Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les noms de lieux d’origine zenaga en Mauritanie

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Au Sud de la Mauritanie, quelques milliers de personnes continuent à parler une langue qui précède l’arrivée de l’arabe : le zenaga. Si cette langue est aujourd’hui en voie de disparition, la recherche historique montre que c’était la langue majoritaire dans toute la Mauritanie jusqu’au 17° Siècle. Beaucoup de noms de lieux, bien que généralement considérés comme d’origine arabe, viennent en fait du zenaga.

Le dictionnaire zenaga-français de Catherine Taine-Cheikh, une source importante sur les noms de lieux d’origine zenaga

Partout en Mauritanie, on retrouve une abondance de noms de lieux d’origine zenaga. Pour plusieurs lieux, alors que les populations locales revendiquent une origine arabe, les scientifiques linguistes ont proposé une étymologie zenaga qu’ils trouvent plus probable, ce qui montrerait que ces toponymes remontent à avant l’arabisation de la région.

Grande Mosquée de Nouakchott

Ainsi, on entend souvent que le nom de Nouakchott, la capitale nationale, viendrait de نوق الشط (nouq al-chatt, chamelles de la côte). Une origine plus plausible est le zenaga wakchudh, littéralement « petites oreilles », en référence aux coquillages qu’on trouve sur les plages de la région. Le préfixe n- est une marque du possessif, on peut donc traduire n-wakchudh par « [lieu] des coquillages ». (Le terme akchoud, qui signifie « bois » dans d’autres dialectes amazighs, n’existe pas en zenaga.) (Source)

Port de Nouadhibou

Les habitants de Nouadhibou, la deuxième ville de Mauritanie, affirment que le nom de leur ville viendrait de نواح الذئب (nouah al-dhi’b, cri du chacal ; en Mauritanie الذئب désigne plus souvent le chacal que le loup). Il viendrait en fait de yadhbâh, le verbe aller ou partir en zenaga. Toujours avec le préfixe n-, Nouadhibou serait donc le « [lieu] du départ ». (Source)

Banc d’Arguin

Nouamghar, dans le Banc d’Arguin, viendrait également du zenaga. Le terme amghar, « chef » ou « vieux », est courant dans plusieurs langues amazighes. Nouamghar est le « [lieu] du chef/du vieux ». (Source)

Atar ne viendrait pas du bambara a taara (il est parti), mais du zenaga adha’r (pied), en référence au pied de la montagne.

Ouadane

Ouadane pourrait difficilement être le pluriel de واد (oued, vallée) : la forme arabe fosha serait وديان (wâdiyân), ou وادين (wâdayn) en hassaniya. Une origine zenaga est plus probable ; une possibilité serait awdjan, « terre salée ». En revanche, Chinguetti ne viendrait pas du zenaga, mais du soninké sin gede (puits du cheval).

D’autres villes, comme Zouerat, ont un nom authentiquement arabe : il s’agit du pluriel de ازويرة (zwira), petite dune en hassaniya. L’origine de Boutilimit est mixte : de l’arabe bou (raccourci de abou, أبو, père) et de tilimit, du zenaga tadjamut (mil).

Et les régions mauritaniennes ? Le nom de trois régions serait d’origine zenaga : Adrar (montagne), Inchiri (camp des chameliers) et Tagant (forêt). Dakhlet Nouadhibou associe le terme hassaniya dakhlet داخلة (péninsule) à un nom d’origine zenaga (voir ci-dessus). Quant à Tiris Zemmour, tiris signifie « déchirure » en zenaga, tandis que Zemmour est le nom de deux chaînes de montagnes de la région. L’origine de Zemmour n’est pas claire : Azemmour/zemmour signifie « olivier » dans plusieurs langues amazighes, il n’y avait certainement pas d’oliviers dans cette région désertique, mais il pourrait s’agir d’une référence à une tribu, ou encore à la forme des montagnes.

La linguiste française Catherine Taine-Cheikh, épouse de l’anthropologue mauritanien Abdel Wedoud Ould Cheikh, est l’auteure d’un dictionnaire zenaga-français et a écrit d’autres articles sur la langue zenaga, notamment les noms de lieux.

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