Le christianisme en Afrique du Nord, Les Byzantins en Afrique du Nord

L’affaire des Trois Chapitres : une controverse religieuse nord-africaine

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Une dizaine d’années après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, l’Eglise chrétienne a été traversée par une controverse virulente, après la décision de l’Empereur byzantin Justinien de condamner trois textes religieux. Les responsables d’église nord-africains ont joué un rôle crucial dans cette controverse, en défendant les textes condamnés et en rejetant toute ingérence impériale dans les affaires de l’Eglise.

Contexte

Concile de Chalcédoine

Cette époque est caractérisée par des tensions entre l’Eglise officielle et la doctrine miaphysite, condamnée comme hérétique par le Concile de Chalcédoine en 451, mais toujours majoritaire dans les régions orientales de l’Empire, notamment en Egypte et en Syrie. L’Empereur Justinien soutient la doctrine officielle, tandis que son Impératrice Théodora soutient les miaphysites, même s’il est possible que leur opposition était seulement mise en scène pour pousser les deux factions au compromis.

En 544, l’Empereur Justinien, dans un effort visant à réconcilier Chalcédoniens et non-Chalcédoniens, décide de condamner trois textes écrits par les théologiens chrétiens syriaques Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyre et Ibas d’Edesse. Sa motivation est davantage politique que théologique : les trois auteurs sont hostiles au miaphysisme et l’Empereur espère qu’en les condamnant, les miaphysites reviendront à l’Eglise officielle.

La controverse

Les évêques les plus liés au pouvoir impérial, notamment le patriarche Mennas de Constantinople, acceptent la position de l’Empereur. Les autres évêques de l’Eglise latine tiennent ferme et refusent de laisser l’Empereur leur dicter leur théologie. La résistance est menée par l’évêque Dacien de Milan, qui était à Constantinople au moment des faits.

Facundus d’Hermiane – Image créée par ChatGPT

Les évêques et autres responsables d’église nord-africains s’impliquent dans la controverse, en défendant résolument les textes condamnés. L’évêque Facundus d’Hermiane (Bled Hammiane), également présent à Constantinople au moment des faits, écrit un long argumentaire dans lequel il reconnaît que les textes condamnés contiennent des erreurs, mais affirme que ce n’est pas suffisant pour les condamner. Il rappelle que Cyprien de Carthage défendait le rebaptême des hérétiques, une position à présent condamnée par l’Eglise, mais que personne ne voudrait condamner Cyprien pour autant.

Facundus n’est pas le seul Africain à avoir pris position contre la décision impériale. Ferrand de Carthage, un diacre carthaginois considéré comme un des théologiens les plus influents à cette époque, s’oppose également à la condamnation des Trois Chapitres, argumentant que, puisque les textes condamnés ont été acceptés par le Concile de Chalcédoine, les condamner revient à condamner ce concile ! Un autre évêque africain, Pontien, écrit une lettre à l’Empereur pour lui demander de revenir sur sa décision. L’archidiacre Liberatus de Carthage, trop âgé pour jouer lui-même un rôle actif dans les débats, écrit un récit historique des controverses monophysite et nestorienne, dans laquelle il cherche à démontrer que la condamnation des Trois Chapitres n’est pas fondée.

En 548, le pape Vigile est contraint de quitter Rome pour Constantinople, où il cède à la pression et se rallie à la position impériale. En 550, l’archevêque Réparat de Carthage convoque un concile d’évêques nord-africains, qui condamne la position de Vigile et rompt la communion avec l’Eglise de Rome. L’année suivante, Réparat de Carthage est convoqué à Constantinople, avec les évêques Primase d’Hadrumetum (Sousse), Firmus de Tipasa et Verecundus de Junga (Younga, province de Sfax). Ensemble, ils soutiennent le pape Vigile lorsqu’il reconnaît son erreur. Primase d’Hadrametum finira cependant par accepter la position de l’Empereur, par ambition personnelle : il veut devenir métropolitain de Byzacène (préposé à tous les évêques de la région).

Victor de Tunnuna – Image créée par ChatGPT

Contrairement aux évêques Italiens, qui n’étaient pas des sujets de l’Empereur byzantin, les évêques Africains étaient directement soumis à l’Empereur et couraient donc un risque en s’opposant à lui. Après avoir publié sa défense des Trois Chapitres, Facundus d’Hermiane a été contraint de fuir Constantinople et de se cacher. Un autre évêque africain, Victor de Tunnuna, a été emprisonné pour avoir refusé de se soumettre à l’édit impérial. Pendant son emprisonnement, il a écrit une suite à la Chronique de Jules l’Africain. Mort en prison, il est considéré comme un martyr.

Les Byzantins en Afrique du Nord

Olbia : une ville libyenne reconstruite par les Byzantins

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Au 6° Siècle, Olbia, une ville de Cyrénaïque qui avait été détruite par les Vandales, a été reconstruite par les Byzantins comme une ville nouvelle. Le nom moderne d’Olbia est Qasr Libya, d’après le château qui y a été construit au début de l’ère islamique. De la ville byzantine, il ne reste que deux églises, dont l’une contient certaines des plus belles mosaïques au monde.

Fresque commémorant la refondation de la ville

L’ancienne ville d’Olbia a été fondée dans l’Antiquité, par les Grecs de Cyrénaïque. Elle était située entre Barca (Marj) et Balagrae (Bayda). Son nom grec, Ὄλβια, signifie « l’heureuse » ou « la prospère ». La ville existait encore à l’époque romaine : elle est mentionnée au 5° Siècle par Synesios de Cyrène.

Olbia a été détruite par les Vandales lorsqu’ils ont envahi l’Afrique du Nord. Ce qui en restait a ensuite subi les incursions des Laguatans, une tribu amazighe de Cyrénaïque. En 539, après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, l’Impératrice Théodora a ordonné la reconstruction d’Olbia. La nouvelle ville a été appelée Théodorias, en l’honneur de sa fondatrice.

Aujourd’hui, ce site est connu sous le nom de Qasr Libya (قصر ليبيا), d’après le château (qasr) qui y a été construit au début de l’ère islamique. Libya est une déformation de son ancien nom, Olbia, qui correspond au nom du pays.

Les seuls vestiges de la ville byzantine qui demeurent intactes sont deux églises, dont l’une est intégrée au qasr. De l’autre, excavée dans les années 1950, il ne reste que le rez de chaussée ; mais elle contenait une cinquantaine de mosaïques considérées comme parmi les plus belles du monde, qui sont aujourd’hui exposées dans un musée. Ces mosaïques représentent la refondation de la ville, avec aussi des paysages naturels et des scènes mythologiques, le tout riche en symbologie chrétienne. Deux mosaïques mentionnent aussi les noms de deux évêques successifs de Théodorias, Macaire et Théodore.

Mosaïques byzantines d’Olbia (Source)
Les Byzantins en Afrique du Nord

Junillus Africanus : un Nord-Africain à Constantinople

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Après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, beaucoup de jeunes Nord-Africains éduqués s’installent à Constantinople pour intégrer l’administration byzantine. Junillus Africanus, un juriste d’origine nord-africaine, est devenu le principal conseiller juridique de l’Empereur Justinien. En tant que questeur du palais, chargé de l’élaboration des lois, il était une des figures les plus influentes de l’Empire.

Pièce d’or à l’effigie de Junillus Africanus

Junillus Africanus est né en Afrique du Nord pendant la période vandale. Son lieu de naissance exact est inconnu. Il grandit dans un contexte marqué par les tensions entre la population autochtone nord-africaine, de langue latine et de religion chrétienne catholique, et les envahisseurs vandales qui veulent imposer leur doctrine arienne. Il connaissait Fulgence de Ruspe, ainsi que l’atteste la correspondance entre l’évêque et une femme de sa famille.

On ne sait rien de son éducation, mais il a probablement fait des études de droit et de rhétorique, peut-être à Carthage. Il était également très instruit en théologie chrétienne.

Après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, il quitte sa région natale pour faire carrière à Constantinople. Dans la capitale impériale, il se fait connaître à l’Empereur Justinien, qui apprécie son talent. En même temps, il découvre la tradition chrétienne orientale, peu connue en Occident, qui lui permet d’approfondir sa propre pensée théologique. Il est particulièrement influencé par l’évêque et théologien Théodore de Mopsueste.

Insignes de la fonction de « questeur du palais sacré »

En 542, il est nommé « questeur du palais sacré », une fonction prestigieuse qui fait de lui le principal conseiller juridique de l’Empereur, chargé de l’élaboration des lois. Il exerce cette fonction jusqu’à sa mort en 549. Son mandat est marqué par des reconquêtes territoriales, d’importantes réformes administratives et des controverses religieuses, comme l’affaire des « Trois Chapitres ».

L’historien byzantin Procope de Césarée écrit que Junillus était très versé dans les lettres latines, mais qu’il parlait très mal le grec, la langue officielle de l’Empire byzantin, ce qui posait problème dans l’exercice de ses fonctions. Procope décrit aussi Junillus comme un homme cupide et corrompu, qui faisait commerce des décrets impériaux. Cette description n’est pas à prendre au premier degré : elle exprime davantage l’hostilité de l’élite byzantine à un nouveau venu d’origine provinciale que la réalité historique.

Malgré ses responsabilités, Junillus a gardé un grand intérêt pour la théologie. Il a même écrit un traité théologique, dédié à l’évêque Primase d’Hadrumetum (Sousse), qu’il a rencontré en 542, lors de la visite à Constantinople d’une délégation d’évêques nord-africains. Lors de cette rencontre, Primase, impressionné par sa maîtrise de la pensée chrétienne grecque, lui a demandé qui est, selon lui, le plus grand théologien oriental. Junillus Africanus a répondu qu’il s’agit de Paul le Perse, un théologien syriaque de l’école de Nisibe, installé à la cour de l’Empereur de Perse. Alors, Primase lui a demandé d’écrire un livre en latin pour faire connaître ce théologien en Occident.

Le traité théologique de Junillus est une traduction-adaptation de l’exégèse biblique de Paul le Perse. L’auteur explique qu’il a lui-même assisté à un cours remarquable de Paul le Perse sur l’Épître aux Romains et qu’il a soigneusement pris des notes, mais que sa charge de travail ne lui permet pas de les mettre en ordre. Il a probablement assisté à ce cours avant sa nomination en tant que questeur. L’ouvrage de Junillus, promu par la suite par Cassiodore, qui a rencontré Junillus à Constantinople, a beaucoup contribué à familiariser les théologiens occidentaux avec la pensée théologique orientale.

Les Byzantins en Afrique du Nord

Ananeosis : quand les Byzantins reconstruisent la Cyrénaïque

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Aux 4° et 5° Siècles, la Cyrénaïque a été ravagée par les attaques des Amazighs Laguatans, puis par les incursions vandales. Après la reconquête byzantine de l’Afrique romaine, l’Empereur byzantin Justinien lance une campagne de reconstruction des villes détruites, en construisant aussi de nouvelles fortifications pour les protéger. Ce programme est appelé Ananeosis (Ἀνανέωσις), ce qui signifie « renouveau » ou « renaissance ».

Fresque commémorant l’Ananeosis, à Olbia (Qasr Libya)
L’Impératrice Théodora
L’Empereur Justinien

Dès le début de son règne, en 527, Justinien veut reconstruire la Cyrénaïque. Il y a certainement été encouragé par son épouse, l’Impératrice Théodora, qui a vécu en Cyrénaïque avant leur mariage et est restée très attachée à la région.

Justinien commence par envoyer de nouvelles troupes en Cyrénaïque, soit pour soutenir les troupes byzantines qui continuaient à résister aux Laguatans, soit pour reconquérir les territoires perdus. Des garnisons militaires permanentes étaient à présent stationnées à Paraetonium (Marsa Matrouh) et à Antipyrgos (Tobrouk).

En 533, une révolte contre les Vandales éclate en Tripolitaine. Justinien envoie ses troupes basées en Cyrénaïque pour soutenir les insurgés. Quelques mois après, le général byzantin Bélisaire parvient à conquérir Carthage et à reprendre le contrôle de tous les territoires vandales en Afrique.

Forteresse byzantine d’Arsinoë (Source)

Le programme d’Ananeosis se poursuit en Cyrénaïque. Les Byzantins reconstruisent la ville de Ptolémaïs (Tolmeita), détruite par les Laguatans en 411, et restaurent Bérénice (Benghazi), ravagée par les Vandales. Ils construisent aussi une forteresse militaire à Arsinoë (Tocra), si solide qu’à l’époque de la conquête arabe, Apollonius, le dernier gouverneur byzantin de Cyrénaïque, viendra se réfugier ici.

Ruines de Boreum (Source)

En plus de la reconstruction des anciennes villes détruites, Justinien construit un nouveau port à Boreum (Bou Grada), à côté de la ville portuaire moderne de Marsa el-Brega. En plus des deux havres, plusieurs autres vestiges sont encore visibles aujourd’hui, notamment un mur entouré d’une douve, un quai, un tunnel allant de la citadelle au port oriental, des chambres taillées dans le roc et une grande structure, appelée « bastion » par les archéologues, dont on ignore à quoi elle servait.

Eglise byzantine de Naustathmus (Source)

Cette période sera également marquée par un renouveau religieux, avec la construction de deux monastères et de plusieurs nouvelles églises, notamment à Naustathmus (Ras al-Hilal) et à Erythron (El Athroun), près de Derna.

Le joyau de l’Ananeosis est certainement la ville nouvelle de Théodorias (Qasr Libya). Construite sur les ruines d’Olbia, une ancienne ville de Cyrénaïque détruite par les Vandales, elle est nommée Théodorias en l’honneur de sa fondatrice, l’Impératrice Théodora. Une église de la ville contient une cinquantaine de mosaïques, considérées comme parmi les plus belles du monde.

Mosaïques byzantines d’Olbia (Source)

Le programme de reconstruction s’étend aussi à la Tripolitaine. Les fortifications byzantines de Leptis Magna et de Sabratha sont encore visibles aujourd’hui.

Après la mort de Justinien, la Cyrénaïque a de nouveau été largement abandonnée par ses successeurs face aux attaques récurrentes de tribus amazighes. La région était en grande partie dépeuplée au moment des conquêtes arabes.

Source

Les Byzantins en Afrique du Nord

Bélisaire : le général byzantin qui a reconquis l’Afrique du Nord

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En 533, l’Empire byzantin a envoyé une armée à Carthage, pour reconquérir l’Afrique du Nord, occupée par les Vandales depuis près d’un siècle. Dans cet article, nous découvrirons la vie de Bélisaire, le général byzantin qui a été l’artisan de cette reconquête.

Image de couverture : L’Empereur Justinien et sa cour – Fresque, Basilique Saint-Vital, Ravenne, Italie – Bélisaire apparaît à gauche de l’Empereur

Bélisaire et né vers 500, dans l’Empire byzantin, probablement en Bulgarie actuelle. On ne sait rien d’autre de ses origines. Dans sa jeunesse, il est devenu garde de Justinien, le neveu et fils adoptif de l’Empereur Justin I. Lorsque Justinien devient Empereur, Bélisaire est chargé de la formation d’un régiment militaire d’élite, qui deviendra le noyau de sa future armée. Il fait partie du cercle rapproché de l’Empereur.

Carte de la campagne de Bélisaire – Source – Clic pour agrandir

L’apogée de la carrière de Bélisaire viendra en 533, lorsqu’il est envoyé en Afrique du Nord, à la tête d’une troupe de 15 000 hommes, pour reconquérir la région occupée par les Vandales. Pendant cette campagne, Bélisaire impose une discipline très stricte à son armée, interdisant notamment la consommation d’alcool. En quelques mois, les hommes de Bélisaire prennent le contrôle de tous les territoires vandales, sans grande résistance. Procope, le secrétaire de Bélisaire pendant cette campagne, a écrit un récit historique détaillé des événements.

Territoires conquis par Bélisaire – Rouge : l’Empire byzantin à l’avènement de Justinien – Orange : l’Empire byzantin à la mort de Bélisaire et de Justinien

En récompense de sa victoire, Bélisaire est nommé consul. Son officier Salomon devient le premier gouverneur d’Afrique byzantine. Peu après le départ de Bélisaire, une révolte éclate en Afrique du Nord. Bélisaire reviendra brièvement dans la région, pour aider à combattre les insurgés. La suite de sa carrière est consacrée à la reconquête du Royaume Ostrogoth d’Italie. Grâce à ses campagnes, le territoire de l’Empire byzantin a presque doublé pendant sa vie.

Vers la fin de sa vie, Bélisaire est accusé de complot contre l’Empereur Justinien. Le juge chargé de son procès s’appelle Procope ; on ignore s’il s’agit de son ancien secrétaire ou d’un homonyme. Il est reconnu coupable et condamné, mais ensuite gracié par l’Empereur. Il meurt en mars 565, quelques mois avant Justinien.

Les Byzantins en Afrique du Nord

L’Impératrice Théodora : une Africaine de cœur

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Théodora, l’épouse de l’Empereur byzantin Justinien, a vécu en Afrique du Nord, à Cyrène, déjà avant de devenir Impératrice. Après la reconquête du Royaume vandale de Carthage par son mari, elle montre un grand intérêt pour cette région. Plusieurs villes nord-africaines ont été renommées en son honneur.

Origines

Théodora

La future Impératrice Théodora est née vers 495. Son lieu de naissance est incertain, mais elle a grandi à Constantinople. Elle est issue d’une famille modeste : son père est un gardien d’ours pour les Verts, une des principales factions de courses de chars de la ville, tandis que sa mère est danseuse. Après le décès de son père, sa mère est contrainte d’envoyer Théodora et ses sœurs mendier à l’Hippodrome lors des courses de chars.

A l’adolescence, Théodora commence à travailler comme actrice de théâtre. A cette époque, le métier d’actrice impliquait des performances érotiques sur scène, ainsi que des services sexuels aux spectateurs. D’après l’historien byzantin Procope, elle aurait joué une représentation pornographique, au cours de laquelle des oiseaux mangeaient des graines sur son corps nu. Procope donne une description très crue de sa vie sexuelle et écrit aussi qu’elle est tombée enceinte plusieurs fois et savait comment provoquer un avortement. Le récit de Procope est certainement exagéré, parce qu’il était choqué qu’une Impératrice puisse avoir un tel passé, mais il n’y a aucun doute qu’elle se prostituait.

Pendant ces années, Théodora a eu une fille, dont le père est inconnu.

Premier séjour en Afrique

Alors que Théodora avait environ 16 ans, son amant Hécébolos est nommé gouverneur de Cyrénaïque. Théodora le suit à Cyrène et découvre l’Afrique du Nord.

Leur relation ne durera pas : après une querelle en Afrique, ils se séparent. Théodora, privée de moyens de subsistance, part à Alexandrie.

D’après certaines sources, elle aurait rencontré l’évêque Timothée III d’Alexandrie et vécu une expérience de conversion religieuse à son contact. Timothée III est un partisan de la doctrine miaphysite, considérée comme hérétique par l’Eglise officielle.

Théodora retourne ensuite à Constantinople, où elle renonce à sa carrière d’actrice et adopte un train de vie modeste, travaillant comme fileuse de laine.

Théodora Impératrice

Justinien

De retour à Constantinople, Théodora rencontre Justinien, le fils de l’Empereur Justin I. Justinien souhaite épouser Théodora, mais la loi interdit à un homme de son rang d’épouser une actrice. L’Impératrice Euphémie est virulemment opposée à leur mariage. Après la mort d’Euphémie, Justin I a décrété une nouvelle loi autorisant les anciennes actrices à se marier en dehors de leur rang avec l’autorisation de l’Empereur, rendant possible le mariage de Justinien et de Théodora.

La même loi s’applique aussi aux enfants d’anciennes actrices, ce qui permet à la fille de Théodora d’épouser un membre de la famille impériale.

Justinien devient Empereur en 527, à la mort de son père. En tant qu’Impératrice, Théodora s’implique dans les affaires de l’Empire, conseille son mari et a une grande influence sur lui. Son caractère est décrit comme déterminé et vindicatif, mais profondément loyal. Elle est considérée comme l’Impératrice la plus influente de l’histoire byzantine.

Ensemble, Justinien et Théodora construisent un grand nombre d’églises à Constantinople, dont la plus connue est l’église Ste-Sophie. Leur règne est marqué par des tensions religieuses, entre partisans de la doctrine chalcédonienne officielle et miaphysites. Alors que Justinien soutient la doctrine officielle, Théodora soutient les miaphysites. La plupart des historiens modernes pensent cependant que leur opposition était seulement feinte, afin de pousser les deux factions à faire des compromis.

Théodora meurt en 548. Justinien règne encore plus de 15 ans après sa mort.

Théodora et l’Afrique

En 533, Justinien parvient à reconquérir les anciens territoires romains d’Afrique du Nord, occupés par les Vandales. L’Afrique byzantine devient un domaine privé de l’Empereur et de son Impératrice.

Fresque commémorant la refondation d’Olbia

En 539, Théodora ordonne la reconstruction d’Olbia (Qasr Libya), une ancienne ville de Cyrénaïque, détruite par les Vandales. La nouvelle ville est appelée Théodorias, en l’honneur de sa fondatrice. Une église de la ville contient une cinquantaine de mosaïques considérées comme parmi les plus belles du monde.

Une autre ville africaine, Cululis (Ain Jelloula), en Tunisie moderne, est également renommée Theodoriana en l’honneur de Théodora.

Les Byzantins en Afrique du Nord

Le retour des Romains : l’Afrique du Nord byzantine

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Après un siècle d’occupation vandale, l’Empire byzantin décide de reconquérir les anciens territoires romains en Afrique du Nord. Les Byzantins dominent la région à leur tour pendant un siècle, jusqu’au début de la conquête arabe.

La reconquête byzantine

Depuis le début du 4° Siècle, l’Empire romain est divisé. La partie occidentale a pour capitale Rome, tandis que la partie orientale a pour capitale Constantinople (Istanbul). Après la chute de l’Empire romain d’Occident, l’Empire romain d’Orient sera connu sous le nom d’Empire byzantin.

Bélisaire, le général byzantin qui a conquis l’Afrique du Nord

En 530, le roi vandale Hildéric est renversé par son cousin Gélimer. L’Empereur byzantin Justinien, qui entretenait de bonnes relations avec Hildéric, envoie une délégation à Carthage pour exiger son rétablissement. Lorsque Gélimer refuse, Justinien déclare la guerre aux Vandales.

En 533, une troupe de 15 000 hommes, menée par le général Bélisaire, débarque en Afrique du Nord, alors que l’armée vandale est déjà engagée en Sardaigne, contre la révolte du gouverneur gothique Godas. Les Byzantins prennent le contrôle de tous les territoires vandales en quelques mois, sans grande résistance. Les tribus amazighes locales, soulagées d’être délivrés de la tyrannie des Vandales, soutiennent les Byzantins. Justinien voulait d’abord rétablir Hildéric sur son trône, mais celui-ci a déjà été tué par Gélimer, ce qui le décide finalement à annexer la région. Gélimer est exilé en Asie.

Dans un premier temps, l’Afrique du Nord byzantine est un domaine privé de l’Empereur Justinien et de son Impératrice Théodora. Après la mort de Justinien, elle devient l’exarchat d’Afrique, avec une large autonomie.

L’Afrique du Nord byzantine

L’Afrique du Nord byzantine, vers 600

La domination byzantine sur l’Afrique du Nord a toujours été faible : les Byzantins, qui ne connaissent pas la région et ses habitants, dépendent uniquement de la force militaire pour garder le contrôle. Officiellement, ils occupent toute la côte nord-africaine, mais dans les faits, leur pouvoir ne s’étend que sur une chaîne de villes côtières, de Leptis Magna à Césarée (Cherchell), puis Septem (Sebta) et Tingis (Tanger). L’Afrique du Nord byzantine est une aventure condamnée à l’échec dès son commencement.

A l’intérieur des terres, de nouveaux royaumes amazighs se forment. Alors que les Amazighs avaient d’abord soutenu la reconquête byzantine, ils se retournent rapidement contre leurs nouveaux maîtres en constatant qu’ils sont aussi oppressifs que les Vandales. Plusieurs guerres ont lieu entre Byzantins et royaumes amazighs.

Baptistère byzantin de Bekalta, conservé au Musée archéologique se Sousse

L’ère byzantine est marquée par un renouveau du christianisme nord-africain, affaibli sous les Vandales, y compris dans les régions auparavant faiblement christianisées. Les Byzantins mènent une politique d’hégémonie religieuse : le christianisme catholique est la religion officielle, les minorités chrétiennes dissidentes, comme les donatistes et les ariens (d’origine vandale), sont discriminées. Les Juifs, surtout, sont cruellement persécutés, si bien que beaucoup d’entre eux fuient les villes pour aller vivre à la campagne, parmi les tribus amazighes.

Même dans les villes romanisées, les Byzantins sont impopulaires, à cause des taxes très lourdes qu’ils imposent aux commerçants et aux artisans.

Sufetula (Sbeïtla), le site d’une bataille entre Arabes et Byzantins

Lorsque les troupes du califat envahissent la région un siècle plus tard, ils se retrouvent face à une administration byzantine très affaiblie. Ils prennent Tripoli dès 643, puis affrontent l’armée byzantine à Sufetula (Sbeïtla) en 647. Carthage tombe en 698 : c’est la fin de l’Afrique byzantine. Les autochtones amazighs, ainsi que les minorités religieuses, comme les Juifs et les chrétiens donatistes, verront d’abord les Arabes comme des libérateurs.

Les Vandales en Afrique du Nord, Les Byzantins en Afrique du Nord, Les Maures après le départ des Romains

Vandales, Byzantins et Maures : l’Afrique du Nord à l’aube des conquêtes arabes

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Le pouvoir romain en Afrique du Nord s’effondre en 439, lorsque les Vandales, un peuple d’origine germanique, envahissent Carthage. Un siècle plus tard, l’Empereur byzantin Justinien, qui veut reconstituer l’Empire romain d’Occident, chasse les Vandales et reprend le contrôle de l’ancienne Afrique romaine. Au même moment, de nouveaux royaumes amazighs se reconstituent. Les soldats du califat islamique qui envahissent l’Afrique du Nord au 7° Siècle combattront à la fois les Byzantins et les royaumes maures nouvellement formés.

Le Royaume vandale à son apogée

Depuis plusieurs siècles, l’Empire romain fait face à la menace de tribus germaniques qui envahissent et pillent son territoire. Une de ces tribus, les Vandales, occupent l’Espagne depuis 409. En 429, les Vandales traversent le détroit, prennent Tingis (Tanger) et commencent leur conquête de l’Afrique du Nord. Après 10 ans, ils contrôlent Carthage, où ils forment un nouveau royaume.

Bélisaire

Un siècle plus tard, l’Empire byzantin, héritier de l’Empire romain d’Orient, décide de reconquérir le territoire romain perdu en Afrique du Nord. Le général Bélisaire, à la tête d’une troupe de 15 000 hommes, reprend tous les territoires vandales en quelques mois, avec le soutien des tribus amazighes locales. Les Byzantins forment un exarchat d’Afrique, avec pour capitale Carthage. Si les Amazighs étaient d’abord soulagés par la chute de leur oppresseur vandale, la nouvelle tutelle byzantine s’avèrera tout aussi tyrannique.

Royaumes Amazighs au 6° Siècle

Cette situation va permettre l’émergence de nouveaux royaumes amazighs, qui cherchent à s’imposer par des révoltes et des guerres contre le pouvoir byzantin. Les divers petits royaumes semblent avoir mis en place une confédération, que chacun des rois locaux dirigeait à tour de rôle.

Telle est la configuration dans laquelle les troupes du califat ont trouvé l’Afrique du Nord. À leur arrivée, ils combattent d’abord les Byzantins, parfois avec le soutien des royaumes amazighs. En 670, ils construisent Kairouan, la première ville arabo-musulmane en Afrique du Nord. Après la conquête de Carthage, en 698, l’Empire byzantin en Afrique est définitivement vaincu.

Dihya (Kahina), reine des Aurès

Il semble que, dans un premier temps, les Amazighs voyaient les nouveaux arrivants comme des libérateurs (de même que les Byzantins avant eux, lorsqu’ils sont venus chasser les Vandales). Les choses ont changé après la chute de Carthage, lorsqu’ils se sont lancés dans la conquête de toute l’Afrique du Nord. La résistance amazighe est d’abord menée par Koceïla, le roi d’Altava, un Royaume situé dans la région de l’actuelle ville de Tlemcen (1 sur la carte ci-dessus). Après sa mort, Dihya (Kahina), la reine des Aurès (4 sur la carte), reprend le flambeau. Cette figure emblématique, considérée comme la dernière reine des Amazighs, a mené une alliance de tribus au combat contre l’armée omeyyade, avant d’être finalement tuée en 703, lors de la bataille de Tabarka. Après sa défaite, les califes omeyyades sont les nouveaux maîtres de l’Afrique du Nord.