Les Phéniciens en Afrique du Nord

Le pain du désert : la culture de la datte en Afrique du Nord

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Originaires du désert d’Arabie, les dattes sont cultivées au Moyen-Orient et en Inde depuis des millénaires. En Afrique du Nord, leur arrivée est bien plus récente : le dattier est arrivé en Egypte il y a environ 6000 ans, puis en Libye il y a environ 3000 ans. En se répandant dans la région, le dattier d’Arabie s’est croisé avec une espèce de dattier sauvage locale, donnant naissance au dattier nord-africain. Si les Phéniciens ne sont pas à l’origine de la culture de la datte en Afrique du Nord, ils ont certainement joué un rôle dans sa diffusion.

Les dattiers sont une espèce de palmiers, originaire d’Arabie et de la vallée de l’Indus. Grâce à leurs racines profondes, qui leur permettent de puiser dans des eaux souterraines inaccessibles aux autres plantes, et à leur résistance à la chaleur, ils sont idéalement adaptés à la vie dans les régions désertiques. Leur fruit, naturellement sucré, est emblématique de l’agriculture des oasis.

Les plus anciens vestiges archéologiques de culture de la datte remontent à 7000 avant notre ère, au Pakistan actuel, et à 5500 avant notre ère en Arabie. La culture de la datte s’est répandue en Egypte vers 4000 avant notre ère. Dans le reste de l’Afrique du Nord, elle a commencé bien plus tardivement : vers 1000 avant notre ère en Libye, d’où elle s’est répandue dans toute la région. L’historien grec Hérodote rapporte que les Amazighs Nasamones cultivaient des dattes dans l’oasis d’Awjila.

En arrivant en Afrique du Nord, le dattier d’Arabie (Phoenix dactylifera) a rencontré une autre variété de dattier : Phoenix theophrasti, originaire de Crète, qui existait déjà dans la région à l’état sauvage. Un croisement entre les deux espèces s’est fait il y a environ 3000 ans, donnant naissance au dattier nord-africain que nous connaissons aujourd’hui.

Quel était le rôle des Phéniciens dans la diffusion de la culture de la datte ? Il est assez peu connu, mais on constate que l’époque où le dattier a commencé à se répandre en Afrique du Nord correspond à l’établissement des premières colonies phéniciennes. Le nom latin de la datte, Phoenix, fait référence aux Phéniciens.

Les Phéniciens n’ont certainement pas importé les premières dattes sur leurs navires : la diffusion de ce fruit désertique s’est faite par voie terrestre, de l’Egypte vers la Libye. Le croisement entre le dattier d’Arabie et le dattier sauvage local est probablement un hybride naturel, mais les Phéniciens ont certainement sélectionné les meilleurs plants afin d’obtenir de nouvelles variétés. Ce qui est certain est que les Phéniciens ont largement contribué à la diffusion de dattes produites en Afrique du Nord, notamment la nouvelle forme hybride, dans tout le monde méditerranéen.

Pièce de monnaie carthaginoise montrant un dattier

Par la suite, la culture de la datte s’est beaucoup développée à Carthage, où les dattes jouaient un rôle fondamental dans l’économie de l’Empire carthaginois : elles servaient d’aliment de base, d’édulcorant naturel, de monnaie d’échange et de ressource commerciale. Les Carthaginois ont développé des techniques agricoles et d’irrigation sophistiquées pour optimiser la production de dattes, exploitant les terres fertiles de leur territoire. Les dattes carthaginoises étaient vendues dans tout le monde méditerranéen. Le dattier était un symbole fort de la puissance et de la fertilité de Carthage, souvent représenté sur des pièces de monnaie.

La culture de la datte à Carthage et dans sa zone d’influence a continué à l’époque romaine. Dans le monde romain, de branches de dattiers étaient agitées lors des processions militaires, comme symbole de victoire.

Les dattes jouent aussi un rôle symbolique important dans les religions juive, chrétienne et musulmane : elles sont mentionnées plus de 50 fois dans la Bible et 20 fois dans le Coran. Les juifs mangent des dates pour leurs fêtes religieuses. Dans le christianisme, des branches de dattiers sont employés pour le Dimanche des Rameaux, afin de célébrer l’entrée triomphale de Christ à Jérusalem, une semaine avant sa crucifixion.

Aujourd’hui, la culture de la datte occupe toujours une place importante dans le paysage socio-économique nord-africain, surtout dans les oasis du désert. Malgré son importance traditionnelle, cette culture est menacée par la sécheresse et par les maladies. Les nations nord-africaines, de l’Egypte au Maroc, continuent cependant de produire plus de 1,9 millions de tonnes de dattes par an.

Laisser un commentaire