L'Afrique du Nord romaine

Les fils de Nubel le Maure : les révoltes de Firmus et Gildon

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Depuis les crises qui ont secoué l’Empire romain au cours du 3° Siècle, la domination romaine sur l’intérieur de l’Afrique du Nord est fragile. Firmus, un chef de tribu amazigh, en profite pour se révolter contre les Romains et se proclamer roi d’Afrique. Après sa mort, son frère Gildon, qui avait d’abord soutenu les Romains face à Firmus, se révolte à son tour.

Les enfants de Nubel

Nubel

Flavius Nubel est un chef de tribu amazigh du 4° Siècle, romanisé et chrétien. Issu de la tribu des Jubaleni (Zouaoua), il règne sur un territoire correspondant à la Kabylie actuelle. Sa forteresse, Petra (ou Maklou), était située à proximité de Bejaïa. Il est décrit par les historiens romains comme un des chefs amazighs les plus puissants de cette époque. Allié aux Romains, il a accueilli des chevaliers romains dans sa forteresse.

Nubel avait plusieurs épouses et a eu sept enfants connus. Le fait qu’il était à la fois polygame et chrétien est surprenant, étant donné que l’Eglise condamnait la polygamie. Il s’est probablement converti au christianisme à l’âge adulte : les croyants baptisés n’avaient pas le droit de prendre plusieurs épouses, mais ceux qui étaient déjà polygames lors de leur conversion pouvaient garder leurs épouses. La famille de Nubel, dont les fils se sont battus à la fois avec et contre les Romains, illustre la complexité des relations entre Rome et les tribus amazighes à cette époque.

Lorsque Nubel meurt, vers 370, son fils aîné Zammac lui succède, mais il est tué par un autre de ses fils, Firmus, qui l’accuse de lui avoir volé sa part d’héritage.

La révolte de Firmus (370-375)

Petra (Maklou), la forteresse de Firmus

Après le meurtre de son frère, Firmus se révolte contre les Romains et se proclame Empereur d’Afrique. A la tête d’une dizaine de tribus amazighes et de deux légions romaines, il prend le contrôle de toute la Maurétanie césarienne.

Dans les années ayant précédé la révolte de Firmus, Romulus, le comes (gouverneur) romain d’Afrique, s’était rendu coupable d’extorsion en contraignant les villes africaines à payer une taxe de protection contre les attaques des tribus amazighes. L’Empereur romain Valentinien, contraint de prendre des mesures à la fois contre Firmus et contre son propre comes, envoie le général Théodose l’Ancien (le père du futur Empereur Théodose) pour déposer Romulus. Firmus se montre d’abord conciliant et disposé à trouver un accord avec les Romains, mais ensuite, il tente d’assassiner Théodose. Lorsque son complot est découvert, il s’enfuit et reprend sa révolte.

Représentation fictive de Cyria, la sœur de Firmus

La révolte de Firmus est une affaire de famille : Firmus est soutenu par ses frères Mazuca et Dius et par sa sœur Cyria. Deux autres de ses frères, Gildon et Mascezel, se battent contre lui avec les Romains.

Firmus reçoit aussi le soutien des donatistes, un mouvement chrétien nord-africain considéré comme hérétique par l’Eglise officielle. Il protégeait les donatistes contre la persécution.

Les Romains craignent de se retrouver confrontés à une nouvelle guérilla longue et sanglante, comme celles de Jugurtha et de Tacfarinas. Théodose mène cependant une campagne efficace : après avoir affronté et vaincu une confédération de tribus menée par Cyria, la sœur de Firmus, près de Castellum Tingitanum (Chlef), il avance dans le désert avec une colonne d’infanterie légère, forçant Firmus à s’enfuir d’une tribu à l’autre.

Basilique Sainte-Salsa de Tipaza

En 374, Firmus assiège la ville de Tipasa, mais il ne parvient pas à s’en emparer. Selon la légende, il serait entré dans la chapelle de Sainte-Salsa, une jeune fille chrétienne tuée pour sa foi à Tipasa, pour implorer sa bénédiction, mais ses prières ont été refusées. En colère, il aurait frappé le tombeau de la martyre avec sa lance.

Vaincu à Tipasa, Firmus se réfugie dans les Monts du Hodna. Peu après, informé de la trahison d’un de ses alliés, Igmazen, le chef de la tribu Isaflenses, il se suicide pour éviter d’être capturé. Il meurt près d’Auzia (Sour el Ghozlane). Son corps est remis à Théodose par Igmazen.

Théodose, le général romain victorieux, s’installe à Carthage. Après la mort de l’Empereur Valentinien, il est exécuté en 376, pour des raisons inconnues. Son fils Théodose deviendra Empereur en 379.

La révolte de Gildon

Les deux plus jeunes frères de Firmus, Gildon et Mascezel, ont soutenu Théodose contre Firmus. En 385, le nouvel Empereur Théodose choisit Gildon comme nouveau comes d’Afrique romaine, pour le remercier de son soutien à son père. Gildon tisse des liens étroits avec l’aristocratie romaine : sa fille a épousé le neveu de l’Impératrice Flacilla. Il gouverne l’Afrique avec un large degré d’indépendance.

Corbita, navire marchand utilisé pour le ravitaillement de Rome

Sa relation avec l’Empereur Théodose commence cependant à se détériorer lorsqu’il refuse de le soutenir dans sa lutte contre l’usurpateur Eugène. Après la mort de Théodose, en 395, l’Empire est divisé entre ses deux fils : Honorius, en Occident, et Arcadius, en Orient. Deux ans après, Gildon se révolte contre Honorius et proclame son soutien à Arcadius, rattachant l’Afrique à l’Empire romain d’Orient. Il est soutenu par l’évêque donatiste Optat de Timgad (Thamugadi), qui constitue l’influence philosophique derrière son mouvement politique. Gildon met aussi en place un blocus empêchant le ravitaillement de Rome en blé produit en Afrique.

Au printemps 398, les Romains envoient une armée contre lui, commandée par son frère Mascezel. Gildon mobilise les forces romaines en Numidie et fait appel aux tribus amazighes, mais il est facilement vaincu après l’abandon de ses troupes romaines. Il est capturé à Théveste (Tebessa) et exécuté à Thabraca (Tabarka).

Mascezel, le dernier fils de Nubel, est honoré par les Romains pour avoir restauré leur domination sur l’Afrique. Il s’installe à Rome, où il est assassiné peu après par le régent impérial Stilicon, jaloux de sa popularité.

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