Gafsa, en Tunisie, une des villes les plus anciennes d’Afrique du Nord, était le centre d’une civilisation très ancienne : la civilisation capsienne. A l’époque romaine, elle s’appelait Capsa. Plusieurs des plus belles mosaïques d’Afrique romaine ont été retrouvées dans la région de Gafsa.
Mosaïque de Vénus à la pêche (Source : Zaher Kammoun)
Vénus, la déesse de l’amour et de la beauté dans la mythologie romaine, était particulièrement populaire dans l’art romano-africain. Plusieurs mosaïques de Vénus ont été découvertes en Tunisie, à Carthage, Hadrumetum (Sousse) et ailleurs. Celle-ci a été retrouvée dans la région du Talh, près d’El-Guettar, dans le gouvernorat de Gafsa. Elle date du 4° Siècle et représente Vénus à la pêche, entourée de deux Amours. Elle est conservée aujourd’hui au Musée archéologique de Gafsa.
Mosaïque du Talh, ou Mosaïque des Jeux athlétiques et de pugilat (Source : Zaher Kammoun)
Cette mosaïque, comme la précédente, a été retrouvée à Talh et date du 4° Siècle. Il s’agit d’une des plus grandes mosaïques d’Afrique du Nord, avec une surface de 24,3m. Elle représente les diverses activités sportives pratiquées à cette époque dans le monde romain, comme la course à pied, la lutte, le lancer de disque et le saut, avec la remise des prix aux vainqueurs des compétitions. Elle est également conservée au Musée archéologique de Gabès.
Cette mosaïque, plus récente que les précédentes, n’est conservée qu’en partie. Découverte en 1888 à Gafsa, elle représente une course de chevaux. Elle est exceptionnelle en ce qu’elle représente également les spectateurs, de manière stylisée. Elle est conservée au Musée du Bardo, à Tunis.
Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. En plus des Empereurs d’origine africaine, dont nous avons déjà parlé, il y a eu également des Impératrices originaires d’Afrique du Nord, que nous découvrirons dans cet article.
En avril 202, alors que Caracalla a 14 ans, son père arrange son mariage avec Fulvia Plautilla. Le père de la nouvelle Impératrice, Caius Fulvius Plautianus, est préfet de la garde prétorienne. C’est un cousin et proche allié de Septime Sévère, originaire de Leptis Magna comme lui. Le mariage de sa fille avec le jeune Empereur est destiné à solidifier leur alliance.
Le mariage forcé de Caracalla et Fulvia Plautilla sera très malheureux : Caracalla méprise son épouse. L’historien latin Dion Cassius dit que la nouvelle Impératrice menait une vie de prodigalité, mais il s’agit probablement de propagande destinée à noircir son image. Des inscriptions sur des pièces de monnaie semblent indiquer qu’ils ont eu une fille, mais en réalité, leur mariage n’a probablement jamais été consommé.
En 205, Caius Fulvius Plautianus est exécuté pour trahison. Fulvia Plautilla est exilée en Sicile avec son frère. Après la mort de Septime Sévère, en 211, Caracalla les fait assassiner.
L’épouse de Macrin
Macrin, le préfet du prétoire de Caracalla, qui a régné brièvement après la mort de son maître, était originaire de Césarée (Cherchell). On ne sait presque rien de son épouse, appelée Nonia Celsa dans des sources tardives et peu fiables. Si ce nom est authentique, il pourrait indiquer qu’elle était d’origine africaine comme son mari : le nom Nonia était courant en Numidie et en Maurétanie, mais aussi en Espagne.
Les épouses d’Héliogabale
Julia Soaemias, la mère d’Héliogabale
Héliogabale est le fils de Julia Soaemias, une cousine de Caracalla. Après la mort de Caracalla, sa mère le porte au pouvoir en prétendant qu’il est le fils illégitime du défunt Empereur. La plupart des historiens modernes doutent que Caracalla était vraiment son père.
Héliogabale est d’origine syrienne : sa mère est issue de la famille royale d’Emèse (Homs). Afin de symboliser l’unité de l’Empire, il est encouragé à prendre une épouse issue des provinces occidentales. Deux de ses épouses sont parfois décrites comme d’origine nord-africaine, mais leur lien réel avec l’Afrique est ténu.
Julia Cornelia Paula
La première épouse d’Héliogabale, Julia Cornelia Paula, est issue d’une famille de la vieille noblesse romaine. On sait que sa famille possédait des terres en Afrique et que certains membres s’y sont installés. Rien n’indique cependant que Julia Cornelia Paula elle-même avait des liens avec l’Afrique.
En 220, Héliogabale a divorcé de Julia Cornelia Paula pour épouser Aquilia Severa. Ce mariage a provoqué un immense scandale à Rome : la nouvelle Impératrice est une prêtresse vestale ! Les vestales, gardiennes du feu sacré de la déesse Vesta, faisaient le vœu de rester toujours vierges. Les vestales qui perdaient leur virginité étaient enterrées vivantes. Selon certaines sources, Héliogabale aurait violé Aquilia Severa, avant de la contraindre à l’épouser pour échapper au châtiment qui l’attendait pour avoir perdu sa virginité. Pour Héliogabale, leur mariage symbolise l’union entre Elagabaal, un dieu syrien du soleil dont il était prêtre, et la déesse romaine Vesta : il espère ainsi pouvoir proclamer le culte d’Elagabaal comme nouveau culte officiel de l’Empire.
Annia Faustina
Sous la pression de son entourage, Héliogabale a divorcé d’Aquilia Severa après moins d’un an et épousé Annia Faustina, une veuve dont le premier mari, Pomponius Bassus, vient d’être exécuté pour trahison. Annia Faustina est une Impératrice bien plus acceptable pour l’élite romaine : elle est l’arrière-petite-fille de Marc-Aurèle et la descendante de l’ancienne dynastie impériale qui a précédé les Sévère. Sa mère avait un vaste domaine en Pisidie (Turquie actuelle), ou elle a grandi. Comme pour Julia Cornelia Paula, elle est parfois décrite comme d’origine africaine parce que des membres de sa famille possédaient des terres en Afrique, mais rien n’indique un lien plus profond.
Le mariage d’Héliogabale avec Annia Faustina est encore plus court que son précédent mariage : après quelques mois, Héliogabale divorce pour retourner avec Aquilia Severa, affirmant que leur divorce n’était pas valide. L’Empereur est assassiné peu après.
Héliogabale n’a jamais été proche d’aucune de ses épouses : il était homosexuel et avait une liaison avec son conducteur de chars.
Cornelia Supera : l’épouse d’Emilien
Pièce de monnaie à l’effigie de Cornelia Supera
Emilien est un militaire originaire de l’île de Djerba, qui a régné pendant trois mois en 253. Son épouse, Cornelia Supera, était également d’origine africaine. Ils se sont probablement mariés alors qu’Emilien vivait encore en Afrique.
Image de couverture : Mariage de Felix et Drusilla de Maurétanie – Image créée par ChatGPT
Drusilla : une princesse maurétanienne ?
Juba II
Cléopâtre Séléné
L’historien romain Tacite rapporte qu’Antonius Felix, un esclave affranchi de la famille impériale, devenu gouverneur romain de Judée, « avait épousé Drusilla, petite-fille d’Antoine et de Cléopâtre » (Histoires, livre V, 9). Ce passage de Tacite est la seule mention de cette Drusilla. Comme nous le verrons par la suite, le récit de Tacite pose problème, au point où certains historiens modernes pensent qu’il s’est trompé.
Le général romain Marc-Antoine et la reine Cléopâtre d’Égypte ont eu trois enfants. Leur fille Cléopâtre Séléné a épousé le roi Juba II de Maurétanie. Leurs autres enfants sont probablement morts jeunes et n’ont pas de descendance connue.
Ptolémée de Maurétanie
Tacite semble penser que Drusilla était la fille de Juba II et Cléopâtre Séléné. Cependant, au niveau chronologique, il est plus probable qu’elle était leur petite-fille, probablement la fille de leur fils Ptolémée, qui est devenu roi de Maurétanie après la mort de son père. Le terme latin employé par Tacite, neptem, signifie le plus souvent petite-fille, mais peut aussi désigner une descendante au sens large.
Plusieurs femmes de l’élite romaine à cette époque s’appelaient Drusilla, en l’honneur de Julia Drusilla, la soeur de l’Empereur Caligula. Julia Drusilla était la cousine de Ptolémée de Maurétanie, il est donc logique qu’il ait donné son nom à sa fille.
Felix était un esclave affranchi de l’Empereur Claude (ou de sa mère Antonia la Jeune, selon les sources). Grâce à l’influence de son frère Pallas, qui a servi comme secrétaire au trésor pendant le règne de Claude, Felix a été nommé gouverneur de Judée. Pendant son mandat, il était réputé pour sa cruauté et sa corruption : il a notamment fait assassiner le grand-prêtre juif Jonathan. Les aristocrates romains comme Tacite méprisaient Felix, un ancien esclave parvenu au sommet du pouvoir.
Comment un simple esclave affranchi aurait-il pu épouser une princesse de Maurétanie ? La princesse déchue vivait certainement à la cour impériale, il est donc possible que l’Empereur lui-même ait arrangé leur mariage. Cela paraît cependant surprenant, étant donnée leur différence de statut social.
Drusilla de Judée
En revanche, les historiens antiques s’accordent à dire que Felix a épousé une autre Drusilla : la fille du roi de Judée Hérode Agrippa. Alors qu’elle était déjà mariée au roi Aziz d’Emèse (l’actuelle Homs, en Syrie), qui s’était converti au judaïsme pour l’épouser, Felix la séduit et la convainc de quitter son mari pour lui. Leur mariage fait scandale, pour les Juifs comme pour les Romains.
Felix et Drusilla sont même mentionnés dans la Bible : alors que l’apôtre Paul, arrêté à Jérusalem pour sa prédication, est en prison, en attente de jugement, le gouverneur Felix, avec son épouse, le font venir pour s’entretenir de sa foi avec lui. Felix espère surtout que Paul lui offre de l’argent pour qu’il le libère, ce que Paul refuse de faire. Le fait que le texte mentionne que l’épouse de Felix est juive montre qu’il s’agit de Drusilla de Judée et non de Drusilla de Maurétanie.
Felix et Drusilla ont eu un fils, Marcus Antonius Agrippa, qui est mort dans l’éruption du Vésuve, un volcan du Sud de l’Italie, en 79. L’historien Flavius Josèphe dit qu’il est mort « σὺν τῇ γυναικὶ » (sun tè gunaiki), littéralement « avec la femme ». La traduction la plus probable est qu’il est mort avec son épouse, mais une autre possibilité est que l’auteur fait référence à la femme mentionnée précédemment dans le texte : sa mère, Drusilla.
Une confusion de Tacite ?
L’Apôtre Paul s’entretient avec Felix et Drusilla
Comment concilier le passage de Tacite avec le récit du mariage de Felix avec Drusilla la fille du roi de Judée ? Il est possible que Felix ait épousé Drusilla de Maurétanie à Rome, avant d’être nommé gouverneur de Judée. Cependant, aucune source historique ne mentionne qu’il était déjà marié lorsqu’il a rencontré Drusilla de Judée, ou qu’il aurait divorcé pour l’épouser. L’historien juif Flavius Josèphe, qui s’indigne du fait que Drusilla ait abandonné son mari pour épouser Felix, n’aurait certainement pas manqué de le rapporter si Felix avait fait la même chose !
Un autre historien romain, Suétone, rapporte que Felix « épousa trois reines ». On ne sait pas exactement ce qu’il entend par le terme de « reines » : il pourrait s’agir d’un simple titre honorifique, voire même d’un emploi satirique – courant chez Suétone.
Généalogie supposée de Drusilla de Maurétanie
Il faut préciser aussi que Drusilla de Maurétanie n’a jamais été « reine » au sens strict : ce titre n’était donné qu’aux souveraines de territoires reconnus par Rome, alors que la Maurétanie était déjà une province romaine. Certains ont même spéculé que le titre de « reine » impliquait que Drusilla de Maurétanie a dû épouser un autre roi par la suite, peut-être Sohaemus d’Emèse. Là encore, il n’y a absolument rien pour l’indiquer.
Drusilla dans la dynastie hérodienne – Clic pour agrandir
Par ailleurs, en examinant plus attentivement les sources, on note que, toujours selon Flavius Josèphe, Drusilla de Judée a été promise en mariage à Ptolémée de Maurétanie dans son enfance (une pratique courante à une époque où les mariages royaux étaient avant tout une question d’alliances politiques). Leur mariage n’a jamais eu lieu, parce que Ptolémée est mort alors que Drusilla était encore trop jeune. Flavius Josèphe écrit à une époque plus proche des faits que Tacite et il avait des liens privilégiés avec la famille royale de Judée, son récit peut donc être considéré comme fiable.
En l’absence de toute autre mention d’une princesse maurétanienne nommée Drusilla, il est plus vraisemblable que Tacite ait confondu Drusilla de Judée avec la descendante de Cléopâtre et de Marc-Antoine. Cette confusion pourrait provenir de la mention, par Flavius Josèphe, d’un projet de mariage entre Ptolémée de Maurétanie et Drusilla de Judée. Il est également possible que Tacite ait tout simplement cherché à souligner le contraste social entre Felix et son épouse, en lui attribuant une ascendance encore plus illustre qu’elle ne l’était en réalité.
Monnaie à l’effigie de Zénobie
Zénobie, une reine arabe de Palmyre, en Syrie, qui a mené une révolte contre Rome au 3° Siècle, prétendait être la descendante de Cléopâtre d’Egypte. Pour certains, Drusilla de Maurétanie et son deuxième mari Sohaemus d’Emèse sont devenus les ancêtres, non seulement de Zénobie, mais aussi de Julia Domna, l’épouse syrienne de l’Empereur Septime Sévère. La plupart des historiens modernes pensent cependant que cette princesse maurétanienne n’a jamais existé, mais que toutes les sources qui en parlent se basent sur la confusion de Tacite.
Au 3° Siècle, l’évêque Firmus de Thagaste, en Numidie, a accueilli dans sa maison un homme recherché par l’Empereur romain Maximien. Lorsque l’Empereur a envoyé ses troupes pour l’arrêter, il a refusé de le leur livrer, malgré le risque pour lui-même. L’Empereur, impressionné par son courage, lui a accordé la grâce de cet homme. Cet épisode a inspiré le principe moderne de droit d’asile.
Firmus est le premier évêque connu de Thagaste (Souk Ahras), une ville de Numidie qui deviendra célèbre par la suite comme le lieu de naissance d’Augustin d’Hippone. Il a accueilli ce réfugié en 289, sous le règne de l’Empereur Maximien. A cette époque, le christianisme était probablement majoritaire dans une grande partie de l’Afrique romaine, mais le nouveau culte n’était pas reconnu et les chrétiens étaient encore régulièrement persécutés. Firmus lui-même est mort martyr plusieurs années après.
Voici comment Augustin d’Hippone raconte cet épisode : « Voilà ce que fit autrefois un évêque de Thagaste, Firmus de nom, plus ferme encore de volonté ; car les appariteurs lui ayant porté l’ordre de l’Empereur d’avoir à livrer un homme qu’ils cherchaient et qu’il cachait dans sa maison, où il s’était réfugié ; avec tout le soin dont il était capable, il répondit à ceux qui demandaient cet homme, qu’il ne pouvait ni mentir ni le leur livrer, et quelque torture qu’on lui fit subir (car les Empereurs n’étaient pas encore chrétiens), il persista dans sa résolution. Conduit ensuite devant l’Empereur, il lui parut si digne d’admiration qu’il en obtint sans peine la grâce de celui qu’il avait recueilli. »
On ne sait rien de plus sur l’identité de ce fugitif et les raisons pour lesquelles l’Empereur voulait le capturer. Le fait qu’il s’est réfugié chez un évêque montre qu’il était probablement chrétien, mais cela ne veut pas forcément dire qu’il était persécuté pour sa foi. Firmus s’inspire peut-être aussi d’une tradition d’asile dans le droit coutumier amazigh.
Au cours des siècles suivants, cet épisode a beaucoup inspiré la tradition chrétienne du droit d’asile, notamment pour l’inviolabilité des lieux de culte.
Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. Il y a même eu plusieurs Empereurs d’origine africaine. Dans cet article, nous découvrirons le dernier et le moins connu de ces Empereurs africains : Emilien, originaire de l’île de Djerba, qui a régné pendant trois mois en 253.
Marcus Aemilius Aemilianus est né en 207, sur l’île de Djerba. Il était d’origine maure, issu d’une famille qui avait obtenu la citoyenneté romaine vers la fin du 1° Siècle avant notre ère. Son épouse, Cornelia Supera, était également d’origine africaine. Ils se sont probablement mariés alors qu’Emilien vivait encore en Afrique.
Dans sa jeunesse, Emilien s’engage dans l’armée romaine, ce qui lui permet de quitter son Afrique natale. Pendant le règne de l’Empereur Trébonien Galle (251-253), il est envoyé dans les Balkans, pour commander une armée stationnée sur le Danube. Sa mission principale est de défendre les frontières romaines contre les attaques des Goths. Alors que l’Empereur est très impopulaire dans l’armée, Emilien ambitionne déjà de le renverser.
En 253, les Goths, menés par leur chef Cniva, envahissent le territoire romain. Emilien, qui commande les troupes romaines dans la région, les attaque par surprise et remporte une victoire éclatante, tuant la plupart des ennemis. Il est alors proclamé Empereur par ses troupes victorieuses, en juillet 253.
Règne d’Emilien
Pièce de monnaie à l’effigie de Cornelia Supera, l’Impératrice d’Emilien
Après sa proclamation comme Empereur, Emilien marche contre Rome à la tête de ses troupes, à la rencontre de l’Empereur légitime Trébonien Galle. Les armées des deux rivaux s’affrontent à une centaine de kilomètres de Rome. Emilien est victorieux. Trébonien Galle et son fils Volusianus s’enfuient, mais ils sont tués peu après par leurs propres gardes.
Emilien continue sa marche vers Rome. Lorsque le Sénat le reconnaît comme Empereur, il leur écrit une lettre dans laquelle il s’engage à confier l’administration de l’Empire au Sénat et à se consacrer à la lutte contre les ennemis de Rome, notamment les Goths et les Perses. Sa propagande impériale se concentre sur ses capacités militaires : il se présente comme l’homme qui a vaincu les Goths contre toute attente, le seul capable de restaurer la stabilité dans l’Empire.
Le règne d’Emilien sera cependant de courte durée. Un autre officier militaire, Valérien, le gouverneur des provinces du Rhin, marche contre lui à la tête d’une armée. D’après certaines sources, Trébonien Galle avait lui-même appelé Valérien à l’aide avant de mourir, tandis que d’autres sources affirment qu’il s’est mis en route après la victoire d’Emilien, pour lui contester le trône. Les troupes d’Emilien, craignant une guerre civile, se mutinent et tuent Emilien en septembre 253.
Par la suite
Pièce de monnaie à l’effigie de Valérien
Valérien, le successeur d’Emilien, est capturé en 260, lors d’une bataille contre les Perses, et termine sa vie comme prisonnier en Perse. Il n’aura jamais été à Rome pendant tout son règne. L’emprisonnement de l’Empereur est une humiliation pour les Romains.
Vers la fin du 3° Siècle, un officier militaire appelé Carus s’empare du trône impérial et lance une campagne militaire victorieuse contre l’Empire perse. Ses fils Carinus et Numérien règnent avec lui. Certaines sources décrivent cette dynastie impériale comme d’origine nord-africaine, mais les historiens modernes contestent cette origine. Dans cet article, nous découvrirons les raisons de cette confusion.
Marcus Aurelius Carus est le préfet du prétoire de l’Empereur Probus (276-282). Lorsque Probus est assassiné, l’armée choisit Carus pour lui succéder. Les sources divergent quant à son rôle dans la mort de Probus : certains affirment qu’il était à l’origine de son meurtre, d’autres qu’il était loyal à son prédécesseur et a accepté sa succession pour le venger.
Carus nomme ses fils Carinus et Numérien comme Césars (Empereurs auxiliaires). Début 283, il nomme Carinus, l’aîné, co-Empereur, et le charge de gouverner l’Empire en son absence. Il se met ensuite en route vers l’Orient, pour une campagne militaire contre l’ennemi mortel des Romains : les Perses. Son deuxième fils Numérien l’accompagne.
Pièce à l’effigie de Carinus
La campagne de Carus est un succès : l’Empereur perse Vahram II, affaibli par la rébellion de son frère Hormizd, ne peut défendre efficacement son territoire. Carus s’empare de Ctésiphon, la capitale de l’Empire perse, et avance au-delà du fleuve Tigre. Il s’agit de la première campagne romaine victorieuse contre les Perses depuis celle de Septime Sévère. Carus peut ainsi venger les défaites de ses prédécesseurs. Pour ses victoires, il reçoit le titre honorifique de Persicus Maximus.
Les conquêtes romaines sont interrompues par la mort subite de Carus, en juillet 283. Selon les sources officielles, sa tente a été frappée par un éclair pendant un orage. Pour certains de ses soldats, sa mort est un châtiment divin pour avoir outrepassé les frontières légitimes de son Empire. D’autres pensent que l’Empereur a été empoisonné, peut-être par son garde du corps, le futur Empereur Dioclétien. Le meurtre en pleine campagne d’un Empereur victorieux serait cependant surprenant.
Pièce à l’effigie de Numérien
Son fils Numérien, qui n’a pas les compétences militaires de son père, retire immédiatement les troupes romaines de Perse. Tous les territoires conquis sont perdus.
Pendant le voyage de retour, Numérien, malade, voyage dans un carrosse fermé. Son préfet du prétoire, Arrius Aper, commande ses troupes à sa place. Un jour, des soldats remarquent une forte odeur qui sort de son carrosse. Ils ouvrent le carrosse et découvrent le corps de Numérien, mort depuis plusieurs jours. Arrius Aper est accusé de l’avoir tué et caché sa mort. Dioclétien, le garde du corps de l’Empereur, tue Arrius Aper et est proclamé Empereur par les troupes. Il est possible que Dioclétien ait lui-même tué Numérien.
Carinus, resté à Rome pour régner en l’absence de son père, marche à la rencontre de Dioclétien pour l’affronter. Avant la bataille, ses troupes l’abandonnent et rejoignent le camp de Dioclétien. Carinus est tué et Dioclétien s’impose comme le seul Empereur.
Une dynastie africaine ?
Les sources les plus anciennes s’accordent toutes à dire que Carus est né à Narbo (Narbonne), au Sud de la Gaule, et a grandi à Rome.
Couverture d’une édition de l’Histoire Auguste
L’Histoire Auguste, une collection de biographies tardives d’Empereurs romains, qui date du 4° Siècle, affirme qu’il était plutôt d’origine illyrienne (Balkans). Le texte cite aussi un certain Fabius Cerilianus, un auteur inconnu par ailleurs, selon lequel « ses parents n’étaient point Pannoniens [la Pannonie est une région de l’Illyrie], mais Carthaginois ». (Source)
L’historien du 16° Siècle Joseph Scaliger a repris l’Histoire Auguste comme une source valide, affirmant que les autres sources se sont trompées et que « Narbo » est en fait la ville de Narona, en Dalmatie (Croatie actuelle). Scaliger ne se prononce pas sur l’idée que les parents de Carus étaient originaires de Carthage. D’autres historiens après lui, dont le classique Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain de l’historien britannique Edward Gibbon, ont repris sa version. (Source)
L’historiographie moderne a cependant démontré que l’Histoire Auguste n’est pas une source historique fiable. Les Illyriens avaient la réputation d’être de vaillants soldats, ce qui explique pourquoi une biographie romancée inventerait des origines illyriennes à Carus. De plus, les prédécesseurs immédiats de Carus étaient Illyriens, de même que Dioclétien et ses successeurs. En faisant de Carus un Illyrien, l’Histoire Auguste obtient donc une longue liste ininterrompue d’Empereurs illyriens.
Par conséquent, les historiens plus récents admettent que Carus est né à Narbo, en Gaule, et n’avait pas d’origines illyriennes ni africaines.
Au 3° Siècle, l’Empire romain est passé par la plus longue période d’instabilité de son histoire : l’Anarchie militaire, marquée par les affrontements entre officiers militaires rivaux pour le pouvoir. En quelques décennies, une trentaine de prétendants au trône impérial se succèdent. En 240, alors que l’Empereur en place, Gordien III, n’a que 15 ans, le proconsul d’Afrique Sabinianus se révolte contre lui et se proclame Empereur à sa place. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire peu connue de ce prétendant au trône d’origine africaine.
Sabinianus, le successeur de Gordien comme proconsul d’Afrique, est issu d’une importante famille d’origine romano-africaine : il est originaire de la ville d’Acholla (Ras Botria, au Nord de Sfax). Les ruines d’Acholla, où Sabinianus est né, sont visibles sur la photo de couverture de cet article.
En 240, Sabinianus se proclame Empereur à la place de Gordien III. Basé à Carthage, il contrôle la province d’Afrique, mais il n’est pas reconnu ailleurs dans l’Empire. Sa rébellion sera de courte durée : il est rapidement éliminé par les fidèles de Gordien III.
Au 3° Siècle, l’Empire romain est passé par la plus longue période d’instabilité de son histoire : l’Anarchie militaire, marquée par les affrontements entre officiers militaires rivaux pour le pouvoir. En quelques décennies, une trentaine de prétendants au trône impérial se succèdent. En 238, l’année qui peut être considérée comme l’apogée de la crise, six Empereurs se sont succédés en un an ! Trois d’entre eux, sans être d’origine africaine, avaient des liens étroits avec l’Afrique et ont régné à Carthage.
Contexte
Maximin le Thrace
En 235, Sévère Alexandre, le dernier Empereur de la dynastie (d’origine africaine) des Sévère, est assassiné par ses troupes. Son assassinat marque le début de la période d’instabilité. L’armée choisit Maximin, un officier d’origine thrace, comme nouvel Empereur. Le Sénat confirme ce choix avec réticence, à cause des origines modestes de Maximin, le premier Empereur qui n’est pas issu de l’élite romaine. Pour consolider son pouvoir, Maximin commence par éliminer les fonctionnaires proches de son prédécesseur.
L’Afrique se révolte
Gordien I
Maximin s’avère être un Empereur très impopulaire. En 238, une révolte éclate en Afrique romaine, d’une ampleur telle que les propriétaires terriens arment même leurs ouvriers agricoles ! Les insurgés entrent à Thysdrus (El Jem), où ils tuent un fonctionnaire romain stationné dans la ville, puis proclament Gordien, le proconsul d’Afrique, Empereur à la place de Maximin. Gordien, âgé de 80 ans, commence par refuser à cause de son âge, mais accepte finalement, à condition que son fils, qui servait auparavant comme légat de son père à Thysdrus, soit co-Empereur avec lui. Ils règnent ensemble sous le nom de Gordien I et Gordien II et adoptent le cognomen (nom honorifique) Africanus.
Quelques jours après, Gordien entre à Carthage, avec le soutien de la population et des autorités locales. Il envoie des messagers au Sénat romain, qui le reconnaît comme Empereur à la place de Maximin.
Gordien II
Cependant, Capelianus, le gouverneur de Numidie, qui a des comptes à régler avec Gordien à cause d’un procès entre eux, fait alliance avec Maximin et envahit l’Afrique. Gordien II l’affronte près de Carthage, mais il est vaincu et tué. Ensuite, Gordien se suicide en se pendant avec sa ceinture. Les deux co-Empereurs n’ont régné que 22 jours.
Par la suite
Gordien III
L’échec de la rébellion en Afrique met le Sénat romain dans une position délicate : alors que Maximin se dirige vers Rome pour reprendre son trône, ils ne peuvent s’attendre à aucune clémence de sa part après avoir soutenu son rival. Alors, ils choisissent deux sénateurs, Pupien et Balbien, comme co-Empereurs. Ces deux hommes, issus de l’aristocratie, sont cependant honnis du peuple romain, qui proteste en jetant des pierres et des bâtons sur le cortège impérial. Sous la pression, ils font appel à Gordien III, le petit-fils de Gordien I et le neveu de Gordien II, pour régner avec eux.
En route pour Rome, Maximin assiège la ville d’Aquilée. Pendant le siège, ses troupes, qui manquent de nourriture, se mutinent et tuent Maximin. Pupien et Balbien sont tués peu de temps après par la garde prétorienne. Gordien III, le dernier Empereur survivant, règne seul.
Amphithéâtre d’El Jem, probablement construit par Gordien III
Gordien III est tué en 244, dans une bataille contre les Perses. Son successeur, Philippe l’Arabe (244-249), parvient à restaurer une certaine stabilité dans l’Empire, avant que la crise ne reprenne après sa mort.
Vers la fin de la Première guerre punique, les Romains assiègent la ville de Libybée, en Sicile. Un audacieux officier carthaginois, Hannibal le Rhodien, est entré dans la ville par la mer, en pleine vue des Romains, pour ravitailler les assiégés. Grâce à la vitesse supérieure de son navire, il a échappé aux troupes romaines.
–
Hannibal le Rhodien était un officier de l’armée carthaginoise, pendant la Première guerre punique. Son surnom « le Rhodien » vient probablement de ses qualités de navigateur : les habitants de l’île de Rhodes étaient connus pour être d’excellents marins. Hannibal le Rhodien était aussi un habile inventeur : son navire, qu’il avait lui-même construit, était équipé de fonctions spéciales qui le rendaient encore plus rapide que les autres navires de la flotte carthaginoise.
Vers 250, alors que la Première guerre punique fait rage depuis plus de 10 ans, les Romains ont pris le contrôle de la plus grande partie de la Sicile. L’armée romaine décide d’assiéger Lilybée (aujourd’hui Marsala), une des dernières villes carthaginoises de l’île.
C’est pendant ce siège que Hannibal le Rhodien s’est illustré. L’historien Polybe raconte comment il est entré dans le port de Lilybée, en plein jour et sans même chercher à se cacher de l’ennemi, pour apporter des provisions aux troupes carthaginoises assiégées. Puis, seul à bord de son navire, il repart et échappe facilement aux vaisseaux romains qui l’attaquent : son navire est si rapide que personne ne peut le rattraper. Polybe rapporte qu’il s’est même arrêté pour insulter et provoquer ses ennemis.
Après l’exploit de Hannibal le Rhodien, d’autres suivent son exemple. Grâce à ces expéditions, les Carthaginois peuvent non seulement ravitailler la ville assiégée, mais aussi récolter des informations utiles sur leurs ennemis. Les Romains, dépassés par tant d’audace, tentent sans succès de combler l’entrée du port.
Un jour, un navire carthaginois échoue sur un banc de sable. Les Romains s’en emparent et s’en servent pour poursuivre les autres navires qui viennent ravitailler la ville. Hannibal le Rhodien lui-même est finalement capturé pendant une de ses expéditions. Les Romains construiront leur propre flotte sur le modèle de son navire, ce qui leur permettra d’empêcher de nouvelles expéditions de ravitaillement.
Le fondement de la puissance de l’Empire romain était son armée, redoutable, bien armée et très disciplinée. A son apogée, on estime que l’armée romaine comptait environ 450 000 soldats. Vers la fin du 3° Siècle, Maximilien, un chrétien de la ville de Théveste (Tebessa), en Numidie, a été exécuté pour avoir refusé de servir dans l’armée. Il est considéré comme le premier objecteur de conscience, une inspiration pour tous ceux qui, après lui, ont refusé de porter les armes et de tuer pour une cause en laquelle ils ne croyaient pas.
Maximilien de Théveste est né en 274, à Théveste (aujourd’hui Tebessa, en Algérie). Son père, Fabius Victor, est un vétéran de l’armée romaine. En tant que fils d’un ancien soldat, la loi romaine exige que Maximilien se fasse enrôler dans l’armée à l’âge de 21 ans.
A cette époque, l’attitude des chrétiens à l’égard du service militaire variait beaucoup. En plus du recours à la violence, les sacrifices offerts lors des cérémonies militaires posaient également un problème de conscience aux chrétiens. D’une manière générale, les chrétiens déjà baptisés n’avaient pas le droit (ou, du moins, étaient découragés) de s’engager dans l’armée, mais les militaires qui se convertissaient au christianisme pouvaient continuer leur service. Certains chrétiens, comme Jules l’Africain, qui a servi comme officier sous Septime Sévère, avaient une vision beaucoup plus favorable de l’engagement militaire. Sous le règne de Dioclétien, qui a restauré une discipline militaire plus stricte, l’Eglise chrétienne a adopté une doctrine fermement antimilitariste.
Le 12 mars 295, jour de son 21° anniversaire, Maximilien a été amené par son père devant le proconsul d’Afrique, afin d’être enrôlé dans l’armée. Le père de Maximilien était lui-même chrétien et ne voyait manifestement pas de contradiction entre sa foi et l’engagement militaire. Maximilien, cependant, refuse de servir dans l’armée : « Je ne puis servir, je ne puis faire le mal, je suis chrétien. » Il ne veut pas non plus porter à son cou la médaille à l’effigie de l’Empereur Dioclétien, obligatoire pour tous les conscrits, parce qu’il estime que ce serait trahir Christ.
Face à son refus, Maximilien est arrêté et emprisonné. Lorsque le proconsul l’interroge sur les raisons de son refus, il répond qu’il croit que l’Evangile chrétien interdit toute forme de violence et que par conséquent, sa conscience lui interdit de servir dans l’armée. Lorsque le proconsul menace de le condamner à mort s’il persiste, il répond : « Je ne sers pas, tranche-moi la tête, je ne milite pas dans l’armée de ce monde, mais dans celle de mon Dieu. »Le proconsul, craignant que d’autres chrétiens ne suivent son exemple, le fait décapiter. Une matrone chrétienne appelée Pompeiana obtient son corps et l’enterre à Carthage.
L’histoire se souvient de Maximilien de Théveste comme le premier objecteur de conscience. A la même époque, d’autres chrétiens ont certainement aussi été mis à mort pour avoir refusé de servir dans l’armée. Pendant la guerre du Vietnam, un groupe de responsables religieux américains opposés à la guerre ont adopté le nom d’Order of Maximilian (Ordre de Maximilien), en mémoire de leur glorieux prédécesseur nord-africain.