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Plusieurs plantes et fruits emblématiques des paysages nord-africains aujourd’hui, ne sont en fait pas originaires de la région, mais ont été apportés il y a 3000 ans sur les navires phéniciens. En plus de l’olivier et de la vigne, dont nous avons déjà parlé, nous revenons aujourd’hui sur deux autres contributions phéniciennes à notre production agricole : les figues et les grenades.
La figue : le fruit du Paradis

Le figuier, probablement originaire d’Asie centrale, est le plus ancien arbre fruitier domestiqué par l’homme. Sa domestication remonte à environ 4500 avant notre ère, bien avant l’olivier. La culture du figuier a commencé au Moyen-Orient, la région du monde où l’agriculture sédentaire s’est développée pour la première fois dans le fameux « Croissant fertile ».

Le figuier était un candidat idéal pour la domestication, parce qu’il s’agit d’un des arbres fruitiers les plus faciles à reproduire : pour obtenir un nouvel arbre, il suffit de planter une graine, de couper et planter une branche de figuier ou une partie du fruit. Les figues sont aussi très résistantes à la chaleur comme au froid, ce qui leur permet de survivre dans des conditions climatiques très diverses. Enfin, le figuier produit jusqu’à trois récoltes par an.

Le figuier a été dispersé dans tout le monde méditerranéen par les commerçants phéniciens. En Afrique du Nord, la culture du figuier a commencé à Carthage et dans les autres colonies phéniciennes. Au fil des siècles, cet arbre nouveau s’est tellement bien acclimaté à ses nouveaux rivages qu’il est aujourd’hui un des plus cultivés de la région. Un hadith décrit la figue comme un fruit originaire du Paradis.
La grenade : la pomme punique

Le grenadier est un arbre originaire d’Iran actuel, où il est cultivé depuis 5000 ans environ. Dans l’Empire perse, la fleur de grenadier était considérée comme sacrée, symbole d’abondance, de fertilité et de royauté.
Depuis sa région natale, la culture de la grenade s’est diffusée dans tout le Moyen-Orient, jusqu’en Phénicie. Comme pour l’olivier, la vigne et le figuier, ce sont les Phéniciens qui ont diffusé le grenadier dans tout le bassin méditerranéen, à travers leur empire colonial.

Dans l’Antiquité romaine, la grenade était fortement associée à Carthage. Les Romains l’appelaient Malum punicum, pomme punique. Son nom français fait référence au Royaume de Grenade, le dernier royaume musulman en Espagne. Son nom arabe, romman (رمان), dérive d’une racine sémitique qui signifie « élevé » ou « exalté ».
Aujourd’hui, les nations nord-africaines sont d’importants producteurs de grenade. En 1986, la Tunisie a offert à la Chine des plants d’un variété locale de grenades à pépins tendres, qui ont connu un grand succès sur le marché chinois.
Et les figues de Barbarie ? Cet étrange cactus porteur d’un fruit très populaire en Afrique du Nord vient d’encore plus loin : il est originaire du désert mexicain. Inconnu dans l’Ancien Monde avant la découverte de l’Amérique, il a ensuite été introduit dans le monde méditerranéen, où il s’est répandu très rapidement. Il est particulièrement courant dans les régions semi-désertiques d’Afrique du Nord, au point où, à l’époque coloniale, il a été appelé « figue de Barbarie » (Berbérie, le pays des Berbères). En arabe darija, on l’appelle « karmouss ennasara », figue des chrétiens, un nom qui tient davantage compte de ses origines. |

Cet étrange cactus porteur d’un fruit très populaire en Afrique du Nord vient d’encore plus loin : il est originaire du désert mexicain. Inconnu dans l’Ancien Monde avant la découverte de l’Amérique, il a ensuite été introduit dans le monde méditerranéen, où il s’est répandu très rapidement. Il est particulièrement courant dans les régions semi-désertiques d’Afrique du Nord, au point où, à l’époque coloniale, il a été appelé « figue de Barbarie » (Berbérie, le pays des Berbères). En arabe darija, on l’appelle « karmouss ennasara », figue des chrétiens, un nom qui tient davantage compte de ses origines.