Au début du 5° Siècle, l’Empire romain est affaibli par les invasions barbares. Boniface, le dernier gouverneur romain d’Afrique, était un acteur important des guerres romaines pendant ces décennies. Sa défaite contre les Vandales marque la fin de l’Afrique romaine.
Contexte
L’Empereur Honorius
L’Empereur Théodose le Grand, connu surtout pour avoir établi le christianisme comme religion officielle de son Empire, meurt en 395. Après sa mort, l’Empire romain est divisé entre ses fils : Arcadius (395-408) en Orient et Honorius (395-423) en Occident. Les deux nouveaux Empereurs sont jeunes et inexpérimentés, surtout Honorius, qui n’a que 10 ans à la mort de son père. Le général Stilicon, d’origine germaine, assure la régence, jusqu’à son exécution en 408.
Pendant ce temps, les invasions de populations d’origine étrangère, qui ont commencé au 3° Siècle, se poursuivent. En 406, les Vandales traversent le Rhin et envahissent la Gaule, où ils sèment la dévastation. En 409, ils s’installent en Espagne. L’année suivante, les Goths, menés par leur roi Alaric, pillent Rome, la capitale impériale. Galla Placidia, la sœur de l’Empereur, est enlevée et mariée de force à Athaulf, le successeur d’Alaric.
Pièce d’or à l’effigie de Constance III
Le général romain Constance, nommé commandant-en-chef de l’armée romaine en 411, mène une campagne militaire en Gaule et au Nord de l’Espagne, contre l’usurpateur Constantin, puis contre les Goths. Il parvient à chasser les Goths de Gaule et à libérer Galla Placidia. Pour le récompenser, l’Empereur Honorius lui donne Galla Placidia pour épouse, puis le nomme co-Empereur en 421, sous le nom de Constance III. Il meurt quelques mois après.
Boniface, le dernier gouverneur romain d’Afrique
Pièce à l’effigie de Boniface
Boniface, qui deviendra le dernier gouverneur d’Afrique romaine, se fait connaître en tant qu’officier servant sous les ordres de Constance, dans sa campagne contre les Goths. En 413, il remporte une victoire contre les Goths à Massalia ; pendant cette bataille, il aurait blessé le roi des Goths Athaulf lui-même.
Quelques années après, il commande un régiment de soldats d’origine gothique en Afrique, où il combat une révolte maure. Pendant ces années, il se lie d’amitié avec l’évêque Augustin d’Hippone, avec qui il discute de questions théologiques.
En 422, il est rappelé à la cour impériale, où il se marie. Son épouse est d’origine gothique.
La même année, Boniface et un autre officier, Castinus, sont chargés d’organiser une campagne contre les Vandales en Espagne. Boniface ne participera finalement pas à cette campagne, à cause des tensions entre lui et Castinus. Il se retire en Afrique, où il est nommé comes (comte, gouverneur-général) du diocèse d’Afrique romaine.
Pièce d’or à l’effigie de Joannes
L’Empereur Honorius meurt en 423. Comme il n’a pas de fils, son successeur n’est pas annoncé immédiatement. Pendant l’interrègne, Castinus, le rival de Boniface, proclame Joannes, un haut fonctionnaire, Empereur. La dynastie théodosienne, menée par Galla Placidia, refuse cette nomination. Boniface, loyal aux Théodosiens, coupe l’approvisionnement de Rome en blé africain. Joannes envoie des troupes en Afrique pour combattre Boniface, sans parvenir à le déposer.
Galla Placidia
Joannes est finalement vaincu par l’Empereur d’Orient Théodose II, en 425. Valentinien III, le fils de Constance II et de Galla Placidia, est choisi comme nouvel Empereur d’Occident. Comme il n’a que 6 ans, sa mère Galla Placidia assure la régence. Boniface est récompensé pour sa loyauté envers la dynastie théodosienne : c’est le sommet de sa carrière.
Pourtant, Boniface ne tardera pas à tomber en défaveur : deux ans après, en 427, il est accusé de vouloir former son propre Empire en Afrique. Galla Placidia le convoque à la cour impériale pour répondre de ces accusations, mais Boniface refuse de répondre à sa convocation. Galla Placidia envoie alors une armée contre lui. Après deux ans de combats, Boniface parviendra finalement à prouver que les accusations contre lui sont fausses et à regagner les faveurs de l’Impératrice.
Le Royaume vandale d’Afrique
En 429, les Vandales traversent le détroit de Gibraltar et envahissent l’Afrique. Selon certaines sources, Boniface aurait lui-même invité les Vandales en Afrique, pour se venger de la famille impériale. En 430, les troupes romaines, menées par Boniface, sont vaincues lors de la bataille de Calama (Guelma). Après une nouvelle défaite en 432, Boniface est relevé de ses fonctions. Les Vandales s’emparent de Carthage en 439 : c’est la fin de la domination romaine sur l’Afrique du Nord.
De retour en Italie, Boniface est chargé par Galla Placidia de combattre le puissant général romain Aetius, qui menace de se révolter. Aetius, un ancien partisan de Castinus et Joannes, était également à l’origine des accusations contre Boniface à l’époque où il était gouverneur d’Afrique. Boniface est victorieux, mais il est blessé à mort au cours d’une bataille. Il meurt vers la fin de l’année 432.
Marcellin de Carthage est un fonctionnaire romain du début du 5° Siècle, qui a servi dans l’administration de l’Empereur Honorius. En 411, il est envoyé à Carthage, pour présider une conférence publique destinée à résoudre la controverse donatiste. En Afrique, il rencontre l’évêque Augustin d’Hippone, dont il devient un ami proche. Il est finalement exécuté en 413, sous de fausses accusations de révolte.
Flavius Marcellinus est né à Tolède, en Espagne, dans une famille de l’aristocratie romaine. Après leurs études, il fait carrière dans l’administration romaine et devient tribun et secrétaire d’Etat. Dans un Empire récemment christianisé, Marcellin est un chrétien fervent, qui s’intéresse aux questions théologiques. Son épouse s’appelait Anapsychia.
Marcellin préside la Conférence de Carthage – Image créée par ChatGPT
A cette époque, la controverse donatiste divise l’Eglise d’Afrique du Nord depuis près d’un siècle. En 411, l’Empereur Honorius décide d’organiser une conférence à Carthage, afin de résoudre cette question une fois pour toutes. Marcellin, certainement choisi pour son expertise en théologie, est envoyé par l’Empereur pour présider cette conférence.
Devant 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes réunis pour débattre de ce qui les oppose, Marcellin exprime clairement la position de l’Empereur : les donatistes sont des hérétiques qui doivent revenir à l’Eglise officielle, l’objet de la conférence est de discuter des conditions de ce retour. Le procès-verbal détaillé des discussions a été conservé. Après de longs et âpres débats, Marcellin décrète que les évêques donatistes qui acceptent de réintégrer l’Eglise catholique peuvent garder leurs évêchés et leurs lieux de culte, mais que ceux qui refusent seront emprisonnés.
Augustin d’Hippone
L’armée romaine exécute ce jugement avec une grande sévérité : les donatistes qui refusent de se soumettre sont persécutés avec une telle violence que même Augustin d’Hippone, le chef de file des catholiques lors de la conférence, proteste. Marcellin reste à Carthage, pour assister son frère Apringius, nommé proconsul d’Afrique, dans les procès des donatistes qui ont été arrêtés.
Pendant ses années en Afrique, Marcellin se lie d’amitié avec l’évêque Augustin d’Hippone. Ils discutent de théologie et Augustin encourage Marcellin à faire preuve de clémence envers les donatistes. Augustin a dédié plusieurs de ses ouvrages à Marcellin, dont les trois premiers livres de La Cité de Dieu.
Statue de Marcellin, Colonnade de Bernini, Place St-Pierre, Vatican
La carrière de Marcellin prend fin subitement en 413, après la révolte du gouverneur d’Afrique Héraclien : Marcellin et son frère Apringius sont accusés à tort par les donatistes d’avoir soutenu Héraclien. Marcellin est condamné à mort et exécuté. L’année suivante, l’Empereur reconnaît son innocence.
La mort de Marcellin a beaucoup marqué Augustin d’Hippone, qui a plaidé vainement auprès des autorités romaines pour demander la grâce de son ami. Après son exécution, Augustin deviendra beaucoup plus méfiant envers le pouvoir politique et réticent par rapport à l’alliance de plus en plus étroite entre l’Eglise chrétienne et l’Empire.
Marcellin est considéré comme un martyr par l’Eglise catholique.
Au début du 5° Siècle, l’Empire romain est affaibli par les invasions barbares. Pendant le règne de l’Empereur Honorius, le gouverneur d’Afrique Héraclien se révolte et revendique le trône impérial.
Contexte
L’Empereur Honorius
L’Empereur Théodose le Grand, connu surtout pour avoir établi le christianisme comme religion officielle de son Empire, meurt en 395. Après sa mort, l’Empire romain est divisé entre ses fils : Arcadius (395-408) en Orient et Honorius (395-423) en Occident. Les deux nouveaux Empereurs sont jeunes et inexpérimentés, surtout Honorius, qui n’a que 10 ans à la mort de son père. Le général Stilicon, d’origine vandale, assure la régence.
Pendant ce temps, les invasions de populations d’origine étrangère, qui ont commencé au 3° Siècle, se poursuivent. En 403, les Goths, menés par leur nouveau roi Alaric, envahissent l’Italie. En 406, une confédération de tribus germaniques menée par les Vandales traverse le Rhin et pénètre en Gaule, où ils sèment la dévastation.
L’Empire romain d’Occident en 410 – Clic pour agrandir – Jaune : territoire contrôlé par l’Empereur Honorius – Rouge : territoire contrôlé par l’usurpateur Constantin – Autres couleurs : territoires contrôlés par diverses tribus barbares
En plus des invasions, l’Empire est également menacé par des révoltes internes. En 407, Constantin, un militaire romain basé en Bretagne, se proclame Empereur et s’établit en Gaule, où il combat les Barbares qui s’y sont installés.
Le général Stilicon ne parvient pas à écraser la révolte de Constantin, qui, au contraire, gagne en popularité en Gaule. Cet échec permettra aux ennemis de Stilicon, qui étaient depuis longtemps jaloux de son influence, de préparer un complot contre lui. Stilicon est exécuté en 408. L’officier chargé de son exécution s’appelle Héraclien.
Héraclien gouverneur d’Afrique
Stilicon, le général tué par Héraclien
Pour le récompenser, l’Empereur Honorius nomme Héraclien comes Africae, gouverneur-général du diocèse d’Afrique, qui regroupe toutes les provinces d’Afrique romaine. Il succède à Bathanarius, le beau-frère de Stilicon, qui est également exécuté.
Après la mort de Stilicon, des troubles éclatent dans tout l’Empire : les familles de foederati, ces guerriers barbares intégrés à l’armée romaine, comme le père de Stilicon, sont massacrés en masse. Les survivants se réfugient auprès d’Alaric, roi des Goths, pour demander sa protection, grossissant ainsi les rangs de son armée.
En 409-410, Priscus Attale est proclamé Empereur à la place d’Honorius, avec le soutien d’Alaric. Héraclien demeure loyal à Honorius et coupe la livraison de blé africain à la ville de Rome, où Priscus Attale s’est installé. Priscus Attale est renversé par Alaric après quelques mois, après avoir refusé de laisser Alaric mener une campagne contre Héraclien en Afrique. Après sa chute, l’armée d’Alaric pille Rome.
D’après l’auteur chrétien Jérôme de Stridon, Héraclien a maltraité les nobles romains qui s’étaient réfugiés à Carthage pendant l’usurpation de Priscus Attale. Jérôme décrit Héraclien comme un ivrogne et un homme corrompu. Sa description est certainement exagérée, mais contient probablement une part de vérité.
Le mandat de gouverneur d’Héraclien est marqué aussi par la résolution finale de la controverse donatiste : en 411, l’Empereur Honorius envoie son fonctionnaire Marcellin à Carthage, pour présider une conférence publique opposant les évêques catholiques et donatistes. A l’issue de cette conférence, les donatistes sont condamnés.
La révolte d’Héraclien
Héraclien et son armée – Image créée par ChatGPT
Fin 412, l’Empereur Honorius nomme Héraclien consul pour l’année 413. Cependant, avant même d’entrer en fonction, Héraclien se révolte et se proclame Empereur. Ses motivations sont difficiles à comprendre : il était au sommet de sa carrière. Il est possible qu’il se sentait menacé par la montée en puissance de Constance, le nouveau commandant-en-chef de l’armée romaine, qu’il voyait comme un rival.
Héraclien commence par couper l’approvisionnement en blé de Rome, ainsi que des troupes d’Alaric, basées en Gaule, près de Massalia. Ensuite, il assemble une flotte pour envahir l’Italie.
Héraclien débarque en Italie en mars 413. Constance envoie une armée à sa rencontre. Héraclien, vaincu, s’enfuit à Carthage, où il est tué. D’après une version, Héraclien, effrayé par la taille de l’armée ennemie, aurait abandonné ses troupes.
Par la suite
Pièce d’or à l’effigie de Constance III
La défaite de la révolte d’Héraclien permet à Constance de se concentrer sur la lutte contre les Goths, qu’il parvient à chasser de Gaule. En 421, Honorius le nomme co-Empereur. Il épouse Galla Placidia, la sœur de l’Empereur, et leur fils Valentinien III deviendra Empereur après la mort d’Honorius.
Marcellin est accusé à tort par les donatistes d’avoir soutenu la révolte d’Héraclien, condamné à mort et exécuté. L’évêque Augustin d’Hippone plaidera vainement auprès des autorités romaines pour demander la grâce de son ami.
Boniface, un officier de Constance pendant sa campagne contre les Goths, deviendra par la suite le dernier gouverneur romain d’Afrique, avant la conquête de la région par les Vandales.
Synesios de Cyrène, un philosophe néoplatonicien originaire de Cyrénaïque, est la dernière grande figure de cette région jadis très influente. Originaire de Balagrae (El-Bayda), il a été ambassadeur de la Cyrénaïque à la cour impériale. Après une prestigieuse carrière politique, il est même devenu évêque de Ptolémaïs vers la fin de sa vie. Son œuvre cherche à concilier la pensée classique gréco-latine avec la théologie chrétienne.
Origines
Synesios de Cyrène
Synesios est né vers 370, près de Balagrae (El-Bayda). Il est le fils aîné d’une vieille famille noble d’origine grecque, qui se prétend descendante des rois de Sparte. Il grandit dans le domaine familial sur le Jebel Akhdar, en pleine nature, où il découvre les plaisirs de la vie rurale. En même temps, il reçoit une éducation d’élite, à Cyrène, puis à Alexandrie.
A cette époque, la Cyrénaïque, une région jadis prospère, est en déclin. La ville de Cyrène, affaiblie par le tremblement de terre de 365, puis par les attaques récurrentes des tribus amazighes environnantes, a été remplacée par Ptolémaïs comme capitale provinciale. Dans ce contexte, le jeune Synesios se découvre une vocation : préserver la civilisation gréco-romaine en Cyrénaïque.
Vers 395, il voyage à Athènes. Si ses attentes quant à ce séjour dans la ville des philosophes étaient très élevées, il reviendra à Cyrène déçu. Ce voyage lui fait prendre conscience du déclin de la tradition intellectuelle hellénistique.
Mission à Constantinople
Vers 398, Synesios est envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour impériale, pour plaider la cause de ses concitoyens et demander une exemption d’impôts à l’Empereur, afin de permettre à la région de se reconstruire. Dans son adresse à l’Empereur Arcadius, il lui adresse des conseils sur comment régner avec sagesse, en insistant surtout sur l’importance de la lutte contre la corruption. Après de longues tractations diplomatiques, il finit par obtenir gain de cause. Il gardera de cette expérience un profond malaise à l’égard des intrigues politiques de la cour impériale, qui mettent à mal l’idéalisme du jeune philosophe.
Astrolabe
A Constantinople, il prend contact avec Paeonius, un officier militaire de l’entourage de l’Empereur, qui s’intéresse aux expérimentations scientifiques d’Hypatie. Comme cadeau d’introduction, il lui offre un outil scientifique qu’il a fabriqué à Alexandrie : un astrolabe, qui permet de mesurer la position des étoiles. Dans un essai qui accompagne ce cadeau, il exhorte les autorités civiles et militaires à s’intéresser à la science et à la philosophie.
C’est probablement aussi pendant ce séjour à Constantinople qu’il a eu ses premiers contacts significatifs avec le christianisme, très influent à la cour impériale. La nouvelle religion était déjà majoritaire dans le monde romain, y compris en Cyrénaïque, mais sa famille fait partie de la vieille élite qui demeure attachée aux anciennes traditions religieuses. Sa découverte du christianisme, loin de marquer une rupture avec cet héritage, l’amènera au contraire à chercher à préserver la pensée classique gréco-romaine en l’intégrant à la pensée chrétienne.
Carrière à Alexandrie et en Cyrénaïque
Alexandrie
Synesios retourne à Cyrène en 402. L’année suivante, il se marie, à Alexandrie. Son épouse, dont on ne connaît pas le nom, est issue d’une famille alexandrine influente et chrétienne. Ils auront trois enfants, qui mourront tous avant lui. Les lettres de Synesios montrent qu’il aimait profondément son épouse et était très attaché à sa famille. Il a écrit un poème en l’honneur de son épouse.
Pour ce qui est de son cheminement spirituel, Synesios se rapproche de plus en plus de la foi chrétienne, sans jamais rompre avec ses racines hellénistiques. La foi de son épouse, ainsi que son amitié avec l’évêque Théophile d’Alexandrie, joueront certainement un rôle déterminant dans sa conversion progressive. En même temps, il demeure très proche d’Hypatie, qui, bien que païenne, est tolérante des chrétiens et a beaucoup d’étudiants chrétiens. Quelques années après son mariage, Synesios finit par demander le baptême.
Evêque de Ptolémaïs
Ruines d’une église à Ptolémaïs
En 410, son ami l’évêque Théophile d’Alexandrie choisit Synesios comme nouvel évêque de Ptolémaïs. En tant qu’évêque de la capitale de la Cyrénaïque, il aurait autorité sur tous les évêques de la province. Cette nomination est surprenante : Synesios, malgré sa formation de philosophe classique, n’a pas une connaissance approfondie des textes sacrés chrétiens. Il est possible qu’il n’était même pas encore baptisé ! Malgré cela, Théophile estime que l’Eglise a besoin de responsables avec son niveau d’éducation, afin de gérer l’influence chrétienne croissante dans la société. Synesios n’est pas un cas unique à cette époque, où beaucoup de jeunes nobles récemment convertis ont pris des responsabilités dans l’Eglise.
Synesios hésite à accepter cette nomination. D’abord, alors que la plupart des responsables chrétiens de cette époque sont célibataires, il ne veut pas avoir à renoncer à sa famille. Ensuite, certaines de ses idées, notamment la préexistence de l’âme, une notion néoplatonicienne fondamentale, sont en contradiction avec la doctrine chrétienne officielle. Il finit par accepter, à condition de ne pas devoir se séparer de son épouse et de ne pas être contraint de confesser certaines doctrines chrétiennes auxquelles il ne croit pas, comme la création de l’âme, la résurrection des corps et la future destruction du monde. En échange de ces concessions, il s’engage à ne pas prêcher publiquement ses idées qui vont à l’encontre de la doctrine officielle. Le fait que cet arrangement ait été accepté indique la souplesse doctrinale des autorités ecclésiales chrétiennes à cette époque.
Ruines d’une église à Ptolémaïs
En tant qu’évêque, il s’est opposé à Andronique, le préfet de Cyrénaïque, un tyran qui avait eu recours à la torture contre des citoyens innocents. Après l’avoir appelé à plusieurs reprises à se repentir, il l’a finalement excommunié (exclu de l’Eglise). Cette décision aurait pu lui coûter sa vie, mais il a tenu ferme contre les injustices dont ses concitoyens étaient victimes. Synesios témoigne dans une lettre que dans cette affaire, il a été tenté de renoncer à sa charge d’évêque, surtout lorsqu’un de ses amis, trésorier des fonds publics, a été emprisonné par Andronique, mais au final, il en est sorti encore plus déterminé à continuer.
Il a également dû résoudre un conflit entre les évêques de Darnis (Derna) et Erythron (El-Athroun), à propos d’une église située sur la frontière entre leurs deux diocèses. Ses compétences en administration civile lui ont été utiles dans cette affaire. Sa médiation montre son attachement à la paix et à l’harmonie au sein de l’Eglise.
En 413, Synesios perd son troisième et dernier fils, une autre expérience qui l’a profondément endeuillé. Il meurt lui-même en 414, à environ 44 ans. Sur son lit de mort, il a écrit une dernière lettre à Hypatie, qui sera tuée l’année suivante.
Œuvre
Les œuvres les plus connues de Synesios sont ses neuf Hymnes, des poèmes d’inspiration néoplatonicienne, décrivant la quête mystique de l’âme humaine qui cherche à s’unir à Dieu. Les premiers Hymnes ont été écrits alors qu’il n’était pas encore chrétien, puis les suivants marquent l’évolution de sa pensée, avec l’intégration d’idées chrétiennes à sa spiritualité néoplatonicienne. Toute son œuvre constitue une synthèse unique et fascinante entre christianisme et néoplatonisme.
La vie de Synesios est connue surtout par ses 159 Lettres, adressées à sa femme, à son frère, à Hypatie, à Théophile d’Alexandrie, à d’autres évêques, etc. Ces lettres offrent aussi un bel aperçu de la noblesse de son caractère.
Une de ses lettres est la dernière mention du silphium : il dit que cette plante n’existe plus à son époque et fait de sa disparition une des causes du déclin de sa Cyrénaïque natale.
Dans ses lettres, il mentionne aussi des poésies qu’il a écrites, qui sont perdues.
Toute sa vie, Synesios était fasciné par les rêves, qu’il voyait comme un moyen pour l’âme de découvrir des vérités cachées et de communiquer avec Dieu. Vers 405, il a écrit un traité sur l’interprétation des rêves.
Un autre ouvrage, humoristique, est De la calvitie, dans lequel il argumente qu’être chauve vaut mieux que d’avoir des cheveux, car un crâne chauve ressemble davantage à une sphère, la plus parfaite de toutes les formes.
De ses années en tant qu’évêque, deux homélies (prédications d’église) ont été conservées, qui offrent un aperçu de son interprétation des textes sacrés chrétiens.
Enfin, il a écrit un livre, perdu, sur l’élevage des chiens de chasse. La chasse était sa grande passion, à laquelle il a renoncé à contrecœur lorsque ses responsabilités ne lui permettaient plus de la pratiquer.
A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Sabratha, la plus occidentale de ces trois villes, a connu un essor considérable à l’époque romaine et contient certaines ruines romaines les plus spectaculaires en Libye. L’écrivain romano-africain Apulée a vécu à Sabratha.
Sabratha a été fondée au 6° Siècle avant notre ère, par des colons phéniciens, originaires de Tyr ou de Sidon. C’est la dernière des trois colonies phéniciennes dans la région à avoir été établie. Son nom est d’origine libyque et signifie « marché de grain ».
Vers 550, Sabratha, comme le reste de la région, est passée sous le contrôle de l’Empire carthaginois. Le mausolée de Bès est le seul vestige punique qui subsiste à Sabratha.
Sabratha a été annexée par Rome après la guerre civile romaine du 1er Siècle. Elle faisait d’abord partie de la province d’Africa Nova, puis de l’Afrique proconsulaire. L’influence punique est cependant restée forte à Sabratha : la ville frappait encore des pièces de monnaie avec des inscriptions puniques pendant le règne de l’Empereur Auguste.
Théâtre de Sabratha
A l’époque romaine, l’Ouest de la Libye était d’abord connu sous le nom de Syrtica, en référence au Golfe de Syrte, puis sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis) : Leptis Magna, Oea et Sabratha. Sabratha est devenue une colonie romaine vers 157, pendant le règne de l’Empereur Antonin. La Tripolitaine, qui faisait d’abord partie de la province d’Afrique proconsulaire, est devenue une province romaine à part entière pendant le règne de Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna.
Sabratha a connu un développement spectaculaire pendant l’ère romaine, surtout sous la dynastie des Sévère. Sa taille a presque doublé. La ville contient de très beaux vestiges d’édifices romains, remarquablement bien conservés. Le principal est le théâtre, construit sous le règne de Septime Sévère ou de son prédécesseur Commode. Il y a aussi un forum, plusieurs temples, dont le Temple d’Hercule, construit par Commode, ainsi que des thermes romains qui donnent sur la mer. Enfin, plusieurs belles mosaïques ont été conservées.
Mosaïque chrétienne de Sabratha : le paon est un symbole chrétien d’immortalité (Source)
A l’époque romaine, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. En 255, l’évêque d’Oea a participé à un concile régional organisé à Carthage et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha. Il y avait donc une communauté chrétienne à Sabratha à ce moment-là, avec un évêque, même si on ne connaît pas son nom. Plusieurs ruines d’églises sont encore visibles à Sabratha aujourd’hui.
Sabratha a subi d’importants dégâts lors du tsunami de 365. La ville a été en grande partie abandonnée à l’époque vandale. Elle a connu un certain renouveau pendant l’ère byzantine, mais après les conquêtes arabes, elle a beaucoup perdu en importance.
Les villes antiques de Leptis Magna et Oea (Tripoli) ont été rivales depuis leur fondation. Au printemps de l’année 70, les habitants d’Oea ont profité d’une crise interne à l’Empire romain pour déclarer la guerre à leur vieil ennemi. Avec l’aide des Garamantes, ils ont attaqué Leptis Magna et ravagé la campagne environnante.
Contexte
Néron
Vers la fin du règne de l’Empereur Néron, qui devient de plus en plus tyrannique, d’importantes factions de l’armée romaine se rebellent. Néron, vaincu, se suicide en 68. Après sa mort, l’Empire sombre dans l’instabilité, avec quatre Empereurs qui se succèdent en un an.
En Afrique, le proconsul Lucius Calpurnius Pison soutient l’Empereur Vitellius. Lorsque Vitellius est renversé par Vespasien, le commandant des légions africaines Valerius Festus, un allié de Vespasien, tue le proconsul et lui succède. Article détaillé
La guerre entre Oea et Leptis Magna
Vespasien
Les habitants de Oea, voyant l’administration romaine affaiblie et pensant que le nouveau proconsul romain n’interviendrait pas, saisissent l’occasion pour déclarer la guerre à leurs vieux ennemis de Leptis Magna. Le motif officiel du conflit étaient les tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. En réalité, il s’agit d’un prolongement de leur rivalité ancestrale.
Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles.
Mosaïque montrant l’exécution d’un Garamante, amphithéâtre de Leptis Magna (Source)
L’historien romain Tacite raconte ces événements : « Commencée entre paysans pour des denrées et des troupeaux mutuellement ravis, cette querelle, d’abord légère, se poursuivait à la fin sur des champs de bataille. Ceux d’Oea, inférieurs en nombre, avaient appelé à eux les Garamantes, nation indomptée et pépinière féconde de brigands, toujours prêts à piller leurs voisins. Leptis était dans la détresse, et, les campagnes étant au loin ravagées, les habitants tremblaient derrière leurs murailles. Enfin survinrent nos cohortes et nos escadrons : les Garamantes furent battus et le butin repris, excepté celui qu’un ennemi vagabond avait emporté jusqu’à ses huttes inaccessibles et vendu dans l’intérieur des terres. »
Contrairement aux attentes des habitants de Oea, le proconsul romain est intervenu pour mettre fin au conflit. Cette guerre pourrait être la première fois où l’armée romaine s’est servie de chameaux.
A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Oea, la ville antique de Tripoli, est la plus ancienne de ces villes. Fondée par les Phéniciens sous le nom d’Oyat, elle a été brièvement occupée par les Grecs de Cyrénaïque, puis s’est beaucoup développée à l’ère romaine. Plusieurs vestiges romains existent encore aujourd’hui à Tripoli.
Arc de Marc-Aurèle : le principal vestige de la ville romaine
Reconstitution du port phénicien d’Oyat – Image créée par ChatGPT
Au 7° Siècle avant notre ère, des commerçants Phéniciens, probablement originaires de Tyr, se sont installés sur le site de la future ville de Tripoli. La baie de Tripoli formait un port naturel, idéal pour leurs navires. Sur la petite péninsule à l’Ouest de la baie, ils ont fondé une ville qu’ils ont appelée Oyat (𐤅𐤉𐤏𐤕). Oyat est la plus ancienne des trois colonies phéniciennes de la région.
Par la suite, Oyat a été conquise par les Grecs de Cyrénaïque, qui l’ont appelée Oea (Ἐώα), la forme grecque de son ancien nom phénicien. Vers 550, les Carthaginois sont intervenus pour reprendre la ville aux Grecs. Oea, avec Leptis Magna et Sabratha, a alors été annexée par l’Empire carthaginois. La ville a cependant gardé son nom grec.
Après la chute de Carthage, la région est passée sous influence romaine. Au printemps de l’année 70, une guerre a éclaté entre Oea et la ville voisine de Leptis Magna. A l’origine, le conflit était motivé par des tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles. Le conflit a été résolu par l’intervention du gouverneur romain.
Reconstitution de la cité romaine d’Oea – Image créée par ChatGPT
A l’époque romaine, l’Ouest de la Libye était d’abord connu sous le nom de Syrtica, en référence au Golfe de Syrte, puis sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis) : Leptis Magna, Oea et Sabratha. Oea est devenue une colonie romaine pendant le règne de l’Empereur Trajan. La Tripolitaine, qui faisait d’abord partie de la province d’Afrique proconsulaire, est devenue une province romaine à part entière pendant le règne de Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna.
Façade du temple Genus coloniae
Oea/Tripoli, contrairement à Leptis Magna et Sabratha, a été continuellement habitée de l’ère romaine à aujourd’hui. Paradoxalement, cela implique que ses vestiges romains sont moins bien préservées que dans les villes voisines, parce que les habitants ont soit réutilisé les pierres des bâtiments en ruines, soit construit par-dessus la ville antique. Le principal édifice romain qui a été préservé est l’Arc de Marc-Aurèle (voir image ci-dessus), qui a été construit en 165, par l’Empereur Marc-Aurèle, pour commémorer la victoire de son frère Lucius Verus contre l’Empereur de Perse Vologèse IV. Les restes d’un petit temple romain, appelé Genus coloniae, sont conservés au Musée de Tripoli. D’autres trésors archéologiques attendent certainement d’être découverts en dessous de la ville moderne, mais le sous-sol de Tripoli a été peu excavé jusqu’ici.
A l’époque romaine, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. En 255, l’évêque Natal d’Oea a participé à un concile régional organisé à Carthage et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha. Le fait qu’il ait été choisi comme délégué pour représenter toute la Tripolitaine montre que, si Leptis Magna était plus grande et plus influente, le culte chrétien était probablement mieux établi à Oea.
Au 5° Siècle, Oea a été conquise par les Vandales avec le reste de la Tripolitaine. L’évêque Cresconius d’Oea fait partie des évêques nord-africains exilés par le roi vandale Hunéric en 484.
Après la conquête arabe de la Tripolitaine, les Arabes ont choisi Oea comme nouvelle capitale régionale. L’ancien nom de la ville a été remplacé par Tripoli (Tarabulus طرابلس en arabe) vers le 9° Siècle. Tripoli est parfois surnommée « la sirène de la Méditerranée », en arabe Arusat al-Bahr (عروسة البحر), littéralement « mariée de la mer », à cause de la beauté de ses plages.
Hypatie d’Alexandrie est une philosophe néoplatonicienne, mathématicienne et astronome du 4°-5° Siècle, qui dirigeait l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Réputée pour son savoir, elle était respectée de tous pour la sagesse de son enseignement et de ses conseils. Elle est la première femme mathématicienne dont la vie est aussi bien documentée.
Née entre 355 et 370, selon les sources, Hypatie était la fille du mathématicien Théon d’Alexandrie. Son père est à la tête du Mouseion, une école néoplatonicienne de haute renommée. Bien qu’elle avait beaucoup de prétendants, elle ne s’intéressait pas aux hommes et ne s’est jamais mariée (d’après une légende, elle aurait donné à un prétendant trop insistant un tissu imbibé de son sang menstruel).
Hypatie enseignait les mathématiques et l’astronomie à des étudiants originaires de tout le bassin méditerranéen. Elle-même païenne, elle était très tolérante à l’égard des chrétiens et a eu beaucoup d’étudiants chrétiens, dont de futurs évêques. Son étudiant le plus connu est Synesios de Cyrène, qui lui voue une profonde admiration.
Pour ce qui est de son œuvre, elle a écrit notamment un commentaire des Arithmétiques de Diophante d’Alexandrie et un autre sur le traité d’Apollonios de Perge sur les sections coniques. Elle a certainement participé aussi à l’édition de l’Almageste de Claude Ptolémée par son père. Elle savait construire des astrolabes (instruments servant à calculer la date et l’heure en se basant sur la position des planètes) et des hydromètres (instruments servant à déterminer la densité d’un liquide). En astronomie, elle a surtout travaillé sur le calcul de la date de l’équinoxe.
Portrait fictif d’Hypatie, par Alfred Seifert
Hypatie était une figure connue et respectée de tous à Alexandrie. L’historien chrétien Socrate le Scolastique parle d’elle en des termes très élogieux : « Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu’elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l’école de Platon et de Plotin, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l’écouter. Grâce à son contrôle d’elle-même et à la facilité avec laquelle elle avait développé la culture de son esprit, elle n’hésitait pas à fréquemment apparaître en public, en présence des magistrats. Elle ne se sentait pas non plus décontenancée à l’idée de se rendre à une assemblée d’hommes, ce qu’elle faisait toujours, sans perdre sa pudeur, ni sa modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. » Pourtant, elle a été victime de l’intolérance croissante du christianisme alexandrin, avide de s’imposer face à l’ordre ancien.
En 412, l’évêque Théophile d’Alexandrie meurt et son neveu Cyrille lui succède. Alors que Théophile semble avoir été en bons termes avec Hypatie, Cyrille se méfie d’elle. En 414, après plusieurs incidents violents entre juifs et chrétiens à Alexandrie, l’évêque Cyrille fait fermer toutes les synagogues de la ville et chasse sa population juive. Ces mesures choquent Oreste, le gouverneur de la ville et un ami proche d’Hypatie. Oreste, lui-même récemment converti au christianisme, partage le désir d’Hypatie de coexistence pacifique entre chrétiens, juifs et païens. En même temps, il s’inquiète de voir l’évêque outrepasser ses prérogatives en empiétant sur celles des autorités civiles, avec le soutien des classes populaires alexandrines, fortement chrétiennes et de plus en plus fanatisées.
Le conflit entre l’évêque et le gouverneur dégénérera en affrontement violent, dans lequel Cyrille peut compter sur le soutien des moines (parabalani) du désert de Nitrie, au Sud-Ouest d’Alexandrie. Lors d’une émeute, un moine du nom d’Ammonius lance une pierre sur Oreste et le blesse à la tête. Furieux, Oreste le fait torturer si sévèrement qu’il en meurt. Cyrille veut le proclamer martyr, mais la majorité des chrétiens s’y oppose, ce qui attisera encore les tensions.
La mort d’Hypatie
Dans ce contexte, des rumeurs commencent à se répandre, selon lesquelles Hypatie, qui conseille le gouverneur, empêche toute réconciliation entre lui et l’évêque. Les moines, furieux, s’emparent d’elle et la tuent. Voici le récit de son meurtre par Socrate le Scolastique : « Au cours de la fête chrétienne du Carême en mars 415, les parabalani, sous les ordres du Lecteur nommé Pierre, ont attaqué Hypatie alors qu’elle rentrait chez elle. Ils l’ont traînée au sol jusqu’à une église voisine connue sous le nom de Caesareum, où ils l’ont déshabillée de force, puis l’ont tuée avec des ostraka. Ils ont ensuite découpé son corps en morceaux puis ont traîné ses membres mutilés à travers la ville jusqu’à un endroit appelé Cinarion, où ils ont mis le feu à ses restes. »
L’évêque Cyrille est-il lui-même à l’origine de la mort d’Hypatie ? Les moines ont-ils agi sous ses ordres ou de leur propre initiative ? Sur ce point, le débat entre spécialistes n’est pas définitivement clos. Quoi qu’il en soit, les mesures intolérantes qu’il avait ordonnées ont clairement contribué à l’atmosphère délétère qui a poussé les moines à passer à l’acte.
Socrate le Scolastique n’affirme pas que Cyrille a ordonné le meurtre d’Hypatie, mais il rapporte que sa mort a beaucoup nui à la popularité de l’évêque : la majorité des chrétiens alexandrins appréciaient Hypatie et étaient choqués par son meurtre.
A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Leptis Magna, la plus grande des trois, est devenue la ville natale de l’Empereur romain Septime Sévère. La ville s’est tellement développée pendant son règne qu’elle a été surnommée la « Rome d’Afrique ».
Des Phéniciens…
A l’origine, Leptis, fondée vers la fin du 7° Siècle avant notre ère, était la plus grande des trois colonies fondées par les Phéniciens sur les côtes libyennes : Leptis, Oyat (Tripoli) et Sabratha. L’historien romain Salluste écrit que Leptis a été fondée par les Sidoniens, tandis que Pline l’Ancien décrit la ville comme une colonie de Tyr. Le nom de Leptis est d’origine libyque et non phénicienne, ce qui montre que ce site était déjà occupé par les tribus amazighes libyennes.
Pièce de monnaie de Leptis, montrant le dieu phénicien Eshmoun (Source)
A l’ère punique, Leptis, désormais appelée Leptis Magna (Leptis la Grande) pour la distinguer de Leptis Parva (Lemta, en Tunisie), est devenue le principal port oriental de l’Empire carthaginois, à travers lequel Carthage faisait du commerce avec l’Egypte et le Moyen-Orient. Tingis (Tanger), sur le détroit de Gibraltar, était le principal port occidental carthaginois, pour le commerce avec l’Espagne et au-delà. Déjà à l’époque, Leptis Magna faisait du commerce de produits originaires du Sud du Sahara, qu’ils achetaient aux Garamantes du Fezzan.
Inscription bilingue punique-latine sur le théâtre de Leptis Magna
Après la chute de Carthage, Leptis Magna s’est retrouvée sous influence romaine, avec une large autonomie et une administration toujours fortement punique. Les fameuses inscriptions puniques de Tripolitaine datent de cette époque.
Pièces de monnaie de Leptis Magna – Dionysos à gauche, Hercule à droite – Source
Leptis Magna a beaucoup prospéré au début de l’ère romaine. Ses pièces de monnaie, avec des inscriptions puniques et des images d’Hercule et de Dionysos, reflètent la double culture de la ville. Sa richesse dépendant surtout de la fertilité de ses terres. Vers -46, sa production d’huile d’olive était telle que la ville pouvait en fournir plus d’un million de litres par an à Jules César.
Amphithéâtre de Leptis Magna, construit par l’Empereur Néron
Après la fondation de l’Empire romain, Leptis Magna, bien que faisant partie la province d’Afrique proconsulaire, avait le statut de civitas libera et immunis (ville libre et immune), sur laquelle le gouverneur n’exerçait qu’un contrôle minimal. Elle a perdu ce statut sous l’Empereur Tibère, qui l’a pleinement intégrée à l’administration impériale, mais elle est restée une des villes les plus influentes d’Afrique romaine. Sous l’Empereur Trajan, elle est devenue colonie romaine.
Au printemps de l’année 70, une guerre a éclaté entre Leptis Magna et la ville voisine d’Oea. A l’origine, le conflit était motivé par des tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles. Le conflit a été résolu par l’intervention du gouverneur romain.
Arc de Septime Sévère
La ville est parvenue à son apogée pendant le règne de l’enfant du pays : Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna. Septime Sévère a fait de la Tripolitaine une province romaine à part entière, distincte de l’Afrique proconsulaire, avec Leptis Magna pour capitale. Très attaché à sa ville natale, il a fait d’elle une des plus belles villes de l’Empire. Il y a fait construire un forum, une basilique et un hippodrome. Il a également fait agrandir l’amphithéâtre, construit par Néron, qui pouvait accueillir jusqu’à 15 000 personnes. Depuis l’époque de Septime Sévère, Leptis Magna est connue comme la « Rome d’Afrique ».
Mosaïque des Gladiateurs, Villa Bar Duc Ammera, Zliten, près de Leptis Magna
Leptis Magna a prospéré grâce au commerce transsaharien : elle vendait des biens exotiques précieux, comme l’ivoire, des animaux sauvages pour les jeux du cirque, des escarboucles, du bois d’ébène et des plumes d’autruche.
La Villa Bar Duc Ammera, près de Leptis Magna, est une des plus belles villas romaines de la côte nord-africaine. Elle est célèbre pour ses mosaïques, qui peuvent être admirées au Musée archéologique de Tripoli.
Leptis Magna a beaucoup décliné pendant la crise du 3° Siècle, puis été ravagée par un tsunami après le tremblement de terre de 365. Au cours des prochaines années, les habitants de la ville se sont plaints à l’Empereur Valentinien parce qu’un fonctionnaire romain corrompu les forçait à payer des pots-de-vin pour leur protection.
Après la conquête vandale, les Vandales ont détruit les murailles de la ville pour éviter un soulèvement. Leptis Magna a été reconstruite par les Byzantins, mais n’a jamais retrouvé sa gloire passée. Après la conquête arabe de la région, les Arabes ont choisi Tripoli comme nouvelle capitale. Leptis Magna a été abandonnée.
Aujourd’hui, les ruines de la « Rome d’Afrique », situées près de la ville moderne de Khoms, sont le site archéologique le plus spectaculaire de l’Ouest de la Libye, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Moins connue que les sites de Cyrénaïque, négligée pendant les années de guerre civile, Leptis Magna a pourtant tous les atouts pour devenir une destination touristique de premier plan. Cet article du Middle East Eye contient de très belles photos de ce site.
Martianus Capella est un auteur néoplatonicien du début du 5° Siècle, originaire de Madaure (M’Daourouch), en Afrique romaine. Son œuvre est à l’origine de la notion des « sept arts libéraux », qui a beaucoup influencé le système éducatif pendant tout le Moyen-Âge.
Martianus Capella est né à Madaure (M’Daourouch), en Numidie. Un autre auteur romano-africain influent était également originaire de Madaure : Apulée, l’auteur du premier roman latin. Martianus Capella écrit au début du 5° Siècle, après le sac de Rome par le roi des Visigoths Alaric I, en 410, qu’il mentionne, mais avant la conquête vandale de l’Afrique du Nord, en 429.
L’ouvrage principal de Martianus Capella, Noces de Philologie et Mercure, est un récit allégorique. Ce livre raconte le mariage de Mercure, dieu du commerce, avec Philologie, une personnification de l’amour des lettres et des études, qui est élevée par les dieux au rang de déesse. Comme cadeau de noces, ils reçoivent sept jeunes filles qui deviendront les servantes de Philologie. Chacune, lorsqu’elle est présentée, donne un exposé des principes de la science qu’elle représente.
Martianus Capella écrit dans un Empire romain largement christianisé. Le fait qu’il s’inspire de la mythologie ne veut pas forcément dire qu’il était païen : les auteurs chrétiens puisaient également des allégories de sagesse humaine dans l’univers mythologique. L’absence totale de références chrétiennes donne cependant l’impression que l’auteur n’était pas chrétien, mais païen – ce qui n’a pas empêché son œuvre d’acquérir une grande popularité dans le monde chrétien médiéval.
L’œuvre de Martianus Capella était très populaire au cours des siècles suivants et a beaucoup influencé le Moyen-Âge, dans le domaine de l’éducation et de la pédagogie. Les sept « arts libéraux », dans le système éducatif classique, ont été divisés en le trivium (rhétorique, grammaire et logique) et le quadrivium (astronomie, arithmétique, géométrie et musique).