Le christianisme en Afrique du Nord

Fulgence de Ruspe : l’apôtre des Vandales

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Après la conquête vandale du 5° Siècle, l’Afrique du Nord, auparavant une des régions les plus fortement chrétiennes du monde romain, subit une grave crise religieuse : les évêques nord-africains sont bannis et la population contrainte d’adopter la doctrine arienne, défendue par les Vandales. Dans ce contexte, l’évêque Fulgence de Ruspe, parfois appelé le « deuxième Augustin », se fait connaître comme le champion du christianisme nord-africain. Pendant plus de 20 ans, il prêche fidèlement la doctrine catholique, tient tête aux autorités vandales et débat publiquement avec des évêques ariens. Plusieurs fois exilé, il continue à défendre ses convictions par la plume. Sans son influence, l’Eglise nord-africaine n’aurait probablement pas survécu à l’occupation vandale.

Contexte

L’évêque Quodvultdeus de Carthage, exilé par les Vandales

Les Vandales étaient de religion arienne, une doctrine considérée comme hérétique par l’Eglise chrétienne officielle. Les chrétiens nord-africains étaient désemparés face à cette nouvelle doctrine à laquelle ils n’ont encore jamais été confrontés : Augustin d’Hippone avait écrit un livre contre l’arianisme, mais rares étaient ceux qui comprenaient encore le latin assez bien pour le lire. De plus, les Vandales voulaient contraindre tous leurs sujets à adopter leur doctrine et persécutaient les chrétiens autochtones nord-africains, à la fois catholiques et donatistes. Plusieurs milliers de croyants nord-africains ont été tués pour avoir refusé de se convertir à l’arianisme.

Vie de Fulgence

Fulgence de Ruspe

Fabius Claudius Gordianus Fulgentius est né vers 465, à Thélepte (Medinet-el-Kedima, près de Fériana, dans le gouvernorat tunisien de Kasserine), dans une famille chrétienne romaine. Son grand-père, un sénateur de Carthage, a été banni en Italie après la conquête vandale de l’Afrique et tous ses biens ont été confisqués. Ses deux fils sont retournés en Afrique après sa mort : la maison familiale était perdue, mais ils ont pu récupérer des terres en Byzacène (Sud de la Tunisie), où ils se sont installés. Le père de Fulgence est mort dans son enfance et il a été élevé par sa mère, qui lui a appris le grec et le latin. Très jeune, Fulgence a appris par cœur toute l’œuvre d’Homère.

La famille de Fulgence était très respectée. Devenu adulte, son excellente réputation a permis à Fulgence d’obtenir un poste de collecteur d’impôts. Alors qu’une brillante carrière s’ouvre devant lui, ses études de textes religieux, notamment d’un sermon d’Augustin d’Hippone sur le Psaume 36, le convainquent de renoncer à la vie mondaine pour se consacrer à Dieu. Vers l’âge de 22 ans, il décide de devenir moine.

Monastère en Byzacène (Image créée par ChatGPT)

A cette époque, Faustus, un évêque qui avait été chassé de son diocèse par le roi vandale Hunéric, vient d’établir un monastère en Byzacène. Fulgence demande à Faustus de le prendre comme novice. Faustus cherche d’abord à le dissuader, à cause de sa santé fragile, mais, face à l’insistance du jeune homme, il finit par accepter. Avec les autres moines, Fulgence vit une vie de prière, à l’écart de la société.

Quelque temps après, des attaques ariennes contraignent Fulgence à s’installer dans un autre monastère, dans lequel il prend des responsabilités. En 499, il fuit à Sicca (El Kef) pendant une nouvelle vague de persécution. L’année suivante, il voyage à Rome. Il retourne ensuite en Byzacène, où il fonde son propre monastère. Sa réputation se répand de plus en plus dans toute la région.

En 504, Fulgence devient le nouvel évêque de Ruspe (Henchir Sbia, près de Mahdia). A cette époque, le roi vandale Thrasamund a interdit la nomination de nouveaux évêques après la mort des évêques en place. Fulgence est exilé en Sardaigne avec une soixantaine d’autres évêques. En exil, il écrit des livres destinés à instruire les chrétiens africains dans la foi, notamment en réfutant les erreurs de l’arianisme.

Inscription sur la crypte d’une église mentionnant le roi Thrasamund, Henchir El Gousset, gouvernorat de Kasserine, Tunisie

Fulgence retourne en Afrique en 515, lorsque le roi Thrasamund le convoque pour un débat public avec un évêque arien. Thrasamund est tellement impressionné par son érudition qu’il l’autorise à rester à Carthage, mais pas à retourner en Byzacène. Fulgence continue à écrire et à prêcher la doctrine catholique. En 520, il est de nouveau exilé.

Thrasamund meurt en 523. Son successeur, Hildéric, dont la mère est catholique, mène une politique de tolérance religieuse. Fulgence est autorisé à revenir d’exil et à reprendre ses fonctions d’évêque de Ruspe. Après son retour, il travaille à mettre fin aux abus qui s’étaient développés au sein de l’Eglise à son absence. Sa prédication était si éloquente et efficace que l’évêque Boniface de Carthage pleurait à chaque fois qu’il l’entendait prêcher et a remercié Dieu publiquement d’avoir donné un tel prédicateur à son Eglise.

Vers la fin de sa vie, Fulgence, qui aspirait toujours davantage à la vie solitaire des moines qu’aux responsabilités de l’évêque, se retire dans un monastère sur les Îles de Circinia (Kerkennah). Cependant, son influence à Ruspe est telle que les fidèles de la ville le rappellent. Il continue à servir comme évêque de Ruspe jusqu’à sa mort, en 527.

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