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La ville de Ptolémaïs (Tolmeita) a été fondée au 3° Siècle avant notre ère, par les Ptolémée d’Egypte, qui en ont fait le siège de leur gouverneur de Cyrénaïque. La ville a continué à prospérer à l’époque romaine.
Ruines de Ptolémaïs
La ville de Ptolémaïs a été fondée vers 240 avant notre ère. Il y avait déjà une petite ville grecque dont on ne connaît pas le nom sur ce site auparavant : elle servait de port à la ville de Barca.
Palais du gouverneur
Lorsque le roi d’Egypte Ptolémée III Evergète a repris le contrôle de la Cyrénaïque après la mort de Magas de Cyrène, il décide de construire une nouvelle ville qui porte son nom, afin d’en faire le siège de son gouverneur. Les murs de Ptolémaïs couvrent une surface de 280 hectares. Malgré sa taille, la ville ne sera jamais aussi peuplée que Cyrène ou Bérénice (Benghazi).
Mausolée royal de Ptolémaïs
La plupart des gouverneurs de Cyrénaïque étaient des membres de la famille royale des Ptolémée, souvent le jeune frère ou le fils du roi. En 163, Ptolémée VIII Physcon, chassé d’Egypte par son frère Ptolémée VI Philométor, règne sur la Cyrénaïque en tant que vassal de son frère. Même s’il régnait à Cyrène, le mausolée royal, à l’Ouest de Ptolémaïs, semble lui avoir été destiné. Il n’y a finalement pas été enterré, parce qu’il a été rétabli comme roi d’Egypte en 145 et a terminé sa vie à Alexandrie.
Villa des Colonnes
Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII, est proclamé roi de Cyrénaïque en 105. Après sa mort, en 96, comme il n’a pas d’héritier, son royaume est légué à Rome. Les Romains rétablissent Cyrène comme capitale de la Cyrénaïque romaine, mais Ptolémaïs demeure une ville importante.
L’Empereur Dioclétien (284-305), lors de sa réforme de l’administration de l’Empire, fait de Ptolémaïs la capitale de la province de Libye supérieure (Cyrénaïque). La ville décline au début du 4° Siècle, jusqu’à être remplacée par Apollonie comme capitale provinciale. Après le tremblement de terre de 365, qui a dévasté Cyrène et les autres villes de Cyrénaïque, tandis que Ptolémaïs a été relativement épargnée, la ville redevient capitale provinciale.
Citerne
De l’époque romaine, Ptolémaïs a gardé un hippodrome, un amphithéâtre, deux théâtres et un odéon (édifice de spectacles musicaux). Un aqueduc, probablement construit par l’Empereur romain Hadrien, acheminait de l’eau depuis une source située à 8 kilomètres de la ville, jusqu’à la Place des Citernes, qui contenait 17 citernes voûtées, d’une capacité totale de 7000 kilolitres. Pendant l’occupation italienne de la Libye, ces citernes servaient de refuge aux rebelles d’Omar al-Mokhtar.
Ptolémaïs a été dévastée par une attaque de tribus amazighes de Libye en 411. Apollonie redevient alors la capitale de la Cyrénaïque. Ptolémaïs a été rebâtie pendant le règne de l’Empereur byzantin Justinien, mais n’a jamais retrouvé sa gloire passée. La ville a été définitivement détruite par les Arabes.
L’histoire antique de Benghazi est souvent négligée, éclipsée par celle de sa prestigieuse voisine, Cyrène. Pourtant, cette ville, qui s’appelait Euhespérides pour les Grecs, puis Bérénice à l’ère romaine, dispose d’une riche histoire antique et de très beaux vestiges archéologiques. Ce patrimoine est aujourd’hui en péril après les années de guerre civile. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire antique de Benghazi.
Euhespérides : une cité grecque
Ruines d’Euhespérides
Vase grec retrouvé à Euhespérides
La ville d’Euhespérides a été fondée vers 525 avant notre ère, probablement par des colons grecs originaires de Cyrène et/ou de Barca. La ville antique était située à l’Est de la ville actuelle de Benghazi, sur un terrain élevé en face du cimetière de Sidi Abeid, dans le quartier de Sebkha Es-Selmani.
Euhespérides a été construite au bord d’une lagune qui s’ouvre sur la mer. A l’époque, la lagune était probablement assez profonde pour que de petits vaisseaux puissent y naviguer.
La ville d’Euhespérides est mentionnée pour la première fois en 515 : l’historien grec Hérodote, dans son récit de la conquête perse de la Cyrénaïque, mentionne que l’armée perse a avancé « vers l’Ouest jusqu’à Euhespérides ».
Les premières pièces de monnaie frappées à Euhespérides datent de 480 environ. Elles montrent, côté pile, l’oracle de Delphes, et, côté face, une tige de silphium, une plante de la région, très populaire dans le monde antique pour ses vertus médicales. Ces pièces, distinctes de celles de Cyrène, suggèrent qu’Euhespérides jouissait probablement d’une vaste autonomie.
Pièce de monnaie à l’effigie d’Arcésilas IV de Cyrène
Un autre événement important qui a eu lieu à Euhespérides est la mort du dernier roi de Cyrène, Arcésilas IV. Après avoir remporté la course de chars aux Jeux pythiques de Delphes, en 462, avec un attelage de chevaux libyens, Arcésilas IV a voulu se servir de sa popularité suite à cette victoire pour attirer de nouveaux colons grecs à Euhespérides. Il espérait ainsi se créer un lieu de refuge dont la population lui serait redevable, alors que sa popularité à Cyrène était en déclin. Cette initiative s’est avérée totalement inefficace : après la révolution de 440, Arcésilas IV, renversé du pouvoir, s’est enfui à Euhespérides, mais il a été assassiné à son arrivée dans la ville.
Gylippe de Sparte, le libérateur d’Euhespérides (Source)
Euhespérides, la plus à l’Ouest des grandes villes de Cyrénaïque, était située en territoire hostile, entourée de tribus amazighes qui l’attaquaient régulièrement. L’historien grec Thucydide mentionne que la ville a été assiégée par des tribus libyennes, probablement Nasamones, vers 414. La ville a été délivrée par le général spartiate Gylippe, qui, alors qu’il était en route pour la Sicile, avait été repoussé vers les côtes libyennes par des vents contraires.
Une inscription datant du milieu du 4° Siècle montre que Euhespérides avait une Constitution proche de celle de Cyrène, avec une assemblée de magistrats (éphores) et un conseil d’anciens (gérontes).
En 399, lorsque les Messéniens ont été chassés de leur capitale, Naupacte, par les Spartiates, ils se sont réfugiés à Euhespérides.
En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Euhespérides, comme le reste de la Cyrénaïque, fait partie de l’Empire d’Alexandre le Grand.
Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron
Dans la guerre civile qui a suivi la mort d’Alexandre le Grand, Euhespérides, comme la ville voisine de Barca, soutient la révolte du mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. Thibron est vaincu par Cyrène, avec le soutien des Ptolémée d’Egypte. Ensuite, la Cyrénaïque fera partie de l’Empire des Ptolémée.
Bérénice à l’ère des Ptolémée
Mosaïque de Bérénice II, la reine qui a donné son nom à la ville – Musée grec d’Alexandrie
Pièce d’or à l’effigie de Bérénice II
En 276, Magas de Cyrène se proclame roi de Cyrénaïque. Il règne jusqu’à sa mort, vers 250. Après sa mort, sa fille Bérénice épouse Ptolémée III Evergète. La Cyrénaïque fait de nouveau partie de l’Egypte des Ptolémée, mais avec une large autonomie. Euhespérides est renommée Bérénice, en l’honneur de la nouvelle reine. La ville est également déplacée : la nouvelle ville de Bérénice est située au niveau de l’actuel centre-ville de Benghazi.
Mosaïque romaine (Source – Employé avec permission)
Ruines de Bérénice. En arrière-plan : phare de Benghazi
En 105, la Cyrénaïque reprend son indépendance, avec pour roi Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII. Lorsque celui-ci meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à Rome.
Bérénice continue à prospérer à l’ère romaine. Au 3° Siècle, elle est même devenue la plus grande ville de Cyrénaïque, devant Cyrène. De l’époque romaine, la ville a gardé de nouvelles infrastructures, des termes (bains publics) et plusieurs édifices avec de belles mosaïques.
Statue romaine retrouvée à Benghazi en 1693, exposée au Château de Versailles, en France (Source)
Après la conquête vandale de la Libye, Bérénice est largement détruite par les Vandales. La ville est reconstruite par l’Empereur Justinien après la reconquête byzantine. La Cyrénaïque est ensuite rattachée à la province byzantine d’Egypte.
Pendant les dernières décennies avant l’arrivée des Arabes, les villes de Cyrénaïque sont largement laissées à elles-mêmes face aux révoltes amazighes récurrentes. Au moment de la conquête arabe de 642, Bérénice n’est plus qu’un village insignifiant au milieu de ruines magnifiques. Les Arabes l’appellent Berniq (برنيق).
De Berniq à Benghazi
Première mention du nom de Benghazi (sous la forme Marsa Bani Ghazi), par Ibn Abd al-Zahir
Quelle est l’origine du nom de Benghazi ? On peut lire sur Wikipedia que « le nom de Marsa Ibn Ghazi (مرسى ابن غازي, port d’Ibn Ghazi) apparaît sur des cartes du 16° Siècle ». En réalité, le premier à mentionner ce nom est Ibn Abd al-Zahir, un historien égyptien du 13° Siècle, qui parle de Marsa Bani Ghazi (مرسى بني غازي, port des fils de Ghazi, au pluriel). En arabe, غازي (Ghazi) signifie « guerrier » ou « conquérant ». Il s’agit d’un titre donné surtout aux guerriers musulmans qui combattent les non-musulmans.
Le chercheur libyen Ghalb Elfituri a découvert qu’une famille originaire de Fès, au Maroc, s’est installée à Benghazi en 1125, pour protéger les côtes libyennes contre de possibles attaques de navires byzantins. Les Bani Ghazi étaient probablement les hommes de cette famille, après qui la ville a été nommée. En savoir plus (lien en arabe)
Conclusion
Lupa Capitolina : statue en bronze de l’époque coloniale, volée dans les années 1970, puis retrouvée à Benghazi en 2023
Aujourd’hui, le patrimoine antique de Benghazi, comme son patrimoine historique plus récent, est menacé : beaucoup de vestiges historiques ont été détruits et pillés pendant les années de guerre civile. La perte de ce patrimoine serait une perte inestimable pour la Libye. Heureusement, le Département de Surveillance des Antiquités de Benghazi travaille à le préserver.
Pendant les années de chaos qui ont suivi la mort d’Alexandre le Grand et l’éclatement de son Empire, Thibron, un mercenaire originaire de Sparte, a mené une révolte en Cyrénaïque, profitant de l’insatisfaction d’un groupe de Cyrénéens en exil pour conquérir un Empire pour lui-même.
En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte, où il fonde sa nouvelle capitale : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. L’Empire d’Alexandre le Grand était le plus grand Empire du monde antique ; mais il sera très éphémère : après sa mort, en 323, à seulement 32 ans, il est divisé entre ses généraux. Les cités grecques de Cyrénaïque réaffirment alors leur autonomie.
Harpale (image créée par ChatGPT)
Thibron est un mercenaire d’origine lacédémonienne, probablement de la ville de Sparte. Il commence sa carrière comme officier et confident de Harpale, un proche d’Alexandre le Grand, qu’il a choisi comme trésorier de son Empire. Peu avant la mort d’Alexandre le Grand, Harpale s’enfuit de Babylone à Athènes, puis en Crète, avec une grande somme d’argent qu’il a volée à son maître. Thibron, qui accompagne Harpale en Crète, l’assassine et s’empare de ses richesses, de son armée et de sa flotte. Il s’allie ensuite à des exilés cyrénéens en Crète et décide de profiter du vide de pouvoir laissé par la mort d’Alexandre le Grand pour conquérir la Cyrénaïque avec l’aide de ces alliés.
Thibron débarque en Cyrénaïque vers la fin de l’année 323. Une première victoire sur les Cyrénéens permet à Thibron de prendre le contrôle d’Apollonie, la ville portuaire de Cyrène. Fort de sa victoire, Thibron exige de Cyrène un tribut de 500 talents d’or, ainsi que la moitié des chars de guerre de la ville pour son armée.
Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron
Les Cyrénéens commencent par accepter les conditions posées par Thibron, mais ils changent d’avis lorsque Mnasiclès, un officier de Thibron, déserte et rejoint leurs rangs avec ses troupes. Sous le commandement de Mnasiclès, Cyrène parvient à reprendre Apollonie. Thibron, lui, est soutenu par les villes de Euhespérides (Benghazi) et Barca (El-Marj) et a conquis Taucheira (Tocra).
Peu après la reconquête d’Apollonie, la flotte de Thibron est presque entièrement détruite par une tempête et beaucoup de ses hommes meurent noyés.
Pièce d’or à l’effigie d’Ophellas, en tant que gouverneur de Cyrène
Thibron, imperturbable, recrute des renforts dans le Péloponnèse, tandis que Cyrène reçoit le soutien des Amazighs libyens et de Carthage. Après une nouvelle victoire, Thibron assiège Cyrène. L’oligarchie cyrénéenne fait appel à Ptolémée I Soter, un général d’Alexandre le Grand qui règne sur l’Egypte depuis sa mort, pour venir délivrer la ville. Ptolémée envoie une grande armée contre Thibron, dirigée par Ophellas. Le peuple de Cyrène rejoint Thibron contre ce nouvel envahisseur. Malgré cela, Ophellas est victorieux.
Après sa défaite, Thibron s’enfuit, mais il est capturé par des Amazighs, qui le livrent au nouveau gouverneur de Taucheira nommé par Ophellas. Les citoyens de Taucheira le livrent à Cyrène et il est crucifié à Apollonie en 322.
La Cyrénaïque fait à présent partie de l’Empire des Ptolémée. Ophellas devient son premier gouverneur et gouverne avec une large autonomie.
Au 5° Siècle avant notre ère, la Cyrénaïque est brièvement passée sous la domination de l’Empire perse. A partir de cette époque, des chercheurs ont noté une présence accrue, dans les temples grecs de Cyrène et des autres villes de la région, d’éléments cultuels nouveaux, liés au feu. Il pourrait s’agit d’une influence de cultes orientaux, peut-être du culte officiel de l’Empire perse.
Feu sacré dans un temple zoroastrien
Le mazdéisme, la religion officielle de l’Empire perse, était centré sur le culte du feu sacré, symbole de purification. Dans les temples du feu, un feu sacré brûlait en permanence. D’autres cultes du feu sacré existaient aussi dans d’autres régions de l’Orient. Une forme de cette religion, le zoroastrisme, inspiré de la prédication du prophète persan Zarathoustra, existe encore aujourd’hui en Iran.
Contrairement à l’Egypte voisine, la Cyrénaïque n’a pas été occupée par les Perses. Les rois de Cyrène ont continué à régner en tant que vassaux des Perses, qui exerçaient une domination politique et économique souple. L’élite grecque de Cyrénaïque avait probablement des liens avec la cour impériale perse et a pu être influencée par les pratiques religieuses perses. En même temps, des commerçants perses, peut-être même des prêtres, circulaient en Cyrénaïque via l’Egypte. Dans une région au carrefour des civilisations, qui a toujours été très ouverte à une diversité d’idées religieuses et philosophiques, les cultes orientaux du feu sacré ont facilement trouvé leur place.
Une présence mazdéenne en Cyrénaïque semble peu probable. Aucun temple du feu n’a été retrouvé à ce jour en Libye. Cependant, des recherches récentes ont montré qu’un certain nombre d’éléments cultuels liés au feu ou à la lumière sont apparus à cette époque. Le professeur Robert G. Goodchild, un des pionniers de l’archéologie en Cyrénaïque, note que des aménagements liés au feu rituel, comme des foyers ou des autels circulaires, dans certains sanctuaires, peuvent refléter des cultes à forte symbolique lumineuse ou purificatrice. (The Sanctuary of Apollo at Cyrene, revue Libyan Studies) À Apollonie, certains temples présentent même une architecture intérieure adaptée au maintien d’un feu continu. Ces usages cultuels du feu n’étaient pas courants dans la religion grecque classique. Il s’agit donc d’une influence syncrétiste de cultes orientaux, peut-être du mazdéisme de l’Empire perse, sur la religion traditionnelle grecque.
Villes occupées par Agathocle (en bleu) et par Eumachos (en vert)
Agathocle de Syracuse
Depuis le début du 5° Siècle, Syracuse est dirigée par des tyrans, des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec. Agathocle a commencé sa carrière d’officier militaire en tant que partisan de la faction démocratique. D’origine modeste, il aime à se présenter comme un homme du peuple. Cependant, après avoir pris le pouvoir par un coup d’Etat en 317, il s’avère être encore plus tyrannique que ses prédécesseurs. Surtout, il mène une politique militaire très agressive : il ambitionne de suivre le modèle d’Alexandre le Grand en devenant le nouveau protecteur du monde grec contre les « barbares » – en l’occurrence, les Carthaginois.
Sitôt au pouvoir, Agathocle déclare la guerre à Carthage. En 311, il est vaincu par l’armée carthaginoise, qui assiège Syracuse. Il prend alors une mesure désespérée : avec les troupes qui lui restent dans la ville, il force le blocus carthaginois et envahit l’Afrique, afin d’attaquer Carthage elle-même. Il espère contraindre les troupes qui assiègent Syracuse à lever le siège pour revenir défendre leur patrie.
Pièce d’argent à l’effigie d’Agathocle de Syracuse
L’armée d’Agathocle débarque sur le Cap Bon en août 310. Agathocle remporte une première victoire, qui lui permet d’établir son camp près de Tunis. Il assiège Carthage, mais la ville est trop bien fortifiée pour qu’il puisse espérer la conquérir.
Agathocle décide alors de se tourner vers l’Est et de prendre le contrôle des villes puniques de la côte, comme Neapolis (Nabeul), Hadrumetum (Sousse) et Thapsus (Bekalta). Pour cette campagne, il fait alliance avec Aylimas, le roi des Numides Massyles et un ancêtre de Massinissa. Ensemble, ils occupent tout le Nord de la Tunisie actuelle. Ensuite, cependant, Agathocle, qui veut s’étendre vers l’intérieur des terres, tue son allié Aylimas, devenu un obstacle à son ambition, et prend le contrôle de l’armée numide et de ses chars de guerre.
Pièce d’or à l’effigie d’Ophellas de Cyrène
Après la rupture de son alliance avec Aylimas, Agathocle, en quête de nouveaux alliés, contacte Ophellas, un ancien officier d’Alexandre le Grand, devenu gouverneur de Cyrénaïque pour le compte de Ptolémée d’Alexandrie. Afin de convaincre Ophellas de l’aider à combattre les Carthaginois, il promet de lui céder tous les territoires conquis en Afrique, ne gardant pour lui que la Sicile. Ophellas lève une grande armée, puis marche vers l’Ouest pour rejoindre Agathocle à Carthage, devenant le premier à mener une armée à travers le désert de Libye centrale. Quelques jours après l’arrivée d’Ophellas, Agathocle le fait tuer. L’armée cyrénéenne, privée de commandant, rejoint Agathocle.
Les Carthaginois, calquant leur stratégie sur celle d’Agathocle, envoient une nouvelle armée contre Syracuse. Agathocle retourne en Sicile, laissant derrière lui en Afrique son lieutenant Eumachos, qui poursuit les conquêtes vers l’Ouest, jusqu’à Hippone (Annaba).
Pièce d’argent à l’effigie d’Agathocle de Syracuse
En 307, Agathocle revient en Afrique pour mener la conquête finale de Carthage. Face au mécontentement de ses hommes à cause de leurs soldes impayés, il leur promet un énorme butin en cas de victoire. Après une série de défaites, son armée l’abandonne et il est contraint de fuir en Sicile, abandonnant ses conquêtes en Afrique. L’année suivante, il signe un traité de paix avec les Carthaginois, qui leur permet de récupérer tout leur territoire.
Après sa campagne africaine, Agathocle se proclame roi de Sicile. Il consacre le reste de sa vie à imposer sa domination sur les villes grecques de l’île, puis sur la Magna Graecia, région du Sud de l’Italie où se trouvent beaucoup de colonies grecques. On raconte qu’au moment de sa mort, en 289, il préparait une nouvelle attaque contre Carthage.
Pendant l’Antiquité, le désert de Syrte constituait la frontière naturelle entre la Tripolitaine carthaginoise et la Cyrénaïque grecque. D’après une légende, afin de déterminer l’emplacement exact de la frontière, deux jeunes hommes, partis le même jour de Carthage et de Cyrène, ont voyagé à pied le long de la côte jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. L’endroit où ils se sont rencontrés est devenu la frontière.
L’Arc des Philènes, en mars 1937
Lorsque les émissaires des deux villes se sont rencontrés, les Grecs ont accusé les Carthaginois d’avoir triché en partant en avance. Ils ont accepté de reconnaître leur lieu de rencontre comme point de frontière à condition que les Carthaginois soient enterrés vivants sur place. Les émissaires Carthaginois, deux frères, appelés les Philènes, ont accepté de se sacrifier pour leur patrie. Un monument en leur honneur a été érigé sur leur tombe.
Puisque les affaires de Leptis nous ont conduit dans ces contrées, il ne sera pas hors de propos de raconter un trait héroïque et admirable de deux Carthaginois : le lieu même nous y fait penser.
Dans le temps que les Carthaginois donnaient la loi à presque toute l’Afrique, les Cyrénéens n’étaient guère moins riches et moins puissants. Entre les deux États était une plaine sablonneuse, toute unie, sans fleuve ni montagne qui marquât leurs limites. De là une guerre longue et sanglante entre les deux peuples, qui, de part et d’autre, eurent des légions, ainsi que des flottes détruites et dispersées, et virent leurs forces sensiblement diminuées.
Les vaincus et les vainqueurs, également épuisés, craignant qu’un troisième peuple ne vînt les attaquer, convinrent, à la faveur d’une trêve, qu’à un jour déterminé des envoyés partiraient de chaque ville, et que le lieu où ils se rencontreraient deviendrait la limite des deux territoires. Deux frères nommés Philènes, que choisit Carthage, firent la route avec une grande célérité ; les Cyrénéens arrivèrent plus tard. Fut-ce par leur faute ou par quelque accident ? c’est ce que je ne saurais dire ; car, dans ces déserts, les voyageurs peuvent se voir arrêtés par les ouragans aussi bien qu’en pleine mer ; et, lorsqu’en ces lieux tout unis, dépourvus de végétation, un vent impétueux vient à souffler, les tourbillons de sable qu’il soulève remplissent la bouche et les yeux, et empêchent de voir et de continuer son chemin.
Les Cyrénéens, se trouvant ainsi devancés, craignent, à leur retour dans leur patrie, d’être punis du dommage qu’ils lui avaient fait encourir. Ils accusent les Carthaginois d’être partis de chez eux avant le temps prescrit ; ils soutiennent que la convention est nulle, et se montrent disposés à tout plutôt que de céder la victoire. Les Carthaginois consentent à de nouvelles conditions, pourvu qu’elles soient égales. Les Grecs leur laissent le choix ou d’être enterrés vifs à l’endroit qu’ils prétendaient fixer pour limites de leur pays, ou de laisser avancer leurs adversaires jusqu’où ils voudraient, sous la même condition. Les Philènes acceptent la proposition ; ils font à leur patrie le sacrifice de leurs personnes et de leur vie, et sont enterrés vifs. Les Carthaginois élevèrent sur le lieu même des autels aux frères Philènes, et leur décernèrent d’autres honneurs au sein de leur ville.
Le monument construit sur le tombeau des deux frères avait déjà disparu à l’époque romaine. Ce site est resté la frontière entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque romaines, entre l’Empire romain d’Occident et d’Orient, puis entre la Tunisie ziride et l’Egypte fatimide. Pendant l’occupation italienne de la Libye, un nouveau monument, l’Arc des Philènes, a été construit, près de Ras Lanouf. Considéré comme un symbole colonial, il a été démoli en 1973.
Pendant l’ère hellénistique, Cyrène, la première colonie grecque en Libye, a donné naissance à des scientifiques et poètes prestigieux, qui ont contribué au rayonnement culturel du monde grec à cette époque. Dans cet article, nous découvrirons Callimaque, un poète originaire de Cyrène, qui a prospéré à la cour des Ptolémée d’Egypte.
Callimaque est né vers 310 avant notre ère, à Cyrène, dans une famille influente, qui descend de la dynastie des Battiades. Son grand-père, qui s’appelait également Callimaque, a été un général de Cyrène.
Dans sa jeunesse, il fait ses études à Alexandrie, la capitale de l’Egypte des Ptolémée et la ville la plus influente du monde grec à cette époque. Après avoir travaillé comme enseignant, il passe sous le patronage du roi Ptolémée II, qui veut promouvoir les arts et la culture dans son Royaume. Il travaille à la bibliothèque d’Alexandrie, dont il deviendra le directeur. Il meurt vers 240. Son successeur à la tête de la bibliothèque d’Alexandrie sera Eratosthène, également originaire de Cyrène.
Callimaque a écrit plus de 800 œuvres, en vers et en prose, dont la plupart sont perdus. La plus célèbre est l’Aitia, un poème en quatre livres, qui s’intéresse aux origines de diverses coutumes humaines. Sa poésie favorise les thèmes simples, quotidiens, voire obscurs, sur les grand enjeux, et les textes courts, mais finement travaillées, sur les œuvres plus longues. Pour cette raison, il refuse d’écrire des épopées, le genre littéraire le plus en vogue à son époque. Son approche de la poésie marque une rupture fondamentale avec les poètes grecs plus anciens.
Dans le cadre de sa fonction de directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, il a écrit aussi les Pinakes, un ouvrage bibliographique qui contient un court résumé de tous les manuscrits contenus dans la bibliothèque. Les Pinakes peuvent être considérés comme le premier catalogue littéraire de l’histoire.
Pendant l’ère hellénistique, Cyrène, la première colonie grecque en Libye, a donné naissance à des scientifiques et poètes prestigieux, qui ont contribué au rayonnement culturel du monde grec à cette époque. Dans cet article, nous découvrirons Eratosthène, un mathématicien célèbre surtout comme le premier à avoir calculé la circonférence de la terre.
Eratosthène est né à Cyrène, en 276, pendant le règne de Magas de Cyrène. Après avoir commencé ses études dans une école locale, il les poursuit à Athènes, où il devient disciple du philosophe Zénon de Kition, le fondateur du stoïcisme. Il étudie aussi à l’Académie platonicienne. Plus tard, il s’installe à Alexandrie, où il découvre la poésie sous la direction d’un autre Cyrénéen, Callimaque. Il succède à Callimaque comme directeur de la bibliothèque d’Alexandrie.
Eratosthène s’intéressera davantage aux mathématiques et aux sciences naturelles qu’à la poésie. Il est connu surtout pour avoir calculé la circonférence de la terre, avec une précision remarquable : son résultat est très proche de la circonférence terrestre que nous connaissons aujourd’hui.
A partir de là, Eratosthène est parti de ses connaissances sur la taille et la forme de la terre pour la décrire plus en détail, et même la représenter. Sa Géographie, en grande partie fondée sur les récits de voyage auxquels il avait accès dans la bibliothèque d’Alexandrie, contient la plus ancienne carte du monde connue. Il divise le monde en cinq zones climatiques : les deux pôles, deux zones tempérées et la zone intertropicale chaude, traversée par l’équateur. Il est considéré comme le fondateur de la géographie moderne.
Dans sa vieillesse, Eratosthène devient aveugle, ce qui l’empêche de poursuivre ses travaux. Déprimé, il se laisse mourir de faim. Il meurt en 194.
Le philosophe Aristippe de Cyrène, à l’origine un disciple du grand philosophe athénien Socrate, a ensuite fondé sa propre école de philosophie, dans sa ville natale. Cette école philosophique, connue comme l’école cyrénaïque, enseignait que le seul bien auquel nous devons aspirer dans la vie est le plaisir.
Aristippe de Cyrène
Aristippe, le fondateur de cette école philosophique, est né à Cyrène, vers 435 avant notre ère. Venu en Grèce pour voir les Jeux Olympiques, il a rencontré Socrate à Athènes et est devenu son disciple. Sa philosophie s’est cependant rapidement éloignée de celle de Socrate, notamment à cause de son intérêt pour le plaisir. Alors, il est parti à Syracuse, où il a vécu une vie de luxe et de sensualité, à la cour du roi Denys de Syracuse. Plus tard, il est retourné à Cyrène, où il a fondé son école de philosophie.
La doctrine philosophique d’Aristippe est centrée sur la quête du plaisir : pour lui, le sens de la vie consiste à non seulement à éviter la souffrance, comme l’enseignent d’autres écoles philosophiques, mais à rechercher activement le plaisir, sous toutes ses formes, mais surtout le plaisir physique, considéré comme plus intense et durable. Il ne s’agit cependant pas d’un hédonisme sans morale : Aristippe reconnaît l’importance de respecter les conventions sociales et affirme qu’un comportement altruiste peut aussi être source de plaisir. Contrairement à Socrate, qui pense que le bien suprême est la vertu, tandis que le plaisir qu’on en tire n’est que secondaire, pour Aristippe, le plaisir doit être l’objectif premier, même d’un comportement vertueux. Aristippe insiste aussi sur l’importance de ne pas laisser l’objet de notre plaisir dominer nos sens, ce qui détruirait le plaisir qu’on en tire, mais de toujours demeurer maîtres de nous-mêmes, selon sa devise : « Je possède, je ne suis pas possédé. »
Aristippe était aussi le premier disciple de Socrate qui acceptait d’être payé pour ses leçons de philosophie, un choix que Socrate condamnait absolument. Pour cette raison, ainsi que pour sa doctrine, les autres disciples de Socrate l’ont beaucoup critiqué, l’accusant de trahir la pensée de leur maître.
Après la mort d’Aristippe, sa fille Arété lui a succédé à la tête de son école de philosophie. Son petit-fils, Aristippe le Jeune, a formalisé la doctrine philosophique cyrénaïque.
Aucun écrit des philosophes cyrénéens n’a été conservé, leur pensée est connue uniquement par d’autres auteurs plus tardifs.
La philosophie cyrénaïque est tombée en désuétude au 3° Siècle, supplantée par l’épicurisme, une autre doctrine philosophique également d’inspiration hédoniste.
Après la mort de Ptolémée Apion, le dernier roi de Cyrénaïque, la région passe sous contrôle romain. Elle fera partie de l’Empire romain, dès sa fondation.
Buste de l’Empereur Antonin, Cyrène romaine
Contexte
A l’époque hellénistique, de la mort d’Alexandre le Grand à l’avènement de l’Empire romain, la Cyrénaïque fait partie de la sphère d’influence de l’Egypte des Ptolémée. En 105, Ptolémée VIII Physcon établit son fils Ptolémée Apion comme roi de Cyrénaïque. Lorsque Ptolémée Apion meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à la République romaine.
Débuts
Dans un premier temps, ce nouveau territoire est largement ignoré par les Romains.
A Cyrène, un tyran du nom de Nicocrate prend le pouvoir et brutalise la population. Son épouse Arétaphile, qu’il avait forcée à l’épouser après avoir tué son premier mari, complote pour le faire assassiner. Malheureusement, son frère Léandre, qui lui succède, s’avèrera aussi tyrannique que lui. Alors, Arétaphile fait appel à un prince libyen pour le renverser. L’historien grec Plutarque mentionne Arétaphile dans son ouvrage De la vertu des femmes, comme un modèle de femme vertueuse, qui aspire à libérer son peuple de la tyrannie. Elle semble avoir été l’objet d’un culte pour les femmes de cette époque.
Le général romain Lucullus visite Cyrène en 87, réprime la tyrannie et établit une nouvelle Constitution. Le premier gouverneur romain est envoyé à Cyrène en 74. Après l’annexion romaine de la Crète, en 67, la Cyrénaïque sera intégrée à la province romaine de Crète et Cyrénaïque. La capitale de la province est Gortyne, en Crète, mais la Cyrénaïque jouit d’une large autonomie, avec Cyrène comme principale ville.
Province romaine
Statue d’Apollon, Cyrène romaine
Au début de l’époque romaine, la ville de Cyrène a connu une nouvelle ère de prospérité, avec beaucoup de nouvelles constructions au cours du 1er Siècle. Les autres villes de Cyrénaïque en ont profité aussi.
Vers le milieu du 1er Siècle, l’administration romaine a lancé une vaste campagne de recouvrement de terres publiques autour de Cyrène qui avaient été accaparées illégalement par des personnes privées.
Cyrène, qui avait une large population juive depuis l’époque hellénistique, est également devenue un important centre chrétien. D’après la tradition chrétienne, Marc, l’auteur d’un des Evangiles, était originaire de Cyrène et a prêché le message chrétien dans la ville.
En 131, Cyrène est devenue membre du Panhellenion, une alliance de villes grecques créée par l’Empereur romain Hadrien, un grand admirateur de la Grèce antique. D’autres villes grecque de Cyrénaïque ont voulu devenir membres du Panhellenion, mais Cyrène a bloqué leur entrée.
Maison de Jason Magnus
Vers la fin du 2° Siècle, la ville était de nouveau prospère. Plusieurs palais ont été construits à cette époque, notamment la Maison de Jason Magnus, le plus beau vestige architectural de la Cyrène romaine.
Cyrène a recommencé à décliner au 3° Siècle. En 262, la ville a été ravagée par un tremblement de terre. Peu après, elle a été pillée par des nomades libyens. La ville a été reconstruite, mais n’a plus jamais retrouvé sa grandeur passée. Dorénavant, la ville la plus influente de Cyrénaïque était Ptolémaïs (Tolmeita).
La dernière figure influente de la Cyrénaïque romaine est le philosophe néoplatonicien Synesios de Cyrène. Né à Balagrae (El-Bayda) en 373, il a grandi à Cyrène et étudié la philosophie à Alexandrie, puis été envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour de l’Empereur. Vers la fin de sa vie, il est même devenu évêque de Ptolémaïs.