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Le chameau, aujourd’hui un animal emblématique des nations nord-africaines, est pourtant arrivé dans la région assez tardivement. L’introduction de cet animal idéalement adapté au climat désertique a beaucoup facilité les voyages à travers le désert, ce qui a rendu possible le développement des routes commerciales transsahariennes.

Le chameau est un animal qui vit dans les régions les plus inhospitalières du monde, dont la physionomie unique correspond parfaitement à l’environnement désertique. Il peut s’orienter avec précision au milieu du désert, supporter des températures extrêmes et survivre plusieurs semaines sans boire et plusieurs mois sans manger, grâce à sa bosse qui lui permet de stocker de l’eau et de la graisse. Lorsqu’il s’abreuve, il peut boire jusqu’à 100 litres d’eau en une seule fois. Ses yeux et ses narines contiennent des caractéristiques spéciales qui les protègent contre le sable, tandis que sa fourrure épaisse lui sert de barrière contre la chaleur. A cause de ces qualités, le chameau, surnommé « bateau du désert », est souvent employé comme moyen de transport de personnes et de marchandises à travers le désert.

Originaire d’Arabie, le chameau a été introduit en Egypte dès le 2° millénaire avant notre ère, d’abord dans le Delta Oriental, puis vers le Sud, le long du Nil. (Source) Son introduction dans le Désert Occidental est plus tardive, entre le 7° et le 4° Siècle avant note ère, à cause de l’obstacle du Nil. (Source) Cette période coïncide avec un important essor commercial des oasis du Désert Occidental, auquel l’introduction du chameau a certainement contribué, en leur permettant d’exporter leur production agricole vers la vallée du Nil et la côte méditerranéenne. (Source) L’élevage des chameaux, qui nécessite un grand savoir-faire technique, était largement limité aux tribus bédouines.
Au-delà de l’Egypte, le chameau est apparu encore plus tardivement. Il était inconnu à l’ère punique. La première mention de chameaux en Afrique du Nord occidentale, dans Bellum Africum (La guerre d’Afrique) de Jules César, raconte que 22 chameaux appartenant au roi Juba I de Numidie ont été capturés peu avant la bataille de Thapsus, en -46. A l’époque, cet animal était certainement une rareté que seuls les rois les plus riches de la région pouvaient posséder. L’armée romaine a apparemment utilisé des chameaux pour la première fois en 70, lors de la guerre entre Leptis Magna et Oea.

On estime que le chameau a été introduit à grande échelle en Afrique romaine au cours du 2° Siècle. L’auteur chrétien nord-africain Arnobe de Sicca mentionne le chameau vers l’an 300, d’une manière qui donne l’impression qu’il s’agit d’un animal courant dans la région. Par ailleurs, l’historien romain Ammien Marcellin mentionne qu’en 363, Romanus, le comes d’Afrique, a demandé à la ville de Leptis Magna de lui livrer 4000 chameaux. (Source) Malgré cela, les Romains associaient davantage le chameau à d’autres régions, comme l’Arabie ou la Syrie, qu’à l’Egypte et à l’Afrique.

Les tribus amazighes, surtout celles qui nomadisaient dans le désert depuis des générations, ont avidement adopté ce nouvel animal. La viande et le lait de chameau étaient appréciés pour leur valeur nutritive, tandis que leurs poils étaient employés pour tisser des vêtements et des tapis. Ils servaient aussi de monture aux guerriers. Comme aujourd’hui, les chameaux étaient un signe de richesse et de prestige. Les représentations de chameaux dans l’art rupestre nous renseignent sur leur rôle dans la société amazighe.
Avant l’introduction du chameau, les voyages et échanges commerciaux entre le Nord et le Sud du continent africain étaient très limités, l’immense désert du Sahara représentant un obstacle infranchissable. L’introduction du chameau a rendu possible le développement du commerce transsaharien, en facilitant le transport de marchandises à travers le désert. La grande force des chameaux leur permet de transporter de bien plus grandes quantités de marchandise que les ânes, la bête de somme la plus couramment employée avant leur introduction. Grâce à leur endurance, ils peuvent aussi parcourir de grandes distances sans se fatiguer, même par forte chaleur.

Au fil des siècles, de véritables routes commerciales se sont développées. Les deux routes principales descendaient du Sahara marocain à la boucle du Niger et de Carthage à la région du Lac Tchad. Une autre route, libyenne, passait par le Fezzan et les oasis de Kaouar (au Niger actuel), jusqu’au Lac Tchad. Les premiers commerçants sur ces routes étaient des Amazighs, notamment Sanhadja, qui allaient en Afrique subsaharienne, se procurer des biens précieux, comme de l’or, de l’ivoire, du sel et des esclaves, qu’ils vendaient sur la côte méditerranéenne. L’avènement de l’Empire du Ghana, vers le 4° Siècle, a encore accéléré l’essor du commerce transsaharien.
L’essor des routes commerciales a également permis la diffusion d’idées nouvelles… notamment la religion musulmane, à partir du 7° Siècle. Les musulmans ont repris le contrôle des routes commerciales qui les précédaient et les ont développées encore plus, surtout après la conversion à l’islam des Touaregs. Les grandes villes caravanières, comme Tombouctou, Chinguetti et Sijilmassa, étaient à la fois de prestigieux centres commerciaux et de hauts lieux de savoir islamique.
