Carthage et l'Empire carthaginois

Un nouvel ennemi : les guerres de Pyrrhus contre Carthage

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Au 3° Siècle avant notre ère, le roi grec Pyrrhus d’Epire, qui veut briser l’hégémonie romaine et carthaginoise dans le monde méditerranéen, envahit la Sicile afin de chasser les Carthaginois de l’île. Après avoir remporté plusieurs victoires, il est contraint de se retirer, laissant Carthage reprendre possession des territoires qu’il avait conquis.

Contexte

Royaume d’Epire et campagnes de Pyrrhus
Pyrrhus d’Epire

Pyrrhus est le roi d’Epire, un royaume qui correspond à l’Albanie actuelle. D’origine grecque, il est un parent éloigné d’Alexandre le Grand.

A cette époque, Rome cherche à étendre sa domination sur toute l’Italie. Après la défaite des Etrusques, les dernières villes qui échappent au contrôle romain sont les colonies grecques du Sud de l’Italie (Magna Graecia). La Sicile est divisée entre Carthage et les colonies grecques menées par Syracuse. Grecs et Carthaginois se sont déjà affrontés à sept reprises pour le contrôle de l’île.

En 280, la ville de Tarente, en Apulie, est en conflit avec Rome. Les Tarentins font appel à Pyrrhus pour les aider contre les Romains. Pyrrhus s’installe au Sud de l’Italie avec son armée. Il remporte plusieurs victoires contre les Romains, à Héraclée, puis à Asculum. Ses victoires sont cependant si coûteuses en vies humaines que l’expression « victoire à la Pyrrhus » est employée aujourd’hui pour une victoire qui coûte si cher au vainqueur qu’elle équivaut à une défaite.

Pyrrhus en Sicile (278-276)

Peu après sa victoire à Asculum, les villes grecques de Sicile envoient des messagers à Pyrrhus, pour lui demander de les aider à chasser les Carthaginois de Sicile. Au même moment, les Macédoniens, dont le roi vient de mourir, font appel à lui pour prendre leur trône. Pyrrhus, qui aspire toujours à conquérir un Empire, mais qui comprend qu’il n’est pas assez puissant pour continuer à combattre Rome, décide d’intervenir en Sicile.

Pièce de monnaie à l’effigie de Pyrrhus, frappée à Syracuse en 275

Pyrrhus débarque en Sicile en 278. Après avoir forcé les Carthaginois à lever leur siège de Syracuse, il est proclamé roi de Sicile. Son armée est composée de 30 000 fantassins, 3000 cavaliers, 20 éléphants de guerre et 200 navires.

La campagne de Pyrrhus en Sicile dure 3 ans. Après une première victoire contre les Carthaginois à Héraclée Minoa, d’autres villes puniques ou alliées, comme Sélinonte et Ségeste, rejoignent son camp. Eryx, la principale forteresse carthaginoise en Sicile, est prise en 277. Pyrrhus soumet également les Mamertins, à Messana.

En 276, Pyrrhus assiège Lilybée, la dernière possession carthaginoise en Sicile. Conscient qu’il ne pourra pas prendre la ville sans bloquer aussi son accès à la mer, il décide de récolter de l’argent dans les villes siciliennes pour construire une flotte. L’impopularité de cette mesure, et la dureté avec laquelle il contraint les Siciliens à payer, lui fait perdre le soutien de ses alliés. En même temps, les Romains commencent à reprendre les territoires qu’il avait conquis au Sud de Italie. Pyrrhus finit par lever le siège de Lilybée et se retire de Sicile.

Par la suite

De retour en Italie, Pyrrhus est vaincu par les Romains en 275, à la bataille de Beneventum. Il retourne en Grèce et est couronné roi de Macédoine. Il est tué en 272, après avoir assiégé Sparte et tenté en vain de prendre le contrôle du Péloponnèse. Après sa mort, Tarente, la dernière ville italienne qui n’est pas encore conquise par les Romains, se soumet à Rome.

La Sicile à la veille de la première guerre punique – Gris : territoire carthaginois – Vert : territoire grec – Blanc : territoire mamertin

En Sicile, le rapport de forces entre Grecs et Carthaginois est quasi identique à avant la guerre : Carthage reprend le contrôle des villes abandonnées par Pyrrhus. Une dizaine d’années plus tard, Rome et Carthage, qui étaient alliés contre Pyrrhus, s’affrontent à leur tout pour le contrôle de l’île : c’est la Première guerre punique.

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La Nécropole des Rabs : un site funéraire punique

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La Nécropole des Rabs, ou Nécropole de Bordj Djedid, est un cimetière de l’époque punique, situé sur le site archéologique de Carthage. Redécouverte en 1897, il s’agit de la plus grande nécropole punique, qui nous apprend beaucoup sur les rites funéraires des anciens Carthaginois.

Sélection d’objets découverts dans la nécropole, exposés au Musée National de Carthage
Sarcophage de la prêtresse, aquarelle peinte en 1903 par Auguste-Émile Pinchart

La Nécropole des Rabs était en usage du 5° Siècle jusqu’à la chute de Carthage, avec des pics d’activité au 4° et au 3° Siècles. On estime que l’ensemble des nécropoles de Cartage couvrait environ 60 hectares, alors que la surface de la ville elle-même était de plus de 300 hectares. Plus de 3000 tombes ont été excavées à Carthage, dont environ un millier dans la Nécropole des Rabs.

L’examen de ces tombes a permis aux spécialistes d’étudier l’évolution des pratiques funéraires à Carthage. Alors que les constructions les plus anciennes sont des chambres funéraires individuelles et familiales, avec le temps, des zones spécifiques ont été allouées à certaines familles, clans et organisations religieuses. Les défunts étaient inhumés ou incinérés. La crémation prédominait à partir du 4° Siècle, pendant la période hellénistique, en raison de restrictions d’espace. Les cendres étaient préservées dans une boîte en calcaire. Des bijoux, poteries et divers autres objets en or, en bronze ou en ivoire accompagnaient les défunts dans leur dernière demeure.

Les chambres funéraires étaient alignées en rangées, accessibles par des couloirs. On y descendait par des puits, d’une profondeur moyenne de 12m, le puits le plus profond étant de 27m. Des entailles dans les murs permettaient de descendre vers les couloirs. Ces puits servaient à protéger les chambres funéraires contre les voleurs. Ils avaient peut-être aussi un rôle religieux.

L’architecture des chambres funéraires et la richesse des objets qu’elles contiennent montre que la Nécropole des Rabs était employée par l’élite de la société carthaginoise. Il est possible qu’elle était réservée aux prêtres et dignitaires religieux, qui étaient issus de l’aristocratie et jouaient un rôle cérémoniel important.

Une quinzaine de sarcophages, datant du 4° au 3° Siècle, ont été déterrés dans la Nécropole des Rabs. Ces sarcophages sont en bois, en grès, en pierre et en marbre. Ils étaient fabriqués en surface, puis descendus dans les chambres funéraires à l’aide de cordes.

Sarcophage de marbre, d’inspiration grecque

Certains sarcophages montrent une influence grecque, avec un couvercle en forme de toit, qui rappelle les temples grecs. Ces sarcophages ont peut-être été fabriqués par des artisans grecs immigrés à Carthage. On a aussi des sarcophages d’influence égyptienne, contenant des momies.

Sarcophages aux couvercles sculptés, exposés dans la Salle Carthage du Musée du Louvre, à Paris

Les plus spectaculaires sont quatre sarcophages aux couvercles sculptés. La sculpture carthaginoise est peu documentée, ces sarcophages sont les principaux exemples connus. Les couvercles sculptés représentent des formes humaines : deux hommes et deux femmes. Ces sarcophages ont été retrouvés dans deux chambres funéraires contenant chacune un sarcophage d’homme et un de femme, ce qui montre qu’il s’agit probablement de couples mariés qui ont été enterrés ensemble.

Sarcophage de la Princesse ailée

La découverte la plus extraordinaire de toutes est le Sarcophage dit de la Princesse ailée, exposé au Musée National de Carthage. Ce sarcophage en marbre blanc représente une femme avec des ailes d’oiseau. La femme tient une colombe dans une main et un vase de parfum dans l’autre. Sa chevelure est attachée à la mode égyptienne et ses ailes semblent évoquer des attributs de la déesse égyptienne Isis ou Nephthys ; il pourrait s’agit aussi d’un symbole de la déesse Tanit. Elle est couverte d’un voile en forme de tête de faucon, qui lui descend jusqu’aux genoux, et la partie inférieure de son corps ressemble à une queue de poisson. Ce sarcophage était coloré à l’origine, mais les couleurs se sont effacées avec le temps.

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Un Carthaginois en Sicile : le suffète Magon à Syracuse

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Au cours du 5° et du 4° Siècles avant notre ère, Carthage a mené une série de sept guerres contre les Grecs de Sicile, pour le contrôle de l’île. Vers 345, le suffète carthaginois Magon profite des divisions entre factions politiques rivales à Syracuse, la principale ville grecque de Sicile, pour entrer dans la ville, sur l’invitation d’une faction. Il échoue cependant à obtenir une victoire permettant à Carthage de prendre le dessus sur son rival.

Contexte

Syracuse

A partir du 6° Siècle avant notre ère, plusieurs colonies grecques ont été fondées au Sud de l’Italie. L’influence grecque dans cette région était telle que les Romains l’appelleront Magna Graecia (Grande-Grèce). En Sicile, la principale colonie grecque était Syracuse, fondée vers 734, par des colons originaires de la ville de Corinthe.

Pendant la plus grande partie du 5° et du 4° Siècles, les villes grecques de Sicile étaient gouvernées par des tyrans (des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec). Les plus connus des tyrans de Syracuse sont Denys l’Ancien (405-367) et son fils Denys le Jeune (367-357, puis 346-344).

Le règne de Denys le Jeune

Pièce à l’effigie de Denys le Jeune

Denys le Jeune, qui a moins de 30 ans lorsqu’il succède à son père, n’a aucune expérience du pouvoir et mène une vie frivole et dissolue. Les premières années de son règne se caractérisent par ses tensions avec son oncle Dion, qui souhaite réformer la gouvernance de Syracuse afin de la rendre plus démocratique. Denys le Jeune fait exiler Dion, mais en 357, Dion revient et mène une révolte contre lui. Dion parvient à prendre le pouvoir, mais il est assassiné en 354.

Le château d’Euryale : la citadelle où Denys le Jeune s’est réfugié

Après des années d’instabilité, Denys le Jeune reprend le pouvoir à Syracuse en 346. Son pouvoir est contesté par Hicétas, le tyran de la ville voisine de Léontini et un ami de Dion, qui a accueilli sa famille après sa mort. Après le retour de Denys le Jeune, Léontini devient le point de ralliement des Syracusains hostiles à son pouvoir. Hicétas finit par attaquer Syracuse et prend le contrôle de toute la ville, sauf la citadelle, où Denys le Jeune se réfugie.

Dans ce contexte, un groupe de Syracusains, lassés des guerres incessantes contre Carthage et des divisions politiques qui affaiblissent la ville, décident d’envoyer un appel à l’aide à Corinthe, la cité-mère de Syracuse. Le général corinthien Timoléon est envoyé en Sicile afin de restaurer la stabilité à Syracuse.

La mission de Magon de Carthage

La rivalité avec Carthage a toujours joué un rôle important dans les intrigues politiques internes à Syracuse. Le bannissement de Dion semble avoir été motivé par une lettre qu’il avait envoyée aux autorités carthaginoises, dans laquelle il leur recommande de le consulter directement pour les négociations de paix.

Pièce syracusaine à l’effigie de Timoléon

Lorsque Timoléon débarque en Sicile, il commence par combattre Hicétas et lui infliger une lourde défaite. Peu après, Denys le Jeune abandonne la citadelle de Syracuse entre les mains de Timoléon. La ville est à présent divisée entre les forces de Hicétas et de Timoléon.

Magon à Syracuse – Image créée par ChatGPT

C’est à ce moment-là que Hicétas fait appel aux Carthaginois pour l’aider contre son nouvel ennemi. Le suffète carthaginois Magon entre dans le port de Syracuse à la tête d’une grande flotte, puis pénètre dans la ville à l’invitation de Hicétas. Il espère obtenir une issue favorable aux intérêts de Carthage.

L’intervention carthaginoise sera cependant de courte durée : peu après son arrivée, Magon, qui fait face à l’hostilité de la population syracusaine et craint une trahison, retire ses troupes de Syracuse et retourne à Carthage. Après son départ, Hicétas est facilement vaincu par Timoléon. Le général corinthien est le nouveau maître de Syracuse.

Par la suite

Denys le Jeune part en exil à Corinthe, où il meurt l’année suivante.

Timoléon

Timoléon établit une nouvelle Constitution à Syracuse, qui rétablit la démocratie après un demi-siècle de tyrannie. Il invite de nouveaux colons de Grèce continentale à venir s’installer à Syracuse et dans d’autres villes de Sicile, afin de reconstruire l’économie ravagée par la guerre.

Une fois la stabilité rétablie à Syracuse, Timoléon reprend la guerre contre Carthage. Il remporte une grande victoire contre les troupes carthaginoises menées par Magon, qui se suicide après sa défaite. Carthage est contrainte de signer un traité de paix qui ne lui permet de garder le contrôle que de la moitié Ouest de la Sicile.

Timoléon consacre les dernières années de sa vie à chasser les derniers tyrans de Sicile. Hicétas, à Léontini, est vaincu et exécuté. Timoléon est resté dans l’histoire comme le libérateur de la Sicile.

Carthage et l'Empire carthaginois

La bataille d’Himère : une défaite lourde de conséquences

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Vers le début du 5° Siècle avant notre ère, Carthage intervient militairement en Sicile, contre les villes grecques de Syracuse et d’Acragas. L’armée carthaginoise est vaincue à la bataille d’Himère. Cette défaite mènera à une réforme profonde de la société carthaginoise, afin de la rendre plus démocratique en limitant les pouvoirs du roi au profit d’une assemblée élue par le peuple.

La bataille d’Himère – peinture de Giuseppe Sciuti

Contexte

Depuis le 6° Siècle, Carthage, installée au Nord-Ouest de la Sicile, est régulièrement en conflit avec les colonies grecques qui occupent la plus grande partie de l’île. Les Grecs de Sicile sont eux-mêmes divisés entre Ioniens et Doriens.

La Sicile avant la bataille d’Himère : territoire de Syracuse (en rouge), soumis à Syracuse (en jaune) et soumis à Acragas (en bleu) ; points noirs : villes carthaginoises

A cette époque, la plupart des villes grecques de Sicile sont tombées sous le pouvoir de tyrans (des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec). Gélon, le tyran de Syracuse, qui contrôle le plus grand territoire, fait alliance avec Théron d’Acragas, créant un front uni des Grecs Doriens, contre les Grecs Ioniens et les autochtones Sicules. Face à cette menace, les Ioniens font alliance avec Carthage.

La bataille d’Himère

Tombeau de Théron d’Acragas, le tyran qui a vaincu Carthage à Himère

En 483, Théron d’Acragas dépose Terrilus, le tyran ionien d’Himère, qui appelle Carthage à l’aide. Les Carthaginois, craignant de voir l’alliance entre Gélon et Théron prendre le contrôle de toute la Sicile, interviennent en 480.

L’armée carthaginoise, menée par le roi Hamilcar Ier, est vaincue à la bataille d’Himère. Hamilcar lui-même est tué au combat ou se suicide après sa défaite, selon les sources. Carthage conserve cependant ses territoires en Sicile.

Cette défaite a provoqué de profonds changements dans la société carthaginoise : le gouvernement aristocratique a été remplacé par une assemblée élue, avec un roi aux pouvoirs purement symboliques.

Par la suite

La bataille d’Himère est la première d’une série de sept guerres entre Carthage et les Grecs de Sicile, menés par Syracuse, pour le contrôle de l’île.

Carthage et l'Empire carthaginois

Les anciens rois de Carthage

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Pendant les premiers siècles après sa fondation, Carthage était gouvernée par un chef appelé suffète (shophet). Les historiens grecs et romains les appelaient « rois » de Carthage, mais la plupart des historiens modernes pensent que c’est une erreur due à leur ignorance du système politique carthaginois. Leur rôle semble avoir été différent de celui des rois dans la plupart des royaumes antiques. Dans cet article, nous découvrirons tout ce que nous savons des anciens « rois » de Carthage.

Les suffètes de Carthage : des rois ?

Reconstitution de Carthage

L’histoire ancienne de Carthage est très peu connue : certains historiens doutent même qu’il soit possible de la reconstruire, à cause de la destruction totale des sources historiques carthaginoises lors de la destruction de la ville. On ne sait donc pas exactement quel était le rôle des premiers suffètes. En tout cas, ils n’étaient probablement pas des « rois » au sens courant dans l’Antiquité, mais plutôt de hauts magistrats (shophet 𐤔𐤐𐤈 signifie « juge » en phénicien), choisis pour leurs compétences, peut-être comme des « premiers parmi les pairs ». On ne sait pas si cette fonction était héréditaire : les suffètes étaient généralement issus de la même famille, mais il est possible qu’il s’agisse davantage d’une question d’éducation que de succession dynastique.

Les rois de Carthage

Voici la liste la plus courante des anciens rois de Carthage, fondée sur les travaux de l’historien français Gilbert Charles-Picard. Cette liste n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Toutes les dates sont des suppositions.

Les premiers rois

Didon

La première reine de Carthage serait Didon (Elissa), une princesse phénicienne de Tyr devenue la fondatrice légendaire de la ville.

Le premier roi historique connu est Hannon I, qui aurait régné de 580 à 556. C’était probablement un descendant de Didon. On ne sait rien de plus de sa vie.

Son successeur, Malchus (556-550), était probablement issu de l’armée. C’est pendant son règne que la conquête carthaginoise de la côte nord-africaine a commencé. Vers le début de son règne, il a mené une campagne en Sicile, probablement suite à l’appel à l’aide des colonies phéniciennes face à l’expansion grecque sur l’île. Les villes phéniciennes de Sicile, comme Motya, Panorme et Solonte, sont intégrées à l’Empire carthaginois. Par la suite, il combat les Libou dans la région de Leptis Magna, pour le contrôle de la côte libyenne. Vers la fin de son règne, il est envoyé en Sardaigne à la tête d’une armée de 80 000 hommes, afin de soutenir les populations phéniciennes locales contre les autochtones nuragiques. Il remporte une série de victoires qui lui permettent d’établir des colonies puniques sur l’île. Cependant, après une défaite, lui et ce qui reste de son armée sont exilés. Il revient alors assiéger Carthage, prend le contrôle de la ville par la force et fait exécuter ceux qui l’avaient exilé.

La dynastie magonide (550-340)

Vers 550, Magon, un général de l’armée carthaginoise, s’empare du pouvoir à Carthage. Il règne de 550 à 530 et fonde une dynastie qui sera au pouvoir pendant deux siècles. On ne sait pas s’il s’agissait à l’origine d’un simple potentat militaire qui a pris le pouvoir par la force ou s’il était reconnu comme roi légitime.

Alalia, la première possession carthaginoise en Corse

Magon I commence par faire exécuter Malchus pour trahison, à cause de son attaque contre Carthage. Pendant son règne, Carthage continue à s’imposer comme la principale puissance du bassin méditerranéen occidental. Il fait alliance avec les Etrusques contre les Grecs de Massalia, une alliance qui durera jusqu’à l’époque romaine. Vers 540, Carthaginois et Etrusques attaquent ensemble Alalia, une colonie phocéenne en Corse. Les Phocéens sont vaincus et contraints d’abandonner Alalia, qui passe sous contrôle carthaginois. Magon fortifie ensuite la domination carthaginoise sur le Sud de l’Espagne, depuis Gadir (Cadiz). Vers la fin de son règne, la civilisation tartessienne, un important partenaire commercial de Carthage en Espagne, s’effondre, permettant aux Carthaginois de prendre le contrôle de leurs mines de métaux précieux.

Hasdrubal I (530-510), le fils de Magon I, lui succède. D’après l’historien romain Justin, il a été élu « roi » à 11 reprises – un indice montrant que la fonction de suffète était peut-être élective et non héréditaire. Avec son frère Hamilcar, il lance une expédition militaire en Sardaigne. Il a été honoré d’un triomphe quatre fois pour ses victoires, le seul Carthaginois à avoir reçu tant d’honneurs. Pendant son règne, le prince grec Dorieus de Sparte tente d’établir une colonie grecque près de Leptis Magna, mais il est repoussé. Hasdrubal meurt de blessure en Sardaigne, vers 510.

Son frère Hamilcar I (510-480), qui lui succède, poursuit la campagne pour le contrôle de la Sardaigne, qui dure 25 ans. Les autochtones sont soutenus par les Grecs de Magna Graecia (Sud de l’Italie). Hamilcar est connu aussi pour avoir signé le premier traité entre Carthage et Rome, qui définit leurs zones d’influence respectives et reconnaît notamment le contrôle carthaginois sur la Sicile et la Sardaigne.

La bataille d’Himère : un point tournant dans l’histoire carthaginoise

Vers la fin du règne de Hamilcar I, Carthage intervient militairement en Sicile, contre les villes grecques de Syracuse et d’Acragas : c’est la première d’une série de sept guerres entre Grecs et Carthaginois en Sicile. L’armée carthaginoise est vaincue à la bataille d’Himère. Hamilcar lui-même est tué au combat ou se suicide après sa défaite, selon les sources – son suicide pourrait être un sacrifice rituel pour inverser le cours de la bataille. Après cette défaite, Carthage a mis en place une réforme limitant les pouvoirs du roi, avec la mise en place d’une assemblée élue.

Après cette réforme, la chronologie des rois de Carthage devient floue. Un fils de Hamilcar I appelé Himilcon I a apparemment régné sur les territoires carthaginois en Sicile ; il pourrait s’agir de l’explorateur Himilcon, le premier Carthaginois à avoir navigué jusqu’en Bretagne. Hannon le Navigateur, qui a exploré la côte ouest-africaine au-delà du détroit de Gibraltar, était probablement aussi issu de la famille magonide, peut-être un fils ou petit-fils de Hamilcar I – certaines sources le décrivent comme « roi ».

Hannibal I (440-406), le petit-fils de Hamilcar I, a mené une expédition militaire en Sicile, en 410. Les Carthaginois s’emparent des villes grecques de Sélinonte et d’Himère. Après sa victoire, Hannibal fait exécuter 3000 prisonniers de guerre, pour venger la défaite de son grand-père à Himère, 70 ans auparavant. Quelques années plus tard, Hannibal meurt de la peste, pendant le siège d’Agrigente.

Soldat carthaginois

Bomilcar, le fils de Hannibal I, meurt quelques jours après lui. C’est donc son neveu Himilcon II (406-396) qui lui succède. Himilcon II pourrait être le fils de Hannon le Navigateur. Il poursuit la guerre en Sicile, jusqu’à la conclusion d’un accord de paix avec Syracuse. La guerre reprend en 398. Himilcon assiège Syracuse. Après une défaite, il décide de lever le siège et d’évacuer tous les soldats carthaginois, abandonnant à leur sort les mercenaires étrangers qui se battaient à ses côtés. Les Carthaginois, choqués par son attitude, le destituent. D’après l’historien grec Diodore de Sicile, Himilcon, pris de regrets, se serait ensuite laissé mourir de faim à Carthage.

Son successeur, Magon II (396-375), est un membre de la famille magonide, mais pas le fils de Himilcon II. Pendant les premières années de son règne, il doit réprimer une rébellion amazighe dans les territoires carthaginois en Afrique. Il tente ensuite de reprendre Messana, en Sicile, mais échoue, puis signe un nouveau traité de paix avec Syracuse. La guerre en Sicile reprend vers la fin de son règne. Magon II est tué au combat.

Pièce syracusaine à l’effigie de Timoléon

Son fils Magon III (375-344) continue la guerre en Sicile. Vers 345, il profite des divisions entre factions politiques rivales à Syracuse pour entrer dans la ville, sur l’invitation d’une faction. Il échoue cependant à obtenir une victoire permettant à Carthage de prendre le dessus. Peu après, il est vaincu par le général corinthien Timoléon, qui est venu en aide à Syracuse. Il se suicide pour échapper à la crucifixion, le supplice que Carthage réserve aux généraux vaincus.

Son successeur, Hannon III (344-340), est le dernier suffète de la dynastie magonide. Après la défaite de Magon III, il mène une opération de secours carthaginoise en Sicile, mais il est vaincu à son tour.

La dynastie hannonide

Un autre Hannon, qui n’est pas issu de la famille magonide, a remporté une victoire importante contre les Grecs de Sicile en 367. Il devient un des hommes les plus riches et les plus puissants de Carthage pendant vingt ans. Après la défaite de Hannon III, le dernier suffète magonide, il essaye de s’emparer du pouvoir, avec le soutien d’un chef de tribu amazigh local. Il est capturé et torturé à mort avec plusieurs membres de sa famille.

Peu après, les autorités carthaginoises font appel à Giscon, un fils de Hannon qui avait été exilé avant la mort de son père, pour continuer le combat en Sicile. Il remporte plusieurs victoires, mais ne parvient pas à vaincre Timoléon, qui a entretemps pris le pouvoir à Syracuse.

Agathocle de Syracuse

Hamilcar, le fils de Giscon, commande l’armée carthaginoise pendant la guerre contre Agathocle de Syracuse.

Bomilcar, le frère (ou un parent plus éloigné) de Hamilcar, tente de prendre le pouvoir à la mort de Hamilcar. Non content de la fonction de suffète, il veut restaurer les pouvoirs des anciens rois d’avant la réforme de 480. Il échoue et est crucifié.

Après la tentative de coup d’Etat de Bomilcar, le Sénat carthaginois met en œuvre de nouvelles réformes qui feront de Carthage une République. Pour éviter une nouvelle tyrannie, les suffètes sont à présent deux plutôt qu’un seul, élus pour un mandat d’un an, et exercent leur pouvoir d’une manière collégiale.

Hannon le Grand, l’aristocrate carthaginois qui a été le principal adversaire de Hannibal pendant la Deuxième guerre punique, était probablement un descendant de la famille hannonide.

Carthage et l'Empire carthaginois

Hamilcar le Rhodien : un espion carthaginois dans l’armée d’Alexandre le Grand

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Alexandre le Grand, le plus grand conquérant de l’Antiquité, a conquis un Empire qui s’étendait de sa Macédoine natale jusqu’au fleuve Indus. Ses conquêtes ont suscité une grande crainte à Carthage, au point où les Carthaginois ont décidé d’envoyer un espion pour les tenir informés de ses projets.

Alexandre le Grand – Mosaïque retrouvée à Pompéi

Contexte : les campagnes d’Alexandre le Grand

Le jeune roi Alexandre III de Macédoine, qui a hérité de son père un Royaume qui domine déjà la plus grande partie de la Grèce, avait surtout pour ambition de vaincre l’ennemi mortel des Grecs : l’immense Empire perse. Il traverse l’Hellespont en 334, et se lance à la conquête de l’Asie mineure (Turquie actuelle).

Siège de Tyr – Dessin d’André Castaigne

En 332, il assiège Tyr, la capitale de la confédération de cités-Etats phéniciennes. Pendant ce siège, les femmes et les enfants de la ville sont évacués à Carthage. Alexandre le Grand finit par comprendre qu’il ne pourra prendre la ville qu’avec une flotte. A ce moment-là, 80 navires perses originaires de villes qu’il a déjà conquises se rallient à lui, suivis de 120 navires venus de Chypre, qui ont entendu parler de ses exploits et souhaitent le rejoindre. Grâce à cette flotte, il prend le contrôle de la ville. La civilisation phénicienne, qui dominait jadis une grande partie du bassin méditerranéen, n’existe désormais plus que dans la diaspora, centrée sur Carthage.

L’année suivante, Alexandre le Grand conquiert l’Egypte et fonde la nouvelle capitale de son Empire, à laquelle il donne son nom : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Il marche ensuite vers l’Orient.

En octobre 331, il affronte l’armée de l’Empereur de Perse Darius III, à Gaugamela (probablement Tel Gomel, près d’Erbil, dans le Kurdistan iraquien actuel). Sa victoire est totale. L’Empire perse, l’ennemi historique des Grecs, est vaincu. Au cours des prochaines années, il étend ses conquêtes de plus en plus loin vers l’Orient. A sa mort, en 323, il règne sur le plus grand Empire de l’histoire antique.

La réaction de Carthage

Statue équestre d’Alexandre le Grand à Thessalonique

Au début des campagnes d’Alexandre le Grand, les Carthaginois le voyaient avec une certaine indifférence : son armée était loin de leurs frontières et s’intéressait surtout aux régions orientales. Cela a changé après la conquête de Tyr, la cité-mère de Carthage, avec laquelle l’ancienne colonie avait gardé des liens étroits : les Carthaginois craignaient à présent qu’après avoir atteint son objectif en Orient, Alexandre le Grand ne se tourne vers l’Occident, vers leur Empire. Cette crainte s’est encore accentuée après la fondation d’Alexandrie, sur la rive Sud de la Mer Méditerranée, dont le port menaçait de devenir un rival de poids pour Carthage.

L’espion carthaginois Hamilcar le Rhodien – Image créée par ChatGPT

C’est à ce moment-là que les autorités carthaginoises ont décidé d’envoyer un espion auprès d’Alexandre le Grand. Cet espion est appelé Hamilcar le Rhodien (à ne pas confondre avec Hannibal le Rhodien, un officier carthaginois pendant la Première guerre punique). Sa mission était de les tenir informés de ses projets, notamment s’il prévoyait d’attaquer Carthage.

Cet espion carthaginois n’est mentionné que par trois auteurs antiques : Frontin, un officier militaire romain du 1° Siècle, Justin, un historien latin du 2° Siècle, et Paul Orose, un auteur chrétien du 5° Siècle, qui a écrit une histoire du monde dans une perspective chrétienne. Tous ces auteurs ont écrit plusieurs siècles après les faits, ce qui a amené certains historiens modernes à mettre en doute leur témoignage. Il est cependant possible qu’ils s’inspirent de sources plus anciennes, qui sont perdues. La plupart des historiens acceptent aujourd’hui que l’épisode de l’envoi de l’espion carthaginois est bien historique.

Les craintes carthaginoises étaient-elles fondées ? Alexandre le Grand avait-il effectivement l’intention de revenir attaquer Carthage après avoir conquis l’Orient ? Sur ce point, les historiens modernes sont en désaccord : selon certaines sources, après sa conquête de Tyr, il aurait renvoyé des Carthaginois vivant dans la ville avec le message que le tour de Carthage viendrait, mais même si c’est vrai, il pourrait s’agir davantage de rhétorique guerrière que d’un projet de conquête à venir. En tout cas, les craintes carthaginoises étaient bien réelles.

Qu’Alexandre le Grand ait effectivement eu l’intention de conquérir Carthage ou non, il n’en a pas eu le temps : il est mort en 323, à Babylone, à seulement 32 ans.

Carthage et l'Empire carthaginois

Hannibal le Rhodien : un forceur de blocus carthaginois

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Vers la fin de la Première guerre punique, les Romains assiègent la ville de Libybée, en Sicile. Un audacieux officier carthaginois, Hannibal le Rhodien, est entré dans la ville par la mer, en pleine vue des Romains, pour ravitailler les assiégés. Grâce à la vitesse supérieure de son navire, il a échappé aux troupes romaines.

Hannibal le Rhodien était un officier de l’armée carthaginoise, pendant la Première guerre punique. Son surnom « le Rhodien » vient probablement de ses qualités de navigateur : les habitants de l’île de Rhodes étaient connus pour être d’excellents marins. Hannibal le Rhodien était aussi un habile inventeur : son navire, qu’il avait lui-même construit, était équipé de fonctions spéciales qui le rendaient encore plus rapide que les autres navires de la flotte carthaginoise.

Vers 250, alors que la Première guerre punique fait rage depuis plus de 10 ans, les Romains ont pris le contrôle de la plus grande partie de la Sicile. L’armée romaine décide d’assiéger Lilybée (aujourd’hui Marsala), une des dernières villes carthaginoises de l’île.

C’est pendant ce siège que Hannibal le Rhodien s’est illustré. L’historien Polybe raconte comment il est entré dans le port de Lilybée, en plein jour et sans même chercher à se cacher de l’ennemi, pour apporter des provisions aux troupes carthaginoises assiégées. Puis, seul à bord de son navire, il repart et échappe facilement aux vaisseaux romains qui l’attaquent : son navire est si rapide que personne ne peut le rattraper. Polybe rapporte qu’il s’est même arrêté pour insulter et provoquer ses ennemis.

Après l’exploit de Hannibal le Rhodien, d’autres suivent son exemple. Grâce à ces expéditions, les Carthaginois peuvent non seulement ravitailler la ville assiégée, mais aussi récolter des informations utiles sur leurs ennemis. Les Romains, dépassés par tant d’audace, tentent sans succès de combler l’entrée du port.

Navire de guerre romain – Gary Rees – Source

Un jour, un navire carthaginois échoue sur un banc de sable. Les Romains s’en emparent et s’en servent pour poursuivre les autres navires qui viennent ravitailler la ville. Hannibal le Rhodien lui-même est finalement capturé pendant une de ses expéditions. Les Romains construiront leur propre flotte sur le modèle de son navire, ce qui leur permettra d’empêcher de nouvelles expéditions de ravitaillement.

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Les Etrusques : des alliés de Carthage en Italie

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Les Etrusques sont une civilisation antique qui vivait au centre de l’Italie. Rivaux historiques des Romains, les Etrusques étaient des alliés de Carthage. Un certain nombre d’objets artisanaux d’origine étrusque ont été retrouvés à Carthage et ailleurs en Afrique du Nord.

Tesserae hospitales étrusques retrouvées à Carthage : une « tessera hospitalis » était un petit objet employé pour symboliser un accord d’amitié, d’hospitalité et d’assistance mutuelle entre deux individus, familles ou communautés ; la tessera était divisée en deux et chaque partie gardait une moitié, comme preuve de l’accord et signe de reconnaissance lors de rencontres ultérieures
Carte des 12 villes de la Ligue étrusque et de l’expansion de la civilisation étrusque

Les Etrusques, apparus vers 900 avant notre ère, formaient une fédération de 12 cités-Etats, qui parlaient la même langue et avaient une culture commune. Leur région, l’Etrurie, s’étendait au centre de la péninsule italienne, du fleuve Arno au Tibre. La civilisation étrusque dominait l’Italie jusqu’au début de l’expansion romaine. Du 6° au 3° Siècle, les cités-Etats étrusques ont combattu les Romains dans une série de guerres, qui ont permis à Rome de prendre le contrôle de l’Italie. Les Etrusques ont ensuite été assimilés à la civilisation romaine. Ils ont reçu la citoyenneté romaine en 90, avec tous les habitants de l’Italie.

Poteries étrusques retrouvées à Carthage (clic pour agrandir)

Les Etrusques et les Carthaginois avaient des intérêts communs dans le bassin méditerranéen. Ils étaient notamment des alliés naturels contre l’influence grecque dans leur région. Ils se sont alliés une première fois en 540, pour attaquer ensemble Alalia, une colonie fondée en Corse par les Grecs de Massalia. L’alliance entre Etrusques et Carthaginois est victorieuse : les Grecs abandonnent Alalia et la Corse passe sous souveraineté carthaginoise. Par la suite, les Etrusques soutiennent Carthage dans leurs premières guerres contre les Grecs en Sicile. Vers la fin du 5° Siècle, la puissance étrusque commence à décliner et leur implication en Sicile cesse. Les Carthaginois, soucieux d’éviter un conflit ouvert avec Rome, n’ont pas envoyé de soutien militaire aux villes étrusques pendant leurs guerres contre les Romains. Ils ont cependant soutenu leurs alliés Etrusques financièrement (et peut-être aussi en les faisant profiter de leur flotte), surtout lorsque cela coïncidait avec leurs intérêts en Sicile et en Sardaigne. Les Etrusques ont été vaincus par les Romains avant le début des guerres puniques, si bien qu’ils n’ont pas pu soutenir Carthage contre Rome.

Infundibula en bronze retrouvées à Carthage

Carthage entretenait des liens commerciaux étroits avec les Etrusques, ainsi que l’atteste la grande quantité d’objets artisanaux d’origine étrusque retrouvés à Carthage et dans d’autres villes puniques d’Afrique du Nord. Il s’agit essentiellement de poteries et d’objets en bronze. On a même retrouvé des inscriptions révélant une présence étrusque en Tunisie et en Algérie moderne, jusqu’au 2° et au 1° Siècle (soit après la destruction de Carthage). Il s’agit probablement de populations qui ont fui en Afrique après la conquête de leur territoire par Rome.

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Les stèles de La Ghorfa : l’héritage punique à l’ère romaine

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Après la conquête romaine, la langue et la culture puniques n’ont pas disparu, mais ont gardé une profonde influence dans les territoires de l’ancien Empire carthaginois. Les stèles de la Ghorfa, une série de stèles retrouvées à Maghrawa, en Tunisie, témoignent des liens entre cet héritage culturel punique et la nouvelle civilisation romano-africaine.

Stèles de La Ghorfa, Musée du Louvre, Paris

Les stèles de La Ghorfa sont une collection d’une quarantaine de stèles punico-romaines, qui datent de la fin du 1° Siècle au début du 2° Siècle de notre ère, soit plus de 200 ans après la chute de Carthage. Elles ont été découvertes en plusieurs fois, entre 1842 et 1967, à Maghrawa, près de Makthar, en Tunisie. Etant donné qu’elles ont été éparpillées dès leur découverte, leur provenance exacte n’a été déterminée que récemment, grâce aux travaux du chercheur tunisien Ahmed M’Charek.

Stèles du Musée de Makthar

Ces stèles sont aujourd’hui dispersées entre plusieurs musées tunisiens et étrangers. La plus grande collection est celle du British Museum de Londres, qui compte 22 stèles. 3 stèles sont exposées au Musée du Louvre, à Paris, et 2 autres au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Enfin la Tunisie a conservé 17 stèles : 12 au Musée national du Bardo, 4 au Musée de Makthar et la dernière à l’antiquarium de Dougga. L’image de couverture de cet article montre la collection du Musée du Bardo.

Les stèles de La Ghorfa mesurent environ 1,75m de haut. Leur sommet est triangulaire, puis elles contiennent trois niveaux superposés. Certaines stèles contiennent aussi des dédicaces rédigées en latin.

Niveaux médian et inférieur de la même stèle
Niveau supérieur d’une des stèles du Bardo

Les trois niveaux des stèles représentent la hiérarchie du cosmos, selon la vision du monde traditionnelle punique. Le niveau supérieur montre le monde des dieux, représenté sous forme humaine, avec les symboles astraux de la lune et du soleil. Le signe de Tanit est parfois représenté, accompagné de divinités romaines comme Mercure ou Vénus. Le niveau médian est celui du dédicant, qui dédie la stèle aux dieux : il est debout dans une sorte de chapelle, avec des colonnes et des pontons. Il peut être un homme ou une femme. Enfin, le niveau inférieur représente le monde des hommes, avec souvent des scènes de sacrifice.

Ces stèles témoignent du syncrétisme religieux et culturel en Afrique romaine à cette époque, avec un mélange entre divinités et symboles puniques et romains.

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Les Carthaginois pratiquaient-ils des sacrifices humains ?

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Plusieurs auteurs antiques affirment que les Carthaginois brûlaient des enfants nouveau-nés sur l’autel de leur dieu Baal et de leur déesse Tanit. Alors que cette idée était largement admise dans le passé, certains historiens modernes doutent que les sacrifices humains étaient réellement pratiqués à Carthage ou pensent qu’ils étaient très rares.

Le Tophet : un lieu de sacrifices humains ?

Tyr, la « cité-mère » de Carthage, offrait des sacrifices humains à ses débuts, de même que d’autres cités phéniciennes. La pratique des sacrifices humains à Tyr semble cependant avoir cessé à peu près à la même époque que la fondation de Carthage.

Il existe une théorie selon laquelle il y avait un lien entre l’abandon des sacrifices humains à Tyr et la fondation de Carthage. Lorsque Tyr a décidé de cesser d’offrir des sacrifices humains, les traditionalistes, qui restaient attachés à cette pratique, auraient quitté la ville pour partir fonder Carthage sur la côte nord-africaine. Le mythe du suicide d’Elissa, la légendaire reine fondatrice de Carthage, serait à l’origine un sacrifice d’auto-immolation pour obtenir la faveur des dieux sur la nouvelle ville. Le prestige de Carthage, par rapport aux autres colonies phéniciennes, s’explique peut-être par son rôle religieux, de ville sacrée, à cause du sacrifice de sa fondatrice. Cette théorie est intéressante, mais elle ne peut être formellement prouvée.

Les auteurs gréco-romains, comme Plutarque et Diodore de Sicile, décrivent les sacrifices humains offerts par les Carthaginois, notamment les enfants nouveau-nés brûlés vifs lors de cérémonies rituelles. Il faut cependant garder à l’esprit que ces auteurs sont des ennemis de Carthage et que leur œuvre contient une grande part de propagande. Cela ne veut pas dire que les sacrifices humains n’existaient pas, mais qu’ils étaient peut-être bien plus rares que le récit de ces auteurs n’en donne l’impression.

Le Tophet de Carthage, au cœur de la ville antique, était une ère sacrée, dédiée à Baal et Tanit. Des excavations ont permis de retrouver un grand nombres d’urnes funéraires contenant les restes d’enfants, parfois de nouveau-nés. Par ailleurs, des inscriptions mentionnant des offrandes d’animaux ou d’enfants aux dieux (molok) ont été retrouvées, sans qu’on sache si cela implique leur mise à mort. Il est possible que le Tophet servait de lieu de sacrifice d’enfants.

Certains spécialistes ont suggéré que le Tophet était peut-être plutôt un cimetière pour les bébés morts-nés et les autres enfants morts de mort naturelle. Un examen des squelettes d’enfants ne montre aucune trace de traumatisme indiquant qu’ils seraient morts de mort violente.

Le suicide du roi de Carthage Hamilcar Ier, après sa défaite en Sicile, pourrait être un auto-sacrifice afin d’inverser le cours de la bataille.

La femme de Hasdrubal et ses enfants, peinture d’Ercole de’ Roberti

Après la défaite finale de Carthage, le dernier commandant carthaginois, Hasdrubal le Boétharche, s’est rendu aux Romains. Sa femme l’a maudit pour sa lâcheté, puis elle a coupé la gorge de leurs enfants, les a jetés dans un temple en feu et s’est précipitée elle-même dans les flammes. Ce geste désespéré peut être interprété comme un sacrifice rituel, destiné à sauver la ville qui était sur le point d’être détruite. Le suicide de la femme de Hasdrubal a peut-être inspiré Virgile pour le suicide de Didon.

La plupart des spécialistes acceptent aujourd’hui que les Carthaginois pratiquaient des sacrifices humains, y compris d’enfants. Il est cependant probable que de tels sacrifices étaient extrêmement rares, réservés aux crises les plus graves.