Les villes antiques de Leptis Magna et Oea (Tripoli) ont été rivales depuis leur fondation. Au printemps de l’année 70, les habitants d’Oea ont profité d’une crise interne à l’Empire romain pour déclarer la guerre à leur vieil ennemi. Avec l’aide des Garamantes, ils ont attaqué Leptis Magna et ravagé la campagne environnante.
Contexte
Néron
Vers la fin du règne de l’Empereur Néron, qui devient de plus en plus tyrannique, d’importantes factions de l’armée romaine se rebellent. Néron, vaincu, se suicide en 68. Après sa mort, l’Empire sombre dans l’instabilité, avec quatre Empereurs qui se succèdent en un an.
En Afrique, le proconsul Lucius Calpurnius Pison soutient l’Empereur Vitellius. Lorsque Vitellius est renversé par Vespasien, le commandant des légions africaines Valerius Festus, un allié de Vespasien, tue le proconsul et lui succède. Article détaillé
La guerre entre Oea et Leptis Magna
Vespasien
Les habitants de Oea, voyant l’administration romaine affaiblie et pensant que le nouveau proconsul romain n’interviendrait pas, saisissent l’occasion pour déclarer la guerre à leurs vieux ennemis de Leptis Magna. Le motif officiel du conflit étaient les tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. En réalité, il s’agit d’un prolongement de leur rivalité ancestrale.
Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles.
Mosaïque montrant l’exécution d’un Garamante, amphithéâtre de Leptis Magna (Source)
L’historien romain Tacite raconte ces événements : « Commencée entre paysans pour des denrées et des troupeaux mutuellement ravis, cette querelle, d’abord légère, se poursuivait à la fin sur des champs de bataille. Ceux d’Oea, inférieurs en nombre, avaient appelé à eux les Garamantes, nation indomptée et pépinière féconde de brigands, toujours prêts à piller leurs voisins. Leptis était dans la détresse, et, les campagnes étant au loin ravagées, les habitants tremblaient derrière leurs murailles. Enfin survinrent nos cohortes et nos escadrons : les Garamantes furent battus et le butin repris, excepté celui qu’un ennemi vagabond avait emporté jusqu’à ses huttes inaccessibles et vendu dans l’intérieur des terres. »
Contrairement aux attentes des habitants de Oea, le proconsul romain est intervenu pour mettre fin au conflit. Cette guerre pourrait être la première fois où l’armée romaine s’est servie de chameaux.
A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Oea, la ville antique de Tripoli, est la plus ancienne de ces villes. Fondée par les Phéniciens sous le nom d’Oyat, elle a été brièvement occupée par les Grecs de Cyrénaïque, puis s’est beaucoup développée à l’ère romaine. Plusieurs vestiges romains existent encore aujourd’hui à Tripoli.
Arc de Marc-Aurèle : le principal vestige de la ville romaine
Reconstitution du port phénicien d’Oyat – Image créée par ChatGPT
Au 7° Siècle avant notre ère, des commerçants Phéniciens, probablement originaires de Tyr, se sont installés sur le site de la future ville de Tripoli. La baie de Tripoli formait un port naturel, idéal pour leurs navires. Sur la petite péninsule à l’Ouest de la baie, ils ont fondé une ville qu’ils ont appelée Oyat (𐤅𐤉𐤏𐤕). Oyat est la plus ancienne des trois colonies phéniciennes de la région.
Par la suite, Oyat a été conquise par les Grecs de Cyrénaïque, qui l’ont appelée Oea (Ἐώα), la forme grecque de son ancien nom phénicien. Vers 550, les Carthaginois sont intervenus pour reprendre la ville aux Grecs. Oea, avec Leptis Magna et Sabratha, a alors été annexée par l’Empire carthaginois. La ville a cependant gardé son nom grec.
Après la chute de Carthage, la région est passée sous influence romaine. Au printemps de l’année 70, une guerre a éclaté entre Oea et la ville voisine de Leptis Magna. A l’origine, le conflit était motivé par des tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles. Le conflit a été résolu par l’intervention du gouverneur romain.
Reconstitution de la cité romaine d’Oea – Image créée par ChatGPT
A l’époque romaine, l’Ouest de la Libye était d’abord connu sous le nom de Syrtica, en référence au Golfe de Syrte, puis sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis) : Leptis Magna, Oea et Sabratha. Oea est devenue une colonie romaine pendant le règne de l’Empereur Trajan. La Tripolitaine, qui faisait d’abord partie de la province d’Afrique proconsulaire, est devenue une province romaine à part entière pendant le règne de Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna.
Façade du temple Genus coloniae
Oea/Tripoli, contrairement à Leptis Magna et Sabratha, a été continuellement habitée de l’ère romaine à aujourd’hui. Paradoxalement, cela implique que ses vestiges romains sont moins bien préservées que dans les villes voisines, parce que les habitants ont soit réutilisé les pierres des bâtiments en ruines, soit construit par-dessus la ville antique. Le principal édifice romain qui a été préservé est l’Arc de Marc-Aurèle (voir image ci-dessus), qui a été construit en 165, par l’Empereur Marc-Aurèle, pour commémorer la victoire de son frère Lucius Verus contre l’Empereur de Perse Vologèse IV. Les restes d’un petit temple romain, appelé Genus coloniae, sont conservés au Musée de Tripoli. D’autres trésors archéologiques attendent certainement d’être découverts en dessous de la ville moderne, mais le sous-sol de Tripoli a été peu excavé jusqu’ici.
A l’époque romaine, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. En 255, l’évêque Natal d’Oea a participé à un concile régional organisé à Carthage et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha. Le fait qu’il ait été choisi comme délégué pour représenter toute la Tripolitaine montre que, si Leptis Magna était plus grande et plus influente, le culte chrétien était probablement mieux établi à Oea.
Au 5° Siècle, Oea a été conquise par les Vandales avec le reste de la Tripolitaine. L’évêque Cresconius d’Oea fait partie des évêques nord-africains exilés par le roi vandale Hunéric en 484.
Après la conquête arabe de la Tripolitaine, les Arabes ont choisi Oea comme nouvelle capitale régionale. L’ancien nom de la ville a été remplacé par Tripoli (Tarabulus طرابلس en arabe) vers le 9° Siècle. Tripoli est parfois surnommée « la sirène de la Méditerranée », en arabe Arusat al-Bahr (عروسة البحر), littéralement « mariée de la mer », à cause de la beauté de ses plages.
Hypatie d’Alexandrie est une philosophe néoplatonicienne, mathématicienne et astronome du 4°-5° Siècle, qui dirigeait l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Réputée pour son savoir, elle était respectée de tous pour la sagesse de son enseignement et de ses conseils. Elle est la première femme mathématicienne dont la vie est aussi bien documentée.
Née entre 355 et 370, selon les sources, Hypatie était la fille du mathématicien Théon d’Alexandrie. Son père est à la tête du Mouseion, une école néoplatonicienne de haute renommée. Bien qu’elle avait beaucoup de prétendants, elle ne s’intéressait pas aux hommes et ne s’est jamais mariée (d’après une légende, elle aurait donné à un prétendant trop insistant un tissu imbibé de son sang menstruel).
Hypatie enseignait les mathématiques et l’astronomie à des étudiants originaires de tout le bassin méditerranéen. Elle-même païenne, elle était très tolérante à l’égard des chrétiens et a eu beaucoup d’étudiants chrétiens, dont de futurs évêques. Son étudiant le plus connu est Synesios de Cyrène, qui lui voue une profonde admiration.
Pour ce qui est de son œuvre, elle a écrit notamment un commentaire des Arithmétiques de Diophante d’Alexandrie et un autre sur le traité d’Apollonios de Perge sur les sections coniques. Elle a certainement participé aussi à l’édition de l’Almageste de Claude Ptolémée par son père. Elle savait construire des astrolabes (instruments servant à calculer la date et l’heure en se basant sur la position des planètes) et des hydromètres (instruments servant à déterminer la densité d’un liquide). En astronomie, elle a surtout travaillé sur le calcul de la date de l’équinoxe.
Portrait fictif d’Hypatie, par Alfred Seifert
Hypatie était une figure connue et respectée de tous à Alexandrie. L’historien chrétien Socrate le Scolastique parle d’elle en des termes très élogieux : « Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu’elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l’école de Platon et de Plotin, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l’écouter. Grâce à son contrôle d’elle-même et à la facilité avec laquelle elle avait développé la culture de son esprit, elle n’hésitait pas à fréquemment apparaître en public, en présence des magistrats. Elle ne se sentait pas non plus décontenancée à l’idée de se rendre à une assemblée d’hommes, ce qu’elle faisait toujours, sans perdre sa pudeur, ni sa modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. » Pourtant, elle a été victime de l’intolérance croissante du christianisme alexandrin, avide de s’imposer face à l’ordre ancien.
En 412, l’évêque Théophile d’Alexandrie meurt et son neveu Cyrille lui succède. Alors que Théophile semble avoir été en bons termes avec Hypatie, Cyrille se méfie d’elle. En 414, après plusieurs incidents violents entre juifs et chrétiens à Alexandrie, l’évêque Cyrille fait fermer toutes les synagogues de la ville et chasse sa population juive. Ces mesures choquent Oreste, le gouverneur de la ville et un ami proche d’Hypatie. Oreste, lui-même récemment converti au christianisme, partage le désir d’Hypatie de coexistence pacifique entre chrétiens, juifs et païens. En même temps, il s’inquiète de voir l’évêque outrepasser ses prérogatives en empiétant sur celles des autorités civiles, avec le soutien des classes populaires alexandrines, fortement chrétiennes et de plus en plus fanatisées.
Le conflit entre l’évêque et le gouverneur dégénérera en affrontement violent, dans lequel Cyrille peut compter sur le soutien des moines (parabalani) du désert de Nitrie, au Sud-Ouest d’Alexandrie. Lors d’une émeute, un moine du nom d’Ammonius lance une pierre sur Oreste et le blesse à la tête. Furieux, Oreste le fait torturer si sévèrement qu’il en meurt. Cyrille veut le proclamer martyr, mais la majorité des chrétiens s’y oppose, ce qui attisera encore les tensions.
La mort d’Hypatie
Dans ce contexte, des rumeurs commencent à se répandre, selon lesquelles Hypatie, qui conseille le gouverneur, empêche toute réconciliation entre lui et l’évêque. Les moines, furieux, s’emparent d’elle et la tuent. Voici le récit de son meurtre par Socrate le Scolastique : « Au cours de la fête chrétienne du Carême en mars 415, les parabalani, sous les ordres du Lecteur nommé Pierre, ont attaqué Hypatie alors qu’elle rentrait chez elle. Ils l’ont traînée au sol jusqu’à une église voisine connue sous le nom de Caesareum, où ils l’ont déshabillée de force, puis l’ont tuée avec des ostraka. Ils ont ensuite découpé son corps en morceaux puis ont traîné ses membres mutilés à travers la ville jusqu’à un endroit appelé Cinarion, où ils ont mis le feu à ses restes. »
L’évêque Cyrille est-il lui-même à l’origine de la mort d’Hypatie ? Les moines ont-ils agi sous ses ordres ou de leur propre initiative ? Sur ce point, le débat entre spécialistes n’est pas définitivement clos. Quoi qu’il en soit, les mesures intolérantes qu’il avait ordonnées ont clairement contribué à l’atmosphère délétère qui a poussé les moines à passer à l’acte.
Socrate le Scolastique n’affirme pas que Cyrille a ordonné le meurtre d’Hypatie, mais il rapporte que sa mort a beaucoup nui à la popularité de l’évêque : la majorité des chrétiens alexandrins appréciaient Hypatie et étaient choqués par son meurtre.
A l’époque romaine, la région à l’Ouest de la Libye était connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis), anciennes colonies phéniciennes annexées par Carthage, puis par les Romains. Leptis Magna, la plus grande des trois, est devenue la ville natale de l’Empereur romain Septime Sévère. La ville s’est tellement développée pendant son règne qu’elle a été surnommée la « Rome d’Afrique ».
Des Phéniciens…
A l’origine, Leptis, fondée vers la fin du 7° Siècle avant notre ère, était la plus grande des trois colonies fondées par les Phéniciens sur les côtes libyennes : Leptis, Oyat (Tripoli) et Sabratha. L’historien romain Salluste écrit que Leptis a été fondée par les Sidoniens, tandis que Pline l’Ancien décrit la ville comme une colonie de Tyr. Le nom de Leptis est d’origine libyque et non phénicienne, ce qui montre que ce site était déjà occupé par les tribus amazighes libyennes.
Pièce de monnaie de Leptis, montrant le dieu phénicien Eshmoun (Source)
A l’ère punique, Leptis, désormais appelée Leptis Magna (Leptis la Grande) pour la distinguer de Leptis Parva (Lemta, en Tunisie), est devenue le principal port oriental de l’Empire carthaginois, à travers lequel Carthage faisait du commerce avec l’Egypte et le Moyen-Orient. Tingis (Tanger), sur le détroit de Gibraltar, était le principal port occidental carthaginois, pour le commerce avec l’Espagne et au-delà. Déjà à l’époque, Leptis Magna faisait du commerce de produits originaires du Sud du Sahara, qu’ils achetaient aux Garamantes du Fezzan.
Inscription bilingue punique-latine sur le théâtre de Leptis Magna
Après la chute de Carthage, Leptis Magna s’est retrouvée sous influence romaine, avec une large autonomie et une administration toujours fortement punique. Les fameuses inscriptions puniques de Tripolitaine datent de cette époque.
Pièces de monnaie de Leptis Magna – Dionysos à gauche, Hercule à droite – Source
Leptis Magna a beaucoup prospéré au début de l’ère romaine. Ses pièces de monnaie, avec des inscriptions puniques et des images d’Hercule et de Dionysos, reflètent la double culture de la ville. Sa richesse dépendant surtout de la fertilité de ses terres. Vers -46, sa production d’huile d’olive était telle que la ville pouvait en fournir plus d’un million de litres par an à Jules César.
Amphithéâtre de Leptis Magna, construit par l’Empereur Néron
Après la fondation de l’Empire romain, Leptis Magna, bien que faisant partie la province d’Afrique proconsulaire, avait le statut de civitas libera et immunis (ville libre et immune), sur laquelle le gouverneur n’exerçait qu’un contrôle minimal. Elle a perdu ce statut sous l’Empereur Tibère, qui l’a pleinement intégrée à l’administration impériale, mais elle est restée une des villes les plus influentes d’Afrique romaine. Sous l’Empereur Trajan, elle est devenue colonie romaine.
Au printemps de l’année 70, une guerre a éclaté entre Leptis Magna et la ville voisine d’Oea. A l’origine, le conflit était motivé par des tensions entre paysans des deux villes à cause du vol de récoltes et de bétail. Les habitants d’Oea, étant bien moins nombreux, font alliance avec les Garamantes du Fezzan. Ensemble, ils pillent les campagnes autour de Leptis Magna et terrorisent les habitants de la ville, qui sont contraints de se retirer derrière leurs murailles. Le conflit a été résolu par l’intervention du gouverneur romain.
Arc de Septime Sévère
La ville est parvenue à son apogée pendant le règne de l’enfant du pays : Septime Sévère, qui est né à Leptis Magna. Septime Sévère a fait de la Tripolitaine une province romaine à part entière, distincte de l’Afrique proconsulaire, avec Leptis Magna pour capitale. Très attaché à sa ville natale, il a fait d’elle une des plus belles villes de l’Empire. Il y a fait construire un forum, une basilique et un hippodrome. Il a également fait agrandir l’amphithéâtre, construit par Néron, qui pouvait accueillir jusqu’à 15 000 personnes. Depuis l’époque de Septime Sévère, Leptis Magna est connue comme la « Rome d’Afrique ».
Mosaïque des Gladiateurs, Villa Bar Duc Ammera, Zliten, près de Leptis Magna
Leptis Magna a prospéré grâce au commerce transsaharien : elle vendait des biens exotiques précieux, comme l’ivoire, des animaux sauvages pour les jeux du cirque, des escarboucles, du bois d’ébène et des plumes d’autruche.
La Villa Bar Duc Ammera, près de Leptis Magna, est une des plus belles villas romaines de la côte nord-africaine. Elle est célèbre pour ses mosaïques, qui peuvent être admirées au Musée archéologique de Tripoli.
Leptis Magna a beaucoup décliné pendant la crise du 3° Siècle, puis été ravagée par un tsunami après le tremblement de terre de 365. Au cours des prochaines années, les habitants de la ville se sont plaints à l’Empereur Valentinien parce qu’un fonctionnaire romain corrompu les forçait à payer des pots-de-vin pour leur protection.
Après la conquête vandale, les Vandales ont détruit les murailles de la ville pour éviter un soulèvement. Leptis Magna a été reconstruite par les Byzantins, mais n’a jamais retrouvé sa gloire passée. Après la conquête arabe de la région, les Arabes ont choisi Tripoli comme nouvelle capitale. Leptis Magna a été abandonnée.
Aujourd’hui, les ruines de la « Rome d’Afrique », situées près de la ville moderne de Khoms, sont le site archéologique le plus spectaculaire de l’Ouest de la Libye, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Moins connue que les sites de Cyrénaïque, négligée pendant les années de guerre civile, Leptis Magna a pourtant tous les atouts pour devenir une destination touristique de premier plan. Cet article du Middle East Eye contient de très belles photos de ce site.
Martianus Capella est un auteur néoplatonicien du début du 5° Siècle, originaire de Madaure (M’Daourouch), en Afrique romaine. Son œuvre est à l’origine de la notion des « sept arts libéraux », qui a beaucoup influencé le système éducatif pendant tout le Moyen-Âge.
Martianus Capella est né à Madaure (M’Daourouch), en Numidie. Un autre auteur romano-africain influent était également originaire de Madaure : Apulée, l’auteur du premier roman latin. Martianus Capella écrit au début du 5° Siècle, après le sac de Rome par le roi des Visigoths Alaric I, en 410, qu’il mentionne, mais avant la conquête vandale de l’Afrique du Nord, en 429.
L’ouvrage principal de Martianus Capella, Noces de Philologie et Mercure, est un récit allégorique. Ce livre raconte le mariage de Mercure, dieu du commerce, avec Philologie, une personnification de l’amour des lettres et des études, qui est élevée par les dieux au rang de déesse. Comme cadeau de noces, ils reçoivent sept jeunes filles qui deviendront les servantes de Philologie. Chacune, lorsqu’elle est présentée, donne un exposé des principes de la science qu’elle représente.
Martianus Capella écrit dans un Empire romain largement christianisé. Le fait qu’il s’inspire de la mythologie ne veut pas forcément dire qu’il était païen : les auteurs chrétiens puisaient également des allégories de sagesse humaine dans l’univers mythologique. L’absence totale de références chrétiennes donne cependant l’impression que l’auteur n’était pas chrétien, mais païen – ce qui n’a pas empêché son œuvre d’acquérir une grande popularité dans le monde chrétien médiéval.
L’œuvre de Martianus Capella était très populaire au cours des siècles suivants et a beaucoup influencé le Moyen-Âge, dans le domaine de l’éducation et de la pédagogie. Les sept « arts libéraux », dans le système éducatif classique, ont été divisés en le trivium (rhétorique, grammaire et logique) et le quadrivium (astronomie, arithmétique, géométrie et musique).
Le safran, reconnaissable à sa couleur rouge et à sa saveur vive, est une épice très populaire en Afrique du Nord. Cultivé entièrement à la main, le safran est l’épice la plus chère au monde, d’où son surnom d’ « or rouge ». Originaire d’Iran, le safran a été introduit en Afrique du Nord par les Phéniciens. Aujourd’hui, le safran marocain, produit surtout dans la région de Taliouine, est réputé pour sa qualité. Il joue aussi un rôle important dans la cuisine traditionnelle marocaine : il apporte une couleur dorée et un arôme délicat aux couscous, tajines et autres pâtisseries.
Le safran est produit à partir d’une fleur : le crocus à safran. Pour obtenir l’épice, on extrait le stigmate (filament rouge au coeur de la fleur) du crocus de safran et on le fait sécher.
Traditionnellement, la récolte de safran est effectuée entièrement à la main. Lorsque vient la saison de la récolte, vers octobre-décembre, les producteurs, généralement des femmes, sortent dans les champs dès le matin, afin de cueillir les fleurs avant qu’elles ne s’ouvrent pleinement au soleil, ce qui permet de préserver la délicate qualité des stigmates. Ensuite, les trois stigmates de chaque fleur sont arrachés à la main, puis séchés au soleil pendant trois à cinq jours. Les stigmates perdent environ 80% de leur volume au séchage : pour chaque 100g de stigmates, on obtient 20g de safran sec. Enfin, le safran est stocké à l’abri de la lumière et de la chaleur, afin de préserver sa qualité.
Au Maroc, le prix du safran varie généralement entre 35 et 175 dirhams le gramme, selon la qualité. Si le safran coûte si cher, au point d’être surnommé « or rouge », c’est précisément parce que sa production est si longue et difficile : produire seulement 1 kilogramme de safran de qualité peut nécessiter jusqu’à 40 heures de travail manuel fatigant ! De plus, seule une petite partie de la plante, les stigmates, est utilisée. En tenant compte de la perte de volume des stigmates au séchage, il faut entre 150 et 200 fleurs pour chaque gramme de safran séché !
Origines
Crocus cartwrightianus, l’ancêtre probable du crocus à safran
Le crocus à safran, la plante utilisée pour produire le safran, est probablement originaire de Grèce, peut-être de l’île de Crète. Crocus cartwrightianus, une espèce de crocus qu’on trouve aujourd’hui en Grèce, est considérée comme étant à l’origine crocus à safran que nous connaissons.
Femme cueillant du safran, fresque minoenne, Santorini
Le crocus à safran est cultivé par l’homme depuis 3500 ans. La plante a probablement été domestiquée par la civilisation minoenne, une civilisation de l’âge de bronze, apparue en Crète vers 3000 avant notre ère. Les plus anciennes représentations artistiques de safran, des fresques minoennes retrouvées à Cnossos, en Crète, et sur l’île de Santorini, datent du 16° ou du 17° Siècle avant notre ère.
Depuis la Grèce, le safran s’est répandu au Moyen-Orient, puis en Asie, jusqu’en Inde. Les Sumériens récoltaient des fleurs de safran sauvages, tandis que les Pharaons égyptiens importaient du safran depuis la Grèce.
A cette époque ancienne, les hommes se servaient seulement de la fleur de safran. La production de l’épice, à partir du stigmate séché de la fleur, a commencé plus tardivement, vers 1500 avant notre ère, en Iran actuel, peut-être dans la région du Khorasan. Le safran était tellement populaire dans l’ancien Empire perse qu’il est devenu un produit emblématique de la civilisation iranienne jusqu’à aujourd’hui. Son nom, زَعْفَرَان (zaferan) en persan, vient de زرپران (zarparan), « à plumes dorées ».
Au cours des siècles, le safran a été exporté dans tout le bassin méditerranéen par les navires commerçants phéniciens. C’est ainsi que le safran est parvenu sur les côtes nord-africaines, notamment à Carthage.
Utilisation
Les Grecs de l’ère minoenne se servaient du safran comme parfum, comme cosmétique et pour teindre des tissus. Rien n’indique qu’ils l’utilisaient également en cuisine. Plus tard, cependant, les Grecs de l’ère classique (5-4° Siècles avant notre ère) se servaient du safran comme assaisonnement, ainsi que pour aromatiser le vin.
Les Sumériens se servaient de safran sauvage, qu’ils récoltaient, pour produire des remèdes et des potion magiques. Les Phéniciens ont développé la fabrication d’huiles parfumées.
Les anciens Hébreux utilisaient le safran comme un des ingrédients de l’encens brûlé dans le Temple de Jérusalem. Le safran est même mentionné dans la Bible, dans le Cantique des Cantiques de Salomon.
En Egypte, où le safran n’était pas cultivé sur place, mais importé de Grèce, il était considéré comme un produit de luxe, employé pour la fabrication de parfums et de produits cosmétiques. Les médecins égyptiens s’en servaient aussi pour certaines applications médicales. Enfin, il était probablement utilisé dans les temples, pour certains rituels religieux. Dans la mythologie égyptienne, la teinte dorée du safran évoquait Râ, le dieu soleil.
Production et utilisation du safran dans l’Antiquité perse – Image créée par Stable Diffusion Web
Un Empereur de Perse tient une offrande de safran – Source
L’usage du safran s’est beaucoup diversifié dans l’Empire perse. En cuisine, les Perses s’en servaient pour assaisonner le riz et la viande, comme ingrédient pour les pâtisseries et les desserts. Ils confectionnaient aussi des parfums et des cosmétiques à base de safran, notamment des teintures pour cheveux. L’Empereur Darius était connu pour se baigner dans du lait aromatisé au safran, afin d’adoucir sa peau et de parfumer son corps. La médecine persane a aussi découvert les nombreuses vertus médicales du safran.
Moines bouddhistes en robe de safran
Si l’usage rituel du safran dans les temples existait certainement déjà auparavant, le safran jouait un rôle particulièrement important dans le culte officiel en Perse. Les anciens Perses s’en servaient comme offrande à leurs divinités, ainsi que pour diverses festivités, comme le Nowruz (Nouvel An perse), et pour les funérailles de leurs morts. Les prêtres l’utilisaient dans les temples du feu. Enfin, les vêtements rituels des prêtres étaient teints au safran. La couleur ainsi obtenue, un jaune-orange vif, était symbole de sacré, de pureté et de prospérité. On retrouve encore cette symbolique dans les traditions bouddhiste, hindoue et sikhe.
A Carthage, la pourpre, le tissu emblématique de la ville, était parfois associé à la teinture safran.
Cléopâtre prend un bain au safran – Image créée par ChatGPT
La reine Cléopâtre d’Egypte était célèbre pour ses bains au safran, infusé dans de l’eau ou du lait de jument, pour nourrir sa peau et améliorer son teint. Elle appréciait aussi ses vertus aphrodisiaques et prenait toujours un bain au safran avant de rencontrer un de ses amants, pour augmenter sa libido.
Dans le monde romain, le safran était un produit de luxe, synonyme de richesse et d’extravagance. L’élite romaine s’en servait comme ingrédient de cuisine et pour parfumer leur bain et leur vin. Les Romains importaient de grandes quantités de safran pour parfumer les lieux publics, comme les bains et les théâtres.
La culture du safran aujourd’hui
Divers types de safran
A notre époque, l’Iran demeure le premier producteur de safran, avec plus de 90% de la production mondiale, notamment dans la région du Khorasan. Le deuxième producteur est l’Afghanistan, avec environ 3-5% de la production mondiale. En Afghanistan, la culture du safran est promue comme une alternative saine à l’opium. En troisième place, se trouve l’Inde, avec environ 2%, surtout dans la région du Cachemire. (Source)
Après ces trois pays asiatiques, qui totalisent à eux seuls plus de 95% de la production mondiale, trois pays méditerranéens, l’Espagne, la Grèce et le Maroc, produisent chacun environ 1% de la production mondiale de safran. Au Maroc, il s’agit surtout du Haut-Atlas, autour des communes rurales de Taliouine (province de Taroudant) et de Taznakht (province de Ouarzazate). (Source)
Chebakia marocaines
Si la production marocaine de safran est assez faible à l’échelle mondiale, le safran marocain est cependant réputé pour sa qualité. Souvent d’une couleur plus claire et d’une saveur moins intense, plus délicate, plus florale que le safran iranien, il offre une expérience unique, plus subtile. (Source) Le safran du Maroc est aussi largement employé dans la cuisine marocaine : il fait partie des ingrédients de nombreuses pâtisseries traditionnelles, comme les briouat et les chebakia.
Plusieurs plantes et fruits emblématiques des paysages nord-africains aujourd’hui, ne sont en fait pas originaires de la région, mais ont été apportés il y a 3000 ans sur les navires phéniciens. En plus de l’olivier et de la vigne, dont nous avons déjà parlé, nous revenons aujourd’hui sur deux autres contributions phéniciennes à notre production agricole : les figues et les grenades.
La figue : le fruit du Paradis
Le figuier, probablement originaire d’Asie centrale, est le plus ancien arbre fruitier domestiqué par l’homme. Sa domestication remonte à environ 4500 avant notre ère, bien avant l’olivier. La culture du figuier a commencé au Moyen-Orient, la région du monde où l’agriculture sédentaire s’est développée pour la première fois dans le fameux « Croissant fertile ».
Le figuier était un candidat idéal pour la domestication, parce qu’il s’agit d’un des arbres fruitiers les plus faciles à reproduire : pour obtenir un nouvel arbre, il suffit de planter une graine, de couper et planter une branche de figuier ou une partie du fruit. Les figues sont aussi très résistantes à la chaleur comme au froid, ce qui leur permet de survivre dans des conditions climatiques très diverses. Enfin, le figuier produit jusqu’à trois récoltes par an.
Le figuier a été dispersé dans tout le monde méditerranéen par les commerçants phéniciens. En Afrique du Nord, la culture du figuier a commencé à Carthage et dans les autres colonies phéniciennes. Au fil des siècles, cet arbre nouveau s’est tellement bien acclimaté à ses nouveaux rivages qu’il est aujourd’hui un des plus cultivés de la région. Un hadith décrit la figue comme un fruit originaire du Paradis.
La grenade : la pomme punique
Fleur de grenadier
Le grenadier est un arbre originaire d’Iran actuel, où il est cultivé depuis 5000 ans environ. Dans l’Empire perse, la fleur de grenadier était considérée comme sacrée, symbole d’abondance, de fertilité et de royauté.
Depuis sa région natale, la culture de la grenade s’est diffusée dans tout le Moyen-Orient, jusqu’en Phénicie. Comme pour l’olivier, la vigne et le figuier, ce sont les Phéniciens qui ont diffusé le grenadier dans tout le bassin méditerranéen, à travers leur empire colonial.
Dans l’Antiquité romaine, la grenade était fortement associée à Carthage. Les Romains l’appelaient Malum punicum, pomme punique. Son nom français fait référence au Royaume de Grenade, le dernier royaume musulman en Espagne. Son nom arabe, romman (رمان), dérive d’une racine sémitique qui signifie « élevé » ou « exalté ».
Aujourd’hui, les nations nord-africaines sont d’importants producteurs de grenade. En 1986, la Tunisie a offert à la Chine des plants d’un variété locale de grenades à pépins tendres, qui ont connu un grand succès sur le marché chinois.
Et les figues de Barbarie ? Cet étrange cactus porteur d’un fruit très populaire en Afrique du Nord vient d’encore plus loin : il est originaire du désert mexicain. Inconnu dans l’Ancien Monde avant la découverte de l’Amérique, il a ensuite été introduit dans le monde méditerranéen, où il s’est répandu très rapidement. Il est particulièrement courant dans les régions semi-désertiques d’Afrique du Nord, au point où, à l’époque coloniale, il a été appelé « figue de Barbarie » (Berbérie, le pays des Berbères). En arabe darija, on l’appelle « karmouss ennasara », figue des chrétiens, un nom qui tient davantage compte de ses origines.
Originaires du désert d’Arabie, les dattes sont cultivées au Moyen-Orient et en Inde depuis des millénaires. En Afrique du Nord, leur arrivée est bien plus récente : le dattier est arrivé en Egypte il y a environ 6000 ans, puis en Libye il y a environ 3000 ans. En se répandant dans la région, le dattier d’Arabie s’est croisé avec une espèce de dattier sauvage locale, donnant naissance au dattier nord-africain. Si les Phéniciens ne sont pas à l’origine de la culture de la datte en Afrique du Nord, ils ont certainement joué un rôle dans sa diffusion.
Les dattiers sont une espèce de palmiers, originaire d’Arabie et de la vallée de l’Indus. Grâce à leurs racines profondes, qui leur permettent de puiser dans des eaux souterraines inaccessibles aux autres plantes, et à leur résistance à la chaleur, ils sont idéalement adaptés à la vie dans les régions désertiques. Leur fruit, naturellement sucré, est emblématique de l’agriculture des oasis.
Les plus anciens vestiges archéologiques de culture de la datte remontent à 7000 avant notre ère, au Pakistan actuel, et à 5500 avant notre ère en Arabie. La culture de la datte s’est répandue en Egypte vers 4000 avant notre ère. Dans le reste de l’Afrique du Nord, elle a commencé bien plus tardivement : vers 1000 avant notre ère en Libye, d’où elle s’est répandue dans toute la région. L’historien grec Hérodote rapporte que les Amazighs Nasamones cultivaient des dattes dans l’oasis d’Awjila.
En arrivant en Afrique du Nord, le dattier d’Arabie (Phoenix dactylifera) a rencontré une autre variété de dattier : Phoenix theophrasti, originaire de Crète, qui existait déjà dans la région à l’état sauvage. Un croisement entre les deux espèces s’est fait il y a environ 3000 ans, donnant naissance au dattier nord-africain que nous connaissons aujourd’hui.
Quel était le rôle des Phéniciens dans la diffusion de la culture de la datte ? Il est assez peu connu, mais on constate que l’époque où le dattier a commencé à se répandre en Afrique du Nord correspond à l’établissement des premières colonies phéniciennes. Le nom latin de la datte, Phoenix, fait référence aux Phéniciens.
Les Phéniciens n’ont certainement pas importé les premières dattes sur leurs navires : la diffusion de ce fruit désertique s’est faite par voie terrestre, de l’Egypte vers la Libye. Le croisement entre le dattier d’Arabie et le dattier sauvage local est probablement un hybride naturel, mais les Phéniciens ont certainement sélectionné les meilleurs plants afin d’obtenir de nouvelles variétés. Ce qui est certain est que les Phéniciens ont largement contribué à la diffusion de dattes produites en Afrique du Nord, notamment la nouvelle forme hybride, dans tout le monde méditerranéen.
Pièce de monnaie carthaginoise montrant un dattier
Par la suite, la culture de la datte s’est beaucoup développée à Carthage, où les dattes jouaient un rôle fondamental dans l’économie de l’Empire carthaginois : elles servaient d’aliment de base, d’édulcorant naturel, de monnaie d’échange et de ressource commerciale. Les Carthaginois ont développé des techniques agricoles et d’irrigation sophistiquées pour optimiser la production de dattes, exploitant les terres fertiles de leur territoire. Les dattes carthaginoises étaient vendues dans tout le monde méditerranéen. Le dattier était un symbole fort de la puissance et de la fertilité de Carthage, souvent représenté sur des pièces de monnaie.
La culture de la datte à Carthage et dans sa zone d’influence a continué à l’époque romaine. Dans le monde romain, de branches de dattiers étaient agitées lors des processions militaires, comme symbole de victoire.
Les dattes jouent aussi un rôle symbolique important dans les religions juive, chrétienne et musulmane : elles sont mentionnées plus de 50 fois dans la Bible et 20 fois dans le Coran. Les juifs mangent des dates pour leurs fêtes religieuses. Dans le christianisme, des branches de dattiers sont employés pour le Dimanche des Rameaux, afin de célébrer l’entrée triomphale de Christ à Jérusalem, une semaine avant sa crucifixion.
Aujourd’hui, la culture de la datte occupe toujours une place importante dans le paysage socio-économique nord-africain, surtout dans les oasis du désert. Malgré son importance traditionnelle, cette culture est menacée par la sécheresse et par les maladies. Les nations nord-africaines, de l’Egypte au Maroc, continuent cependant de produire plus de 1,9 millions de tonnes de dattes par an.
Les Phéniciens sont une des premières civilisations à avoir développé la culture de la vigne et la production de vin. Si des vignes sauvages poussaient déjà en Afrique du Nord bien avant l’arrivée des premiers navires phéniciens, ce sont les Phéniciens, à Carthage et dans leurs autres colonies, qui ont appris aux populations autochtones à cultiver la vigne. Les traités d’agriculture de Magon, qui exposent les techniques viticoles des anciens Carthaginois, ont beaucoup influencé les Romains, contribuant à l’essor de la viticulture dans toute l’Europe.
Des Phéniciens…
Vigne sauvage
Diverses espèces de vignes sauvages poussent depuis toujours dans toutes les régions du monde. En Afrique du Nord, on les trouve surtout dans les régions montagneuses, comme l’Atlas et la Kabylie. L’homme a rapidement découvert qu’en pressant les raisins qui poussent sur ces vignes, on obtient un jus qui commence à fermenter immédiatement. Pour transformer ces raisins fermentés en boisson au goût agréable, un savoir-faire bien plus avancé a cependant dû se développer.
Areni-1, en Arménie : le plus ancien vignoble connu
Les premières traces archéologiques de production de vin à partir de vigne sauvage ont été découvertes dans la région du Caucase. La culture de la vigne a commencé il y a environ 6000 ans. Le plus ancien vignoble connu, découvert en Arménie, contient une cuve en argile et un pressoir.
Depuis le Caucase, la culture de la vigne s’est répandue en Mésopotamie, puis au Moyen-Orient, jusqu’en Grèce. Les Phéniciens se servaient du vin dans leur culte religieux, comme offrande aux dieux. Ce sont probablement les Phéniciens qui ont introduit le vin en Egypte, où une industrie viticole prospère est apparue vers 3000 avant notre ère.
Les Phéniciens transportaient le vin dans des amphores, appelées « jarres cananéennes »
Les marchands Phéniciens sont les premiers à avoir compris la valeur commerciale du vin, ce qui les a amenés à développer des techniques viticoles plus sophistiquées afin de produire davantage. Les villes phéniciennes de Tyr, Sidon et Byblos exportaient et vendaient du vin par la mer dans tout le monde méditerranéen. Le développement des colonies phéniciennes, notamment en Afrique du Nord, a accru la demande. Les vins phéniciens étaient si populaires dans le monde gréco-romain que l’adjectif « byblin » (de Byblos) était employé pour décrire un vin de bonne qualité.
Les deux plus anciennes épaves de bateaux phéniciens, Tanit et Elissa, ont été découverts en 1997 au fond de la Mer Méditerranée. Elles contenaient 780 amphores de vin datant du 8° Siècle avant notre ère, remarquablement bien préservées. Ces deux navires faisaient du commerce de vin entre la Phénicie et Carthage.
Grappe de Vitis vinifera pontica, probablement la première variété de vigne exportée par les Phéniciens à travers le bassin méditerranéen
Les Phéniciens ont diffusé de nouvelles variétés de vigne à travers le bassin méditerranéen, notamment Vitis vinifera pontica, qui est devenue l’ancêtre de la plupart des variétés de raisin blanc les plus cultivées dans le monde aujourd’hui. Ils ont aussi appris aux populations locales, notamment aux Amazighs d’Afrique du Nord, à cultiver la vigne sauvage qu’ils connaissaient déjà.
A la même époque, les Grecs produisaient également du vin. La viticulture grecque a beaucoup appris des Phéniciens. En Afrique du Nord, les colons grecs ont introduit la vigne en Cyrénaïque au 7° Siècle avant notre ère. Cette région fertile à la végétation luxuriante était idéale pour la viticulture à grande échelle. On a retrouvé des pressoirs à vin dans des villes comme Cyrène et Euhespérides (Benghazi). Les Grecs ont également introduit la vigne au Sud de la Gaule, à Massalia.
… à Carthage…
Mosaïque du Triomphe de Bacchus – Musée archéologique de Sousse
Mosaïque de la Villa Rustica de Tabarka, montrant des vignes
Au 4° Siècle avant notre ère, les campagnes carthaginoises étaient remplies de vignes et d’oliviers. Le vin de la vallée du fleuve Bagradas (Medjerda) était particulièrement populaire.
Mosaïque montrant un panier de raisins – Musée archéologique de Sousse
Les Amours vendangeurs, mosaïque du musée d’Hippone (Annaba)
La culture de la vigne et la production de vin en Afrique du Nord s’est poursuivie à l’époque romaine, surtout dans des centres urbains comme Carthage et Volubilis. Le vin africain était réputé dans tout le monde romain pour sa saveur et jouait un rôle important dans l’économie de la région, avec le blé et l’huile d’olives.
Vendanges romaines – Mosaïque, Musée national de Cherchell
Sous l’influence de Magon, les Romains ont développé des techniques viticoles avancées, inspirées des Carthaginois. L’œuvre de Magon est aujourd’hui perdue, mais des citations ont été conservées par des auteurs latins plus tardifs. Columelle, un auteur du 1° Siècle qui cite abondamment Magon, était originaire de Gadir (Cadiz), une ancienne ville punique en Espagne, ce qui explique son intérêt pour l’auteur carthaginois. On peut donc dire que, par l’intermédiaire de Magon, toute l’industrie viticole d’Europe et du monde occidental moderne est redevable à Carthage.
Le dieu gréco-romain de la vigne et du vin est Dionysos, appelé Bacchus en latin, qui aurait appris aux hommes a cultiver la vigne. Le culte de Bacchus, très populaire en Afrique romaine, impliquait des rites extatiques d’ivresse, souvent accompagnés d’orgies sexuelles.
A l’époque romaine, d’importantes communautés juives se sont installées en Afrique du Nord. Par la suite, le christianisme est également devenu très populaire dans la région. Les deux religions voient le vin comme un don de Dieu, dont les textes sacrés disent qu’il « réjouit le cœur de l’homme », tout en condamnant l’ivresse et en encourageant une consommation raisonnable. Les chrétiens utilisent même du vin dans leur culte, comme élément du repas eucharistique. La christianisation de la région a entraîné un changement dans la consommation de vin, en décourageant les excès. Par la suite, les moines chrétiens ont développé de nouvelles méthodes de fermentation, de vin et de bière, afin de créer des saveurs nouvelles.
… à aujourd’hui
La production de vin en Afrique du Nord a beaucoup diminué avec l’arrivée de l’islam, à cause de l’interdit religieux de la consommation d’alcool, mais elle n’a jamais complètement cessé. Les Juifs Nord-Africains, notamment, ont continué à produire du vin pour leur consommation.
Navire chargeant des fûts de vin dans le port d’Oran, en 1898
L’industrie viticole nord-africaine a connu un nouvel essor pendant la colonisation française (et italienne, en Libye), avec la plantation de beaucoup de nouveaux vignobles. En Algérie, surtout, les colons français produisaient du vin, qu’ils consommaient sur place ou exportaient vers la métropole. export it to metropolitan France. Il y a même une théorie selon laquelle l’expression « Pieds-Noirs », employée pour les Français d’Algérie, vient du fait que leurs pieds étaient noirs parce qu’ils foulaient le raisin ! Au milieu du 19° Siècle, lorsqu’une épidémie a ravagé les vignobles français, le vin d’Algérie française a comblé le vide.
Vendanges en Algérie
La veille de l’indépendance, l’Algérie était le quatrième producteur de vin au monde, derrière la France, l’Italie et l’Espagne, avec plus d’une dizaine de domaines classés « Vin délimité de qualité supérieure ». Avec le départ des Pieds-Noirs et de l’armée française, qui constituaient ensemble un marché important, la production a beaucoup décliné, obligeant les vignobles algériens à se tourner vers de nouveaux marchés comme l’URSS. Des efforts sont en cours aujourd’hui afin de raviver le marché du vin algérien.
Sélection de vins marocains
Une autre nation nord-africaine, le Maroc, a beaucoup développé sa production de vin depuis les années 1990 et est considéré comme le pays avec le plus grand potentiel viticole dans la région. Grâce aux efforts des producteurs locaux, le Maroc compte aujourd’hui plus de 50000 hectares de vignobles, surtout dans les régions de Fès-Meknès et de l’Oriental, et produit des vins de qualité, pour le marché national et international. Le Boulaouane, un vin de la région de Doukkala, est le vin étranger le mieux vendu en France.
Bouteille de Magon blanc
En Tunisie, la production de vin est largement localisée autour du Cap Bon et constituée surtout de vins rosés. Un producteur local à Kélibia rend hommage à l’agronome carthaginois Magon, grâce à qui le savoir-faire viticole de anciens Carthaginois s’est diffusé dans tout le monde romain, en produisant le vin le plus populaire du pays : le Magon.
Au 3° Siècle avant notre ère, le roi grec Pyrrhus d’Epire, qui veut briser l’hégémonie romaine et carthaginoise dans le monde méditerranéen, envahit la Sicile afin de chasser les Carthaginois de l’île. Après avoir remporté plusieurs victoires, il est contraint de se retirer, laissant Carthage reprendre possession des territoires qu’il avait conquis.
Contexte
Royaume d’Epire et campagnes de Pyrrhus
Pyrrhus d’Epire
Pyrrhus est le roi d’Epire, un royaume qui correspond à l’Albanie actuelle. D’origine grecque, il est un parent éloigné d’Alexandre le Grand.
A cette époque, Rome cherche à étendre sa domination sur toute l’Italie. Après la défaite des Etrusques, les dernières villes qui échappent au contrôle romain sont les colonies grecques du Sud de l’Italie (Magna Graecia). La Sicile est divisée entre Carthage et les colonies grecques menées par Syracuse. Grecs et Carthaginois se sont déjà affrontés à sept reprises pour le contrôle de l’île.
En 280, la ville de Tarente, en Apulie, est en conflit avec Rome. Les Tarentins font appel à Pyrrhus pour les aider contre les Romains. Pyrrhus s’installe au Sud de l’Italie avec son armée. Il remporte plusieurs victoires contre les Romains, à Héraclée, puis à Asculum. Ses victoires sont cependant si coûteuses en vies humaines que l’expression « victoire à la Pyrrhus » est employée aujourd’hui pour une victoire qui coûte si cher au vainqueur qu’elle équivaut à une défaite.
Pyrrhus en Sicile (278-276)
Peu après sa victoire à Asculum, les villes grecques de Sicile envoient des messagers à Pyrrhus, pour lui demander de les aider à chasser les Carthaginois de Sicile. Au même moment, les Macédoniens, dont le roi vient de mourir, font appel à lui pour prendre leur trône. Pyrrhus, qui aspire toujours à conquérir un Empire, mais qui comprend qu’il n’est pas assez puissant pour continuer à combattre Rome, décide d’intervenir en Sicile.
Pièce de monnaie à l’effigie de Pyrrhus, frappée à Syracuse en 275
Pyrrhus débarque en Sicile en 278. Après avoir forcé les Carthaginois à lever leur siège de Syracuse, il est proclamé roi de Sicile. Son armée est composée de 30 000 fantassins, 3000 cavaliers, 20 éléphants de guerre et 200 navires.
La campagne de Pyrrhus en Sicile dure 3 ans. Après une première victoire contre les Carthaginois à Héraclée Minoa, d’autres villes puniques ou alliées, comme Sélinonte et Ségeste, rejoignent son camp. Eryx, la principale forteresse carthaginoise en Sicile, est prise en 277. Pyrrhus soumet également les Mamertins, à Messana.
En 276, Pyrrhus assiège Lilybée, la dernière possession carthaginoise en Sicile. Conscient qu’il ne pourra pas prendre la ville sans bloquer aussi son accès à la mer, il décide de récolter de l’argent dans les villes siciliennes pour construire une flotte. L’impopularité de cette mesure, et la dureté avec laquelle il contraint les Siciliens à payer, lui fait perdre le soutien de ses alliés. En même temps, les Romains commencent à reprendre les territoires qu’il avait conquis au Sud de Italie. Pyrrhus finit par lever le siège de Lilybée et se retire de Sicile.
Par la suite
De retour en Italie, Pyrrhus est vaincu par les Romains en 275, à la bataille de Beneventum. Il retourne en Grèce et est couronné roi de Macédoine. Il est tué en 272, après avoir assiégé Sparte et tenté en vain de prendre le contrôle du Péloponnèse. Après sa mort, Tarente, la dernière ville italienne qui n’est pas encore conquise par les Romains, se soumet à Rome.
La Sicile à la veille de la première guerre punique – Gris : territoire carthaginois – Vert : territoire grec – Blanc : territoire mamertin
En Sicile, le rapport de forces entre Grecs et Carthaginois est quasi identique à avant la guerre : Carthage reprend le contrôle des villes abandonnées par Pyrrhus. Une dizaine d’années plus tard, Rome et Carthage, qui étaient alliés contre Pyrrhus, s’affrontent à leur tout pour le contrôle de l’île : c’est la Première guerre punique.