Le christianisme en Afrique du Nord

Le Concile de Carthage : le Canon des textes sacrés chrétiens défini à Carthage

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Carthage, la capitale de l’Afrique romaine, est devenue un centre chrétien particulièrement influent. Le Canon du Nouveau Testament, c’est-à-dire la liste des livres reconnus par l’Eglise comme inspirés par Dieu, a été officiellement défini lors d’un concile organise en 397, à Carthage.

Pourquoi en parler ?
Si les sociétés nord-africaines sont musulmanes aujourd’hui, il est néanmoins bon de se souvenir que nos ancêtres ne l’ont pas toujours été.
Par ailleurs, parler des autres livres sacrés n’est en rien contraire à l’islam. Au contraire : le Coran lui-même, parle toujours avec un grand respect des livres révélés par Dieu aux prophètes plus anciens, comme la Torah de Moïse, le Zabour de David (connu sous le nom de Psaumes) ou l’Injil de Jésus, et encourage les musulmans à les étudier. Tous ces livres sont contenus dans la Bible.

يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوٓا۟ ءَامِنُوا۟ بِٱللَّهِ وَرَسُولِهِۦ وَٱلْكتاب ٱلَّذِى نَزَّلَ عَلَىٰ رَسُولِهِۦ وَٱلْكتاب ٱلَّذِىٓ أَنزَلَ مِن قَبْلُ وَمَن يَكْفُرْ بِٱللَّهِ وَمَلَٰٓئِكَتِهِۦ وَكتابهِۦ وَرُسُلِهِۦ وَٱلْيَوْمِ ٱلْءَاخِرِ فَقَدْ ضَلَّ ضَلَٰلًۢا بَعِيدًا
Ô les croyants! Soyez fermes en votre foi en Dieu, en Son messager, au Livre qu’il a fait descendre sur Son messager, et au Livre qu’il a fait descendre avant. Quiconque ne croit pas en Dieu, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers et au Jour dernier, s’égare, loin dans l’égarement.
(Sourate 4:136)

فَإِن كُنتَ فِى شَكٍّ مِّمَّآ أَنزَلْنَآ إِلَيْكَ فَسْـَٔلِ ٱلَّذِينَ يَقْرَءُونَ ٱلْكتاب مِن قَبْلِكَ لَقَدْ جَآءَكَ ٱلْحَقُّ مِن رَّبِّكَ فَلَا تَكُونَنَّ مِنَ ٱلْمُمْتَرِينَ
Et si tu es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge alors ceux qui lisent le Livre révélé avant toi. La vérité certes t’est venue de ton Seigneur: ne sois donc point de ceux qui doutent.
(Sourate 10:94)

Origines des textes sacrés

La Bible hébraïque

Les textes sacrés hébraïques, reconnus à la fois par les juifs et les chrétiens, ont été rédigés en hébreu (avec quelques passages en araméen, une autre langue sémitique). La tradition juive les divise en trois parties : la Torah (תּוֹרָה), ou Loi ; les Nevi’im (נביאים), ou Prophètes ; et les Ketouvim (כְּתוּבִים), ou Ecrits. Ensemble, ils constituent le Tanakh.

Le Canon de la Bible hébraïque est centré sur la Torah, le texte sacré le plus ancien, dont l’autorité était reconnue incontestablement dès le 5° Siècle avant notre ère. Le consensus autour des autres livres sacrés a été défini progressivement. La liste canonique la plus ancienne est celle de Flavius Josèphe, vers 95, qui cite tous les livres que nous connaissons aujourd’hui.

Manuscrit de la Septante

Au 3° Siècle avant notre ère, la communauté juive d’Alexandrie, en Egypte, a traduit la Bible hébraïque en grec. Cette traduction grecque est appelée la Septante à cause des 70 traducteurs qui ont travaillé à la produire. La Septante marque une rupture théologique fondamentale dans la théologie juive : avec la traduction de ses écrits sacrés en grec, la langue vernaculaire du monde méditerranéen, le judaïsme est passé d’une religion tribale, centrée sur la révélation divine accordée à un seul peuple, à une religion universelle, dont le message s’adresse à tous les hommes.

La Septante contient un certain nombre de livres additionnels, plus récents, qui ne figurent pas dans la Bible hébraïque. Ces livres n’ont jamais été reconnus par les Juifs comme ayant la même autorité que la Bible hébraïque. Certaines éditions de la Bible les impriment cependant en annexe, sous le nom de « livres deutérocanoniques » (deuxième Canon).

La Bible chrétienne

Le mot grec Evangelion (Bonne Nouvelle) désigne le cœur du message chrétien

Les premiers chrétiens ont repris la Septante grecque. Ils appellent l’ensemble de ces livres Ancien Testament (Ancienne Alliance, par opposition à la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes instaurée par Christ), la première partie de la Bible chrétienne.

En plus des livres hérités des juifs, les chrétiens avaient aussi de nouveaux textes sacrés, rédigés en grec : les Evangiles (mentionnés dans le Coran sous le nom d’Injil), qui racontent la vie de Jésus-Christ, ainsi que d’autres livres écrits par les premiers apôtres. Ces livres constituent le Nouveau Testament, la deuxième partie de la Bible chrétienne.

Transmission des manuscrits

Manuscrit biblique copte

Dès ses débuts, la foi chrétienne était fondée sur l’appel à annoncer la Bonne Nouvelle du salut en Christ à tous les hommes, dans le monde entier. Par conséquent, partout où les chrétiens allaient, ils emportaient avec eux des manuscrits copiés à la main de leurs textes sacrés. Les prédicateurs encourageaient les nouveaux croyants à copier eux-mêmes leurs propres manuscrits. Pour cette raison, on a retrouvé une abondance de manuscrits à travers tout le monde romain et au-delà : en plus des 5800 manuscrits et fragments grecs connus, on dispose de plus de 10000 manuscrits latins et plus de 9000 en d’autres langues, comme le copte (1000-1500 manuscrits) ou le syriaque.

Papyrus 52 : le plus ancien manuscrit connu du Nouveau Testament (Source)

Le plus ancien fragment connu de manuscrit du Nouveau Testament a été découvert en Egypte en 1935. Il date des années 125-150 et contient quelques versets de l’Evangile selon Jean. (Source) Ce manuscrit a été copié quelques dizaines d’années à peine après la rédaction de l’original. Pourtant, il avait déjà voyagé jusqu’en Egypte !

Onze fragments de manuscrits pourraient été remonter au 2° Siècle de l’ère chrétienne (soit moins d’un siècle après la rédaction des textes originaux), même si seulement quatre d’entre eux ont été datés de cette époque avec certitude par les spécialistes. (Source)

Le plus ancien manuscrit quasi complet d’un Evangile est le Papyrus 66, retrouvé en Egypte. Daté de l’an 200 environ (soit un peu plus d’un siècle après l’original), il contient presque tout l’Evangile de Jean. (Source)

Manuscrit de la Vetus Latina

En plus de la diffusion de manuscrits, les premiers chrétiens étaient également actifs dans la traduction de leurs textes sacrés dans de nouvelles langues, afin de permettre à tous les peuples du monde de le lire dans leur langue maternelle. La première traduction de la Bible en latin, la Vetus Latina, a probablement été réalisée à Carthage, au début du 3° Siècle. Une traduction en punique et en libyque (tamazight antique) n’est pas documentée, mais plausible. (Source)

Les plus anciens manuscrits étaient écrits sur des feuilles de papyrus, une forme de papier produite en Egypte à partir des tiges de papyrus, une plante qui pousse sur le bord du Nil. Le papyrus se conserve difficilement sur de longues périodes, ce qui explique pourquoi tous les manuscrits les plus anciens sont très fragmentaires. Vers le 3°-4° Siècle, le papyrus a été remplacé par un nouveau support d’écriture, plus résistant : le parchemin, produit à partir de peaux d’animaux. Par conséquent, à partir de cette époque, on commence à trouver des manuscrits plus complets.

Codex Vaticanus : le plus ancien manuscrit biblique complet

Trois manuscrits particulièrement bien conservés, datant du 4° et du 5° Siècle, sont considérés comme les copies les plus anciennes de la Bible chrétienne complète. Le Codex Vaticanus, daté de 300-350, est conservé à la bibliothèque du Vatican. Le Codex Sinaiticus (sur l’image de couverture de cet article), daté de 325-360, se trouvait en Egypte, au Monastère Sainte-Catherine, au pied du Mont Sinaï, jusqu’au 19° Siècle, lorsqu’il a été « découvert » (et, selon le monastère, volé) par le biblique allemand Constantin von Tischendorf. Il est aujourd’hui conservé au British Library, à Londres. Le Codex Alexandrinus, daté de 400-440, est originaire d’Alexandrie et également conservé au British Library.

Fiabilité des manuscrits

Avec des textes copiés à la main d’innombrables fois, souvent par des croyants qui n’étaient pas forcément très éduqués, les erreurs sont inévitables. Des différences existent entre les manuscrits, y compris entre les trois grands codex mentionnés ci-dessus. Comment peut-on donc savoir si les textes dont nous disposons aujourd’hui sont fidèles à l’original ?

Manuscrit de Qumran

Pour ce qui est de la Bible hébraïque, on peut citer les Manuscrits de la Mer Morte. En 1946, des bergers bédouins ont découvert par hasard, à Qumran, en Palestine, des rouleaux de papyrus dans une grotte près de la Mer Morte. Les archéologues venus examiner leur découverte ont trouvé une collection de plus de 900 manuscrits datant du 3° Siècle avant notre ère au 1er Siècle de notre ère. Ces rouleaux, qui appartenaient à la secte juive des Esséniens, comprennent notamment les plus anciens manuscrits connus de tous les livres de la Bible hébraïque, y compris les livres deutérocanoniques, ainsi que d’autres textes religieux juifs. Les rouleaux de Qumran dont la découverte archéologique la plus extraordinaire du 20° Siècle ! Il n’y a aucune différence significative entre ces manuscrits et les livres bibliques tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Pour la Bible chrétienne, la réponse se trouve précisément dans le très grand nombre de manuscrits existants. On a retrouvé plus de 5000 manuscrits grecs de la Bible, sans compter les traductions. Ce grand nombre de manuscrits permet de comparer les textes entre eux. De plus, les plus anciens de ces manuscrits sont très proches chronologiquement des textes originaux : les plus anciens manuscrits complets remontent à 3 siècles seulement après l’original, certains fragments sont encore plus anciens, ce qui prouve leur fiabilité.

L’analyse critique des manuscrits bibliques, ou critique textuelle, est une science très complexe, qui permet de comparer les manuscrits existants, afin de repérer et de corriger les erreurs, pour reconstituer autant que possible le texte original. Si, par exemple, seul un petit nombre de manuscrits contient une variation par rapport à la grande majorité des manuscrits, on peut en déduire que la version majoritaire est authentique. Si une variation n’apparaît que dans des manuscrits récents, on peut en déduire qu’il s’agit d’une erreur et que les manuscrits plus anciens ont raison. Ainsi, les spécialistes ont pu reconstituer avec un degré de certitude élevé plus de 99% du texte original. Pour les quelques divergences restantes entre les manuscrits considérés comme les plus fiables, aucune ne concerne une doctrine majeure.

La constitution du Canon biblique

Fragment de Muratori

Comme pour la Bible hébraïque, les premiers chrétiens ont dû décider lesquels, parmi les nombreux livres en leur possession, devaient être considérés comme inspirés de Dieu. Les critères de sélection était très simples : un livre inspiré devait avoir été écrit par un apôtre ou quelqu’un qui a connu les apôtres, à l’époque des apôtres, et être conforme à la doctrine des apôtres. La liste des livres reconnus comme inspirés est appelée le Canon, du grec kanôn (κανών), une tige de roseau employée pour déterminer la longueur d’un objet.

La plupart des livres, notamment les quatre Evangiles, les Actes des Apôtres et les épîtres de l’apôtre Paul, ont toujours été reconnues par l’ensemble des chrétiens. D’autres livres étaient débattus, comme l’Epître aux Hébreux (parce qu’elle est anonyme) et l’Apocalypse. Enfin, certains croyants tenaient pour inspirés d’autres livres qui n’ont finalement pas été retenus, le plus souvent parce qu’ils n’ont pas été écrits par les apôtres, mais par la génération suivante.

Canon de Muratori

La plus ancienne liste de livres sacrés chrétiens est contenue dans le Fragment de Muratori, un texte écrit vers 170-200 par l’Eglise de Rome. Cette liste mentionne 21 sur les 27 livres du Nouveau Testament actuel, avec deux livres qui n’en font pas partie. La plupart des livres manquants sont très courts, si bien qu’ils n’étaient probablement pas connus partout à cette époque. Le Fragment de Muratori mentionne aussi des livres qu’il rejette.

Le théologien Origène d’Alexandrie, le père de l’exégèse biblique, ne nous a pas laissé de liste des livres qu’il tenait pour sacrés, mais il a écrit des commentaires de tous les livres de la Bible actuelle.

Après la Réforme constantinienne, l’Eglise a dû définir officiellement quels étaient les livres qu’elle reconnaissait pour sacrés. Le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus, les deux plus anciennes Bibles complètes, contiennent tous les livres de la Bible actuelle, ce qui montre que ces livres faisaient consensus. Une lettre de l’évêque Athanase d’Alexandrie, écrite en 367, reprend également la même liste de livres.

Le Concile de Carthage – Image créée par ChatGPT

La décision finale a cependant été prise en Afrique du Nord : en 393, un synode d’évêques réunis à Hippone (Annaba) a approuvé officiellement le Canon de la Bible chrétienne, tel qu’il existe encore aujourd’hui. A ce moment-là, Augustin n’est pas encore évêque d’Hippone, mais il sert déjà comme prêtre dans la ville et il a certainement participé au synode. La décision de ce synode est confirmée en 397, par le Concile de Carthage, puis envoyée à l’Eglise de Rome pour recevoir leur approbation.

Vers la même époque, le théologien chrétien Jérôme de Stridon travailla pendant plus de 20 ans, de 382 à 405, à la retraduction de la Bible entière en Latin. Pour cette tâche, il s’installa à Bethléhem, dans une grotte supposée être le lieu de naissance de Christ, où l’Eglise de la Nativité fut construite par la suite. Pour l’Ancien Testament, il traduisit les textes originaux hébreux, pas la Septante grecque, un usage repris par les autres traducteurs de la Bible après lui. Sa traduction, connue sous le nom de Vulgate, est la traduction biblique officielle de l’Eglise catholique jusqu’à aujourd’hui. Jérôme est considéré comme le patron des traducteurs.

La Bible en Afrique du Nord aujourd’hui

L’histoire de la Bible en Afrique du Nord ne s’est pas terminée avec le Concile de Carthage, ni même après l’arrivée de l’islam. En avril dernier, une équipe de traducteurs marocains a publié la première traduction de la Bible complète en darija marocain. (Source) Cette Bible en darija, fruit de 30 années de travail, est destinée en premier lieu à la minorité chrétienne marocaine, mais aussi à tous les Marocains désireux de découvrir un texte tenu en haute estime par le Coran, le livre le plus lu dans le monde entier depuis 2000 ans. Elle peut être lue sur cette application.

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Synesios de Cyrène : un philosophe néoplatonicien de Cyrène

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Synesios de Cyrène, un philosophe néoplatonicien originaire de Cyrénaïque, est la dernière grande figure de cette région jadis très influente. Originaire de Balagrae (El-Bayda), il a été ambassadeur de la Cyrénaïque à la cour impériale. Après une prestigieuse carrière politique, il est même devenu évêque de Ptolémaïs vers la fin de sa vie. Son œuvre cherche à concilier la pensée classique gréco-latine avec la théologie chrétienne.

Origines

Synesios de Cyrène

Synesios est né vers 370, près de Balagrae (El-Bayda). Il est le fils aîné d’une vieille famille noble d’origine grecque, qui se prétend descendante des rois de Sparte. Il grandit dans le domaine familial sur le Jebel Akhdar, en pleine nature, où il découvre les plaisirs de la vie rurale. En même temps, il reçoit une éducation d’élite, à Cyrène, puis à Alexandrie.

A cette époque, la Cyrénaïque, une région jadis prospère, est en déclin. La ville de Cyrène, affaiblie par le tremblement de terre de 365, puis par les attaques récurrentes des tribus amazighes environnantes, a été remplacée par Ptolémaïs comme capitale provinciale. Dans ce contexte, le jeune Synesios se découvre une vocation : préserver la civilisation gréco-romaine en Cyrénaïque.

Hypatie d’Alexandrie

Dans sa jeunesse, Synesios est envoyé par sa famille poursuivre ses études à Alexandrie avec son frère Euoptios. Dans la capitale égyptienne, Synesios devient disciple de la célèbre philosophe Hypatie, qui lui fait découvrir la philosophie néoplatonicienne. Toute sa vie, il gardera une profonde admiration pour Hypatie. Une des lettres qu’il lui a écrites contient la plus ancienne mention de l’hydromètre, un outil de mesure des liquides qu’elle a fabriqué.

Vers 395, il voyage à Athènes. Si ses attentes quant à ce séjour dans la ville des philosophes étaient très élevées, il reviendra à Cyrène déçu. Ce voyage lui fait prendre conscience du déclin de la tradition intellectuelle hellénistique.

Mission à Constantinople

Vers 398, Synesios est envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour impériale, pour plaider la cause de ses concitoyens et demander une exemption d’impôts à l’Empereur, afin de permettre à la région de se reconstruire. Dans son adresse à l’Empereur Arcadius, il lui adresse des conseils sur comment régner avec sagesse, en insistant surtout sur l’importance de la lutte contre la corruption. Après de longues tractations diplomatiques, il finit par obtenir gain de cause. Il gardera de cette expérience un profond malaise à l’égard des intrigues politiques de la cour impériale, qui mettent à mal l’idéalisme du jeune philosophe.

Astrolabe

A Constantinople, il prend contact avec Paeonius, un officier militaire de l’entourage de l’Empereur, qui s’intéresse aux expérimentations scientifiques d’Hypatie. Comme cadeau d’introduction, il lui offre un outil scientifique qu’il a fabriqué à Alexandrie : un astrolabe, qui permet de mesurer la position des étoiles. Dans un essai qui accompagne ce cadeau, il exhorte les autorités civiles et militaires à s’intéresser à la science et à la philosophie.

C’est probablement aussi pendant ce séjour à Constantinople qu’il a eu ses premiers contacts significatifs avec le christianisme, très influent à la cour impériale. La nouvelle religion était déjà majoritaire dans le monde romain, y compris en Cyrénaïque, mais sa famille fait partie de la vieille élite qui demeure attachée aux anciennes traditions religieuses. Sa découverte du christianisme, loin de marquer une rupture avec cet héritage, l’amènera au contraire à chercher à préserver la pensée classique gréco-romaine en l’intégrant à la pensée chrétienne.

Carrière à Alexandrie et en Cyrénaïque

Alexandrie

Synesios retourne à Cyrène en 402. L’année suivante, il se marie, à Alexandrie. Son épouse, dont on ne connaît pas le nom, est issue d’une famille alexandrine influente et chrétienne. Ils auront trois enfants, qui mourront tous avant lui. Les lettres de Synesios montrent qu’il aimait profondément son épouse et était très attaché à sa famille. Il a écrit un poème en l’honneur de son épouse.

Au cours des prochaines années, Synesios partage son temps entre Alexandrie, où vit sa famille, et sa Cyrénaïque natale. En Cyrénaïque, sa principale préoccupation est la défense des villes contre les attaques des tribus amazighes de la région. En 409, il écrit une lettre à Troïlus, un philosophe de la cour du préfet du prétoire Anthémius, pour lui demander d’intervenir auprès d’Anthémius afin qu’il protège la Cyrénaïque contre ces attaques. A Alexandrie, il se lie d’amitié avec l’évêque Théophile, qui a peut-être officié à son mariage.

Pour ce qui est de son cheminement spirituel, Synesios se rapproche de plus en plus de la foi chrétienne, sans jamais rompre avec ses racines hellénistiques. La foi de son épouse, ainsi que son amitié avec l’évêque Théophile d’Alexandrie, joueront certainement un rôle déterminant dans sa conversion progressive. En même temps, il demeure très proche d’Hypatie, qui, bien que païenne, est tolérante des chrétiens et a beaucoup d’étudiants chrétiens. Quelques années après son mariage, Synesios finit par demander le baptême.

Evêque de Ptolémaïs

Ruines d’une église à Ptolémaïs

En 410, son ami l’évêque Théophile d’Alexandrie choisit Synesios comme nouvel évêque de Ptolémaïs. En tant qu’évêque de la capitale de la Cyrénaïque, il aurait autorité sur tous les évêques de la province. Cette nomination est surprenante : Synesios, malgré sa formation de philosophe classique, n’a pas une connaissance approfondie des textes sacrés chrétiens. Il est possible qu’il n’était même pas encore baptisé ! Malgré cela, Théophile estime que l’Eglise a besoin de responsables avec son niveau d’éducation, afin de gérer l’influence chrétienne croissante dans la société. Synesios n’est pas un cas unique à cette époque, où beaucoup de jeunes nobles récemment convertis ont pris des responsabilités dans l’Eglise.

Synesios hésite à accepter cette nomination. D’abord, alors que la plupart des responsables chrétiens de cette époque sont célibataires, il ne veut pas avoir à renoncer à sa famille. Ensuite, certaines de ses idées, notamment la préexistence de l’âme, une notion néoplatonicienne fondamentale, sont en contradiction avec la doctrine chrétienne officielle. Il finit par accepter, à condition de ne pas devoir se séparer de son épouse et de ne pas être contraint de confesser certaines doctrines chrétiennes auxquelles il ne croit pas, comme la création de l’âme, la résurrection des corps et la future destruction du monde. En échange de ces concessions, il s’engage à ne pas prêcher publiquement ses idées qui vont à l’encontre de la doctrine officielle. Le fait que cet arrangement ait été accepté indique la souplesse doctrinale des autorités ecclésiales chrétiennes à cette époque.

Ruines d’une église à Ptolémaïs

En tant qu’évêque, il s’est opposé à Andronique, le préfet de Cyrénaïque, un tyran qui avait eu recours à la torture contre des citoyens innocents. Après l’avoir appelé à plusieurs reprises à se repentir, il l’a finalement excommunié (exclu de l’Eglise). Cette décision aurait pu lui coûter sa vie, mais il a tenu ferme contre les injustices dont ses concitoyens étaient victimes. Synesios témoigne dans une lettre que dans cette affaire, il a été tenté de renoncer à sa charge d’évêque, surtout lorsqu’un de ses amis, trésorier des fonds publics, a été emprisonné par Andronique, mais au final, il en est sorti encore plus déterminé à continuer.

Il a également dû résoudre un conflit entre les évêques de Darnis (Derna) et Erythron (El-Athroun), à propos d’une église située sur la frontière entre leurs deux diocèses. Ses compétences en administration civile lui ont été utiles dans cette affaire. Sa médiation montre son attachement à la paix et à l’harmonie au sein de l’Eglise.

En 411, Ptolémaïs est attaquée et détruite par les tribus amazighes. En exil, Synesios écrit la Catastase, une lamentation sur la chute de la Cyrénaïque.

En 413, Synesios perd son troisième et dernier fils, une autre expérience qui l’a profondément endeuillé. Il meurt lui-même en 414, à environ 44 ans. Sur son lit de mort, il a écrit une dernière lettre à Hypatie, qui sera tuée l’année suivante.

Œuvre

Les œuvres les plus connues de Synesios sont ses neuf Hymnes, des poèmes d’inspiration néoplatonicienne, décrivant la quête mystique de l’âme humaine qui cherche à s’unir à Dieu. Les premiers Hymnes ont été écrits alors qu’il n’était pas encore chrétien, puis les suivants marquent l’évolution de sa pensée, avec l’intégration d’idées chrétiennes à sa spiritualité néoplatonicienne. Toute son œuvre constitue une synthèse unique et fascinante entre christianisme et néoplatonisme.

La vie de Synesios est connue surtout par ses 159 Lettres, adressées à sa femme, à son frère, à Hypatie, à Théophile d’Alexandrie, à d’autres évêques, etc. Ces lettres offrent aussi un bel aperçu de la noblesse de son caractère.

Une de ses lettres est la dernière mention du silphium : il dit que cette plante n’existe plus à son époque et fait de sa disparition une des causes du déclin de sa Cyrénaïque natale.

Dans ses lettres, il mentionne aussi des poésies qu’il a écrites, qui sont perdues.

Nous avons déjà mentionné son discours De la royauté, adressé à l’Empereur Arcadius, ainsi que son essai sur la fabrication de l’astrolabe. Pendant son séjour à Constantinople, il a également écrit  un poème allégorique sur la lutte entre l’Empire romain et les Goths, qui s’interroge sur les raisons pour lesquelles Dieu permet le mal.

Toute sa vie, Synesios était fasciné par les rêves, qu’il voyait comme un moyen pour l’âme de découvrir des vérités cachées et de communiquer avec Dieu. Vers 405, il a écrit un traité sur l’interprétation des rêves.

Un autre ouvrage, humoristique, est De la calvitie, dans lequel il argumente qu’être chauve vaut mieux que d’avoir des cheveux, car un crâne chauve ressemble davantage à une sphère, la plus parfaite de toutes les formes.

De ses années en tant qu’évêque, deux homélies (prédications d’église) ont été conservées, qui offrent un aperçu de son interprétation des textes sacrés chrétiens.

Après la destruction de Ptolémaïs, il a écrit la Catastase, une lamentation sur la chute de la Cyrénaïque.

Enfin, il a écrit un livre, perdu, sur l’élevage des chiens de chasse. La chasse était sa grande passion, à laquelle il a renoncé à contrecœur lorsque ses responsabilités ne lui permettaient plus de la pratiquer.

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Hypatie : la dernière philosophe d’Alexandrie

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Hypatie d’Alexandrie est une philosophe néoplatonicienne, mathématicienne et astronome du 4°-5° Siècle, qui dirigeait l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Réputée pour son savoir, elle était respectée de tous pour la sagesse de son enseignement et de ses conseils. Elle est la première femme mathématicienne dont la vie est aussi bien documentée.

Née entre 355 et 370, selon les sources, Hypatie était la fille du mathématicien Théon d’Alexandrie. Son père est à la tête du Mouseion, une école néoplatonicienne de haute renommée. Bien qu’elle avait beaucoup de prétendants, elle ne s’intéressait pas aux hommes et ne s’est jamais mariée (d’après une légende, elle aurait donné à un prétendant trop insistant un tissu imbibé de son sang menstruel).

Hypatie enseignait les mathématiques et l’astronomie à des étudiants originaires de tout le bassin méditerranéen. Elle-même païenne, elle était très tolérante à l’égard des chrétiens et a eu beaucoup d’étudiants chrétiens, dont de futurs évêques. Son étudiant le plus connu est Synesios de Cyrène, qui lui voue une profonde admiration.

Pour ce qui est de son œuvre, elle a écrit notamment un commentaire des Arithmétiques de Diophante d’Alexandrie et un autre sur le traité d’Apollonios de Perge sur les sections coniques. Elle a certainement participé aussi à l’édition de l’Almageste de Claude Ptolémée par son père. Elle savait construire des astrolabes (instruments servant à calculer la date et l’heure en se basant sur la position des planètes) et des hydromètres (instruments servant à déterminer la densité d’un liquide). En astronomie, elle a surtout travaillé sur le calcul de la date de l’équinoxe.

Portrait fictif d’Hypatie, par Alfred Seifert

Hypatie était une figure connue et respectée de tous à Alexandrie. L’historien chrétien Socrate le Scolastique parle d’elle en des termes très élogieux : « Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu’elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l’école de Platon et de Plotin, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l’écouter. Grâce à son contrôle d’elle-même et à la facilité avec laquelle elle avait développé la culture de son esprit, elle n’hésitait pas à fréquemment apparaître en public, en présence des magistrats. Elle ne se sentait pas non plus décontenancée à l’idée de se rendre à une assemblée d’hommes, ce qu’elle faisait toujours, sans perdre sa pudeur, ni sa modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. » Pourtant, elle a été victime de l’intolérance croissante du christianisme alexandrin, avide de s’imposer face à l’ordre ancien.

En 412, l’évêque Théophile d’Alexandrie meurt et son neveu Cyrille lui succède. Alors que Théophile semble avoir été en bons termes avec Hypatie, Cyrille se méfie d’elle. En 414, après plusieurs incidents violents entre juifs et chrétiens à Alexandrie, l’évêque Cyrille fait fermer toutes les synagogues de la ville et chasse sa population juive. Ces mesures choquent Oreste, le gouverneur de la ville et un ami proche d’Hypatie. Oreste, lui-même récemment converti au christianisme, partage le désir d’Hypatie de coexistence pacifique entre chrétiens, juifs et païens. En même temps, il s’inquiète de voir l’évêque outrepasser ses prérogatives en empiétant sur celles des autorités civiles, avec le soutien des classes populaires alexandrines, fortement chrétiennes et de plus en plus fanatisées.

Le conflit entre l’évêque et le gouverneur dégénérera en affrontement violent, dans lequel Cyrille peut compter sur le soutien des moines (parabalani) du désert de Nitrie, au Sud-Ouest d’Alexandrie. Lors d’une émeute, un moine du nom d’Ammonius lance une pierre sur Oreste et le blesse à la tête. Furieux, Oreste le fait torturer si sévèrement qu’il en meurt. Cyrille veut le proclamer martyr, mais la majorité des chrétiens s’y oppose, ce qui attisera encore les tensions.

La mort d’Hypatie

Dans ce contexte, des rumeurs commencent à se répandre, selon lesquelles Hypatie, qui conseille le gouverneur, empêche toute réconciliation entre lui et l’évêque. Les moines, furieux, s’emparent d’elle et la tuent. Voici le récit de son meurtre par Socrate le Scolastique : « Au cours de la fête chrétienne du Carême en mars 415, les parabalani, sous les ordres du Lecteur nommé Pierre, ont attaqué Hypatie alors qu’elle rentrait chez elle. Ils l’ont traînée au sol jusqu’à une église voisine connue sous le nom de Caesareum, où ils l’ont déshabillée de force, puis l’ont tuée avec des ostraka. Ils ont ensuite découpé son corps en morceaux puis ont traîné ses membres mutilés à travers la ville jusqu’à un endroit appelé Cinarion, où ils ont mis le feu à ses restes. »

L’évêque Cyrille est-il lui-même à l’origine de la mort d’Hypatie ? Les moines ont-ils agi sous ses ordres ou de leur propre initiative ? Sur ce point, le débat entre spécialistes n’est pas définitivement clos. Quoi qu’il en soit, les mesures intolérantes qu’il avait ordonnées ont clairement contribué à l’atmosphère délétère qui a poussé les moines à passer à l’acte.

Socrate le Scolastique n’affirme pas que Cyrille a ordonné le meurtre d’Hypatie, mais il rapporte que sa mort a beaucoup nui à la popularité de l’évêque : la majorité des chrétiens alexandrins appréciaient Hypatie et étaient choqués par son meurtre.

Le christianisme en Afrique du Nord

Le christianisme au-delà de l’Afrique romaine

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L’histoire du christianisme, en Afrique du Nord comme ailleurs, est largement associée à celle de l’Empire romain. Pourtant, dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, il y avait des chrétiens aussi parmi les tribus amazighes au-delà des frontières romaines, dans les montagnes de l’Atlas et le désert du Sahara. Des vestiges d’églises ont été retrouvés dans de minuscules villages qui n’étaient même pas répertoriés par l’administration romaine.

Débuts

Tertullien de Carthage, le premier témoin d’une présence chrétienne africaine au-delà des frontières romaines

La première mention d’une présence chrétienne en Afrique, au-delà des limes romaines, remonte au début du 3° Siècle, lorsque l’écrivain chrétien Tertullien de Carthage parle des « différentes races des Gétules, les frontières multipliées des Maures, […] inaccessibles aux Romains, mais subjuguées par le Christ ». Il y avait donc dès son époque des chrétiens parmi les Gétules et les Maures du Sud, au-delà de la Maurétanie romaine.

Comment le christianisme s’est-il répandu dans ces régions ? Le plus souvent, des commerçants amazighs qui venaient vendre leurs marchandises dans les villes côtières, ou des ouvriers agricoles qui travaillaient sur des fermes en Afrique romaine, découvraient la foi chrétienne, puis retournaient l’apporter à leur famille et à leur tribu. D’autres fois, des chrétiens qui avaient été faits prisonniers lors de raids aux frontières romaines prêchaient leur foi aux tribus au milieu desquelles ils vivaient désormais.

Parfois aussi, les autorités romaines exilaient des responsables chrétiens dans des oasis et régions isolées du désert, qui prêchaient ensuite leur foi aux habitants de ces régions. C’est ainsi que le christianisme est parvenu dans l’oasis de Siwa.

La principale ville de Maurétanie du Sud, hors des frontières romaines, était Tamusiga (Essaouira). On n’a retrouvé aucune trace d’une communauté chrétienne à Tamusiga à l’époque romaine, mais les liens avec la Maurétanie romaine rendent une telle présence probable. De même, une présence chrétienne chez les Amazighs Guanches des Îles Canaries n’est pas avérée, mais plausible au vu des liens entre les îles et le continent.

En dehors des grandes villes romanisées, les Amazighs d’Afrique du Nord étaient hostiles au pouvoir romain, qui persécutait également les chrétiens. Ainsi, les Amazighs voyaient le christianisme comme une religion de résistance à Rome.

La rupture

Après la christianisation de l’Empire romain, au cours du 4° Siècle, l’Eglise d’Afrique romaine se souciait davantage de maintenir son nouveau statut de religion officielle que d’annoncer le message chrétien au-delà des frontières romaines. Le christianisme, désormais associé à l’administration romaine, ne séduisait plus les « hommes libres » de l’intérieur.

Augustin d’Hippone discute avec les donatistes

Le christianisme donatiste, considéré comme hérétique par l’Eglise romaine, a connu bien plus de succès, notamment parce qu’il exprimait la foi chrétienne dans les langues locales, tandis que l’Eglise romaine employait uniquement le latin. Aux 4° et 5° Siècles, les donatistes étaient bien plus nombreux que les chrétiens romains, avec des communautés donatistes dans toute l’Afrique du Nord. Le donatisme était directement lié au nationalisme amazigh : tant que les Romains persécutaient les chrétiens, les Amazighs se convertissaient en masse au christianisme ; maintenant que les Romains voulaient les contraindre à être des chrétiens romains, ils préféraient un christianisme différent.

Par la suite

Après la conquête vandale, des chrétiens vendus comme esclaves par les Vandales à des tribus éloignées ont converti leurs nouveaux maîtres. C’est le cas de la tribu des Caprapicti, au Sud de la Tunisie. Les racines chrétiennes légendaires de certaines tribus amazighes, comme les Sanhaja du Rif ou les Regraga du Nord d’Essaouira, remontent peut-être à l’influence de tels captifs.

La reconquête de l’Afrique du Nord par les Byzantins, au 6° Siècle, a ouvert la voie à un nouvel élan missionnaire vers l’intérieur du continent. Des prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine ont annoncé le message chrétien dans les oasis de Cydamus (Ghadamès) et d’Augila (Awjila). En 569, les Garamantes du Fezzan se sont convertis au christianisme. A la même époque, le christianisme a pénétré au Sud de l’Algérie et du Maroc actuels, au-delà d’une frontière romaine qui n’existait plus.

Vestiges archéologiques

Beaucoup de tribus amazighes de l’Atlas ou des plaines côtières du Maroc actuel étaient chrétiennes. Certains chefs de tribu ont laissé à la postérité des témoignages de leur allégeance à Christ. Ainsi, une inscription découverte sur la route de Constantine à Jijel mentionne le roi des Ucutamani (Ketama), qui régnait sur la Kabylie, avec le titre de « serviteur de Dieu ».

Stèle de Djorf Torba ; le personnage de droite tient une croix

A Djorf Torba, dans la wilaya algérienne de Béchar, un monument, construit vers la fin du 5° ou le début du 6° Siècle, contient une série de stèles, dont l’une montre un homme qui tient une croix dans sa main. (Source)

Les fameux djeddars, treize mausolées funéraires au Sud de Tiaret, en Algérie, contiennent également des symboles chrétiens, attestant que leurs constructeurs, des aguellid maures du 5° Siècle, étaient chrétiens. (Source)

En plus de ces monuments, on retrouve des inscriptions chrétiennes plus simples jusque dans l’oasis de Figuig et dans la plaine du Souss.

Le christianisme en Afrique du Nord

Les donatistes : un autre christianisme nord-africain

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Aux 4° et 5° Siècles, la vaste majorité de la population d’Afrique du Nord était chrétienne, mais appartenait à un courant religieux considéré comme hérétique par l’Eglise officielle : le donatisme, né en Afrique comme un mouvement de protestation des populations autochtones contre l’emprise romaine sur les affaires religieuses.

Contexte

Au tout début du 4° Siècle, l’Eglise chrétienne dans l’Empire romain est frappée par une nouvelle vague de persécution, la pire de toutes. Les lieux de culte chrétiens sont détruits, leurs textes sacrés brûlés et plus de 3000 croyants mis à mort pour leur foi. L’Eglise d’Afrique romaine est particulièrement touchée, ce qui lui vaut son surnom d’ « Eglise des martyrs ».

Constantin, le premier Empereur chrétien

En 311, les Empereurs Galère (en Orient) et Constantin (en Occident) signent un édit de tolérance qui met fin aux persécutions : pour la première fois dans l’histoire, les chrétiens peuvent pratiquer leur foi librement. L’année suivante, en 312, l’Empereur Constantin lui-même se convertit au christianisme.

Les chrétiens de l’Empire romain ont vécu ces changements comme un immense soulagement. Ils auront cependant aussi des conséquences inattendues : maintenant que l’Empereur est chrétien, l’Eglise sera de plus en plus influencée par la politique impériale romaine, au détriment de sa vocation spirituelle. Ce développement ne plaît pas aux peuples qui, comme les Amazighs d’Afrique du Nord, sont hostiles à la domination romaine et attachés à leur liberté.

Naissance du donatisme

La controverse donatiste a commencé comme une querelle théologique sur l’attitude que l’Eglise doit adopter face aux croyants qui, pendant la persécution, avaient renié leur foi sous la contrainte. Cette question préoccupait déjà l’Eglise au siècle précédent, à l’époque de l’évêque Cyprien de Carthage.

Portrait tardif de Donatus

En 311, juste après la fin des persécutions, un diacre de Carthage, Cécilien, est choisi comme le nouvel évêque de la ville. Certains chrétiens protestent contre cette nomination : Cécilien est accusé d’avoir livré des textes sacrés aux autorités romaines pendant la persécution, pour qu’ils soient brûlés. Pour les adversaires de Cécilien, un homme coupable d’une telle faute ne peut exercer des responsabilités dans l’Eglise. 70 évêques de Numidie, réunis secrètement à Carthage, choisissent un autre évêque, Mensurius. Lorsque celui-ci meurt peu après, Donatus, auparavant évêque de Casae Nigrae (Negrine, wilaya de Tebessa, Algérie), est choisi pour lui succéder. Le charismatique Donatus deviendra le chef de file du mouvement.

Ruines d’une église à Tipasa, Algérie

Deux ans après, un concile d’église présidé par l’évêque de Rome condamne le donatisme. Cécilien est innocenté des accusations contre lui et reconnu comme le seul évêque légitime de Carthage. Le concile affirme aussi que la validité des sacrements ne dépend pas de la dignité des hommes qui les administrent, mais de Dieu qui agit à travers ces hommes, si bien que, même si Cécilien était effectivement coupable, cela n’empêche pas Dieu de continuer à manifester sa grâce à l’Eglise par son intermédiaire.

Eglise donatiste, Sbeïtla, Tunisie

Les donatistes persistent néanmoins dans leur refus de se soumettre à un évêque qu’ils jugent indigne. A travers toute l’Afrique romaine, de plus en plus d’évêques rejoignent leur camp avec leurs fidèles. D’autres groupes chrétiens dissidents plus anciens les rejoignent également. Toute l’Eglise chrétienne d’Afrique du Nord est divisée : dans beaucoup de villes, on peut trouver aujourd’hui les ruines de deux églises, une catholique (romaine) et une donatiste, souvent situées côte à côte. Au-delà de la question théologique à l’origine du conflit, les chrétiens nord-africains refusent surtout de se voir imposer leurs choix par l’Eglise de Rome.

Donatistes et catholiques se réclament tous deux de l’héritage de Tertullien et Cyprien de Carthage : les premiers évoquent leur insistance sur la sainteté et l’intransigeance avec le péché, tandis que les autres font appel à leur enseignement sur l’unité de l’Eglise.

Alors que les catholiques emploient uniquement le latin pour le culte chrétien, les donatistes se servent des langues amazighes locales, ce qui explique certainement leur succès.

Avec le temps, des foules de plus en plus nombreuses affluent dans les églises donatistes : esclaves en fuite, paysans sans terres, Amazighs des campagnes hostiles à la présence romaine sur leurs terres ancestrales… Le donatisme deviendra rapidement majoritaire en Afrique du Nord. C’est à cette époque que le christianisme pénétrera le plus loin vers l’intérieur des terres. Avec sa popularité, le mouvement perdra cependant son caractère spirituel. La plupart des donatistes étaient certainement des croyants sincères, mais ils se sont compromis en accueillant des hommes avec des motivations davantage sociopolitiques. Bientôt, ils feront même alliance avec le pouvoir politique…

Les circoncellions

Circoncellions

Les circoncellions, ou agonistici, étaient des bandes violentes qui luttaient contre les injustices dont les populations rurales d’Afrique du Nord étaient victimes. Ils exigeaient la libération des esclaves et l’annulation de toutes les dettes (car c’étaient surtout les pauvres qui s’endettaient auprès des riches propriétaires terriens). Ils maraudaient dans les campagnes, incendiant des fermes et s’attaquant aux voyageurs et à tous ceux qu’ils voyaient comme des ennemis.

A l’origine, les circoncellions étaient un mouvement purement social, mais vers 340, ils ont fait alliance avec les donatistes. Avec cette alliance, ils ont repris à leur compte l’idée chrétienne du martyre : ils s’attaquaient à présent aux postes militaires romains, armés de simples bâtons, espérant ainsi mourir en martyrs. Leur cri de guerre était : « Laudate Deum », « Louange à Dieu ».

Beaucoup de donatistes n’étaient pas du tout favorables aux excès des circoncellions. Les responsables donatistes de Carthage voulaient se dissocier clairement d’eux, mais ils craignaient de diviser leur mouvement, car les évêques de Numidie et de Maurétanie les soutenaient.

Vers 345, alors que les circoncellions ont commencé une insurrection à grande échelle contre les maîtres d’esclaves et les créditeurs, les autorités romaines sont finalement intervenues pour les réprimer. Pour les Romains, il n’y avait aucune différence entre donatistes et circoncellions : les deux mouvements étaient de dangereux fauteurs de troubles à éliminer.

La révolte de Firmus

Petra (Maklou), la forteresse de Firmus

Après les circoncellions, les donatistes trouveront un nouvel allié de circonstance, une alliance qui leur nuira tout autant au final.

En 370, le prince maure Firmus se révolte contre les Romains et se proclame roi de Maurétanie. Les donatistes le soutiennent, espérant être libérés de la domination romaine grâce à lui. Firmus est vaincu et les donatistes sont décrédibilisés.

Le dénouement

Avec le temps, de plus en plus de donatistes sont désillusionnés par l’évolution du mouvement. Vers 370-380, le théologien Tyconius sera exclu par les donatistes pour avoir condamné leur radicalisme. Vers 385, l’évêque catholique Optat de Milève (Mila) écrit un traité contre les donatistes, qui ramènera beaucoup de donatistes modérés à l’Eglise catholique.

Augustin d’Hippone

Le célèbre Augustin, le plus grand théologien chrétien d’Afrique romaine, découvre la controverse donatiste après sa nomination en tant qu’évêque d’Hippone, en 395. Alors que les donatistes sont majoritaires au sein de la communauté chrétienne de sa ville, il convaincra la plupart d’entre eux de revenir à l’Eglise catholique, par le dialogue et son attitude charitable. Il rencontre plusieurs évêques donatistes d’autres villes et malgré son désaccord avec eux, il parle d’eux avec beaucoup de respect et les décrit comme des hommes pieux et droits.

La principale figure donatiste tardive est l’évêque Optat de Thamugadi (Timgad). En 395, il soutient la révolte de Gildon, le frère de Firmus, contre l’Empereur.

En 411, l’Empereur Honorius décide d’organiser une conférence à Carthage, afin de résoudre cette controverse une fois pour toutes. 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes se réunissent pour débattre de ce qui les oppose. Le porte-parole des catholiques est Augustin d’Hippone, tandis que les donatistes sont représentés par Pétilien, l’évêque donatiste de Constantine, qui était auparavant un avocat réputé. Le débat est présidé par Marcellin, le proconsul d’Afrique romaine.

Augustin discute avec les donatistes

Le débat se caractérise à la fois par l’attitude conciliante des catholiques, qui sont prêts à laisser les donatistes garder leurs évêques et leurs lieux de culte s’ils acceptent de revenir à l’Eglise catholique, et par l’arrogance des donatistes, qui refusent tout compromis. Au final, les donatistes sont condamnés à réintégrer l’Eglise catholique. Les évêques et assemblées donatistes qui acceptent peuvent garder leurs évêchés et leurs lieux de culte, mais ceux qui refusent s’exposent à des peines de prison.

La plupart des donatistes se soumettent et rejoignent l’Eglise catholique. Ceux qui persistent sont persécutés par les autorités romaines, avec la complicité des autorités ecclésiales catholiques. La triste histoire de la persécution des derniers donatistes montre comment une religion encore elle-même persécutée il y a peu, peut elle-même devenir persécutrice lorsqu’elle se retrouve associée au pouvoir politique.

De petites communautés donatistes rurales ont survécu jusqu’à l’occupation vandale, puis connu un certain renouveau pendant la période byzantine. La présence donatiste a probablement facilité la conquête arabe de la région : les Juifs et chrétiens donatistes, persécutés par les Byzantins, voyaient les envahisseurs musulmans comme des libérateurs.

Impact du donatisme

Mosaïque donatiste, Sbeïtla, Tunisie

La controverse donatiste évoque la tension permanente entre une religion qui se veut universelle, avec une institution centralisée, et son expression locale, au sein d’une culture particulière. Les donatistes nous rappellent les mouvements kharijites qui ont prospéré en Afrique du Nord plusieurs siècles après, en opposant un « islam amazigh » à l’islam « arabe ». Dans le monde chrétien, leur refus de se soumettre à une Eglise officielle jugée « impure », compromise avec le pouvoir politique, se rapproche des Réformateurs protestants du 16° Siècle.

Le christianisme en Afrique du Nord

La basilique sévérienne : un édifice civil romain transformé en église

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Après la christianisation de l’Empire romain, beaucoup de temples et d’édifices civils romains ont été transformés en églises. Pour les chrétiens, c’était une manière de se réapproprier le génie de la Rome antique, en mettant ses plus belles constructions au service de leur religion. Un bon exemple est la basilique sévérienne, un bâtiment emblématique de Leptis Magna, en Libye.

Basilique sévérienne

La basilique sévérienne a été construite par l’Empereur romain Septime Sévère, qui était originaire de Leptis Magna. Son histoire est liée à celle de l’Arc de Septime Sévère : lorsque Septime Sévère a visité Leptis Magna, en 203, les autorités de la ville ont construit l’arc en son honneur. Pour les remercier, l’Empereur a fait construire la basilique, inspirée de la Basilique Ulpia de Rome. La construction de la basilique a été terminée par Caracalla, le fils et successeur de Septime Sévère.

Abside Nord de la basilique

La basilique mesurait environ 95 mètres de long et 35 mètres de large. Elle était divisée en trois nefs, séparées par des rangées de colonnes en granite pourpre d’Egypte et en marbre vert d’Eubée. Aux deux extrémités, se trouvaient des absides (murs en demi-cercle), avec des plates-formes sur lesquelles se tenaient les magistrats. La basilique servait notamment pour les procès publics.

Les décorations sur deux colonnes de la basilique sont particulièrement remarquables. L’une représente Hercule, l’autre Dionysos.

Chaire de la basilique transformée en église

En 533, la basilique sévérienne, qui était tombée en ruines pendant l’occupation vandale, a été restaurée. Elle a ensuite été transformée en une église chrétienne, consacrée à Marie la mère de Jésus.

La chaire a été construite à partir d’un ancien autel qui se trouvait dans la basilique, afin de symboliser l’impuissance des idoles païennes et le triomphe du Dieu chrétien. Un baptistère, en forme de croix, a également été construit. En dehors de ces éléments nécessaires au culte chrétien, l’ancienne basilique romaine a cependant été laissée largement intacte. Les chrétiens romains ne voyaient pas leur foi comme une rupture avec le passé, mais ils voulaient préserver tout ce qui faisait la gloire de la Rome antique, en n’ôtant que ce qui contredisait directement leur foi.

Le christianisme en Afrique du Nord

Les Pères du Désert : les premiers moines chrétiens

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A l’époque où le christianisme a commencé à jouer un rôle de plus en plus influent dans la société romaine, certains croyants, déçus par la mondanité de l’Eglise, ont commencé à se retirer dans le désert, en quête d’une vie spirituelle plus authentique. Ils vivaient à l’écart de la société, seuls ou en communauté, et se consacraient à la prière et à la méditation. Né en Egypte, ce mouvement s’est répandu dans toute l’Afrique du Nord et partout dans le monde romain.

Les pionniers

Monastère de Saint-Paul, construit sur la grotte où Paul de Thèbes a vécu

Les premiers ascètes chrétiens sont apparus dans le désert égyptien. Ils vivaient une vie de solitude et de pauvreté volontaire, consacrée à la prière. On les appelle les Pères du Désert.

Paul de Thèbes

Paul de Thèbes est né vers 227, en Thébaïde. Après le décès de ses parents, le mari de sa sœur l’a dénoncé comme chrétien aux autorités romaines, afin d’obtenir sa part d’héritage. Paul s’enfuit alors dans le désert, vers 250, en pleine persécution. Il vivait dans une grotte au milieu du désert, se nourrissant uniquement des fruits d’un palmier qui se trouvait à proximité et se vêtant uniquement des feuilles de ce palmier. Il a vécu cette vie pendant presque une centaine d’années : il serait mort à l’âge de 113 ans ! Au cours de sa vie, d’autres ont suivi son exemple.

Icône copte d’Antoine le Grand

Si Paul de Thèbes est le premier Père du Désert, la figure la plus influente du mouvement est Antoine le Grand. Né vers 250, à Koma (Qiman al-Arus), en Haute-Egypte, dans une famille chrétienne aisée, il avait environ 20 ans lorsque ses parents sont décédés. Peu après, il a été interpellé par cette parole de Christ : « Si tu veux être parfait, va vendre ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi. » Il décide alors de vendre tout son héritage, distribue l’argent aux pauvres, puis part vivre le reste de sa vie dans le désert. D’après une légende, un corbeau venait lui apporter du pain quotidiennement. Beaucoup d’autres légendes racontent les tentations qu’il a subies et les miracles qu’il a accomplis. Il est brièvement sorti de sa solitude en 338, pour se rendre à Alexandrie afin de contribuer à la lutte contre l’hérésie arienne. L’évêque Athanase d’Alexandrie, qui l’admirait beaucoup, a écrit un récit de sa vie. Antoine est mort à l’âge de 105 ans.

Portrait du Père du Désert Onuphre

La vie d’Antoine le Grand a été marquée par d’importants changements dans la société romaine. Lorsqu’Antoine s’est retiré dans le désert, le culte chrétien était encore officiellement interdit, avec des persécutions violentes sous l’Empereur Dioclétien. En 312, cependant, le nouvel Empereur Constantin s’est lui-même converti au christianisme. A partir de là, l’Eglise chrétienne s’est retrouvée associée aux structures de pouvoir de l’Empire romain et s’est beaucoup enrichie. Des foules de plus en plus nombreuses, souvent ignorantes des textes sacrés, commencent à affluer dans les églises. En même temps, beaucoup de jeunes hommes, inspirés par l’exemple d’Antoine et d’autres, abandonnent les églises pour se retirer dans le désert. Souvent riches, ils renoncent à leur fortune pour répondre à l’appel de Christ à une vie chrétienne authentique.

Synclétique d’Alexandrie

Le mouvement s’est étendu aussi aux femmes. La plus connue des Mères du Désert est Synclétique d’Alexandrie. Originaire de Macédoine, elle était issue d’une famille noble, qui avait fait fortune dans le commerce maritime. Après la mort de ses parents, elle distribue sa fortune aux pauvres, se coupe les cheveux et s’installe avec sa sœur, qui était aveugle, dans une petite cellule en dehors de la ville d’Alexandrie. Avec le temps, d’autres jeunes femmes se sont installées à proximité de sa cellule, pour bénéficier de son enseignement.

Paphnuce de Thèbes

Paphnuce de Thèbes, un disciple d’Antoine le Grand, a vécu comme moine dans le désert pendant plusieurs années avant de devenir évêque de Thèbes. Victime de la persécution pendant le règne de l’Empereur Maximin Daïa, il a été torturé pour sa foi : il a perdu son œil gauche et le tendon de son pied droit a été coupé. Il a ensuite participé au Concile de Nicée, où il a été honoré par l’Empereur Constantin et par tous les participants pour les tortures qu’il a subies pour le nom de Christ. Il s’est opposé aussi à l’intention de certains évêques de rendre le célibat obligatoire pour tout le clergé chrétien, en affirmant la dignité du mariage et que le célibat n’est que la vocation de certains, pas de tous.

Pacôme le Grand

Les premiers ascètes chrétiens menaient une vie solitaire (anachorètes). Au début du 4° Siècle, Pacôme le Grand a commencé à fonder des communautés, où une centaine de moines vivaient ensemble, sous la direction d’un guide spirituel appelé abbé. Ces communautés monastiques suivaient une discipline très stricte, rythmée par des prières collectives et des jeûnes. Le reste de leur temps était consacré au travail manuel (souvent agricole) et à la méditation silencieuse. Le premier monastère a été établi par Pacôme vers 318. Des monastères féminins ont été établis aussi, notamment sous la direction de Théodora d’Alexandrie, qui s’était enfuie dans le désert, déguisée en homme, pour rejoindre une communauté monastique. D’autres ascètes vivaient en petits groupes de 2 à 6 hommes ou femmes, qui se réunissaient avec d’autres groupes une fois par semaine.

Macaire le Grand

La dernière grande figure du monachisme égyptien est Macaire le Grand. Né en Basse-Egypte vers 300, il part vivre dans le désert dans sa jeunesse, gagnant sa vie en fabriquant des paniers de paille. Peu après, une femme enceinte l’accuse de l’avoir violée. Macaire choisit de ne pas se défendre contre cette fausse accusation. Lorsque le moment est venu pour la femme d’accoucher, elle a eu un accouchement très difficile et n’a pas pu mettre son enfant au monde avant d’avoir avoué que Macaire était innocent. Une foule est venue lui demander pardon, mais Macaire s’est enfui dans le Désert de Nitrie. Là, il a fondé un centre monastique à Wadi Natroun, une région qui demeure un haut lieu du monachisme en Egypte jusqu’à aujourd’hui.

En plus des Evangiles chrétiens, le mouvement monastique était également influencé par l’ascétisme de certaines écoles philosophiques grecques, comme les pythagoriciens, les cyniques et les stoïciens, ainsi que par le manichéisme.

En Afrique et au-delà

Nécropole copte dans le désert libyen (Source)
Monastère Sainte-Catherine

Depuis l’Egypte, le monachisme s’est répandu dans d’autres régions. Le plus ancien monastère encore en activité est le Monastère Sainte-Catherine, fondé en 565 au pied du Mont Sinaï, où Moïse a reçu de Dieu la révélation des Dix Commandements. Ce monastère est consacré à Catherine d’Alexandrie, une jeune femme morte en martyre au début du 4° Siècle. Le Codex Sinaiticus, le plus ancien manuscrit de la Bible chrétienne, est conservé dans le monastère Sainte-Catherine.

Stylites

En Syrie, une nouvelle forme de monachisme s’est développée : les stylites, qui vivaient sur des colonnes, avec un panier attaché à une corde pour faire monter leur nourriture, et prêchaient aux foules qui venaient vers eux. Le fondateur de ce mouvement, Siméon le Stylite, a vécu pendant 36 ans au sommet d’une colonne. Il est connu pour avoir prêché le christianisme aux tribus arabes nomades du désert syrien.

En Afrique du Nord, des monastères ont été fondés dans le désert libyen, puis au-delà, en Numidie et en Maurétanie. Augustin d’Hippone a vécu pendant plusieurs années en communauté monastique dans sa maison familiale à Thagaste (Souk Ahras) avant de devenir évêque. Sa sœur était abbesse d’un couvent de femmes à Hippone (Annaba). Au 5° Siècle, Fulgence de Ruspe, qui a lutté contre la doctrine arienne imposée par les occupants vandales, était moine. Au 11° Siècle, Constantin l’Africain, un chrétien de Carthage, médecin de formation, est devenu abbé d’un monastère en Italie et a traduit en latin les ouvrages des maîtres de la médecine arabe, jouant un rôle fondamental dans le développement de la médecine européenne médiévale. (Source)

Tawadros II

Le monachisme joue un rôle très important dans l’Eglise copte d’Egypte jusqu’à aujourd’hui, surtout à Wadi Natroun. Le pape copte Tawadros II est issu d’un monastère de Wadi Natroun, de même que son influent prédécesseur Chenouda III. La force de la vie monastique a certainement joué un grand rôle dans la survie de l’Eglise copte au cours des siècles de domination islamique.

Le christianisme en Afrique du Nord

Sidi Yahya ben Younes : un saint chrétien enterré à Oudja ?

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Sidi Yahya ben Younes est le saint patron de la ville marocaine de Oudja, dont le mausolée se trouve dans l’oasis de Sidi Yahya. D’après une légende locale, Sidi Yahya ne serait autre que Jean-Baptiste, un prophète mentionné dans l’Evangile comme le cousin de Jésus-Christ !

Mausolée de Sidi Yahya ben Younes

Sidi Yahya, saint patron de Oujda

Oujda, la capitale de l’Oriental marocain, a été fondée en 994, par Ziri ibn Attia, le chef de la tribu zénète des Maghraoua. Elle est située dans la plaine de l’Angad, le territoire de la tribu arabe des Ahl Angad, qui vivent des deux côtés de la frontière entre le Maroc et l’Algérie. La région a toujours eu des liens étroits avec l’Algérie voisine : l’ancien Président algérien Abdelaziz Bouteflika est né à Oujda.

Le saint patron de Oujda est Sidi Yahya ben Younes. A 5km du centre-ville, se trouve l’oasis de Sidi Yahya, qui contient le mausolée du saint. Plusieurs autres saints sont enterrés à proximité. Leur présence est censée apporter la baraka à la ville.

L’oasis de Sidi Yahya est un lieu de détente prisé des Oujdis. L’écrivain est poète Yahya Amara, originaire de Oujda, raconte comment « durant les années 1960 et 1970, l’eau coulait à flot à Sidi Yahya et tous les habitants d’Oujda venaient s’y rafraichir durant la saison estivale. Sidi Yahya était un port de plaisance pour les pauvres, qui ne pouvaient se rendre jusqu’à la ville portuaire de Saidia. Sidi Yahya était alors notre mer de pauvres. » (Source)

Les origines historiques de Sidi Yahya ben Younes demeurent un mystère. Pour les Juifs de la région, Sidi Yahya serait un rabbin d’origine espagnole, installé à Oujda en 1391. D’autres sources, à la fois chrétiennes et musulmanes, affirment qu’il s’agit du prophète Jean-Baptiste, le cousin et annonciateur de Jésus-Christ !

Jean-Baptiste le prophète

Jean-Baptiste prêche dans le désert

Jean-Baptiste était le cousin de Jésus, un prophète envoyé pour annoncer la venue imminente du Messie. D’après l’Evangile, pendant que son père, le prêtre Zacharie, servait dans le Temple, un ange lui est apparu et lui a annoncé qu’il aurait un fils, alors que lui et son épouse Elisabeth étaient déjà trop âgés pour avoir des enfants. Parce qu’il n’a pas cru en cette promesse, Dieu, pour le punir, l’a rendu muet. Il a retrouvé la parole après la naissance de l’enfant, qu’il a appelé Jean.

Devenu adulte, Jean est parti dans le désert, où il prêchait aux Juifs et les appelait à la repentance. En signe de leur changement de vie, il baptisait ses disciples dans l’eau du Jourdain, d’où son nom de Jean-Baptiste. Il annonçait aussi la venue après lui d’un autre prophète, qui serait le Messie attendu depuis des siècles. Lorsque Jésus est venu vers lui pour être baptisé par lui, Jean a rendu témoignage qu’il était celui dont il avait parlé et a dit à ses disciples de le suivre désormais.

Jean-Baptiste est mentionné dans le Coran comme Yahya ibn Zakaria.

Jean-Baptiste et Sidi Yahya

La tête de Jean-Baptiste sur un plateau

Toujours selon l’Evangile, Jean-Baptiste a été emprisonné, puis exécuté par le roi Hérode Antipas de Judée, pour avoir dénoncé son mariage adultère avec la femme de son frère.

D’après la légende, Hérode Antipas craignait tellement que Jean-Baptiste ne ressuscite, qu’il a ordonné que sa tête et son corps soient enterrés séparément. A partir de là, on retrouve des reliques de Jean-Baptiste dispersées dans tout le bassin méditerranéen : sa tête serait enterrée à Rome ou à Damas, tandis que le Palais Topkapi, à Istanbul, contient des ossements considérés comme ceux de Jean-Baptiste. (Source)

Enfin, certains croient que Jean-Baptiste (ou une partie de son corps) est enterré à Oujda, dans le mausolée de Sidi Yahya ben Younes. Bien que personne ne puisse expliquer comment il serait arrivé là, ni comment un « ibn Zakaria » serait devenu « ben Younes », cette idée est solidement enracinée dans l’esprit des habitants et fait partie du patrimoine culturel et spirituel de la ville.

Même si, d’une perspective historique, il est très peu probable que l’oasis de Sidi Yahya contienne vraiment le tombeau de Jean-Baptiste, la tradition d’une figure aussi importante de la religion chrétienne, enterrée au Maroc, en terre d’islam, est néanmoins révélatrice de l’héritage multiculturel et multireligieux de la région. Le mausolée de Sidi Yahya, à Oujda, est un symbole de coexistence entre les différentes communautés musulmanes, juives et chrétiennes qui se sont succédées dans la ville. (Source)

Le christianisme en Afrique du Nord

Arius le Libyen : une théologie chrétienne alternative

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Au début du 4° Siècle, alors que le christianisme commence à s’établir comme la nouvelle religion dominante de l’Empire romain, une importante polémique éclate au sein de l’Eglise autour de la nature de Christ. Arius, le fondateur de la doctrine arienne, était d’origine libyenne.

Contexte

Tertullien de Carthage, le premier auteur à mentionner la Trinité

Les chrétiens des premiers siècles croyaient que Jésus-Christ est Dieu devenu homme : c’est la doctrine de l’incarnation. Les textes sacrés emploient l’expression « Fils de Dieu » – non pas dans le sens d’une filiation charnelle, comme si Dieu avait eu un enfant avec une femme humaine, mais dans un sens d’origine et d’identité, comme le citoyen d’une nation peut être appelé « fils de la patrie ». La doctrine de la Trinité est fondée sur cette double nature de Christ. Le premier à employer le terme de Trinité est l’auteur chrétien amazigh Tertullien de Carthage.

Mieux comprendre la Trinité

Les Evangiles présentent Christ comme Dieu, le Créateur, qui a choisi de s’unir à nous, d’entrer dans sa création afin de montrer à ses créatures la voie du salut : c’est la doctrine de l’incarnation. Même dans son humanité, sa naissance miraculeuse, d’une femme, Marie, qui était vierge, atteste de sa divinité. En devenant homme, il n’a jamais cessé d’être Dieu. Etant Dieu, il existait de toute éternité et le monde a été créé par lui ; étant homme, il était à tous égards semblable à nous, il a connu la faim, la soif, la fatigue et la souffrance. Parce qu’il est homme, il a été soumis à toutes les tentations que nous connaissons et peut donc comprendre notre faiblesse ; parce qu’il est Dieu, il a vécu une vie parfaite, sans jamais commettre de péché. Ensuite, il est mort sur la croix, comme sacrifice parfait pour la rédemption de l’humanité. Enfin, il est ressuscité, il a remporté la victoire sur la mort, afin d’ouvrir la voie de la vie éternelle à tous ceux qui croiront en lui.

Pour illustrer la relation entre Dieu le Père, Christ le Fils et le Saint-Esprit de Dieu, à la fois un et distincts, les premiers théologiens chrétiens ont développé la doctrine de la Trinité (Tri-Unité). Le terme de Trinité n’apparaît pas dans la Bible, mais la doctrine elle-même est clairement présentée. Le premier à employer ce terme pour résumer l’enseignement biblique est l’auteur chrétien amazigh Tertullien de Carthage.

Tous les auteurs chrétiens des trois premiers siècles croyaient en cette doctrine.
Certains, pour la plupart de culture grecque, mettaient davantage l’accent sur l’unité de Christ avec Dieu le Père : il n’est pas comme les nombreux « fils de dieux » de la mythologie, mais il est pleinement Dieu et pleinement homme, Dieu l’Unique, l’Eternel, le Tout-Puissant, qui s’est incarné.
D’autres, notamment l’école théologique d’Antioche, insistaient plutôt sur la distinction entre les personnes de la Trinité : Dieu le Père est la Source du plan divin, le Fils est son accomplissement par l’incarnation, le Saint-Esprit est celui qui révèle ce plan.
D’autres encore s’intéressaient au rapport entre la divinité de Christ et son humanité : Christ est Dieu, mais pendant sa vie terrestre, il était soumis aux limites humaines, comme un roi qui choisit de quitter son palais pour vivre au milieu de ses sujets serait toujours roi, mais ne pourrait plus exercer son autorité royale. Cela explique pourquoi il priait, jeûnait et vivait dans la dépendance de Dieu.
Tous étaient cependant d’accord que Christ est Dieu fait homme.

Vie d’Arius

Arius

Arius est né vers 250, à Ptolémaïs, en Cyrénaïque romaine, une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire. Il était issu d’une famille chrétienne d’origine amazighe. Son nom pourrait être la forme latine du nom amazigh Ariuc. Son père s’appelait Ammonius, un nom courant en Egypte et en Cyrénaïque à cette époque, qui fait référence au dieu égyptien Ammon, ce qui montre qu’il était probablement d’arrière-plan païen.

Enfant, Arius lit les textes sacrés avec son père et se montre déjà avide d’apprendre. Dans sa jeunesse, il part poursuivre ses études en Syrie. Il étudie la théologie chrétienne auprès de Lucien d’Antioche, un enseignant influent, qui est mort martyr en 312. Il a probablement aussi reçu une formation philosophique : sa doctrine pourrait être influencée par des penseurs néoplatoniciens en vogue à cette époque, comme Jamblique, qui vivait en Syrie.

Martyre de Marc

Arius s’installe ensuite à Alexandrie, où il prend des responsabilités dans la communauté chrétienne. Pendant la persécution de Dioclétien, il se fait connaître pour son courage face à l’hostilité des autorités romaines. En 313, il devient prêtre dans l’Eglise d’Alexandrie. Il sert dans le district de Baucalis, près du port d’Alexandrie, où Marc l’Evangéliste aurait été mis à mort. Il devient un prédicateur populaire, avec une réputation ascétique. Sa popularité lui permet de diffuser ses idées. En 318, il commence à s’opposer ouvertement à l’évêque Alexandre d’Alexandrie, sur la doctrine de la Trinité.

La vie d’Arius n’est connue que par ses ennemis. Même le portrait hostile qu’ils font de lui laisse cependant ressortir l’image d’un homme pieux, pur et droit, avec une excellente connaissance des textes sacrés, doté d’une grande finesse de pensée, qui savait exposer ses idées clairement d’une manière convaincante. Il est décrit comme de grande taille, avec une voix douce, toujours vêtu simplement, d’un manteau court et d’une tunique sans manches.

L’écrivain américain Nathan Chapman Kouns a écrit un roman historique, Arius the Libyan (Arius le Libyen), inspiré de la vie d’Arius, qui donne vie à l’arrière-plan historique et culturel de l’Afrique du Nord antique d’une manière éclatante. Ce roman peut être lu en ligne (en anglais) sur cette page.

La doctrine arienne

Arius croit que Christ est le premier être créé par Dieu dès avant la création du monde, mais qu’il est une créature, distincte de Dieu, non pas Dieu lui-même. Par conséquent, il existe auprès de Dieu depuis bien avant son incarnation, mais il n’est pas éternel : il a été créé, et il fut un temps où il n’existait pas. Il a vécu une vie humaine parfaite, avec l’aide de Dieu, non par sa propre nature divine. Ainsi, Christ était « divin » parce que Dieu lui avait donné une partie de sa divinité, mais il n’était pas Dieu lui-même.

Cette doctrine s’inspire de l’enseignement de l’école théologique d’Antioche, qui insistait sur la distinction entre les personnes de la Trinité et sur la subordination du Fils au Père. Elle va cependant beaucoup plus loin, en niant que le Père et le Fils sont un. Certains spécialistes pensent que le véritable auteur de la doctrine arienne est Lucien d’Antioche, qui l’a enseignée à Arius.

Trois sources écrites par Arius, dans lesquelles il explique sa doctrine, ont été conservées : sa confession de foi adressée à l’évêque d’Alexandrie, sa confession de foi adressée à l’Empereur Constantin et une lettre à l’évêque Eusèbe de Nicomédie. Ses autres écrits ont été brûlés lors de sa condamnation.

Une controverse violente

Portrait d’Arius au Concile de Nicée

La doctrine d’Arius s’oppose à la doctrine trinitaire, acceptée avec certaines nuances par l’ensemble de l’Eglise chrétienne avant lui. Elle pose un problème qui menace de saper les fondements mêmes de la foi chrétienne : si Christ n’est pas Dieu, comment peut-il être le Rédempteur parfait dont l’humanité a besoin ?

Pour cette raison, Arius fait face à une forte opposition. Il est condamné par un concile de prêtres d’Alexandrie. Sa doctrine s’est cependant déjà répandue bien au-delà de sa ville, dans toute la partie orientale du monde romain, d’autant plus que, pour faciliter leur diffusion, Arius a mis ses idées en musique et en vers, sur la mélodie de chansons populaires. L’arianisme est particulièrement populaire en Cyrénaïque, la région d’origine d’Arius. Des évêques influents soutiennent Arius, notamment Eusèbe de Nicomédie (Izmit, en Turquie actuelle), la capitale de l’Empire romain d’Orient avant la fondation de Constantinople.

L’Empereur Constantin

La polémique prend une telle ampleur que l’Empereur Constantin, qui s’est converti au christianisme en 312, décide d’intervenir. L’Empereur ne s’intéresse pas particulièrement à la querelle théologique, mais il souhaite préserver l’unité de l’Eglise chrétienne pour des raisons politiques. En 325, il convoque un concile à Nicée (Iznik, en Turquie actuelle), pour résoudre la question.

Plus de 300 évêques venus de tout l’Empire participent à ce concile pour débattre de la question. Les discussions sont menées par l’évêque Ossius de Cordoue, en Espagne. Contrairement à une idée courante, l’Empereur n’a pas cherché à imposer sa propre doctrine à travers ce concile : il n’intervient que très peu dans les débats, se contentant d’encourager les évêques à se mettre d’accord pour éviter une division.

Nicolas de Myre gifle Arius

Le Concile de Nicée dure plus de deux mois. Une faction modérée, menée par l’évêque et historien de l’Eglise Eusèbe de Césarée, propose une formulation intermédiaire sur laquelle les partisans et les adversaires d’Arius peuvent se mettre d’accord, mais les anti-ariens refusent, estimant que la question est trop fondamentale pour un tel compromis. D’après une légende, l’évêque Nicolas de Myre, en Lycie (Sud-Ouest de la Turquie actuelle) aurait giflé Arius lors du concile. Pour l’anecdote, Nicolas de Myre est considéré comme la figure historique à l’origine du Père Noël.

Le Credo de Nicée

A l’issue des débats, le Concile de Nicée adopte une confession de foi, qui affirme clairement la doctrine trinitaire. L’arianisme est condamné comme hérétique. Sur les plus de 300 évêques présents, seuls deux évêques, tous deux de Cyrénaïque, refusent d’accepter cette confession de foi : Secundus de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique. L’évêque Zopyrus de Barca (El-Marj) accepte la confession de foi, mais refuse de signer la condamnation d’Arius. Le Credo de Nicée demeure une confession de foi commune à l’ensemble des églises chrétiennes, jusqu’à aujourd’hui.

Après le Concile de Nicée, Arius, exilé, se réfugie en Palestine.

Après le Concile

Athanase d’Alexandrie

L’évêque Alexandre d’Alexandrie, l’artisan de la condamnation d’Arius, meurt en 327. Son successeur, Athanase, deviendra le champion de la doctrine nicéenne, le principal adversaire de l’arianisme au cours des prochaines décennies, avant et après la mort d’Arius.

Dans les années qui suivent, l’Empereur Constantin, par souci d’apaisement, autorise les partisans d’Arius à revenir d’exil. Arius lui-même est restauré dans la communion de l’Eglise en 336, après avoir accepté de reformuler certaines de ses idées les plus problématiques. L’évêque Athanase d’Alexandrie, qui s’oppose à sa réadmission, est lui-même exilé.

Arius meurt en 336, peu avant sa réadmission formelle au sein de l’Eglise. Il est possible qu’il ait été empoisonné.

L’arianisme après Arius

Baptême de Constantin

La doctrine arienne ne disparaît pas pour autant. L’évêque Eusèbe de Nicomédie, qui n’a accepté le Credo de Nicée que sous la pression de l’Empereur, continue à défendre la doctrine d’Arius. Les deux hommes se connaissent depuis leur jeunesse : ils ont étudié ensemble auprès de Lucien d’Antioche. L’Empereur Constantin choisit l’évêque arien Eusèbe de Nicomédie pour le baptiser sur son lit de mort, en 337.

Eusèbe de Nicomédie

Constance II (337-361), le fils et successeur de Constantin, est arien. Avec l’aide d’Eusèbe de Nicomédie, il cherche à imposer l’arianisme dans tout son Empire. Athanase d’Alexandrie est exilé à cinq reprises et a passé en tout 17 ans en exil. A la fin du règne de Constance II, la doctrine arienne est majoritaire dans la moitié orientale de l’Empire. En Occident, cependant, où l’arianisme n’a jamais été très populaire, les évêques fidèles à la doctrine nicéenne, menés par Ossius de Cordoue, refusent de laisser l’Empereur leur dicter leur théologie. En Afrique du Nord, l’arianisme est quasi inexistant, sauf en Cyrénaïque. L’évêque amazigh Augustin d’Hippone a écrit un livre contre l’arianisme.

Julien, le successeur de Constance II (361-363), tente sans succès de rétablir le paganisme dans son Empire. L’Empereur Théodose (379-395) établit le christianisme comme religion officielle de l’Empire en 380. L’année suivante, la doctrine arienne est à nouveau condamnée par le Concile de Constantinople. A partir de là, l’arianisme disparaîtra progressivement du monde romain. En Cyrénaïque, il semble avoir déjà disparu au début du 5° Siècle, lorsque Synesios de Cyrène était évêque de Ptolémaïs.

Eglise arienne vandale de Henchir el Gousset, en Tunisie (Source : Zaher Kammoun)

L’arianisme survit cependant au-delà des frontières romaines : Ulfilas, un disciple d’Eusèbe de Nicomédie, a prêché le christianisme arien aux Goths et traduit la Bible dans leur langue. Sous l’influence des Goths, d’autres peuples germains se convertissent à l’arianisme. Les Vandales, qui envahissent l’Afrique du Nord en 429, sont ariens et persécutent les chrétiens autochtones nord-africains.

En Afrique du Nord, l’arianisme, lié aux Vandales, a probablement disparu pendant l’ère byzantine, avant l’arrivée de l’islam. En Europe, les derniers peuples ariens sont les Visigoths d’Espagne, qui se convertissent au christianisme nicéen en 589, et les Lombards du Nord de l’Italie, qui se convertissent en 671.

A notre époque, les Témoins de Jéhovah ont une doctrine proche de l’arianisme.

Arius et l’islam

Arius musulman – Image créée par ChatGTP

Dans le monde musulman, Arius est souvent vu comme un précurseur de l’islam, un défenseur du monothéisme pur, qui croyait en Christ comme un prophète humain, combattait l’idolâtrie de l’Eglise qui l’adorait comme Dieu et s’opposait au « polythéisme » (shirk) trinitaire.

En réalité, les croyances d’Arius étaient très différentes de l’islam. Il croyait que Christ existait déjà auprès de Dieu avant sa naissance terrestre, dès avant la création du monde. Il croyait aussi qu’il est mort sur la croix pour la rédemption de l’humanité et qu’il est ressuscité. Le Coran nie la mort et la résurrection de Christ.

Ironiquement, la doctrine arienne, qui fait de Christ une sorte de demi-dieu, un être divin en dehors de Dieu, se rapproche bien plus du polythéisme que la doctrine trinitaire qu’il combattait !

Le christianisme en Afrique du Nord

Les évêques de Rome d’origine nord-africaine

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Les évêques de Rome, la capitale impériale, ont toujours eu une influence particulière dans l’Eglise chrétienne antique, qui s’est transformée avec le temps en autorité formelle. Plusieurs évêques de Rome des premiers siècles étaient originaires d’Afrique romaine.do

Le premier évêque de Rome d’origine africaine était Victor, à la fin du 2° Siècle (189-199), qui est né à Leptis Magna (comme Septime Sévère, devenu Empereur en 192) et a été auparavant évêque de Leptis Magna. Son épiscopat est marqué surtout par son conflit avec les églises d’Asie autour de la fête de Pâques : les chrétiens de Rome célébraient toujours Pâques un dimanche, tandis que ceux d’Asie la célébraient n’importe quel jour de la semaine. Victor a voulu imposer son usage aux églises d’Asie, mais il a fait marche arrière face à l’opposition d’autres évêques européens, comme Irénée de Lugdunum (Lyon), qui ont fait valoir que cette différence existe depuis déjà près d’un siècle sans avoir jamais justifié une rupture de la communion entre eux. C’est la première fois qu’un évêque de Rome a cherché à imposer son autorité à d’autres églises, un premier pas dans la direction de la primauté romaine.

Un autre évêque de Rome d’origine africaine était Miltiade (311-314), qui est devenu évêque juste après la fin des persécutions et a dirigé l’Eglise pendant les années cruciales d’adaptation à son nouveau rôle de religion favorisée par l’administration impériale. L’Empereur Constantin, nouvellement converti au christianisme, offre à Miltiade le Palais de Latran (image de couverture), auparavant le palais de l’Impératrice Fausta, comme demeure de l’évêque de Rome. L’épiscopat de Miltiade est marqué par la controverse donatiste. Miltiade s’oppose aux donatistes, un mouvement chrétien nord-africain qui refuse les compromis de l’Eglise romaine avec le pouvoir politique.

Le dernier évêque de Rome d’origine africaine est Gélase (492-496), qui est né en Afrique romaine et a fui à Rome après l’invasion vandale. Avant de devenir évêque, il était le principal collaborateur et secrétaire de son prédécesseur. Alors que l’Empire romain n’existe plus et que tout le paysage politique européen est en pleine recomposition, Gélase se bat pour maintenir l’autonomie de l’Eglise face au pouvoir politique.