Les Amazighs et les conquêtes arabes

Les Sept Saints des Regraga : une légende islamique

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Une légende raconte que, pendant la vie du Prophète Mohammed, sept hommes Amazighs ont voyagé à La Mecque, où ils se sont convertis à l’islam. Ensuite, ils sont retournés dans leur patrie, où ils ont annoncé l’islam aux tribus environnantes. Leurs descendants sont devenus la tribu Regraga, qui vit sur la côte atlantique du Maroc, entre Safi et Essaouira. Tous les ans, au début du printemps, leur confrérie religieuse organise un daour (pèlerinage), pour commémorer les Sept Saints des Regraga.

La légende des Sept Saints

D’après la légende, les Sept Saints des Regraga étaient des Amazighs, originaires du Maroc actuel. Ils étaient de religion chrétienne, mais attendaient la venue d’un dernier prophète. Leurs noms étaient Sidi Ouasmine Ilias, Sidi Said Essabek, Sidi Aissa Boukhabiya, Sidi Yaala ben Ouatil, Sidi Saleh, Sidi Boubker Achemasse et Sidi Aissa Mouloutad.

La zaouïa d’Akermoud, qui abrite les tombeaux de trois des Sept Saints (Source)

Un jour, ils ont entendu parler d’un homme extraordinaire qui prêchait la parole de Dieu en Arabie. Alors, ils se sont mis en route pour partir à sa rencontre. Arrivés à La Mecque, ils ont été émerveillés par l’enseignement de Mohammed, ont reconnu en lui le dernier prophète qu’ils attendaient et se sont convertis à l’islam. Ainsi, ils étaient des Compagnons du Prophète.

En arrivant à La Mecque, les Sept Saints ont eu la surprise de découvrir que le Prophète Mohammed parlait leur langue, miraculeusement, sans l’avoir apprise. En revanche, sa fille Fatima, qui ne comprenait rien de ce qu’ils disaient, a qualifié leur langue de rejraja, « clapotis », parce qu’elle trouvait que leur langage ressemblait au bruit d’une rivière sur des galets. Ce nom est devenu celui de leur tribu. (Une étymologie plus probable est que « Regraga » serait la forme arabisée de Iyragrāgn, du verbe arg, « bénir » en tamazight tachilhayt. Les Regraga seraient donc une tribu porteuse de baraka.)

Mausolée de Sidi Ouasmine, sur le Djebel Hadid (Source)

Après leur conversion, le Prophète les a chargés de retourner en Afrique du Nord, pour y annoncer l’islam. Tous les ans, les Sept Saints parcouraient leur région afin de prêcher l’islam aux tribus amazighes. Leur périple est à l’origine de la tradition du daour. Les tombeaux des Sept Saints sont les principaux sanctuaires des Regraga.

Cette légende n’est évidemment pas historique : aucune source islamique ne mentionne la visite des Sept Saints à La Mecque. Leur statut de Compagnons du Prophète était d’ailleurs mis en doute par les oulemas de Fès dès le 17° Siècle. La légende reflète cependant l’importance de la tribu Regraga dans l’histoire et la vie spirituelle de la région.

Les Regraga : une tribu d’apôtres

La région de Chiadma, vers Akermoud, depuis la zaouïa de Sidi Ouasmine (Source)

Les Regraga sont une tribu amazighe, de la confédération des Masmouda. Originaires du Jebel Hadid, ils vivent aujourd’hui dans la région de Chiadma, entre Safi et Essaouira. D’après l’Oulema marocain Mohamed Mokhtar Soussi, leur territoire s’étendait à l’origine sur le Souss et une partie du Sahara, de l’Oued Tensift à Seguia el-Hamra. Le sociologue marocain Abdelkader Mana a écrit un livre de référence sur l’histoire et les coutumes des Regraga.

Cette tribu jouait un rôle important dans la région, déjà à l’époque pré-islamique : ils étaient connus comme des apôtres (Hawâriyyûn), une tribu noble, très respectée pour leur baraka.

Avant l’arrivée de l’islam, les Regraga étaient chrétiens. Cela pose une question importante : alors que l’histoire du christianisme en Afrique du Nord était largement (mais pas entièrement) liée à l’influence romaine, comment une tribu si éloignée des frontières romaines se serait-elle convertie au christianisme ?

Selon leurs propres légendes, les ancêtres des Sept Saints des Regraga professaient une doctrine proche de l’arianisme, qui nie la divinité de Christ. Ils croyaient aussi que Christ avait annoncé qu’un dernier prophète viendrait après lui. Persécutés par l’Eglise officielle, qui les considérait comme hérétiques, ils se sont enfuis par la mer et ont accosté sur les rivages de l’Oued Tensift, à Kouz, où ils fondent un lieu de prière appelé Timzkden N’Houren (Mosquée des Apôtres). (Source) Cette version est suspecte : la doctrine arienne est plus proche de l’islam que la doctrine chrétienne orthodoxe, il s’agit donc probablement d’une réécriture de l’histoire des Regraga, après leur conversion à l’islam, pour rendre leurs origines religieuses plus conformes à l’idéal islamique. Par ailleurs, rien n’indique que certains groupes chrétiens pré-islamiques attendaient la venue d’un autre prophète après Christ : cette idée est apparue avec l’islam.

Il y a une autre explication, historiquement plus plausible. On sait qu’après la conquête vandale, certaines tribus amazighes se sont converties au christianisme sous l’influence de captifs chrétiens qui leur avaient été vendus comme esclaves par les Vandales. C’est le cas notamment de la tribu des Caprapicti, du Sud de la Tunisie. Il est possible que les Regraga se soient également convertis par de tels captifs.

D’après la légende, les Sept Saints ont annoncé l’islam aux tribus amazighes de la région. L’autorité religieuse de la tribu Regraga remonte cependant à avant l’ère islamique. On peut donc se demander s’il est possible que leur réputation vienne de ce qu’ils ont été la première tribu chrétienne de la région et ont annoncé le christianisme aux autres tribus ? C’est impossible à prouver, mais plausible.

Le moussem des Regraga

Aujourd’hui, les Regraga se répartissent sur treize zaouïas, éparpillées à travers la région de Chiadma : Akarmoud, Ait Sidi Baâzzi, Retnana, Taourirte, Boulaâlam, Talmeste, Tikten, Ahgissi, Marzoug, Mramer, Loukrate, Mzilate et Sekiyate.

Tous les ans, au mois de mars, ces zaouïas organisent le daour des Regraga, un pèlerinage à travers les lieux saints de la région. En une quarantaine de jours, les pèlerins parcourent 460 kilomètres, ponctués de 44 étapes. Le départ se fait traditionnellement le jeudi le plus proche de l’équinoxe de printemps, selon le calendrier agricole (solaire) amazigh, différent du calendrier lunaire islamique. Le daour des Regraga marque la fin de l’hiver, le retour de la saison fertile. Il est accompagné d’un moussem, avec un souk et des festivités.

Au cœur de ce pèlerinage, il y a la fameuse baraka des Sept Saints : les Regraga, porteurs de la baraka de leurs ancêtres, la transmettent aux autres tribus. Dans son livre, Abdelkader Mana, dit « le découvreur des Regraga », développe le concept de « caprification » : les nomades Regraga viennent « féconder » par leur baraka les tribus arabophones de la région Chiadma, pour l’année à venir. (Source)

Pendant le pèlerinage, les habitants de la région viennent solliciter la baraka des Regraga, par des demandes de protection, de fertilité, de santé, de guérison et de succès. En retour, ils font des offrandes de nourriture ou d’argent, ou bien ils hébergent les pèlerins.

La baraka des Regraga aujourd’hui ?

Walid Regragui

Walid Regragui, l’entraîneur de l’équipe nationale de football du Maroc1, qui a brillé à la dernière Coupe du Monde, remporté la Coupe arabe et fini deuxième à domicile à la Coupe d’Afrique des Nations2, est issu de la tribu Regraga. Les succès de la sélection nationale sous sa direction sont-ils le fruit de la baraka des Regraga ?

Pour en savoir plus

Les Regraga sur « Rivages d’Essaouira », le site d’Abdelkader Mana

REGRAGA : SUR LES CHEMINS DE LA BARAKA

Le daour des Regraga au Maroc. Un rite de régénérescence.

Culture, légendes et traditions: il était une fois… le daour des Regraga

Histoire des Regraga

Le pèlerinage printanier aux Sept Saints Regraga

Sept hommes d’ici et d’ailleurs

  1. Cet article a été rédigé avant le remplacement de Walid Regragui par Mohamed Ouahbi comme entraîneur de la sélection nationale marocaine. ↩︎
  2. Cet article a été rédigé avant la décision de la Confédération Africaine de Football de proclamer le Maroc vainqueur de la CAN à la place du Sénégal. ↩︎
Le christianisme en Afrique du Nord

Les donatistes : un autre christianisme nord-africain

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Aux 4° et 5° Siècles, la vaste majorité de la population d’Afrique du Nord était chrétienne, mais appartenait à un courant religieux considéré comme hérétique par l’Eglise officielle : le donatisme, né en Afrique comme un mouvement de protestation des populations autochtones contre l’emprise romaine sur les affaires religieuses.

Contexte

Au tout début du 4° Siècle, l’Eglise chrétienne dans l’Empire romain est frappée par une nouvelle vague de persécution, la pire de toutes. Les lieux de culte chrétiens sont détruits, leurs textes sacrés brûlés et plus de 3000 croyants mis à mort pour leur foi. L’Eglise d’Afrique romaine est particulièrement touchée, ce qui lui vaut son surnom d’ « Eglise des martyrs ».

Constantin, le premier Empereur chrétien

En 311, les Empereurs Galère (en Orient) et Constantin (en Occident) signent un édit de tolérance qui met fin aux persécutions : pour la première fois dans l’histoire, les chrétiens peuvent pratiquer leur foi librement. L’année suivante, en 312, l’Empereur Constantin lui-même se convertit au christianisme.

Les chrétiens de l’Empire romain ont vécu ces changements comme un immense soulagement. Ils auront cependant aussi des conséquences inattendues : maintenant que l’Empereur est chrétien, l’Eglise sera de plus en plus influencée par la politique impériale romaine, au détriment de sa vocation spirituelle. Ce développement ne plaît pas aux peuples qui, comme les Amazighs d’Afrique du Nord, sont hostiles à la domination romaine et attachés à leur liberté.

Naissance du donatisme

La controverse donatiste a commencé comme une querelle théologique sur l’attitude que l’Eglise doit adopter face aux croyants qui, pendant la persécution, avaient renié leur foi sous la contrainte. Cette question préoccupait déjà l’Eglise au siècle précédent, à l’époque de l’évêque Cyprien de Carthage.

Portrait tardif de Donatus

En 311, juste après la fin des persécutions, un diacre de Carthage, Cécilien, est choisi comme le nouvel évêque de la ville. Certains chrétiens protestent contre cette nomination : Cécilien est accusé d’avoir livré des textes sacrés aux autorités romaines pendant la persécution, pour qu’ils soient brûlés. Pour les adversaires de Cécilien, un homme coupable d’une telle faute ne peut exercer des responsabilités dans l’Eglise. 70 évêques de Numidie, réunis secrètement à Carthage, choisissent un autre évêque, Mensurius. Lorsque celui-ci meurt peu après, Donatus, auparavant évêque de Casae Nigrae (Negrine, wilaya de Tebessa, Algérie), est choisi pour lui succéder. Le charismatique Donatus deviendra le chef de file du mouvement.

Ruines d’une église à Tipasa, Algérie

Deux ans après, un concile d’église présidé par l’évêque de Rome condamne le donatisme. Cécilien est innocenté des accusations contre lui et reconnu comme le seul évêque légitime de Carthage. Le concile affirme aussi que la validité des sacrements ne dépend pas de la dignité des hommes qui les administrent, mais de Dieu qui agit à travers ces hommes, si bien que, même si Cécilien était effectivement coupable, cela n’empêche pas Dieu de continuer à manifester sa grâce à l’Eglise par son intermédiaire.

Eglise donatiste, Sbeïtla, Tunisie

Les donatistes persistent néanmoins dans leur refus de se soumettre à un évêque qu’ils jugent indigne. A travers toute l’Afrique romaine, de plus en plus d’évêques rejoignent leur camp avec leurs fidèles. D’autres groupes chrétiens dissidents plus anciens les rejoignent également. Toute l’Eglise chrétienne d’Afrique du Nord est divisée : dans beaucoup de villes, on peut trouver aujourd’hui les ruines de deux églises, une catholique (romaine) et une donatiste, souvent situées côte à côte. Au-delà de la question théologique à l’origine du conflit, les chrétiens nord-africains refusent surtout de se voir imposer leurs choix par l’Eglise de Rome.

Donatistes et catholiques se réclament tous deux de l’héritage de Tertullien et Cyprien de Carthage : les premiers évoquent leur insistance sur la sainteté et l’intransigeance avec le péché, tandis que les autres font appel à leur enseignement sur l’unité de l’Eglise.

Alors que les catholiques emploient uniquement le latin pour le culte chrétien, les donatistes se servent des langues amazighes locales, ce qui explique certainement leur succès.

Avec le temps, des foules de plus en plus nombreuses affluent dans les églises donatistes : esclaves en fuite, paysans sans terres, Amazighs des campagnes hostiles à la présence romaine sur leurs terres ancestrales… Le donatisme deviendra rapidement majoritaire en Afrique du Nord. C’est à cette époque que le christianisme pénétrera le plus loin vers l’intérieur des terres. Avec sa popularité, le mouvement perdra cependant son caractère spirituel. La plupart des donatistes étaient certainement des croyants sincères, mais ils se sont compromis en accueillant des hommes avec des motivations davantage sociopolitiques. Bientôt, ils feront même alliance avec le pouvoir politique…

Les circoncellions

Circoncellions

Les circoncellions, ou agonistici, étaient des bandes violentes qui luttaient contre les injustices dont les populations rurales d’Afrique du Nord étaient victimes. Ils exigeaient la libération des esclaves et l’annulation de toutes les dettes (car c’étaient surtout les pauvres qui s’endettaient auprès des riches propriétaires terriens). Ils maraudaient dans les campagnes, incendiant des fermes et s’attaquant aux voyageurs et à tous ceux qu’ils voyaient comme des ennemis.

A l’origine, les circoncellions étaient un mouvement purement social, mais vers 340, ils ont fait alliance avec les donatistes. Avec cette alliance, ils ont repris à leur compte l’idée chrétienne du martyre : ils s’attaquaient à présent aux postes militaires romains, armés de simples bâtons, espérant ainsi mourir en martyrs. Leur cri de guerre était : « Laudate Deum », « Louange à Dieu ».

Beaucoup de donatistes n’étaient pas du tout favorables aux excès des circoncellions. Les responsables donatistes de Carthage voulaient se dissocier clairement d’eux, mais ils craignaient de diviser leur mouvement, car les évêques de Numidie et de Maurétanie les soutenaient.

Vers 345, alors que les circoncellions ont commencé une insurrection à grande échelle contre les maîtres d’esclaves et les créditeurs, les autorités romaines sont finalement intervenues pour les réprimer. Pour les Romains, il n’y avait aucune différence entre donatistes et circoncellions : les deux mouvements étaient de dangereux fauteurs de troubles à éliminer.

La révolte de Firmus

Petra (Maklou), la forteresse de Firmus

Après les circoncellions, les donatistes trouveront un nouvel allié de circonstance, une alliance qui leur nuira tout autant au final.

En 370, le prince maure Firmus se révolte contre les Romains et se proclame roi de Maurétanie. Les donatistes le soutiennent, espérant être libérés de la domination romaine grâce à lui. Firmus est vaincu et les donatistes sont décrédibilisés.

Le dénouement

Avec le temps, de plus en plus de donatistes sont désillusionnés par l’évolution du mouvement. Vers 370-380, le théologien Tyconius sera exclu par les donatistes pour avoir condamné leur radicalisme. Vers 385, l’évêque catholique Optat de Milève (Mila) écrit un traité contre les donatistes, qui ramènera beaucoup de donatistes modérés à l’Eglise catholique.

Augustin d’Hippone

Le célèbre Augustin, le plus grand théologien chrétien d’Afrique romaine, découvre la controverse donatiste après sa nomination en tant qu’évêque d’Hippone, en 395. Alors que les donatistes sont majoritaires au sein de la communauté chrétienne de sa ville, il convaincra la plupart d’entre eux de revenir à l’Eglise catholique, par le dialogue et son attitude charitable. Il rencontre plusieurs évêques donatistes d’autres villes et malgré son désaccord avec eux, il parle d’eux avec beaucoup de respect et les décrit comme des hommes pieux et droits.

La principale figure donatiste tardive est l’évêque Optat de Thamugadi (Timgad). En 395, il soutient la révolte de Gildon, le frère de Firmus, contre l’Empereur.

En 411, l’Empereur Honorius décide d’organiser une conférence à Carthage, afin de résoudre cette controverse une fois pour toutes. 286 évêques catholiques et 279 évêques donatistes se réunissent pour débattre de ce qui les oppose. Le porte-parole des catholiques est Augustin d’Hippone, tandis que les donatistes sont représentés par Pétilien, l’évêque donatiste de Constantine, qui était auparavant un avocat réputé. Le débat est présidé par Marcellin, le proconsul d’Afrique romaine.

Augustin discute avec les donatistes

Le débat se caractérise à la fois par l’attitude conciliante des catholiques, qui sont prêts à laisser les donatistes garder leurs évêques et leurs lieux de culte s’ils acceptent de revenir à l’Eglise catholique, et par l’arrogance des donatistes, qui refusent tout compromis. Au final, les donatistes sont condamnés à réintégrer l’Eglise catholique. Les évêques et assemblées donatistes qui acceptent peuvent garder leurs évêchés et leurs lieux de culte, mais ceux qui refusent s’exposent à des peines de prison.

La plupart des donatistes se soumettent et rejoignent l’Eglise catholique. Ceux qui persistent sont persécutés par les autorités romaines, avec la complicité des autorités ecclésiales catholiques. La triste histoire de la persécution des derniers donatistes montre comment une religion encore elle-même persécutée il y a peu, peut elle-même devenir persécutrice lorsqu’elle se retrouve associée au pouvoir politique.

De petites communautés donatistes rurales ont survécu jusqu’à l’occupation vandale, puis connu un certain renouveau pendant la période byzantine. La présence donatiste a probablement facilité la conquête arabe de la région : les Juifs et chrétiens donatistes, persécutés par les Byzantins, voyaient les envahisseurs musulmans comme des libérateurs.

Impact du donatisme

Mosaïque donatiste, Sbeïtla, Tunisie

La controverse donatiste évoque la tension permanente entre une religion qui se veut universelle, avec une institution centralisée, et son expression locale, au sein d’une culture particulière. Les donatistes nous rappellent les mouvements kharijites qui ont prospéré en Afrique du Nord plusieurs siècles après, en opposant un « islam amazigh » à l’islam « arabe ». Dans le monde chrétien, leur refus de se soumettre à une Eglise officielle jugée « impure », compromise avec le pouvoir politique, se rapproche des Réformateurs protestants du 16° Siècle.

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

La mort de Néron : l’Afrique romaine pendant la crise de 68-70

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Après la mort de l’Empereur Néron, l’Empire romain a sombré dans l’instabilité. Quatre Empereurs se sont succédés en un an. Les proconsuls et officiers militaires romains en Afrique du Nord ont joué un rôle important dans cette crise.

Contexte

Néron

Vers la fin de son règne, l’Empereur Néron se montre de plus en plus tyrannique. Plusieurs factions influentes de l’armée romaine se rebellent contre lui. Assailli de tous les côtés, Néron se suicide le 9 juin 68.

Après la mort de Néron, une guerre civile éclate. Galba, le gouverneur d’Espagne et le chef d’une des factions rebelles, devient Empereur, suivi de deux autres militaires, Othon et Vitellius. Chacun d’eux règne pendant quelques mois, avant d’être assassiné ou de se suicider.

Vespasien

Vespasien, le commandant des troupes romaines dans la guerre contre les Juifs en Judée, s’empare du trône en décembre 69. L’année suivante, son fils Titus, à qui il a confié le commandement en Judée avant de revenir à Rome, s’empare de Jérusalem et détruit la ville avec son Temple. La chute de Jérusalem entraîne un important exode de Juifs, notamment vers l’Afrique romaine. Vespasien règne pendant dix ans, rétablit la stabilité dans l’Empire et fonde une nouvelle dynastie.

En Afrique romaine

Pièce de monnaie à l’effigie de Clodius Macer

Lucius Clodius Macer, le commandant des légions romaines stationnées en Afrique, participe à la révolte contre Néron, probablement sous l’influence de la courtisane d’origine africaine Calvia Crispinilla. Pour affaiblir l’Empereur, il coupe l’approvisionnement de Rome en blé africain. Alors que Macer était d’abord un allié de Galba, celui-ci le fait assassiner au début de son règne, craignant qu’il ait des ambitions impériales pour lui-même.

Lucius Calpurnius Pison, le proconsul d’Afrique, est un allié de Vitellius, qui avait lui-même été proconsul d’Afrique quelques années auparavant et demeurait très populaire dans la région. Après la défaite de Vitellius, Pison refuse de reconnaître Vespasien comme nouvel Empereur. Valerius Festus, le nouveau commandant des légions romaines en Afrique, qui négociait secrètement avec Vespasien, tue le proconsul et est choisi par Vespasien pour lui succéder.

Par la suite

Peu après, une guerre éclate entre les villes libyennes de Leptis Magna et Oea (Tripoli). Le nouveau proconsul Valerius Festus intervient pour la réprimer. Par la suite, Valerius Festus organise une expédition en Afrique subsaharienne, en suivant l’itinéraire de l’expédition de Balbus.

Non classé

Douze femmes qui ont marqué l’histoire ancienne de l’Afrique du Nord

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

De Didon (Elissa), la légendaire reine fondatrice de Carthage, à Cléopâtre de Maurétanie et à Dihya (Kahina), la reine des Aurès, puis, plus récemment, de la reine almoravide Zeynab Nefzaouia à la corsaire de Tétouan Sayyida al-Hurra et à la résistante anticoloniale Lalla Fatma N’Soumer, les femmes ont toujours joué un rôle important dans l’histoire des peuples et des nations nord-africaines. Dans cet article, publié spécialement pour la Journée internationale des droits des femmes, nous découvrirons douze femmes qui ont marqué notre histoire.

Didon (Elissa) : la fondatrice de Carthage

Didon, ou Elissa, est la reine légendaire qui a fondé Carthage. Elle était la sœur du roi Pygmalion de Tyr, mariée à Acerbas (Zakarbaal), le grand-prêtre de la ville. Lorsque son frère a tué son mari, Didon et ses alliés ont fui la Phénicie et se sont établis en Afrique du Nord, où ils ont fondé Carthage. Article détaillé

Les Amazones lybiennes : un peuple de femmes guerrières

Les Amazones sont un peuple légendaire de femmes guerrières, qui vivait sur l’île d’Hespéra, dans le Lac Triton (probablement le Chott el-Jerid, en Tunisie actuelle). Leur société était entièrement féminine : elles ne rencontraient des hommes qu’occasionnellement, pour se reproduire, puis élevaient leurs filles selon leurs coutumes et tuaient les garçons. Les Amazones apparaissent souvent dans la mythologie grecque. Article détaillé

La mère de Massinissa : reine et prophétesse

Les légendes amazighes contiennent une abondance de récits de femmes capables de prédire l’avenir, de cheffes charismatiques dotées d’une puissante baraka, de figures maternelles qui protègent leur peuple et le guident vers la liberté. La mère de Massinissa, le plus grand des anciens rois de Numidie, était une telle reine-prophétesse, qui a prédit le glorieux destin de son fils dès avant sa naissance. Article détaillé

Sophonisbe : la reine sacrifiée

Sophonisbe, la fille d’un influent général carthaginois, était fiancée au prince numide Massinissa. Lorsque Massinissa a fait alliance avec les Romains, les Carthaginois ont donné Sophonisbe en mariage à Syphax, le roi d’une tribu numide rivale. Le cœur de Massinissa était cependant toujours attaché à sa fiancée : après sa victoire, il retrouve Sophonisbe et l’épouse. Lorsque les Romains exigent qu’elle soit faite prisonnière et amenée à Rome pour leur triomphe, préférant la mort au déshonneur, elle boit une coupe empoisonnée, reçue des mains de son bien-aimé Massinissa. Article détaillé

Arétaphile : la libératrice de Cyrène

Au 1° Siècle avant notre ère, un tyran du nom de Nicocrate prend le pouvoir à Cyrène et brutalise la population. Arétaphile, une femme de la ville, est contrainte de l’épouser, après qu’il ait tué son premier mari. Arétaphile se bat toute sa vie pour libérer son peuple de la violence du tyran Nicocrate, puis de son frère Léandre, qui lui succède. Dans le monde antique, Arétaphile était considérée comme un modèle de femme vertueuse, à cause de sa lutte courageuse pour la liberté de ses concitoyens. Article détaillé

Cléopâtre et Cléopâtre Séléné : reines d’Egypte et de Maurétanie

Cléopâtre Séléné, reine de Maurétanie

Cléopâtre, la dernière héritière de la glorieuse dynastie des Ptolémée d’Alexandrie, a consacré sa vie à préserver la souveraineté de sa patrie, l’Egypte, face aux grandes puissances du bassin méditerranéen. Elle a mené une armée au combat contre son propre frère, qui lui contestait le trône. Habile négociatrice, elle parlait neuf langues couramment et entretenait des relations diplomatiques avec tous les souverains de son époque, dont Jules César, avec qui elle a eu un enfant.
Sa fille Cléopâtre Séléné épousera le roi Juba II de Maurétanie. En tant que reine de Maurétanie, elle s’attache à faire revivre l’héritage de sa patrie maternelle dans sa nouvelle capitale, Césarée (Cherchell). Elle fait notamment construire un phare, sur le modèle de celui d’Alexandrie, dans le port de Césarée, ainsi que beaucoup de temples consacrés à des divinités romaines et égyptiennes. Article détaillé

Perpétue et Félicité : les martyrs chrétiennes de Carthage

Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, alors que l’Afrique du Nord s’est avérée être un terrain très fertile pour la nouvelle religion, un grand nombre de chrétiens nord-africains, persécutés par les autorités romaines, ont payé leur foi de leur vie. A Carthage, Perpétue, une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, a été mise à mort en même temps que son esclave Félicité, qui était enceinte. Parce qu’elles ont choisi de demeurer fidèles à leur foi jusqu’à la mort, elles ont été dévorées par les animaux sauvages dans l’arène. L’auteur chrétien carthaginois Tertullien écrira à leur sujet : « Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise. » Article détaillé

Tin Hinan : la reine des Touaregs

Tin Hinan, la reine légendaire des Touaregs, a vécu au 4° Siècle. Son nom peut être traduit par « mère de nous tous ». D’après les légendes touarègues, c’était une princesse fugitive, dont la caravane a failli mourir de faim dans le désert, jusqu’à ce qu’elle trouve du grain dans des fourmilières. Ses enfants sont devenus les ancêtres des Touaregs. Le tombeau de Tin Hinan, découvert en 1925, se trouve dans l’oasis d’Abalessa, dans les montagnes du Hoggar, au Sud de l’Algérie. Article détaillé

Monique : la prière d’une mère

Monique, la mère d’Augustin d’Hippone, était une femme amazighe de Thagaste (Souk Ahras) et une chrétienne fervente, alors que son mari Patricius était un païen d’origine romaine. Lorsque son fils, pris par les passions de la jeunesse, fait de mauvais choix de vie, elle demeure à ses côtés et continue à prier sans relâche, souvent en pleurant, pour qu’il retrouve le droit chemin. Sa persévérance sera récompensée : Augustin, le « fils de ses larmes », deviendra l’évêque d’Hippone (Annaba) et le théologien le plus influent de l’Eglise romaine. Après la mort de sa mère, il parlera toujours d’elle avec une grande tendresse. Article détaillé

Cyria : la guerrière amazighe

Au 4° Siècle, Firmus, le chef de la tribu amazighe des Jubaleni (Zouaoua), qui vit en Kabylie actuelle, se proclame Empereur d’Afrique et se rebelle contre les Romains. Sa sœur Cyria mène son armée au combat. Pendant cinq ans, cette intrépide guerrière tient tête aux légions romaines, digne prédécesseure des autres héroïnes amazighes, de Dihya à Lalla Fatma N’Soumer, qui se sont battues pour la liberté de leur peuple et de la terre de leurs ancêtres. Article détaillé

Hypatie : la dernière philosophe d’Alexandrie

Hypatie d’Alexandrie est une philosophe néoplatonicienne, mathématicienne et astronome du 4°-5° Siècle, qui dirigeait l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Elle était païenne, mais a eu beaucoup d’étudiants chrétiens, dont de futurs évêques. Réputée pour son savoir, elle était respectée de tous pour sa sagesse. Elle a même servi comme conseillère du gouverneur d’Alexandrie. Malheureusement, victime d’intrigues politiciennes, elle a été mise à mort par une foule furieuse en mars 415. Article détaillé (à venir)

Dihya (Kahina) : la dernière reine amazighe libre

Dihya, appelée Kahina (« prêtresse » ou « voyante ») par les Arabes, était la reine des Aurès et la dernière meneuse de la résistance amazighe contre les envahisseurs arabes. L’histoire de cette femme, qui a unifié les tribus amazighes et tenu tête aux troupes du califat pendant quinze ans, est tellement enrobée de légende que le fond historique est difficile à déterminer, mais son existence réelle ne fait aucun doute. Elle a finalement été vaincue par le commandant omeyyade Hassan ibn Numan, à la Bataille de Tabarka. Article détaillé (à venir)

Les Phéniciens en Afrique du Nord

L’alphabet phénicien en Afrique du Nord

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

L’alphabet phénicien, un des plus anciens au monde, est à l’origine de plusieurs des alphabets les plus courants dans le monde aujourd’hui, notamment l’alphabet latin et l’alphabet arabe. En Afrique du Nord, il était utilisé à Carthage et dans tout l’Empire carthaginois.

L’abécédaire de Zayit : la plus ancienne inscription phénicienne connue

L’alphabet phénicien est un alphabet de 22 lettres, développé il y a environ 3000 ans par les anciens Phéniciens. C’est un abjad, un alphabet dans lequel uniquement les consonnes sont écrites, comme l’alphabet arabe. Il s’écrit de droite à gauche, également comme l’arabe. Il s’agit d’un des premiers alphabets inventés par l’homme, dans lequel chaque signe représente un son, alors que les autres formes d’écriture plus anciennes, comme l’écriture cunéiforme ou les hiéroglyphes égyptiens, étaient beaucoup plus complexes et accessibles uniquement à une classe de scribes hautement formés.

Depuis la Phénicie, l’alphabet phénicien s’est répandu au Moyen-Orient, puis dans tout le bassin méditerranéen. Les Phéniciens étaient une civilisation maritime et commerçante, dont les navires circulaient entre tous les ports méditerranéens. En plus de marchandises, ils diffusaient aussi leur alphabet et d’autres formes de savoir. L’alphabet phénicien était plus simple que les autres formes d’écriture courantes à cette époque, ce qui a facilité son adoption par d’autres peuples.

Vase du Dipylon : la plus ancienne inscription grecque ressemble beaucoup à l’alphabet phénicien

Avec le temps, d’autres peuples du monde méditerranéen antique ont développé leur propre alphabet, adapté de l’alphabet phénicien. Les Hébreux, voisins des Phéniciens, ont créé leur alphabet vers le 10° Siècle avant notre ère et s’en sont servis pour mettre par écrit leurs textes sacrés. Les Grecs ont également développé leur alphabet, qui est encore en usage aujourd’hui, à partir de l’alphabet phénicien. D’après l’historien grec Hérodote, l’inventeur de l’alphabet grec est le prince phénicien Cadmos de Tyr. En Italie, l’alphabet étrusque, dérivé de l’alphabet grec, a donné naissance à l’alphabet latin.

Inscription bilinque punique-libyque, au Mausolée numide de Dougga

En Afrique du Nord, l’alphabet phénicien était utilisé à Carthage et dans les autres colonies phéniciennes de la région. Dans l’Empire carthaginois, il était utilisé pour écrire la langue punique, un dialecte phénicien. Les scribes carthaginois restaient attachés à la grammaire phénicienne traditionnelle, si bien que les inscriptions qui ont été découvertes ne donnent que peu d’indices sur comment le punique a évolué par rapport à la langue phénicienne originelle.

Le tifinagh, peut-être le plus ancien alphabet au monde, est un système d’écriture autochtone d’Afrique du Nord, utilisé par les anciens Amazighs pour écrire leur langue. Les lien entre l’alphabet phénicien et le tifinagh sont débattus : certains spécialistes pensent que le tifinagh est une adaptation, fortement modifiée, de l’alphabet phénicien, mais la majorité soutient que cet alphabet s’est développé d’après un modèle autochtone nord-africain, avec des influences phéniciennes limitées.

Inscription néo-punique sur le théâtre de Leptis Magna

A l’origine, l’alphabet phénicien était gravé dans la pierre avec un stylet, si bien que la forme des lettres était assez angulaire. A l’ère romaine, une forme d’écriture plus cursive s’est développée en Afrique du Nord, qu’on appelle l’alphabet néo-punique.

L’alphabet phénicien est l’ancêtre de la plupart des alphabets les plus utilisés dans le monde aujourd’hui. D’une part, à travers l’alphabet grec, il a donné naissance à l’alphabet latin, ainsi qu’à l’alphabet cyrillique, utilisé pour écrire les langues slaves. D’autre part, il est également à l’origine des alphabets sémitiques, comme l’alphabet arabe, hébreu et éthiopien.

L'Afrique du Nord romaine

Syrte : la dernière ville punique

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Dans le monde antique, le désert de Syrte servait de frontière naturelle entre l’Empire carthaginois et les Grecs de Cyrénaïque, tandis que le Golfe de Syrte était redouté des marins pour ses dangereux sables mouvants. Les Phéniciens ont établi une ville, appelée Macomedes-Euphranta, sur l’emplacement de l’actuelle ville de Syrte. A cause de son isolement, la région de Syrte était la dernière région du monde romain dont les habitants parlaient encore la langue punique, au moins jusqu’au 5° Siècle et peut-être encore après l’arrivée des Arabes.

Les Argonautes à Syrte

Macomedes-Euphranta était à l’origine un simple port phénicien. A cette époque, les côtes du Golfe de Syrte étaient réputées très dangereuses, à cause des bancs de sable mouvant, appelés les Syrtes (du grec Σύρτις, étiré), sur lesquels les navires risquaient d’échouer. C’est la raison pour laquelle Macomedes-Euphranta n’est jamais devenue une ville importante.

Les références à la dangerosité de la région ne manquent pas dans la littérature antique. Dans le mythe des Argonautes, les héros de la Grèce antique font naufrage sur la côte de Syrte. La région est décrite dans l’Enéïde de Virgile comme « Syrte inhospitalière ». Elle est également mentionnée dans la Bible : pendant le voyage à Rome de l’apôtre Paul, l’équipage de son navire craint d’échouer sur la Syrte.

Statue des Frères Philènes

Le désert de Syrte, quasi infranchissable par voie terrestre avant l’introduction du chameau, constituait la frontière naturelle entre l’Empire carthaginois et la Cyrénaïque grecque. D’après une légende, afin de déterminer l’emplacement exact de la frontière, deux jeunes hommes, partis le même jour de Carthage et de Cyrène, ont voyagé à pied le long de la côte jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. Un monument a été construit à l’endroit où ils se sont rencontrés, pour marquer la frontière. Ce monument était déjà perdu à l’époque romaine, mais un nouveau monument, l’Arc des Philènes, a été construit pendant l’occupation italienne, puis démoli en 1973. Les statues en bronze qui se trouvaient sur ce monument sont toujours conservées au Musée de Madina Sultan, près de Syrte.

Pièce d’or à l’effigie d’Ophellas de Cyrène

Le désert de Syrte a été traversé pour la première fois en 308 avant notre ère, par l’armée d’Ophellas, le gouverneur de Cyrénaïque. Ophellas était en route pour Carthage, afin de rejoindre son allié Agathocle de Syracuse, qui assiégeait la ville.

A l’époque romaine, la région correspondant à l’Ouest de la Libye actuelle était d’abord appelée Syrtica, puis Tripolitania. La région de Syrte était très isolée et n’avait pas de centre administratif. Pendant plusieurs siècles, elle était infestée de brigands sur terre et de pirates en mer.

Vers le 4° Siècle, une autre ville, Corniclanum, a été construite sur le site de la ville moderne d’Ajdabiya. Ce site, qui a été choisi pour ses réserves d’eau potable, deviendra une étape importante sur la route entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.

Inscriptions dans les catacombes de Syrte (Source)

Du fait de son isolement, a région de Syrte est devenue la dernière région de l’Empire romain où la langue punique était toujours parlée. Une catacombe de Syrte, excavée en 1926, contient des inscriptions chrétiennes trilingues, en latin, grec et punique, qui datent du 5° Siècle. (Source)

Encore plus tard, au 11° Siècle, l’historien arabe Al-Bakri écrit que les habitants de Syrte parlent une langue qui n’est ni le latin, ni le tamazight, ni le copte : peut-être parlaient-ils encore une forme de punique à ce moment-là. Si c’est le cas, la proximité entre le punique et l’arabe a certainement facilité leur arabisation.

La ville de Syrte s’est beaucoup développée pendant l’ère Kadhafi. Le Guide Suprême libyen, qui est né dans la région de Syrte, a transformé la ville en un centre urbain important, dont il ambitionnait de faire la capitale des futurs Etats-Unis d’Afrique. Depuis la Révolution libyenne de 2011, Syrte, occupée par DAECH en 2015-2016, a souffert de la guerre civile et peine aujourd’hui à se reconstruire.

L'Afrique du Nord romaine

La langue punique dans l’Antiquité tardive

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était toujours parlé en Afrique romaine, plusieurs siècles après la chute de Carthage. Les dernières populations puniques se sont mélangées aux tribus amazighes autochtones, au point où les Amazighs eux-mêmes étaient parfois appelées « puniques ».

Le punique est une langue sémitique, comme l’arabe. Son alphabet est dérivé de l’alphabet phénicien.

Inscription bilinque punique-libyque, au Mausolée numide de Dougga

Après la chute de Carthage, les manuscrits carthaginois qui avaient été sauvés des flammes ont été conservés à la cour du roi Massinissa de Numidie. Pendant le règne des fils de Massinissa, beaucoup de Carthaginois qui avaient fui leur ville détruite se sont installés en Numidie. L’administration numide était bilingue : tous les documents officiels étaient rédigés en libyque (tamazight) et en punique. L’influence punique était particulièrement forte dans la région de Tingis (Tanger). Avec le temps, un nouveau dialecte, appelé néo-punique, s’est développé, avec une forte influence libyque.

Inscription bilingue latin-punique, théâtre de Leptis Magna

Pendant l’ère romaine, le punique était toujours parlé en Afrique du Nord. A cette époque, les dernières populations puniques étaient tellement mélangées aux Amazighs que les Romains appelaient « puniques » toutes les populations non romaines d’Afrique du Nord. Ainsi, des figures comme l’Empereur Septime Sévère ou l’écrivain chrétien Tertullien de Carthage sont parfois décrits comme « Puniques », alors qu’ils étaient certainement Amazighs. On a retrouvé aussi des textes écrits en punique avec l’alphabet latin.

La Bible chrétienne a-t-elle été traduite en punique ? Plusieurs traductions bibliques dans des langues régionales de l’Empire romain, notamment deux dialectes coptes d’Egypte, ont été effectuées entre le 4° et le 5° Siècle. Aucun manuscrit n’a été conservé, mais il est tout à fait possible qu’il y ait également eu une traduction en punique (et en libyque).

Augustin d’Hippone

Le dernier grand auteur qui maîtrisait la langue punique, au début du 5° Siècle, est Augustin d’Hippone, qui écrit dans une de ces lettres : « Et si vous rejetez la langue punique, vous nierez ce qui est admis par la plupart des hommes instruits : que beaucoup de choses ont été sagement préservées de l’oubli dans des livres écrits en langue punique. Non, vous devriez même avoir honte d’être né dans un pays où le berceau de cette langue est toujours chaud. » Il est possible qu’il parle de manuscrits puniques datant d’avant la destruction de Carthage, auxquels il avait encore accès.

La région de Syrte, du fait de son isolement, est la dernière région de l’Empire romain où le punique était toujours parlé. On a retrouvé dans les catacombes de Syrte des inscriptions chrétiennes trilingues, en latin, grec et punique, qui datent du 5° Siècle. Encore plus tard, au 11° Siècle, l’historien arabe Al-Bakri écrit que les habitants de Syrte parlent une langue qui n’est ni le latin, ni le tamazight, ni le copte : peut-être parlaient-ils encore une forme de punique à ce moment-là. Si c’est le cas, la proximité entre le punique et l’arabe a certainement facilité leur arabisation.

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

Le troisième homme : Lépide en Afrique pendant le Deuxième Triumvirat

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Après la mort de Jules César, trois de ses plus proches alliés, Octave (le futur Empereur Auguste), Marc-Antoine et Lépide, forment un triumvirat pour gouverner ensemble le territoire romain. Lépide, le moins connu des trois, gouverne l’Afrique du Nord.

Contexte

Jules César, bien qu’il ait eu plusieurs enfant de différentes femmes, n’avait pas d’héritier légitime selon la loi romaine. Peu avant sa mort, il avait invité Cléopâtre d’Egypte à Rome, avec leur fils Césarion. Il avait probablement l’intention de faire de Césarion son héritier, mais il n’en a pas eu le temps : il est assassiné le 15 mars 44.

Pièce d’or à l’effigie de Lépide

Après sa mort, son fidèle allié Marc-Antoine et son fils adoptif Octave s’allient pour combattre ses assassins. Une fois victorieux, ils menacent de se battre entre eux pour le pouvoir. Pour éviter une nouvelle guerre civile, ils forment un triumvirat (trium viri, pouvoir de trois hommes) avec un autre homme politique romain : Lépide, un ancien allié de César. Les trois hommes décident de diviser le territoire romain entre eux. Lépide gouverne l’Afrique et la Numidie en tant que proconsul.

Lépide en Afrique

Pièce de monnaie à l’effigie de Lépide

Lépide, qui sait qu’il n’est pas assez puissant pour faire face aux deux autres triumvirs, se tient à l’écart des conflits entre Octave et Marc-Antoine. En 41, Octave charge Lépide de défendre Rome contre une attaque de Lucius Antonius, le frère de Marc-Antoine. Lucius Antonius, à la tête d’une force supérieure en nombre, s’empare facilement de la ville. Lépide est contraint de fuir dans le camp d’Octave.

Après ces événements, Marc-Antoine confie six légions à Lépide, pour l’accompagner en l’Afrique. Lépide se retire avec ses légions et n’intervient plus dans la politique romaine, se contentant de gouverner l’Afrique.

Thibilis, ville développée par Lépide

Pendant son proconsulat, Lépide a encouragé la distribution de terres en Afrique à des vétérans de l’armée romaine, afin de se construire un réseau de clients. Il a aussi accordé la citoyenneté romaine à beaucoup de familles de l’élite locale. Laetus, le futur assassin de l’Empereur Commode, est issu d’une famille africaine qui a reçu la citoyenneté romaine par Lépide.

A Carthage, nouvellement reconstruite en tant que ville romaine, Lépide s’oppose aux extensions illicites et veille à ce qu’aucune construction ne soit effectuée sur le site de la ville antique.

Lépide a également encouragé la romanisation de la ville numide de Thibilis (Sellaoua Announa, dans la wilaya de Guelma, en Algérie actuelle).

Pièce d’or à l’effigie de Sextus Pompée, frappée en Sicile pendant sa révolte

En 36, Sextus Pompée, le fils de Pompée, l’ancien rival de César, se révolte contre les triumvirs en Sicile. Lépide envoie des troupes pour le combattre. Après la défaite de Sextus Pompée, Octave et Lépide se disputent le contrôle de l’île. Octave en profite pour écarter Lépide du pouvoir. Lépide retourne à Rome, où il termine sa vie dans l’anonymat.

Par la suite

En septembre 31, les flottes d’Octave et de Marc-Antoine s’affrontent en mer, lors de la bataille d’Actium. Cette bataille est une victoire décisive pour Octave : la flotte de Marc-Antoine, la plus large dans l’histoire romaine, est entièrement détruite. Marc-Antoine et son amante Cléopâtre d’Egypte s’enfuient à Alexandrie, où ils se suicident peu après.

Quatre and plus tard, en 27, Octave proclame la fondation de l’Empire romain et devient le premier Empereur, sous le nom d’Auguste.

L'Afrique du Nord romaine

Laetus : le militaire nord-africain qui a assassiné l’Empereur Commode

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Le règne de la dynastie impériale des Antonins, au 2° Siècle, est considéré comme l’âge d’or de l’Empire romain. Leur époque est marquée aussi par la montée en puissance des Romano-Africains dans l’administration impériale. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de Laetus, un officier militaire originaire de Thaenae (Thyna, près de Sfax), connu pour avoir assassiné Commode, le dernier Empereur de la dynastie antonine.

Ruines de Thaenae, la ville d’origine de Laetus –  (Source : Zaher Kammoun)

Origines

Relief montrant la garde prétorienne

Quintus Aemilius Laetus est né à Thaenae (Thyna, près de Sfax, en Tunisie actuelle). Sa famille était d’origine amazighe et avait acquis la citoyenneté romaine plusieurs générations plus tôt, pendant que Lépide était proconsul d’Afrique. Selon la coutume romaine, ils ont adopté le nom de famille de leur patron, Lépide, qui était issu de la gens Aemilia.

Laetus était un militaire de carrière, membre de la Garde prétorienne, une unité d’élite chargée de la sécurité personnelle de l’Empereur. Vers 191, l’Empereur Commode le nomme préfet du prétoire (commandant de la Garde prétorienne).

A cette époque, l’Empereur Commode vit avec une femme appelée Marcia, la fille d’un esclave affranchi de la famille impériale. Commode et Marcia ne pouvaient pas se marier, à cause de leur différence de statut social, mais Commode considérait Marcia comme son épouse. Marcia était chrétienne (ou, du moins, sympathisante du christianisme) et a influencé l’Empereur en faveur de la communauté chrétienne de Rome. Elle est la première personnalité chrétienne à avoir eu une telle influence à la cour impériale.

Le complot contre Commode

Commode en Hercule

Vers la fin de sa vie, l’Empereur Commode devient de plus en plus instable. Pour les festivités du Nouvel An 192, il veut faire une apparition publique, non pas depuis le palais, vêtu de sa robe de pourpre impériale, mais depuis les baraques des gladiateurs, escorté par les gladiateurs.

Commode fait part de son idée à Marcia, à son préfet du prétoire Laetus et à Eclectus, son chambellan. Tous trois lui déconseillent de mettre son plan en exécution : ce serait une honte pour la fonction impériale ! En colère, Commode décide de les faire exécuter dès le lendemain.

Pendant le bain de Commode, Marcia découvre l’ordre d’exécution. Marcia, Laetus et Eclectus se réunissent et décident de tuer Commode afin de sauver leur propre vie.

L’assassinat de Commode

Marcia, qui sert toujours à Commode sa première coupe de vin après son bain, est chargée de le tuer en empoisonnant son vin. Après avoir bu la coupe empoisonnée, l’Empereur tombe malade et se met à vomir. Craignant qu’il ne vomisse tout le poison, les conjurés ordonnent à Narcisse, un jeune athlète qui servait de coach sportif à Commode, de l’étrangler.

Par la suite

Pertinax

Après la mort de Commode, la garde prétorienne, menée par Laetus, choisit le sénateur Pertinax comme nouvel Empereur. Pertinax, qui veut réduire le solde des militaires, fait face à une rébellion et est tué à son tour.

Après la mort de Pertinax, la garde prétorienne décide de vendre le trône impérial aux enchères. Laetus est impliqué dans cette vente aux enchères. Le riche sénateur Didius Julianus obtient le trône.

Septime Sévère

L’armée, scandalisée de voir le trône ainsi vendu, se révolte et tue Didius Julianus. Ensuite, plusieurs officiers militaires revendiquent le trône impérial. Deux d’entre eux sont d’origine africaine : Albinus, le gouverneur de Bretagne, soutenu par les légions romaines basées dans cette province, et Septime Sévère, qui deviendra le premier Empereur Nord-Africain.

Après son entrée à Rome, Septime Sévère fait exécuter Laetus, avec les autres participants au complot contre Commode et à la vente aux enchères du trône impérial.

L'Afrique du Nord romaine

Icosium : la ville antique d’Alger

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

La ville d’Alger, qui s’appelait Icosium dans l’Antiquité, a une riche histoire qui remonte à plus de 2000 ans. Fondée par les Phéniciens comme un comptoir commercial, elle est ensuite devenue une ville influente pendant le règne du roi Juba II. A l’époque romaine, c’était une des principales villes de Maurétanie romaine. Pendant l’occupation vandale, elle est restée sous souveraineté romaine et a servi de refuge aux populations romano-africaines. La ville antique était située au niveau de la Casbah d’Alger.

Origine et étymologie

Pièce de monnaie en plomb de la ville d’Ikosim

Un comptoir commercial phénicien a été fondé sur le site d’Alger vers -1200. Il ne s’agissait cependant que d’une petite ville sans importance. Vers le 4° Siècle avant notre ère, un village de pêcheurs s’est formé sur ce site.

Au début du 3° Siècle, les Carthaginois ont reconstruit l’ancien comptoir phénicien et l’ont intégré à leur réseau de villes portuaires sur la côte méditerranéenne. Une collection de 158 pièces de monnaie puniques, en bronze et en plomb, datant du 3° au 1° Siècle, ont été retrouvées en 1940 dans le quartier de la Marine.

Pièce de monnaie en plomb de la ville d’Ikosim

A partir de cette époque, la ville était connue sous le nom d’Ikosim (Y KSM, 𐤀𐤉 𐤊𐤔𐤌), ce qui signifie « île aux mouettes » (ou « île aux hiboux »).

Les Grecs appelaient cette ville Ikosion. D’après la mythologie grecque, elle a été fondée par Hercule, qui, alors qu’il passait par la région, en quête du Jardin des Hespérides, a laissé vingt de ses compagnons derrière lui. Les Grecs pensaient que le nom de la ville vient de eíkosi (εἴκοσι), « vingt » en langue grecque, en référence aux compagnons d’Hercule qui ont fondé la ville. On sait cependant aujourd’hui qu’il s’agit d’une étymologie a posteriori.

En latin, Ikosim a été transcrit par Icosium.

La ville romaine

Juba II

Après la Deuxième guerre punique, Icosium faisait partie du Royaume de Numidie, du glorieux roi Massinissa. Massinissa était un allié des Romains, l’influence romaine remonte à cette époque.

Après la révolte de Jugurtha, la moitié occidentale de la Numidie, dont Icosium faisait partie, a été rattachée au Royaume voisin de Maurétanie, du roi Bocchus.

La ville d’Icosium a commencé à gagner en importance pendant le règne du roi Juba II. A cette époque, la capitale de la Maurétanie était Césarée (Cherchell), à une centaine de kilomètres d’Icosium. La ville a été endommagée par la révolte de Tacfarinas, mais ensuite, elle a connu un renouveau, avec l’arrivée de 3000 vétérans de l’armée romaine qui se sont installés à Icosium. C’est aussi à cette époque que le nom de la ville a pris sa forme romanisée.

La région d’Icosium était habitée par les tribus amazighes Maghraouas, qui ont soutenu la révolte de Tacfarinas. Ptolémée, le fils de Juba II, les fait transférer vers Castellum Tingitanum (Chlef) pour éviter un nouvelle révolte.

Mosaïque romaine, exposée au Musée national des antiquités et des arts islamiques d’Alger

En l’an 40, Ptolémée est assassiné par l’Empereur Caligula. Son royaume est annexé par l’Empire romain. Icosium fait partie de la province romaine de Maurétanie Césarienne.

La ville romaine était située au niveau de la Casbah d’Alger et du quartier de la Marine. La rue Bab el-Oued était son cardo maximus, la voie principale, qui traversait la ville du Nord au Sud. Des cimetières romains ont été retrouvés vers Bab el-Oued et Bab Azoun. Les ruines d’un aqueduc romain étaient également visibles près de la Porte de la Victoire (aujourd’hui Bab Jdid) jusqu’en 1845.

Icosium a obtenu le statut de colonie romaine en 75, sous l’Empereur Vespasien. A cette époque, la ville avait environ 15000 habitants. Leur langue était le latin.

Mosaïque romaine

Au 2° Siècle, la démographie de la ville a changé, avec l’arrivée de nouvelles populations amazighes originaires des campagnes environnantes. Les Latins sont devenus une élite minoritaire.

L’Afrique romaine s’est avérée être un terrain fertile pour le christianisme naissant. Le nouveau culte est probablement apparu au 2° Siècle à Icosium. Au 4° Siècle, la ville était majoritairement donatiste : Icosium était représentée par un évêque donatiste, Crescens, en 411, au Concile de Carthage. Deux autres évêques connus d’Icosium sont Laurentius, en 419, et Victor, en 484.

Icosium a été largement détruite pendant la révolte de Firmus (370-375).

Après l’époque romaine

La Casbah d’Alger, avec une colonne romaine – Carte postale, 1950

Icosium a été conquise par les Vandales en 430. Cependant, en 442, un accord a été passé entre les Vandales et l’Empire romain, permettant à la ville de demeurer sous souveraineté romaine pendant toute l’occupation vandale de l’Afrique du Nord. La ville a beaucoup grandi à cette époque, grâce à l’arrivée de réfugiés d’Afrique vandale.

Vers le début du 6° Siècle, des tribus amazighes ont pris le contrôle d’Icosium. La ville a ensuite été conquise par les Byzantins, en 534. Au début du 7° Siècle, la tribu amazighe des Beni Mezghenna s’est installée dans la région d’Icosium.

La ville a été détruite par les Omeyyades, vers la fin du 7° Siècle. Ses habitants ont été tués ou déportés comme esclaves à Damas. Son infrastructure romaine est en grande partie perdue.

La ville moderne a été fondée en 972, par Bulughin ibn Ziri, le fondateur de la dynastie ziride. Son nom arabe, الجزائر (Les Îles), a la même origine que son nom antique. Occupée par les Ottomans au 16° Siècle, elle est ensuite devenue la capitale de l’Algérie française, puis de la République d’Algérie, depuis l’indépendance en 1962. La Casbah d’Alger est largement construite sur les ruines de la cité antique.