Zercon était un nain d’origine maure, esclave du roi Attila le Hun, qui lui servait de bouffon. A cause de son apparence jugée comique, il était employé pour divertir l’armée de son maître. Dans cette vie peu enviable, Zercon a su se rendre populaire auprès des Huns et faire de sa faiblesse une force qui lui a permis de prendre le contrôle de son destin.
Zercon – Image créée par ChatGTP
Zercon était originaire de Maurétanie. Il était de petite taille, bossu, avait les pieds tordus et le nez plat. A cause de son apparence, il a été vendu comme esclave pour amuser ses maîtres.
Le premier maître de Zercon était le général romain Aspar, qui l’a acheté pendant sa campagne militaire contre les Vandales, avec le gouverneur d’Afrique romaine Boniface, en 432. Zercon est retourné à Constantinople avec Aspar, puis il a accompagné son maître dans ses campagnes militaires.
Vers 442, Zercon est capturé par les Huns. Bleda, le frère d’Attila, devient son nouveau maître. Bleda était tellement fasciné par Zercon qu’il l’amenait partout avec lui. Il lui a même fait fabriquer une armure spéciale, adaptée à son anatomie. Un jour, Zercon s’est enfui avec d’autres prisonniers. Bleda a laissé partir les autres, mais a ramené Zercon. Lorsqu’il lui a demandé pourquoi il s’était enfui, Zercon a répondu qu’il voulait trouver une femme. Alors, Bleda l’a marié à une servante de la reine.
Après la mort de Bleda, Attila a hérité de Zercon. Contrairement à Bleda, Attila détestait Zercon, mais il était trop populaire dans son armée pour qu’il puisse se débarrasser de lui.
Après quelque temps, Attila a offert Zercon au général romain Aetius, comme cadeau pour sceller un accord de paix. Aetius l’a restitué à son ancien maître, Aspar. Zercon aspirait cependant toujours à retourner auprès des Huns. Il a demandé à accompagner une ambassade romaine envoyée à Attila, menée par le diplomate et historien Priscus, mais sa demande a été refusée. C’est Priscus qui nous parle de Zercon dans ses écrits.
Zercon a probablement terminé sa vie à Constantinople. On ne sait rien de plus de lui.
Pourquoi en parler ? Nous condamnons fermement toutes formes d’abus envers les personnes handicapées, encore plus à des fins de divertissement. Cependant, de telles pratiques ont malheureusement existé. En parler n’est pas le cautionner. Zercon fait partie de l’histoire de l’Afrique du Nord. En publiant cet article, nous espérons que son histoire, la dignité qu’il a su trouver dans ses malheurs, pourra être une source d’inspiration pour d’autres.
Eudocia était la fille de l’Empereur romain Valentinien III. En tant qu’épouse de Hunéric, le fils du roi vandale Genséric, elle a vécu à Carthage et était destinée à devenir reine des Vandales de Carthage. Par la suite, son fils Hildéric est devenu roi des Vandales.
Hunéric et Eudocia – Image créée par ChatGPT
Origines et enfance
Buste de Valentinien III, le père d’Eudocia
Eudocia est née à Rome, vers 440. Elle est la fille aînée de l’Empereur romain Valentinien III et de son épouse Licinia Eudoxia. Elle est de pur sang impérial des deux côtés de sa famille : son père est le fils du général romain Constance et de Galla Placidia, la fille de l’Empereur Théodose le Grand, tandis que sa mère est la fille de l’Empereur romain d’Orient Théodose II.
En 442, l’Empire romain conclut un traité de paix avec les Vandales, qui reconnaît leur souveraineté sur l’Afrique du Nord. Pour sceller cet accord, Eudocia, qui n’est qu’une enfant, est promise en mariage à Hunéric, le fils du roi vandale Genséric.
Eudocia à Carthage
En 455, Valentinien III est assassiné par le sénateur Pétrone Maxime, qui s’empare du trône. Le nouvel Empereur épouse Licinia Eudoxia, la veuve de Valentinien III, et contraint leur fille Eudocia à épouser son fils Palladius.
Les années qu’Eudocia a passées à Carthage sont peu connues. On sait seulement que sa relation avec son mari Hunéric est difficile. En plus du fait qu’Eudocia a été contrainte d’épouser Hunéric contre sa volonté, la raison principale des tensions entre eux est leur différence religieuse : Hunéric est arien, Eudocia chrétienne catholique.
Pièce de monnaie à l’effigie de Hildéric
Vers 460, Eudocia donne naissance à un fils, Hildéric. Peu après la naissance de Hildéric, Eudocia, ne supportant plus les tensions avec son mari, décide de quitter Carthage. Eudocia n’a donc jamais été reine des Vandales, étant donné qu’elle a quitté Hunéric avant qu’il ne devienne roi. Son fils Hildéric grandit à la cour de son père et deviendra roi des Vandales de 523 à 530.
Eudoxie, la grand-mère d’Eudocia
Après son départ de Carthage, Eudocia s’installe à Jérusalem, où sa grand-mère Eudoxie, l’épouse de l’Empereur d’Orient Théodose II, possède un domaine. Eudoxie, une poétesse hellénistique réputée, exilée de la cour impériale après avoir été accusée à tort d’infidélité à son mari, s’est retirée à Jérusalem, où elle a consacré les dernières années de sa vie à son œuvre littéraire et à la religion. Lorsqu’Eudocia est arrivée à Jérusalem, sa grand-mère était déjà décédée, mais elle s’installe sur son domaine. A sa mort, elle est enterrée dans le tombeau de sa grand-mère.
Au début du 5° Siècle, les Vandales, un peuple d’origine germanique, ont envahi l’Afrique du Nord, mettant fin à plus de quatre siècles de domination romaine de la région. En 455, le roi vandale Genséric entre dans Rome, pille la ville et enlève la fille de l’Empereur Valentinien III, qui deviendra l’épouse de son fils.
Contexte
Au 5° Siècle, l’Empire romain, divisé entre Occident et Orient, est affaibli par une longue série de guerres contre de nouvelles populations étrangères, souvent d’origine germaine, qui ont affaibli son territoire. Une de ces tribus, les Goths, pillent Rome en 410. C’est la première fois que la capitale impériale a été prise par une armée étrangère.
Royaume vandale
Les Vandales, installés en Espagne, traversent le détroit de Gibraltar en 429 et envahissent l’Afrique du Nord. En 439, ils fondent un Royaume, avec pour capitale Carthage. Un traité de paix, par lequel Rome reconnaît le pouvoir vandale en Afrique, est conclu en 442. L’Empereur romain Valentinien III s’engage à donner sa fille Eudocia en mariage à Hunéric, le fils du roi vandale Genséric.
En 455, Valentinien III est assassiné par Pétrone Maxime, qui s’empare du trône. Le nouvel Empereur épouse Licinia Eudoxia, la veuve de Valentinien III, et contraint leur fille Eudocia à épouser son fils Palladius. Pour Genséric, la rupture des fiançailles d’Eudocia avec son fils Hunéric invalide le traité de paix. Lorsque Licinia Eudoxia fait appel à lui pour venger son mari, Genséric décide d’attaquer Rome.
Les Vandales à Rome
Sac de Rome par les Vandales
Les Vandales prennent la mer depuis Carthage et débarquent à Ostie, la ville portuaire de Rome. Pétrone Maxime tente de fuir Rome, mais il est lapidé à mort par une foule en colère. Les Vandales détruisent les aqueducs qui alimentent Rome en eau.
L’évêque de Rome Léon I négocie avec Genséric et le convainc d’épargner les habitants qui ne résistent pas, de ne pas incendier les bâtiments et de ne pas torturer les prisonniers. Les Vandales pillent la ville pendant deux semaines.
Sac de Rome par les Goths, en 410
Le sac de Rome par les Vandales est encore plus destructeur que celui de 410, par les Goths. Les Vandales arrachent la moitié du toit du Temple de Jupiter Capitolin, le plus grand temple de Rome, pour s’emparer des tuiles en bronze doré. La propension vandale au pillage est à l’origine du terme de « vandalisme », employé pour la destruction des biens d’autrui. Il n’y aura cependant pas d’exactions contre la population : Genséric, fidèle à son engagement envers l’évêque de Rome, restreint ses troupes.
D’après certaines sources, Genséric aurait aussi emporté avec lui à Carthage les ustensiles sacrés du Temple de Jérusalem, qui se trouvaient dans le trésor romain. Après la reconquête de Carthage par les Byzantins, en 533, les Byzantins les ont faits transporter à Constantinople, d’où ils ont ensuite été renvoyés à Jérusalem. La possession de ces objets sacrés était supposée être un signe de bénédiction divine.
Retour à Carthage
Hunéric et Eudocia – Image créée par ChatGPT
Après deux semaines, les Vandales retournent à Carthage. Eudocia, la fille de Valentinien III, est amenée prisonnière à Carthage, avec sa mère et sa sœur Placidia. Peu après, Eudocia épouse Hunéric. Leur mariage est difficile à cause de leur différence religieuse : Hunéric est arien, Eudocia chrétienne catholique. A cause des tensions entre eux, Eudocia quittera Hunéric avant qu’il ne devienne roi et terminera sa vie à Jérusalem. Le futur roi vandale Hildéric (523-530) est le fils de Hunéric et d’Eudocia.
Plusieurs bateaux pleins de captifs sont arrivés à Carthage, où ils ont été distribués comme esclaves aux guerriers vandales. L’évêque Deogratias de Carthage a vendu tous les biens de l’Église pour racheter tous ceux qu’il pouvait. Il les a ensuite logés dans les grandes églises de Carthage, avant de les rapatrier à Rome.
Après le départ des Vandales, Avitus, un sénateur d’origine gauloise, est proclamé Empereur par le roi des Goths Théodoric. Les derniers Empereurs romains d’Occident sont soumis aux Goths.
L’ancienne Impératrice Licinia Eudoxia, la veuve de Valentinien III et la mère d’Eudocia, est libérée en 461, après le paiement d’une rançon par l’Empereur d’Orient Léon I. Elle termine sa vie à Constantinople.
Pièce d’or à l’effigie d’Olybrius
Olybrius, un des derniers Empereurs romains, était marié à Placidia, la sœur d’Eudocia. Après la libération de Placidia, il a tenté plusieurs fois de s’emparer du pouvoir avec le soutien des Vandales. Il a finalement régné pendant quelques mois, en 472.
Le sac de Rome par Genséric a beaucoup accéléré le déclin de la ville, jusqu’à la chute finale de l’Empire romain, en 476.
Pendant la guerre de conquête vandale de l’Afrique du Nord, le futur Empereur Marcien a été fait prisonnier par les Vandales. Une légende raconte que le roi vandale Genséric aurait prédit qu’il deviendrait Empereur. En échange de sa libération, Marcien se serait engagé à ne pas attaquer les Vandales.
Les Romains envoient des renforts en 432, menés par Aspar, le commandant-en-chef de l’Empire romain d’Orient. Aspar, qui est lui-même d’origine germaine (alaine par son père et gothe par sa mère), veut profiter de cette affinité avec les Vandales pour les vaincre.
Malgré cela, les Vandales sont de nouveau victorieux. C’est pendant cette campagne que le futur Empereur romain Marcien, alors un officier dans l’armée d’Aspar, est fait prisonnier.
Marcien prisonnier des Vandales
Sac de Rome par Genséric
L’emprisonnement du futur Empereur est à l’origine d’une légende rapportée par plusieurs auteurs antiques. Alors que Marcien était prisonnier, un aigle est venu le survoler et le couvrir de son ombre, alors que les autres prisonniers étaient exposés à la lumière du soleil. En voyant cela, le roi vandale Genséric a prédit que Marcien deviendrait Empereur et l’a libéré, en le faisant promettre de ne pas faire la guerre aux Vandales lorsqu’il aurait accédé au trône.
Cette histoire est certainement fictive, mais elle faisait partie de la propagande impériale de Marcien lorsqu’il est devenu Empereur une vingtaine d’années après, en 450. Lorsque le roi vandale Genséric a pillé Rome en 455 et fait prisonnier l’épouse et la fille de l’Empereur d’Orient Valentinien III, Marcien, qui était Empereur d’Orient, n’a pas cherché à défendre Rome, mais il s’est contenté de demander la libération des prisonnières.
Les Laguatans étaient une confédération de tribus amazighes originaires du désert libyen. Vers la fin de l’ère romaine, ils ont ravagé les villes de Cyrénaïque. Ensuite, ils ont migré vers la Tripolitaine, où ils ont vaincu les Vandales et établi un royaume dans les Monts Nefoussa.
Raid des Laguatans contre Cyrène – Les vêtements et armes des assaillants sont inspirés de la description donnée par l’historien byzantin Procope – Image créée par ChatGPT
Carte de la migration des Laguatans – Clic pour agrandir – Source
La confédération tribale des Laguatans est apparue au cours du 3° Siècle. Les Laguatans étaient des nomades, originaires des oasis du désert libyen, au Sud de la Cyrénaïque. Une tribu laguatane, les Mzata, vivait encore plus à l’Est, dans le désert égyptien. De leur région d’origine, les Laguatans ont migré vers l’Ouest. L’Empereur romain Maximien les a affrontés en Tripolitaine, ce qui montre qu’ils étaient déjà arrivés si loin à l’Ouest dès la fin du 3° Siècle.
En Tripolitaine, la tribu laguatane des Asturiani envahit le territoire romain vers 365, depuis leurs bases dans le désert au Sud de la province. Installés dans les Monts Nefoussa, les Asturiani lancent des raids contre les villes romaines de la région.
Synesios de Cyrène
Au cours du 4° et du 5° Siècle, les Laguatans ont commencé à attaquer et piller les anciennes cités gréco-romaines de Cyrénaïque. Les habitants de la région étaient démunis face à ces attaques et se sentaient abandonnés par l’administration impériale, qui tardait à les défendre. Le philosophe et évêque Synesios de Cyrène, qui a vécu à cette époque, a consacré une grande partie de sa carrière à la défense de la Cyrénaïque contre ces attaques, qu’il voyait comme une menace pour la civilisation romaine.
La chute de Ptolémaïs oblige finalement les autorités romaines à réagir. Le général Anysius intervient et remporte une victoire contre les Laguatans, offrant à la Cyrénaïque un peu de répit. Synesios de Cyrène, qui l’admire beaucoup, lui écrit plusieurs lettres.
Kabaw : la capitale de Cabaon ?
Un siècle plus tard, alors que les Vandales dominent l’Afrique du Nord, les Laguatans, menés par leur chef Cabaon, s’emparent d’une grande partie de la Tripolitaine, des Monts Nefoussa à la côte. Lorsque le roi vandale Thrasamund veut reprendre le contrôle de ces territoires, Cabaon lui inflige une défaite qui ébranle le contrôle vandale de la région.
Après la reconquête byzantine, les Byzantins s’allient à des tribus laguatanes pour garantir la paix. En 543, Sergius, le gouverneur de Tripolitaine (et le neveu de Salomon, le gouverneur d’Afrique byzantine), reçoit à Leptis Magna une délégation de 79 chefs Laguatans qui se plaignent du pillage de leurs champs par les Byzantins, et les fait assassiner. Pour se venger, les Laguatans envahissent la Tripolitaine. Cet incident provoque une grande révolte de tous les Amazighs d’Afrique du Nord contre la domination byzantine.
Symbole de Gurzil sur un tombeau, à Tiddis (Beni Hamiden), dans la wilaya de Constantine, en Algérie
Alors que la plupart des tribus amazighes étaient chrétiennes, les Laguatans sont restés païens jusqu’au 6° Siècle. Le poète Corippe, originaire d’Afrique byzantine, dit qu’ils vénèrent Gurzil, le dieu du tonnerre dans la mythologie amazighe, représenté par une tête de taureau et décrit comme le fils d’Ammon et d’une vache sacrée. Malgré cela, le chef laguatan Cabaon, pendant sa campagne contre les Vandales, a montré un grand respect pour les lieux de culte chrétiens et fait réparer tous ceux que les Vandales avaient détruits.
Après la conquête arabe, les Laguatans se sont intégrés à la société islamique et leur influence a diminué. Aujourd’hui, les Amazighs des Monts Nefoussa sont les descendants des anciens Laguatans.
La ville de Ghadamès, située à la frontière entre la Libye, l’Algérie et la Tunisie, a toujours été à la croisée des chemins entre les civilisations du bassin méditerranéen et du Sahara. Dans l’Antiquité, l’oasis de Ghadamès, habitée à l’origine par les Garamantes, était connue des Romains, qui l’appelaient Cydamus.
La vieille ville de Ghadamès
Ghadamès est une des plus anciennes villes pré-sahariennes : l’oasis est habitée depuis 6000 ans. Son emplacement, près d’un point d’eau au milieu du désert, en fait un endroit idéal pour s’installer. Le nom de Ghadamès vient probablement des Tidamendi, une tribu amazighe du Fezzan.
Au début du 2° Siècle, Septime Sévère a décidé de sécuriser la frontière Sud de son Empire, menacée par les attaques récurrentes de tribus amazighes du Sahara. Il a commencé par installer une garnison militaire à Cydamus, d’où il a lancé une campagne militaire contre les Garamantes. Il a conquis les villes garamantes de Garbia et Gholaia (Bu Njem), dont il fait des camps militaires. En 202, il s’est emparé de Garama, la capitale des Garamantes, et a pris le contrôle de leur territoire.
Les conquêtes de Septime Sévère seront cependant éphémères : les Romains, peu habitués au climat désertique de ces régions, ne savent pas les défendre. Les Garamantes reprendront vite le contrôle de tout leur territoire, y compris Cydamus.
Mausolée
Au 6° Siècle, les habitants de Cydamus se sont convertis au christianisme, sous l’influence de prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine. L’oasis, du fait de son isolement, est devenue un fief du mouvement donatiste.
Les Arabes, contrairement aux civilisations méditerranéennes qui ont dominé l’Afrique du Nord avant eux, n’avaient pas peur du désert. Après la conquête arabe, Ghadamès a été islamisée et est devenue un important centre du commerce transsaharien. Par la suite, la ville a fait partie du territoire de la tribu touarègue Kel Ajjer, basée à Ghat. Au 12° Siècle, des commerçants de Ghadamès ont participé à la fondation de Tombouctou, la plus importante cité caravanière du Sahara.
Aujourd’hui, la vieille ville de Ghadamès est classée patrimoine mondial de l’UNESCO.
Au début du 5° Siècle, l’Empire romain est affaibli par les invasions barbares. Boniface, le dernier gouverneur romain d’Afrique, était un acteur important des guerres romaines pendant ces décennies. Sa défaite contre les Vandales marque la fin de l’Afrique romaine.
Contexte
L’Empereur Honorius
L’Empereur Théodose le Grand, connu surtout pour avoir établi le christianisme comme religion officielle de son Empire, meurt en 395. Après sa mort, l’Empire romain est divisé entre ses fils : Arcadius (395-408) en Orient et Honorius (395-423) en Occident. Les deux nouveaux Empereurs sont jeunes et inexpérimentés, surtout Honorius, qui n’a que 10 ans à la mort de son père. Le général Stilicon, d’origine germaine, assure la régence, jusqu’à son exécution en 408.
Pendant ce temps, les invasions de populations d’origine étrangère, qui ont commencé au 3° Siècle, se poursuivent. En 406, les Vandales traversent le Rhin et envahissent la Gaule, où ils sèment la dévastation. En 409, ils s’installent en Espagne. L’année suivante, les Goths, menés par leur roi Alaric, pillent Rome, la capitale impériale. Galla Placidia, la sœur de l’Empereur, est enlevée et mariée de force à Athaulf, le successeur d’Alaric.
Pièce d’or à l’effigie de Constance III
Le général romain Constance, nommé commandant-en-chef de l’armée romaine en 411, mène une campagne militaire en Gaule et au Nord de l’Espagne, contre l’usurpateur Constantin, puis contre les Goths. Il parvient à chasser les Goths de Gaule et à libérer Galla Placidia. Pour le récompenser, l’Empereur Honorius lui donne Galla Placidia pour épouse, puis le nomme co-Empereur en 421, sous le nom de Constance III. Il meurt quelques mois après.
Boniface, le dernier gouverneur romain d’Afrique
Pièce à l’effigie de Boniface
Boniface, qui deviendra le dernier gouverneur d’Afrique romaine, se fait connaître en tant qu’officier servant sous les ordres de Constance, dans sa campagne contre les Goths. En 413, il remporte une victoire contre les Goths à Massalia ; pendant cette bataille, il aurait blessé le roi des Goths Athaulf lui-même.
Quelques années après, il commande un régiment de soldats d’origine gothique en Afrique, où il combat une révolte maure. Pendant ces années, il se lie d’amitié avec l’évêque Augustin d’Hippone, avec qui il discute de questions théologiques.
En 422, il est rappelé à la cour impériale, où il se marie. Son épouse est d’origine gothique.
La même année, Boniface et un autre officier, Castinus, sont chargés d’organiser une campagne contre les Vandales en Espagne. Boniface ne participera finalement pas à cette campagne, à cause des tensions entre lui et Castinus. Il se retire en Afrique, où il est nommé comes (comte, gouverneur-général) du diocèse d’Afrique romaine.
Pièce d’or à l’effigie de Joannes
L’Empereur Honorius meurt en 423. Comme il n’a pas de fils, son successeur n’est pas annoncé immédiatement. Pendant l’interrègne, Castinus, le rival de Boniface, proclame Joannes, un haut fonctionnaire, Empereur. La dynastie théodosienne, menée par Galla Placidia, refuse cette nomination. Boniface, loyal aux Théodosiens, coupe l’approvisionnement de Rome en blé africain. Joannes envoie des troupes en Afrique pour combattre Boniface, sans parvenir à le déposer.
Galla Placidia
Joannes est finalement vaincu par l’Empereur d’Orient Théodose II, en 425. Valentinien III, le fils de Constance II et de Galla Placidia, est choisi comme nouvel Empereur d’Occident. Comme il n’a que 6 ans, sa mère Galla Placidia assure la régence. Boniface est récompensé pour sa loyauté envers la dynastie théodosienne : c’est le sommet de sa carrière.
Pourtant, Boniface ne tardera pas à tomber en défaveur : deux ans après, en 427, il est accusé de vouloir former son propre Empire en Afrique. Galla Placidia le convoque à la cour impériale pour répondre de ces accusations, mais Boniface refuse de répondre à sa convocation. Galla Placidia envoie alors une armée contre lui. Après deux ans de combats, Boniface parviendra finalement à prouver que les accusations contre lui sont fausses et à regagner les faveurs de l’Impératrice.
De retour en Italie, Boniface est chargé par Galla Placidia de combattre le puissant général romain Aetius, qui menace de se révolter. Aetius, un ancien partisan de Castinus et Joannes, était également à l’origine des accusations contre Boniface à l’époque où il était gouverneur d’Afrique. Boniface est victorieux, mais il est blessé à mort au cours d’une bataille. Il meurt vers la fin de l’année 432.
Marcellin de Carthage est un fonctionnaire romain du début du 5° Siècle, qui a servi dans l’administration de l’Empereur Honorius. En 411, il est envoyé à Carthage, pour présider une conférence publique destinée à résoudre la controverse donatiste. En Afrique, il rencontre l’évêque Augustin d’Hippone, dont il devient un ami proche. Il est finalement exécuté en 413, sous de fausses accusations de révolte.
Flavius Marcellinus est né à Tolède, en Espagne, dans une famille de l’aristocratie romaine. Après leurs études, il fait carrière dans l’administration romaine et devient tribun et secrétaire d’Etat. Dans un Empire récemment christianisé, Marcellin est un chrétien fervent, qui s’intéresse aux questions théologiques. Son épouse s’appelait Anapsychia.
Marcellin préside la Conférence de Carthage – Image créée par ChatGPT
A cette époque, la controverse donatiste divise l’Eglise d’Afrique du Nord depuis près d’un siècle. En 411, l’Empereur Honorius décide d’organiser une conférence à Carthage, afin de résoudre cette question une fois pour toutes. Marcellin, certainement choisi pour son expertise en théologie, est envoyé par l’Empereur pour présider cette conférence.
Devant 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes réunis pour débattre de ce qui les oppose, Marcellin exprime clairement la position de l’Empereur : les donatistes sont des hérétiques qui doivent revenir à l’Eglise officielle, l’objet de la conférence est de discuter des conditions de ce retour. Le procès-verbal détaillé des discussions a été conservé. Après de longs et âpres débats, Marcellin décrète que les évêques donatistes qui acceptent de réintégrer l’Eglise catholique peuvent garder leurs évêchés et leurs lieux de culte, mais que ceux qui refusent seront emprisonnés.
Augustin d’Hippone
L’armée romaine exécute ce jugement avec une grande sévérité : les donatistes qui refusent de se soumettre sont persécutés avec une telle violence que même Augustin d’Hippone, le chef de file des catholiques lors de la conférence, proteste. Marcellin reste à Carthage, pour assister son frère Apringius, nommé proconsul d’Afrique, dans les procès des donatistes qui ont été arrêtés.
Pendant ses années en Afrique, Marcellin se lie d’amitié avec l’évêque Augustin d’Hippone. Ils discutent de théologie et Augustin encourage Marcellin à faire preuve de clémence envers les donatistes. Augustin a dédié plusieurs de ses ouvrages à Marcellin, dont les trois premiers livres de La Cité de Dieu.
Statue de Marcellin, Colonnade de Bernini, Place St-Pierre, Vatican
La carrière de Marcellin prend fin subitement en 413, après la révolte du gouverneur d’Afrique Héraclien : Marcellin et son frère Apringius sont accusés à tort par les donatistes d’avoir soutenu Héraclien. Marcellin est condamné à mort et exécuté. L’année suivante, l’Empereur reconnaît son innocence.
La mort de Marcellin a beaucoup marqué Augustin d’Hippone, qui a plaidé vainement auprès des autorités romaines pour demander la grâce de son ami. Après son exécution, Augustin deviendra beaucoup plus méfiant envers le pouvoir politique et réticent par rapport à l’alliance de plus en plus étroite entre l’Eglise chrétienne et l’Empire.
Marcellin est considéré comme un martyr par l’Eglise catholique.
Au début du 5° Siècle, l’Empire romain est affaibli par les invasions barbares. Pendant le règne de l’Empereur Honorius, le gouverneur d’Afrique Héraclien se révolte et revendique le trône impérial.
Contexte
L’Empereur Honorius
L’Empereur Théodose le Grand, connu surtout pour avoir établi le christianisme comme religion officielle de son Empire, meurt en 395. Après sa mort, l’Empire romain est divisé entre ses fils : Arcadius (395-408) en Orient et Honorius (395-423) en Occident. Les deux nouveaux Empereurs sont jeunes et inexpérimentés, surtout Honorius, qui n’a que 10 ans à la mort de son père. Le général Stilicon, d’origine vandale, assure la régence.
Pendant ce temps, les invasions de populations d’origine étrangère, qui ont commencé au 3° Siècle, se poursuivent. En 403, les Goths, menés par leur nouveau roi Alaric, envahissent l’Italie. En 406, une confédération de tribus germaniques menée par les Vandales traverse le Rhin et pénètre en Gaule, où ils sèment la dévastation.
L’Empire romain d’Occident en 410 – Clic pour agrandir – Jaune : territoire contrôlé par l’Empereur Honorius – Rouge : territoire contrôlé par l’usurpateur Constantin – Autres couleurs : territoires contrôlés par diverses tribus barbares
En plus des invasions, l’Empire est également menacé par des révoltes internes. En 407, Constantin, un militaire romain basé en Bretagne, se proclame Empereur et s’établit en Gaule, où il combat les Barbares qui s’y sont installés.
Le général Stilicon ne parvient pas à écraser la révolte de Constantin, qui, au contraire, gagne en popularité en Gaule. Cet échec permettra aux ennemis de Stilicon, qui étaient depuis longtemps jaloux de son influence, de préparer un complot contre lui. Stilicon est exécuté en 408. L’officier chargé de son exécution s’appelle Héraclien.
Héraclien gouverneur d’Afrique
Stilicon, le général tué par Héraclien
Pour le récompenser, l’Empereur Honorius nomme Héraclien comes Africae, gouverneur-général du diocèse d’Afrique, qui regroupe toutes les provinces d’Afrique romaine. Il succède à Bathanarius, le beau-frère de Stilicon, qui est également exécuté.
Après la mort de Stilicon, des troubles éclatent dans tout l’Empire : les familles de foederati, ces guerriers barbares intégrés à l’armée romaine, comme le père de Stilicon, sont massacrés en masse. Les survivants se réfugient auprès d’Alaric, roi des Goths, pour demander sa protection, grossissant ainsi les rangs de son armée.
En 409-410, Priscus Attale est proclamé Empereur à la place d’Honorius, avec le soutien d’Alaric. Héraclien demeure loyal à Honorius et coupe la livraison de blé africain à la ville de Rome, où Priscus Attale s’est installé. Priscus Attale est renversé par Alaric après quelques mois, après avoir refusé de laisser Alaric mener une campagne contre Héraclien en Afrique. Après sa chute, l’armée d’Alaric pille Rome.
D’après l’auteur chrétien Jérôme de Stridon, Héraclien a maltraité les nobles romains qui s’étaient réfugiés à Carthage pendant l’usurpation de Priscus Attale. Jérôme décrit Héraclien comme un ivrogne et un homme corrompu. Sa description est certainement exagérée, mais contient probablement une part de vérité.
Le mandat de gouverneur d’Héraclien est marqué aussi par la résolution finale de la controverse donatiste : en 411, l’Empereur Honorius envoie son fonctionnaire Marcellin à Carthage, pour présider une conférence publique opposant les évêques catholiques et donatistes. A l’issue de cette conférence, les donatistes sont condamnés.
La révolte d’Héraclien
Héraclien et son armée – Image créée par ChatGPT
Fin 412, l’Empereur Honorius nomme Héraclien consul pour l’année 413. Cependant, avant même d’entrer en fonction, Héraclien se révolte et se proclame Empereur. Ses motivations sont difficiles à comprendre : il était au sommet de sa carrière. Il est possible qu’il se sentait menacé par la montée en puissance de Constance, le nouveau commandant-en-chef de l’armée romaine, qu’il voyait comme un rival.
Héraclien commence par couper l’approvisionnement en blé de Rome, ainsi que des troupes d’Alaric, basées en Gaule, près de Massalia. Ensuite, il assemble une flotte pour envahir l’Italie.
Héraclien débarque en Italie en mars 413. Constance envoie une armée à sa rencontre. Héraclien, vaincu, s’enfuit à Carthage, où il est tué. D’après une version, Héraclien, effrayé par la taille de l’armée ennemie, aurait abandonné ses troupes.
Par la suite
Pièce d’or à l’effigie de Constance III
La défaite de la révolte d’Héraclien permet à Constance de se concentrer sur la lutte contre les Goths, qu’il parvient à chasser de Gaule. En 421, Honorius le nomme co-Empereur. Il épouse Galla Placidia, la sœur de l’Empereur, et leur fils Valentinien III deviendra Empereur après la mort d’Honorius.
Marcellin est accusé à tort par les donatistes d’avoir soutenu la révolte d’Héraclien, condamné à mort et exécuté. L’évêque Augustin d’Hippone plaidera vainement auprès des autorités romaines pour demander la grâce de son ami.
Boniface, un officier de Constance pendant sa campagne contre les Goths, deviendra par la suite le dernier gouverneur romain d’Afrique, avant la conquête de la région par les Vandales.
Synesios de Cyrène, un philosophe néoplatonicien originaire de Cyrénaïque, est la dernière grande figure de cette région jadis très influente. Originaire de Balagrae (El-Bayda), il a été ambassadeur de la Cyrénaïque à la cour impériale. Après une prestigieuse carrière politique, il est même devenu évêque de Ptolémaïs vers la fin de sa vie. Son œuvre cherche à concilier la pensée classique gréco-latine avec la théologie chrétienne.
Origines
Synesios de Cyrène
Synesios est né vers 370, près de Balagrae (El-Bayda). Il est le fils aîné d’une vieille famille noble d’origine grecque, qui se prétend descendante des rois de Sparte. Il grandit dans le domaine familial sur le Jebel Akhdar, en pleine nature, où il découvre les plaisirs de la vie rurale. En même temps, il reçoit une éducation d’élite, à Cyrène, puis à Alexandrie.
A cette époque, la Cyrénaïque, une région jadis prospère, est en déclin. La ville de Cyrène, affaiblie par le tremblement de terre de 365, puis par les attaques récurrentes des tribus amazighes environnantes, a été remplacée par Ptolémaïs comme capitale provinciale. Dans ce contexte, le jeune Synesios se découvre une vocation : préserver la civilisation gréco-romaine en Cyrénaïque.
Vers 395, il voyage à Athènes. Si ses attentes quant à ce séjour dans la ville des philosophes étaient très élevées, il reviendra à Cyrène déçu. Ce voyage lui fait prendre conscience du déclin de la tradition intellectuelle hellénistique.
Mission à Constantinople
Vers 398, Synesios est envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour impériale, pour plaider la cause de ses concitoyens et demander une exemption d’impôts à l’Empereur, afin de permettre à la région de se reconstruire. Dans son adresse à l’Empereur Arcadius, il lui adresse des conseils sur comment régner avec sagesse, en insistant surtout sur l’importance de la lutte contre la corruption. Après de longues tractations diplomatiques, il finit par obtenir gain de cause. Il gardera de cette expérience un profond malaise à l’égard des intrigues politiques de la cour impériale, qui mettent à mal l’idéalisme du jeune philosophe.
Astrolabe
A Constantinople, il prend contact avec Paeonius, un officier militaire de l’entourage de l’Empereur, qui s’intéresse aux expérimentations scientifiques d’Hypatie. Comme cadeau d’introduction, il lui offre un outil scientifique qu’il a fabriqué à Alexandrie : un astrolabe, qui permet de mesurer la position des étoiles. Dans un essai qui accompagne ce cadeau, il exhorte les autorités civiles et militaires à s’intéresser à la science et à la philosophie.
C’est probablement aussi pendant ce séjour à Constantinople qu’il a eu ses premiers contacts significatifs avec le christianisme, très influent à la cour impériale. La nouvelle religion était déjà majoritaire dans le monde romain, y compris en Cyrénaïque, mais sa famille fait partie de la vieille élite qui demeure attachée aux anciennes traditions religieuses. Sa découverte du christianisme, loin de marquer une rupture avec cet héritage, l’amènera au contraire à chercher à préserver la pensée classique gréco-romaine en l’intégrant à la pensée chrétienne.
Carrière à Alexandrie et en Cyrénaïque
Alexandrie
Synesios retourne à Cyrène en 402. L’année suivante, il se marie, à Alexandrie. Son épouse, dont on ne connaît pas le nom, est issue d’une famille alexandrine influente et chrétienne. Ils auront trois enfants, qui mourront tous avant lui. Les lettres de Synesios montrent qu’il aimait profondément son épouse et était très attaché à sa famille. Il a écrit un poème en l’honneur de son épouse.
Pour ce qui est de son cheminement spirituel, Synesios se rapproche de plus en plus de la foi chrétienne, sans jamais rompre avec ses racines hellénistiques. La foi de son épouse, ainsi que son amitié avec l’évêque Théophile d’Alexandrie, joueront certainement un rôle déterminant dans sa conversion progressive. En même temps, il demeure très proche d’Hypatie, qui, bien que païenne, est tolérante des chrétiens et a beaucoup d’étudiants chrétiens. Quelques années après son mariage, Synesios finit par demander le baptême.
Evêque de Ptolémaïs
Ruines d’une église à Ptolémaïs
En 410, son ami l’évêque Théophile d’Alexandrie choisit Synesios comme nouvel évêque de Ptolémaïs. En tant qu’évêque de la capitale de la Cyrénaïque, il aurait autorité sur tous les évêques de la province. Cette nomination est surprenante : Synesios, malgré sa formation de philosophe classique, n’a pas une connaissance approfondie des textes sacrés chrétiens. Il est possible qu’il n’était même pas encore baptisé ! Malgré cela, Théophile estime que l’Eglise a besoin de responsables avec son niveau d’éducation, afin de gérer l’influence chrétienne croissante dans la société. Synesios n’est pas un cas unique à cette époque, où beaucoup de jeunes nobles récemment convertis ont pris des responsabilités dans l’Eglise.
Synesios hésite à accepter cette nomination. D’abord, alors que la plupart des responsables chrétiens de cette époque sont célibataires, il ne veut pas avoir à renoncer à sa famille. Ensuite, certaines de ses idées, notamment la préexistence de l’âme, une notion néoplatonicienne fondamentale, sont en contradiction avec la doctrine chrétienne officielle. Il finit par accepter, à condition de ne pas devoir se séparer de son épouse et de ne pas être contraint de confesser certaines doctrines chrétiennes auxquelles il ne croit pas, comme la création de l’âme, la résurrection des corps et la future destruction du monde. En échange de ces concessions, il s’engage à ne pas prêcher publiquement ses idées qui vont à l’encontre de la doctrine officielle. Le fait que cet arrangement ait été accepté indique la souplesse doctrinale des autorités ecclésiales chrétiennes à cette époque.
Ruines d’une église à Ptolémaïs
En tant qu’évêque, il s’est opposé à Andronique, le préfet de Cyrénaïque, un tyran qui avait eu recours à la torture contre des citoyens innocents. Après l’avoir appelé à plusieurs reprises à se repentir, il l’a finalement excommunié (exclu de l’Eglise). Cette décision aurait pu lui coûter sa vie, mais il a tenu ferme contre les injustices dont ses concitoyens étaient victimes. Synesios témoigne dans une lettre que dans cette affaire, il a été tenté de renoncer à sa charge d’évêque, surtout lorsqu’un de ses amis, trésorier des fonds publics, a été emprisonné par Andronique, mais au final, il en est sorti encore plus déterminé à continuer.
Il a également dû résoudre un conflit entre les évêques de Darnis (Derna) et Erythron (El-Athroun), à propos d’une église située sur la frontière entre leurs deux diocèses. Ses compétences en administration civile lui ont été utiles dans cette affaire. Sa médiation montre son attachement à la paix et à l’harmonie au sein de l’Eglise.
En 413, Synesios perd son troisième et dernier fils, une autre expérience qui l’a profondément endeuillé. Il meurt lui-même en 414, à environ 44 ans. Sur son lit de mort, il a écrit une dernière lettre à Hypatie, qui sera tuée l’année suivante.
Œuvre
Les œuvres les plus connues de Synesios sont ses neuf Hymnes, des poèmes d’inspiration néoplatonicienne, décrivant la quête mystique de l’âme humaine qui cherche à s’unir à Dieu. Les premiers Hymnes ont été écrits alors qu’il n’était pas encore chrétien, puis les suivants marquent l’évolution de sa pensée, avec l’intégration d’idées chrétiennes à sa spiritualité néoplatonicienne. Toute son œuvre constitue une synthèse unique et fascinante entre christianisme et néoplatonisme.
La vie de Synesios est connue surtout par ses 159 Lettres, adressées à sa femme, à son frère, à Hypatie, à Théophile d’Alexandrie, à d’autres évêques, etc. Ces lettres offrent aussi un bel aperçu de la noblesse de son caractère.
Une de ses lettres est la dernière mention du silphium : il dit que cette plante n’existe plus à son époque et fait de sa disparition une des causes du déclin de sa Cyrénaïque natale.
Dans ses lettres, il mentionne aussi des poésies qu’il a écrites, qui sont perdues.
Toute sa vie, Synesios était fasciné par les rêves, qu’il voyait comme un moyen pour l’âme de découvrir des vérités cachées et de communiquer avec Dieu. Vers 405, il a écrit un traité sur l’interprétation des rêves.
Un autre ouvrage, humoristique, est De la calvitie, dans lequel il argumente qu’être chauve vaut mieux que d’avoir des cheveux, car un crâne chauve ressemble davantage à une sphère, la plus parfaite de toutes les formes.
De ses années en tant qu’évêque, deux homélies (prédications d’église) ont été conservées, qui offrent un aperçu de son interprétation des textes sacrés chrétiens.
Enfin, il a écrit un livre, perdu, sur l’élevage des chiens de chasse. La chasse était sa grande passion, à laquelle il a renoncé à contrecœur lorsque ses responsabilités ne lui permettaient plus de la pratiquer.