L'Afrique du Nord romaine, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Volubilis : une ville amazighe

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Volubilis, au Nord de la ville marocaine de Meknès, était la capitale de l’ancien Royaume de Maurétanie. Si la ville s’est beaucoup développée à l’époque romaine, sa population est toujours restée majoritairement autochtone africaine. Après le 3° Siècle, Volubilis, abandonnée par les Romains, est redevenue une ville amazighe, gouvernée par des chefs de tribus locaux qui se sont appropriés ses infrastructures urbaines romaines.

Origines

Vue d’ensemble de Volubilis

La ville de Volubilis est construite dans une plaine fertile, au pied du Mont Zerhoun. La région environnante est habitée depuis au moins 5000 ans : des poteries néolithiques y ont été retrouvées.

Le nom « Volubilis » est la forme latine de son nom amazigh Oualili (ⵡⴰⵍⵉⵍⵉ). Deux hypothèses ont été proposée pour l’origine de ce nom : il pourrait venir soit du terme tamazight walilit, qui signifie laurier-rose, une fleur abondante dans la région ; soit du verbe wlly (tourner). En latin, le V de « Volubilis » était prononcé « ou ».

Volubilis, capitale de la Maurétanie

Carte de la Maurétanie antique

Avant l’ère romaine, Volubilis faisait partie du territoire du Royaume de Maurétanie. L’histoire antique de la Maurétanie est peu connue. Les anciens rois de Maurétanie, qui régnaient sur une confédération tribale nomade, n’avaient pas de capitale fixe : leur cour était mobile. Volubilis était cependant déjà un des principaux centres de leur royaume.

Stèle punique

Au 3° Siècle avant notre ère, le site de Volubilis était occupé par les Carthaginois, ainsi que l’attestent le temple de Baal et des inscriptions en langue punique. L’influence punique a perduré longtemps après la chute de Carthage.

Juba II

En -25, Juba II est choisi par les Romains pour régner sur un nouveau Royaume de Maurétanie élargi à une grande partie de la Numidie historique. En plus de sa capitale, Césarée (Cherchell), il construit une résidence secondaire à Volubilis, qui devient sa deuxième capitale, pour la moitié occidentale de son royaume. Juba II, un roi d’origine africaine, mais fortement romanisé, a transformé Volubilis en véritable cité romaine, avec un forum, une basilique, des temples et des thermes.

Volubilis à l’ère romaine

L’Empire romain annexe la Maurétanie en l’an 40, après la mort de Ptolémée, le fils de Juba II. Aedémon, un esclave affranchi de la famille royale, mène une révolte contre les Romains. Volubilis demeure fidèle à Rome. En récompense, l’Empereur accorde la citoyenneté romaine à ses habitants et les dispense d’impôts pendant dix ans.

La basilique romaine de Volubilis

Les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale à la place de Volubilis, à cause de sa proximité avec l’Europe. Volubilis reste cependant la ville la plus peuplée de la province, avec un pic de 20 000 habitants vers la fin du 2° Siècle – Amazighs romanisés pour la plupart. La ville s’enrichit considérablement à l’ère romaine, grâce à ses terres fertiles, qui lui permettent de cultiver du blé et de produire de l’huile d’olive. Une route est construite pour relier Volubilis à Tingis et Lixus (Larache).

Epitaphe du fondateur de la synagogue de Volubilis

Volubilis a accueilli aussi une communauté juive. Des inscriptions funéraires attestent de la présence de Juifs à Volubilis dès le 2° Siècle avant notre ère. Une synagogue a été construite au 3° Siècle. Les Juifs de Volubilis sont à l’origine de l’influente communauté juive marocaine.

Volubilis, comme toute l’Afrique romaine, s’est avérée être un terrain fertile pour le christianisme. Le site de l’église de Volubilis est connu et ses fondations sont encore visibles, même si le bâtiment lui-même a disparu. Des inscriptions chrétiennes retrouvées à Volubilis montrent des liens avec l’Oranie plutôt qu’avec Tingis, ce qui indique que le message chrétien est probablement venu de l’Est. (Source)

Arc de Caracalla, à Volubilis

Malgré l’importance de Volubilis, sa position, face à des tribus amazighes hostiles à la domination romaine, était toujours précaire. Cinq forts, situés au niveau des villages actuels de Aïn Schkor, Bled el Gaada, Sidi Moussa, Sidi Said et Bled Takourart (l’ancienne Tocolosida), ont été construits pour défendre la ville. L’Empereur Marc-Aurèle a fait construire une muraille autour de la ville, avec huit portes et 40 tours.

Le départ des Romains

L’Empire romain a perdu le contrôle de Volubilis, avec tout l’intérieur de la Maurétanie, après la crise du 3° Siècle. Vers 255, la confédération amazighe des Baquates, de la région de Taza et du Rif oriental, se révolte contre les Romains. Leur révolte est motivée surtout par la confiscation de leurs terres dans la région de Volubilis. Après une insurrection longue et meurtrière, un traité de paix est conclu en 280, en vertu duquel les Romains acceptent d’abandonner Volubilis.

Mosaïque de Diane, maison de Vénus

Les Baquates prennent le contrôle de la ville et récupèrent leurs terres. Volubilis est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.

En 285, lorsque le nouvel Empereur romain Dioclétien réorganise l’administration romaine en Afrique, une campagne pour reconquérir Volubilis est brièvement envisagée, mais l’idée est abandonnée : cela coûterait trop cher.

L’abandon de Volubilis par les Romains n’implique pas l’abandon de l’art de vivre romain par ses habitants. Certaines mosaïques de la ville, notamment celle de la course de chars, dans la Maison de Vénus, datent du 4° Siècle, après le départ des Romains.

Par la suite

Koceïla

Volubilis n’a été que peu affectée par l’invasion vandale. Les Byzantins se sont probablement établis dans la ville, mais n’y ont pas exercé une influence durable. Avant l’arrivée des Arabes, la région de Volubilis était gouvernée par des chefs amazighs locaux, dont les noms indiquent qu’ils étaient de religion chrétienne.

Au 7° Siècle, beaucoup d’Amazighs qui fuyaient l’expansion islamique se sont installés à Volubilis, notamment les survivants de la tribu Awraba, après la défaite de leur chef Koceïla. La ville est restée majoritairement chrétienne bien après l’arrivée de l’islam : les tombes chrétiennes à Volubilis datent de jusqu’au 12° Siècle.

Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun

En 788, le cherif Idriss ibn Abdallah, un descendant du Prophète Mohammed, s’établit dans la région de Volubilis et fonde la dynastie idrisside, considérée comme la première dynastie royale marocaine. Idriss I est enterré dans le Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun, tout près de Volubilis. Ainsi, la capitale de la Maurétanie antique est également devenue le berceau de la nation marocaine moderne.

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Le roman africain : une langue latine en Afrique du Nord

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Les Nord-Africains de l’Antiquité, comme aujourd’hui, parlaient plusieurs langues différentes. Les Puniques, Grecs et Romains, qui ont dominé la région, ont toujours cherché à enrichir et non à détruire, à enseigner leur langue sans éradiquer la langue autochtone amazighe. Vers le 3° Siècle, une nouvelle langue dérivée du latin est même apparue dans la région. Cette langue, appelée le roman africain, était toujours parlée pendant plusieurs siècles après les conquêtes arabes.

Inscription latine du 5° Siècle, forum de Leptis Magna

Les populations autochtones d’Afrique du Nord parlaient divers dialectes tamazight, que les Romains appelaient libyque. Le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était courant aussi. A l’époque romaine, les populations urbaines ont adopté le latin et les coutumes romaines. La romanisation n’était cependant pas totale : les habitants des villes nord-africaines comme Carthage et Cirta ne parlaient pas un latin pur, mais le mélangeaient avec leurs langues ancestrales. Avec le temps, une nouvelle langue, avec des racines latines et de nombreux emprunts tamazighs et puniques, s’est formée.

Le latin était la langue de l’administration impériale et de l’éducation, employée aussi pour le culte chrétien, en tout cas dans les grandes villes. Ainsi, un jeune Nord-Africain apprenait le latin à l’école, s’en servait pour les formalités administratives et le parlait à l’église, mais en famille et avec ses amis, il parlait le latin dialectal. Plus une ville était petite, plus le dialecte local s’éloignait du latin classique. Le tamazight dominait dans les régions rurales. Avec le temps, le latin dialectal nord-africain est devenu une langue à part entière.

On estime que le roman africain était probablement très proche du sarde, une langue parlée encore aujourd’hui en Sardaigne. L’image de couverture de cet article est un des plus anciens manuscrits en sarde, certainement ce qui se rapproche le plus d’un manuscrit en roman africain.

Le roman africain a survécu aux conquêtes arabes du 7° Siècle : il était encore parlé au 12° Siècle sur les côtes méditerranéennes, et même jusqu’au 15° Siècle dans certaines régions isolées de l’intérieur du continent. Un certain nombre de mots en arabe darija et en tamazight, notamment les noms des mois, viennent probablement du roman africain. Le v latin était prononcé b en roman africain, une habitude qu’on retrouve encore aujourd’hui en darija dans les mots empruntés aux langues européennes. La page Wikipedia anglaise contient un tableau de mots tamazight d’origine romano-africaine.

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Macrin : l’Afrique au pouvoir

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Macrin, originaire de Césarée (Cherchell), était le préfet du prétoire de l’Empereur romain Caracalla, avant de lui succéder comme Empereur. Après la dynastie des Sévère, il a poursuivi la lignée des Empereurs romains d’origine nord-africaine.

Origines

Macrin

Marcus Opellius Macrinus est né vers 165, à Césarée (Cherchell), en Afrique romaine. Son nom pourrait être la forme latine du nom amazigh Mokrane. Il était issu d’une famille d’origine amazighe, de l’ordre équestre (le deuxième rang de l’aristocratie romaine, après la classe sénatoriale). Selon certaines sources tardives, sa femme s’appelait Nonia Celsa et était également d’origine africaine.

Après ses études, il a fait carrière comme avocat. L’Empereur Septime Sévère, qui veut créer une nouvelle élite d’origine africaine, lui confie des responsabilités dans son administration. Son successeur Caracalla le nomme préfet du prétoire, la garde d’élite chargée de la sécurité personnelle de l’Empereur.

Dans un premier temps, Macrin avait toute la confiance de l’Empereur. Ensuite, cependant, un oracle a annoncé qu’il déposerait Caracalla et lui succéderait. A partir de là, l’Empereur se méfie de lui et Macrin craint pour sa vie.

Le 8 avril 217, en pleine campagne contre les Perses, Caracalla est poignardé par un soldat, alors qu’il était en train d’uriner. Il est probable que Macrin était derrière son assassinat.

Macrin devient Empereur

Pièce d’or à l’effigie de Macrin

Après la mort de Caracalla, Macrin devient Empereur à sa place. Il règne pendant un peu plus d’un an, d’avril 217 à juin 218.

Macrin est le premier Empereur qui n’était pas issu de la classe sénatoriale. Pour cette raison, le Sénat se méfie de lui. Il est aussi le premier Empereur à n’avoir jamais été à Rome pendant tout son règne.

Pièce d’or à l’effigie de Diaduménien

Macrin commence par rétablir la stabilité économique et diplomatique, en faisant la paix avec les royaumes voisins contre lesquels ses prédécesseurs étaient en guerre. Il nomme aussi son fils Diaduménien co-Empereur.

Chute de Macrin

Pendant le règne de Macrin, Julia Maesa, la tante de Caracalla, organise une rébellion de la dynastie royale déchue, afin de reprendre le pouvoir. La famille Sévère soutient Héliogabale, le fils de Julia Soaemias, une cousine de Caracalla, dont la mère prétend qu’il est le fils illégitime de l’Empereur assassiné. La plupart des historiens modernes doutent que Caracalla était vraiment son père. Macrin et Diaduménien sont tués et Héliogabale leur succède.

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Maxime de Madaure : le dernier grand rhéteur nord-africain

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Maxime de Madaure est un rhéteur et grammairien romano-africain de la fin du 4° Siècle, qui enseignait la rhétorique à Madaure (M’daourouch). Un de ses étudiants était le futur évêque Augustin d’Hippone.

Madaure

Maxime de Madaure est né vers 350, probablement à Thagaste (Souk Ahras). Il est le neveu de Romanianus, un haut fonctionnaire de Thagaste et ami de la famille d’Augustin d’Hippone, qui a financé ses études. Il a commencé à enseigner la rhétorique à Thagaste, puis à l’Université de Madaure.

En plus de sa carrière rhétorique, Maxime de Madaure était connu surtout pour ses travaux de grammaire, d’où son surnom de Maxime le Grammairien.

Un de ses étudiants, à Thagaste, puis à Madaure, était Augustin, qui deviendra plus tard évêque d’Hippone et le plus grand théologien chrétien romain. Maxime de Madaure était impressionné par le génie du jeune Augustin et l’a encouragé à poursuivre ses études. Par la suite, Maxime de Madaure, qui était un païen convaincu, mais très tolérant, a échangé des lettres avec son ancien étudiant, dans lesquelles il lui soumettait ses objections contre la foi chrétienne. Leur correspondance était souvent passionnée, mais toujours respectueuse. On peut lire une des lettres de Maxime de Madaure sur cette page et la réponse d’Augustin ici. Ces lettres mentionnent Namphamon, peut-être le premier martyr chrétien africain, qui a été mis à mort pour sa foi à Madaure.

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Macrobe : le dernier grand écrivain romano-africain

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Macrobe est un écrivain latin d’origine nord-africaine du 5° Siècle. Il est considéré comme un des principaux auteurs « passerelles » dont l’œuvre a permis la transmission de l’héritage culturel antique aux siècles suivants, à travers les crises qui ont secoué le monde romain à son époque.

Macrobe présente son œuvre à son fils

Macrobius Ambrosius Theodosius est né vers 400 et a écrit au début du 5° Siècle. On ne sait presque rien de sa vie, pas même sa ville de naissance ni où il vivait pendant sa carrière d’écrivain. Il écrit qu’il est né « sous un ciel étranger », c’est-à-dire, pour les Romains, en dehors de l’Italie. Le fait qu’il maîtrise mieux le latin que le grec, avec d’autres indices internes à son œuvre, a amené les spécialistes à penser qu’il était probablement originaire d’Afrique romaine. Macrobe était païen, dans un Empire romain déjà très majoritairement chrétien. Il était probablement apparenté à Symmaque, le préfet de Rome, qui était le chef de file de la résistance païenne à la christianisation de l’Empire. Il avait un fils, Eustathius, à qui il dédie ses œuvres.

Macrobe a écrit deux œuvres qui sont encore disponibles aujourd’hui. Son œuvre principale, le Commentaire du rêve de Scipion, était un des livres les plus cités au Moyen-Âge et une des principales sources sur la pensée néoplatonicienne à cette époque. Dans le Rêve de Scipion, de Cicéron, le grand général romain apparaît à son petit-fils Scipion Emilien, pour lui révéler sa destinée future et celle de sa patrie, lui exposer les récompenses qui attendent les hommes vertueux après leur mort et lui décrire le fonctionnement de l’univers et le rôle de l’homme dans l’univers. Macrobe commente ce rêve, en exposant une série de théories néoplatoniciennes sur l’origine et la signification des rêves, les propriétés mystiques des chiffres, la nature de l’âme, l’astronomie et la musique. Il affirme notamment que le soleil est deux fois plus grand que la terre. Ses sources principales sont les philosophes néoplatoniciens Plotin et Porphyre.

Son autre œuvre majeure, les Saturnales, sont un compte-rendu des discussions qui ont eu lieu dans la maison d’un riche aristocrate. Il aborde une grande diversité de sujets historiques, mythologiques et grammaticaux. Il cite l’opinion d’auteurs plus anciens, comme Virgile et Cicéron, sur ces questions.

Macrobe, avec les auteurs romains du 6° Siècle Cassiodore et Boèce, est considéré comme un des auteurs de l’Antiquité tardive dont l’œuvre a permis la transmission de l’héritage culturel gréco-romain jusqu’au Moyen-Âge.

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Les expéditions romaines en Afrique subsaharienne

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Les Romains ont organisé plusieurs expéditions d’exploration des territoires situés au-delà du désert du Sahara. Ces expéditions n’avaient pas pour objectif de conquérir ces territoires, mais d’ouvrir de nouvelles voies commerciales.

La première expédition romaine dans le Sahara a été lancée en 19 avant notre ère, par le proconsul d’Afrique Lucius Cornelius Balbus. Parti de Sabratha, il envahit l’oasis de Ghadamès, qui était auparavant habitée par les Garamantes. Il explore ensuite le Sahara, jusqu’au fleuve Niger. Balbus, né à Gadès (Cadiz), en Espagne, dans une famille d’origine punique, avait peut-être accès, par sa famille, à des informations sur les anciennes routes commerciales puniques. Il est le premier Romain à avoir traversé le Sahara.

En 41 de notre ère, Suetonius Paulinus, un général romain envoyé en Maurétanie pour réprimer l’insurrection d’Aedemon, devient le premier Romain à traverser les montagnes de l’Atlas. Après avoir vaincu les insurgés, il voyage à travers le Sahara marocain actuel. Il serait arrivé jusqu’au fleuve Sénégal.

Le Lac Tchad, que Ptolémée appelle « Lac des hippopotames », a toujours fasciné les Romains. En 50, Septimius Flaccus, parti de Leptis Magna, traverse le Sahara en passant par l’oasis de Sebha. Il atteint le Lac Tchad en trois mois, puis remonte les fleuves Chari et Logone.

En 90, Julius Maternus, parti de Syrte, traverse le désert jusqu’à l’oasis de Kufrah, puis poursuit son voyage avec le roi des Garamantes, jusqu’aux fleuves Bahr Salamat et Bahr Aouk, au Sud du Tchad actuel. Il retourne à Rome avec un rhinocéros à deux cornes, qui est exposé au Colisée.

Les Romains voyageaient aussi vers le Sud par voie fluviale, sur le Nil, et par la mer, en remontant les côtes ouest-africaines depuis la Maurétanie, ou par la Mer rouge, jusqu’à l’île de Zanzibar.

Des pièces de monnaie romaines ont été retrouvées en Mauritanie, vers Akjoujt et Tichitt ; au Mali, dans la région du fleuve Niger ; et plus loin en Afrique de l’Ouest.

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Celse : un usurpateur nord-africain dans l’Histoire Auguste

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D’après l’Histoire Auguste, une collection de biographies d’Empereurs romains écrite au 4° Siècle, un certain Celse, un tribun militaire basé en Afrique romaine, s’est proclamé Empereur pendant le règne de Gallien (253-268). L’Histoire Auguste n’est pas considérée comme une source historique fiable : la plupart des historiens modernes pensent que cet usurpateur n’a jamais existé.

Contexte

Gallien

Au cours du 3° Siècle, l’Empire romain a été ébranlé par la plus longue période de crise de son histoire. En 260, l’Empereur Valérien est capturé lors d’une bataille contre les Perses. Il termine sa vie comme prisonnier en Perse. Il n’aura jamais été à Rome pendant tout son règne. L’emprisonnement de l’Empereur est une humiliation pour les Romains.

Son fils Gallien, qui lui succède, fait face à des usurpateurs qui profitent de la situation pour lui contester le trône. L’un d’eux, Postume, le gouverneur de la province de Germanie, prend le contrôle de la Gaule et de la Bretagne, où il établit un Empire rival.

Avant son exil, Valérien avait lancé une féroce campagne de persécution contre les chrétiens de son Empire, au cours de laquelle l’évêque Cyprien de Carthage est mort en martyr. Les chrétiens voyaient sa capture par les Perses comme un jugement divin. Gallien, sensible à cette idée, accorde la liberté religieuse aux chrétiens.

La rébellion de Celse

L’Histoire Auguste mentionne trente usurpateurs pendant le règne de Gallien. S’il est certain qu’il y en a eu beaucoup, ce nombre est certainement exagéré, afin d’obtenir un parallèle avec les trente tyrans d’Athènes, au 5° Siècle avant notre ère. Plusieurs noms mentionnés dans l’Histoire Auguste n’ont jamais revendiqué le trône impérial et quelques-uns sont tout simplement fictifs.

D’après l’Histoire Auguste, Celse était un simple tribun militaire qui vivait tranquillement sur ses terres, près de Sicca (El Kef), en Afrique romaine, lorsqu’il a été soudain proclamé Empereur par le proconsul d’Afrique et le général gardien des frontières libyennes. Sa nomination était si inattendue qu’il n’a pas pu se procurer les insignes du pouvoir et a été obligé de revêtir une robe prise sur la statue d’une déesse. Sa chute a été tout aussi rapide : il a été tué après sept jours et son corps a été dévoré par les chiens. Après sa mort, les habitants de Sicca ont témoigné de leur loyauté à l’Empereur Gallien, en portant l’effigie de son rival à travers la ville, accrochée à une croix.

Cet épisode est fictif. Il serait très surprenant que le proconsul d’Afrique choisisse de soutenir une figure de si faible envergure comme Empereur, au lieu de revendiquer le trône lui-même. Il s’agit probablement d’une invention de l’auteur de l’Histoire Auguste, pour parvenir au chiffre symbolique de trente usurpateurs.

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Albinus : le premier prétendant africain au trône impérial

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Dans l’histoire de l’Empire romain, le premier Nord-Africain à avoir revendiqué le trône était un officier militaire appelé Albinus, originaire de Hadrumetum (Sousse). Nommé gouverneur de Bretagne romaine par l’Empereur Commode, il se proclame Empereur pendant la crise qui a suivi la mort de Commode. Comme il n’est pas assez puissant s’imposer dans tout l’Empire, il fait alliance avec un autre militaire d’origine africaine : Septime Sévère, qui en fait son Empereur auxiliaire, avant de le tuer.

Origines

Albinus

Decimus Clodius Albinus est né vers 150, à Hadrumetum (Sousse), en Afrique romaine, dans une famille de l’aristocratie romaine. Cette époque est marquée par la montée en puissance des Romano-Africains dans l’administration romaine. Son cognomen (surnom) Albinus vient de son albinisme.

Albinus fait carrière dans l’armée, sous les Empereurs Marc-Aurèle et Commode, et devient gouverneur de Bretagne romaine. A cette époque, il y avait beaucoup de militaires d’origine africaine stationnés en Bretagne : Quintus Lollius Urbicus, gouverneur de Bretagne de 139 à 142, né à Tiddis, en Numidie (aujourd’hui Beni Hamidane, province de Constantine), s’est fait connaître pour la construction du Mur d’Antonin.

Albinus revendique le trône

Commode assassiné par Laetus

L’Empereur Commode est assassiné en décembre 192. Le préfet du prétoire Quintus Aemilius Laetus, qui a participé au complot contre lui, était d’origine africaine, de Thenae (Thyna, près de Sfax, en Tunisie actuelle).

L’armée a choisi le sénateur Pertinax pour succéder à Commode, mais il n’a régné que trois mois avant d’être assassiné à son tour. La garde prétorienne a alors vendu le trône impérial au riche sénateur Didius Julianus (qui avait également des liens avec l’Afrique, par sa mère, issue d’une famille romaine installée à Hadrumetum (Sousse)). L’armée, scandalisée de voir le trône vendu aux enchères, s’est révoltée. Au cours de cette année, plusieurs militaires ont revendiqué le trône impérial, dont Albinus, soutenu par les légions romaines en Bretagne.

Dans la guerre civile qui a suivi, Albinus a fait alliance avec un autre militaire, également d’origine africaine : Septime Sévère. Après sa conquête de Rome, Septime Sévère devient le premier Empereur d’origine africaine. Albinus accepte de servir comme César (vice-Empereur) sous ses ordres, gouvernant la partie occidentale de l’Empire.

Après la défaite des autres prétendants au trône, Septime Sévère, résolu à s’imposer comme le seul maître de l’Empire, décide d’écarter Albinus, qui est tué en 197.

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Domitius Alexander : un usurpateur nord-africain

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Au début du 4° Siècle, l’Empire romain est déchiré par une série de guerres civiles entre prétendants au trône impérial. Dans ce contexte, le vicaire des provinces romaines d’Afrique du Nord, Domitius Alexander, s’est brièvement proclamé Empereur.

Contexte

L’Empire romain divisé

En 293, l’Empereur Dioclétien réforme profondément l’administration impériale. L’Empire est divisé, avec pour Empereurs Dioclétien en Orient et Maximien en Occident. Chacun des deux Empereurs est secondé par un César (Empereur auxiliaire), destiné à lui succéder. Cette Tétrarchie (pouvoir de quatre hommes) est destinée à augmenter la capacité d’action du pouvoir. Dioclétien veut aussi abolir la succession héréditaire, en faveur du choix des meilleurs.

Ce régime de partage du pouvoir échouera à cause de l’ambition de ces hommes, qui veulent chacun régner seuls. En 305, Dioclétien abdique volontairement en faveur de son César, Galère, et contraint Maximien à faire de même, mais Maximien est réticent à renoncer au pouvoir. Lorsque Constance Chlore, le César et successeur de Maximien, meurt en 306, une guerre civile éclate dans la partie occidentale de l’Empire, entre Sévère, son successeur désigné, son fils Constantin, qui a le soutien des troupes de son père, et Maxence, le fils de Maximien. Dioclétien, découragé par l’échec du système qu’il a mis en place, se suicide en 311.

La révolte de Domitius Alexander

Pièce de monnaie à l’effigie de Domitius Alexander

Domitius Alexander est le vicaire (gouverneur-général) du diocèse d’Afrique, qui regroupe les provinces romaines d’Afrique du Nord (sauf la Maurétanie tingitane, qui fait partie du diocèse d’Hispanie). Il n’est pas lui-même d’origine africaine.

Vers 308, Maxence, un des prétendants au trône en Occident, envoie son portrait en Afrique pour être reconnu en tant qu’Empereur. Les troupes romaines stationnées à Carthage refusent. Alors, Maxence ordonne à Domitius Alexander d’envoyer son fils comme otage à Rome. Domitius Alexander refuse et se fait proclamer Empereur par son armée.

Domitius Alexander dispose d’un excellent moyen de pression sur Rome : ce sont les provinces africaines qui approvisionnent la capitale impériale en blé. Alors que Maxence domine l’Italie, Domitius Alexander fait alliance avec Constantin, qui contrôle la Bretagne et la Gaule.

En 310, Maxence envoie une armée en Afrique, qui prend facilement le dessus sur les troupes de Domitius Alexander, sans grande résistance. Carthage et Cirta sont pillées à l’occasion de cette guerre. Domitius Alexander lui-même est tué.

Par la suite

En 312, Constantin remporte une victoire décisive contre Maxence en Italie, lors de la Bataille du Pont Milvius, devenant le seul maître de l’Empire romain d’Occident. Constantin attribue sa victoire à Christ et se convertit au christianisme, devenant le premier Empereur romain chrétien.

Après sa victoire, Constantin reconstruit Cirta, largement détruite après la révolte de Domitius Alexander, et renomme la ville Constantine.

Une dizaine d’années plus tard, Constantin construit une « nouvelle Rome » sur le Bosphore, qui deviendra la capitale de son Empire : Constantinople, la ville de Constantin.

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Marius Victorinus : un philosophe néoplatonicien d’origine nord-africaine

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A partir du 3° Siècle, une nouvelle interprétation de la philosophie platonicienne s’est répandue dans tout l’Empire romain, jusqu’à devenir la nouvelle école de pensée dominante. Un philosophe néoplatonicien influent, Marius Victorinus, était un Nord-Africain installé à Rome.

Origines du néoplatonisme

Plotin

Le grand philosophe grec Platon pensait que le monde dans lequel nous vivons n’est que l’ombre du monde réel : le monde des formes, éternelles et immuables, dont les objets matériels, et même les concepts intellectuels et valeurs morales que nous connaissons, ne sont que de pâles copies, sans cesse changeantes. L’âme humaine, qui vient de ce monde idéal, est prise au piège du corps matériel et aspire à s’en libérer par la philosophie.

Le néoplatonisme est un développement de la philosophie platonicienne, qui enseigne comment l’âme peut s’élever au-delà du monde matériel afin de retrouver son état originel. Il s’agit d’une forme de mysticisme, avec des exercices pratiques pour retourner au monde spirituel invisible.

Le fondateur du néoplatonisme est Plotin, né vers 204, à Lycopolis (Assiout), en Egypte, qui expose sa pensée dans ses Ennéades. Pour Plotin, la source et la fin de toutes choses est l’Un, le principe premier, infiniment simple et inconnaissable. L’âme humaine, qui émane de l’Un, contient toute la connaissance de l’univers sous une forme unifiée, mais cette connaissance n’est plus accessible depuis que l’âme est prisonnière du corps. Le monde matériel n’est qu’une copie imparfaite de cette connaissance.

La pensée de Plotin a été diffusée et développée par son disciple Porphyre de Tyr.

Vie de Marius Victorinus

Vue du Forum de Trajan, où se trouvait une statue (perdue) de Marius Victorinus

Gaïus Marius Victorinus est né vers 290, en Afrique romaine, probablement à Thagaste (Souk Ahras), d’où son surnom de Victorinus Afer. Dans sa jeunesse, il commence à enseigner la rhétorique. Sa réputation est telle qu’il se voit offrir un poste d’enseignant à Rome, la capitale impériale, où il fait une brillante carrière. En 354, une statue est érigée en son honneur sur le Forum de Trajan, à Rome.

A Rome, il découvre la philosophie néoplatonicienne, à travers les livres de Plotin et Porphyre ; il était probablement trop jeune pour avoir connu Porphyre lui-même, qui est décédé vers 305. Cette pensée le séduit tellement qu’il traduit du grec vers le latin les ouvrages de Plotin et Porphyre.

La vie de Marius Victorinus est marquée par de profonds changements dans l’Empire romain : le christianisme, une religion encore minoritaire et persécutée au moment de sa naissance, s’impose progressivement comme la religion dominante dans l’Empire. Marius Victorinus lui-même se convertit au christianisme dans sa vieillesse, vers 355. Sa conversion jouera un rôle déterminant dans celle de son compatriote africain, le futur évêque Augustin d’Hippone. D’après Augustin, il se disait chrétien en privé depuis longtemps, mais était réticent à rendre sa conversion officielle pour ne pas contrarier d’aristocratie païenne qui l’employait.

En 362, le nouvel Empereur Julien, qui cherche à rétablir le paganisme dans son Empire, interdit aux chrétiens d’enseigner la rhétorique. Marius Victorinus ferme son école et consacre les dernières années de sa vie à l’écriture. Il meurt en 364.

Contexte : la christianisation de l’Empire romain

L’Empereur Constantin (306-337) se convertit au christianisme en 312, devenant le premier Empereur romain chrétien. Au moment de sa conversion, on estime qu’environ 10% de la population de l’Empire était chrétienne.
L’administration de Constantin et de ses fils favorise le christianisme. On estime que la nouvelle religion est devenue majoritaire dans l’Empire vers 350.
Julien, le neveu de Constantin, tente sans succès de rétablir le paganisme pendant son court règne (361-363). Après lui, tous ses successeurs seront chrétiens. En 380, l’Empereur Théodose proclame le christianisme religion officielle de l’Empire.

Œuvre de Marius Victorinus

Manuscrit du Commentaire de Cicéron

En plus de ses traductions de Plotin et Porphyre, Marius Victorinus a traduit et commenté des œuvres de Platon et d’Aristote. Il a également écrit des livres de grammaire et de rhétorique, ainsi qu’un commentaire de Cicéron.

Après sa conversion, il cherche à harmoniser le christianisme avec la métaphysique néoplatonicienne, notamment dans son livre De la génération du Verbe divin. Il a écrit aussi des commentaires de livres bibliques.

Le travail de synthèse entre christianisme et néoplatonisme commencé par Marius Victorinus a été poursuivi par Augustin d’Hippone. Pour eux, le salut chrétien est l’aboutissement de la quête mystique néoplatonicienne. L’influence d’Augustin est telle que toute la théologie chrétienne médiévale a été influencée par la pensée néoplatonicienne.