Le christianisme en Afrique du Nord

Arnobe de Sicca : la conversion d’un rhéteur

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Arnobe de Sicca était un célèbre rhéteur numide, qui enseignait à Sicca (El Kef). Vers la fin de sa vie, il a beaucoup surpris la communauté chrétienne de sa ville, en annonçant sa conversion au christianisme, une religion qu’il avait combattue toute sa vie. Afin d’apaiser les craintes de ceux qui doutaient de sa sincérité, il entreprend d’écrire un livre qui réfute ses anciennes croyances païennes.

Portrait tardif d’Arnobe

Arnobe est né vers 240, à Civitas Popthensis (Henchir Kssiba, vers Ouled Moumen, dans la wilaya algérienne de Souk Ahras). Après de brillantes études en littérature latine, il enseigne la rhétorique à Sicca (El Kef) et se fait connaître dans toute la région pour son érudition. La ville de Sicca était très fière de son célèbre résident.

Malgré son éducation latine, Arnobe était un digne fils de l’Afrique du Nord, fier de ses origines amazighes, qui voyait la conquête romaine de l’Afrique comme un accident de l’histoire. Ses écrits sont parsemés de références à la beauté de la région, aux riches moissons, aux troupeaux de moutons qui paissent dans les montagnes et aux oliviers qui poussent dans les plaines, mais aussi aux sécheresses et aux invasions de sauterelles qui ravagent les récoltes.

A cette époque, Sicca, comme toutes les villes d’Afrique du Nord, avait une communauté chrétienne assez importante. Arnobe les méprisait : il les voyait comme des ignorants et n’hésitait pas à s’attaquer à leur foi dans ses discours. Les responsables chrétiens de la ville, probablement des fermiers ou des artisans locaux sans grande instruction, n’étaient pas à la hauteur pour répondre aux arguments d’un adversaire aussi redoutable.

Ruines de Sicca

Pourtant, vers 295, alors qu’il était déjà âgé, Arnobe a beaucoup surpris la communauté chrétienne de Sicca en annonçant sa conversion ! Au lieu de se réjouir de voir un homme aussi illustre gagné à leur foi après l’avoir si longtemps combattue, les chrétiens ont d’abord refusé de croire qu’il était sincère : ils craignaient qu’il voulait infiltrer leurs rangs pour les détruire de l’intérieur. L’évêque de Sicca a même refusé de le baptiser.

Alors, avide de se faire accepter par la communauté chrétienne, Arnobe a décidé d’écrire un vaste ouvrage apologétique destiné à réfuter ses anciennes croyances païennes. Le résultat, Contre les nations, est un plaidoyer passionné pour la foi chrétienne et contre les mensonges de la mythologie et de la philosophie païennes. Pour Arnobe, il s’agit cependant autant de convaincre les chrétiens de la sincérité de sa foi que de convaincre les païens de la vérité du christianisme. Il est tout à fait possible aussi que son livre retrace son propre parcours spirituel, les raisons qui l’ont amené à abandonner ses anciennes croyances pour devenir chrétien ; il mentionne notamment que c’est une série de rêves qui l’ont convaincu de se convertir.

Le cœur de l’argumentation d’Arnobe est que la véritable religion doit allier puissance spirituelle et vertu morale. Il connaît très bien, pour les avoir longtemps pratiqués, les cultes païens – à la fois africains et gréco-romains – avec leurs cérémonies et sacrifices. Profondément conscient de la puissance spirituelle bien réelle des prêtres et rites magiques païens, il n’y trouve cependant rien de bon, de vertueux. Au contraire : la mythologie est pleine de récits de dieux profondément immoraux, adultères, violents et sanguinaires. La ville de Sicca était d’ailleurs connue pour son culte de Vénus, dont les prêtresses se prostituaient dans son temple ! La philosophie, elle, enseigne des principes moraux admirables, mais elle laisse l’homme impuissant pour s’élever au-dessus de sa nature égoïste et atteindre les vertus qu’elle enseigne.

Pierre tombale chrétienne de Sicca

C’est là qu’Arnobe découvre le Christ, dont les miracles manifestent une puissance spirituelle supérieure à celle des prêtres païens, tandis que son enseignement, sur l’amour des ennemis et le refus de la vengeance, manifeste une vertu plus grande encore que celle des philosophes. Enfin, par la résurrection de Christ, les chrétiens ont l’espérance certaine de la vie éternelle, à laquelle tous les philosophes aspirent sans savoir où la trouver.

Arnobe, qui a écrit son livre alors qu’il était très récemment converti, défend une foi qu’il connaît à peine. Son écriture est passionnée, cultivée et imaginative, mais son argumentation aurait certainement pu être affinée s’il s’était donné le temps de la réflexion.

Arnobe a mis plusieurs années à écrire son livre, qui était inachevé au moment de sa mort. Avec le temps, les chrétiens de Sicca ont fini par l’accepter comme un des leurs. Un de ses étudiants, Lactance, également chrétien, deviendra le conseiller de l’Empereur Constantin.

Pour en savoir plus

L'Afrique du Nord romaine, Le christianisme en Afrique du Nord

Firmus de Thagaste : le droit d’asile en Afrique romaine

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Au 3° Siècle, l’évêque Firmus de Thagaste, en Numidie, a accueilli dans sa maison un homme recherché par l’Empereur romain Maximien. Lorsque l’Empereur a envoyé ses troupes pour l’arrêter, il a refusé de le leur livrer, malgré le risque pour lui-même. L’Empereur, impressionné par son courage, lui a accordé la grâce de cet homme. Cet épisode a inspiré le principe moderne de droit d’asile.

Firmus est le premier évêque connu de Thagaste (Souk Ahras), une ville de Numidie qui deviendra célèbre par la suite comme le lieu de naissance d’Augustin d’Hippone. Il a accueilli ce réfugié en 289, sous le règne de l’Empereur Maximien. A cette époque, le christianisme était probablement majoritaire dans une grande partie de l’Afrique romaine, mais le nouveau culte n’était pas reconnu et les chrétiens étaient encore régulièrement persécutés. Firmus lui-même est mort martyr plusieurs années après.

Voici comment Augustin d’Hippone raconte cet épisode : « Voilà ce que fit autrefois un évêque de Thagaste, Firmus de nom, plus ferme encore de volonté ; car les appariteurs lui ayant porté l’ordre de l’Empereur d’avoir à livrer un homme qu’ils cherchaient et qu’il cachait dans sa maison, où il s’était réfugié ; avec tout le soin dont il était capable, il répondit à ceux qui demandaient cet homme, qu’il ne pouvait ni mentir ni le leur livrer, et quelque torture qu’on lui fit subir (car les Empereurs n’étaient pas encore chrétiens), il persista dans sa résolution. Conduit ensuite devant l’Empereur, il lui parut si digne d’admiration qu’il en obtint sans peine la grâce de celui qu’il avait recueilli. »

On ne sait rien de plus sur l’identité de ce fugitif et les raisons pour lesquelles l’Empereur voulait le capturer. Le fait qu’il s’est réfugié chez un évêque montre qu’il était probablement chrétien, mais cela ne veut pas forcément dire qu’il était persécuté pour sa foi. Firmus s’inspire peut-être aussi d’une tradition d’asile dans le droit coutumier amazigh.

Au cours des siècles suivants, cet épisode a beaucoup inspiré la tradition chrétienne du droit d’asile, notamment pour l’inviolabilité des lieux de culte.

Le christianisme en Afrique du Nord

Maximilien de Théveste : le premier objecteur de conscience

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Le fondement de la puissance de l’Empire romain était son armée, redoutable, bien armée et très disciplinée. A son apogée, on estime que l’armée romaine comptait environ 450 000 soldats. Vers la fin du 3° Siècle, Maximilien, un chrétien de la ville de Théveste (Tebessa), en Numidie, a été exécuté pour avoir refusé de servir dans l’armée. Il est considéré comme le premier objecteur de conscience, une inspiration pour tous ceux qui, après lui, ont refusé de porter les armes et de tuer pour une cause en laquelle ils ne croyaient pas.

Maximilien de Théveste est né en 274, à Théveste (aujourd’hui Tebessa, en Algérie). Son père, Fabius Victor, est un vétéran de l’armée romaine. En tant que fils d’un ancien soldat, la loi romaine exige que Maximilien se fasse enrôler dans l’armée à l’âge de 21 ans.

A cette époque, l’attitude des chrétiens à l’égard du service militaire variait beaucoup. En plus du recours à la violence, les sacrifices offerts lors des cérémonies militaires posaient également un problème de conscience aux chrétiens. D’une manière générale, les chrétiens déjà baptisés n’avaient pas le droit (ou, du moins, étaient découragés) de s’engager dans l’armée, mais les militaires qui se convertissaient au christianisme pouvaient continuer leur service. Certains chrétiens, comme Jules l’Africain, qui a servi comme officier sous Septime Sévère, avaient une vision beaucoup plus favorable de l’engagement militaire. Sous le règne de Dioclétien, qui a restauré une discipline militaire plus stricte, l’Eglise chrétienne a adopté une doctrine fermement antimilitariste.

Le 12 mars 295, jour de son 21° anniversaire, Maximilien a été amené par son père devant le proconsul d’Afrique, afin d’être enrôlé dans l’armée. Le père de Maximilien était lui-même chrétien et ne voyait manifestement pas de contradiction entre sa foi et l’engagement militaire. Maximilien, cependant, refuse de servir dans l’armée : « Je ne puis servir, je ne puis faire le mal, je suis chrétien. » Il ne veut pas non plus porter à son cou la médaille à l’effigie de l’Empereur Dioclétien, obligatoire pour tous les conscrits, parce qu’il estime que ce serait trahir Christ.

Face à son refus, Maximilien est arrêté et emprisonné.  Lorsque le proconsul l’interroge sur les raisons de son refus, il répond qu’il croit que l’Evangile chrétien interdit toute forme de violence et que par conséquent, sa conscience lui interdit de servir dans l’armée. Lorsque le proconsul menace de le condamner à mort s’il persiste, il répond : « Je ne sers pas, tranche-moi la tête, je ne milite pas dans l’armée de ce monde, mais dans celle de mon Dieu. » Le proconsul, craignant que d’autres chrétiens ne suivent son exemple, le fait décapiter. Une matrone chrétienne appelée Pompeiana obtient son corps et l’enterre à Carthage.

L’histoire se souvient de Maximilien de Théveste comme le premier objecteur de conscience. A la même époque, d’autres chrétiens ont certainement aussi été mis à mort pour avoir refusé de servir dans l’armée. Pendant la guerre du Vietnam, un groupe de responsables religieux américains opposés à la guerre ont adopté le nom d’Order of Maximilian (Ordre de Maximilien), en mémoire de leur glorieux prédécesseur nord-africain.

Le christianisme en Afrique du Nord

La peste de Cyprien : une épidémie qui porte le nom d’un évêque nord-africain

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Les maladies et épidémies étaient courantes et souvent très dévastatrices dans l’Antiquité. Une des épidémies les plus mortelles qui a ravagé le monde romain est appelée « peste de Cyprien », du nom d’un évêque de Carthage qui la mentionne dans ses écrits.

Groupe de médecins romains

La médecine romaine était une des plus avancées du monde antique. Les Romains avaient beaucoup appris de la médecine grecque et avaient une très bonne connaissance de l’anatomie humaine. Ils ignoraient cependant l’existence des microbes, ce qui les rendait vulnérables aux maladies infectieuses. Les épidémies frappaient les riches et les puissants aussi bien que les plus pauvres. La pire de toutes, qui a ravagé l’Empire romain pendant 15 ans, entre 165 et 180, a fait 10 millions de victimes, soit environ un quart de la population, dont l’Empereur Marc-Aurèle lui-même.

Une autre épidémie, qui a duré une vingtaine d’années, de 250 à 270 environ, est connue des historiens sous le nom de « peste de Cyprien ». On estime que plus de la moitié de la population d’Alexandrie, la première ville touchée, est morte. A Rome, au pic de l’épidémie, on comptait 5000 morts par jour. On ne sait pas avec certitude de quelle maladie il s’agissait : peut-être la variole, la rougeole ou une fièvre hémorragique virale de type Ebola.

Cyprien de Carthage

Cyprien de Carthage, l’évêque chrétien de la capitale de l’Afrique romaine pendant cette épidémie, a écrit au sujet de l’épidémie. La communauté chrétienne était tout aussi affectée que le reste de la population, avec beaucoup de morts dans ses rangs. De plus, les païens les accusaient d’être responsables de la peste, qu’ils voyaient comme un châtiment divin contre ceux qui s’étaient détournés de la religion romaine. Leur attitude était cependant radicalement différente de celle de leurs contemporains : alors que tous ceux qui en avaient les moyens cherchaient à fuir les villes infectées, les chrétiens choisissaient de rester et de prendre soin des malades, qu’ils partagent leur foi ou non. Dans son livre De la mortalité, Cyprien explique les raisons de cette différence.

Cyprien donne une description détaillée des symptômes de la maladie : « Les boyaux, relâchés dans un flux constant, affaiblissent le corps ; un feu issu de la moelle fermente en des blessures dans l’arrière-bouche ; les intestins sont secoués de vomissements continuels ; les yeux sont enflammés et injectés de sang ; dans certains cas, les pieds ou certaines parties des membres sont rongés par la putréfaction ; à cause de la faiblesse due à la mutilation et à la perte du corps, la marche est affaiblie, ou l’ouïe obstruée, ou la vue affaiblie. »

Pourquoi donc les chrétiens choisissent-ils de rester ? Parce que, grâce à leur foi, ils n’ont plus peur de la mort : « renonçant à la crainte de la mort, nous songeons à l’immortalité qui suit. » De plus, cette épidémie est pour eux l’occasion idéale de mettre en pratique le premier commandement de Christ, l’amour du prochain, en prenant soin des malades et de ceux qui ont perdu des proches, au sein de la communauté chrétienne et au-delà. Des témoignages de cette époque rapportent que les chrétiens visitaient les malades et les soignaient. Ainsi, par leur exposition au virus, beaucoup de ces visiteurs étaient probablement immunisés… et leur résistance à la maladie pouvait sembler miraculeuse pour ceux qui les voyaient !

Dans le même ouvrage, Cyprien répond aussi à la question qui revient toujours dans les moments difficiles : pourquoi Dieu permet-il toute cette souffrance ? « Par ailleurs, mes frères bien-aimés, voyons donc à quel point cette pestilence qui semble si horrible et mortelle, est en fait grandiose, pertinente et nécessaire, afin d’éprouver la justice de chacun, d’examiner les pensées de l’humanité, et de voir si ceux qui sont en bonne santé prennent soin des malades ; si les parents aiment avec affection ceux de leur famille ; si les maîtres ont pitié de leurs serviteurs languissants ; si les médecins n’abandonnent pas leurs patients alors qu’ils les supplient ; si les féroces renoncent à leur violence ; si les voraces apaisent l’ardeur insatiable de leur avarice au moins face à la crainte de la mort ; si les arrogants courbent l’échine ; si les méchants renoncent à leur méchanceté ; si, lorsque leurs proches périssent, les riches se décident enfin à donner, alors qu’ils sont sur le point de mourir sans héritiers. Même si cette mortalité n’a rien accompli d’autre, elle a accompli ce bienfait pour les chrétiens et les serviteurs de Dieu, que nous commençons à désirer le martyre avec joie, alors que nous apprenons à ne pas craindre la mort. »

Les sources chrétiennes et païennes attestent que l’attitude des chrétiens pendant cette épidémie a marqué leurs contemporains et gagné beaucoup de nouveaux croyants à leur foi.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines

Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines : Cyprien, évêque de Carthage

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Trois des plus grandes figures chrétiennes de cette époque étaient nord-africaines. Dans cet article, nous découvrirons la vie de Cyprien, le plus grand évêque de Carthage.

Cyprien de Carthage

Thascius Caecilius Cyprianus est né à Carthage, vers 210, dans une riche famille d’origine amazighe. Dans sa jeunesse, il fait des études de droit. Il fait carrière en tant qu’avocat et professeur de rhétorique. Avant sa conversion, il était connu en tant que membre influent d’une confrérie de juristes carthaginois.

Il se convertit au christianisme vers l’âge de 35 ans. Après son baptême, il vend sa maison et distribue l’argent aux pauvres, conformément à l’enseignement de l’Eglise pour les croyants riches. Ses amis étaient tellement touchés par ce geste qu’ils se sont cotisés pour racheter la maison et la lui offrir.

Deux ans après sa conversion, vers 248, l’évêque de Carthage meurt et Cyprien est choisi pour lui succéder. Il commence par refuser, se jugeant lui-même indigne de cette responsabilité, mais finit par accepter. S’il est très populaire auprès des fidèles, le clergé carthaginois désapprouve la nomination d’un homme assez récemment converti, qui n’a pas servi de longues années comme eux. Ils continueront à s’opposer à lui pendant son épiscopat. Malgré cela, Cyprien deviendra un des évêques les plus influents de son époque.

Peu après sa nomination, la persécution éclate : le nouvel Empereur Dèce ordonne à tous ses sujets d’offrir des sacrifices aux dieux romains, laissant aux chrétiens le choix entre le reniement ou le martyre. Cyprien se cache, tout en continuant à encourager les croyants à tenir ferme par des lettres. Face à ceux qui l’accusent de lâcheté, il se défend en disant qu’il n’a pas fui pour sauver sa propre vie, mais pour ne pas laisser les croyants sans berger face à la persécution.

Après chaque vague de persécution, l’Eglise chrétienne était confrontée à un choix difficile : que faire des lapsi (« ceux qui sont tombés »), ces croyants qui avaient cédé à la pression et renié leur foi, mais qui le regrettaient maintenant et souhaitaient être restaurés par l’Eglise ? Face à cette polémique, Cyprien décide de convoquer un concile assemblant tous les évêques d’Afrique romaine afin de discuter de la question. Entre les indulgents, qui veulent restaurer immédiatement les lapsi dès leur repentance, et les intransigeants, qui leur refusent toute possibilité de restauration, le concile choisit d’imposer une pénitence plus ou moins longue, avec un suivi de leur évêque, afin de s’assurer de leur sincérité. Cette décision permet à Cyprien et aux autres évêques de traiter chaque situation au cas par cas. Cyprien insiste notamment sur la distinction entre ceux qui ont cédé pour sauver leur vie ou leur famille, ou pour échapper à la torture, et ceux qui ont sacrifié aux idoles librement, sans être en danger. Le concile décide aussi que ceux qui se sont repentis et ont été restaurés ne pourront plus jamais exercer de responsabilités dans l’Eglise.

A cette époque, des groupes de chrétiens qui étaient en désaccord avec Cyprien, sur la question des lapsi ou sur d’autres questions, ont commencé à se réunir entre eux hors du cadre de l’Eglise officielle. Pour Cyprien, ces schismatiques ont brisé l’unité de l’Eglise et se sont ainsi séparés eux-mêmes de la vérité, ainsi qu’il l’écrit dans un de ses ouvrages principaux, De l’unité de l’Eglise : « Nul ne peut avoir Dieu pour père s’il n’a pas aussi l’Eglise pour mère. » Pour cette raison, il tient aussi à rebaptiser les croyants qui quittent ces églises indépendantes pour l’Eglise établie, parce qu’il estime que les baptêmes administrés en dehors de l’Eglise établie ne sont pas valides. Sur cette question, il est entré en conflit avec l’évêque Etienne de Rome, qui estimait que ces croyants étaient déjà baptisés et pouvaient donc être immédiatement admis dans l’Eglise établie. Cyprien défend fermement sa position, à la fois par conviction doctrinale et parce qu’il refuse de voir un autre évêque empiéter sur ses prérogatives.

La position de Cyprien sur cette question est fondée sur sa compréhension de ce qu’est l’Eglise : une institution sacrée, établie par Christ lui-même, dont on ne peut se séparer sans encourir la colère de Dieu. Il ne distingue pas l’Eglise universelle, composée de tous les croyants du monde entier, de l’Eglise institutionnelle, avec ses évêques et structures administratives. La vision de Cyprien est encore aujourd’hui le fondement de la théologie catholique.

Cyprien a également joué un grand rôle dans l’institutionnalisation de l’Eglise : alors qu’avant, les églises chrétiennes étaient des assemblées assez informelles dans lesquelles chaque croyant s’impliquait librement selon ses dons, il instaure une hiérarchie et une administration structurée, fortement inspirée de l’administration romaine, avec à sa tête l’évêque, vu comme un représentant de Christ. Cyprien est cependant très attaché au principe d’autonomie de l’Eglise dans chaque ville et région : les évêques sont tous égaux et aucun d’eux n’a autorité sur les autres, pas même l’évêque d’une grande ville comme Carthage sur les autres évêques africains. Son conflit avec Etienne de Rome montre qu’il aurait refusé que l’évêque de la capitale impériale ne revendique le statut d’évêque universel.

En plus de la persécution, l’épiscopat de Cyprien sera marqué par un autre fléau : la peste. Alors que la population de Carthage et de tout l’Empire est décimée, Cyprien et les chrétiens de la ville viennent en aide aux malades, qu’ils soient chrétiens ou non. Cyprien écrit aussi un livre, De la mortalité, dans lequel il explique pourquoi Dieu permet que les hommes soient frappés par de telles épidémies. La conduite de Cyprien pendant l’épidémie a beaucoup contribué à sa popularité.

La basilique St-Cyprien de Carthage, construite sur le lieu de son martyre

Fin 256, la persécution éclate de nouveau. Cyprien comparaît devant le proconsul romain et refuse de renier sa foi en sacrifiant aux idoles. Il est exilé à Curubis (Korba), d’où il continue à encourager et réconforter ses fidèles. Après un an, il est autorisé à revenir à Carthage, mais emprisonné dans sa propre maison. Finalement, après la publication d’un nouvel édit impérial ordonnant l’exécution de tous les évêques chrétiens, il est condamné à être décapité. Il est exécuté publiquement le 14 septembre 258, devant une foule assemblée pour lui rendre hommage. Avant de mourir, il a fait don de 25 pièces d’or à son bourreau.

Le christianisme en Afrique du Nord

Minucius Felix : un apologiste chrétien nord-africain

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Minucius Felix, un auteur chrétien romano-africain, a écrit une des premières apologies de la foi chrétienne contre le paganisme romain.

Marcus Minucius Felix est né vers 180, à Thiava, près de Thagaste (Souk Ahras), en Numidie. D’origine amazighe, son nom montre qu’il était apparenté à la gens Minucia, une vieille famille romaine. Il a travaillé comme avocat à Rome sous l’Empereur Septime Sévère. D’origine païenne, il s’est converti au christianisme vers la fin de sa vie.

Il a écrit l’Octavius, un dialogue fictif entre un chrétien et un païen. Son livre s’adresse à un public païen instruit, afin de les convaincre de la vérité du christianisme. Les arguments sont inspirés en grande partie de Cicéron, ainsi que des apologistes grecs plus anciens ; une influence stoïcienne est perceptible aussi. L’auteur cherche à démontrer que la foi chrétienne peut se concilier avec la philosophie, en expliquant que la vérité que tous les philosophes ont cherchée et dont ils se sont tous approchés, sans la trouver pleinement, s’est à présent révélée en Christ.

L’Octavius de Minucius Felix est le premier texte chrétien qui condamne l’avortement.

L’Octavius de Minucius Felix est peut-être la plus ancienne apologie de la foi chrétienne écrite en latin. L’Apologétique de Tertullien de Carthage date approximativement de la même époque. Les deux ouvrages se ressemblent, si bien qu’un des deux auteurs s’est certainement inspiré de l’autre, mais nous ne savons pas qui a écrit en premier. Quoi qu’il en soit, puisque Tertullien était également Africain, on peut affirmer avec certitude que la première apologie chrétienne en langue latine a été écrite par un auteur nord-africain.

Le christianisme en Afrique du Nord

Un héritage oublié : les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique (3/3 – Algérie et Maroc)

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Algérie et au Maroc.

Série : Les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique – TunisieLibyeAlgérie et Maroc

En Algérie

Ruines de l’église d’Hippone

La plus ancien centre chrétien en Algérie actuelle était Cirta (Constantine), la capitale de la Numidie. La ville était probablement majoritairement chrétienne dès la fin du 3° Siècle. Aucun vestige d’église paléochrétienne ne subsiste cependant à Constantine.

Par la suite, la ville d’Hippone (Annaba) est devenue le principal centre chrétien en Numidie, sous l’influence de son évêque, le célèbre Augustin. Les ruines de l’église d’Hippone, dans laquelle prêchait Augustin, sont encore visibles aujourd’hui.

Basilique Sainte-Crispine de Tebessa

Plus au Sud, la Basilique Sainte-Crispine, à Tebessa (anciennement Théveste), est une église chrétienne particulièrement bien préservée. Elle est construite sur le site du martyre de Crispine, une femme chrétienne qui a été décapitée pour sa foi à Théveste en 304. Dans la même région, les églises de Madaure (M’daourouch) et de Thagaste (Souk Ahras), la ville natale d’Augustin, n’ont malheureusement pas été préservées.

Eglise donatiste de l’évêque Optat, Thamugadi

A Timgad (anciennement Thamugadi), on trouve les ruines de l’église de l’évêque Optat, une des principales figures donatistes.

Les ruines de l’ancienne ville de Sitifis (Setif) contiennent deux basiliques chrétiennes. La ville voisine de Cuicul (Djemila) contient également des vestiges chrétiens, avec deux églises et un baptistère.

Basilique Sainte-Salsa de Tipasa

A Tipaza (anciennement Tipasa), se trouve la Basilique Sainte-Salsa, consacrée à une jeune fille chrétienne de 14 ans qui a été tuée pour sa foi par les habitants de la ville. Tipasa contient également des catacombes, moins connues que celles de Sousse.

Césarée (Cherchell), la capitale de la Maurétanie césarienne, a été largement détruite par les Vandales. Si aucune église n’a survécu à leurs pillages, la ville contient encore plusieurs inscriptions chrétiennes, visibles au Musée national de Cherchell.

Au Maroc

Le site archéologique de Volubilis contient des vestiges chrétiens

Au Maroc actuel, le plus ancien vestige archéologique d’une présence chrétienne est une poterie gravée d’une ancre, retrouvée à Souk El Arbaa, qui date du 3° Siècle : l’ancre est un symbole chrétien, qui représente l’assurance des croyants face aux tempêtes de la vie. (Source)

Le site archéologique de Volubilis contient des inscriptions chrétiennes. Le site de la basilique chrétienne de Volubilis est connu et ses fondations sont encore visibles, mais le bâtiment lui-même a disparu.

Les ruines de Lixus (vers Larache) contiennent la plus ancienne église au Maroc actuel

A Lixus (Larache), l’autre grand site archéologique de l’Antiquité romaine, les ruines de l’ancienne église de Lixus sont encore visibles. On a aussi retrouvé des inscriptions chrétiennes et des artefacts avec des croix.

A Tanger (anciennement Tingis), aucun vestige d’église pré-islamique ne subsiste aujourd’hui, mais des tombes chrétiennes ont été retrouvées.

Ruines de Zilil

Zilil (Dchar Jdid) est une colonie romaine, fondée par l’Empereur Auguste pour y installer des vétérans de la guerre d’Actium. La ville était située entre Tanger et Asilah. Une grande structure antique, datant du 4° ou du 5° Siècle, pourrait être une église, mais ce n’est pas certain. Son plan correspond à celui d’autres églises d’Afrique romaine. On a également retrouvé des croix et d’autres symboles chrétiens sur des poteries.

Enfin, le site archéologique de Chellah, près de Rabat, est largement d’origine islamique (mérinide), mais des fouilles ont permis de trouver des tombeaux chrétiens du 5° Siècle, et peut-être même les fondations d’une église pré-islamique.

Sidi Yahya ben Younes : un saint chrétien à Oudja ?
Sidi Yahya ben Younes est le saint patron de la ville de Oudja, à l’Est du Maroc. Son mausolée se trouve dans la ville, dans l’oasis de Sidi Yahya.
D’après des légendes locales, Sidi Yahya ne serait autre que Saint Jean-Baptiste ! Ce prophète, le cousin et annonciateur de Jésus-Christ, est appelé Yahya ibn Zakaria dans le Coran. Après son exécution par le roi Hérode Antipas de Judée, il aurait été enterré à Oujda.
Le christianisme en Afrique du Nord

Un héritage oublié : les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique (2/3 – Libye)

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Libye.

Série : Les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique – TunisieLibye Algérie et Maroc

Tripolitaine

Eglise byzantine de Leptis Magna

Le site archéologique de Leptis Magna contient les vestiges d’une église paléochrétienne à trois nefs, très bien conservée. La Basilique sévérienne, un des édifices emblématiques de la ville, construite par Septime Sévère, a également été transformée en église à l’époque byzantine.

Les ruines de l’Eglise byzantine d’Oea (Tripoli) se trouvent près de l’ancienne Medina de Tripoli.

Basilique d’Apulée

La Basilique d’Apulée, à Sabratha, est l’ancienne basilique romaine (tribunal) de la ville, transformée en église en 440. Son nom vient de l’écrivain numide Apulée, l’auteur du roman L’Âne d’or, qui a été jugé pour des accusations de sorcellerie à Sabratha. Une autre église, la Basilique de Justinien, a été construite après la reconquête byzantine.

A Ghadamès, des tombes et des inscriptions chrétiennes ont été découvertes.

Cyrenaïque

Eglise centrale d’Apollonie (Source)

La Cyrénaïque, la première région d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé, possède certains des vestiges chrétiens les plus beaux et les mieux conservés d’Afrique romaine. Malheureusement, ils sont difficilement accessibles à cause de l’instabilité politique.

La vieille ville de Cyrène contient plusieurs églises, dont une, à trois nefs, est située juste à côté du Forum. L’église principale de Cyrène était cependant située à Apollonie, la ville portuaire.

Eglise fortifiée de Ptolémaïs

Ptolémaïs (Tolmeïta), la nouvelle capitale de la Cyrénaïque, contient également les ruines de plusieurs églises. La principale, l’Eglise fortifiée, est une des plus grandes églises chrétiennes d’Afrique du Nord. C’est ici que Synésios de Cyrène a servi comme évêque.

A Taucheira (Tocra), se trouve l’Eglise du Palais, d’origine byzantine, avec de belles mosaïques, visibles sur cette page.

L’Asclépiéion de Balagrae (Al-Bayda), un important sanctuaire d’Eusculape, le dieu grec de la médecine, où les malades se rendaient en pèlerinage afin d’être guéris, a été transformé en église.

Eglise byzantine d’El Athroun

Deux autres belles églises byzantines, dans la région de Derna, sont celle d’Erythron (El Athroun), qui est particulièrement bien préservée, et celle de Naustathmus (Ras al-Hillal), sur l’image de couverture de cet article.

L’ancienne ville d’Olbia (Qasr Libya), reconstruite à l’époque byzantine, sur ordre de l’Impératrice Théodora, contient deux églises byzantines, avec une cinquantaine de mosaïques considérées comme parmi les plus belles du monde.

Mosaïques byzantines d’Olbia (Source)
Le christianisme en Afrique du Nord

Un héritage oublié : les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique (1/3 – Tunisie)

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Tunisie.

Série : Les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique – TunisieLibyeAlgérie et Maroc

Basilique Damous el-Karita, Carthage

La Basilique Damous el-Karita de Carthage est la plus ancienne et la plus grande église chrétienne de la capitale africaine. Elle est située au sein du site archéologique de Carthage, sur la colline de l’Odéon. Son nom arabe, Damous el-Karita (داموس الكريطة), est probablement une déformation du latin domus caritatis, « maison de charité ». L’historien et archéologue français Noël Duval décrit cette basilique comme un des « plus célèbres monuments paléochrétiens » d’Afrique du Nord, mais aussi l’un des « plus maltraités et mal connus », qui a été fouillé « incomplètement [et] dans des conditions désastreuses » (Noël Duval, Études d’architecture chrétienne nord-africaine). Pourtant, plusieurs épisodes fondamentaux de l’histoire de l’Eglise chrétienne ont eu lieu ici, notamment le Concile de Carthage III, en 397, qui a définitivement fixé le Canon des Ecritures chrétiennes (c’est-à-dire les livres considérés comme sacrés).

Basilique St-Cyprien

Trois autres importantes églises de Carthage sont la Basilique Saint-Cyprien, construite sur le lieu du martyre de l’évêque Cyprien de Carthage, la Basilique Majorum, détruite, mais reconstruite à l’identique en 1930, et la Basilique de Bir el-Knissia.

Le Musée du Bardo de Tunis contient une vaste collection de pièces paléochrétiennes, retrouvées à Carthage et dans toute la Tunisie. Une des principales est la Mosaïque de Daniel dans la fosse aux lions, sur l’image de couverture de cet article, un rare exemple d’art monumental chrétien africain.

Basilique de Henchir Rhira

Les vestiges archéologique chrétiens ne sont pas limités à la région de Carthage, ni même aux grandes villes ! Des églises ont été retrouvées même sur des sites ruraux isolés, comme la Basilique de Henchir Rhira, dans la région de Beja, dont les ruines sont impressionnantes malgré son isolement.

Eglise de Victoria, Dougga

A Dougga, l’Eglise de Victoria est l’unique monument chrétien qui a été découvert sur ce site jusqu’à présent. Construite sur un ancien cimetière païen, elle est située en dessous du Temple de Saturne.

Le site archéologique de Thuburbo Majus, près de Zaghouan, contient également une église chrétienne, construite sur les vestiges d’un ancien temple païen. Son baptistère en forme de croix est caractéristique du christianisme nord-africain.

Bon Berger, gravure chrétienne dans les catacombes de Sousse

A Sousse, les Catacombes du Bon Berger contiennent près de 15 000 sépultures chrétiennes, avec des gravures qui remontent à l’époque où les chrétiens pratiquaient leur foi dans la clandestinité.

A Bekalta, dans la région de Monastir, un magnifique baptistère orné de mosaïques a été retrouvé en 1993. Il est conservé aujourd’hui au Musée archéologique de Sousse, où il constitue une des pièces principales du département paléochrétien. Un autre baptistère, retrouvé dans l’Eglise du prêtre Félix, à Demna, près de Kelibia, est conservé au Musée du Bardo de Tunis.

Baptistères de Bekalta (droite) et de Kelibia (gauche)

La Basilique de Makhtar est l’ancienne basilique romaine (tribunal) de la ville, qui a été transformée en église. Les anciens édifices civils transformés en églises sont courants dans tout le monde romain ; l’église principale d’une ville romaine, siège de l’évêque, était appelée basilique, comme l’édifice civil.

Eglise vandale de Henchir el Gousset (Source : Zaher Kammoun)

Les Vandales sont un peuple d’origine germaine, qui ont dominé l’Afrique de 439 à 533. Ils étaient chrétiens, mais adhéraient à la doctrine arienne, considérée comme hérétique par l’Eglise autochtone nord-africaine. Le site de Henchir el Gousset, près de Thélepte, dans le gouvernorat de Kasserine, est la seule ville d’origine vandale qui existe encore aujourd’hui. Son église, inaugurée en 521, sous le roi vandale Thrasamund, est une des rares églises d’origine vandale en Afrique du Nord. Une autre église vandale est la Basilique d’Hildeguns, à Makhtar.

Basilique St-Pierre du Kef

La Basilique St-Pierre du Kef, appelée également Dar El Kous, est une église du 5° Siècle, à El Kef. Elle est dédiée à Saint-Pierre, un apôtre de Christ. Cette église ancienne est si remarquablement bien conservée qu’elle a été réutilisée comme lieu de culte à l’époque du protectorat français.

Eglise de Servus, donatiste, Sbeïtla

Les ruines de la ville antique de Sufetula (Sbeïtla) contiennent plusieurs églises : les Basiliques de Bellator, de Vitalis et des Saints Sylvain et Fortunat, l’Eglise de Servus (probablement donatiste) et la Chapelle de Jucundus.

Enfin, le site byzantin de Ammaedra (Haïdra), à la frontière tuniso-algérienne, contient plusieurs églises, dont la plus grande est la Basilique de Melleus.

Il y a encore bien d’autres sites, mais nous avons dû sélectionner les plus représentatifs pour ne pas surcharger cet article.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines

Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines : Tertullien, le père de l’Eglise latine

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Trois des plus grandes figures chrétiennes de cette époque étaient nord-africaines. Dans cet article, nous découvrirons la vie de Tertullien de Carthage, le premier auteur chrétien en langue latine.

Quintus Septimius Florens Tertullianus est né vers 155, à Carthage. Son nomen (nom de famille) Septimius montre qu’il était issu de la gens Septimia, une influente famille africaine romanisée, ce qui veut dire qu’il était un parent éloigné de l’Empereur Septime Sévère. Son père était centurion dans l’armée romaine. Ses origines ethniques sont débattues : il se décrit lui-même comme « Punique parmi les Romains », mais beaucoup d’Amazighs de la région de Carthage avaient adopté la langue et la culture punique. En tout cas, si sa famille était romanisée et qu’il a fait des études latines, il n’était pas d’origine romaine.

Tertullien a étudié le droit romain à Carthage, pour devenir avocat et rhéteur. A cette époque, l’Afrique romaine était réputée pour ses grands rhéteurs.

Il se convertit au christianisme vers 197-198, autour de l’âge de 40 ans. On ne connaît pas les circonstances de sa conversion, mais la manière dont il l’évoque dans ses écrits montre qu’elle a été soudaine et radicale. Deux de ses livres sont adressés à sa femme, qui était également chrétienne, peut-être déjà avant lui.

Après sa conversion, il décide de mettre ses talents littéraires et rhétoriques au service de sa foi. Il a écrit plus d’une trentaine de livres, qui s’adressent à la fois à un public païen, afin de défendre le christianisme (Apologétique, Aux nations), et à un public chrétien, sur des questions doctrinales (Du baptême, De la prière) et morales (Des spectacles, De la pudeur), ainsi que des réfutations de diverses hérésies (Contre Marcion, Contre Valentinien). Ses écrits se caractérisent par leur style enflammé, qui témoigne de son caractère passionné. Il est le premier auteur chrétien de langue latine. Il est aussi le premier à avoir employé le terme « Trinité ».

Vers la fin de sa vie, Tertullien était séduit par le montanisme, un mouvement chrétien considéré par la suite comme hérétique. Ses ouvrages plus tardifs révèlent un rigorisme moral strict, caractéristique des montanistes. Il s’oppose notamment au remariage des veufs, qu’il considère comme un adultère envers le conjoint défunt. Plus surprenant : dans son livre Du voile des vierges, il fait référence au voile intégral, porté par les femmes arabes déjà à son époque, plusieurs siècles avant l’islam1. Loin de trouver cette coutume étrange, Tertullien l’admire et semble presque encourager les femmes chrétiennes à l’imiter ! Cet enseignement n’est évidemment pas du tout représentatif du christianisme de cette époque, l’opinion de Tertullien était très minoritaire.

Martyre de Perpétue et Félicité

La citation la plus connue de Tertullien est celle-ci : « Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise. » Tertullien a été témoin de la mort de plusieurs hommes et femmes chrétiens, notamment à Carthage, qui ont préféré sacrifier leur vie plutôt que de renier leur foi. Il a vu aussi comment leur fermeté dans la foi impressionnait ceux qui les voyaient et gagnait de nouvelles âmes à leur foi.

  1. « Les femmes de l’Arabie, toutes païennes qu’elles sont, vous serviront de juges ; elles qui, non contentes de se voiler la tête, se couvrent aussi le visage tout entier, de sorte que, ne laissant d’ouverture que pour un œil, elles aiment mieux renoncer à la moitié de la lumière, que de prostituer leur visage tout entier. Là, une femme aime mieux voir que d’être vue. Voilà pourquoi une reine de Rome [Messaline, la femme de l’Empereur Claude] les déclarait très-malheureuses, de pouvoir aimer plus qu’elles ne peuvent être aimées, quoiqu’il soit permis de dire qu’elles sont heureuses, en ce qu’elles sont exemptes d’un autre malheur plus commun, parce que les femmes d’ordinaire peuvent être aimées plus qu’elles ne sont capables d’aimer. La modestie, imposée par cette discipline païenne, est plus pure, et pour ainsi dire, plus barbare que la nôtre. » (Du voile des vierges, chapitre 17) ↩︎