Le christianisme en Afrique du Nord

Le christianisme au-delà de l’Afrique romaine

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L’histoire du christianisme, en Afrique du Nord comme ailleurs, est largement associée à celle de l’Empire romain. Pourtant, dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, il y avait des chrétiens aussi parmi les tribus amazighes au-delà des frontières romaines, dans les montagnes de l’Atlas et le désert du Sahara. Des vestiges d’églises ont été retrouvés dans de minuscules villages qui n’étaient même pas répertoriés par l’administration romaine.

Débuts

Tertullien de Carthage, le premier témoin d’une présence chrétienne africaine au-delà des frontières romaines

La première mention d’une présence chrétienne en Afrique, au-delà des limes romaines, remonte au début du 3° Siècle, lorsque l’écrivain chrétien Tertullien de Carthage parle des « différentes races des Gétules, les frontières multipliées des Maures, […] inaccessibles aux Romains, mais subjuguées par le Christ ». Il y avait donc dès son époque des chrétiens parmi les Gétules et les Maures du Sud, au-delà de la Maurétanie romaine.

Comment le christianisme s’est-il répandu dans ces régions ? Le plus souvent, des commerçants amazighs qui venaient vendre leurs marchandises dans les villes côtières, ou des ouvriers agricoles qui travaillaient sur des fermes en Afrique romaine, découvraient la foi chrétienne, puis retournaient l’apporter à leur famille et à leur tribu. D’autres fois, des chrétiens qui avaient été faits prisonniers lors de raids aux frontières romaines prêchaient leur foi aux tribus au milieu desquelles ils vivaient désormais.

Parfois aussi, les autorités romaines exilaient des responsables chrétiens dans des oasis et régions isolées du désert, qui prêchaient ensuite leur foi aux habitants de ces régions. C’est ainsi que le christianisme est parvenu dans l’oasis de Siwa.

La principale ville de Maurétanie du Sud, hors des frontières romaines, était Tamusiga (Essaouira). On n’a retrouvé aucune trace d’une communauté chrétienne à Tamusiga à l’époque romaine, mais les liens avec la Maurétanie romaine rendent une telle présence probable. De même, une présence chrétienne chez les Amazighs Guanches des Îles Canaries n’est pas avérée, mais plausible au vu des liens entre les îles et le continent.

En dehors des grandes villes romanisées, les Amazighs d’Afrique du Nord étaient hostiles au pouvoir romain, qui persécutait également les chrétiens. Ainsi, les Amazighs voyaient le christianisme comme une religion de résistance à Rome.

La rupture

Après la christianisation de l’Empire romain, au cours du 4° Siècle, l’Eglise d’Afrique romaine se souciait davantage de maintenir son nouveau statut de religion officielle que d’annoncer le message chrétien au-delà des frontières romaines. Le christianisme, désormais associé à l’administration romaine, ne séduisait plus les « hommes libres » de l’intérieur.

Augustin d’Hippone discute avec les donatistes

Le christianisme donatiste, considéré comme hérétique par l’Eglise romaine, a connu bien plus de succès, notamment parce qu’il exprimait la foi chrétienne dans les langues locales, tandis que l’Eglise romaine employait uniquement le latin. Aux 4° et 5° Siècles, les donatistes étaient bien plus nombreux que les chrétiens romains, avec des communautés donatistes dans toute l’Afrique du Nord. Le donatisme était directement lié au nationalisme amazigh : tant que les Romains persécutaient les chrétiens, les Amazighs se convertissaient en masse au christianisme ; maintenant que les Romains voulaient les contraindre à être des chrétiens romains, ils préféraient un christianisme différent.

Par la suite

Après la conquête vandale, des chrétiens vendus comme esclaves par les Vandales à des tribus éloignées ont converti leurs nouveaux maîtres. C’est le cas de la tribu des Caprapicti, au Sud de la Tunisie. Les racines chrétiennes légendaires de certaines tribus amazighes, comme les Sanhaja du Rif ou les Regraga du Nord d’Essaouira, remontent peut-être à l’influence de tels captifs.

La reconquête de l’Afrique du Nord par les Byzantins, au 6° Siècle, a ouvert la voie à un nouvel élan missionnaire vers l’intérieur du continent. Des prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine ont annoncé le message chrétien dans les oasis de Cydamus (Ghadamès) et d’Augila (Awjila). En 569, les Garamantes du Fezzan se sont convertis au christianisme. A la même époque, le christianisme a pénétré au Sud de l’Algérie et du Maroc actuels, au-delà d’une frontière romaine qui n’existait plus.

Vestiges archéologiques

Beaucoup de tribus amazighes de l’Atlas ou des plaines côtières du Maroc actuel étaient chrétiennes. Certains chefs de tribu ont laissé à la postérité des témoignages de leur allégeance à Christ. Ainsi, une inscription découverte sur la route de Constantine à Jijel mentionne le roi des Ucutamani (Ketama), qui régnait sur la Kabylie, avec le titre de « serviteur de Dieu ».

Stèle de Djorf Torba ; le personnage de droite tient une croix

A Djorf Torba, dans la wilaya algérienne de Béchar, un monument, construit vers la fin du 5° ou le début du 6° Siècle, contient une série de stèles, dont l’une montre un homme qui tient une croix dans sa main. (Source)

Les fameux djeddars, treize mausolées funéraires au Sud de Tiaret, en Algérie, contiennent également des symboles chrétiens, attestant que leurs constructeurs, des aguellid maures du 5° Siècle, étaient chrétiens. (Source)

En plus de ces monuments, on retrouve des inscriptions chrétiennes plus simples jusque dans l’oasis de Figuig et dans la plaine du Souss.

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