L'Afrique du Nord romaine

Les trois villes romaines de Libye : Sabratha, théâtre, temples et mer

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A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Sabratha, la plus occidentale de ces trois villes, a connu un essor considérable à l’époque romaine et contient certaines ruines romaines les plus spectaculaires en Libye. L’écrivain romano-africain Apulée a vécu à Sabratha.

Forum de Sabratha
Mausolée lybico-punique de Bès (Source)

Sabratha a été fondée au 6° Siècle avant notre ère, par des colons phéniciens, originaires de Tyr ou de Sidon. C’est la dernière des trois colonies phéniciennes dans la région à avoir été établie. Son nom est d’origine libyque et signifie « marché de grain ».

Vers 550, Sabratha, comme le reste de la région, est passée sous le contrôle de l’Empire carthaginois. Le mausolée de Bès est le seul vestige punique qui subsiste à Sabratha.

Après la Deuxième guerre punique, la région a été conquise par le roi Massinissa de Numidie. Alors que Leptis Magna et Oea (Tripoli) sont devenues des villes libres sous souveraineté romaine après la révolte de Jugurtha, Sabratha est restée numide encore un siècle. Le port de Sabratha servait de débouché commercial pour l’arrière-pays saharien du Royaume de Numidie.

Pièce de monnaie de Sabratha (Source)

Sabratha a été annexée par Rome après la guerre civile romaine du 1er Siècle. Elle faisait d’abord partie de la province d’Africa Nova, puis de l’Afrique proconsulaire. L’influence punique est cependant restée forte à Sabratha : la ville frappait encore des pièces de monnaie avec des inscriptions puniques pendant le règne de l’Empereur Auguste.

Théâtre de Sabratha

A l’époque romaine, l’Ouest de la Libye était d’abord connu sous le nom de Syrtica, en référence au Golfe de Syrte, puis sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis) : Leptis Magna, Oea et Sabratha. Sabratha est devenue une colonie romaine vers 157, pendant le règne de l’Empereur Antonin. La Tripolitaine, qui faisait d’abord partie de la province d’Afrique proconsulaire, est devenue une province romaine à part entière pendant le règne de Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna.

Thermes romains (Source)

Sabratha a connu un développement spectaculaire pendant l’ère romaine, surtout sous la dynastie des Sévère. Sa taille a presque doublé. La ville contient de très beaux vestiges d’édifices romains, remarquablement bien conservés. Le principal est le théâtre, construit sous le règne de Septime Sévère ou de son prédécesseur Commode. Il y a aussi un forum, plusieurs temples, dont le Temple d’Hercule, construit par Commode, ainsi que des thermes romains qui donnent sur la mer. Enfin, plusieurs belles mosaïques ont été conservées.

Basilique d’Apulée

Au 2° Siècle, l’écrivain romano-africain Apulée, l’auteur de L’Âne d’or, le premier roman en langue latine, a été jugé pour sorcellerie à Sabratha. La basilique de Sabratha, où le procès a eu lieu, a été nommée Basilique d’Apulée. Au 5° Siècle, elle a été transformée en église.

Mosaïque chrétienne de Sabratha : le paon est un symbole chrétien d’immortalité (Source)

A l’époque romaine, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. En 255, l’évêque d’Oea a participé à un concile régional organisé à Carthage et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha. Il y avait donc une communauté chrétienne à Sabratha à ce moment-là, avec un évêque, même si on ne connaît pas son nom. Plusieurs ruines d’églises sont encore visibles à Sabratha aujourd’hui.

Sabratha a subi d’importants dégâts lors du tsunami de 365. La ville a été en grande partie abandonnée à l’époque vandale. Elle a connu un certain renouveau pendant l’ère byzantine, mais après les conquêtes arabes, elle a beaucoup perdu en importance.

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Quand Oea a fait la guerre à Leptis Magna

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Les villes antiques de Leptis Magna et Oea (Tripoli) ont été rivales depuis leur fondation. Au printemps de l’année 70, les habitants d’Oea ont profité d’une crise interne à l’Empire romain pour déclarer la guerre à leur vieil ennemi. Avec l’aide des Garamantes, ils ont attaqué Leptis Magna et ravagé la campagne environnante.

Contexte

Néron

Vers la fin du règne de l’Empereur Néron, qui devient de plus en plus tyrannique, d’importantes factions de l’armée romaine se rebellent. Néron, vaincu, se suicide en 68. Après sa mort, l’Empire sombre dans l’instabilité, avec quatre Empereurs qui se succèdent en un an.

En Afrique, le proconsul Lucius Calpurnius Pison soutient l’Empereur Vitellius. Lorsque Vitellius est renversé par Vespasien, le commandant des légions africaines Valerius Festus, un allié de Vespasien, tue le proconsul et lui succède. Article détaillé

La guerre entre Oea et Leptis Magna

Vespasien

Les habitants de Oea, voyant l’administration romaine affaiblie et pensant que le nouveau proconsul romain n’interviendrait pas, saisissent l’occasion pour déclarer la guerre à leurs vieux ennemis de Leptis Magna. Le motif officiel du conflit étaient les tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. En réalité, il s’agit d’un prolongement de leur rivalité ancestrale.

Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles.

Mosaïque montrant l’exécution d’un Garamante, amphithéâtre de Leptis Magna (Source)

L’historien romain Tacite raconte ces événements : « Commencée entre paysans pour des denrées et des troupeaux mutuellement ravis, cette querelle, d’abord légère, se poursuivait à la fin sur des champs de bataille. Ceux d’Oea, inférieurs en nombre, avaient appelé à eux les Garamantes, nation indomptée et pépinière féconde de brigands, toujours prêts à piller leurs voisins. Leptis était dans la détresse, et, les campagnes étant au loin ravagées, les habitants tremblaient derrière leurs murailles. Enfin survinrent nos cohortes et nos escadrons : les Garamantes furent battus et le butin repris, excepté celui qu’un ennemi vagabond avait emporté jusqu’à ses huttes inaccessibles et vendu dans l’intérieur des terres. »

Contrairement aux attentes des habitants de Oea, le proconsul romain est intervenu pour mettre fin au conflit. Cette guerre pourrait être la première fois où l’armée romaine s’est servie de chameaux.

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Les trois villes romaines de Libye : Oea, la Tripoli antique

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A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Oea, la ville antique de Tripoli, est la plus ancienne de ces villes. Fondée par les Phéniciens sous le nom d’Oyat, elle a été brièvement occupée par les Grecs de Cyrénaïque, puis s’est beaucoup développée à l’ère romaine. Plusieurs vestiges romains existent encore aujourd’hui à Tripoli.

Arc de Marc-Aurèle : le principal vestige de la ville romaine
Reconstitution du port phénicien d’Oyat – Image créée par ChatGPT

Au 7° Siècle avant notre ère, des commerçants Phéniciens, probablement originaires de Tyr, se sont installés sur le site de la future ville de Tripoli. La baie de Tripoli formait un port naturel, idéal pour leurs navires. Sur la petite péninsule à l’Ouest de la baie, ils ont fondé une ville qu’ils ont appelée Oyat (𐤅𐤉‬𐤏‬𐤕‬). Oyat est la plus ancienne des trois colonies phéniciennes de la région.

Sphinx punique d’Oea (Source)

Par la suite, Oyat a été conquise par les Grecs de Cyrénaïque, qui l’ont appelée Oea (Ἐώα), la forme grecque de son ancien nom phénicien. Vers 550, les Carthaginois sont intervenus pour reprendre la ville aux Grecs. Oea, avec Leptis Magna et Sabratha, a alors été annexée par l’Empire carthaginois. La ville a cependant gardé son nom grec.

Après la chute de Carthage, la région est passée sous influence romaine. Au printemps de l’année 70, une guerre a éclaté entre Oea et la ville voisine de Leptis Magna. A l’origine, le conflit était motivé par des tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles. Le conflit a été résolu par l’intervention du gouverneur romain.

Reconstitution de la cité romaine d’Oea – Image créée par ChatGPT

A l’époque romaine, l’Ouest de la Libye était d’abord connu sous le nom de Syrtica, en référence au Golfe de Syrte, puis sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis) : Leptis Magna, Oea et Sabratha. Oea est devenue une colonie romaine pendant le règne de l’Empereur Trajan. La Tripolitaine, qui faisait d’abord partie de la province d’Afrique proconsulaire, est devenue une province romaine à part entière pendant le règne de Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna.

Façade du temple Genus coloniae

Oea/Tripoli, contrairement à Leptis Magna et Sabratha, a été continuellement habitée de l’ère romaine à aujourd’hui. Paradoxalement, cela implique que ses vestiges romains sont moins bien préservées que dans les villes voisines, parce que les habitants ont soit réutilisé les pierres des bâtiments en ruines, soit construit par-dessus la ville antique. Le principal édifice romain qui a été préservé est l’Arc de Marc-Aurèle (voir image ci-dessus), qui a été construit en 165, par l’Empereur Marc-Aurèle, pour commémorer la victoire de son frère Lucius Verus contre l’Empereur de Perse Vologèse IV. Les restes d’un petit temple romain, appelé Genus coloniae, sont conservés au Musée de Tripoli. D’autres trésors archéologiques attendent certainement d’être découverts en dessous de la ville moderne, mais le sous-sol de Tripoli a été peu excavé jusqu’ici.

Apulée

L’écrivain romano-africain Apulée, l’auteur de L’Âne d’or, le premier roman en langue latine, a vécu a Oea. Son fameux procès pour sorcellerie a eu lieu dans la ville voisine de Sabratha.

A l’époque romaine, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. En 255, l’évêque Natal d’Oea a participé à un concile régional organisé à Carthage et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha. Le fait qu’il ait été choisi comme délégué pour représenter toute la Tripolitaine montre que, si Leptis Magna était plus grande et plus influente, le culte chrétien était probablement mieux établi à Oea.

Au 5° Siècle, Oea a été conquise par les Vandales avec le reste de la Tripolitaine. L’évêque Cresconius d’Oea fait partie des évêques nord-africains exilés par le roi vandale Hunéric en 484.

Carte arabe de Tripoli

La ville a connu un certain renouveau à l’époque byzantine. Les ruines de l’Eglise byzantine d’Oea sont visibles près de l’ancienne Medina de Tripoli.

Après la conquête arabe de la Tripolitaine, les Arabes ont choisi Oea comme nouvelle capitale régionale. L’ancien nom de la ville a été remplacé par Tripoli (Tarabulus طرابلس en arabe) vers le 9° Siècle. Tripoli est parfois surnommée « la sirène de la Méditerranée », en arabe Arusat al-Bahr (عروسة البحر), littéralement « mariée de la mer », à cause de la beauté de ses plages.

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Hypatie : la dernière philosophe d’Alexandrie

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Hypatie d’Alexandrie est une philosophe néoplatonicienne, mathématicienne et astronome du 4°-5° Siècle, qui dirigeait l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Réputée pour son savoir, elle était respectée de tous pour la sagesse de son enseignement et de ses conseils. Elle est la première femme mathématicienne dont la vie est aussi bien documentée.

Née entre 355 et 370, selon les sources, Hypatie était la fille du mathématicien Théon d’Alexandrie. Son père est à la tête du Mouseion, une école néoplatonicienne de haute renommée. Bien qu’elle avait beaucoup de prétendants, elle ne s’intéressait pas aux hommes et ne s’est jamais mariée (d’après une légende, elle aurait donné à un prétendant trop insistant un tissu imbibé de son sang menstruel).

Hypatie enseignait les mathématiques et l’astronomie à des étudiants originaires de tout le bassin méditerranéen. Elle-même païenne, elle était très tolérante à l’égard des chrétiens et a eu beaucoup d’étudiants chrétiens, dont de futurs évêques. Son étudiant le plus connu est Synesios de Cyrène, qui lui voue une profonde admiration.

Pour ce qui est de son œuvre, elle a écrit notamment un commentaire des Arithmétiques de Diophante d’Alexandrie et un autre sur le traité d’Apollonios de Perge sur les sections coniques. Elle a certainement participé aussi à l’édition de l’Almageste de Claude Ptolémée par son père. Elle savait construire des astrolabes (instruments servant à calculer la date et l’heure en se basant sur la position des planètes) et des hydromètres (instruments servant à déterminer la densité d’un liquide). En astronomie, elle a surtout travaillé sur le calcul de la date de l’équinoxe.

Portrait fictif d’Hypatie, par Alfred Seifert

Hypatie était une figure connue et respectée de tous à Alexandrie. L’historien chrétien Socrate le Scolastique parle d’elle en des termes très élogieux : « Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu’elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l’école de Platon et de Plotin, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l’écouter. Grâce à son contrôle d’elle-même et à la facilité avec laquelle elle avait développé la culture de son esprit, elle n’hésitait pas à fréquemment apparaître en public, en présence des magistrats. Elle ne se sentait pas non plus décontenancée à l’idée de se rendre à une assemblée d’hommes, ce qu’elle faisait toujours, sans perdre sa pudeur, ni sa modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. » Pourtant, elle a été victime de l’intolérance croissante du christianisme alexandrin, avide de s’imposer face à l’ordre ancien.

En 412, l’évêque Théophile d’Alexandrie meurt et son neveu Cyrille lui succède. Alors que Théophile semble avoir été en bons termes avec Hypatie, Cyrille se méfie d’elle. En 414, après plusieurs incidents violents entre juifs et chrétiens à Alexandrie, l’évêque Cyrille fait fermer toutes les synagogues de la ville et chasse sa population juive. Ces mesures choquent Oreste, le gouverneur de la ville et un ami proche d’Hypatie. Oreste, lui-même récemment converti au christianisme, partage le désir d’Hypatie de coexistence pacifique entre chrétiens, juifs et païens. En même temps, il s’inquiète de voir l’évêque outrepasser ses prérogatives en empiétant sur celles des autorités civiles, avec le soutien des classes populaires alexandrines, fortement chrétiennes et de plus en plus fanatisées.

Le conflit entre l’évêque et le gouverneur dégénérera en affrontement violent, dans lequel Cyrille peut compter sur le soutien des moines (parabalani) du désert de Nitrie, au Sud-Ouest d’Alexandrie. Lors d’une émeute, un moine du nom d’Ammonius lance une pierre sur Oreste et le blesse à la tête. Furieux, Oreste le fait torturer si sévèrement qu’il en meurt. Cyrille veut le proclamer martyr, mais la majorité des chrétiens s’y oppose, ce qui attisera encore les tensions.

La mort d’Hypatie

Dans ce contexte, des rumeurs commencent à se répandre, selon lesquelles Hypatie, qui conseille le gouverneur, empêche toute réconciliation entre lui et l’évêque. Les moines, furieux, s’emparent d’elle et la tuent. Voici le récit de son meurtre par Socrate le Scolastique : « Au cours de la fête chrétienne du Carême en mars 415, les parabalani, sous les ordres du Lecteur nommé Pierre, ont attaqué Hypatie alors qu’elle rentrait chez elle. Ils l’ont traînée au sol jusqu’à une église voisine connue sous le nom de Caesareum, où ils l’ont déshabillée de force, puis l’ont tuée avec des ostraka. Ils ont ensuite découpé son corps en morceaux puis ont traîné ses membres mutilés à travers la ville jusqu’à un endroit appelé Cinarion, où ils ont mis le feu à ses restes. »

L’évêque Cyrille est-il lui-même à l’origine de la mort d’Hypatie ? Les moines ont-ils agi sous ses ordres ou de leur propre initiative ? Sur ce point, le débat entre spécialistes n’est pas définitivement clos. Quoi qu’il en soit, les mesures intolérantes qu’il avait ordonnées ont clairement contribué à l’atmosphère délétère qui a poussé les moines à passer à l’acte.

Socrate le Scolastique n’affirme pas que Cyrille a ordonné le meurtre d’Hypatie, mais il rapporte que sa mort a beaucoup nui à la popularité de l’évêque : la majorité des chrétiens alexandrins appréciaient Hypatie et étaient choqués par son meurtre.

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Les trois villes romaines de Libye : Leptis Magna, la Rome d’Afrique

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A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Leptis Magna, la plus grande des trois, est devenue la ville natale de l’Empereur romain Septime Sévère. La ville s’est tellement développée pendant son règne qu’elle a été surnommée la « Rome d’Afrique ».

Des Phéniciens…

A l’origine, Leptis, fondée vers la fin du 7° Siècle avant notre ère, était la plus grande des trois colonies fondées par les Phéniciens sur les côtes libyennes : Leptis, Oyat (Tripoli) et Sabratha. L’historien romain Salluste écrit que Leptis a été fondée par les Sidoniens, tandis que Pline l’Ancien décrit la ville comme une colonie de Tyr. Le nom de Leptis est d’origine libyque et non phénicienne, ce qui montre que ce site était déjà occupé par les tribus amazighes libyennes.

En 515, le prince Dorieus de Sparte a tenté d’établir une colonie grecque dans la région. Les habitants de Leptis l’ont repoussé. Cet épisode semble avoir motivé l’annexion de la région par Carthage.

Pièce de monnaie de Leptis, montrant le dieu phénicien Eshmoun (Source)

A l’ère punique, Leptis, désormais appelée Leptis Magna (Leptis la Grande) pour la distinguer de Leptis Parva (Lemta, en Tunisie), est devenue le principal port oriental de l’Empire carthaginois, à travers lequel Carthage faisait du commerce avec l’Egypte et le Moyen-Orient. Tingis (Tanger), sur le détroit de Gibraltar, était le principal port occidental carthaginois, pour le commerce avec l’Espagne et au-delà. Déjà à l’époque, Leptis Magna faisait du commerce de produits originaires du Sud du Sahara, qu’ils achetaient aux Garamantes du Fezzan.

Inscription bilingue punique-latine sur le théâtre de Leptis Magna

Après la chute de Carthage, Leptis Magna s’est retrouvée sous influence romaine, avec une large autonomie et une administration toujours fortement punique. Les fameuses inscriptions puniques de Tripolitaine datent de cette époque.

… aux Romains

Peu après la Deuxième guerre punique, Leptis Magna a été conquise par le roi Massinissa de Numidie. Pendant la révolte de Jugurtha, la ville s’est rangée du côté des Romains. En récompense, Rome lui accorde le statut de ville libre, avec exemption d’impôts.

Pièces de monnaie de Leptis Magna – Dionysos à gauche, Hercule à droite – Source

Leptis Magna a beaucoup prospéré au début de l’ère romaine. Ses pièces de monnaie, avec des inscriptions puniques et des images d’Hercule et de Dionysos, reflètent la double culture de la ville. Sa richesse dépendant surtout de la fertilité de ses terres. Vers -46, sa production d’huile d’olive était telle que la ville pouvait en fournir plus d’un million de litres par an à Jules César.

Amphithéâtre de Leptis Magna, construit par l’Empereur Néron

Après la fondation de l’Empire romain, Leptis Magna, bien que faisant partie la province d’Afrique proconsulaire, avait le statut de civitas libera et immunis (ville libre et immune), sur laquelle le gouverneur n’exerçait qu’un contrôle minimal. Elle a perdu ce statut sous l’Empereur Tibère, qui l’a pleinement intégrée à l’administration impériale, mais elle est restée une des villes les plus influentes d’Afrique romaine. Sous l’Empereur Trajan, elle est devenue colonie romaine.

Au printemps de l’année 70, une guerre a éclaté entre Leptis Magna et la ville voisine d’Oea. A l’origine, le conflit était motivé par des tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles. Le conflit a été résolu par l’intervention du gouverneur romain.

Arc de Septime Sévère

La ville est parvenue à son apogée pendant le règne de l’enfant du pays : Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna. Septime Sévère a fait de la Tripolitaine une province romaine à part entière, distincte de l’Afrique proconsulaire, avec Leptis Magna pour capitale. Très attaché à sa ville natale, il a fait d’elle une des plus belles villes de l’Empire. Il y a fait construire un forum, une basilique et un hippodrome. Il a également fait agrandir l’amphithéâtre, construit par Néron, qui pouvait accueillir jusqu’à 15 000 personnes. Depuis l’époque de Septime Sévère, Leptis Magna est connue comme la « Rome d’Afrique ».

Mosaïque des Gladiateurs, Villa Bar Duc Ammera, Zliten, près de Leptis Magna

Leptis Magna a prospéré grâce au commerce transsaharien : elle vendait des biens exotiques précieux, comme l’ivoire, des animaux sauvages pour les jeux du cirque, des escarboucles, du bois d’ébène et des plumes d’autruche.

La Villa Bar Duc Ammera, près de Leptis Magna, est une des plus belles villas romaines de la côte nord-africaine. Elle est célèbre pour ses mosaïques, qui peuvent être admirées au Musée archéologique de Tripoli.

A l’époque romaine, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. Le premier évêque connu de Leptis Magna est Victor, un contemporain de Septime Sévère, qui est ensuite devenu évêque de Rome. A l’ère byzantine, la basilique de Leptis Magna, construite par Septime Sévère, a été transformée en église. D’autres ruines d’églises chrétiennes sont encore visibles.

Leptis Magna a beaucoup décliné pendant la crise du 3° Siècle, puis été ravagée par un tsunami après le tremblement de terre de 365. Au cours des prochaines années, les habitants de la ville se sont plaints à l’Empereur Valentinien parce qu’un fonctionnaire romain corrompu les forçait à payer des pots-de-vin pour leur protection.

Après la conquête vandale, les Vandales ont détruit les murailles de la ville pour éviter un soulèvement. Leptis Magna a été reconstruite par les Byzantins, mais n’a jamais retrouvé sa gloire passée. Après la conquête arabe de la région, les Arabes ont choisi Tripoli comme nouvelle capitale. Leptis Magna a été abandonnée.

Aujourd’hui, les ruines de la « Rome d’Afrique », situées près de la ville moderne de Khoms, sont le site archéologique le plus spectaculaire de l’Ouest de la Libye, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Moins connue que les sites de Cyrénaïque, négligée pendant les années de guerre civile, Leptis Magna a pourtant tous les atouts pour devenir une destination touristique de premier plan. Cet article du Middle East Eye contient de très belles photos de ce site.

Entre Antiquité et Moyen-Âge : les passeurs de culture, L'Afrique du Nord romaine

Martinanus Capella : l’auteur nord-africain qui a influencé le monde médiéval

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Martianus Capella est un auteur néoplatonicien du début du 5° Siècle, originaire de Madaure (M’Daourouch), en Afrique romaine. Son œuvre est à l’origine de la notion des « sept arts libéraux », qui a beaucoup influencé le système éducatif pendant tout le Moyen-Âge.

Martianus Capella est né à Madaure (M’Daourouch), en Numidie. Un autre auteur romano-africain influent était également originaire de Madaure : Apulée, l’auteur du premier roman latin. Martianus Capella écrit au début du 5° Siècle, après le sac de Rome par le roi des Visigoths Alaric I, en 410, qu’il mentionne, mais avant la conquête vandale de l’Afrique du Nord, en 429.

L’ouvrage principal de Martianus Capella, Noces de Philologie et Mercure, est un récit allégorique. Ce livre raconte le mariage de Mercure, dieu du commerce, avec Philologie, une personnification de l’amour des lettres et des études, qui est élevée par les dieux au rang de déesse. Comme cadeau de noces, ils reçoivent sept jeunes filles qui deviendront les servantes de Philologie. Chacune, lorsqu’elle est présentée, donne un exposé des principes de la science qu’elle représente.

Martianus Capella écrit dans un Empire romain largement christianisé. Le fait qu’il s’inspire de la mythologie ne veut pas forcément dire qu’il était païen : les auteurs chrétiens puisaient également des allégories de sagesse humaine dans l’univers mythologique. L’absence totale de références chrétiennes donne cependant l’impression que l’auteur n’était pas chrétien, mais païen – ce qui n’a pas empêché son œuvre d’acquérir une grande popularité dans le monde chrétien médiéval.

L’œuvre de Martianus Capella était très populaire au cours des siècles suivants et a beaucoup influencé le Moyen-Âge, dans le domaine de l’éducation et de la pédagogie. Les sept « arts libéraux », dans le système éducatif classique, ont été divisés en le trivium (rhétorique, grammaire et logique) et le quadrivium (astronomie, arithmétique, géométrie et musique).

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Le tremblement de terre de 365 : une catastrophe naturelle dévastatrice

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Un violent tremblement de terre sous-marin a eu lieu en juillet 365, en pleine Mer Méditerranée, au large de la Crète. Tout le bassin méditerranéen oriental a été dévasté par la secousse et par le tsunami qui a suivi. Cyrène et les autres villes historiques de Cyrénaïque ont été presque entièrement détruites.

Port d’Apollonie (Marsa Sousa), submergé par le tsunami

Ce tremblement de terre a eu lieu le 21 juillet 365, vers le lever du soleil. Son épicentre était situé à proximité de l’île de Crète. Sa magnitude est estimée à 8,5 sur l’échelle de Richter : il était plus violent qu’aucun tremblement de terre qui a frappé cette région à l’époque moderne. La secousse a été ressentie jusqu’en Espagne.

Le tremblement de terre a provoqué un tsunami qui a ravagé les côtes nord-africaines, surtout la Cyrénaïque et le delta du Nil, jusqu’à Alexandrie. Des bateaux ont été emportés jusqu’à 3km à l’intérieur des terres.

La mer a avancé jusqu’aux bains de Sabratha

Le tremblement de terre et le tsunami ont causé plusieurs milliers de morts. Presque toutes les villes de Crète ont été détruites. En Afrique du Nord, Alexandrie et Cyrène ont été très durement affectées. Leptis Magna aussi a été ravagée par le tsunami. Il y a eu des dégâts de moindre ampleur jusqu’à Oea (Tripoli) et Sabratha.

Ce tremblement de terre a profondément marqué l’imagination des hommes de cette époque. L’historien romain Ammien Marcellin donne une description particulièrement détaillée du tremblement de terre, ainsi que des effets du tsunami à Alexandrie : « Peu après le lever du soleil, et précédée par de furieux éclats de tonnerre qui se succédaient sans interruption, une secousse terrible ébranla tout le continent jusqu’à sa base. La masse entière des eaux de la mer se retira, laissant à nu ses cavités profondes, et toute la population des abîmes palpitante sur le limon. Pour la première fois depuis que le monde est né, le soleil visita de ses rayons de hautes montagnes et d’immenses vallées dont on ne faisait que soupçonner l’existence. Les équipages des navires, engravés, ou supportés à peine par ce qui restait d’eau, purent ramasser à la main les poissons et les coquillages. Mais tout à coup la scène change : les vagues refoulées reviennent plus furieuses, envahissant îles et terre ferme, et nivelant avec le sol les constructions des villes et des campagnes. On eût dit que les éléments s’étaient conjurés pour étaler successivement les plus étranges convulsions de la nature. Une multitude d’individus périt, submergée par ce retour prodigieux et imprévu de la marée. Le reflux, après la violente irruption des vagues, montra plus d’un vaisseau échoué sur la plage, et des milliers de cadavres gisants dans toutes les positions. À Alexandrie, de fortes embarcations furent poussées jusque sur le toit des maisons ; et j’ai vu moi-même, près de la ville de Méthone en Laconie, la carcasse vermoulue d’un navire lancé par les ondes à près de deux milles du rivage. »

Les dégâts causés par le tremblement de terre ont accéléré le déclin des vieilles villes grecques de Cyrénaïque. Peu après, Cyrène a été remplacée par Ptolémaïs, une ville relativement épargnée, comme nouvelle capitale de la Cyrénaïque.

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Le père de Dioclétien : esclave affranchi d’un Sénateur nord-africain ?

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Selon certaines sources, le père de l’Empereur romain Dioclétien était un esclave affranchi d’un Sénateur appelé Anullinus. Le nom de ce Sénateur indique qu’il était originaire d’Afrique romaine.

Dioclétien

Le futur Empereur Dioclétien est né vers 242, en Dalmatie (Croatie actuelle). Toutes les sources historiques s’accordent à dire qu’il était d’un arrière-plan modeste. L’historien romain Eutrope écrit qu’il est généralement considéré comme le fils d’un scribe, mais que certains affirment aussi que son père était un esclave affranchi d’un Sénateur appelé Anullinus. Les deux descriptions ne sont pas forcément incompatibles : il y avait des esclaves qui servaient de scribes à leur maître.

Certains historiens pensent que Dioclétien était seulement décrit comme un « fils d’affranchi » par ses adversaires, pour le discréditer. Le fait qu’un historien sérieux comme Eutrope mentionne cette filiation, en précisant même le nom de son ancien maître, lui donne cependant du crédit.

Cérémonie d’affranchissement du père de Dioclétien – Image créée par ChatGPT

Le nom d’Anullinus montre qu’il était issu d’une famille d’origine africaine : plusieurs inscriptions dédiées à des personnalités de ce nom ont été retrouvées dans différentes villes d’Afrique romaine. Le membre le plus connu de cette famille était Publius Cornelius Anullinus, un allié de Septime Sévère, qui commandait les troupes de Septime Sévère contre son rival Pescennius Niger. Publius Cornelius Anullinus est né à Grenade, au Sud de l’Espagne, une région proche de l’Afrique du Nord. Ses origines africaines expliquent ses liens avec le premier Empereur nord-africain.

Un autre membre de la famille Anullinus, Caius Annius Anullinus, a servi comme proconsul d’Afrique, puis comme préfet de Rome, pendant le règne de Dioclétien. Il a joué un rôle important dans la campagne de persécution des chrétiens sous Dioclétien et fait exécuter plusieurs martyrs chrétiens africains. Il pourrait s’agir du fils du Sénateur qui a affranchi le père de Dioclétien.

L'Afrique du Nord romaine

Les fils de Nubel le Maure : les révoltes de Firmus et Gildon

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Depuis les crises qui ont secoué l’Empire romain au cours du 3° Siècle, la domination romaine sur l’intérieur de l’Afrique du Nord est fragile. Firmus, un chef de tribu amazigh, en profite pour se révolter contre les Romains et se proclamer roi d’Afrique. Après sa mort, son frère Gildon, qui avait d’abord soutenu les Romains face à Firmus, se révolte à son tour.

Les enfants de Nubel

Nubel

Flavius Nubel est un chef de tribu amazigh du 4° Siècle, romanisé et chrétien. Issu de la tribu des Jubaleni (Zouaoua), il règne sur un territoire correspondant à la Kabylie actuelle. Sa forteresse, Petra (ou Maklou), était située à proximité de Bejaïa. Il est décrit par les historiens romains comme un des chefs amazighs les plus puissants de cette époque. Allié aux Romains, il a accueilli des chevaliers romains dans sa forteresse.

Nubel avait plusieurs épouses et a eu sept enfants connus. Le fait qu’il était à la fois polygame et chrétien est surprenant, étant donné que l’Eglise condamnait la polygamie. Il s’est probablement converti au christianisme à l’âge adulte : les croyants baptisés n’avaient pas le droit de prendre plusieurs épouses, mais ceux qui étaient déjà polygames lors de leur conversion pouvaient garder leurs épouses. La famille de Nubel, dont les fils se sont battus à la fois avec et contre les Romains, illustre la complexité des relations entre Rome et les tribus amazighes à cette époque.

Lorsque Nubel meurt, vers 370, son fils aîné Zammac lui succède, mais il est tué par un autre de ses fils, Firmus, qui l’accuse de lui avoir volé sa part d’héritage.

La révolte de Firmus (370-375)

Petra (Maklou), la forteresse de Firmus

Après le meurtre de son frère, Firmus se révolte contre les Romains et se proclame Empereur d’Afrique. A la tête d’une dizaine de tribus amazighes et de deux légions romaines, il prend le contrôle de toute la Maurétanie césarienne.

Dans les années ayant précédé la révolte de Firmus, Romulus, le comes (gouverneur) romain d’Afrique, s’était rendu coupable d’extorsion en contraignant les villes africaines à payer une taxe de protection contre les attaques des tribus amazighes. L’Empereur romain Valentinien, contraint de prendre des mesures à la fois contre Firmus et contre son propre comes, envoie le général Théodose l’Ancien (le père du futur Empereur Théodose) pour déposer Romulus. Firmus se montre d’abord conciliant et disposé à trouver un accord avec les Romains, mais ensuite, il tente d’assassiner Théodose. Lorsque son complot est découvert, il s’enfuit et reprend sa révolte.

Représentation fictive de Cyria, la sœur de Firmus

La révolte de Firmus est une affaire de famille : Firmus est soutenu par ses frères Mazuca et Dius et par sa sœur Cyria. Deux autres de ses frères, Gildon et Mascezel, se battent contre lui avec les Romains.

Firmus reçoit aussi le soutien des donatistes, un mouvement chrétien nord-africain considéré comme hérétique par l’Eglise officielle. Il protégeait les donatistes contre la persécution.

Les Romains craignent de se retrouver confrontés à une nouvelle guérilla longue et sanglante, comme celles de Jugurtha et de Tacfarinas. Théodose mène cependant une campagne efficace : après avoir affronté et vaincu une confédération de tribus menée par Cyria, la sœur de Firmus, près de Castellum Tingitanum (Chlef), il avance dans le désert avec une colonne d’infanterie légère, forçant Firmus à s’enfuir d’une tribu à l’autre.

Basilique Sainte-Salsa de Tipaza

En 374, Firmus assiège la ville de Tipasa, mais il ne parvient pas à s’en emparer. Selon la légende, il serait entré dans la chapelle de Sainte-Salsa, une jeune fille chrétienne tuée pour sa foi à Tipasa, pour implorer sa bénédiction, mais ses prières ont été refusées. En colère, il aurait frappé le tombeau de la martyre avec sa lance.

Vaincu à Tipasa, Firmus se réfugie dans les Monts du Hodna. Peu après, informé de la trahison d’un de ses alliés, Igmazen, le chef de la tribu Isaflenses, il se suicide pour éviter d’être capturé. Il meurt près d’Auzia (Sour el Ghozlane). Son corps est remis à Théodose par Igmazen.

Théodose, le général romain victorieux, s’installe à Carthage. Après la mort de l’Empereur Valentinien, il est exécuté en 376, pour des raisons inconnues. Son fils Théodose deviendra Empereur en 379.

La révolte de Gildon

Les deux plus jeunes frères de Firmus, Gildon et Mascezel, ont soutenu Théodose contre Firmus. En 385, le nouvel Empereur Théodose choisit Gildon comme nouveau comes d’Afrique romaine, pour le remercier de son soutien à son père. Gildon tisse des liens étroits avec l’aristocratie romaine : sa fille a épousé le neveu de l’Impératrice Flacilla. Il gouverne l’Afrique avec un large degré d’indépendance.

Corbita, navire marchand utilisé pour le ravitaillement de Rome

Sa relation avec l’Empereur Théodose commence cependant à se détériorer lorsqu’il refuse de le soutenir dans sa lutte contre l’usurpateur Eugène. Après la mort de Théodose, en 395, l’Empire est divisé entre ses deux fils : Honorius, en Occident, et Arcadius, en Orient. Deux ans après, Gildon se révolte contre Honorius et proclame son soutien à Arcadius, rattachant l’Afrique à l’Empire romain d’Orient. Il est soutenu par l’évêque donatiste Optat de Timgad (Thamugadi), qui constitue l’influence philosophique derrière son mouvement politique. Gildon met aussi en place un blocus empêchant le ravitaillement de Rome en blé produit en Afrique.

Au printemps 398, les Romains envoient une armée contre lui, commandée par son frère Mascezel. Gildon mobilise les forces romaines en Numidie et fait appel aux tribus amazighes, mais il est facilement vaincu après l’abandon de ses troupes romaines. Il est capturé à Théveste (Tebessa) et exécuté à Thabraca (Tabarka).

Mascezel, le dernier fils de Nubel, est honoré par les Romains pour avoir restauré leur domination sur l’Afrique. Il s’installe à Rome, où il est assassiné peu après par le régent impérial Stilicon, jaloux de sa popularité.

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

La mort de Néron : l’Afrique romaine pendant la crise de 68-70

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Après la mort de l’Empereur Néron, l’Empire romain a sombré dans l’instabilité. Quatre Empereurs se sont succédés en un an. Les proconsuls et officiers militaires romains en Afrique du Nord ont joué un rôle important dans cette crise.

Contexte

Néron

Vers la fin de son règne, l’Empereur Néron se montre de plus en plus tyrannique. Plusieurs factions influentes de l’armée romaine se rebellent contre lui. Assailli de tous les côtés, Néron se suicide le 9 juin 68.

Après la mort de Néron, une guerre civile éclate. Galba, le gouverneur d’Espagne et le chef d’une des factions rebelles, devient Empereur, suivi de deux autres militaires, Othon et Vitellius. Chacun d’eux règne pendant quelques mois, avant d’être assassiné ou de se suicider.

Vespasien

Vespasien, le commandant des troupes romaines dans la guerre contre les Juifs en Judée, s’empare du trône en décembre 69. L’année suivante, son fils Titus, à qui il a confié le commandement en Judée avant de revenir à Rome, s’empare de Jérusalem et détruit la ville avec son Temple. La chute de Jérusalem entraîne un important exode de Juifs, notamment vers l’Afrique romaine. Vespasien règne pendant dix ans, rétablit la stabilité dans l’Empire et fonde une nouvelle dynastie.

En Afrique romaine

Pièce de monnaie à l’effigie de Clodius Macer

Lucius Clodius Macer, le commandant des légions romaines stationnées en Afrique, participe à la révolte contre Néron, probablement sous l’influence de la courtisane d’origine africaine Calvia Crispinilla. Pour affaiblir l’Empereur, il coupe l’approvisionnement de Rome en blé africain. Alors que Macer était d’abord un allié de Galba, celui-ci le fait assassiner au début de son règne, craignant qu’il ait des ambitions impériales pour lui-même.

Lucius Calpurnius Pison, le proconsul d’Afrique, est un allié de Vitellius, qui avait lui-même été proconsul d’Afrique quelques années auparavant et demeurait très populaire dans la région. Après la défaite de Vitellius, Pison refuse de reconnaître Vespasien comme nouvel Empereur. Valerius Festus, le nouveau commandant des légions romaines en Afrique, qui négociait secrètement avec Vespasien, tue le proconsul et est choisi par Vespasien pour lui succéder.

Par la suite

Peu après, une guerre éclate entre les villes libyennes de Leptis Magna et Oea (Tripoli). Le nouveau proconsul Valerius Festus intervient pour la réprimer. Par la suite, Valerius Festus organise une expédition en Afrique subsaharienne, en suivant l’itinéraire de l’expédition de Balbus.