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Une dizaine d’années après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, l’Eglise chrétienne a été traversée par une controverse virulente, après la décision de l’Empereur byzantin Justinien de condamner trois textes religieux. Les responsables d’église nord-africains ont joué un rôle crucial dans cette controverse, en défendant les textes condamnés et en rejetant toute ingérence impériale dans les affaires de l’Eglise.
Contexte

Cette époque est caractérisée par des tensions entre l’Eglise officielle et la doctrine miaphysite, condamnée comme hérétique par le Concile de Chalcédoine en 451, mais toujours majoritaire dans les régions orientales de l’Empire, notamment en Egypte et en Syrie. L’Empereur Justinien soutient la doctrine officielle, tandis que son Impératrice Théodora soutient les miaphysites, même s’il est possible que leur opposition était seulement mise en scène pour pousser les deux factions au compromis.
En 544, l’Empereur Justinien, dans un effort visant à réconcilier Chalcédoniens et non-Chalcédoniens, décide de condamner trois textes écrits par les théologiens chrétiens syriaques Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyre et Ibas d’Edesse. Sa motivation est davantage politique que théologique : les trois auteurs sont hostiles au miaphysisme et l’Empereur espère qu’en les condamnant, les miaphysites reviendront à l’Eglise officielle.
La controverse
Les évêques les plus liés au pouvoir impérial, notamment le patriarche Mennas de Constantinople, acceptent la position de l’Empereur. Les autres évêques de l’Eglise latine tiennent ferme et refusent de laisser l’Empereur leur dicter leur théologie. La résistance est menée par l’évêque Dacien de Milan, qui était à Constantinople au moment des faits.

Les évêques et autres responsables d’église nord-africains s’impliquent dans la controverse, en défendant résolument les textes condamnés. L’évêque Facundus d’Hermiane (Bled Hammiane), également présent à Constantinople au moment des faits, écrit un long argumentaire dans lequel il reconnaît que les textes condamnés contiennent des erreurs, mais affirme que ce n’est pas suffisant pour les condamner. Il rappelle que Cyprien de Carthage défendait le rebaptême des hérétiques, une position à présent condamnée par l’Eglise, mais que personne ne voudrait condamner Cyprien pour autant.
Facundus n’est pas le seul Africain à avoir pris position contre la décision impériale. Ferrand de Carthage, un diacre carthaginois considéré comme un des théologiens les plus influents à cette époque, s’oppose également à la condamnation des Trois Chapitres, argumentant que, puisque les textes condamnés ont été acceptés par le Concile de Chalcédoine, les condamner revient à condamner ce concile ! Un autre évêque africain, Pontien, écrit une lettre à l’Empereur pour lui demander de revenir sur sa décision. L’archidiacre Liberatus de Carthage, trop âgé pour jouer lui-même un rôle actif dans les débats, écrit un récit historique des controverses monophysite et nestorienne, dans laquelle il cherche à démontrer que la condamnation des Trois Chapitres n’est pas fondée.
En 548, le pape Vigile est contraint de quitter Rome pour Constantinople, où il cède à la pression et se rallie à la position impériale. En 550, l’archevêque Réparat de Carthage convoque un concile d’évêques nord-africains, qui condamne la position de Vigile et rompt la communion avec l’Eglise de Rome. L’année suivante, Réparat de Carthage est convoqué à Constantinople, avec les évêques Primase d’Hadrumetum (Sousse), Firmus de Tipasa et Verecundus de Junga (Younga, province de Sfax). Ensemble, ils soutiennent le pape Vigile lorsqu’il reconnaît son erreur. Primase d’Hadrametum finira cependant par accepter la position de l’Empereur, par ambition personnelle : il veut devenir métropolitain de Byzacène (préposé à tous les évêques de la région).

Contrairement aux évêques Italiens, qui n’étaient pas des sujets de l’Empereur byzantin, les évêques Africains étaient directement soumis à l’Empereur et couraient donc un risque en s’opposant à lui. Après avoir publié sa défense des Trois Chapitres, Facundus d’Hermiane a été contraint de fuir Constantinople et de se cacher. Un autre évêque africain, Victor de Tunnuna, a été emprisonné pour avoir refusé de se soumettre à l’édit impérial. Pendant son emprisonnement, il a écrit une suite à la Chronique de Jules l’Africain. Mort en prison, il est considéré comme un martyr.





















