Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Vandales en Afrique du Nord

Les tribus amazighes du Sahara à l’époque vandale

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Les tribus amazighes du désert du Sahara ont toujours été hostiles à la domination romaine de l’Afrique du Nord, car les murailles fortifiées élevées par les Romains sur leurs frontières empêchaient les nomades de circuler librement sur leurs terres ancestrales. Après la conquête vandale, les tribus sahariennes, se sentant proches de ce peuple nomade comme eux, sont entrées au service du roi vandale Genséric. Enrôlées comme auxiliaires dans l’armée vandale, elles ont participé au sac de Rome. Leur alliance a cependant été de courte durée : aussitôt après leur retour en Afrique, les tribus sahariennes se sont révoltées contre les Vandales.

Guerriers amazighs du Sahara dans l’armée vandale – Image créée par ChatGPT

En Afrique du Nord, les Romains ont construit un vaste réseau de forteresses tout au long de leur frontière saharienne, afin de se protéger des attaques de tribus hostiles. Ainsi, les tribus amazighes de la région, traditionnellement nomades, ne pouvaient plus circuler librement avec leurs troupeaux. Les tribus du Sahara, surtout, vivaient très mal cet empiétement sur leur mode de vie traditionnel.

Après la conquête vandale de la région, les Vandales, qui s’étaient habitués au confort de la vie urbaine pendant leur séjour en Espagne, n’ont pas cherché à s’étendre vers le Sud. Les tribus sahariennes, séduites par ce nouveau peuple qui partageait leur vie nomade, sont entrées au service des Vandales. Le roi vandale Genséric les a enrôlés comme force auxiliaire dans son armée, où leurs rudes techniques de combat acquises dans le désert étaient très appréciées.

Les Amazighs de l’armée de Genséric pillent Rome – Image créée par ChatGPT

Les Sahariens au service de Genséric ont participé au sac de Rome, la capitale impériale. L’évêque et poète gallo-romain Sidoine Apollinaire mentionne plusieurs tribus recrutées par Genséric : les Garamantes du Fezzan, les Marmarides de Cyrénaïque, les Psylles de la région de Syrte et les Nasamons de l’oasis d’Augila (Awjila).

L’alliance entre les Vandales et les tribus du Sahara a cependant été de courte durée. De retour en Afrique après le sac de Rome, Genséric a fait empoisonner les puits afin de prévenir une éventuelle contre-attaque romaine. Pour les nomades du Sahara, c’était encore pire que les entraves à la transhumance imposées par les Romains. Les tribus se sont immédiatement révoltées. Les Vandales ne sont plus jamais parvenus à les dominer.

Vers 510, Cabaon, le chef de la tribu amazighe des Laguatans, qui vivait dans les Monts Nefoussa, a mené une grande révolte contre le roi vandale Thrasamund, arrachant aux Vandales le contrôle d’une grande partie de la Tripolitaine.

Les Vandales en Afrique du Nord, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Cabaon : un chef amazigh en révolte contre Vandales

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Au début du 6° Siècle, alors que l’Afrique du Nord est occupée par les Vandales, Cabaon, un chef amazigh de Libye, a mené une révolte contre le roi vandale Thrasamund et lui a même infligé une grande défaite. La guerre de Cabaon a beaucoup affaibli les Vandales en Afrique et contribué à leur chute.

Contexte

Nouveaux royaumes amazighs – 8 : Royaume de Cabaon

Les Vandales, un peuple d’origine germanique, ont conquis l’Afrique du Nord et établi leur Royaume, avec pour capitale Carthage. Pendant le règne du puissant roi Genséric (427-477), les révoltes amazighes contre les Vandales sont facilement réprimées, mais après la mort de Genséric, les tribus amazighes se mobilisent et parviennent à arracher certains territoires à la domination vandale, comme l’Altava (la région de Tlemcen), puis les Aurès.

Les Laguatans, une tribu amazighe originaire de Cyrénaïque, migrent d’oasis en oasis et s’installent en Tripolitaine, où ils s’allient à d’autres tribus locales. Vers 510, ils s’emparent d’une grande partie de la Tripolitaine, des Monts Nefoussa à la côte, où ils établissent un royaume. Avec d’autres tribus amazighes de Byzacène (Sud de la Tunisie actuelle), ils mènent des attaques contre les Vandales.

Le chef des Laguatans s’appelle Cabaon. Il y a aujourd’hui dans les Monts Nefoussa un village appelé Kabaw, à 30km de Nalout, dont le nom vient peut-être de Cabaon.

La guerre de Cabaon

Kabaw : la capitale de Cabaon ?

En 523, le roi vandale Thrasamund décide de pacifier la Tripolitaine en attaquant Cabaon. Lorsqu’il l’apprend, Cabaon ordonne à tous ses sujets de se retrancher dans deux camps, un pour les hommes et un pour les femmes, avec interdiction de se rendre dans le camp du sexe opposé, sous peine de mort.

Pendant la campagne de Thrasamund, Cabaon envoie des espions pour suivre les Vandales partout où ils vont et réparer les dégâts qu’ils ont causés. L’attitude de Cabaon envers les chrétiens a beaucoup fasciné les historiens chrétiens plus tardifs : alors qu’il n’est pas lui-même chrétien, il montre un grand respect pour les lieu de culte chrétiens et fait réparer tous ceux que les Vandales ont détruits. Il espère ainsi obtenir la faveur du Dieu chrétien.

La bataille décisive a eu lieu lorsque les Vandales ont atteint le camp de Cabaon. Les Amazighs s’abritent derrière un rempart de chameaux et combattent à pied, en se servant essentiellement d’armes de jet qui déciment les rangs vandales. Les troupes de Thrasamund, déroutées par cette tactique de combat à laquelle ils n’ont jamais été confrontés, sont vaincues.

Après leur défaite, les Vandales perdent le contrôle de la Tripolitaine et leur domination sur toute la région est ébranlée. Ils seront vaincus et chassés d’Afrique une dizaine d’années plus tard, par les Byzantins.

L'Afrique du Nord romaine, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les Laguatans : des conquérants venus du désert

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Les Laguatans étaient une confédération de tribus amazighes originaires du désert libyen. Vers la fin de l’ère romaine, ils ont ravagé les villes de Cyrénaïque. Ensuite, ils ont migré vers la Tripolitaine, où ils ont vaincu les Vandales et établi un royaume dans les Monts Nefoussa.

Raid des Laguatans contre Cyrène – Les vêtements et armes des assaillants sont inspirés de la description donnée par l’historien byzantin Procope – Image créée par ChatGPT
Carte de la migration des Laguatans – Clic pour agrandir – Source

La confédération tribale des Laguatans est apparue au cours du 3° Siècle. Les Laguatans étaient des nomades, originaires des oasis du désert libyen, au Sud de la Cyrénaïque. Une tribu laguatane, les Mzata, vivait encore plus à l’Est, dans le désert égyptien. De leur région d’origine, les Laguatans ont migré vers l’Ouest. L’Empereur romain Maximien les a affrontés en Tripolitaine, ce qui montre qu’ils étaient déjà arrivés si loin à l’Ouest dès la fin du 3° Siècle.

En Tripolitaine, la tribu laguatane des Asturiani envahit le territoire romain vers 365, depuis leurs bases dans le désert au Sud de la province. Installés dans les Monts Nefoussa, les Asturiani lancent des raids contre les villes romaines de la région.

Synesios de Cyrène

Au cours du 4° et du 5° Siècle, les Laguatans ont commencé à attaquer et piller les anciennes cités gréco-romaines de Cyrénaïque. Les habitants de la région étaient démunis face à ces attaques et se sentaient abandonnés par l’administration impériale, qui tardait à les défendre. Le philosophe et évêque Synesios de Cyrène, qui a vécu à cette époque, a consacré une grande partie de sa carrière à la défense de la Cyrénaïque contre ces attaques, qu’il voyait comme une menace pour la civilisation romaine.

En 411, les Laguatans détruisent Ptolémaïs, la capitale de la Cyrénaïque romaine. Synesios de Cyrène écrit alors la Catastase, une lamentation sur la chute de la Cyrénaïque. Peu après, Cyrène est abandonnée. Seules les villes portuaires, comme Apollonie (Marsa Sousa), la nouvelle capitale provinciale, Bérénice (Benghazi) et Arsinoë (Tocra), résistent.

La chute de Ptolémaïs oblige finalement les autorités romaines à réagir. Le général Anysius intervient et remporte une victoire contre les Laguatans, offrant à la Cyrénaïque un peu de répit. Synesios de Cyrène, qui l’admire beaucoup, lui écrit plusieurs lettres.

Kabaw : la capitale de Cabaon ?

Un siècle plus tard, alors que les Vandales dominent l’Afrique du Nord, les Laguatans, menés par leur chef Cabaon, s’emparent d’une grande partie de la Tripolitaine, des Monts Nefoussa à la côte. Lorsque le roi vandale Thrasamund veut reprendre le contrôle de ces territoires, Cabaon lui inflige une défaite qui ébranle le contrôle vandale de la région.

Après la reconquête byzantine, les Byzantins s’allient à des tribus laguatanes pour garantir la paix. En 543, Sergius, le gouverneur de Tripolitaine (et le neveu de Salomon, le gouverneur d’Afrique byzantine), reçoit à Leptis Magna une délégation de 79 chefs Laguatans qui se plaignent du pillage de leurs champs par les Byzantins, et les fait assassiner. Pour se venger, les Laguatans envahissent la Tripolitaine. Cet incident provoque une grande révolte de tous les Amazighs d’Afrique du Nord contre la domination byzantine.

Symbole de Gurzil sur un tombeau, à Tiddis (Beni Hamiden), dans la wilaya de Constantine, en Algérie

Alors que la plupart des tribus amazighes étaient chrétiennes, les Laguatans sont restés païens jusqu’au 6° Siècle. Le poète Corippe, originaire d’Afrique byzantine, dit qu’ils vénèrent Gurzil, le dieu du tonnerre dans la mythologie amazighe, représenté par une tête de taureau et décrit comme le fils d’Ammon et d’une vache sacrée. Malgré cela, le chef laguatan Cabaon, pendant sa campagne contre les Vandales, a montré un grand respect pour les lieux de culte chrétiens et fait réparer tous ceux que les Vandales avaient détruits.

Après la conquête arabe, les Laguatans se sont intégrés à la société islamique et leur influence a diminué. Aujourd’hui, les Amazighs des Monts Nefoussa sont les descendants des anciens Laguatans.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les premiers habitants de l’oasis de Koufra

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La région de Koufra, au Sud-Est de la Libye, est habitée depuis 10000 ans. Ses plus anciens habitants, des tribus nomades pastorales qui se sont installées dans l’oasis avec leurs troupeaux, ont laissé des traces de leur passage par des peintures rupestres.

A l’époque préhistorique

Peinture rupestre de Tadrart Acacus, Fezzan (Source)
Gravure rupestre de Bir el-Awadel, Koufra (Source)

L’archéologie a démontré que la région de Koufra était habitée dès l’époque dite du Sahara vert (il y a 11000-5000 ans environ), par des éleveurs nomades qui faisaient paître leurs troupeaux à travers toute la région. A cette époque, le Sahara n’était pas un immense désert, mais une région verdoyante, composée de savanes, de forêts, de grands lacs et de marécages, et peuplée d’animaux comme des lions, des girafes, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames et des autruches. Les populations humaines qui y vivaient élevaient des troupeaux de chèvres et de brebis et chassaient les animaux de la savane. Les fameuses peintures et gravures rupestres du désert libyen, où ces premiers habitants du Sahara ont représenté les animaux sauvages et domestiques qui les entouraient, datent de cette époque.

Peinture rupestre de Jebel Uweinat (Source)

Les premiers vestiges archéologiques de populations humaines dans la région de Koufra remontent au début de l’Holocène, il y a environ 10000 ans. Des peintures et gravures rupestres, ainsi que des poteries et des outils pastoraux en pierre, ont été retrouvés dans la région de Koufra, notamment à Bir el-Awadel, Bzima et Rebiana. Plus au Sud, à la frontière entre la Libye et le Soudan, le Jebel Uweinat contient également de très belles peintures rupestres.

L’art rupestre de Koufra, bien que moins connu que celui du Fezzan (Tadrart Acacus, Mesak Settafet), constitue néanmoins une partie importante du patrimoine archéologique libyen. Il a été étudié récemment par l’archéologue libyen Saad Buhagar, de l’Université de Benghazi.

Les ancêtres des Toubous

Il y a environ 5000 ans, le Sahara a commencé à s’assécher rapidement, jusqu’à devenir le grand désert que nous connaissons aujourd’hui. C’est à cette époque que l’oasis de Koufra est apparue.

L’oasis de Koufra, irriguée par ses nappes d’eau souterraines, est devenue un refuge pour les habitants du désert, qui y vivaient cette fois de manière permanente alors qu’ils ne faisaient que passer auparavant. Avec le temps, ils ont creusé des puits et développé l’agriculture des palmeraies, notamment la culture de la datte.

Les premiers habitants permanents de l’oasis de Koufra étaient originaires du Sud du Sahara et étaient Noirs, alors que les tribus nomades qui les ont précédés étaient des populations Blanches, apparentées aux Amazighs. L’historien grec Hérodote, au 5° Siècle avant notre ère, mentionne des « Ethiopiens » (en grec aethiops, « face brûlée », c.-à-d. Noirs) qui vivaient au Sud et à l’Est des Garamantes, une région qui incluait certainement Koufra. Ils sont devenus les ancêtres des Toubous.

A l’époque romaine

Carte des expéditions romaines en Afrique subsaharienne – Vert : Itinéraire de Julius Maternus

L’oasis de Koufra était connue des Carthaginois, puis des Romains. En l’an 90 de notre ère, le commerçant romain Julius Maternus, parti de Syrte, a traversé le désert jusqu’à Koufra. Il a ensuite poursuivi son voyage avec le roi des Garamantes, jusqu’aux fleuves Bahr Salamat et Bahr Aouk, au Sud du Tchad actuel. Il est retourné à Rome avec un rhinocéros à deux cornes, qui a été exposé au Colisée.

L’introduction du chameau en Afrique du Nord, vers le 2° Siècle, a rendu possible le développement à grande échelle du commerce transsaharien, en facilitant le transport de marchandises à travers le désert. A partir de là, l’oasis de Koufra est devenue une étape importante des expéditions commerciales à travers le Sahara.

Avènement de l’islam

Routes des caravanes en Libye

La région a été conquise par les musulmans vers la fin du 7° Siècle. L’oasis de Koufra a été intégrée au vaste réseau de routes caravanières qui reliaient l’Egypte et la Cyrénaïque au Sahara central.

Le géographe musulman al-Idrissi mentionne l’oasis de Koufra au 11° Siècle. Au 15° Siècle, Léon l’Africain mentionne une oasis dans le pays des Berdoa, qui pourrait correspondre à l’oasis de Koufra ou de Tazerbu. Les Berdoa pourraient être les Toubous.

L’oasis de Koufra en 1891

A partir du 18° Siècle, les Arabes de la tribu Zuwayya, originaires de Cyrénaïque, ont commencé à s’installer dans la région de Koufra, jusqu’à devenir plus nombreux que les autochtones Toubous. Au 19° Siècle, les Zuwayya se sont alliés à la confrérie sanoussie. Koufra est devenue un centre important de la confrérie, chargé de sa diffusion au Ouaddaï et au Tchad. Koufra a également servi de base arrière à la révolte d’Omar al-Mokhtar contre l’occupation italienne.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les noms de lieux d’origine zenaga en Mauritanie

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Au Sud de la Mauritanie, quelques milliers de personnes continuent à parler une langue qui précède l’arrivée de l’arabe : le zenaga. Si cette langue est aujourd’hui en voie de disparition, la recherche historique montre que c’était la langue majoritaire dans toute la Mauritanie jusqu’au 17° Siècle. Beaucoup de noms de lieux, bien que généralement considérés comme d’origine arabe, viennent en fait du zenaga.

Le dictionnaire zenaga-français de Catherine Taine-Cheikh, une source importante sur les noms de lieux d’origine zenaga

Partout en Mauritanie, on retrouve une abondance de noms de lieux d’origine zenaga. Pour plusieurs lieux, alors que les populations locales revendiquent une origine arabe, les scientifiques linguistes ont proposé une étymologie zenaga qu’ils trouvent plus probable, ce qui montrerait que ces toponymes remontent à avant l’arabisation de la région.

Grande Mosquée de Nouakchott

Ainsi, on entend souvent que le nom de Nouakchott, la capitale nationale, viendrait de نوق الشط (nouq al-chatt, chamelles de la côte). Une origine plus plausible est le zenaga wakchudh, littéralement « petites oreilles », en référence aux coquillages qu’on trouve sur les plages de la région. Le préfixe n- est une marque du possessif, on peut donc traduire n-wakchudh par « [lieu] des coquillages ». (Le terme akchoud, qui signifie « bois » dans d’autres dialectes amazighs, n’existe pas en zenaga.) (Source)

Port de Nouadhibou

Les habitants de Nouadhibou, la deuxième ville de Mauritanie, affirment que le nom de leur ville viendrait de نواح الذئب (nouah al-dhi’b, cri du chacal ; en Mauritanie الذئب désigne plus souvent le chacal que le loup). Il viendrait en fait de yadhbâh, le verbe aller ou partir en zenaga. Toujours avec le préfixe n-, Nouadhibou serait donc le « [lieu] du départ ». (Source)

Banc d’Arguin

Nouamghar, dans le Banc d’Arguin, viendrait également du zenaga. Le terme amghar, « chef » ou « vieux », est courant dans plusieurs langues amazighes. Nouamghar est le « [lieu] du chef/du vieux ». (Source)

Atar ne viendrait pas du bambara a taara (il est parti), mais du zenaga adha’r (pied), en référence au pied de la montagne.

Ouadane

Ouadane pourrait difficilement être le pluriel de واد (oued, vallée) : la forme arabe fosha serait وديان (wâdiyân), ou وادين (wâdayn) en hassaniya. Une origine zenaga est plus probable ; une possibilité serait awdjan, « terre salée ». En revanche, Chinguetti ne viendrait pas du zenaga, mais du soninké sin gede (puits du cheval).

D’autres villes, comme Zouerat, ont un nom authentiquement arabe : il s’agit du pluriel de ازويرة (zwira), petite dune en hassaniya. L’origine de Boutilimit est mixte : de l’arabe bou (raccourci de abou, أبو, père) et de tilimit, du zenaga tadjamut (mil).

Et les régions mauritaniennes ? Le nom de trois régions serait d’origine zenaga : Adrar (montagne), Inchiri (camp des chameliers) et Tagant (forêt). Dakhlet Nouadhibou associe le terme hassaniya dakhlet داخلة (péninsule) à un nom d’origine zenaga (voir ci-dessus). Quant à Tiris Zemmour, tiris signifie « déchirure » en zenaga, tandis que Zemmour est le nom de deux chaînes de montagnes de la région. L’origine de Zemmour n’est pas claire : Azemmour/zemmour signifie « olivier » dans plusieurs langues amazighes, il n’y avait certainement pas d’oliviers dans cette région désertique, mais il pourrait s’agir d’une référence à une tribu, ou encore à la forme des montagnes.

La linguiste française Catherine Taine-Cheikh, épouse de l’anthropologue mauritanien Abdel Wedoud Ould Cheikh, est l’auteure d’un dictionnaire zenaga-français et a écrit d’autres articles sur la langue zenaga, notamment les noms de lieux.

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Awjila : une oasis amazighe du désert libyen

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Entre l’oasis de Siwa et les anciennes cités garamantes du Fezzan, une autre oasis au cœur du désert libyen est connue des peuples du bassin méditerranéen depuis l’Antiquité. L’oasis d’Awjila, habitée depuis plus de 2500 ans, est célèbre depuis toujours pour ses dattes de très bonne qualité. Aujourd’hui, les habitants de cette oasis continuent de parler leur propre langue amazighe.

Les premiers habitants d’Awjila étaient des Amazighs, apparentés aux Garamantes. D’après l’historien grec Hérodote, qui écrit au 5° Siècle avant notre ère, les Nasamones, une tribu amazighe nomade de la côte du Golfe de Syrte, laissaient leurs troupeaux sur la côté pendant l’été et voyageaient vers l’oasis d’Awjila pour cueillir des dattes. Les Nasamones prélevaient peut-être un tribut sur les tribus autochtones de l’oasis. Hérodote rapporte aussi que la distance entre Ammonium (Siwa) et Awjila était de dix jours de marche, une durée confirmée par des voyageurs plus récents.

Par la suite, les Nasamones, chassés de la côte par les colons grecs de Cyrénaïque, se sont installés à Awjila. Ils faisaient du commerce avec les Carthaginois, leur permettant de contourner Cyrène en passant par une nouvelle voie commerciale terrestre.

Ferme de dattiers à Awjila

A l’époque romaine, une ville s’est développée dans l’oasis, que les Romains appelaient Augila. Ses habitants adoraient le dieu égyptien Ammon, dont l’oracle se trouvait à Siwa. Au 6° Siècle, les habitants d’Awjila se sont convertis au christianisme, à peu près au même moment que ceux de Ghadamès. Les temples d’Ammon ont été transformés en églises.

L’oasis d’Awjila a été conquise vers 650, par Abdallah ibn Saad, qui était à l’époque gouverneur d’Egypte. Abdallah ibn Saad est enterré à Awjila. Après la conquête arabe, les habitants d’Awjila ont adopté l’islam. Au 12° Siècle, l’oasis comptait quarante mausolées de saints musulmans.

La Grande Mosquée Al-Atiq d’Awjila est la plus ancienne mosquée du Sahara. En plus de son architecture unique, cette mosquée est naturellement climatisée : dans la chaleur torride du désert, la température à l’intérieur de la mosquée demeure assez fraîche pendant le jour, tandis que la nuit, elle est chauffée par les murs exposés au soleil toute la journée.

Routes des caravanes

Par la suite, Awjila, avec les oasis voisines de Jalo et Jikharra, est devenue un carrefour commercial important sur la route des caravanes entre l’Egypte, Tripoli et le Fezzan, puis Tombouctou. A l’époque ottomane, surtout, les voyageurs qui voulaient éviter les villes sous contrôle ottoman empruntaient cette route. En Libye moderne, Awjila est la seule ville importante sur la route entre Benghazi et Koufra.

Les habitants de l’oasis d’Awjila parlent un dialecte amazigh très ancien, considéré par beaucoup de spécialistes comme la plus fascinante de toutes les langues amazighes. Malheureusement, la langue amazighe d’Awjila est aujourd’hui menacée de disparition : on estime qu’en 2020, elle n’était parlée que par environ 2700 personnes. La situation politique actuelle en Libye ne permet pas d’étudier cette langue sur le terrain, mais une étude des publications sur Facebook a permis aux linguistes d’obtenir des données supplémentaires. Une grammaire détaillée du tamazight d’Awjila (en anglais) peut être lue en ligne sur cette page.

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Le zenaga : une langue autochtone du Sud de la Mauritanie

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Au Sud de la Mauritanie, quelques milliers de personnes continuent à parler une langue qui précède l’arrivée de l’arabe : le zenaga. Si cette langue est aujourd’hui en voie de disparition, la recherche historique montre que c’était la langue majoritaire dans toute la Mauritanie jusqu’au 17° Siècle. Beaucoup de noms de lieux, bien que généralement considérés comme d’origine arabe, viennent en fait du zenaga.

Village zenagophone de Al-Douchlia (Source)

Origines

Peinture rupestre, Agrour Amogjar, Adrar, Mauritanie

Depuis toujours, la Mauritanie actuelle est un lieu de rencontre et de mélange entre populations blanches, Maures, du Nord du Sahara, et populations noires (Soninkés, Foulanis, Toucouleurs, etc.) du Sud du Sahara. Un autre groupe distinct, les Bafours, seraient les ancêtres des Imraguen du Banc d’Arguin.

Dans l’Antiquité, les Maures du Sud étaient apparentés à ceux qui vivaient plus au Nord, dans le Royaume de Maurétanie (Maroc actuel). Contrairement aux Maures du bassin méditerranéen, ils n’ont jamais été sous domination romaine. Le fleuve Sénégal était la limite de leur expansion.

L’introduction du chameau dans le Sahara, au cours du 3° Siècle, a révolutionné la vie dans le désert. A partir de là, certaines tribus, notamment Sanhadja, ont commencé à pratiquer le commerce transsaharien, ce qui leur a permis d’accroître leur influence. Ils faisaient du commerce avec l’Empire du Ghana, au Sud de la Mauritanie actuelle. Zenaga est la prononciation originale du nom arabisé Sanhadja.

Origines et expansion des Almoravides

Avec l’arrivée de l’islam, les Maures, devenus musulmans, ont été les premiers à diffuser la nouvelle religion dans ce qui est aujourd’hui la Mauritanie – bien avant l’arrivée des Arabes. Ce sont probablement ces Maures qui ont introduit l’islam parmi les Wolofs et les autres ethnies d’Afrique de l’Ouest, d’où l’influence du zenaga sur leur vocabulaire religieux (voir plus bas).

Les premiers Almoravides, issus de la tribu sanhadja des Lamtouna, parlaient probablement une langue proche du zenaga, avant leur montée vers le Nord, au cours de laquelle ils ont absorbé d’autres populations.

La langue zenaga

Village zenagophone de Niefrar (Source)

La langue zenaga, اكلام اژناڮة (klâm znâga) en arabe hassaniya, away iznaguen en zenaga, vient de la langue parlée par ces Maures qui nomadisaient dans le Sahara avant l’arrivée des Arabes. Cette langue est donc apparentée aux langues amazighes, ainsi qu’au tamacheq des Touaregs. Du fait de son isolement, elle est cependant très différente des langues amazighes du Maroc et d’Algérie. Elle a notamment gardé la distinction entre voyelles longues et courtes, un élément de la langue proto-amazighe parlée dans l’Antiquité, largement perdu dans les langues amazighes du Nord.

Village zenagophone de Niefrar (Source)

Si la langue zenaga fait incontestablement partie de la même famille linguistique que les langues amazighes, les zenagophones de Mauritanie ne se considèrent pas comme Amazighs. Ils sont conscients des origines de leur langue, mais leur identité est distincte de celle des Amazighs du Nord. Ils se voient avant tout comme Maures, sans distinction avec leurs voisins arabophones (il y a d’ailleurs des arabophones et des zenagophones dans les mêmes tribus). Certains ont même une vision négative du mouvement amazigh moderne, qu’ils voient comme une source de division dans la société nord-africaine. Le tifinagh est inconnu en Mauritanie.

Curieusement, le tetserret, une langue parlée par les tribus Ait Awari et Kel Eghlal, de la vallée de l’Azawagh, au Niger, est étroitement apparentée au zenaga de Mauritanie. Ces deux tribus vivent parmi les Touaregs, mais leur langue est incompréhensible pour les Touaregs. Le lien entre ces deux communautés si éloignées, mais aux langues si proches, est un mystère pour les historiens. Une étude linguistique du tetserret peut être lue en ligne ici.

Déclin et survie

Des tribus arabes venues du Nord, pour la plupart Banu Hassan, se sont installées en Mauritanie entre le 15° et le 17° Siècle. Alors que le zenaga était encore parlé dans toute la Mauritanie jusqu’au 17° Siècle, la langue des nouveaux arrivants s’est imposée ensuite, donnant naissance à l’arabe hassaniya. Aujourd’hui, les Maures de Mauritanie se considèrent comme Arabes, même si l’immense majorité d’entre eux descend davantage des anciens Maures que des Banu Hassan.

Le zenaga a cependant profité des rivalités ancestrales entre tribus guerrières et religieuses pour survivre : alors que les guerriers se sont vite assimilés aux Banu Hassan, les zwaya (marabouts), adonnés à la prière et à l’étude, sont devenus les gardiens de la culture maure pré-arabe. L’emploi du zenaga est ainsi devenu un symbole de la résistance des zwaya aux guerriers. Paradoxalement, le zenaga était considéré comme la langue de la civilisation en Mauritanie – contre l’arabe, la langue du Coran !

Emirat de Trarza

Le zenaga a perduré plus longtemps dans l’Emirat de Trarza (17° Siècle-début du 20° Siècle), où l’influence des Banu Hassan était moins forte. Aujourd’hui, les derniers zenagophones vivent dans la région de Trarza, autour de Mederdra.

La région zenagophone en Mauritanie

Trois tribus maures continuent à parler zenaga : les Idablahsen (en zenaga Idhabudjhas), les Awlad Dayman (Dagg Tawnkadji) et les Tendgha (Tandghan). Toutes les trois sont des tribus maraboutiques ; les Awlad Dayman prétendent descendre du calife Abou Bakr as-Siddiq. Cependant, même au sein de ces tribus, seule une minorité comprend encore le zenaga.

Certaines tribus maures asservies par les Banu Hassan sont appelées Zenagas à cause de leurs origines, même s’ils ne parlent pas la langue zenaga.

Le zenaga aujourd’hui

L’historien et poète Mokhtar ould Hamidoun, un des Mauritaniens zenagophones les plus connus

Aujourd’hui, seules quelques milliers de personnes, âgées pour la plupart, parlent encore zenaga. Les jeunes générations n’apprennent plus cette langue. Des initiatives, portées par des jeunes qui veulent se réapproprier la langue de leurs ancêtres, existent afin de la raviver, mais le manque de volonté, à la fois politique et populaire, rend ces efforts difficiles. A moins d’un changement radical, le zenaga va probablement disparaître.

Il y avait quelques zenagophones sur la rive Sud du fleuve Sénégal à l’époque coloniale, mais il n’en reste probablement plus.

Partout en Mauritanie, on retrouve une abondance de noms de lieux d’origine zenaga. Nous y reviendrons dans un prochain article.

On retrouve aussi des influences zenaga dans d’autres langues ouest-africaines, notamment dans le vocabulaire religieux. Ainsi, la prière du midi (ٱلظُّهْر dhuhr) se dit tisbaar en wolof et tusbaar en pulaar, du zenaga tižbaran, « qui précède ». La prière de l’après-midi (العصر al-asr) s’appelle takkusaan en wolof et en pulaar, de takkuthan, « quatrième ». Pour les anciens Maures, la journée se terminait le soir, si bien que la prière du coucher du soleil (المغرب al-maghrib) était la dernière du jour et celle de la nuit (العشاء al-isha) la première.

Plusieurs théories ont été proposées pour l’origine du nom du Sénégal. Une possibilité est que ce serait une déformation de « Zenaga ». Une étymologie populaire le fait venir du wolof sunu gaal, « notre bateau ». Les habitants de la région du fleuve Sénégal étaient cependant Maures zenagophones avant l’arrivée des Wolofs.

Tabaski, le nom employé en Afrique de l’Ouest pour la fête musulmane de l’Aïd al-Adha, est-il également d’origine zenaga ? Tabaski vient de tafaska, le nom de la fête dans différentes langues amazighes, lui-même dérivé de la Pâque. Ce nom n’existe pas en zenaga aujourd’hui, mais il se peut qu’il ait été perdu. Un autre mot zenaga très proche, tifiski, signifie « printemps ». Or, la Pâque est célébrée au printemps. Certains linguistes pensent donc que tifiski vient de tafaska, d’autres ne sont pas d’accord. En tout cas, tifiski a été emprunté par l’arabe hassaniya et est devenu تيفسكي (tiviski ; le ف arabe se prononce v en hassaniya).

Le linguiste finlandais Miikka Alhonen, qui vit en Mauritanie, a rédigé une brève grammaire de la langue zenaga, qui n’a jamais été publiée. Nous partageons ici le brouillon de son étude, avec la permission de l’auteur, que nous remercions par ailleurs pour ses précieux conseils dans la préparation de cet article.

L'Afrique du Nord romaine, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Ghadamès, la perle du désert : à la croisée des cultures

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La ville de Ghadamès, située à la frontière entre la Libye, l’Algérie et la Tunisie, a toujours été à la croisée des chemins entre les civilisations du bassin méditerranéen et du Sahara. Dans l’Antiquité, l’oasis de Ghadamès, habitée à l’origine par les Garamantes, était connue des Romains, qui l’appelaient Cydamus.

La vieille ville de Ghadamès

Ghadamès est une des plus anciennes villes pré-sahariennes : l’oasis est habitée depuis 6000 ans. Son emplacement, près d’un point d’eau au milieu du désert, en fait un endroit idéal pour s’installer. Le nom de Ghadamès vient probablement des Tidamendi, une tribu amazighe du Fezzan.

Les Romains ont découvert Ghadamès en 19 avant notre ère, lorsque le proconsul d’Afrique Lucius Cornelius Balbus a envahi l’oasis, qui était auparavant habitée par les Garamantes. Depuis Cydamus, Balbus a organisé une expédition d’exploration du Sahara, jusqu’au fleuve Niger. Le contrôle romain sur Cydamus était cependant limité avant le règne de Septime Sévère, le premier Empereur romain d’origine amazighe.

Système d’irrigation traditionnel

Au début du 2° Siècle, Septime Sévère a décidé de sécuriser la frontière Sud de son Empire, menacée par les attaques récurrentes de tribus amazighes du Sahara. Il a commencé par installer une garnison militaire à Cydamus, d’où il a lancé une campagne militaire contre les Garamantes. Il a conquis les villes garamantes de Garbia et Gholaia (Bu Njem), dont il fait des camps militaires. En 202, il s’est emparé de Garama, la capitale des Garamantes, et a pris le contrôle de leur territoire.

Les conquêtes de Septime Sévère seront cependant éphémères : les Romains, peu habitués au climat désertique de ces régions, ne savent pas les défendre. Les Garamantes reprendront vite le contrôle de tout leur territoire, y compris Cydamus.

Mausolée

Au 6° Siècle, les habitants de Cydamus se sont convertis au christianisme, sous l’influence de prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine. L’oasis, du fait de son isolement, est devenue un fief du mouvement donatiste.

Les Arabes, contrairement aux civilisations méditerranéennes qui ont dominé l’Afrique du Nord avant eux, n’avaient pas peur du désert. Après la conquête arabe, Ghadamès a été islamisée et est devenue un important centre du commerce transsaharien. Par la suite, la ville a fait partie du territoire de la tribu touarègue Kel Ajjer, basée à Ghat. Au 12° Siècle, des commerçants de Ghadamès ont participé à la fondation de Tombouctou, la plus importante cité caravanière du Sahara.

Aujourd’hui, la vieille ville de Ghadamès est classée patrimoine mondial de l’UNESCO.

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Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

L’introduction du chameau : la naissance du commerce transsaharien

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Le chameau, aujourd’hui un animal emblématique des nations nord-africaines, est pourtant arrivé dans la région assez tardivement. L’introduction de cet animal idéalement adapté au climat désertique a beaucoup facilité les voyages à travers le désert, ce qui a rendu possible le développement des routes commerciales transsahariennes.

Le chameau est un animal qui vit dans les régions les plus inhospitalières du monde, dont la physionomie unique correspond parfaitement à l’environnement désertique. Il peut s’orienter avec précision au milieu du désert, supporter des températures extrêmes et survivre plusieurs semaines sans boire et plusieurs mois sans manger, grâce à sa bosse qui lui permet de stocker de l’eau et de la graisse. Lorsqu’il s’abreuve, il peut boire jusqu’à 100 litres d’eau en une seule fois. Ses yeux et ses narines contiennent des caractéristiques spéciales qui les protègent contre le sable, tandis que sa fourrure épaisse lui sert de barrière contre la chaleur. A cause de ces qualités, le chameau, surnommé « bateau du désert », est souvent employé comme moyen de transport de personnes et de marchandises à travers le désert.

Plus ancienne statuette de chameau découverte en Egypte, datant du 13° Siècle avant notre ère (Source)

Originaire d’Arabie, le chameau a été introduit en Egypte dès le 2° millénaire avant notre ère, d’abord dans le Delta Oriental, puis vers le Sud, le long du Nil. (Source) Son introduction dans le Désert Occidental est plus tardive, entre le 7° et le 4° Siècle avant note ère, à cause de l’obstacle du Nil. (Source) Cette période coïncide avec un important essor commercial des oasis du Désert Occidental, auquel l’introduction du chameau a certainement contribué, en leur permettant d’exporter leur production agricole vers la vallée du Nil et la côte méditerranéenne. (Source) L’élevage des chameaux, qui nécessite un grand savoir-faire technique, était largement limité aux tribus bédouines.

Au-delà de l’Egypte, le chameau est apparu encore plus tardivement. Il était inconnu à l’ère punique. La première mention de chameaux en Afrique du Nord occidentale, dans Bellum Africum (La guerre d’Afrique) de Jules César, raconte que 22 chameaux appartenant au roi Juba I de Numidie ont été capturés peu avant la bataille de Thapsus, en -46. A l’époque, cet animal était certainement une rareté que seuls les rois les plus riches de la région pouvaient posséder. L’armée romaine a apparemment utilisé des chameaux pour la première fois en 70, lors de la guerre entre Leptis Magna et Oea.

Figurine romaine de chameau, Egypte, 3° Siècle (Source)

On estime que le chameau a été introduit à grande échelle en Afrique romaine au cours du 2° Siècle. L’auteur chrétien nord-africain Arnobe de Sicca mentionne le chameau vers l’an 300, d’une manière qui donne l’impression qu’il s’agit d’un animal courant dans la région. Par ailleurs, l’historien romain Ammien Marcellin mentionne qu’en 363, Romanus, le comes d’Afrique, a demandé à la ville de Leptis Magna de lui livrer 4000 chameaux. (Source) Malgré cela, les Romains associaient davantage le chameau à d’autres régions, comme l’Arabie ou la Syrie, qu’à l’Egypte et à l’Afrique.

Chamelle avec ses chamelons, Oued Djerat, Algérie (Source)

Les tribus amazighes, surtout celles qui nomadisaient dans le désert depuis des générations, ont avidement adopté ce nouvel animal. La viande et le lait de chameau étaient appréciés pour leur valeur nutritive, tandis que leurs poils étaient employés pour tisser des vêtements et des tapis. Ils servaient aussi de monture aux guerriers. Comme aujourd’hui, les chameaux étaient un signe de richesse et de prestige. Les représentations de chameaux dans l’art rupestre nous renseignent sur leur rôle dans la société amazighe.

Avant l’introduction du chameau, les voyages et échanges commerciaux entre le Nord et le Sud du continent africain étaient très limités, l’immense désert du Sahara représentant un obstacle infranchissable. L’introduction du chameau a rendu possible le développement du commerce transsaharien, en facilitant le transport de marchandises à travers le désert. La grande force des chameaux leur permet de transporter de bien plus grandes quantités de marchandise que les ânes, la bête de somme la plus couramment employée avant leur introduction. Grâce à leur endurance, ils peuvent aussi parcourir de grandes distances sans se fatiguer, même par forte chaleur.

Empire du Ghana

Au fil des siècles, de véritables routes commerciales se sont développées. Les deux routes principales descendaient du Sahara marocain à la boucle du Niger et de Carthage à la région du Lac Tchad. Une autre route, libyenne, passait par le Fezzan et les oasis de Kaouar (au Niger actuel), jusqu’au Lac Tchad. Les premiers commerçants sur ces routes étaient des Amazighs, notamment Sanhadja, qui allaient en Afrique subsaharienne, se procurer des biens précieux, comme de l’or, de l’ivoire, du sel et des esclaves, qu’ils vendaient sur la côte méditerranéenne. L’avènement de l’Empire du Ghana, vers le 4° Siècle, a encore accéléré l’essor du commerce transsaharien.

Routes commerciales sahariennes à l’ère islamique

L’essor des routes commerciales a également permis la diffusion d’idées nouvelles… notamment la religion musulmane, à partir du 7° Siècle. Les musulmans ont repris le contrôle des routes commerciales qui les précédaient et les ont développées encore plus, surtout après la conversion à l’islam des Touaregs. Les grandes villes caravanières, comme Tombouctou, Chinguetti et Sijilmassa, étaient à la fois de prestigieux centres commerciaux et de hauts lieux de savoir islamique.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Livre à lire : Les Pharaons Libyens d’Egypte, de Aidan Dodson

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Le livre The Libyan Pharaohs of Egypt: Their Lives and Afterlives (Les Pharaons Libyens d’Egypte : leurs vies et au-delà), de l’égyptologue Aidan Dodson, s’intéresse aux Pharaons d’origine libyenne qui ont régné sur l’Egypte pendant plusieurs siècles. Ce livre, écrit par un spécialiste renommé, est appelé à devenir un ouvrage de référence sur les Pharaons Libyens, leur époque et leur influence sur la société égyptienne antique. Dans cet article, nous présentons ce livre passionnant et partageons une vidéo d’une conférence donnée par l’auteur.

Les Pharaons Libyens, dont le règne s’étale sur une période allant du 11° au 7° Siècle avant notre ère, sont encore assez peu connus, à l’exception, peut-être, de Sheshonq Ier, le fondateur de la 22° dynastie pharaonique, dont l’avènement sur le trône des Pharaons marque l’an 0 du calendrier amazigh moderne. La plupart des livres consacrés à l’histoire de l’Egypte antique ne les mentionnent qu’en passant, soit dans une liste de l’ensemble des Pharaons, soit comme une brève parenthèse entre les époques bien plus connues du Nouvel Empire et de l’occupation nubienne, puis perse. The Libyan Pharaohs of Egypt: Their Lives and Afterlives, publié en décembre 2025 par les Presses de l’Université Américaine du Caire, est un ouvrage de référence consacré spécifiquement aux Pharaons Libyens. Ce livre très complet, clair et accessible, fait découvrir au lecteur cette période fascinante, mais méconnue, de l’histoire égyptienne.

L’auteur, l’égyptologue britannique Aidan Dodson, est un expert reconnu de l’Egypte des Pharaons. Professeur d’égyptologie à l’Université de Bristol, il a également enseigné à l’Université Américaine du Caire et été Président de l’Egypt Exploration Society de 2011 à 2016. Il a écrit une trentaine d’ouvrages, la plupart consacrés à l’Egypte antique, dont la série Lives and Afterlives (Vies et au-delà), qui aborde la vie et l’époque de plusieurs pharaons, ainsi que leur impact dans l’histoire, avec également toute une partie consacrée à leur dernière demeure, les sépulcres et rites funéraires jouant un rôle fondamental dans les croyances égyptiennes à propos de la vie après la mort. Le dernier livre de cette série étudie les Pharaons Libyens.

Malheureusement, le livre n’a pas encore été traduit en arabe. On espère que des maisons d’édition arabophones prendront contact avec l’éditeur anglophone, afin que le public égyptien et libyen puisse également découvrir cette page importante de leur histoire nationale.

Dans le cadre de la promotion de son livre, Aidan Dodson a donné une conférence à l’Université Américaine du Caire, dont nous partageons la vidéo ci-dessous avec la permission de l’auteur. Un échantillon du livre peut également être lu en ligne gratuitement sur Google Books.