Le christianisme en Afrique du Nord, Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines

Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines : Augustin d’Hippone, le docteur de la grâce

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Trois des plus grandes figures chrétiennes de cette époque étaient nord-africaines. Dans cet article, nous découvrirons la vie d’Augustin d’Hippone, le plus grand théologien de l’Eglise romaine, surnommé le « docteur de la grâce ».

Sa vie

Augustin d’Hippone

Aurelius Augustinus Hipponensis est né le 13 novembre 354, à Thagaste (Souk Ahras), en Numidie romaine. Son père, Patricius, un décurion (officier subalterne) dans l’armée romaine, possède un modeste domaine à Thagaste. Sa mère, Monique, est d’origine amazighe et fervente chrétienne, tandis que son père est païen.

Pour ce qui est des origines ethniques d’Augustin, il est généralement admis que son père était Romain et sa mère Amazighe. Le nom de sa mère, Monique, est d’origine amazighe ; il s’agit du seul prénom moderne courant d’origine amazighe. La famille d’Augustin était fortement romanisée, ce qui ne l’empêchait pas de revendiquer fièrement ses origines africaines et ses liens avec d’autres auteurs romano-africains, comme Apulée ou Marius Victorinus. Sa langue maternelle était probablement le latin, mais il parlait aussi couramment lybique (tamazight). Il n’a jamais appris à maîtriser le grec, à cause d’une relation difficile avec son professeur de grec lorsqu’il était jeune.

Le jeune Augustin à l’école, par Niccolo di Pietro

A l’âge de 11 ans, son père l’envoie étudier à Madaure (M’daourouch), où il découvre la littérature latine. A l’âge de 17 ans, il part étudier la rhétorique à Carthage. Malgré les avertissements de sa mère, il a de mauvaises fréquentations et mène une vie dissolue. En 372, il a un fils, Adéodat (don de Dieu). La mère de son enfant, qui vit à Carthage, demeurera son amante pendant plus de 15 ans, mais il ne l’a jamais épousée.

Pendant ses études à Carthage, il lit le dialogue Hortensius, de Cicéron, qui fait naître en lui un profond amour de la philosophie. Vers la même époque, il se convertit au manichéisme, une nouvelle religion d’origine orientale. Il sera manichéen pendant dix ans, avant d’abandonner cette doctrine.

En 373, il retourne enseigner la rhétorique à Thagaste pendant un an, avant d’ouvrir sa propre école de rhétorique à Carthage. En 383, il s’installe à Rome, où il espère trouver les meilleurs rhéteurs, mais il est déçu par le manque de sérieux de ses étudiants. C’est à Rome qu’il se détourne progressivement du manichéisme.

Peu après son arrivée à Rome, il rencontre Symmaque, le préfet de la ville. En 384, il est choisi comme professeur de rhétorique à la cour impériale, qui siège à Milan à cette époque. A l’âge de 30 ans, il occupe la fonction académique la plus prestigieuse du monde romain.

Plus ancien portrait connu d’Augustin, 6° Siècle, Rome

A Milan, il découvre le néoplatonisme en lisant Plotin et Porphyre, traduits en latin par son compatriote africain Marius Victorinus. Il rend visite à Ambroise, l’évêque chrétien de la ville, après avoir entendu parler de sa réputation de grand orateur. Les deux hommes deviennent très proches et après la mort de son père, Augustin considèrera Ambroise comme un nouveau père. Son étude de la philosophie néoplatonicienne et son amitié avec Ambroise l’amènent à s’intéresser sérieusement pour la première fois au christianisme, qu’il connaissait pourtant depuis son enfance étant donné que sa mère était chrétienne.

La famille d’Augustin, qui l’a suivi à Milan, le pousse à trouver une épouse respectable. Pour cela, il doit d’abord se séparer de son amante, avec qui il a un enfant. Cette séparation lui brise le cœur : il considérait leur relation comme équivalente à un mariage, que leur différence de statut social ne leur permettait pas d’officialiser.

En août 386, il a une expérience spirituelle qui l’amène à se convertir au christianisme : après avoir entendu une voix d’enfant lui dire : « Prends et lis », il ouvre ses manuscrits bibliques et lit un verset de l’épître de Saint-Paul aux Romains : « Marchons honnêtement, comme en plein jour, loin des excès et de l’ivrognerie, de la luxure et de l’impudicité, des querelles et des jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et n’ayez pas soin de la chair pour en satisfaire les convoitises. » Il se consacre immédiatement à Christ.

Baptême d’Augustin, par Benozzo Gozzoli

Augustin et son fils Adéodat sont baptisés ensemble à Pâques de l’année suivante, en 387. Sa mère, qui n’a jamais cessé de prier pour sa conversion de son fils, est très heureuse.

Après sa conversion, Augustin renonce à sa profession de rhéteur pour se consacrer à la prédication. Il décide aussi de rompre ses projets de mariage et de rester célibataire.

En 387, après son baptême, la famille d’Augustin décide de retourner en Afrique. Sa mère, Monique, meurt en route. Peu après leur arrivée à Thagaste, son fils Adéodat meurt également. Augustin, très affecté, vend le domaine familial et distribue l’argent aux pauvres. Il ne garde que la maison, où il vit en communauté avec un groupe d’amis chrétiens.

Basilique Saint-Augustin d’Annaba

En 391, Augustin est ordonné prêtre à Hippone (Annaba). Il souhaite mettre ses études philosophiques et rhétoriques au service de l’étude et de la prédication des textes sacrés. En 395, il devient évêque d’Hippone. Il passera le reste de sa vie dans cette ville.

Peu avant la mort d’Augustin, les Vandales débarquent en Afrique du Nord. Au printemps 430, ils assiègent Hippone. Augustin tombe malade et meurt pendant le siège. Il passe ses derniers jours dans la prière. Après sa mort, les Vandales prennent la ville et la brûlent entièrement, sauf l’église et la bibliothèque d’Augustin, qu’ils laissent intactes. La basilique Saint-Augustin d’Annaba, construite en 1881, est située à proximité des vestiges de son ancienne église.

Son œuvre

Manuscrit de La Cité de Dieu

En dehors de Christ et des apôtres eux-mêmes, personne d’autre n’a eu une telle influence sur l’Eglise chrétienne que le Nord-Africain Augustin d’Hippone.

Il commence à écrire immédiatement après sa conversion. A son retour en Afrique, il écrit plusieurs ouvrages critiques des manichéens, afin de combattre l’influence croissante de cette nouvelle religion. Devenu évêque d’Hippone, il s’engage dans une série de débats publics avec les manichéens de la ville. Il écrit aussi un livre pour réfuter Fauste de Milève, le chef de file des manichéens en Afrique, qu’il avait connu à Carthage à l’époque où il était lui-même manichéen.

Ses deux ouvrages principaux sont Les Confessions et La Cité de Dieu.

Manuscrit des Confessions

Les Confessions, écrites vers l’an 400, sont un récit de sa vie, dans lequel il examine son parcours spirituel, jusqu’à sa conversion. Ce livre peut être considéré comme la première autobiographie de l’histoire. Il a cependant ceci de particulier : il s’adresse directement à Dieu, à qui l’auteur confesse sa vie, ses fautes, ses errements et les leçons qu’il en a apprises.

La Cité de Dieu est de loin l’œuvre la plus influente d’Augustin. Cet ouvrage en 22 livres, écrits sur une période de 14 ans, décrit sa vision de la société chrétienne idéale, fondée sur la loi divine. Plus encore que dans ses autres ouvrages, il cite une abondance d’auteurs classiques gréco-romains, afin de démontrer en quoi l’enseignement chrétien les surpasse tous.

Il a également écrit des commentaires bibliques, des livres doctrinaux (De la doctrine chrétienne) et philosophiques, ainsi que des ouvrages polémiques contre diverses hérésies chrétiennes et contre les Juifs.

Enfin, il est célèbre autant pour ses sermons que pour son œuvre écrite : il a prêché environ 6000 sermons pendant sa vie, dont 500 ont été conservés.

Le réalisateur égyptien Samir Seif a produit Augustin : fils de ses larmes, un film sur la vie d’Augustin, en partenariat avec le Ministère algérien de la Culture. Le titre fait référence aux larmes de la mère d’Augustin, alors qu’elle priait pour la conversion de son fils. Le rôle principal est joué par l’acteur algérien Imad Benchenni. Nous partageons ce film ci-dessous.

Le christianisme en Afrique du Nord

Lactance : le défenseur de la tolérance religieuse

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Lactance est un écrivain et rhéteur nord-africain du 4° Siècle. Après avoir commencé sa carrière dans son Afrique natale, il deviendra le conseiller de l’Empereur romain Constantin. Après avoir été lui-même victime, en tant que chrétien, de la persécution religieuse sous les prédécesseurs de Constantin, il a beaucoup influencé la politique du premier Empereur chrétien, en l’encourageant à la tolérance religieuse pour tous ses sujets, chrétiens, juifs ou païens.

Vie de Lactance

Lactance

Lucius Caecilius Firmianus, dit Lactance, est né vers 250, en Afrique romaine, dans une famille d’origine amazighe ou punique, selon les sources. Sa ville de naissance est inconnue : une inscription à Cirta (Constantine) mentionne un certain L. Caecilius Firmianus, mais on ne sait pas s’il s’agit de lui.

Dans sa jeunesse, il étudie la rhétorique auprès d’Arnobe de Sicca. On ne sait pas s’il s’est converti au christianisme sous l’influence d’Arnobe ou s’il était déjà chrétien avant lui. Il enseigne ensuite la rhétorique dans sa ville natale.

Vers 300, l’Empereur romain Dioclétien le recrute pour enseigner la rhétorique à la cour impériale. Il fait la connaissance de beaucoup de personnalités haut-placées, notamment le futur Empereur Constantin. En 303, Dioclétien publie un édit contre les chrétiens, qui ordonne que tous leurs lieux de culte soient détruits, leurs textes sacrés brûlés, leurs réunions interdites et tous les chrétiens qui servent dans l’administration impériale exclus. Lactance, qui a vu venir cet édit, démissionne de son poste à la cour peu avant sa publication. Au cours des prochaines années, plus de 3000 chrétiens, partout dans l’Empire (dont beaucoup en Afrique), sont mis à mort pour leur foi. Lactance est témoin de cette persécution et écrira par la suite un livre à ce sujet.

Dioclétien abdique en 305. Son successeur, Galère, continue à persécuter les chrétiens. Sous la pression croissante de Constantin, il sera finalement contraint de publier un édit de tolérance, en 311, quelques jours avant sa mort. Pour la première fois dans l’histoire romaine, le christianisme est une religion reconnue.

A la cour de Constantin

Constantin

Le nouvel Empereur, Constantin, se convertit lui-même au christianisme en 312. Son intérêt pour la nouvelle religion est plus ancien : dès 310, en pleine persécution, il a choisi le chrétien Lactance comme tuteur de son fils. Après la conversion de l’Empereur, Lactance deviendra son principal conseiller en matière de politique religieuse.

Le contexte dans lequel Lactance exerce ces responsabilités est très particulier : les chrétiens ne sont plus persécutés et l’administration impériale favorise même la nouvelle religion, mais la majorité de la population de l’Empire est toujours païenne. L’élite, surtout, demeure attachée aux anciennes traditions religieuses. Dans ce contexte nouveau, l’Empereur se demande comment il doit se comporter envers ses sujets qui ne partagent pas sa foi. Doit-il chercher à l’imposer par la force, en persécutant les païens comme ses prédécesseurs païens persécutaient les chrétiens ? Lactance lui conseille, au contraire, de mener une politique de tolérance religieuse, fondée sur la nature volontaire du culte rendu à Dieu : la contrainte ne fait pas de nouveaux croyants, mais seulement des hypocrites.

Manuscrit des Institutions divines

Lactance expose sa vision de la tolérance religieuse au livre 5 de ses Institutions divines. Voici quelques extraits qui résument sa pensée : « Il ne faut pas user de force puisque la religion doit être libre. Il faut employer les paroles plutôt que les coups, afin que ceux qui l’embrasseront l’embrassent volontairement. […] Il y a une extrême différence entre la cruauté et la piété. La vérité et la justice ne s’accordent point avec la dureté ni avec la violence. […] Il faut défendre la religion non en tuant les autres, mais en mourant pour elle ; non par la rigueur des supplices, mais par la patience ; non par des crimes, mais par la foi. La religion étant un bien, elle ne veut point être défendue par le mal. Si vous entreprenez de la défendre en répandant le sang, en exerçant des cruautés, et en commettant des crimes, bien loin de la défendre vous la violez. Il n’y a rien de si volontaire que la religion, et elle est entièrement détruite pour peu que la liberté de celui qui offre son sacrifice soit contrainte. Le meilleur moyen de défendre la religion est de mourir pour elle. On l’autorise de cette sorte devant les hommes, et en même temps on conserve à Dieu la fidélité qu’on lui a vouée. […] La foi que nous gardons à Dieu est suivie d’une récompense d’autant plus solide et plus éclatante, qu’elle dure non seulement autant que la vie présente qui est fort courte, mais autant que la vie future qui est éternelle. »

L’argumentation de Lactance est fondée sur l’idée chrétienne de Dieu et de l’homme, sa créature, appelée à l’adorer en justice et en vérité, car Dieu est justice et vérité. Le véritable culte rendu à Dieu doit être volontaire : s’il est contraint, il ne sera pas sincère et n’aura donc aucune valeur. D’ailleurs, en persécutant les chrétiens, les païens ont montré par cela même qu’ils sont dans l’erreur, puisque la violence est contraire à la justice de Dieu.

Constantin s’est efforcé de mettre en pratique ces principes dans sa politique religieuse : ses lois et discours officiels affirment régulièrement la vérité du christianisme, mais aucune sanction n’est prévue pour ceux qui refusent de l’accepter. Les chrétiens qui abusent de leur nouvelle influence pour traiter injustement les juifs ou les païens sont sanctionnés. Il ne s’agit pas de neutralité religieuse, au sens de la laïcité occidentale, mais de liberté religieuse, fondée sur le droit à l’erreur.

On retrouve le même principe dans le Coran : « لَآ إِكْرَاهَ فِى ٱلدِّينِ قَد تَّبَيَّنَ ٱلرُّشْدُ مِنَ ٱلْغَىِّ » en français : « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. » (Sourate 2:256) Le pacte d’Omar, entre le deuxième calife Omar ibn al-Khattab et les communautés chrétiennes et juives de Syrie, applique ce principe en reconnaissant les droits des minorités religieuses en terre d’islam. Lactance va cependant encore plus loin, en affirmant que la religion est entièrement une question de conscience individuelle, pas seulement communautaire, ce qui exclut par ex. l’interdiction de l’apostasie.

L’obligation du jeûne du Ramadan : un point de tension récurrent dans les sociétés nord-africaines

A notre époque, où de plus en plus de Nord-Africains résidant à l’étranger choisissent de revenir au pays à cause des discriminations croissantes contre les musulmans en Occident, tandis que de plus en plus de voix s’élèvent pour défendre le respect des libertés individuelles et le droit de choisir sa religion dans nos pays, les réflexions de notre « compatriote » Nord-Africain Lactance nous offrent un autre modèle de tolérance et de coexistence entre concitoyens aux convictions et aux choix de vie différents.

Le christianisme en Afrique du Nord

Arnobe de Sicca : la conversion d’un rhéteur

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Arnobe de Sicca était un célèbre rhéteur numide, qui enseignait à Sicca (El Kef). Vers la fin de sa vie, il a beaucoup surpris la communauté chrétienne de sa ville, en annonçant sa conversion au christianisme, une religion qu’il avait combattue toute sa vie. Afin d’apaiser les craintes de ceux qui doutaient de sa sincérité, il entreprend d’écrire un livre qui réfute ses anciennes croyances païennes.

Portrait tardif d’Arnobe

Arnobe est né vers 240, à Civitas Popthensis (Henchir Kssiba, vers Ouled Moumen, dans la wilaya algérienne de Souk Ahras). Après de brillantes études en littérature latine, il enseigne la rhétorique à Sicca (El Kef) et se fait connaître dans toute la région pour son érudition. La ville de Sicca était très fière de son célèbre résident.

Malgré son éducation latine, Arnobe était un digne fils de l’Afrique du Nord, fier de ses origines amazighes, qui voyait la conquête romaine de l’Afrique comme un accident de l’histoire. Ses écrits sont parsemés de références à la beauté de la région, aux riches moissons, aux troupeaux de moutons qui paissent dans les montagnes et aux oliviers qui poussent dans les plaines, mais aussi aux sécheresses et aux invasions de sauterelles qui ravagent les récoltes.

A cette époque, Sicca, comme toutes les villes d’Afrique du Nord, avait une communauté chrétienne assez importante. Arnobe les méprisait : il les voyait comme des ignorants et n’hésitait pas à s’attaquer à leur foi dans ses discours. Les responsables chrétiens de la ville, probablement des fermiers ou des artisans locaux sans grande instruction, n’étaient pas à la hauteur pour répondre aux arguments d’un adversaire aussi redoutable.

Ruines de Sicca

Pourtant, vers 295, alors qu’il était déjà âgé, Arnobe a beaucoup surpris la communauté chrétienne de Sicca en annonçant sa conversion ! Au lieu de se réjouir de voir un homme aussi illustre gagné à leur foi après l’avoir si longtemps combattue, les chrétiens ont d’abord refusé de croire qu’il était sincère : ils craignaient qu’il voulait infiltrer leurs rangs pour les détruire de l’intérieur. L’évêque de Sicca a même refusé de le baptiser.

Alors, avide de se faire accepter par la communauté chrétienne, Arnobe a décidé d’écrire un vaste ouvrage apologétique destiné à réfuter ses anciennes croyances païennes. Le résultat, Contre les nations, est un plaidoyer passionné pour la foi chrétienne et contre les mensonges de la mythologie et de la philosophie païennes. Pour Arnobe, il s’agit cependant autant de convaincre les chrétiens de la sincérité de sa foi que de convaincre les païens de la vérité du christianisme. Il est tout à fait possible aussi que son livre retrace son propre parcours spirituel, les raisons qui l’ont amené à abandonner ses anciennes croyances pour devenir chrétien ; il mentionne notamment que c’est une série de rêves qui l’ont convaincu de se convertir.

Le cœur de l’argumentation d’Arnobe est que la véritable religion doit allier puissance spirituelle et vertu morale. Il connaît très bien, pour les avoir longtemps pratiqués, les cultes païens – à la fois africains et gréco-romains – avec leurs cérémonies et sacrifices. Profondément conscient de la puissance spirituelle bien réelle des prêtres et rites magiques païens, il n’y trouve cependant rien de bon, de vertueux. Au contraire : la mythologie est pleine de récits de dieux profondément immoraux, adultères, violents et sanguinaires. La ville de Sicca était d’ailleurs connue pour son culte de Vénus, dont les prêtresses se prostituaient dans son temple ! La philosophie, elle, enseigne des principes moraux admirables, mais elle laisse l’homme impuissant pour s’élever au-dessus de sa nature égoïste et atteindre les vertus qu’elle enseigne.

Pierre tombale chrétienne de Sicca

C’est là qu’Arnobe découvre le Christ, dont les miracles manifestent une puissance spirituelle supérieure à celle des prêtres païens, tandis que son enseignement, sur l’amour des ennemis et le refus de la vengeance, manifeste une vertu plus grande encore que celle des philosophes. Enfin, par la résurrection de Christ, les chrétiens ont l’espérance certaine de la vie éternelle, à laquelle tous les philosophes aspirent sans savoir où la trouver.

Arnobe, qui a écrit son livre alors qu’il était très récemment converti, défend une foi qu’il connaît à peine. Son écriture est passionnée, cultivée et imaginative, mais son argumentation aurait certainement pu être affinée s’il s’était donné le temps de la réflexion.

Arnobe a mis plusieurs années à écrire son livre, qui était inachevé au moment de sa mort. Avec le temps, les chrétiens de Sicca ont fini par l’accepter comme un des leurs. Un de ses étudiants, Lactance, également chrétien, deviendra le conseiller de l’Empereur Constantin.

Pour en savoir plus

L'Afrique du Nord romaine, Le christianisme en Afrique du Nord

Firmus de Thagaste : le droit d’asile en Afrique romaine

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Au 3° Siècle, l’évêque Firmus de Thagaste, en Numidie, a accueilli dans sa maison un homme recherché par l’Empereur romain Maximien. Lorsque l’Empereur a envoyé ses troupes pour l’arrêter, il a refusé de le leur livrer, malgré le risque pour lui-même. L’Empereur, impressionné par son courage, lui a accordé la grâce de cet homme. Cet épisode a inspiré le principe moderne de droit d’asile.

Firmus est le premier évêque connu de Thagaste (Souk Ahras), une ville de Numidie qui deviendra célèbre par la suite comme le lieu de naissance d’Augustin d’Hippone. Il a accueilli ce réfugié en 289, sous le règne de l’Empereur Maximien. A cette époque, le christianisme était probablement majoritaire dans une grande partie de l’Afrique romaine, mais le nouveau culte n’était pas reconnu et les chrétiens étaient encore régulièrement persécutés. Firmus lui-même est mort martyr plusieurs années après.

Voici comment Augustin d’Hippone raconte cet épisode : « Voilà ce que fit autrefois un évêque de Thagaste, Firmus de nom, plus ferme encore de volonté ; car les appariteurs lui ayant porté l’ordre de l’Empereur d’avoir à livrer un homme qu’ils cherchaient et qu’il cachait dans sa maison, où il s’était réfugié ; avec tout le soin dont il était capable, il répondit à ceux qui demandaient cet homme, qu’il ne pouvait ni mentir ni le leur livrer, et quelque torture qu’on lui fit subir (car les Empereurs n’étaient pas encore chrétiens), il persista dans sa résolution. Conduit ensuite devant l’Empereur, il lui parut si digne d’admiration qu’il en obtint sans peine la grâce de celui qu’il avait recueilli. »

On ne sait rien de plus sur l’identité de ce fugitif et les raisons pour lesquelles l’Empereur voulait le capturer. Le fait qu’il s’est réfugié chez un évêque montre qu’il était probablement chrétien, mais cela ne veut pas forcément dire qu’il était persécuté pour sa foi. Firmus s’inspire peut-être aussi d’une tradition d’asile dans le droit coutumier amazigh.

Au cours des siècles suivants, cet épisode a beaucoup inspiré la tradition chrétienne du droit d’asile, notamment pour l’inviolabilité des lieux de culte.

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Maximilien de Théveste : le premier objecteur de conscience

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Le fondement de la puissance de l’Empire romain était son armée, redoutable, bien armée et très disciplinée. A son apogée, on estime que l’armée romaine comptait environ 450 000 soldats. Vers la fin du 3° Siècle, Maximilien, un chrétien de la ville de Théveste (Tebessa), en Numidie, a été exécuté pour avoir refusé de servir dans l’armée. Il est considéré comme le premier objecteur de conscience, une inspiration pour tous ceux qui, après lui, ont refusé de porter les armes et de tuer pour une cause en laquelle ils ne croyaient pas.

Maximilien de Théveste est né en 274, à Théveste (aujourd’hui Tebessa, en Algérie). Son père, Fabius Victor, est un vétéran de l’armée romaine. En tant que fils d’un ancien soldat, la loi romaine exige que Maximilien se fasse enrôler dans l’armée à l’âge de 21 ans.

A cette époque, l’attitude des chrétiens à l’égard du service militaire variait beaucoup. En plus du recours à la violence, les sacrifices offerts lors des cérémonies militaires posaient également un problème de conscience aux chrétiens. D’une manière générale, les chrétiens déjà baptisés n’avaient pas le droit (ou, du moins, étaient découragés) de s’engager dans l’armée, mais les militaires qui se convertissaient au christianisme pouvaient continuer leur service. Certains chrétiens, comme Jules l’Africain, qui a servi comme officier sous Septime Sévère, avaient une vision beaucoup plus favorable de l’engagement militaire. Sous le règne de Dioclétien, qui a restauré une discipline militaire plus stricte, l’Eglise chrétienne a adopté une doctrine fermement antimilitariste.

Le 12 mars 295, jour de son 21° anniversaire, Maximilien a été amené par son père devant le proconsul d’Afrique, afin d’être enrôlé dans l’armée. Le père de Maximilien était lui-même chrétien et ne voyait manifestement pas de contradiction entre sa foi et l’engagement militaire. Maximilien, cependant, refuse de servir dans l’armée : « Je ne puis servir, je ne puis faire le mal, je suis chrétien. » Il ne veut pas non plus porter à son cou la médaille à l’effigie de l’Empereur Dioclétien, obligatoire pour tous les conscrits, parce qu’il estime que ce serait trahir Christ.

Face à son refus, Maximilien est arrêté et emprisonné.  Lorsque le proconsul l’interroge sur les raisons de son refus, il répond qu’il croit que l’Evangile chrétien interdit toute forme de violence et que par conséquent, sa conscience lui interdit de servir dans l’armée. Lorsque le proconsul menace de le condamner à mort s’il persiste, il répond : « Je ne sers pas, tranche-moi la tête, je ne milite pas dans l’armée de ce monde, mais dans celle de mon Dieu. » Le proconsul, craignant que d’autres chrétiens ne suivent son exemple, le fait décapiter. Une matrone chrétienne appelée Pompeiana obtient son corps et l’enterre à Carthage.

L’histoire se souvient de Maximilien de Théveste comme le premier objecteur de conscience. A la même époque, d’autres chrétiens ont certainement aussi été mis à mort pour avoir refusé de servir dans l’armée. Pendant la guerre du Vietnam, un groupe de responsables religieux américains opposés à la guerre ont adopté le nom d’Order of Maximilian (Ordre de Maximilien), en mémoire de leur glorieux prédécesseur nord-africain.

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La peste de Cyprien : une épidémie qui porte le nom d’un évêque nord-africain

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Les maladies et épidémies étaient courantes et souvent très dévastatrices dans l’Antiquité. Une des épidémies les plus mortelles qui a ravagé le monde romain est appelée « peste de Cyprien », du nom d’un évêque de Carthage qui la mentionne dans ses écrits.

Groupe de médecins romains

La médecine romaine était une des plus avancées du monde antique. Les Romains avaient beaucoup appris de la médecine grecque et avaient une très bonne connaissance de l’anatomie humaine. Ils ignoraient cependant l’existence des microbes, ce qui les rendait vulnérables aux maladies infectieuses. Les épidémies frappaient les riches et les puissants aussi bien que les plus pauvres. La pire de toutes, qui a ravagé l’Empire romain pendant 15 ans, entre 165 et 180, a fait 10 millions de victimes, soit environ un quart de la population, dont l’Empereur Marc-Aurèle lui-même.

Une autre épidémie, qui a duré une vingtaine d’années, de 250 à 270 environ, est connue des historiens sous le nom de « peste de Cyprien ». On estime que plus de la moitié de la population d’Alexandrie, la première ville touchée, est morte. A Rome, au pic de l’épidémie, on comptait 5000 morts par jour. On ne sait pas avec certitude de quelle maladie il s’agissait : peut-être la variole, la rougeole ou une fièvre hémorragique virale de type Ebola.

Cyprien de Carthage

Cyprien de Carthage, l’évêque chrétien de la capitale de l’Afrique romaine pendant cette épidémie, a écrit au sujet de l’épidémie. La communauté chrétienne était tout aussi affectée que le reste de la population, avec beaucoup de morts dans ses rangs. De plus, les païens les accusaient d’être responsables de la peste, qu’ils voyaient comme un châtiment divin contre ceux qui s’étaient détournés de la religion romaine. Leur attitude était cependant radicalement différente de celle de leurs contemporains : alors que tous ceux qui en avaient les moyens cherchaient à fuir les villes infectées, les chrétiens choisissaient de rester et de prendre soin des malades, qu’ils partagent leur foi ou non. Dans son livre De la mortalité, Cyprien explique les raisons de cette différence.

Cyprien donne une description détaillée des symptômes de la maladie : « Les boyaux, relâchés dans un flux constant, affaiblissent le corps ; un feu issu de la moelle fermente en des blessures dans l’arrière-bouche ; les intestins sont secoués de vomissements continuels ; les yeux sont enflammés et injectés de sang ; dans certains cas, les pieds ou certaines parties des membres sont rongés par la putréfaction ; à cause de la faiblesse due à la mutilation et à la perte du corps, la marche est affaiblie, ou l’ouïe obstruée, ou la vue affaiblie. »

Pourquoi donc les chrétiens choisissent-ils de rester ? Parce que, grâce à leur foi, ils n’ont plus peur de la mort : « renonçant à la crainte de la mort, nous songeons à l’immortalité qui suit. » De plus, cette épidémie est pour eux l’occasion idéale de mettre en pratique le premier commandement de Christ, l’amour du prochain, en prenant soin des malades et de ceux qui ont perdu des proches, au sein de la communauté chrétienne et au-delà. Des témoignages de cette époque rapportent que les chrétiens visitaient les malades et les soignaient. Ainsi, par leur exposition au virus, beaucoup de ces visiteurs étaient probablement immunisés… et leur résistance à la maladie pouvait sembler miraculeuse pour ceux qui les voyaient !

Dans le même ouvrage, Cyprien répond aussi à la question qui revient toujours dans les moments difficiles : pourquoi Dieu permet-il toute cette souffrance ? « Par ailleurs, mes frères bien-aimés, voyons donc à quel point cette pestilence qui semble si horrible et mortelle, est en fait grandiose, pertinente et nécessaire, afin d’éprouver la justice de chacun, d’examiner les pensées de l’humanité, et de voir si ceux qui sont en bonne santé prennent soin des malades ; si les parents aiment avec affection ceux de leur famille ; si les maîtres ont pitié de leurs serviteurs languissants ; si les médecins n’abandonnent pas leurs patients alors qu’ils les supplient ; si les féroces renoncent à leur violence ; si les voraces apaisent l’ardeur insatiable de leur avarice au moins face à la crainte de la mort ; si les arrogants courbent l’échine ; si les méchants renoncent à leur méchanceté ; si, lorsque leurs proches périssent, les riches se décident enfin à donner, alors qu’ils sont sur le point de mourir sans héritiers. Même si cette mortalité n’a rien accompli d’autre, elle a accompli ce bienfait pour les chrétiens et les serviteurs de Dieu, que nous commençons à désirer le martyre avec joie, alors que nous apprenons à ne pas craindre la mort. »

Les sources chrétiennes et païennes attestent que l’attitude des chrétiens pendant cette épidémie a marqué leurs contemporains et gagné beaucoup de nouveaux croyants à leur foi.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines

Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines : Cyprien, évêque de Carthage

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Trois des plus grandes figures chrétiennes de cette époque étaient nord-africaines. Dans cet article, nous découvrirons la vie de Cyprien, le plus grand évêque de Carthage.

Cyprien de Carthage

Thascius Caecilius Cyprianus est né à Carthage, vers 210, dans une riche famille d’origine amazighe. Dans sa jeunesse, il fait des études de droit. Il fait carrière en tant qu’avocat et professeur de rhétorique. Avant sa conversion, il était connu en tant que membre influent d’une confrérie de juristes carthaginois.

Il se convertit au christianisme vers l’âge de 35 ans. Après son baptême, il vend sa maison et distribue l’argent aux pauvres, conformément à l’enseignement de l’Eglise pour les croyants riches. Ses amis étaient tellement touchés par ce geste qu’ils se sont cotisés pour racheter la maison et la lui offrir.

Deux ans après sa conversion, vers 248, l’évêque de Carthage meurt et Cyprien est choisi pour lui succéder. Il commence par refuser, se jugeant lui-même indigne de cette responsabilité, mais finit par accepter. S’il est très populaire auprès des fidèles, le clergé carthaginois désapprouve la nomination d’un homme assez récemment converti, qui n’a pas servi de longues années comme eux. Ils continueront à s’opposer à lui pendant son épiscopat. Malgré cela, Cyprien deviendra un des évêques les plus influents de son époque.

Peu après sa nomination, la persécution éclate : le nouvel Empereur Dèce ordonne à tous ses sujets d’offrir des sacrifices aux dieux romains, laissant aux chrétiens le choix entre le reniement ou le martyre. Cyprien se cache, tout en continuant à encourager les croyants à tenir ferme par des lettres. Face à ceux qui l’accusent de lâcheté, il se défend en disant qu’il n’a pas fui pour sauver sa propre vie, mais pour ne pas laisser les croyants sans berger face à la persécution.

Après chaque vague de persécution, l’Eglise chrétienne était confrontée à un choix difficile : que faire des lapsi (« ceux qui sont tombés »), ces croyants qui avaient cédé à la pression et renié leur foi, mais qui le regrettaient maintenant et souhaitaient être restaurés par l’Eglise ? Face à cette polémique, Cyprien décide de convoquer un concile assemblant tous les évêques d’Afrique romaine afin de discuter de la question. Entre les indulgents, qui veulent restaurer immédiatement les lapsi dès leur repentance, et les intransigeants, qui leur refusent toute possibilité de restauration, le concile choisit d’imposer une pénitence plus ou moins longue, avec un suivi de leur évêque, afin de s’assurer de leur sincérité. Cette décision permet à Cyprien et aux autres évêques de traiter chaque situation au cas par cas. Cyprien insiste notamment sur la distinction entre ceux qui ont cédé pour sauver leur vie ou leur famille, ou pour échapper à la torture, et ceux qui ont sacrifié aux idoles librement, sans être en danger. Le concile décide aussi que ceux qui se sont repentis et ont été restaurés ne pourront plus jamais exercer de responsabilités dans l’Eglise.

A cette époque, des groupes de chrétiens qui étaient en désaccord avec Cyprien, sur la question des lapsi ou sur d’autres questions, ont commencé à se réunir entre eux hors du cadre de l’Eglise officielle. Pour Cyprien, ces schismatiques ont brisé l’unité de l’Eglise et se sont ainsi séparés eux-mêmes de la vérité, ainsi qu’il l’écrit dans un de ses ouvrages principaux, De l’unité de l’Eglise : « Nul ne peut avoir Dieu pour père s’il n’a pas aussi l’Eglise pour mère. » Pour cette raison, il tient aussi à rebaptiser les croyants qui quittent ces églises indépendantes pour l’Eglise établie, parce qu’il estime que les baptêmes administrés en dehors de l’Eglise établie ne sont pas valides. Sur cette question, il est entré en conflit avec l’évêque Etienne de Rome, qui estimait que ces croyants étaient déjà baptisés et pouvaient donc être immédiatement admis dans l’Eglise établie. Cyprien défend fermement sa position, à la fois par conviction doctrinale et parce qu’il refuse de voir un autre évêque empiéter sur ses prérogatives.

La position de Cyprien sur cette question est fondée sur sa compréhension de ce qu’est l’Eglise : une institution sacrée, établie par Christ lui-même, dont on ne peut se séparer sans encourir la colère de Dieu. Il ne distingue pas l’Eglise universelle, composée de tous les croyants du monde entier, de l’Eglise institutionnelle, avec ses évêques et structures administratives. La vision de Cyprien est encore aujourd’hui le fondement de la théologie catholique.

Cyprien a également joué un grand rôle dans l’institutionnalisation de l’Eglise : alors qu’avant, les églises chrétiennes étaient des assemblées assez informelles dans lesquelles chaque croyant s’impliquait librement selon ses dons, il instaure une hiérarchie et une administration structurée, fortement inspirée de l’administration romaine, avec à sa tête l’évêque, vu comme un représentant de Christ. Cyprien est cependant très attaché au principe d’autonomie de l’Eglise dans chaque ville et région : les évêques sont tous égaux et aucun d’eux n’a autorité sur les autres, pas même l’évêque d’une grande ville comme Carthage sur les autres évêques africains. Son conflit avec Etienne de Rome montre qu’il aurait refusé que l’évêque de la capitale impériale ne revendique le statut d’évêque universel.

En plus de la persécution, l’épiscopat de Cyprien sera marqué par un autre fléau : la peste. Alors que la population de Carthage et de tout l’Empire est décimée, Cyprien et les chrétiens de la ville viennent en aide aux malades, qu’ils soient chrétiens ou non. Cyprien écrit aussi un livre, De la mortalité, dans lequel il explique pourquoi Dieu permet que les hommes soient frappés par de telles épidémies. La conduite de Cyprien pendant l’épidémie a beaucoup contribué à sa popularité.

La basilique St-Cyprien de Carthage, construite sur le lieu de son martyre

Fin 256, la persécution éclate de nouveau. Cyprien comparaît devant le proconsul romain et refuse de renier sa foi en sacrifiant aux idoles. Il est exilé à Curubis (Korba), d’où il continue à encourager et réconforter ses fidèles. Après un an, il est autorisé à revenir à Carthage, mais emprisonné dans sa propre maison. Finalement, après la publication d’un nouvel édit impérial ordonnant l’exécution de tous les évêques chrétiens, il est condamné à être décapité. Il est exécuté publiquement le 14 septembre 258, devant une foule assemblée pour lui rendre hommage. Avant de mourir, il a fait don de 25 pièces d’or à son bourreau.

Le christianisme en Afrique du Nord

Minucius Felix : un apologiste chrétien nord-africain

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Minucius Felix, un auteur chrétien romano-africain, a écrit une des premières apologies de la foi chrétienne contre le paganisme romain.

Marcus Minucius Felix est né vers 180, à Thiava, près de Thagaste (Souk Ahras), en Numidie. D’origine amazighe, son nom montre qu’il était apparenté à la gens Minucia, une vieille famille romaine. Il a travaillé comme avocat à Rome sous l’Empereur Septime Sévère. D’origine païenne, il s’est converti au christianisme vers la fin de sa vie.

Il a écrit l’Octavius, un dialogue fictif entre un chrétien et un païen. Son livre s’adresse à un public païen instruit, afin de les convaincre de la vérité du christianisme. Les arguments sont inspirés en grande partie de Cicéron, ainsi que des apologistes grecs plus anciens ; une influence stoïcienne est perceptible aussi. L’auteur cherche à démontrer que la foi chrétienne peut se concilier avec la philosophie, en expliquant que la vérité que tous les philosophes ont cherchée et dont ils se sont tous approchés, sans la trouver pleinement, s’est à présent révélée en Christ.

L’Octavius de Minucius Felix est le premier texte chrétien qui condamne l’avortement.

L’Octavius de Minucius Felix est peut-être la plus ancienne apologie de la foi chrétienne écrite en latin. L’Apologétique de Tertullien de Carthage date approximativement de la même époque. Les deux ouvrages se ressemblent, si bien qu’un des deux auteurs s’est certainement inspiré de l’autre, mais nous ne savons pas qui a écrit en premier. Quoi qu’il en soit, puisque Tertullien était également Africain, on peut affirmer avec certitude que la première apologie chrétienne en langue latine a été écrite par un auteur nord-africain.

Le christianisme en Afrique du Nord

Un héritage oublié : les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique (3/3 – Algérie et Maroc)

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Algérie et au Maroc.

Série : Les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique – TunisieLibyeAlgérie et Maroc

En Algérie

Ruines de l’église d’Hippone

La plus ancien centre chrétien en Algérie actuelle était Cirta (Constantine), la capitale de la Numidie. La ville était probablement majoritairement chrétienne dès la fin du 3° Siècle. Aucun vestige d’église paléochrétienne ne subsiste cependant à Constantine.

Par la suite, la ville d’Hippone (Annaba) est devenue le principal centre chrétien en Numidie, sous l’influence de son évêque, le célèbre Augustin. Les ruines de l’église d’Hippone, dans laquelle prêchait Augustin, sont encore visibles aujourd’hui.

Basilique Sainte-Crispine de Tebessa

Plus au Sud, la Basilique Sainte-Crispine, à Tebessa (anciennement Théveste), est une église chrétienne particulièrement bien préservée. Elle est construite sur le site du martyre de Crispine, une femme chrétienne qui a été décapitée pour sa foi à Théveste en 304. Dans la même région, les églises de Madaure (M’daourouch) et de Thagaste (Souk Ahras), la ville natale d’Augustin, n’ont malheureusement pas été préservées.

Eglise donatiste de l’évêque Optat, Thamugadi

A Timgad (anciennement Thamugadi), on trouve les ruines de l’église de l’évêque Optat, une des principales figures donatistes.

Les ruines de l’ancienne ville de Sitifis (Setif) contiennent deux basiliques chrétiennes. La ville voisine de Cuicul (Djemila) contient également des vestiges chrétiens, avec deux églises et un baptistère.

Basilique Sainte-Salsa de Tipasa

A Tipaza (anciennement Tipasa), se trouve la Basilique Sainte-Salsa, consacrée à une jeune fille chrétienne de 14 ans qui a été tuée pour sa foi par les habitants de la ville. Tipasa contient également des catacombes, moins connues que celles de Sousse.

Césarée (Cherchell), la capitale de la Maurétanie césarienne, a été largement détruite par les Vandales. Si aucune église n’a survécu à leurs pillages, la ville contient encore plusieurs inscriptions chrétiennes, visibles au Musée national de Cherchell.

Au Maroc

Le site archéologique de Volubilis contient des vestiges chrétiens

Au Maroc actuel, le plus ancien vestige archéologique d’une présence chrétienne est une poterie gravée d’une ancre, retrouvée à Souk El Arbaa, qui date du 3° Siècle : l’ancre est un symbole chrétien, qui représente l’assurance des croyants face aux tempêtes de la vie. (Source)

Le site archéologique de Volubilis contient des inscriptions chrétiennes. Le site de la basilique chrétienne de Volubilis est connu et ses fondations sont encore visibles, mais le bâtiment lui-même a disparu.

Les ruines de Lixus (vers Larache) contiennent la plus ancienne église au Maroc actuel

A Lixus (Larache), l’autre grand site archéologique de l’Antiquité romaine, les ruines de l’ancienne église de Lixus sont encore visibles. On a aussi retrouvé des inscriptions chrétiennes et des artefacts avec des croix.

A Tanger (anciennement Tingis), aucun vestige d’église pré-islamique ne subsiste aujourd’hui, mais des tombes chrétiennes ont été retrouvées.

Ruines de Zilil

Zilil (Dchar Jdid) est une colonie romaine, fondée par l’Empereur Auguste pour y installer des vétérans de la guerre d’Actium. La ville était située entre Tanger et Asilah. Une grande structure antique, datant du 4° ou du 5° Siècle, pourrait être une église, mais ce n’est pas certain. Son plan correspond à celui d’autres églises d’Afrique romaine. On a également retrouvé des croix et d’autres symboles chrétiens sur des poteries.

Enfin, le site archéologique de Chellah, près de Rabat, est largement d’origine islamique (mérinide), mais des fouilles ont permis de trouver des tombeaux chrétiens du 5° Siècle, et peut-être même les fondations d’une église pré-islamique.

Sidi Yahya ben Younes : un saint chrétien à Oudja ?
Sidi Yahya ben Younes est le saint patron de la ville de Oudja, à l’Est du Maroc. Son mausolée se trouve dans la ville, dans l’oasis de Sidi Yahya.
D’après des légendes locales, Sidi Yahya ne serait autre que Saint Jean-Baptiste ! Ce prophète, le cousin et annonciateur de Jésus-Christ, est appelé Yahya ibn Zakaria dans le Coran. Après son exécution par le roi Hérode Antipas de Judée, il aurait été enterré à Oujda.