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La Nécropole des Rabs, ou Nécropole de Bordj Djedid, est un cimetière de l’époque punique, situé sur le site archéologique de Carthage. Redécouverte en 1897, il s’agit de la plus grande nécropole punique, qui nous apprend beaucoup sur les rites funéraires des anciens Carthaginois.


La Nécropole des Rabs était en usage du 5° Siècle jusqu’à la chute de Carthage, avec des pics d’activité au 4° et au 3° Siècles. On estime que l’ensemble des nécropoles de Cartage couvrait environ 60 hectares, alors que la surface de la ville elle-même était de plus de 300 hectares. Plus de 3000 tombes ont été excavées à Carthage, dont environ un millier dans la Nécropole des Rabs.
L’examen de ces tombes a permis aux spécialistes d’étudier l’évolution des pratiques funéraires à Carthage. Alors que les constructions les plus anciennes sont des chambres funéraires individuelles et familiales, avec le temps, des zones spécifiques ont été allouées à certaines familles, clans et organisations religieuses. Les défunts étaient inhumés ou incinérés. La crémation prédominait à partir du 4° Siècle, pendant la période hellénistique, en raison de restrictions d’espace. Les cendres étaient préservées dans une boîte en calcaire. Des bijoux, poteries et divers autres objets en or, en bronze ou en ivoire accompagnaient les défunts dans leur dernière demeure.

Les chambres funéraires étaient alignées en rangées, accessibles par des couloirs. On y descendait par des puits, d’une profondeur moyenne de 12m, le puits le plus profond étant de 27m. Des entailles dans les murs permettaient de descendre vers les couloirs. Ces puits servaient à protéger les chambres funéraires contre les voleurs. Ils avaient peut-être aussi un rôle religieux.
L’architecture des chambres funéraires et la richesse des objets qu’elles contiennent montre que la Nécropole des Rabs était employée par l’élite de la société carthaginoise. Il est possible qu’elle était réservée aux prêtres et dignitaires religieux, qui étaient issus de l’aristocratie et jouaient un rôle cérémoniel important.
Une quinzaine de sarcophages, datant du 4° au 3° Siècle, ont été déterrés dans la Nécropole des Rabs. Ces sarcophages sont en bois, en grès, en pierre et en marbre. Ils étaient fabriqués en surface, puis descendus dans les chambres funéraires à l’aide de cordes.

Certains sarcophages montrent une influence grecque, avec un couvercle en forme de toit, qui rappelle les temples grecs. Ces sarcophages ont peut-être été fabriqués par des artisans grecs immigrés à Carthage. On a aussi des sarcophages d’influence égyptienne, contenant des momies.

Les plus spectaculaires sont quatre sarcophages aux couvercles sculptés. La sculpture carthaginoise est peu documentée, ces sarcophages sont les principaux exemples connus. Les couvercles sculptés représentent des formes humaines : deux hommes et deux femmes. Ces sarcophages ont été retrouvés dans deux chambres funéraires contenant chacune un sarcophage d’homme et un de femme, ce qui montre qu’il s’agit probablement de couples mariés qui ont été enterrés ensemble.
La découverte la plus extraordinaire de toutes est le Sarcophage dit de la Princesse ailée, exposé au Musée National de Carthage. Ce sarcophage en marbre blanc représente une femme avec des ailes d’oiseau. La femme tient une colombe dans une main et un vase de parfum dans l’autre. Sa chevelure est attachée à la mode égyptienne et ses ailes semblent évoquer des attributs de la déesse égyptienne Isis ou Nephthys ; il pourrait s’agit aussi d’un symbole de la déesse Tanit. Elle est couverte d’un voile en forme de tête de faucon, qui lui descend jusqu’aux genoux, et la partie inférieure de son corps ressemble à une queue de poisson. Ce sarcophage était coloré à l’origine, mais les couleurs se sont effacées avec le temps.
