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Carthage et l'Empire carthaginois

Les Etrusques : des alliés de Carthage en Italie

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Les Etrusques sont une civilisation antique qui vivait au centre de l’Italie. Rivaux historiques des Romains, les Etrusques étaient des alliés de Carthage. Un certain nombre d’objets artisanaux d’origine étrusque ont été retrouvés à Carthage et ailleurs en Afrique du Nord.

Tesserae hospitales étrusques retrouvées à Carthage : une « tessera hospitalis » était un petit objet employé pour symboliser un accord d’amitié, d’hospitalité et d’assistance mutuelle entre deux individus, familles ou communautés ; la tessera était divisée en deux et chaque partie gardait une moitié, comme preuve de l’accord et signe de reconnaissance lors de rencontres ultérieures
Carte des 12 villes de la Ligue étrusque et de l’expansion de la civilisation étrusque

Les Etrusques, apparus vers 900 avant notre ère, formaient une fédération de 12 cités-Etats, qui parlaient la même langue et avaient une culture commune. Leur région, l’Etrurie, s’étendait au centre de la péninsule italienne, du fleuve Arno au Tibre. La civilisation étrusque dominait l’Italie jusqu’au début de l’expansion romaine. Du 6° au 3° Siècle, les cités-Etats étrusques ont combattu les Romains dans une série de guerres, qui ont permis à Rome de prendre le contrôle de l’Italie. Les Etrusques ont ensuite été assimilés à la civilisation romaine. Ils ont reçu la citoyenneté romaine en 90, avec tous les habitants de l’Italie.

Poteries étrusques retrouvées à Carthage (clic pour agrandir)

Les Etrusques et les Carthaginois avaient des intérêts communs dans le bassin méditerranéen. Ils étaient notamment des alliés naturels contre l’influence grecque dans leur région. Ils se sont alliés une première fois en 540, pour attaquer ensemble Alalia, une colonie fondée en Corse par les Grecs de Massalia. L’alliance entre Etrusques et Carthaginois est victorieuse : les Grecs abandonnent Alalia et la Corse passe sous souveraineté carthaginoise. Par la suite, les Etrusques soutiennent Carthage dans leurs premières guerres contre les Grecs en Sicile. Vers la fin du 5° Siècle, la puissance étrusque commence à décliner et leur implication en Sicile cesse. Les Carthaginois, soucieux d’éviter un conflit ouvert avec Rome, n’ont pas envoyé de soutien militaire aux villes étrusques pendant leurs guerres contre les Romains. Ils ont cependant soutenu leurs alliés Etrusques financièrement (et peut-être aussi en les faisant profiter de leur flotte), surtout lorsque cela coïncidait avec leurs intérêts en Sicile et en Sardaigne. Les Etrusques ont été vaincus par les Romains avant le début des guerres puniques, si bien qu’ils n’ont pas pu soutenir Carthage contre Rome.

Infundibula en bronze retrouvées à Carthage

Carthage entretenait des liens commerciaux étroits avec les Etrusques, ainsi que l’atteste la grande quantité d’objets artisanaux d’origine étrusque retrouvés à Carthage et dans d’autres villes puniques d’Afrique du Nord. Il s’agit essentiellement de poteries et d’objets en bronze. On a même retrouvé des inscriptions révélant une présence étrusque en Tunisie et en Algérie moderne, jusqu’au 2° et au 1° Siècle (soit après la destruction de Carthage). Il s’agit probablement de populations qui ont fui en Afrique après la conquête de leur territoire par Rome.

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L'Afrique du Nord romaine

Bavares et Baquates : les rébellions amazighes du 3° Siècle

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Au cours du 3° Siècle, l’Empire romain a été ébranlé par la plus longue période de crise de son histoire, avec une longue série de guerres civiles, de tentatives de sécession et d’invasions étrangères. Les Amazighs de l’intérieur du continent africain, qui n’ont jamais accepté la domination romaine, en profitent pour se rebeller.

Contexte

A l’époque romaine, les grandes villes comme Carthage, Cirta (Constantine), Césarée (Cherchell) et Tingis (Tanger) étaient habitées par des populations aux origines mélangées, à la fois romaines et africaines. Les Amazighs romanisés des villes appréciaient les conforts liés à l’art de vivre romain et ont d’ailleurs acquis une forte influence dans l’administration impériale. En revanche, les Amazighs des régions rurales ont gardé leur mode de vie traditionnel et étaient hostiles à la domination romaine. Au 3° Siècle, lorsque le pouvoir romain était plus affaibli que jamais, ils ont saisi l’occasion pour se rebeller.

Inscription commémorant une victoire romaine contre les Bavares (Source)

A cette époque, deux confédérations de tribus amazighes dominent les régions rurales à l’intérieur des limes romaines. Les Bavares vivent en Maurétanie césarienne et sitifienne (Algérie actuelle) : le cœur de leur territoire est la Kabylie et il s’étend jusqu’à l’Ouarsenis et l’Oranais. L’historien français Gabriel Camps a suggéré que le terme « Berbère » ne vient pas de « barbare », comme couramment admis, mais des Bavares. Les Baquates, eux, sont situés en Maurétanie tingitane (Maroc actuel), dans la région de Taza et le Rif oriental. Les Baquates sont mentionnés dans des inscriptions dès le 2° Siècle, tandis que les Bavares apparaissent pour la première fois dans une inscription à Volubilis, qui commémore une rencontre entre un émissaire de l’Empereur Septime Sévère (222-235) et un « princeps gentis Bavarum et Baquatum » (prince des peuples Bavares et Baquates). Ces peuples sont parfois décrits comme nomades, d’autres fois comme montagnards sédentaires, ce qui semble indiquer qu’il y avait à la fois des tribus nomades et sédentaires. Le géographe romain Julius Honorius précise que le fleuve Malva (Moulouya) constituait la frontière entre le territoire bavare et baquate.

L’insurrection bavare

Carte de l’insurrection bavare (clic pour agrandir) (Source)

Les Bavares entrent en rébellion en 253 et affrontent les troupes romaines en Maurétanie. En 255, ils envahissent la Numidie. Ils attaquent Cuicul (Djemila), puis remontent le fleuve Ampsaga (Oued Rhumel), jusqu’à Milève (Mila), où ils sont battus et repoussés par le légat de Numidie Macrinus Decianus, en 259. Ces événements sont décrits dans une inscription retrouvée à Lambèse (Tazoult). Une autre inscription, retrouvée vers El-Mahdia dans la plaine de Setif, relate l’insurrection bavare en Maurétanie.

Inscription de Teniet el-Meksen (Source)

La défaite des Bavares en Numidie ne suffit pas à arrêter leur insurrection : en 260, le commandant romain d’Auzia (Sour el Ghozlane), qui avait capturé et exécuté le chef bavare Faraxen, est tué dans une embuscade. Une autre offensive a lieu un peu plus tard au col de Teniet el-Meksen, dans les Babors. Une inscription retrouvée sur le champ de bataille mentionne les trois « rois » qui ont mené cette bataille : Taganin, Masmul et Fahem. Le titre de « rois » indique qu’ils commandaient des troupes assez nombreuses.

Une nouvelle rébellion éclate entre 290 en 298, obligeant l’Empereur Maximien à venir lui-même en Maurétanie pour mener la campagne contre les insurgés.

Source

L’insurrection baquate

Autel de la paix de Volubilis, qui commémore l’accord de paix entre le chef baquate Ucmet et les Romains

Les Baquates ont causé beaucoup de problèmes aux Romains dès le 2° Siècle. Vers 117, après le meurtre du général romain d’origine maure Lucius Quietus, ils ont attaqué la ville romaine de Cartennae (Ténès). Vers 173, ils s’allient à la tribu voisine des Makanitai et détruisent ensemble une légion romaine près de Volubilis, poussant les Romains à construire de nouvelles murailles pour la ville. La paix est restaurée en 175, par un accord entre les Romains et le chef baquate Ucmet. Vers 180, le nouveau chef baquate devient citoyen romain.

Vers 235, les Baquates, mécontents de l’expansion du territoire de la ville romaine de Volubilis sur des terres qu’ils utilisaient auparavant comme pâturages, font alliance avec les Bavares. Inquiets, les Romains envoient deux légats pour les amener à rompre leur alliance. Une série de quatre colloques organisés entre 239 et 245 indique d’intenses négociations pour résoudre le problème par voie diplomatique, sans succès.

Ruines de Julia Valentia (Banasa), la première ville romaine conquise par les Baquates

Les Baquates entrent en rébellion en même temps que les Bavares. Vers 259, ils s’emparent de la ville romaine de Julia Valentia (Banasa), dans la plaine du Gharb. Un peu plus tard, ils prennent Thamusida (vers Kenitra).

La paix revient au cours de la décennie 270. Vers 277, les Romains accordent au chef baquate le statut de rex (roi). Un nouveau traité de paix, en 280, vise a établir une paix perpétuelle. Peu après, les Romains évacuent Volubilis. Les Baquates prennent le contrôle de la ville sans combats et récupèrent leurs terres.

Source

Par la suite

Après le 3° Siècle, l’Empire romain ne contrôle plus que les villes côtières d’Afrique du Nord, de Césarée (Cherchell) à Tingis (Tanger). Les tribus amazighes de l’intérieur jouissent d’une large autonomie, tout en reconnaissant symboliquement la souveraineté de l’Empereur romain. Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie, est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.

Au 4° Siècle, les Bavares ont également participé à la révolte de Firmus.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Perses en Afrique du Nord

Inaros de Saïs : prince libyen d’Egypte, rebelle contre les Perses

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Inaros était un prince égyptien d’origine libyenne. Au 5° Siècle avant notre ère, pendant l’occupation perse de l’Egypte, Inaros, qui était probablement apparenté à l’ancienne dynastie pharaonique renversée par les Perses, mène une rébellion contre l’Empereur de Perse Artaxerxès. Il est soutenu par les Grecs de la Ligue de Délos, une confédération menée par Athènes.

Le sceau de Zvenigorodsky, selon certains spécialistes, pourrait représenter la soumission d’Inaros, après sa défaite

Qui était Inaros ?

Ruines de Saïs

Inaros était le prince de la ville de Saïs, dans le Delta du Nil. Il régnait sur un territoire qui s’étendait de Saïs à Maréa, sur la côte méditerranéenne. Saïs, une ville importante en Egypte, avait été le siège de la dynastie pharaonique déchue. Le père d’Inaros s’appelait Psammetique, comme le Pharaon renversé par les Perses, ce qui semble indiquer qu’il était peut-être son descendant.

L’historien grec Hérodote dit qu’Inaros était d’origine libyenne. La 26° dynastie pharaonique, vaincue par les Perses, est parfois décrite comme d’origine libyenne, mais ce n’est pas certain. En tout cas, son territoire faisait partie des régions habitées par des tribus libyennes et ses sujets étaient donc Libyens.

Inaros est souvent confondu avec un autre Inaros, qui a vécu deux siècles avant lui : Inaros d’Arthribis, un prince égyptien, également d’origine libyenne, qui s’est révolté contre l’occupation assyrienne de l’Egypte. Les récits légendaires à leur sujet mêlent la vie des deux personnages. Pour les distinguer, les historiens parlent d’Inaros I et Inaros II.

La révolte d’Inaros

Carte des batailles entre Inaros et les Perses

Vers 460 avant notre ère, Inaros chasse les collecteurs d’impôts impériaux de son territoire et commence à lever une armée pour se révolter contre l’Empire perse.

Pour sa révolte, Inaros s’allie à Amyrtée, un prince voisin, qui contrôle les marécages du Nord du Delta du Nil, une région très difficile à pénétrer pour les armées étrangères. La plupart des spécialistes pensent que cet Amyrtée était apparenté au futur Pharaon Amyrtée, qui, une soixantaine d’années après, a vaincu les Perses et restauré la souveraineté égyptienne.

La flotte de Charitimide

Inaros est également soutenu par la Ligue de Délos, une confédération de cités grecques menée par Athènes, hostile aux Perses. La Ligue de Délos envoie une flotte de 200 navires pour soutenir Inaros, menée par le général athénien Charitimide.

Après l’arrivée des Athéniens, l’alliance rebelle menée par Inaros affronte une armée de 400 000 combattants perses, menée par Achéménès, le frère de l’Empereur Artaxerxès, à la bataille de Papremis. Les Perses, vaincus, battent en retraite. Peu après, les Athéniens affrontent la flotte perse en mer et l’anéantissent.

Les insurgés assiègent ensuite la ville de Memphis, où les survivants de l’armée perse se sont réfugiés. Ce siège durera quatre ans. L’Empereur Artaxerxès envoie un messager à Sparte, en Grèce, pour convaincre les Spartiates, ennemis historiques des Athéniens, d’attaquer Athènes afin d’obliger la flotte athénienne à se retirer d’Egypte. Lorsqu’ils refusent, Artaxerxès envoie une grande armée en Egypte pour combattre les insurgés.

Modèle de trirème, le navire employé par les flottes grecque et persane

A l’arrivée de la nouvelle armée perse, les insurgés sont vaincus et contraints de lever le siège de Memphis. Les Athéniens se réfugient sur l’île de Prosopitis, dans le Delta du Nil, où ils amarrent leur flotte. Les Perses assiègent l’île pendant 18 mois. Finalement, ils parviennent à relier l’île au continent, en construisant des canaux pour drainer le fleuve, ce qui leur permet de traverser. Les Grecs, vaincus, sont massacrés ; seuls quelques rares survivants parviennent à s’enfuir jusqu’à Cyrène, d’où ils retournent à Athènes par la mer.

Une nouvelle armée grecque, envoyée d’Athènes pour venir en aide aux assiégés de Prosopitis, sera également détruite.

Inaros, vaincu et blessé, se réfugie à Papremis, sa dernière forteresse dans les marécages du Delta du Nil. Après avoir résisté pendant un an, il est vaincu et capturé. Emprisonné à Suse, la capitale de l’Empire perse, il est exécuté en 454.

Conclusion

La révolte d’Inaros, malgré son échec final, est la plus importante révolte égyptienne contre l’occupation perse. D’après l’historien grec Hérodote, Inaros a fait davantage de mal aux Perses que l’importe qui d’autre avant lui.

La défaite d’Inaros a provoqué une vague de panique en Grèce, poussant la Ligue de Délos à relocaliser son trésor de l’île de Délos à Athènes.

Une soixantaine d’années après, le prince égyptien Amyrtée (peut-être un descendant de l’allié d’Inaros) a vaincu les Perses et restauré la souveraineté égyptienne, devenant Pharaon et fondant une nouvelle dynastie.

L'Afrique du Nord romaine

L’Afrique romaine pendant la crise du 3° Siècle

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Au cours du 3° Siècle, l’Empire romain a été ébranlé par la plus longue période de crise de son histoire, avec une longue série de guerres civiles, de tentatives de sécession et d’invasions étrangères. Dans cet article, nous découvrirons l’impact de cette crise sur l’Afrique romaine.

La crise du 3° Siècle

La crise a été précipitée par la mort de Sévère Alexandre, le dernier Empereur de la dynastie (d’origine africaine) des Sévère, assassiné en 235 par ses propres troupes. Pendant les prochaines années, des officiers militaires rivaux se battent pour le trône : cette période est connue sous le nom d’Anarchie militaire. En même temps, Rome fait face à des révoltes de paysans dans les régions rurales (surtout en Gaule), à la migration en territoire romain de populations étrangères et à la menace croissante de l’Empire perse.

L’instabilité politique mène à une crise économique : la monnaie romaine est dévaluée, les routes sont mal entretenues, le commerce et la productivité s’effondrent. Entre 250 en 270, l’Empire est frappé aussi par une terrible épidémie : la peste de Cyprien, du nom de l’évêque de Carthage qui a écrit à son sujet. Au plus fort de l’épidémie, à Rome, 5000 personnes meurent tous les jours.

Monnaie à l’effigie d’Emilien

Au cours des décennies de crise, au moins une trentaine de prétendants au trône impérial se sont succédés et affrontés. La plupart n’ont régné que pendant quelques années, voire quelques mois, avant d’être tués par leur successeur. En 238, six Empereurs se sont succédés en un an, dont les trois Gordien, qui règnent à Carthage. L’Empire a retrouvé une certaine stabilité pendant le règne de Philippe l’Arabe (244-249), mais la crise a repris après sa mort. Un des Empereurs pendant cette période était un militaire d’origine nord-africaine : Emilien, né à Djerba, d’origine maure, qui a régné pendant trois mois, en 257, avant d’être tué par ses troupes, favorables à son rival Valérien.

Valérien, le successeur d’Emilien, est capturé en 260, lors d’une bataille contre les Perses, et termine sa vie comme prisonnier en Perse. Il n’aura jamais été à Rome pendant tout son règne. L’emprisonnement de l’Empereur est une humiliation pour les Romains. Avant son exil, Valérien avait lancé une féroce campagne de persécution contre les chrétiens de son Empire, au cours de laquelle l’évêque Cyprien de Carthage est mort en martyr. Les chrétiens voyaient sa capture par les Perses comme un jugement divin. Son fils Gallien, qui lui succède, accorde la liberté religieuse aux chrétiens.

L’Empire des Gaules et l’Empire palmyrénien

Après l’exil de Valérien, l’Empire sera même divisé. En 260, Postume, un général romain d’origine germaine, gouverneur de la Germanie romaine, prend le contrôle de la Gaule et de la Bretagne, où il établit l’Empire des Gaules. Il est tué en 269, mais son Empire perdure. En 270, Zénobie, la reine de Palmyre, d’origine arabe, conquiert la partie orientale de l’Empire : la Syrie, l’Anatolie et l’Egypte. Elle se présente comme la nouvelle Cléopâtre. Pendant ce temps, en Afrique, les Bavares, une confédération de tribus amazighes de Maurétanie, profitent de la crise pour se révolter contre les Romains.

L’Empereur Aurélien (270-275) parvient à rétablir l’unité de l’Empire, en reprenant le contrôle de l’Empire des Gaules, puis de l’Empire palmyrénien. Il est cependant assassiné à son tour en 275, puis les guerres entre militaires rivaux reprennent.

Cette période d’anarchie prendra fin en 284, lorsque Dioclétien s’empare du trône impérial. Après avoir écarté tous ses rivaux, il entame une réforme profonde de l’administration impériale, destinée à restaurer la stabilité.

Conséquences

Après le 3° Siècle, l’Empire romain ne contrôle plus que les villes côtières d’Afrique du Nord, tandis que les tribus amazighes de l’intérieur jouissent d’une large autonomie, tout en reconnaissant symboliquement la souveraineté de l’Empereur romain.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Inaros d’Arthribis : le prince libyen devenu héros de l’Egypte antique

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Inaros d’Arthribis était un prince égyptien d’origine libyenne, qui, au 7° Siècle avant notre ère, s’est révolté contre l’occupation de l’Egypte par les Assyriens. Sa lutte contre les Assyriens a donné naissance à tout un cycle d’histoires très populaires dans l’Antiquité : le Cycle d’Inaros.

Inaros d’Arthribis – Image créée par ChatGPT
Stèle de Piye

Inaros était le fils du Prince Bakennefy d’Arthribis (Tell Atrib), en Basse-Egypte. Il était d’origine libyenne : son père était un Prince des Mâ. Son grand-père, Padiaset, est mentionné sur la stèle de Piye, qui raconte le conquête de l’Egypte par le roi de Kouch Piye : après la victoire de Piye contre le Pharaon Tefnakht, il fait allégeance à Piye et le reconnaît comme Pharaon. Sa soumission a peut-être encouragé la plupart des autres chefs du Delta du Nil à reconnaître la souveraineté des nouveaux Pharaons Nubiens.

Plaque d’ivoire égyptienne retrouvée en Assyrie

Vers 674 avant notre ère, le roi Assarhaddon d’Assyrie (Iraq actuel) envahit l’Egypte. Le Pharaon d’origine nubienne Taharqa, le fils de Piye, combat les Assyriens dans son Royaume. Vers 667, le nouveau roi d’Assyrie Assourbanipal déporte plusieurs chefs égyptiens à Ninive, sa capitale. Bakennefy, le père d’Inaros, en fait partie. Il sera exécuté à Ninive. C’est probablement à ce moment-là qu’Inaros devient souverain d’Arthribis et qu’il commence à combattre les Assyriens.

On ne sait rien d’autre de la vie d’Inaros et de sa lutte contre les Assyriens. Ce personnage n’est connu que par les récits légendaires à son sujet qui sont apparus après sa mort. Le fait que sa lutte contre les Assyriens ait pu inspirer de tels récits montre cependant qu’il avait déjà une réputation héroïque de son vivant. Si les récits du Cycle d’Inaros sont largement fictifs, certains détails, comme ses origines, sa famille et l’enlèvement de son père par les Assyriens, sont probablement historiques.

Le livre L’Egypte et la Vallée du Nil – Les époques tardives, de l’égyptologue français Frédéric Pauraudeau, identifie un certain nombre de récits du Cycle d’Inaros, notamment Le combat d’Inaros contre le Griffon, Épopée d’Inaros contre les Assyriens, Conte de Bès et, pour ceux qui se déroulent après la mort du héros, Guerre pour la cuirasse, Guerre pour la prébende d’AmonLe roi Ounamon et le royaume de Lihyan et La compétition pour le diadème et la lance d’Inaros.

Le géographe romain Strabon rapporte que Psammétique, le roi de la ville de Saïs et un parent de l’ancienne dynastie pharaonique renversée par les Nubiens, a vaincu un certain Inaros à l’aide de mercenaires grecs originaires de la ville de Milet. Il s’agit probablement d’Inaros d’Arthribis, après la fin de sa lutte contre les Assyriens. Nekao, le père de Psammétique, avait soutenu les Assyriens pendant leur invasion de l’Egypte. Au cours des années qui ont suivi, Psammétique a vaincu les Pharaons Nubiens et réuni l’Egypte entière sous son autorité, devenant Pharaon et fondant une nouvelle dynastie.

Inaros d’Arthribis est souvent confondu avec un autre Inaros, qui a vécu deux siècles après lui : Inaros de Saïs, un prince égyptien, également d’origine libyenne, qui s’est révolté contre les Perses pendant l’occupation perse de l’Egypte. Les récits légendaires à leur sujet mêlent la vie des deux personnages. Pour les distinguer, les historiens parlent d’Inaros I et Inaros II.

Le christianisme en Afrique du Nord

La peste de Cyprien : une épidémie qui porte le nom d’un évêque nord-africain

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Les maladies et épidémies étaient courantes et souvent très dévastatrices dans l’Antiquité. Une des épidémies les plus mortelles qui a ravagé le monde romain est appelée « peste de Cyprien », du nom d’un évêque de Carthage qui la mentionne dans ses écrits.

Groupe de médecins romains

La médecine romaine était une des plus avancées du monde antique. Les Romains avaient beaucoup appris de la médecine grecque et avaient une très bonne connaissance de l’anatomie humaine. Ils ignoraient cependant l’existence des microbes, ce qui les rendait vulnérables aux maladies infectieuses. Les épidémies frappaient les riches et les puissants aussi bien que les plus pauvres. La pire de toutes, qui a ravagé l’Empire romain pendant 15 ans, entre 165 et 180, a fait 10 millions de victimes, soit environ un quart de la population, dont l’Empereur Marc-Aurèle lui-même.

Une autre épidémie, qui a duré une vingtaine d’années, de 250 à 270 environ, est connue des historiens sous le nom de « peste de Cyprien ». On estime que plus de la moitié de la population d’Alexandrie, la première ville touchée, est morte. A Rome, au pic de l’épidémie, on comptait 5000 morts par jour. On ne sait pas avec certitude de quelle maladie il s’agissait : peut-être la variole, la rougeole ou une fièvre hémorragique virale de type Ebola.

Cyprien de Carthage

Cyprien de Carthage, l’évêque chrétien de la capitale de l’Afrique romaine pendant cette épidémie, a écrit au sujet de l’épidémie. La communauté chrétienne était tout aussi affectée que le reste de la population, avec beaucoup de morts dans ses rangs. De plus, les païens les accusaient d’être responsables de la peste, qu’ils voyaient comme un châtiment divin contre ceux qui s’étaient détournés de la religion romaine. Leur attitude était cependant radicalement différente de celle de leurs contemporains : alors que tous ceux qui en avaient les moyens cherchaient à fuir les villes infectées, les chrétiens choisissaient de rester et de prendre soin des malades, qu’ils partagent leur foi ou non. Dans son livre De la mortalité, Cyprien explique les raisons de cette différence.

Cyprien donne une description détaillée des symptômes de la maladie : « Les boyaux, relâchés dans un flux constant, affaiblissent le corps ; un feu issu de la moelle fermente en des blessures dans l’arrière-bouche ; les intestins sont secoués de vomissements continuels ; les yeux sont enflammés et injectés de sang ; dans certains cas, les pieds ou certaines parties des membres sont rongés par la putréfaction ; à cause de la faiblesse due à la mutilation et à la perte du corps, la marche est affaiblie, ou l’ouïe obstruée, ou la vue affaiblie. »

Pourquoi donc les chrétiens choisissent-ils de rester ? Parce que, grâce à leur foi, ils n’ont plus peur de la mort : « renonçant à la crainte de la mort, nous songeons à l’immortalité qui suit. » De plus, cette épidémie est pour eux l’occasion idéale de mettre en pratique le premier commandement de Christ, l’amour du prochain, en prenant soin des malades et de ceux qui ont perdu des proches, au sein de la communauté chrétienne et au-delà. Des témoignages de cette époque rapportent que les chrétiens visitaient les malades et les soignaient. Ainsi, par leur exposition au virus, beaucoup de ces visiteurs étaient probablement immunisés… et leur résistance à la maladie pouvait sembler miraculeuse pour ceux qui les voyaient !

Dans le même ouvrage, Cyprien répond aussi à la question qui revient toujours dans les moments difficiles : pourquoi Dieu permet-il toute cette souffrance ? « Par ailleurs, mes frères bien-aimés, voyons donc à quel point cette pestilence qui semble si horrible et mortelle, est en fait grandiose, pertinente et nécessaire, afin d’éprouver la justice de chacun, d’examiner les pensées de l’humanité, et de voir si ceux qui sont en bonne santé prennent soin des malades ; si les parents aiment avec affection ceux de leur famille ; si les maîtres ont pitié de leurs serviteurs languissants ; si les médecins n’abandonnent pas leurs patients alors qu’ils les supplient ; si les féroces renoncent à leur violence ; si les voraces apaisent l’ardeur insatiable de leur avarice au moins face à la crainte de la mort ; si les arrogants courbent l’échine ; si les méchants renoncent à leur méchanceté ; si, lorsque leurs proches périssent, les riches se décident enfin à donner, alors qu’ils sont sur le point de mourir sans héritiers. Même si cette mortalité n’a rien accompli d’autre, elle a accompli ce bienfait pour les chrétiens et les serviteurs de Dieu, que nous commençons à désirer le martyre avec joie, alors que nous apprenons à ne pas craindre la mort. »

Les sources chrétiennes et païennes attestent que l’attitude des chrétiens pendant cette épidémie a marqué leurs contemporains et gagné beaucoup de nouveaux croyants à leur foi.

Les autres villes de Cyrénaïque, Les Grecs en Afrique du Nord

Les autres villes de Cyrénaïque : Balagrae, le sanctuaire de la guérison

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Balagrae (Al-Bayda), la dernière des cinq villes de la Pentapole de Cyrénaïque, était réputée surtout pour son temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Là, des pèlerins de toute la région accouraient, dans l’espoir d’être guéris de leurs maladies.

Asclépiéion de Balagrae (Source)

Balagrae a probablement été fondée au début du 6° Siècle avant notre ère, comme une colonie grecque. Elle faisait partie de la Pentapole, une alliance de cinq villes grecques de Libye, avec Cyrène, la ville principale, Euhespérides (Benghazi), Taucheira (Tocra) et Barca (El-Marj).

Eusculape, le dieu médecin

La ville de Balagrae était connue surtout pour son Asclépiéion, un temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Ce temple avait été fondé par des colons originaires d’Epidaure, une ville du Péloponnèse où se trouvait le plus grand sanctuaire d’Asclépios en Grèce. Les pèlerins venaient y passer la nuit, puis, le lendemain, ils racontaient leurs rêves aux prêtres. Les prêtres leur prescrivaient un remède à partir de l’interprétation de leurs rêves. Les serpents, des animaux considérés comme sacrés, jouaient un rôle important dans le culte d’Eusculape : des serpents non venimeux rampaient sur le sol du sanctuaire, au milieu des malades et des blessés. En plus de l’autel et du dortoir, le temple contenait aussi une fontaine pour nettoyer les plaies des malades, des bains et un gymnase. Les remèdes prescrits étaient le plus souvent un bain de purification ou un passage au gymnase, accompagnés d’un régime alimentaire spécifique. L’Asclépiéion de Balagrae était particulièrement réputé pour la guérison des enfants, ainsi que le montrent les objets découverts lors des fouilles.

Portique de l’Asclépiéion de Balagrae

Un nouveau complexe a été construit à l’époque romaine, par l’Empereur Hadrien. Il s’agit d’un espace de 40m de long sur 35m de large, entouré de portiques. Le complexe contenait trois temples : le plus grand était celui d’Eusculape, au centre, tandis que l’un des deux autres était consacré à Sérapis, le dieu protecteur de la ville d’Alexandrie ; on ne sait pas quel dieu était vénéré dans le troisième temple.

Odéon de l’Asclépiéion de Balagrae (Source)

L’Asclépiéion contenait également un odéon, un petit théâtre destiné à des concerts musicaux. Il était connu dans l’Antiquité que la musique avait un effet apaisant sur les personnes atteintes de troubles mentaux. L’Asclépiéion employait probablement des musiciens qui jouaient de la musique pour les malades. L’odéon servait peut-être aussi de lieu de réunion du personnel médical.

Balagrae a beaucoup décliné au cours de l’ère romaine, jusqu’à ne plus faire partie de la Pentapole.

Avec l’avènement de l’ère chrétienne, l’Asclépiéion de Balagrae a été transformé en église. La Cyrénaïque est la première région d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé et contient aujourd’hui certaines des ruines d’églises chrétiennes antiques les mieux conservées d’Afrique du Nord. Le philosophe chrétien Synesios, qui deviendra évêque de Ptolémaïs, est né à Balagrae.

Zaouïa sanoussie d’Al-Bayda

A l’ère islamique, la ville est célèbre pour son tombeau de Ruwaifi ibn Thabit al-Ansari, un compagnon du Prophète Mohammed. Plus récemment, en 1843, c’est ici que Mohammed Ali al-Senoussi a fondé la confrérie sanoussie. La zaouïa aux murs blancs qu’il a construite est à l’origine du nom de la ville, Al-Bayda (البيضاء, la blanche). Aujourd’hui, Al-Bayda est la quatrième ville de Libye, après Tripoli, Benghazi et Misrata.

L'Afrique du Nord romaine

Les conquêtes de Septime Sévère dans le Sahara

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L’Empire romain contrôlait tout le contour du bassin méditerranéen. En Afrique, il ne s’est jamais vraiment intéressé aux terres situées au-delà des côtes méditerranéennes, à l’intérieur du continent. Au début du 3° Siècle, l’Empereur Septime Sévère, qui était d’origine amazighe libyenne, a cependant brièvement conquis de nouveaux territoires, étendant sa domination sur certaines régions du Sahara.

Conquêtes de Septime Sévère dans le Sahara

Avant Septime Sévère

La frontière Sud de l’Afrique romaine était une des plus dangereuses de l’Empire, attaquée régulièrement par les tribus amazighes du Sahara. Les Romains ont même créé une province militaire spéciale dans le Sud de la Numidie, avec pour capitale Lambèse (Tazoult), afin de lutter contre ces insurrections.

En 19 avant notre ère, le proconsul d’Afrique Lucius Cornelius Balbus envahit l’oasis de Cydamus (Ghadamès), qui était auparavant habitée par les Garamantes. Depuis Cydamus, il lance une expédition d’exploration du Sahara, jusqu’au fleuve Niger. Avant Septime Sévère, le contrôle romain de Cydamus était limité.

Campagne africaine de Septime Sévère

Après sa victoire contre les Perses, Septime Sévère décide de sécuriser la frontière Sud de son Empire, dans son Afrique natale. Il commence par installer une garnison militaire à Cydamus, d’où il entame une campagne militaire contre les Garamantes. Il conquiert d’abord les villes garamantes de Garbia et Gholaia (Bu Njem), au Sud de Leptis Magna, dont il fait des camps militaires. En 202, il s’empare de Garama, la capitale des Garamantes, et prend le contrôle de leur territoire.

Septime Sévère élargit également le territoire de la Numidie romaine, en conquérant une grande partie du territoire des Gétules.

Après sa campagne africaine, Septime Sévère fortifie toute la frontière saharienne. Les tribus nomades du Sahara ne peuvent à présent plus s’attaquer à l’Afrique romaine, puis s’enfuir dans le désert.

Les conquêtes de Septime Sévère seront cependant éphémères : les Romains, peu habitués au climat désertique de ces régions, ne sauront pas les défendre. Les Garamantes reprendront vite le contrôle de tout leur territoire, y compris Cydamus.

Les autres villes de Cyrénaïque, Les Grecs en Afrique du Nord

Les autres villes de Cyrénaïque : Barca, la ville gréco-libyenne

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Barca, une des villes de la Pentapole, la confédération de cinq villes grecques établies en Libye, était située à l’emplacement de l’actuelle ville d’El-Marj. Fondée dans une région auparavant habitée par des tribus autochtones libyennes, la ville sera peuplée, dès ses débuts, à la fois par des Grecs et des Libyens. Le mélange entre ces deux peuples est plus marqué à Barca que n’importe où ailleurs en Cyrénaïque. L’élite autochtone est intégrée à l’administration de la ville, ainsi que l’illustre l’exemple du gouverneur Alazir. Malheureusement, il ne reste rien aujourd’hui de la ville antique.

Cimetière d’Al-Munaykhrat : un des rares vestiges antiques qui subsistent près d’El-Marj (Source)

A l’origine, la région de Barca était habitée par la tribu amazighe libyenne des Barraci. Après la fondation de Cyrène, en 631 avant notre ère, les colons grecs ont fait alliance avec les tribus autochtones.

Arcésilas II sur son trône

Pendant le règne du roi Arcésilas II de Cyrène (560-550), son conseiller, Léarque (qui, selon certaines sources, était aussi son frère), se rebelle contre lui. Léarque fait alliance avec les tribus amazighes, privant le roi de précieux alliés. Ensemble, Grecs et Amazighs fondent la ville de Barca. Ils déclarent ensuite la guerre à Cyrène. Ils sont victorieux et Léarque s’empare du trône de Cyrène, mais il sera rapidement tué.

Alazir (image créée par ChatGPT)

Quelques décennies plus tard, le roi de Cyrène Arcésilas III (530-515), craignant un soulèvement contre lui à Cyrène, s’enfuit à Barca. Arcésilas III a des liens familiaux avec les Amazighs de la ville : Alazir, le gouverneur de Barca, issu d’une tribu amazighe, est le père de sa femme. Un jour, sur la place du marché de Barca, il est reconnu par un groupe d’exilés de Cyrène, qui le tuent avec Alazir.

A cette époque, l’Egypte est sous occupation perse, depuis 525. Après la mort d’Arcésilas III, sa mère Phérétima fait appel au gouverneur perse d’Egypte pour le venger, prétendant qu’il a été tué à cause de sa loyauté envers les Perses. L’armée perse assiège Barca et déporte sa population, puis entre dans Cyrène, sur l’invitation de Phérétima : c’est le début de la domination perse de la Cyrénaïque.

L’Empereur de Perse Darius I installe une partie des captifs de Barca dans un village en Bactriane (Asie centrale, Afghanistan actuel). Cette communauté existait encore à l’époque de l’historien grec Hérodote, près d’un siècle après.

Lutte grecque

En 462, la même année où le roi Arcésilas IV de Cyrène remporte la course de chars aux Jeux Pythiques avec un attelage de chevaux libyens, Amnésias, un athlète originaire de Barca, est victorieux en lutte. Amnésias, qui était berger, est célèbre parce qu’il s’entraînait à la lutte avec un taureau alors qu’il gardait ses troupeaux. Il a emmené son taureau à Delphes pour la compétition, puis il a fait le tour de la Grèce avec lui. (Source)

Monnaie perse frappée à Barca

Barca a beaucoup prospéré pendant l’occupation perse. Vers la fin du 5° Siècle, elle était apparemment la plus grande ville de Cyrénaïque, devant Cyrène.

En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Barca, comme le reste de la Cyrénaïque, fait partie de l’Empire d’Alexandre le Grand.

Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron

Dans la guerre civile qui a suivi la mort d’Alexandre le Grand, Barca, comme la ville voisine d’Euhespérides (Benghazi), soutient la révolte du mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. Thibron est vaincu par Cyrène, avec le soutien des Ptolémée d’Egypte. Ensuite, la Cyrénaïque fera partie de l’Egypte des Ptolémée.

Ptolémée III Evergète construit une nouvelle ville, Ptolémaïs, sur le site de l’ancien port de Barca. La ville, privée de son accès à la mer, commence à décliner. Bientôt, elle ne fait plus partie de la Pentapole.

La Cyrénaïque est la première région d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé et contient aujourd’hui certaines des ruines d’églises chrétiennes antiques les mieux conservées d’Afrique du Nord. Le premier évêque chrétien connu de Barca est Zopyrus, qui a participé au Concile de Nicée, en 325.

Barca existe toujours à l’époque romaine, puis byzantine, mais ce n’est plus qu’une petite ville sans importance.

Barca est une des premières villes de Cyrénaïque conquises par l’armée du califat islamique, en 643-644. Les musulmans décident d’en faire leur nouvelle capitale provinciale. Son nom est arabisé برقة (Barqa). Avec le temps, toute la région connue auparavant sous le nom de Cyrénaïque sera appelée برقة en arabe.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines

Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines : Cyprien, évêque de Carthage

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Trois des plus grandes figures chrétiennes de cette époque étaient nord-africaines. Dans cet article, nous découvrirons la vie de Cyprien, le plus grand évêque de Carthage.

Cyprien de Carthage

Thascius Caecilius Cyprianus est né à Carthage, vers 210, dans une riche famille d’origine amazighe. Dans sa jeunesse, il fait des études de droit. Il fait carrière en tant qu’avocat et professeur de rhétorique. Avant sa conversion, il était connu en tant que membre influent d’une confrérie de juristes carthaginois.

Il se convertit au christianisme vers l’âge de 35 ans. Après son baptême, il vend sa maison et distribue l’argent aux pauvres, conformément à l’enseignement de l’Eglise pour les croyants riches. Ses amis étaient tellement touchés par ce geste qu’ils se sont cotisés pour racheter la maison et la lui offrir.

Deux ans après sa conversion, vers 248, l’évêque de Carthage meurt et Cyprien est choisi pour lui succéder. Il commence par refuser, se jugeant lui-même indigne de cette responsabilité, mais finit par accepter. S’il est très populaire auprès des fidèles, le clergé carthaginois désapprouve la nomination d’un homme assez récemment converti, qui n’a pas servi de longues années comme eux. Ils continueront à s’opposer à lui pendant son épiscopat. Malgré cela, Cyprien deviendra un des évêques les plus influents de son époque.

Peu après sa nomination, la persécution éclate : le nouvel Empereur Dèce ordonne à tous ses sujets d’offrir des sacrifices aux dieux romains, laissant aux chrétiens le choix entre le reniement ou le martyre. Cyprien se cache, tout en continuant à encourager les croyants à tenir ferme par des lettres. Face à ceux qui l’accusent de lâcheté, il se défend en disant qu’il n’a pas fui pour sauver sa propre vie, mais pour ne pas laisser les croyants sans berger face à la persécution.

Après chaque vague de persécution, l’Eglise chrétienne était confrontée à un choix difficile : que faire des lapsi (« ceux qui sont tombés »), ces croyants qui avaient cédé à la pression et renié leur foi, mais qui le regrettaient maintenant et souhaitaient être restaurés par l’Eglise ? Face à cette polémique, Cyprien décide de convoquer un concile assemblant tous les évêques d’Afrique romaine afin de discuter de la question. Entre les indulgents, qui veulent restaurer immédiatement les lapsi dès leur repentance, et les intransigeants, qui leur refusent toute possibilité de restauration, le concile choisit d’imposer une pénitence plus ou moins longue, avec un suivi de leur évêque, afin de s’assurer de leur sincérité. Cette décision permet à Cyprien et aux autres évêques de traiter chaque situation au cas par cas. Cyprien insiste notamment sur la distinction entre ceux qui ont cédé pour sauver leur vie ou leur famille, ou pour échapper à la torture, et ceux qui ont sacrifié aux idoles librement, sans être en danger. Le concile décide aussi que ceux qui se sont repentis et ont été restaurés ne pourront plus jamais exercer de responsabilités dans l’Eglise.

A cette époque, des groupes de chrétiens qui étaient en désaccord avec Cyprien, sur la question des lapsi ou sur d’autres questions, ont commencé à se réunir entre eux hors du cadre de l’Eglise officielle. Pour Cyprien, ces schismatiques ont brisé l’unité de l’Eglise et se sont ainsi séparés eux-mêmes de la vérité, ainsi qu’il l’écrit dans un de ses ouvrages principaux, De l’unité de l’Eglise : « Nul ne peut avoir Dieu pour père s’il n’a pas aussi l’Eglise pour mère. » Pour cette raison, il tient aussi à rebaptiser les croyants qui quittent ces églises indépendantes pour l’Eglise établie, parce qu’il estime que les baptêmes administrés en dehors de l’Eglise établie ne sont pas valides. Sur cette question, il est entré en conflit avec l’évêque Etienne de Rome, qui estimait que ces croyants étaient déjà baptisés et pouvaient donc être immédiatement admis dans l’Eglise établie. Cyprien défend fermement sa position, à la fois par conviction doctrinale et parce qu’il refuse de voir un autre évêque empiéter sur ses prérogatives.

La position de Cyprien sur cette question est fondée sur sa compréhension de ce qu’est l’Eglise : une institution sacrée, établie par Christ lui-même, dont on ne peut se séparer sans encourir la colère de Dieu. Il ne distingue pas l’Eglise universelle, composée de tous les croyants du monde entier, de l’Eglise institutionnelle, avec ses évêques et structures administratives. La vision de Cyprien est encore aujourd’hui le fondement de la théologie catholique.

Cyprien a également joué un grand rôle dans l’institutionnalisation de l’Eglise : alors qu’avant, les églises chrétiennes étaient des assemblées assez informelles dans lesquelles chaque croyant s’impliquait librement selon ses dons, il instaure une hiérarchie et une administration structurée, fortement inspirée de l’administration romaine, avec à sa tête l’évêque, vu comme un représentant de Christ. Cyprien est cependant très attaché au principe d’autonomie de l’Eglise dans chaque ville et région : les évêques sont tous égaux et aucun d’eux n’a autorité sur les autres, pas même l’évêque d’une grande ville comme Carthage sur les autres évêques africains. Son conflit avec Etienne de Rome montre qu’il aurait refusé que l’évêque de la capitale impériale ne revendique le statut d’évêque universel.

En plus de la persécution, l’épiscopat de Cyprien sera marqué par un autre fléau : la peste. Alors que la population de Carthage et de tout l’Empire est décimée, Cyprien et les chrétiens de la ville viennent en aide aux malades, qu’ils soient chrétiens ou non. Cyprien écrit aussi un livre, De la mortalité, dans lequel il explique pourquoi Dieu permet que les hommes soient frappés par de telles épidémies. La conduite de Cyprien pendant l’épidémie a beaucoup contribué à sa popularité.

La basilique St-Cyprien de Carthage, construite sur le lieu de son martyre

Fin 256, la persécution éclate de nouveau. Cyprien comparaît devant le proconsul romain et refuse de renier sa foi en sacrifiant aux idoles. Il est exilé à Curubis (Korba), d’où il continue à encourager et réconforter ses fidèles. Après un an, il est autorisé à revenir à Carthage, mais emprisonné dans sa propre maison. Finalement, après la publication d’un nouvel édit impérial ordonnant l’exécution de tous les évêques chrétiens, il est condamné à être décapité. Il est exécuté publiquement le 14 septembre 258, devant une foule assemblée pour lui rendre hommage. Avant de mourir, il a fait don de 25 pièces d’or à son bourreau.