, adultères, voleurs, menteurs, et commettent toutes sortes de crimes. Les plus raisonnables des hommes de cette époque, notamment les philosophes, ont toujours été embarrassés par l’absurdité et l’immoralité de ces mythes. Pour les expliquer, ils ont cherché à discerner un sens plus profond derrière ces histoires imaginaires.

Les philosophes néoplatoniciens, surtout, ont réexaminé les anciens mythes à la lumière de leur compréhension plus sophistiquée du monde, afin d’y trouver un sens caché.

Ulysse et Circé

Leur méthode s’explique le mieux par un exemple. Dans l’Odyssée d’Homère, le héros Ulysse et ses compagnons débarquent sur l’île de la sorcière Circé. Lorsque ses compagnons, affamés, se précipitent à la table de Circé, elle les transforme tous en cochons. En route pour sauver ses compagnons, Ulysse rencontre le dieu Hermès, qui lui remet une plante magique et lui donne des instructions pour triompher de la sorcière. Grâce à la plante magique, Ulysse est protégé contre la magie de Circé, qui accepte de rendre à ses compagnons leur apparence humaine. Pour les néoplatoniciens, les compagnons d’Ulysse changés en cochons représentent la déchéance humaine dans laquelle nous tombons lorsque nous nous abandonnons à nos pulsions primaires, aux plaisirs corrupteurs des sens qui nous ramènent à l’état d’animaux sauvages. Ulysse, lui, est protégé par la connaissance du sage, qui lui permet de résister à la magie destructrice de la sorcière.

Ymagines Fulgencii : images médiévales inspirées de Fulgence le Mythographe

La lecture allégorique des mythes s’est encore développée beaucoup plus à l’ère chrétienne et a permis aux chrétiens du monde gréco-romain de se réapproprier les vieux mythes païens, en y découvrant des leçons morales, qui leur apprennent comment vivre une vie vertueuse, et spirituelles, à propos de Dieu et de son plan pour eux. Un des auteurs à avoir approfondi le plus cette lecture allégorique chrétienne des textes mythologiques est le Nord-Africain Fulgence le Mythographe.

Qui était Fulgence le Mythographe ?

Fabius Planciades Fulgentius est un auteur chrétien d’origine nord-africaine, qui a vécu et écrit à l’époque vandale, entre le 5° et le 6° Siècle de notre ère. On ne sait presque rien de sa vie, pas même où exactement en Afrique du Nord il vivait. Son style d’écriture en latin, sa maîtrise du grec et sa connaissance des auteurs classiques et des cultes populaires montrent qu’il avait probablement une formation de rhéteur ou de grammairien. Il comprenait la langue et lisait l’alphabet libyque, ce qui indique qu’il était probablement d’origine amazighe. Dans le prologue de ses Mythologies, il mentionne qu’il était marié.

Fulgence de Ruspe

Depuis le Moyen-Âge, un certain nombre de scribes ont identifié Fulgence le Mythographe à Fulgence de Ruspe, un évêque nord-africain de la même époque, qui a mené la résistance de l’Eglise chrétienne nord-africaine contre l’arianisme des Vandales. Cette identification est cependant remise en cause par les spécialistes modernes.

L’œuvre de Fulgence le Mythographe est traditionnellement datée de la fin du 5° Siècle au début du 6° Siècle. Cependant, un passage de son œuvre ressemble à un vers de Corippe, un autre auteur nord-Africain qui écrit vers 550, après la reconquête byzantine. Certains spécialistes pensent qu’il cite Corippe, ce qui voudrait dire qu’il a écrit après lui, tandis que d’autres pensent qu’il est plus ancien et que la ressemblance est purement fortuite. Si la citation est avérée, ce serait la preuve que Fulgence le Mythographe ne peut être identifié à Fulgence de Ruspe, qui est mort en 527.

L’oeuvre de Fulgence le Mythographe était très populaire pendant tout le Moyen-Âge et a beaucoup influencé les mythographes chrétiens médiévaux.

L’œuvre de Fulgence de Mythographe

L’œuvre la plus connue de Fulgence le Mythographe est ses Mythologies, une série de trois livres, avec cinquante chapitres en tout. Chaque chapitre raconte un mythe, puis en fait une interprétation allégorique, centrée sur un message moral et spirituel. Pour son interprétation, il se sert d’étymologies des noms des personnages, souvent très fantaisistes, ce qui était cependant courant à son époque. Dans son prologue, l’auteur explique qu’il a voulu débarrasser les mythes de leurs éléments fictifs, afin de mettre en lumière les vérités obscures qui y sont enfouies. Si sa motivation est chrétienne, les leçons qu’il en tire sont assez vastes, profitables pour n’importe quel public.

Dans un autre ouvrage, Fulgence le Mythographe fait une lecture allégorique de l’Enéïde de Virgile, qu’il voit comme une allégorie de la vie humaine dans sa totalité. Dans ce livre, le fantôme de Virgile apparaît à l’auteur, accompagné des Muses (déesses des arts), pour lui expliquer les vérités contenues dans l’Enéïde. Virgile s’adresse à l’auteur sur un ton condescendant et se moque de la tendance du lecteur à lire son poème littéralement, sans saisir le message plus profond qu’il a voulu exprimer. Les interprétations allégoriques de Virgile étaient courantes (notamment celles du grammairien romano-africain Aelius Donatus), mais Fulgence le Mythographe est le premier à avoir entrepris un tel ouvrage dans une perspective chrétienne.

Fulgence le Mythographe a écrit aussi une Explication des mots obsolètes, qui donne une explication de 62 mots latins anciens qui apparaissent dans la littérature classique, ainsi qu’un ouvrage historique, Des âges du monde et des hommes.

Stace

Enfin, une lecture allégorique de la Thébaïde du poète romain du 1er Siècle Stace a également été attribuée à Fulgence le Mythographe, probablement par erreur : il s’agit d’un ouvrage plus tardif, qui date du Moyen-Âge, dont l’auteur imite le style de Fulgence le Mythographe. Stace était un contemporain des premiers chrétiens et selon une tradition médiévale sans fondement historique, reprise notamment dan la Divine Comédie de Dante, il se serait secrètement converti au christianisme et son œuvre contiendrait un message chrétien caché.

Le christianisme en Afrique du Nord

Fulgence de Ruspe : l’apôtre des Vandales

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Après la conquête vandale du 5° Siècle, l’Afrique du Nord, auparavant une des régions les plus fortement chrétiennes du monde romain, subit une grave crise religieuse : les évêques nord-africains sont bannis et la population contrainte d’adopter la doctrine arienne, défendue par les Vandales. Dans ce contexte, l’évêque Fulgence de Ruspe, parfois appelé le « deuxième Augustin », se fait connaître comme le champion du christianisme nord-africain. Pendant plus de 20 ans, il prêche fidèlement la doctrine catholique, tient tête aux autorités vandales et débat publiquement avec des évêques ariens. Plusieurs fois exilé, il continue à défendre ses convictions par la plume. Sans son influence, l’Eglise nord-africaine n’aurait probablement pas survécu à l’occupation vandale.

Contexte

L’évêque Quodvultdeus de Carthage, exilé par les Vandales

Les Vandales étaient de religion arienne, une doctrine considérée comme hérétique par l’Eglise chrétienne officielle. Les chrétiens nord-africains étaient désemparés face à cette nouvelle doctrine à laquelle ils n’ont encore jamais été confrontés : Augustin d’Hippone avait écrit un livre contre l’arianisme, mais rares étaient ceux qui comprenaient encore le latin assez bien pour le lire. De plus, les Vandales voulaient contraindre tous leurs sujets à adopter leur doctrine et persécutaient les chrétiens autochtones nord-africains, à la fois catholiques et donatistes. Plusieurs milliers de croyants nord-africains ont été tués pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.

Vie de Fulgence

Fulgence de Ruspe

Fabius Claudius Gordianus Fulgentius est né vers 465, à Thélepte (Medinet-el-Kedima, près de Fériana, dans le gouvernorat tunisien de Kasserine), dans une famille chrétienne romaine. Son grand-père, un sénateur de Carthage, a été banni en Italie après la conquête vandale de l’Afrique et tous ses biens ont été confisqués. Ses deux fils sont retournés en Afrique après sa mort : la maison familiale était perdue, mais ils ont pu récupérer des terres en Byzacène (Sud de la Tunisie), où ils se sont installés. Le père de Fulgence est mort dans son enfance et il a été élevé par sa mère, qui lui a appris le grec et le latin. Très jeune, Fulgence a appris par cœur toute l’œuvre d’Homère.

La famille de Fulgence était très respectée. Devenu adulte, son excellente réputation a permis à Fulgence d’obtenir un poste de collecteur d’impôts. Alors qu’une brillante carrière s’ouvre devant lui, ses études de textes religieux, notamment d’un sermon d’Augustin d’Hippone sur le Psaume 36, le convainquent de renoncer à la vie mondaine pour se consacrer à Dieu. Vers l’âge de 22 ans, il décide de devenir moine.

Monastère en Byzacène (Image créée par ChatGPT)

A cette époque, Faustus, un évêque qui avait été chassé de son diocèse par le roi vandale Hunéric, vient d’établir un monastère en Byzacène. Fulgence demande à Faustus de le prendre comme novice. Faustus cherche d’abord à le dissuader, à cause de sa santé fragile, mais, face à l’insistance du jeune homme, il finit par accepter. Avec les autres moines, Fulgence vit une vie de prière, à l’écart de la société.

Quelque temps après, des attaques ariennes contraignent Fulgence à s’installer dans un autre monastère, dans lequel il prend des responsabilités. En 499, il fuit à Sicca (El Kef) pendant une nouvelle vague de persécution. L’année suivante, il voyage à Rome. Il retourne ensuite en Byzacène, où il fonde son propre monastère. Sa réputation se répand de plus en plus dans toute la région.

En 504, Fulgence devient le nouvel évêque de Ruspe (Henchir Sbia, près de Mahdia). A cette époque, le roi vandale Thrasamund a interdit la nomination de nouveaux évêques après la mort des évêques en place. Fulgence est exilé en Sardaigne avec une soixantaine d’autres évêques. En exil, il écrit des livres destinés à instruire les chrétiens africains dans la foi, notamment en réfutant les erreurs de l’arianisme.

Inscription sur la crypte d’une église mentionnant le roi Thrasamund, Henchir El Gousset, gouvernorat de Kasserine, Tunisie

Fulgence retourne en Afrique en 515, lorsque le roi Thrasamund le convoque pour un débat public avec un évêque arien. Thrasamund est tellement impressionné par son érudition qu’il l’autorise à rester à Carthage, mais pas à retourner en Byzacène. Fulgence continue à écrire et à prêcher la doctrine catholique. En 520, il est de nouveau exilé.

Thrasamund meurt en 523. Son successeur, Hildéric, dont la mère est catholique, mène une politique de tolérance religieuse. Fulgence est autorisé à revenir d’exil et à reprendre ses fonctions d’évêque de Ruspe. Après son retour, il travaille à mettre fin aux abus qui s’étaient développés au sein de l’Eglise à son absence. Sa prédication était si éloquente et efficace que l’évêque Boniface de Carthage pleurait à chaque fois qu’il l’entendait prêcher et a remercié Dieu publiquement d’avoir donné un tel prédicateur à son Eglise.

Vers la fin de sa vie, Fulgence, qui aspirait toujours davantage à la vie solitaire des moines qu’aux responsabilités de l’évêque, se retire dans un monastère sur les Îles de Circinia (Kerkennah). Cependant, son influence à Ruspe est telle que les fidèles de la ville le rappellent. Il continue à servir comme évêque de Ruspe jusqu’à sa mort, en 527.

L'Afrique du Nord romaine, Entre Antiquité et Moyen-Âge : les passeurs de culture

Priscien de Césarée : un grammairien nord-africain à Constantinople

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Priscien de Césarée était un grammairien du 6° Siècle. Né à Césarée (Cherchell), en Maurétanie, il enseignait la grammaire latine à Constantinople, la nouvelle capitale impériale.

Priscien de Césarée, relief du clocher de Florence, en Italie, par Luca della Robbia

Priscien est né vers 470, à Césarée (Cherchell), en Maurétanie. Il était probablement d’origine grecque. Il était chrétien, même si son œuvre contient de nombreuses références à la mythologie grecque antique.

L’Empereur Anastase, le mécène de Priscien

A cette époque, l’Afrique du Nord était occupée par les Vandales. Dans sa jeunesse, Priscien fuit sa région natale, pour s’installer à Constantinople, la capitale de l’Empire byzantin, où il devient professeur de grammaire. L’Empereur Anastase (491-518) menait une politique d’accueil des populations romaines déracinées par la chute de l’Empire romain d’Occident. Priscien a écrit un panégyrique (éloge) d’Anastase, dans lequel il loue sa bienveillance envers ces réfugiés.

L’oeuvre la plus connue de Priscien est ses Instituts de grammaire, un exposé systématique de la grammaire latine, en 18 livres. Dans cet ouvrage, Priscien emploie des citations d’auteurs latins, comme exemples des règles grammaticales qu’il expose. Ces citations ont permis de préserver des fragments d’auteurs dont l’œuvre est perdue par ailleurs.

Les Instituts de grammaire étaient employés pendant tout le Moyen-Âge pour l’enseignement du latin, avec l’Ars Grammatica d’un autre grammairien nord-africain, Aelius Donatus : l’œuvre d’Aelius Donatus servait d’introduction, tandis que celle de Priscien, plus détaillée, permettait une étude approfondie.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les Vandales en Afrique du Nord

La persécution des chrétiens nord-africains par les Vandales

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Les Vandales, qui ont envahi l’Afrique du Nord au 5° Siècle, étaient de religion arienne et voulaient contraindre tous leurs sujets à adopter leur doctrine. Ils ont persécuté les chrétiens autochtones nord-africains. Plusieurs milliers de croyants nord-africains ont été tués pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.

Contexte

Les Vandales, comme d’autres peuples germains, étaient de religion arienne, une doctrine considérée comme hérétique par l’Eglise chrétienne officielle. Avec l’arrivée des Vandales en Afrique du Nord, les croyants locaux sont désemparés face à cette nouvelle doctrine à laquelle ils n’ont encore jamais été confrontés : Augustin d’Hippone avait écrit un livre contre l’arianisme, mais rares étaient ceux qui comprenaient encore le latin assez bien pour le lire.

De plus, contrairement aux Goths, qui étaient également ariens, mais tolérants des autres confessions, les Vandales veulent imposer leur doctrine à tous leurs sujets et persécutent les chrétiens nord-africains, à la fois catholiques et donatistes. Plusieurs centaines de chrétiens ont été mis à mort pour leur foi pendant la période vandale. Beaucoup de religieuses chrétiennes ont également été violées. L’évêque Victor de Vite (Beni Derraj), témoin de ces événements, a écrit un livre détaillé sur ces persécutions.

Histoire des persécutions

Quodvultdeus, évêque de Carthage

Après la conquête de Carthage, l’évêque Quodvultdeus (son nom signifie « ce que Dieu veut ») est exilé avec la plupart des autres évêques nord-africains. Ces évêques sont embarqués sur un vieux bateau sans voile ni rames, qui, heureusement, parvient à traverser la mer, jusqu’à Naples. Les évêques exilés s’installent en Italie. L’un d’entre eux, Gaudiose, deviendra évêque de Naples.

Après l’exil de Quodvultdeus, l’épiscopat restera vacant pendant de longues années. En 454, le roi vandale Genséric, sous la pression de l’Empereur romain Valentinien III, a finalement autorisé la nomination d’un nouvel évêque de Carthage : Deogratias. Après le sac de Rome par les Vandales, l’évêque Deogratias a vendu tous les biens de l’Église pour racheter les Romains enlevés et vendus comme esclaves à Carthage. Il les a ensuite logés dans les grandes églises de Carthage, avant de les rapatrier à Rome. Après la mort de Deogratias, en 457, l’épiscopat est de nouveau vacant.

Olive est une jeune fille chrétienne originaire de Sicile, enlevée par les Vandales et vendue comme esclave à Tunis, puis mise à mort pour sa foi. Son tombeau est aujourd’hui la mosquée Zitouna de Tunis.

Pendant le règne de Genséric, l’évêque Victor de Cartennae (Ténès, Algérie actuelle) a écrit une réfutation de l’arianisme, dédiée à Genséric. Son ouvrage est perdu, mais l’auteur est mentionné dans Des Hommes Illustres, de Gennade de Marseille, une collection de courtes biographies de figures chrétiennes influentes.

Eudocia
Pièce de monnaie à l’effigie de Hunéric

La persécution s’est aggravée pendant le règne de Hunéric (477-484), le fils de Genséric. Au début de son règne, Hunéric cherche à apaiser les tensions dans son Royaume en autorisant l’élection d’un nouvel évêque de Carthage, Eugène, après 24 ans de vacance. Ensuite, cependant, il retourne aux habitudes répressives de son père. La politique religieuse d’Hunéric causera des tensions entre lui et son épouse, Eudocia, la fille de l’Empereur romain Valentinien III, qui est chrétienne catholique. Eudocia finit par fuir à Jérusalem, où elle meurt.

En 483, Hunéric convoque 466 évêques catholiques nord-africains à Sicca (El Kef), pour un débat public avec des évêques ariens. Là, il tente de les faire renier leur foi. Face à leur refus, les fait arrêter. Victor de Vite raconte comment il a corrompu des gardes afin de pouvoir rendre visite à ces prisonniers. Finalement, ils sont déportés dans le désert. La plupart meurent en route, les survivants sont exécutés en arrivant.

Le nombre de victimes est peut-être exagéré, mais les faits sont certainement réels. Seuls deux de ces martyrs sont connus par leur nom : les évêques Félix d’Abbir Germaniciana (Henchir en Naam) et Cyprien d’Unizibira (Henchir Zembra). Victor de Vite mentionne aussi la fille de l’évêque de Zuritana (Aïn Djour), emprisonnée avec son fils.

Frumence et Victorien

En 484, Frumence, un commerçant de Carthage, et Victorien, le proconsul de Hadrumetum (Sousse), sont mis à mort pour leur foi à Hadrumetum.

La même année, l’évêque Laetus de Nepta (Nefta) est brûlé vif sur ordre du roi. 50 ans plus tard, Laetus serait apparu en rêve à l’Empereur byzantin Justinien, pour le supplier de délivrer l’Afrique du Nord des Vandales.

Les habitants de Tipasa, qui ont refusé de se convertir à l’arianisme, ont eu la main droite et la langue coupée. D’après Victor de Vite, ils ont miraculeusement continué à parler et à confesser leur foi.

Victor de Vite mentionne également sept moines, vivant à Gafsa, qui ont été mis à mort pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.

D’autres croyants ont été vendus en esclavage par les Vandales à des tribus amazighes de l’intérieur du continent. Victor de Vite rapporte que certaines de ces tribus se sont ensuite converties au christianisme par ces esclaves. C’est le cas notamment de la tribu des Caprapicti, du Sud de la Tunisie. Il est possible que les racines chrétiennes légendaires de tribus amazighes comme les Sanhaja du Rif ou les Regraga du Nord d’Essaouira remontent à de tels captifs.

La tempête se calme

Le roi Gunthamund (484-496), le successeur de Hunéric, a mis fin aux persécutions. Le livre de Victor de Vite a certainement été écrit pendant son règne.

Fulgence de Ruspe

Thrasamund (496-523), le successeur de Gunthamund, a interdit la nomination de nouveaux évêques après la mort des évêques en place, espérant ainsi éradiquer le catholicisme dans son royaume sans recourir à la violence. Vers 504, l’évêque Victor de Vite, l’auteur du livre sur l’histoire des persécutions, ordonne Fulgence évêque de Ruspe (Henchir Sbia). Pour avoir désobéi à l’interdiction, il est exilé en Sardaigne, où il meurt vers 510. Pendant les prochaines décennies, Fulgence de Ruspe devient la figure la plus influente du catholicisme nord-africain. Il débat publiquement avec des évêques ariens et écrit des livres contre l’arianisme. Plusieurs fois exilé, il demeure ferme dans sa lutte, jusqu’à sa mort en 527.

En 523, Hildéric (523-530), le fils de Hunéric et Eudocia, devient roi des Vandales. Hildéric, dont la mère est catholique, mène une politique de tolérance religieuse. Un nouvel évêque catholique de Carthage, Boniface, est nommé, et Fulgence de Ruspe est autorisé à revenir d’exil et à prêcher la doctrine catholique. Pendant le règne de Hildéric, les Vandales commencent à se convertir au catholicisme.

Les Vandales en Afrique du Nord, Les Goths en Afrique du Nord

Une révolte visigothique : Geisalic à Carthage

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En 511, Geisalic, le roi des Visigoths d’Espagne, est renversé par le roi des Ostrogoths d’Italie Théodoric le Grand. Geisalic s’enfuit à Carthage, à la cour du roi vandale Thrasamund. Lorsqu’il tente de reconquérir l’Espagne, Thrasamund met la flotte vandale à sa disposition, avant de l’abandonner sous la pression de Théodoric.

Contexte

Le Royaume visigoth d’Espagne – Orange clair : territoire perdu en 507, après la défaite contre les Francs

Les Goths, installés en Espagne depuis le 5° Siècle, ont établi un royaume dans ce territoire, sur les ruines de l’administration romaine. Depuis la conquête de l’Italie par Théodoric le Grand, on parle du Royaume visigoth (Goth de l’Ouest) d’Espagne, pour le différencier du Royaume ostrogoth (Goth de l’Est) d’Italie.

Alaric II, le roi des Visigoths, était marié à Théodegonde, la fille de Théodoric le Grand, le roi des Ostrogoths. Théodoric était le roi germain le plus puissant à cette époque.

Geisalic roi des Visigoths

Alaric II est tué en 507, au cours d’une bataille contre les Francs. Son seul fils légitime, Amalaric, est trop jeune pour régner. Les Visigoths choisissent Geisalic, un fils illégitime d’Alaric II, pour lui succéder. Théodoric le Grand soutient Geisalic au début de son règne.

L’Empire de Théodoric le Grand après la chute de Geisalic

En 508, les Burgondes s’emparent de Narbonne, la capitale des Visigoths. Geisalic s’enfuit à Barcelone. Trois ans plus tard, en 511, il est renversé par Théodoric le Grand, qui se proclame lui-même roi des Visigoths jusqu’à la majorité de son petit-fils Amalaric.

Geisalic s’enfuit à Carthage, où il reçoit le soutien du roi des Vandales Thrasamund. Pour l’aider à reconquérir son trône, Thrasamund met la flotte vandale à sa disposition pour envahir l’Espagne.

Lorsque Théodoric le Grand apprend que le roi des Vandales, un de ses alliés, marié à sa sœur Amalafrida, a choisi de soutenir Geisalic, il se met en colère et lui envoie une lettre pour le sommer de lui retirer son soutien. Thrasamund, comprenant qu’il n’est pas assez puissant pour tenir tête au roi des Ostrogoths, abandonne Geisalic. Peu après, Geisalic est capturé et tué.

Théodoric le Grand règne sur un Empire gothique unifié, jusqu’à sa mort, en 522. Après sa mort, ses deux petit-fils, Amalaric et Athalaric, lui succèdent en Espagne et en Italie.

Les Vandales en Afrique du Nord

Les Vandales ont-ils vraiment vandalisé l’Afrique du Nord ?

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Les Vandales, un peuple d’origine germaine qui a conquis l’Afrique du Nord au 5° Siècle, ont une réputation de guerriers impitoyables, qui ont pillé et détruit un grand nombre de villes qu’ils ont conquises. Aujourd’hui, le terme de « vandalisme » est même employé pour la destruction des biens d’autrui. Cette réputation des Vandales est-elle fondée ? La plupart des historiens pensent que les sources antiques ont exagéré la violence des Vandales.

Image de couverture : ruines d’Hippone (Annaba), une ville détruite par les Vandales

L’évêque Isidore de Séville, auteur d’une Histoire des rois des Goths, des Vandales et des Suèves

Nos principales sources antiques sur les Vandales sont des auteurs romains (Augustin d’Hippone, Isidore de Séville) et byzantins (Procope de Césarée, Jordanès). Ces auteurs étaient ennemis des Vandales et le portrait qu’ils en font est certainement exagéré.

Pour les historiens modernes, la conquête et l’occupation vandale de l’Afrique du Nord n’a pas été particulièrement violente, par rapport à ce qui était courant à l’époque. La seule ville à avoir été largement détruite est Hippone (Annaba), où des quartiers entiers, avec des édifices publics, ont été incendiés après le siège de 430-431. La ville a survécu, mais n’a jamais retrouvé sa prospérité de l’époque romaine. Rien n’atteste cependant de massacres ou d’autres atrocités à grande échelle contre les populations civiles.

Ruines des thermes d’Antonin, à Carthage, détruits par les Vandales

A Carthage, les Vandales ont détruit des édifices importants comme le théâtre, l’odéon et les thermes d’Antonin. Il y a cependant une explication stratégique à ces destructions : de tels monuments pouvaient facilement être transformés en forteresses en cas de révolte urbaine. Dans d’autres villes, les murailles ont été détruites, là encore surtout pour éviter les soulèvements.

Plusieurs villes nord-africaines ont été pillées, comme Constantine, Hadrumetum (Sousse) et Leptis Magna. Ces pillages ont accéléré le déclin de la vie urbaine. La plupart du temps, il s’agit de villes qui étaient punies pour avoir résisté aux Vandales. D’autres villes, comme Carthage, Utique, Hippo Diarrhytus (Bizerte) et Sicca (El Kef), ont été non seulement préservées, mais développées et enrichies par les Vandales, surtout dans la période vandale tardive, une fois leur domination bien établie. Les Vandales dépendaient des infrastructures urbaines romaines et n’avaient aucun intérêt à détruire les villes, sauf en cas de résistance.

Sac de Rome par les Vandales

En 455, les Vandales ont envahi Rome et pillé la ville pendant deux semaines. Le sac de Rome par les Vandales était encore plus destructeur que celui de 410, par les Goths. Les Vandales ont arraché la moitié du toit du Temple de Jupiter Capitolin, le plus grand temple de Rome, pour s’emparer des tuiles en bronze doré. Ils ont aussi détruit les aqueducs qui alimentaient Rome en eau. Même pendant le sac de Rome, il n’y a cependant pas eu d’exactions contre les populations : l’évêque de Rome Léon I avait négocié avec le roi des Vandales Genséric et l’avait convaincu d’épargner les habitants qui ne résistaient pas, de ne pas incendier les bâtiments et de ne pas torturer les prisonniers.

Victorien et Frumence, commerçants chrétiens de Carthage et Hadrumetum, tués pour leur foi par les Vandales

En revanche, les persécutions religieuses contre les chrétiens nord-africains sont très bien attestées. L’évêque chrétien Victor de Vite a écrit un livre dans lequel il donne un bilan détaillé de ces persécutions. Il faut cependant garder à l’esprit que les évêques nord-africains étaient souvent aussi des meneurs politiques de la résistance aux Vandales, si bien que les violences contre eux avaient des motivations à la fois politiques et religieuses.

Bijoux vandales en or

La réputation des Vandales vient surtout de leur tendance au pillage. Il faut cependant garder à l’esprit que dans le contexte de l’époque, un peuple qui entrait enfin dans l’histoire après être resté marginal jusqu’ici, aspirait naturellement à jouir à son tour des richesses dont il avait été si longtemps privé. Dans les grandes villes, surtout, les Vandales, en s’appropriant les trésors auparavant confisqués par l’élite urbaine romaine, n’y voyaient qu’une redistribution légitime des richesses.

Les Vandales en Afrique du Nord, Les Goths en Afrique du Nord

Amalafrida : une princesse gothique à Carthage

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Amalafrida, la sœur de Théodoric le Grand, le fondateur du Royaume ostrogoth d’Italie, a épousé le roi vandale Thrasamund. Leur mariage marque une alliance entre les deux royaumes, ouvrant la voie à une nouvelle ère de prospérité pour les Vandales en Afrique.

Contexte

Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths de 471 à 526

Les Goths étaient divisés en deux tribus : les Visigoths (Goths de l’Ouest) et les Ostrogoths (Goths de l’Est). Vers 375, lorsque les Huns envahissent leur territoire, certains Goths se réfugient en territoire romain, où ils entrent en guerre contre les Romains. Les Visigoths sont les descendants des Goths installés en territoire romain, tandis que les Ostrogoths sont les descendants de ceux qui sont restés dans leur territoire historique, à l’Est du Danube.

Les Ostrogoths étaient des vassaux des Huns. Après la mort d’Attila le Hun, en 453, ils prennent leur indépendance et migrent vers les Balkans. Ils sont loyaux à Aspar, le chef de l’armée de l’Empire romain d’Orient, qui est d’origine gothique, et acceptent de se battre pour l’armée romaine, sauf contre les Vandales.

Pièce d’or à l’effigie de Théodoric le Grand

En 476, le dernier Empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, est déposé par le chef germain Odoacre. En 493, Théodoric, le roi des Ostrogoths, envahit l’Italie, renverse Odoacre et fonde le Royaume visigoth d’Italie, avec pour capitale Ravenne. Son royaume deviendra rapidement le plus puissant des nouveaux royaumes germains d’Europe.

Pour accroître son influence, Théodoric s’allie par mariage à d’autres royaumes germains. Il épouse la fille du roi des Francs Childéric I (la sœur du fameux roi Clovis) et marie ses deux filles à Sigismond, roi des Burgondes, et à Alaric II, roi des Visigoths d’Espagne. Enfin, il arrange le mariage de sa sœur Amalafrida avec Thrasamund, le roi des Vandales de Carthage.

Amalafrida de Carthage

Amalafrida de Carthage – Image créée par ChatGPT

Amalafrida est la fille du roi ostrogoth Théodémir. Née vers 470, elle est très jeune lorsque son père meurt et que son frère Théodoric lui succède. Elle se marie une première fois en Italie et a deux enfants ; le nom de son mari est inconnu. Son fils Théodat deviendra plus tard roi des Ostrogoths, tandis que sa fille Amalaberga épousera Hermanfred, le roi des Thuringes.

Vers 500, Théodoric le Grand décide d’arranger un mariage entre Amalafrida, qui est veuve depuis la mort de son premier mari, et Thrasamund, le nouveau roi des Vandales. Théodoric envoie Amalafrida à Carthage, avec une dot très importante. Elle est accompagnée de 1000 guerriers goths d’élite affectés au service de Thrasamund, en plus de 5000 gardes armés pour sa sécurité personnelle.

Pièce de monnaie à l’effigie de Thrasamund

Grâce à l’alliance de Thrasamund avec Théodoric le Grand, le Royaume vandale en Afrique connaît une période de paix et de prospérité, propice au florissement des arts et de la culture. On ne sait rien de plus sur le rôle d’Amalafrida en tant que reine des Vandales, mais elle a certainement contribué à l’influence gothique à Carthage.

Vers 511, Geisalic, le roi des Visigoths d’Espagne, est renversé par Théodoric le Grand et se réfugie à Carthage. Thrasamund le soutient et met à sa disposition la flotte vandale pour envahir l’Espagne, mais, après avoir reçu une lettre d’avertissement de Théodoric le Grand, il lui retire son soutien pour ne pas provoquer Théodoric.

Pièce de monnaie à l’effigie de Hildéric

Après la mort de Thrasamund, en 523, son successeur Hildéric décide de mener une politique de tolérance religieuse pour les chrétiens catholiques africains, qui étaient persécutés par ses prédécesseurs. Amalafrida, qui est opposée à cette politique, mène une révolte contre Hildéric. Ses partisans affrontent l’armée de Hildéric a Capsa (Gafsa) et sont vaincus. Amalafrida est arrêtée et emprisonnée, puis meurt en prison. Hildéric fait aussi exécuter ses soldats goths, afin de réduire l’influence gothique sur son royaume.

Les Vandales en Afrique du Nord

Les rois vandales d’Afrique

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La domination romaine sur l’Afrique du Nord, qui a duré plus de quatre siècles, s’est finalement effondrée lorsque les Vandales, un peuple d’origine germanique, ont envahi la région. Les Vandales ont fondé un nouveau Royaume, avec pour capitale Carthage. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire des rois vandales d’Afrique.

Pièce de monnaie à l’effigie de Genséric

Le fondateur du Royaume vandale de Carthage est Genséric (427-477). Depuis l’Espagne, où son peuple s’est installé, il mène ses hommes à travers le détroit de Gibraltar, à la conquête de l’Afrique du Nord. En 439, il s’empare de Carthage et en fait sa capitale. Nous lui avons consacré un article détaillé.

Sac de Rome par Genséric

Après avoir consolidé sa domination sur l’Afrique, Genséric s’est même attaqué à Rome, la capitale impériale. Afin d’apaiser les Vandales, l’Empereur romain Valentinien III avait promis sa fille Eudocia en mariage à Hunéric, le fils de Genséric. En 455, Valentinien est assassiné et son meurtrier contraint Eudocia à épouser son fils. Genséric profite de ce prétexte pour envahir Rome et piller la ville. Il enlève Eudocia avec sa mère et l’amène à Carthage, où elle épouse Hunéric. Le sac de Rome par Genséric a beaucoup accéléré le déclin de la ville, jusqu’à la chute finale de l’Empire romain.

Pendant la suite de son règne, il résiste à plusieurs tentatives romaines de reconquérir l’Afrique du Nord. Il meurt en 477, à l’âge de 87 ans. Aucun autre roi vandale après lui n’aura la même autorité sur ses sujets.

Pièce de monnaie à l’effigie de Hunéric

Son successeur est son fils aîné Hunéric (477-484). Il a passé son enfance comme otage à Rome, après le traité de paix de 435 entre son père et l’Empereur romain. Son épouse, Eudocia, est la fille de l’Empereur romain Valentinien III, mais leur mariage est difficile à cause de leur différence religieuse : Hunéric est arien, Eudocia chrétienne catholique. A cause des tensions entre eux, Eudocia quitte Hunéric avant qu’il ne devienne roi et termine sa vie à Jérusalem.

Après avoir accédé au trône à la mort de son père, Hunéric fait tuer ses frères.

Au début de son règne, Hunéric cherche à apaiser les tensions dans son Royaume, en rendant aux commerçants carthaginois les biens qui leur avaient été confisqués par son père et en laissant la communauté chrétienne élire un nouvel évêque de Carthage, après 24 ans de vacance. Ensuite, cependant, il recommence à persécuter les chrétiens de son Royaume. Plusieurs milliers mourront en martyrs après avoir refusé de se convertir à l’arianisme. Vers la fin de son règne, les Amazighs des Aurès, sous leur chef Mastiès, se rebellent contre la domination vandale.

D’après la loi vandale, le trône appartient à l’aîné des princes. Or, Gunthamund (484-496), le fils de Gento, le plus jeune fils de Genséric et le seul qui n’a pas été tué par Hunéric, est plus âgé que les fils d’Hunéric. C’est donc lui qui succède à Hunéric.

Pièce de monnaie à l’effigie de Gunthamund

Gunthamund (484-496) est le roi le plus populaire après Genséric. Il met fin aux persécutions contre les chrétiens, restaurant ainsi la stabilité de son Royaume, qui était sur le point de s’effondrer. Il meurt subitement vers l’âge de 40 ans.

Pièce de monnaie à l’effigie de Thrasamund

Son frère Thrasamund (496-523) règnera plus longtemps que tous les autres rois vandales, à part Genséric. Il épouse Amalafrida, la sœur de Théodoric le Grand, le roi fondateur du Royaume ostrogoth d’Italie, qui a succédé à l’Empire romain. Son règne est marqué par une période de paix et de prospérité, propice au florissement des arts et de la culture. Vers la fin de sa vie, il mène une campagne militaire en Tripolitaine, contre le chef amazigh Cabaon, et est vaincu par lui.

Pièce de monnaie à l’effigie de Hildéric

Après sa mort, son cousin Hildéric (523-530), le fils de Hunéric et d’Eudocia, lui succède. Il a déjà plus de 60 ans. Il est ouvertement homosexuel. Il entretient de bonnes relations avec l’Empire byzantin. Pendant son règne, les Vandales d’Afrique du Nord commencent à se convertir au christianisme catholique, sans qu’Hildéric, dont la mère était catholique, ne s’y oppose.

Pièce de monnaie à l’effigie de Gélimer

A la fin de son règne, Hildéric est renversé par son cousin Gélimer (530-534), avec le soutien de la noblesse vandale, qui s’inquiète de sa complaisance envers le christianisme catholique. L’Empereur byzantin Justinien, qui soutenait Hildéric, déclare la guerre aux Vandales. En 533, une troupe de 15 000 hommes, menée par le général Bélisaire, débarque en Afrique du Nord. Les Byzantins prennent le contrôle de tous les territoires vandales en quelques mois, avec le soutien des tribus amazighes locales : c’est la fin du Royaume vandale de Carthage.