Les Laguatans étaient une confédération de tribus amazighes originaires du désert libyen. Vers la fin de l’ère romaine, ils ont ravagé les villes de Cyrénaïque. Ensuite, ils ont migré vers la Tripolitaine, où ils ont vaincu les Vandales et établi un royaume dans les Monts Nefoussa.
Raid des Laguatans contre Cyrène – Les vêtements et armes des assaillants sont inspirés de la description donnée par l’historien byzantin Procope – Image créée par ChatGPT
Carte de la migration des Laguatans – Clic pour agrandir – Source
La confédération tribale des Laguatans est apparue au cours du 3° Siècle. Les Laguatans étaient des nomades, originaires des oasis du désert libyen, au Sud de la Cyrénaïque. Une tribu laguatane, les Mzata, vivait encore plus à l’Est, dans le désert égyptien. De leur région d’origine, les Laguatans ont migré vers l’Ouest. L’Empereur romain Maximien les a affrontés en Tripolitaine, ce qui montre qu’ils étaient déjà arrivés si loin à l’Ouest dès la fin du 3° Siècle.
En Tripolitaine, la tribu laguatane des Asturiani envahit le territoire romain vers 365, depuis leurs bases dans le désert au Sud de la province. Installés dans les Monts Nefoussa, les Asturiani lancent des raids contre les villes romaines de la région.
Synesios de Cyrène
Au cours du 4° et du 5° Siècle, les Laguatans ont commencé à attaquer et piller les anciennes cités gréco-romaines de Cyrénaïque. Les habitants de la région étaient démunis face à ces attaques et se sentaient abandonnés par l’administration impériale, qui tardait à les défendre. Le philosophe et évêque Synesios de Cyrène, qui a vécu à cette époque, a consacré une grande partie de sa carrière à la défense de la Cyrénaïque contre ces attaques, qu’il voyait comme une menace pour la civilisation romaine.
La chute de Ptolémaïs oblige finalement les autorités romaines à réagir. Le général Anysius intervient et remporte une victoire contre les Laguatans, offrant à la Cyrénaïque un peu de répit. Synesios de Cyrène, qui l’admire beaucoup, lui écrit plusieurs lettres.
Kabaw : la capitale de Cabaon ?
Un siècle plus tard, alors que les Vandales dominent l’Afrique du Nord, les Laguatans, menés par leur chef Cabaon, s’emparent d’une grande partie de la Tripolitaine, des Monts Nefoussa à la côte. Lorsque le roi vandale Thrasamund veut reprendre le contrôle de ces territoires, Cabaon lui inflige une défaite qui ébranle le contrôle vandale de la région.
Après la reconquête byzantine, les Byzantins s’allient à des tribus laguatanes pour garantir la paix. En 543, Sergius, le gouverneur de Tripolitaine (et le neveu de Salomon, le gouverneur d’Afrique byzantine), reçoit à Leptis Magna une délégation de 79 chefs Laguatans qui se plaignent du pillage de leurs champs par les Byzantins, et les fait assassiner. Pour se venger, les Laguatans envahissent la Tripolitaine. Cet incident provoque une grande révolte de tous les Amazighs d’Afrique du Nord contre la domination byzantine.
Symbole de Gurzil sur un tombeau, à Tiddis (Beni Hamiden), dans la wilaya de Constantine, en Algérie
Alors que la plupart des tribus amazighes étaient chrétiennes, les Laguatans sont restés païens jusqu’au 6° Siècle. Le poète Corippe, originaire d’Afrique byzantine, dit qu’ils vénèrent Gurzil, le dieu du tonnerre dans la mythologie amazighe, représenté par une tête de taureau et décrit comme le fils d’Ammon et d’une vache sacrée. Malgré cela, le chef laguatan Cabaon, pendant sa campagne contre les Vandales, a montré un grand respect pour les lieux de culte chrétiens et fait réparer tous ceux que les Vandales avaient détruits.
Après la conquête arabe, les Laguatans se sont intégrés à la société islamique et leur influence a diminué. Aujourd’hui, les Amazighs des Monts Nefoussa sont les descendants des anciens Laguatans.
La région de Koufra, au Sud-Est de la Libye, est habitée depuis 10000 ans. Ses plus anciens habitants, des tribus nomades pastorales qui se sont installées dans l’oasis avec leurs troupeaux, ont laissé des traces de leur passage par des peintures rupestres.
A l’époque préhistorique
Peinture rupestre de Tadrart Acacus, Fezzan (Source)
Gravure rupestre de Bir el-Awadel, Koufra (Source)
L’archéologie a démontré que la région de Koufra était habitée dès l’époque dite du Sahara vert (il y a 11000-5000 ans environ), par des éleveurs nomades qui faisaient paître leurs troupeaux à travers toute la région. A cette époque, le Sahara n’était pas un immense désert, mais une région verdoyante, composée de savanes, de forêts, de grands lacs et de marécages, et peuplée d’animaux comme des lions, des girafes, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames et des autruches. Les populations humaines qui y vivaient élevaient des troupeaux de chèvres et de brebis et chassaient les animaux de la savane. Les fameuses peintures et gravures rupestres du désert libyen, où ces premiers habitants du Sahara ont représenté les animaux sauvages et domestiques qui les entouraient, datent de cette époque.
Les premiers vestiges archéologiques de populations humaines dans la région de Koufra remontent au début de l’Holocène, il y a environ 10000 ans. Des peintures et gravures rupestres, ainsi que des poteries et des outils pastoraux en pierre, ont été retrouvés dans la région de Koufra, notamment à Bir el-Awadel, Bzima et Rebiana. Plus au Sud, à la frontière entre la Libye et le Soudan, le Jebel Uweinat contient également de très belles peintures rupestres.
Il y a environ 5000 ans, le Sahara a commencé à s’assécher rapidement, jusqu’à devenir le grand désert que nous connaissons aujourd’hui. C’est à cette époque que l’oasis de Koufra est apparue.
L’oasis de Koufra, irriguée par ses nappes d’eau souterraines, est devenue un refuge pour les habitants du désert, qui y vivaient cette fois de manière permanente alors qu’ils ne faisaient que passer auparavant. Avec le temps, ils ont creusé des puits et développé l’agriculture des palmeraies, notamment la culture de la datte.
Les premiers habitants permanents de l’oasis de Koufra étaient originaires du Sud du Sahara et étaient Noirs, alors que les tribus nomades qui les ont précédés étaient des populations Blanches, apparentées aux Amazighs. L’historien grec Hérodote, au 5° Siècle avant notre ère, mentionne des « Ethiopiens » (en grec aethiops, « face brûlée », c.-à-d. Noirs) qui vivaient au Sud et à l’Est des Garamantes, une région qui incluait certainement Koufra. Ils sont devenus les ancêtres des Toubous.
A l’époque romaine
Carte des expéditions romaines en Afrique subsaharienne – Vert : Itinéraire de Julius Maternus
L’oasis de Koufra était connue des Carthaginois, puis des Romains. En l’an 90 de notre ère, le commerçant romain Julius Maternus, parti de Syrte, a traversé le désert jusqu’à Koufra. Il a ensuite poursuivi son voyage avec le roi des Garamantes, jusqu’aux fleuves Bahr Salamat et Bahr Aouk, au Sud du Tchad actuel. Il est retourné à Rome avec un rhinocéros à deux cornes, qui a été exposé au Colisée.
L’introduction du chameau en Afrique du Nord, vers le 2° Siècle, a rendu possible le développement à grande échelle du commerce transsaharien, en facilitant le transport de marchandises à travers le désert. A partir de là, l’oasis de Koufra est devenue une étape importante des expéditions commerciales à travers le Sahara.
Avènement de l’islam
Routes des caravanes en Libye
La région a été conquise par les musulmans vers la fin du 7° Siècle. L’oasis de Koufra a été intégrée au vaste réseau de routes caravanières qui reliaient l’Egypte et la Cyrénaïque au Sahara central.
Le géographe musulman al-Idrissi mentionne l’oasis de Koufra au 11° Siècle. Au 15° Siècle, Léon l’Africain mentionne une oasis dans le pays des Berdoa, qui pourrait correspondre à l’oasis de Koufra ou de Tazerbu. Les Berdoa pourraient être les Toubous.
L’oasis de Koufra en 1891
A partir du 18° Siècle, les Arabes de la tribu Zuwayya, originaires de Cyrénaïque, ont commencé à s’installer dans la région de Koufra, jusqu’à devenir plus nombreux que les autochtones Toubous. Au 19° Siècle, les Zuwayya se sont alliés à la confrérie sanoussie. Koufra est devenue un centre important de la confrérie, chargé de sa diffusion au Ouaddaï et au Tchad. Koufra a également servi de base arrière à la révolte d’Omar al-Mokhtar contre l’occupation italienne.
Le dictionnaire zenaga-français de Catherine Taine-Cheikh, une source importante sur les noms de lieux d’origine zenaga
Partout en Mauritanie, on retrouve une abondance de noms de lieux d’origine zenaga. Pour plusieurs lieux, alors que les populations locales revendiquent une origine arabe, les scientifiques linguistes ont proposé une étymologie zenaga qu’ils trouvent plus probable, ce qui montrerait que ces toponymes remontent à avant l’arabisation de la région.
Grande Mosquée de Nouakchott
Ainsi, on entend souvent que le nom de Nouakchott, la capitale nationale, viendrait de نوق الشط (nouq al-chatt, chamelles de la côte). Une origine plus plausible est le zenaga wakchudh, littéralement « petites oreilles », en référence aux coquillages qu’on trouve sur les plages de la région. Le préfixe n- est une marque du possessif, on peut donc traduire n-wakchudh par « [lieu] des coquillages ». (Le terme akchoud, qui signifie « bois » dans d’autres dialectes amazighs, n’existe pas en zenaga.) (Source)
Port de Nouadhibou
Les habitants de Nouadhibou, la deuxième ville de Mauritanie, affirment que le nom de leur ville viendrait de نواح الذئب (nouah al-dhi’b, cri du chacal ; en Mauritanie الذئب désigne plus souvent le chacal que le loup). Il viendrait en fait de yadhbâh, le verbe aller ou partir en zenaga. Toujours avec le préfixe n-, Nouadhibou serait donc le « [lieu] du départ ». (Source)
Banc d’Arguin
Nouamghar, dans le Banc d’Arguin, viendrait également du zenaga. Le terme amghar, « chef » ou « vieux », est courant dans plusieurs langues amazighes. Nouamghar est le « [lieu] du chef/du vieux ». (Source)
Atar ne viendrait pas du bambara a taara (il est parti), mais du zenaga adha’r (pied), en référence au pied de la montagne.
Ouadane
Ouadane pourrait difficilement être le pluriel de واد (oued, vallée) : la forme arabe fosha serait وديان (wâdiyân), ou وادين (wâdayn) en hassaniya. Une origine zenaga est plus probable ; une possibilité serait awdjan, « terre salée ». En revanche, Chinguetti ne viendrait pas du zenaga, mais du soninké sin gede (puits du cheval).
D’autres villes, comme Zouerat, ont un nom authentiquement arabe : il s’agit du pluriel de ازويرة (zwira), petite dune en hassaniya. L’origine de Boutilimit est mixte : de l’arabe bou (raccourci de abou, أبو, père) et de tilimit, du zenaga tadjamut (mil).
Et les régions mauritaniennes ? Le nom de trois régions serait d’origine zenaga : Adrar (montagne), Inchiri (camp des chameliers) et Tagant (forêt). Dakhlet Nouadhibou associe le terme hassaniya dakhlet داخلة (péninsule) à un nom d’origine zenaga (voir ci-dessus). Quant à Tiris Zemmour, tiris signifie « déchirure » en zenaga, tandis que Zemmour est le nom de deux chaînes de montagnes de la région. L’origine de Zemmour n’est pas claire : Azemmour/zemmour signifie « olivier » dans plusieurs langues amazighes, il n’y avait certainement pas d’oliviers dans cette région désertique, mais il pourrait s’agir d’une référence à une tribu, ou encore à la forme des montagnes.
Entre l’oasis de Siwa et les anciennes cités garamantes du Fezzan, une autre oasis au cœur du désert libyen est connue des peuples du bassin méditerranéen depuis l’Antiquité. L’oasis d’Awjila, habitée depuis plus de 2500 ans, est célèbre depuis toujours pour ses dattes de très bonne qualité. Aujourd’hui, les habitants de cette oasis continuent de parler leur propre langue amazighe.
Les premiers habitants d’Awjila étaient des Amazighs, apparentés aux Garamantes. D’après l’historien grec Hérodote, qui écrit au 5° Siècle avant notre ère, les Nasamones, une tribu amazighe nomade de la côte du Golfe de Syrte, laissaient leurs troupeaux sur la côté pendant l’été et voyageaient vers l’oasis d’Awjila pour cueillir des dattes. Les Nasamones prélevaient peut-être un tribut sur les tribus autochtones de l’oasis. Hérodote rapporte aussi que la distance entre Ammonium (Siwa) et Awjila était de dix jours de marche, une durée confirmée par des voyageurs plus récents.
Par la suite, les Nasamones, chassés de la côte par les colons grecs de Cyrénaïque, se sont installés à Awjila. Ils faisaient du commerce avec les Carthaginois, leur permettant de contourner Cyrène en passant par une nouvelle voie commerciale terrestre.
Ferme de dattiers à Awjila
A l’époque romaine, une ville s’est développée dans l’oasis, que les Romains appelaient Augila. Ses habitants adoraient le dieu égyptien Ammon, dont l’oracle se trouvait à Siwa. Au 6° Siècle, les habitants d’Awjila se sont convertis au christianisme, à peu près au même moment que ceux de Ghadamès. Les temples d’Ammon ont été transformés en églises.
L’oasis d’Awjila a été conquise vers 650, par Abdallah ibn Saad, qui était à l’époque gouverneur d’Egypte. Abdallah ibn Saad est enterré à Awjila. Après la conquête arabe, les habitants d’Awjila ont adopté l’islam. Au 12° Siècle, l’oasis comptait quarante mausolées de saints musulmans.
La Grande Mosquée Al-Atiq d’Awjila est la plus ancienne mosquée du Sahara. En plus de son architecture unique, cette mosquée est naturellement climatisée : dans la chaleur torride du désert, la température à l’intérieur de la mosquée demeure assez fraîche pendant le jour, tandis que la nuit, elle est chauffée par les murs exposés au soleil toute la journée.
Routes des caravanes
Par la suite, Awjila, avec les oasis voisines de Jalo et Jikharra, est devenue un carrefour commercial important sur la route des caravanes entre l’Egypte, Tripoli et le Fezzan, puis Tombouctou. A l’époque ottomane, surtout, les voyageurs qui voulaient éviter les villes sous contrôle ottoman empruntaient cette route. En Libye moderne, Awjila est la seule ville importante sur la route entre Benghazi et Koufra.
Au Sud de la Mauritanie, quelques milliers de personnes continuent à parler une langue qui précède l’arrivée de l’arabe : le zenaga. Si cette langue est aujourd’hui en voie de disparition, la recherche historique montre que c’était la langue majoritaire dans toute la Mauritanie jusqu’au 17° Siècle. Beaucoup de noms de lieux, bien que généralement considérés comme d’origine arabe, viennent en fait du zenaga.
Depuis toujours, la Mauritanie actuelle est un lieu de rencontre et de mélange entre populations blanches, Maures, du Nord du Sahara, et populations noires (Soninkés, Foulanis, Toucouleurs, etc.) du Sud du Sahara. Un autre groupe distinct, les Bafours, seraient les ancêtres des Imraguen du Banc d’Arguin.
Dans l’Antiquité, les Maures du Sud étaient apparentés à ceux qui vivaient plus au Nord, dans le Royaume de Maurétanie (Maroc actuel). Contrairement aux Maures du bassin méditerranéen, ils n’ont jamais été sous domination romaine. Le fleuve Sénégal était la limite de leur expansion.
L’introduction du chameau dans le Sahara, au cours du 3° Siècle, a révolutionné la vie dans le désert. A partir de là, certaines tribus, notamment Sanhadja, ont commencé à pratiquer le commerce transsaharien, ce qui leur a permis d’accroître leur influence. Ils faisaient du commerce avec l’Empire du Ghana, au Sud de la Mauritanie actuelle. Zenaga est la prononciation originale du nom arabisé Sanhadja.
Origines et expansion des Almoravides
Avec l’arrivée de l’islam, les Maures, devenus musulmans, ont été les premiers à diffuser la nouvelle religion dans ce qui est aujourd’hui la Mauritanie – bien avant l’arrivée des Arabes. Ce sont probablement ces Maures qui ont introduit l’islam parmi les Wolofs et les autres ethnies d’Afrique de l’Ouest, d’où l’influence du zenaga sur leur vocabulaire religieux (voir plus bas).
Les premiers Almoravides, issus de la tribu sanhadja des Lamtouna, parlaient probablement une langue proche du zenaga, avant leur montée vers le Nord, au cours de laquelle ils ont absorbé d’autres populations.
La langue zenaga, اكلام اژناڮة (klâm znâga) en arabe hassaniya, away iznaguen en zenaga, vient de la langue parlée par ces Maures qui nomadisaient dans le Sahara avant l’arrivée des Arabes. Cette langue est donc apparentée aux langues amazighes, ainsi qu’au tamacheq des Touaregs. Du fait de son isolement, elle est cependant très différente des langues amazighes du Maroc et d’Algérie. Elle a notamment gardé la distinction entre voyelles longues et courtes, un élément de la langue proto-amazighe parlée dans l’Antiquité, largement perdu dans les langues amazighes du Nord.
Si la langue zenaga fait incontestablement partie de la même famille linguistique que les langues amazighes, les zenagophones de Mauritanie ne se considèrent pas comme Amazighs. Ils sont conscients des origines de leur langue, mais leur identité est distincte de celle des Amazighs du Nord. Ils se voient avant tout comme Maures, sans distinction avec leurs voisins arabophones (il y a d’ailleurs des arabophones et des zenagophones dans les mêmes tribus). Certains ont même une vision négative du mouvement amazigh moderne, qu’ils voient comme une source de division dans la société nord-africaine. Le tifinagh est inconnu en Mauritanie.
Curieusement, le tetserret, une langue parlée par les tribus Ait Awari et Kel Eghlal, de la vallée de l’Azawagh, au Niger, est étroitement apparentée au zenaga de Mauritanie. Ces deux tribus vivent parmi les Touaregs, mais leur langue est incompréhensible pour les Touaregs. Le lien entre ces deux communautés si éloignées, mais aux langues si proches, est un mystère pour les historiens. Une étude linguistique du tetserret peut être lue en ligne ici.
Déclin et survie
Des tribus arabes venues du Nord, pour la plupart Banu Hassan, se sont installées en Mauritanie entre le 15° et le 17° Siècle. Alors que le zenaga était encore parlé dans toute la Mauritanie jusqu’au 17° Siècle, la langue des nouveaux arrivants s’est imposée ensuite, donnant naissance à l’arabe hassaniya. Aujourd’hui, les Maures de Mauritanie se considèrent comme Arabes, même si l’immense majorité d’entre eux descend davantage des anciens Maures que des Banu Hassan.
Le zenaga a cependant profité des rivalités ancestrales entre tribus guerrières et religieuses pour survivre : alors que les guerriers se sont vite assimilés aux Banu Hassan, les zwaya (marabouts), adonnés à la prière et à l’étude, sont devenus les gardiens de la culture maure pré-arabe. L’emploi du zenaga est ainsi devenu un symbole de la résistance des zwaya aux guerriers. Paradoxalement, le zenaga était considéré comme la langue de la civilisation en Mauritanie – contre l’arabe, la langue du Coran !
Emirat de Trarza
Le zenaga a perduré plus longtemps dans l’Emirat de Trarza (17° Siècle-début du 20° Siècle), où l’influence des Banu Hassan était moins forte. Aujourd’hui, les derniers zenagophones vivent dans la région de Trarza, autour de Mederdra.
La région zenagophone en Mauritanie
Trois tribus maures continuent à parler zenaga : les Idablahsen (en zenaga Idhabudjhas), les Awlad Dayman (Dagg Tawnkadji) et les Tendgha (Tandghan). Toutes les trois sont des tribus maraboutiques ; les Awlad Dayman prétendent descendre du calife Abou Bakr as-Siddiq. Cependant, même au sein de ces tribus, seule une minorité comprend encore le zenaga.
Certaines tribus maures asservies par les Banu Hassan sont appelées Zenagas à cause de leurs origines, même s’ils ne parlent pas la langue zenaga.
Le zenaga aujourd’hui
L’historien et poète Mokhtar ould Hamidoun, un des Mauritaniens zenagophones les plus connus
On retrouve aussi des influences zenaga dans d’autres langues ouest-africaines, notamment dans le vocabulaire religieux. Ainsi, la prière du midi (ٱلظُّهْر dhuhr) se dit tisbaar en wolof et tusbaar en pulaar, du zenaga tižbaran, « qui précède ». La prière de l’après-midi (العصر al-asr) s’appelle takkusaan en wolof et en pulaar, de takkuthan, « quatrième ». Pour les anciens Maures, la journée se terminait le soir, si bien que la prière du coucher du soleil (المغرب al-maghrib) était la dernière du jour et celle de la nuit (العشاء al-isha) la première.
Plusieurs théories ont été proposées pour l’origine du nom du Sénégal. Une possibilité est que ce serait une déformation de « Zenaga ». Une étymologie populaire le fait venir du wolof sunu gaal, « notre bateau ». Les habitants de la région du fleuve Sénégal étaient cependant Maures zenagophones avant l’arrivée des Wolofs.
Tabaski, le nom employé en Afrique de l’Ouest pour la fête musulmane de l’Aïd al-Adha, est-il également d’origine zenaga ? Tabaski vient de tafaska, le nom de la fête dans différentes langues amazighes, lui-même dérivé de la Pâque. Ce nom n’existe pas en zenaga aujourd’hui, mais il se peut qu’il ait été perdu. Un autre mot zenaga très proche, tifiski, signifie « printemps ». Or, la Pâque est célébrée au printemps. Certains linguistes pensent donc que tifiski vient de tafaska, d’autres ne sont pas d’accord. En tout cas, tifiski a été emprunté par l’arabe hassaniya et est devenu تيفسكي (tiviski ; le ف arabe se prononce v en hassaniya).
Le linguiste finlandais Miikka Alhonen, qui vit en Mauritanie, a rédigé une brève grammaire de la langue zenaga, qui n’a jamais été publiée. Nous partageons ici le brouillon de son étude, avec la permission de l’auteur, que nous remercions par ailleurs pour ses précieux conseils dans la préparation de cet article.
La ville de Ghadamès, située à la frontière entre la Libye, l’Algérie et la Tunisie, a toujours été à la croisée des chemins entre les civilisations du bassin méditerranéen et du Sahara. Dans l’Antiquité, l’oasis de Ghadamès, habitée à l’origine par les Garamantes, était connue des Romains, qui l’appelaient Cydamus.
La vieille ville de Ghadamès
Ghadamès est une des plus anciennes villes pré-sahariennes : l’oasis est habitée depuis 6000 ans. Son emplacement, près d’un point d’eau au milieu du désert, en fait un endroit idéal pour s’installer. Le nom de Ghadamès vient probablement des Tidamendi, une tribu amazighe du Fezzan.
Au début du 2° Siècle, Septime Sévère a décidé de sécuriser la frontière Sud de son Empire, menacée par les attaques récurrentes de tribus amazighes du Sahara. Il a commencé par installer une garnison militaire à Cydamus, d’où il a lancé une campagne militaire contre les Garamantes. Il a conquis les villes garamantes de Garbia et Gholaia (Bu Njem), dont il fait des camps militaires. En 202, il s’est emparé de Garama, la capitale des Garamantes, et a pris le contrôle de leur territoire.
Les conquêtes de Septime Sévère seront cependant éphémères : les Romains, peu habitués au climat désertique de ces régions, ne savent pas les défendre. Les Garamantes reprendront vite le contrôle de tout leur territoire, y compris Cydamus.
Mausolée
Au 6° Siècle, les habitants de Cydamus se sont convertis au christianisme, sous l’influence de prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine. L’oasis, du fait de son isolement, est devenue un fief du mouvement donatiste.
Les Arabes, contrairement aux civilisations méditerranéennes qui ont dominé l’Afrique du Nord avant eux, n’avaient pas peur du désert. Après la conquête arabe, Ghadamès a été islamisée et est devenue un important centre du commerce transsaharien. Par la suite, la ville a fait partie du territoire de la tribu touarègue Kel Ajjer, basée à Ghat. Au 12° Siècle, des commerçants de Ghadamès ont participé à la fondation de Tombouctou, la plus importante cité caravanière du Sahara.
Aujourd’hui, la vieille ville de Ghadamès est classée patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le chameau, aujourd’hui un animal emblématique des nations nord-africaines, est pourtant arrivé dans la région assez tardivement. L’introduction de cet animal idéalement adapté au climat désertique a beaucoup facilité les voyages à travers le désert, ce qui a rendu possible le développement des routes commerciales transsahariennes.
Le chameau est un animal qui vit dans les régions les plus inhospitalières du monde, dont la physionomie unique correspond parfaitement à l’environnement désertique. Il peut s’orienter avec précision au milieu du désert, supporter des températures extrêmes et survivre plusieurs semaines sans boire et plusieurs mois sans manger, grâce à sa bosse qui lui permet de stocker de l’eau et de la graisse. Lorsqu’il s’abreuve, il peut boire jusqu’à 100 litres d’eau en une seule fois. Ses yeux et ses narines contiennent des caractéristiques spéciales qui les protègent contre le sable, tandis que sa fourrure épaisse lui sert de barrière contre la chaleur. A cause de ces qualités, le chameau, surnommé « bateau du désert », est souvent employé comme moyen de transport de personnes et de marchandises à travers le désert.
Plus ancienne statuette de chameau découverte en Egypte, datant du 13° Siècle avant notre ère (Source)
Originaire d’Arabie, le chameau a été introduit en Egypte dès le 2° millénaire avant notre ère, d’abord dans le Delta Oriental, puis vers le Sud, le long du Nil. (Source) Son introduction dans le Désert Occidental est plus tardive, entre le 7° et le 4° Siècle avant note ère, à cause de l’obstacle du Nil. (Source) Cette période coïncide avec un important essor commercial des oasis du Désert Occidental, auquel l’introduction du chameau a certainement contribué, en leur permettant d’exporter leur production agricole vers la vallée du Nil et la côte méditerranéenne. (Source) L’élevage des chameaux, qui nécessite un grand savoir-faire technique, était largement limité aux tribus bédouines.
Au-delà de l’Egypte, le chameau est apparu encore plus tardivement. Il était inconnu à l’ère punique. La première mention de chameaux en Afrique du Nord occidentale, dans Bellum Africum (La guerre d’Afrique) de Jules César, raconte que 22 chameaux appartenant au roi Juba I de Numidie ont été capturés peu avant la bataille de Thapsus, en -46. A l’époque, cet animal était certainement une rareté que seuls les rois les plus riches de la région pouvaient posséder. L’armée romaine a apparemment utilisé des chameaux pour la première fois en 70, lors de la guerre entre Leptis Magna et Oea.
Figurine romaine de chameau, Egypte, 3° Siècle (Source)
On estime que le chameau a été introduit à grande échelle en Afrique romaine au cours du 2° Siècle. L’auteur chrétien nord-africain Arnobe de Sicca mentionne le chameau vers l’an 300, d’une manière qui donne l’impression qu’il s’agit d’un animal courant dans la région. Par ailleurs, l’historien romain Ammien Marcellin mentionne qu’en 363, Romanus, le comes d’Afrique, a demandé à la ville de Leptis Magna de lui livrer 4000 chameaux. (Source) Malgré cela, les Romains associaient davantage le chameau à d’autres régions, comme l’Arabie ou la Syrie, qu’à l’Egypte et à l’Afrique.
Chamelle avec ses chamelons, Oued Djerat, Algérie (Source)
Les tribus amazighes, surtout celles qui nomadisaient dans le désert depuis des générations, ont avidement adopté ce nouvel animal. La viande et le lait de chameau étaient appréciés pour leur valeur nutritive, tandis que leurs poils étaient employés pour tisser des vêtements et des tapis. Ils servaient aussi de monture aux guerriers. Comme aujourd’hui, les chameaux étaient un signe de richesse et de prestige. Les représentations de chameaux dans l’art rupestre nous renseignent sur leur rôle dans la société amazighe.
Avant l’introduction du chameau, les voyages et échanges commerciaux entre le Nord et le Sud du continent africain étaient très limités, l’immense désert du Sahara représentant un obstacle infranchissable. L’introduction du chameau a rendu possible le développement du commerce transsaharien, en facilitant le transport de marchandises à travers le désert. La grande force des chameaux leur permet de transporter de bien plus grandes quantités de marchandise que les ânes, la bête de somme la plus couramment employée avant leur introduction. Grâce à leur endurance, ils peuvent aussi parcourir de grandes distances sans se fatiguer, même par forte chaleur.
Empire du Ghana
Au fil des siècles, de véritables routes commerciales se sont développées. Les deux routes principales descendaient du Sahara marocain à la boucle du Niger et de Carthage à la région du Lac Tchad. Une autre route, libyenne, passait par le Fezzan et les oasis de Kaouar (au Niger actuel), jusqu’au Lac Tchad. Les premiers commerçants sur ces routes étaient des Amazighs, notamment Sanhadja, qui allaient en Afrique subsaharienne, se procurer des biens précieux, comme de l’or, de l’ivoire, du sel et des esclaves, qu’ils vendaient sur la côte méditerranéenne. L’avènement de l’Empire du Ghana, vers le 4° Siècle, a encore accéléré l’essor du commerce transsaharien.
Routes commerciales sahariennes à l’ère islamique
L’essor des routes commerciales a également permis la diffusion d’idées nouvelles… notamment la religion musulmane, à partir du 7° Siècle. Les musulmans ont repris le contrôle des routes commerciales qui les précédaient et les ont développées encore plus, surtout après la conversion à l’islam des Touaregs. Les grandes villes caravanières, comme Tombouctou, Chinguetti et Sijilmassa, étaient à la fois de prestigieux centres commerciaux et de hauts lieux de savoir islamique.
Le livre The Libyan Pharaohs of Egypt: Their Lives and Afterlives (Les Pharaons Libyens d’Egypte : leurs vies et au-delà), de l’égyptologue Aidan Dodson, s’intéresse aux Pharaons d’origine libyenne qui ont régné sur l’Egypte pendant plusieurs siècles. Ce livre, écrit par un spécialiste renommé, est appelé à devenir un ouvrage de référence sur les Pharaons Libyens, leur époque et leur influence sur la société égyptienne antique. Dans cet article, nous présentons ce livre passionnant et partageons une vidéo d’une conférence donnée par l’auteur.
L’auteur, l’égyptologue britannique Aidan Dodson, est un expert reconnu de l’Egypte des Pharaons. Professeur d’égyptologie à l’Université de Bristol, il a également enseigné à l’Université Américaine du Caire et été Président de l’Egypt Exploration Society de 2011 à 2016. Il a écrit une trentaine d’ouvrages, la plupart consacrés à l’Egypte antique, dont la série Lives and Afterlives (Vies et au-delà), qui aborde la vie et l’époque de plusieurs pharaons, ainsi que leur impact dans l’histoire, avec également toute une partie consacrée à leur dernière demeure, les sépulcres et rites funéraires jouant un rôle fondamental dans les croyances égyptiennes à propos de la vie après la mort. Le dernier livre de cette série étudie les Pharaons Libyens.
Malheureusement, le livre n’a pas encore été traduit en arabe. On espère que des maisons d’édition arabophones prendront contact avec l’éditeur anglophone, afin que le public égyptien et libyen puisse également découvrir cette page importante de leur histoire nationale.
A l’époque romaine, la ville d’Essaouira s’appelait Tamusiga. Bien qu’elle n’était pas située en territoire romain, Tamusiga entretenait des liens commerciaux avec l’Afrique romaine. Les Îles Purpuraires, au large de la ville, contenaient une importante fabrique de pourpre qui remontait à l’ère phénicienne.
Les Îles Purpuraires, au large de Essaouira
Origines
Assiette phénicienne du 7° Siècle, retrouvée sur l’Île de Mogador
Les origines de la ville se perdent dans la nuit des temps. Après la fondation de Carthage, des marchands phéniciens ont fondé une chaîne de comptoirs commerciaux au-delà des Colonnes d’Hercule, sur la côte atlantique du Maroc actuel. Le dernier de ces comptoirs était probablement Agadir. Le site de Essaouira, qui offre un des meilleurs ancrages sur ces côtes, a certainement accueilli un de ces comptoirs. Les plus anciens vestiges phéniciens sur ce site remontent au 7° Siècle avant notre ère.
Les Phéniciens ont noué des relations avec les populations autochtones et faisaient du commerce avec eux. Sur les îles situées au large de Essaouira, ils ont développé une fabrique de teinture pourpre, à partir des coquillages qu’ils trouvaient sur la côte. L’industrie de la pourpre a donné à ces îles le nom d’Îles Purpuraires.
Arganier
En plus de la pourpre, les Phéniciens faisaient aussi du commerce d’huile d’argan, produite par les populations amazighes locales à partir du fruit de l’arganier, un arbre qui pousse uniquement dans cette région du monde. Il y a plus de 3000 ans, les Phéniciens exportaient déjà de l’huile d’argan à travers tout le bassin méditerranéen et s’en servaient comme complément alimentaire et comme cosmétique.
Itinéraire possible de Hannon le Navigateur
Au 5° Siècle avant notre ère, l’explorateur carthaginois Hannon le Navigateur a mené une expédition d’exploration de la côte ouest-africaine, en fondant des colonies sur sa route. Dans son itinéraire de voyage, la ville punique située sur le site d’Essaouira est appelée Arambys (Har Anbin, « montagne des raisins »). Elle était probablement abandonnée avant la visite de Hannon. Certains spécialistes identifient l’Île de Cerné, également mentionnée dans son itinéraire de voyage, à l’Île de Mogador, mais la plupart pensent que cette île est située plus au Sud, dans le Banc d’Arguin, en Mauritanie actuelle.
Le roi de Maurétanie Juba II rétablit l’ancienne industrie de fabrication de pourpre sur les Îles Purpuraires. A l’époque romaine, la pourpre était employée pour teindre les toges des sénateurs romains. Juba II organise aussi une expédition au départ des Îles Purpuraires pour explorer les Iles Canaries.
Pendant le règne de Juba II, une ville s’est développée sur les Îles Purpuraires. Les Amazighs l’appelaient Amagdul (« bien gardée »). Les Romains l’ont renommée Tamusiga. La ville était limitée aux îles : la baie d’Essaouira n’était pas occupée avant l’ère moderne.
Amphore originaire d’Hispanie bétique, 2° Siècle
Pièces de monnaie romaines du 3° Siècle, retrouvées sur l’île de Mogador
Tamusiga était la plus grande ville de Maurétanie située au-delà des frontières de l’Empire romain. Elle entretenait cependant des liens commerciaux étroits avec l’Afrique romaine, à travers son port. Une villa et une nécropole romaines ont été excavées, ainsi qu’un vase et des pièces de monnaie, conservés aujourd’hui Musée Sidi Mohammed ben Abdallah, à Essaouira.
Au 11° Siècle, Sidi Mogdoul, un saint musulman issu de la tribu Regraga, a été enterré à Essaouira. Son nom est probablement à l’origine de Mogador, le nom donné à la ville par les Portugais. Les anciens Amazighs l’appelaient déjà Amagdul, du phénicien Migdol, « petite forteresse ».
La Casbah de Essaouira, construite par Sidi Mohammed ben Abdallah
Au début du 16° Siècle, les Portugais construisent une forteresse à Mogador. Ils doivent faire face à la féroce résistance des Regraga et seront finalement chassés par les Saadiens. Le sultan saadien Ahmed al-Mansour établit une importante sucrerie dans la région de Essaouira et importe des esclaves Noirs originaires d’Afrique subsaharienne pour y travailler – les ancêtres des fameux Gnaouas. La ville moderne a été construite au 18° Siècle, par le sultan alaouite Sidi Mohammed ben Abdallah (Mohammed III). A la fin du protectorat, Mogador est renommée Essaouira, de l’arabe الصويرة (as-sawîra), « petite muraille » – un sens proche de l’ancien nom amazigh, phénicien et latin.
Synagogue Slat Lkahal de Essaouira
La communauté juive d’Essaouira, très influente jusqu’à aujourd’hui, remonte au 18° Siècle. Il est cependant possible qu’il y avait déjà des Juifs à Tamusiga à l’époque romaine : aucune trace archéologique ne l’atteste, mais c’est plausible dans la mesure où des communautés juives vivaient dans les villes de Maurétanie romaine, comme Volubilis et Sala. Pour la même raison, une présence chrétienne à la même époque n’est pas documentée, mais probable.
Aujourd’hui, la ville de Essaouira est fière de son héritage multiculturel, avec ses racines européennes, marocaines et subsahariennes (festival Gnaoua) et ses influences musulmanes, juives et chrétiennes. L’histoire antique montre que cette diversité n’est pas nouvelle : il y a plus de 2000 ans déjà, autochtones amazighs, commerçants phéniciens et aventuriers romains se côtoyaient dans le port et dans les rues de la ville.
Volubilis, au Nord de la ville marocaine de Meknès, était la capitale de l’ancien Royaume de Maurétanie. Si la ville s’est beaucoup développée à l’époque romaine, sa population est toujours restée majoritairement autochtone africaine. Après le 3° Siècle, Volubilis, abandonnée par les Romains, est redevenue une ville amazighe, gouvernée par des chefs de tribus locaux qui se sont appropriés ses infrastructures urbaines romaines.
Origines
Vue d’ensemble de Volubilis
La ville de Volubilis est construite dans une plaine fertile, au pied du Mont Zerhoun. La région environnante est habitée depuis au moins 5000 ans : des poteries néolithiques y ont été retrouvées.
Le nom « Volubilis » est la forme latine de son nom amazigh Oualili (ⵡⴰⵍⵉⵍⵉ). Deux hypothèses ont été proposée pour l’origine de ce nom : il pourrait venir soit du terme tamazight walilit, qui signifie laurier-rose, une fleur abondante dans la région ; soit du verbe wlly (tourner). En latin, le V de « Volubilis » était prononcé « ou ».
Volubilis, capitale de la Maurétanie
Carte de la Maurétanie antique
Avant l’ère romaine, Volubilis faisait partie du territoire du Royaume de Maurétanie. L’histoire antique de la Maurétanie est peu connue. Les anciens rois de Maurétanie, qui régnaient sur une confédération tribale nomade, n’avaient pas de capitale fixe : leur cour était mobile. Volubilis était cependant déjà un des principaux centres de leur royaume.
Stèle punique
Au 3° Siècle avant notre ère, le site de Volubilis était occupé par les Carthaginois, ainsi que l’attestent le temple de Baal et des inscriptions en langue punique. L’influence punique a perduré longtemps après la chute de Carthage.
Juba II
En -25, Juba II est choisi par les Romains pour régner sur un nouveau Royaume de Maurétanie élargi à une grande partie de la Numidie historique. En plus de sa capitale, Césarée (Cherchell), il construit une résidence secondaire à Volubilis, qui devient sa deuxième capitale, pour la moitié occidentale de son royaume. Juba II, un roi d’origine africaine, mais fortement romanisé, a transformé Volubilis en véritable cité romaine, avec un forum, une basilique, des temples et des thermes.
Les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale à la place de Volubilis, à cause de sa proximité avec l’Europe. Volubilis reste cependant la ville la plus peuplée de la province, avec un pic de 20 000 habitants vers la fin du 2° Siècle – Amazighs romanisés pour la plupart. La ville s’enrichit considérablement à l’ère romaine, grâce à ses terres fertiles, qui lui permettent de cultiver du blé et de produire de l’huile d’olive. Une route est construite pour relier Volubilis à Tingis et Lixus (Larache).
Epitaphe du fondateur de la synagogue de Volubilis
Volubilis a accueilli aussi une communauté juive. Des inscriptions funéraires attestent de la présence de Juifs à Volubilis dès le 2° Siècle avant notre ère. Une synagogue a été construite au 3° Siècle. Les Juifs de Volubilis sont à l’origine de l’influente communauté juive marocaine.
Malgré l’importance de Volubilis, sa position, face à des tribus amazighes hostiles à la domination romaine, était toujours précaire. Cinq forts, situés au niveau des villages actuels de Aïn Schkor, Bled el Gaada, Sidi Moussa, Sidi Said et Bled Takourart (l’ancienne Tocolosida), ont été construits pour défendre la ville. L’Empereur Marc-Aurèle a fait construire une muraille autour de la ville, avec huit portes et 40 tours.
Les Baquates prennent le contrôle de la ville et récupèrent leurs terres. Volubilis est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.
En 285, lorsque le nouvel Empereur romain Dioclétien réorganise l’administration romaine en Afrique, une campagne pour reconquérir Volubilis est brièvement envisagée, mais l’idée est abandonnée : cela coûterait trop cher.
L’abandon de Volubilis par les Romains n’implique pas l’abandon de l’art de vivre romain par ses habitants. Certaines mosaïques de la ville, notamment celle de la course de chars, dans la Maison de Vénus, datent du 4° Siècle, après le départ des Romains.
Par la suite
Koceïla
Volubilis n’a été que peu affectée par l’invasion vandale. Les Byzantins se sont probablement établis dans la ville, mais n’y ont pas exercé une influence durable. Avant l’arrivée des Arabes, la région de Volubilis était gouvernée par des chefs amazighs locaux, dont les noms indiquent qu’ils étaient de religion chrétienne.
Au 7° Siècle, beaucoup d’Amazighs qui fuyaient l’expansion islamique se sont installés à Volubilis, notamment les survivants de la tribu Awraba, après la défaite de leur chef Koceïla. La ville est restée majoritairement chrétienne bien après l’arrivée de l’islam : les tombes chrétiennes à Volubilis datent de jusqu’au 12° Siècle.
Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun
En 788, le cherif Idriss ibn Abdallah, un descendant du Prophète Mohammed, s’établit dans la région de Volubilis et fonde la dynastie idrisside, considérée comme la première dynastie royale marocaine. Idriss I est enterré dans le Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun, tout près de Volubilis. Ainsi, la capitale de la Maurétanie antique est également devenue le berceau de la nation marocaine moderne.