L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

La guerre d’Actium : la dernière guerre civile romaine

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons la guerre d’Actium, la dernière guerre civile romaine avant la fondation de l’Empire, qui a eu lieu en grande partie en Egypte.

Contexte

Jules César, bien qu’il ait eu plusieurs enfant de différentes femmes, n’avait pas d’héritier légitime selon la loi romaine. Peu avant sa mort, il avait invité Cléopâtre d’Egypte à Rome, avec leur fils Césarion. Il avait probablement l’intention de faire de Césarion son héritier, mais il n’en a pas eu le temps : il est assassiné le 15 mars 44.

Marc-Antoine

Après sa mort, son fidèle allié Marc-Antoine et son fils adoptif Octave s’allient pour combattre ses assassins. Une fois victorieux, ils menacent de se battre entre eux pour le pouvoir.

Pour éviter une nouvelle guerre civile, ils forment un triumvirat avec un autre homme politique romain, Lépide, et décident de diviser le territoire romain entre eux. Pour sceller cet accord, Marc-Antoine épouse Octavie, la sœur d’Octave, présentée par les historiens romains comme la femme romaine idéale.

Octave Auguste

Peu après, cependant, Marc-Antoine part en Egypte, où, comme César avant lui, il a une liaison avec la reine Cléopâtre. Ils auront plusieurs enfants, dont Cléopâtre Séléné, la future épouse du roi Juba II de Maurétanie. En Egypte, Marc-Antoine tombe sous le charme, non seulement de Cléopâtre, mais aussi des mœurs flamboyantes de l’Orient… un crime impardonnable pour les sobres et fiers Romains.

Son rival, Octave, en profite pour fustiger Marc-Antoine comme un homme immoral, qui abandonne sa fidèle épouse et leurs enfants pour une vie de débauche avec une reine étrangère. En 32 avant notre ère, le Sénat romain déclare la guerre à Marc-Antoine, à l’initiative d’Octave.

La guerre d’Actium

Les premiers combats entre les armées d’Octave et de Marc-Antoine ont lieu en Grèce.

En septembre 31, leurs deux flottes s’affrontent en mer, lors de la bataille d’Actium. Cette bataille est une victoire décisive pour Octave : la flotte de Marc-Antoine, la plus large dans l’histoire romaine, est entièrement détruite. Marc-Antoine et Cléopâtre s’enfuient à Alexandrie.

Au printemps suivant, Octave poursuit Marc-Antoine jusqu’en Egypte. En juillet 30, il arrive à Alexandrie et assiège la ville. Marc-Antoine et Cléopâtre, vaincus, se suicident, Marc-Antoine en se jetant sur sa propre épée et Cléopâtre en se faisant mordre le sein par un aspic.

Après la guerre

Césarion, le fils de Cléopâtre et César, qui régnait sur l’Egypte avec sa mère, est tué peu après. Les enfants de Cléopâtre et Marc-Antoine sont amenés à Rome, pour être élevés par Octavie selon les mœurs romaines.

La défaite de Cléopâtre marque la fin du Royaume des Ptolémée : Octavien est proclamé Pharaon et l’Egypte devient sa propriété personnelle. En 27, lors de la fondation de l’Empire, l’Egypte devient une province romaine.

Par la suite

Après la défaite de Marc-Antoine, Octave règne en maître incontesté à Rome. En même temps, sa victoire met fin à la série de guerres civiles fratricides qui ont ravagé le monde romain, offrant aux peuples sous domination romaine ce qu’ils désiraient par-dessus tout : la paix.

Dans les mois qui suivent, il met en place une série de lois qui, tout en préservant les formes de la République, lui donnent des pouvoirs sans précédent dans l’histoire romaine. En 27, il proclame l’Empire romain et devient le premier Empereur, sous le nom d’Auguste.

Cléopâtre Séléné, la fille de Marc-Antoine et Cléopâtre, épousera Juba II et deviendra reine de Maurétanie. A Césaree (Cherchell), leur capitale, elle cherchera à raviver l’héritage de sa mère et de l’Egypte hellénistique. Leur fils Ptolémée sera le dernier roi de Maurétanie, avant son annexion par l’Empire romain.

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La guerre civile romaine en Afrique : César contre Pompée

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons l’impact de la guerre civile romaine de 49-45, entre Jules César et Pompée, en Afrique romaine et sur les Royaumes de Numidie et de Maurétanie.

Contexte

Pompée
Jules César

Vers le milieu du 1er Siècle avant notre ère, la République romaine est en crise profonde, ébranlée par la dictature de Sylla, puis le complot de Catilina. En 59, les trois hommes les plus puissants de Rome, Jules César, Pompée et Crassus, s’allient, formant le premier triumvirat. Cette alliance servira leurs intérêts, mais ses conséquences pour la République seront néfastes.

De 58 à 50, César est absent de Rome, pour sa guerre de conquête en Gaule. Ses succès militaires, notamment sa victoire contre le chef gaulois Vercingétorix, en 52, lui permettent d’accroître de plus en plus son pouvoir et ses richesses. Pendant ce temps, Pompée accumule les pouvoirs à Rome. Après la mort de Crassus, en 53, un affrontement entre César et Pompée semble inévitable.

En 52, Pompée est élu consul unique, rompant avec la tradition des deux consuls. En 50, il exige que César renonce au commandement de ses légions, argumentant que la conquête de la Gaule est terminée.

Début de la guerre civile

César franchit le Rubicon

En janvier 49, César franchit le Rubicon, une petite rivière qui marque la frontière de l’Italie romaine, à la tête de ses troupes. D’après la loi romaine, pour revenir sur le territoire romain, il aurait d’abord dû dissoudre son armée. Cet acte de César est donc une déclaration de guerre, par laquelle il se déclare rebelle contre la République romaine. A l’occasion de son passage du Rubicon, il aurait prononcé la fameuse phrase : « Alea jacta est », « Le dé est jeté. »

L’Italie romaine n’était pas du tout préparée pour une invasion. César s’empare sans résistance de plusieurs villes, puis il marche sur Rome. Pompée et ses alliés fuient la ville, avec beaucoup de sénateurs, craignant des représailles.

Pendant que César prend le contrôle de toute l’Italie, Pompée parvient à s’échapper en Grèce, d’où il lève une armée issue des provinces romaines orientales.

Au cours de la guerre civile, les partisans de César et de Pompée s’affronteront en Italie, en Espagne, en Afrique, en Grèce et en Asie. Dans cet article, nous nous concentrerons sur l’Afrique.

Premiers combats en Afrique

Juba Ier

Après la fuite de Pompée en Grèce, César marche vers l’Espagne. En même temps, il envoie un de ses alliés, Caïus Scribonius Curion, en Sicile, puis en Afrique. Les troupes de Pompée en Afrique sont commandées par Publius Attius Varus et soutenues par la cavalerie du roi de Numidie Juba Ier.

La première bataille a lieu près d’Utique. Les partisans de César sont victorieux et Varus est repoussé dans la ville d’Utique. Quelques mois plus tard, cependant, les troupes de César subissent une défaite décisive à la bataille de Bagradas (près du fleuve Medjerda), en octobre 49. Curion lui-même est tué au combat. Les partisans de Pompée contrôlent l’Afrique.

Juba Ier entre dans Utique et tue les derniers survivants du camp de César, sauf quelques sénateurs romains, qu’il fait prisonniers et ramène avec lui en Numidie, où ils seront exécutés. Après cette victoire, Juba Ier reçoit le titre de roi ami de Rome. Sa relation avec ses alliés romains reste cependant marquée par une certaine défiance : il exige d’être traité comme un allié, non comme un vassal, et veut surtout préserver l’indépendance de la Numidie.

Guerre de succession en Egypte

Cléopâtre

En 48, César et Pompée s’affrontent en Macédoine. Après plusieurs défaites, Pompée, désespéré, s’enfuit en Egypte. Dès son arrivée à Pélouse (Tell el-Farama), il est assassiné. César, qui le poursuit, arrive en Egypte trois jours après sa mort.

A cette époque, les deux derniers héritiers de la dynastie des Ptolémée, Ptolémée XIII et sa sœur Cléopâtre, s’affrontent pour le trône de l’Egypte. En arrivant en Egypte, César exige le remboursement de la dette égyptienne et propose de jouer le rôle de médiateur dans le conflit entre les deux prétendants. Assiégé à Alexandrie par les hommes de Ptolémée XIII, César rencontre Cléopâtre, qui le séduit et devient son amante. César prend alors le parti de Cléopâtre contre son frère.

Pendant le siège, César fait brûler les navires égyptiens qui se trouvent dans le port d’Alexandrie. L’incendie se répand et la bibliothèque d’Alexandrie est brûlée.

Début 47, une armée de soutien, venue de Syrie, arrive en Egypte. L’armée de César et Cléopâtre traverse le Nil pour les rejoindre. Ensemble, ils engagent le combat contre les troupes de Ptolémée XIII : c’est la bataille du Nil, qui se termine sur une victoire de César. Ptolémée XIII se noie en essayant de s’enfuir.

Après sa victoire, César reste plusieurs mois en Egypte. Sa croisière sur le Nil, avec Cléopâtre, est l’occasion de se reposer, mais aussi de s’assurer de la loyauté à Rome de la nouvelle reine d’Egypte. Lorsqu’il repart, Cléopâtre est enceinte. Leur fils, Ptolémée XV César, sera plus connu sous le nom de Césarion.

Dernière campagne de César en Afrique

Caton d’Utique

Après la mort de Pompée, certains de ses partisans ont décidé de poursuivre le combat. L’un d’eux, Caton, mène ses troupes à travers le désert de Cyrénaïque, jusqu’en Afrique, où il retrouve Scipion Metellus, le commandant des troupes africaines de Pompée. Le gouverneur romain de la province d’Hispanie ultérieure, au Sud de l’Espagne, se rallie à eux.

En quittant l’Egypte, César doit d’abord gérer une crise en Asie, où le roi Pharnace II a profité de la guerre civile pour reconquérir des territoires que Rome avait pris à son père, Mithridate VI. Sa victoire contre Pharnace sera si facile qu’il la décrira par un autre adage devenu célèbre : « Veni, vidi, vici », « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ».

De retour à Rome, il fait face à une mutinerie. En décembre 47, il rassemble ses légions en Sicile, pour aller combattre les derniers partisans de Pompée en Afrique. D’après une rumeur, en débarquant sur la côte africaine, César aurait trébuché, mais, en se relevant, il aurait apaisé les craintes superstitieuses de ses officiers, en saisissant deux poignées de sable et en s’exclamant : « Je te tiens, Afrique ! »

Au début de sa campagne, les troupes de César sont nettement moins nombreuses que leurs adversaires : Scipion Metellus commande dix légions (contre six pour César), sans compter la cavalerie numide de Juba Ier, avec aussi 120 éléphants de guerre. Après le refus de la ville d’Hadrumetum (Sousse) de lui ouvrir ses portes, César établit son quartier-général à Ruspina (Monastir). La première bataille, à Ruspina, est une victoire des partisans de Pompée.

A ce moment-là, le roi Bocchus II de Maurétanie envahit la Numidie, avec le soutien du mercenaire romain Publius Sittius. César n’a joué aucun rôle dans cette attaque, mais il en a profité, car Juba Ier a été contraint de se retirer pour défendre son territoire.

En février 46, César assiège Thapsus (Ras ed-Dimas), afin de pousser Scipion Metellus à l’affronter. La bataille décisive a lieu en avril 46. La victoire de César est totale : plus de 10 000 soldats ennemis sont tués. Metellus Scipion parvient à s’échapper par la mer, mais il se suicide lorsque son navire est intercepté.

Après la guerre

Caton, l’autre chef des partisans de Pompée, n’a pas pris part à la bataille, parce qu’il gardait la ville d’Utique avec ses hommes. A la nouvelle de la défaite, il se suicide pour ne pas être capturé par César. Sa popularité à Utique est telle que, sans craindre la vengeance de César, les habitants de la ville l’enterrent avec honneur et lui donnent le nom honorifique de Caton l’Uticain (Cato Uticensis).

Juba Ier n’a pas non plus participé à la bataille. Après la défaite, il erre de ville en ville, jusqu’à sa capitale, Zama. Partout, ses sujets lui ferment les portes de leurs villes, parce qu’il leur avait auparavant ordonné de ne pas l’accueillir s’il perdait sa guerre contre César. Seul et abandonné de tous, il finit par se suicider.

Massinissa II, le frère de Juba Ier, qui règne sur la Numidie avec lui, a également pris le parti de Pompée. On ignore ce qu’il est devenu après la guerre.

L’Afrique du Nord après la guerre civile – en vert foncé, le territoire de Publius Sittius (Source)

La Numidie est divisée : la partie orientale devient la province romaine d’Africa Nova, tandis que la partie occidentale est rattachée à la Maurétanie. Publius Sittius prend possession de la région de Cirta (Constantine), comme butin de guerre.

César reste quelques mois en Afrique, pour régler ses affaires dans la région, punir les villes qui avaient soutenu Pompée et superviser la construction de la nouvelle Carthage romaine. Il aura aussi une liaison avec Eunoé, la femme du roi Bogud de Maurétanie. En novembre 46, il passe en Espagne, pour y réprimer une insurrection avec l’aide de Bogud : c’est le dernier épisode de la guerre civile, qui dure jusqu’en février 45.

Par la suite

La mort de César

De retour à Rome, César est proclamé dictateur à vie. Peu après, le 15 mars 44, il est assassiné par un groupe de sénateurs, menés par Brutus, qui s’inquiètent de le voir accumuler tant de pouvoir.

En Afrique, Carthage, reconstruite sur ordre de César, devient la nouvelle capitale de l’Afrique romaine.

En Numidie, Arabion, le fils de Massinissa II, parviendra à chasser Bocchus II et Publius Sittius, pour reprendre le trône de son père.

Juba II, le fils de Juba Ier, grandit en captivité à Rome. Il deviendra par la suite le dernier roi de Numidie et de Maurétanie, avant leur annexion par Rome.

La guerre civile dans la poésie romaine
Un siècle après les événements, le poète romain Lucain a écrit une épopée, la Pharsale, qui met en scène la guerre civile romaine dans un cadre semi-mythologique. Par son admiration pour les partisans de Pompée, qui représentent l’ancienne République, l’auteur exprime sa nostalgie de ce passé et son hostilité à l’Empire. Par la suite, Lucain sera arrêté et condamné à mort pour sa participation à un complot contre l’Empereur Néron.
Les livres 4, 9 et 10 se déroulent en Afrique. La Pharsale peut être lue en ligne sur cette page.

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Complot à Rome : la conjuration de Catilina

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons la conjuration de Catilina, un ancien gouverneur d’Afrique romaine.

Débuts de Catilina

Catilina

Lucius Sergius Catilina est né vers 108 avant notre ère, dans une vieille famille patricienne. Pendant la guerre civile de Sylla, il rejoint le camp de Sylla et s’enrichit ensuite pendant sa dictature, grâce aux proscriptions.

En 67-66, il est gouverneur de la province romaine d’Afrique. Après son retour à Rome, des ambassades africaines viennent protester contre son administration. Il veut se présenter aux élections consulaires en 65, mais sa candidature est refusée. Il est jugé pour corruption pendant son mandat de gouverneur, mais acquitté grâce à ses relations haut-placées. Il se présente aux élections consulaires de 64 et 63, mais il n’est pas élu.

La conjuration de Catilina

Après sa dernière défaite aux élections consulaires, il commence à comploter pour s’emparer du pouvoir par la force en renversant les deux consuls de 63 : Cicéron – le plus grand orateur de l’histoire de Rome – et Caïus Antonius Hybrida. Sa conspiration rassemble une coalition de mécontents : sénateurs corrompus, aristocrates mécontents d’avoir perdu des élections, nostalgiques de la dictature de Sylla, etc.

Le complot est découvert par Cicéron, qui dénonce Catilina et ses complices au Sénat. Catilina fuit Rome, mais il est capturé, condamné à mort et exécuté.

Il est possible que Cicéron ait exagéré la menace que la conjuration de Catilina représentait pour Rome, afin de promouvoir sa propre carrière politique.

Par la suite

Pour les historiens romains, la conjuration de Catilina est un signe du déclin de la République romaine, qu’ils attribuent à la perte des valeurs traditionnelles romaines. L’historien Salluste en fait une des étapes principales de ce déclin, avec la guerre de Jugurtha, la dictature de Sylla et la guerre civile entre César et Pompée. L’Empire romain sera fondé par la suite afin de restaurer ces valeurs perdues.

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Spartacus était-il d’origine numide ?

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Spartacus était un gladiateur, devenu le chef d’une importante révolte d’esclaves qui a fait trembler Rome. Alors qu’il est généralement décrit comme Thrace, on entend parfois qu’il était d’origine numide. Dans cet article, nous découvrirons les origines de cette idée et expliquerons pourquoi c’est peu probable.

La mort de Spartacus

Qui était Spartacus ?

Né vers 103 avant notre ère, Spartacus a été capturé par les légions romaines dans sa jeunesse. Vendu à une école de gladiateurs de Capoue, en Italie, il a reçu une formation de gladiateur. En 73, il parvient à s’échapper avec d’autres gladiateurs. Dans les années qui suivent (73-71), il deviendra le chef d’une insurrection d’anciens esclaves.

La révolte de Spartacus est connue surtout par le film Spartacus, de Stanley Kubrick. Ce film mémorable prend néanmoins ses distances avec la réalité historique. Notamment, si, après leur défaite finale, 6 000 insurgés ont effectivement été crucifiés le long de la Voie Appienne, de Rome à Capoue, Spartacus n’en fait pas partie : il est mort au combat dans la dernière bataille. Par ailleurs, Spartacus ne s’est jamais battu pour la liberté de tous les esclaves ou pour l’abolition de l’esclavage, mais seulement pour un avenir meilleur pour lui-même et ses camarades.

A l’ère moderne, Spartacus est également devenu une icône communiste, en tant qu’esclave qui a lutté pour briser ses chaînes. Karl Marx le décrit comme « le héros le plus splendide de toute l’histoire antique ». Les Spartakiades, une compétition sportive internationale organisée en URSS de 1928 à 1937, ont été ainsi nommées en l’honneur de Spartacus. Plusieurs clubs sportifs, en Russie, en Ukraine et ailleurs, sont également appelés Spartak.

Spartacus Numide ?

Statue de Spartacus brisant ses chaînes

Pour les historiens du monde antique, la question des origines de Spartacus est une évidence : il était originaire de Thrace (Bulgarie actuelle). Pourtant, on peut lire aussi, sur les réseaux sociaux et dans certains médias, que Spartacus était d’origine numide. Théorie crédible ou récupération historique fumeuse ?

La plupart de ceux qui prétendent que Spartacus était Numide ne s’embarrassent pas de citer leurs sources. Après avoir découvert cette idée sur Facebook, il m’a fallu plusieurs heures de recherche pour enfin trouver une publication qui mentionne cette fameuse source. Ainsi, ce serait l’historien grec Plutarque qui parle des origines numides de Spartacus.

Plutarque est une des deux sources antiques les plus complètes sur la vie de Spartacus, avec un autre historien, Appien d’Alexandrie. Ses Vies parallèles sont une série de courtes biographies de personnages célèbres de l’Antiquité. Il mentionne Spartacus dans sa biographie de Crassus, le général romain qui l’a combattu.

Après vérification, la traduction française des Vies parallèles par Alexis Pierron, publiée en 1853 et disponible gratuitement en ligne, mentionne effectivement que Spartacus était « Thrace de nation et de race numide ». Une autre traduction plus ancienne, par Dominique Ricard (1829), dit qu’il était « Thrace de nation, mais de race numide ». Cette description n’a pas vraiment de sens, à moins que lui ou sa famille étaient des Numides immigrés en Thrace.

Cela suffit-il à clore la question ? Pas vraiment, dans la mesure où les traductions de Plutarque dans d’autres langues ne contiennent pas le mot « Numide ». D’après la traduction anglaise de John Dryden (1683), révisée par A.H. Clough (1859), Spartacus était « a Thracian of one of the nomad tribes » (Thrace d’une des tribus nomades). Plusieurs tribus thraces étaient nomades.

La Numidie antique

Il nous a donc fallu consulter le texte original grec. Les manuscrits les plus anciens des Vies parallèles décrivent Spartacus comme « ἀνὴρ Θρᾷξ τοῦ vομαδικοῦ γένους » (aner thrax tou nomadikou genous). On peut traduire littéralement par : « un homme Thrace de race nomade ». Plus récemment, le philologue allemand Konrad Ziegler a proposé en 1955 que « nomadikou » pourrait être une corruption de « Maidikou », les Maïdes étant une tribu thrace connue. Cette correction est aujourd’hui largement acceptée, si bien que les éditions grecques plus récentes modifient le texte en « ἀνὴρ Θρᾷξ τοῦ Μαιδικοῦ γένους » ((aner thrax tou Maidikou genous). Les traductions françaises qui décrivent Spartacus comme Numide datent d’avant cette modification. (Source)

Qu’en penser ? Si Konrad Ziegler a raison, alors Spartacus était « Thrace de race Maïde » ou « Thrace de la tribu Maïde ». La traduction « Numide » serait alors invalide, car fondée sur un manuscrit corrompu. Même si Konrad Ziegler se trompe et que « nomadikou » est bien le texte original, la traduction la plus logique serait : « Thrace d’une tribu nomade ». La traduction « Numide » ne correspond tout simplement pas au texte original !

Les traducteurs français ont confondu « nomade » et « Numide », du fait de la ressemblance entre les deux termes. Ils ont probablement aussi été influencés par l’esprit de leur époque : les deux traductions qui contiennent le terme « Numide » datent de juste avant et peu après le début de la colonisation française de l’Algérie, à une époque où les Français voyaient les « indigènes » amazighs, descendants des anciens Numides, comme des « nomades » par excellence.

Au-delà de la question linguistique, l’idée que Spartacus serait d’origine Numide, mais vivait en Thrace, n’a pas de sens : qu’est-ce qu’un Numide irait faire en Thrace à cette époque ? Les deux régions étaient très éloignées et n’entretenaient pas de liens commerciaux.

Quelques autres arguments

Gladiateur thrace

On entend parfois que Spartacus n’était pas d’origine thrace, mais que c’était plutôt un gladiateur « thrace ». Les Thraces étaient un type de gladiateur, dont l’armure était inspirée de celle des soldats Thraces vaincus par Rome. C’est possible, mais peu probable, dans la mesure où tous les historiens antiques qui mentionnent Spartacus sont unanimes pour dire qu’il était d’origine thrace. Son nom est un autre indice dans ce sens : c’est un nom d’origine thrace, plusieurs rois de Thrace s’appelaient Spartacus.

Cette publication de la page Facebook Histoires Berbères affirme que Spartacus était Numide et qu’il est parti « en Sicile dans l’espoir de rallier la Numidie, avec le soutien des esclaves de Sicile ». Spartacus est effectivement allé en Sicile, mais sa motivation était autre : la Sicile avait une forte population d’esclaves, notamment dans les mines, et avait déjà connu plusieurs révoltes d’esclaves dans le passé. Spartacus espérait gagner les esclaves de Sicile à sa cause, mais il n’a jamais eu l’intention d’aller en Numidie ensuite.

Un autre esclave numide ?

Oenomaüs, joué par Peter Mensah

Dans la série télévisée Spartacus, Oenomaüs, un des chefs de la rébellion de Spartacus, est d’origine numide. En fait, l’Oenomaüs historique était Gaulois.

Plus de 100 000 esclaves ont participé à la révolte de Spartacus. Il est très probable qu’il y avait des Numides et d’autres Nord-Africains parmi eux. Cependant, aucun des chefs de la rébellion dont nous connaissons le nom n’est décrit comme d’origine numide ou nord-africaine.

Conclusion

Comme nous l’avons vu, Spartacus n’était pas Numide et ceux qui prétendent qu’il l’était se fondent sur une erreur de traduction. Il y a pourtant assez de héros en Numidie et en Afrique du Nord antique, sans qu’il y ait besoin d’en inventer d’autres.

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La guerre civile de Sylla : l’ombre d’une dictature

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons la première grande guerre civile romaine, entre Marius et Sylla, deux hommes qui se connaissent pour avoir combattu Jugurtha ensemble.

Contexte

Caïus Marius

Caïus Marius est né en 157, dans une famille plébéïenne. Il commence sa carrière militaire en 134, en tant qu’officier dans le siège de Numance, en Espagne. En 109, il devient l’adjoint du général Quintus Metellus, le commandant des troupes romaines qui combattent Jugurtha en Numidie. En 108, il quitte la Numidie pour se présenter aux élections consulaires, contre l’avis de Metellus. Elu consul en 107, il est ensuite choisi par les comices (conseil plébéïen) pour succéder à Metellus. Par cette décision, les comices usurpent les prérogatives du Sénat ; sa nomination est aussi contraire aux coutumes militaires romaines.

Pièce à l’effigie de Sylla

Lucius Cornelius Sylla est né en 138, dans une vieille famille patricienne. Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée. En 108, il est élu questeur, à l’âge de 30 ans (l’âge minimal requis pour cette fonction). Il est envoyé servir en Numidie, sous Marius.

La rivalité entre les deux hommes remonte à la guerre de Jugurtha : alors que Sylla avait été à l’origine de la capture de Jugurtha, Marius, son supérieur, s’est attribué tout le mérite. Par ailleurs, Sylla est un conservateur, qui défend les valeurs traditionnelles romaines face aux réformateurs populistes comme Marius.

Début de la guerre civile

Après une série de succès militaires, Sylla est élu consul en 88. La même année, Marius, qui aspire à un nouveau commandement militaire, passe un accord secret avec le tribun de la plèbe Sulpicius : en échange de son soutien, il veut que le commandement de la guerre contre le roi Mithridate du Pont, qui avait été confié à Sylla, lui soit transféré. Sylla ordonne alors à ses troupes de marcher sur Rome : c’est la première fois dans l’histoire romaine qu’un homme s’empare du pouvoir par la force.

Après sa marche sur Rome, Sylla fait bannir Marius et ses alliés. Marius s’enfuit en Afrique avec ses fils. Le roi Hiempsal de Numidie les reçoit à sa cour avec des égards apparents, mais sa véritable intention est de les retenir prisonniers. Ils parviennent cependant à s’enfuir.

Marius revient à Rome en 87 et s’allie au consul Lucius Cornelius Cinna. Il meurt en 86. Pendant que Sylla mène la guerre contre Mithridate, les partisans de Marius et Cinna reprennent le dessus à Rome.

Pendant cette période, les deux camps mettront en place une campagne de proscription : les partisans du camp adverse qui étaient dénoncés voyaient leurs terres confisquées sans procès et accordées à celui qui les avait dénoncés.

La guerre civile reprend

Scuplture tardive de Sylla

En 84, les partisans de Marius et Cinna envoient une armée pour relever Sylla de ses fonctions. Le commandant de cette armée est assassiné et beaucoup de ses soldats rejoignent Sylla. Pendant ce temps, en Numidie, le roi Hiempsal, un allié de Sylla, a été renversé par l’usurpateur Hierbas, avec le soutien des partisans de Marius et Cinna.

En 83, après une victoire provisoire contre Mithridate, Sylla revient en Italie, déterminé à reprendre le contrôle de Rome à ses ennemis. Le jeune Pompée (le futur rival de Jules César) lève trois légions pour le soutenir. Metellus, l’ancien commandant des forces romaines contre Jugurtha, le rejoint également. Ses adversaires, eux, s’allient à deux peuples italiens voisins de Rome : les Samnites et les Lucaniens.

En novembre 82, les armées de Sylla et de ses adversaires s’affrontent aux portes de Rome. Environ 50 000 hommes meurent dans cette bataille, mais Sylla sera victorieux. Le lendemain, il fait encore massacrer 8 000 combattants qu’il avait faits prisonniers après la bataille, en pleine réunion avec le Sénat.

Après avoir vaincu ses rivaux à Rome, Sylla envoie une armée, menée par Pompée, pour rétablir Hiempsal comme roi de Numidie.

Après la guerre civile : Sylla dictateur

Denier d’or représentant le char triomphal de Sylla, émis en 82

Après sa victoire, Sylla est élu dictateur par le Sénat. Il met en œuvre une série de réformes profondes des institutions de la République, qui visent selon lui à restaurer les valeurs traditionnelles romaines ; dans les faits, loin de rétablir un ordre passé, ses réformes introduisent des éléments tout à fait nouveaux, avec un Sénat élargi et des pouvoirs accrus pour les magistrats. Alors que, jusqu’ici, les dictateurs romains étaient élus avec une mission précise et quittaient leurs fonctions dès que cette mission était accomplie, Sylla envisage la dictature comme un moyen d’accroître son pouvoir personnel. Il mène également une vaste campagne de proscription contre ses ennemis.

En 80, Sylla est élu consul et renonce à sa fonction de dictateur. L’année suivante, il prend sa retraite de la vie publique. Les dernières années de sa vie seront consacrées à l’écriture de ses mémoires. Il meurt en 78.

L'Afrique du Nord romaine

Les provinces romaines d’Afrique du Nord

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Au cours des siècles d’occupation romaine de l’Afrique du Nord, la région a été divisée en plusieurs provinces. Dans cet article, nous découvrirons ces provinces, d’Est en Ouest.

Egypte

L’Egypte est devenue une province romaine en 27 avant notre ère, avec pour capitale Alexandrie, la deuxième ville de l’Empire après Rome.

Cyrénaïque

La Cyrénaïque a été annexée par Rome en 96 et reçu son premier gouverneur en 74. En 67, elle a été rattachée à la province romaine de Crète et Cyrénaïque, avec pour capitale Gortyne, en Crète. En réalité, la Cyrénaïque est cependant restée largement autonome. Elle est finalement devenue une province à part entière en 296 de notre ère, avec pour capitale Cyrène, puis Ptolémaïs après 365.

Tripolitaine

La Tripolitaine est passée sous souveraineté romaine en -105, après la guerre de Jugurtha. Elle faisait d’abord partie de la province d’Afrique. En 193, l’Empereur Septime Sévère, originaire de Leptis Magna, en fait une province à part entière.

Afrique

La province d’Afrique, la première possession romaine en Afrique du Nord, a été instituée en -146, après la chute de Carthage. Sa capitale était d’abord Utique, puis la nouvelle ville romaine de Carthage.

La Tripolitaine a été rattachée à la province d’Afrique en -105, avant de devenir une province à part entière en 193.

En -46, après la guerre civile romaine entre Jules César et Pompée, César annexe la Numidie orientale, qui devient la province d’Africa Nova (Nouvelle Afrique), avec pour capitale Zama. Son premier gouverneur est l’historien romain Salluste, qui profite de ses fonctions pour faire des recherches et écrire sur l’histoire de l’Afrique du Nord.

En -25, les provinces d’Africa Vetus (Ancienne Afrique) et d’Africa Nova sont fusionnées, pour former la province d’Afrique proconsulaire.

En 40, l’ancienne Numidie occidentale est rattachée à la province d’Afrique.

Numidie

La Numidie, vestige d’un ancien royaume bien plus grand, est annexée par Rome en 40. D’abord rattachée à l’Afrique proconsulaire, elle formera sa propre province en 193, en même temps que la Tripolitaine, avec pour capitale Cirta (Constantine). La partie Sud sera une province militaire spéciale, avec pour capitale Lambèse (Tazoult).

Maurétanie

La Maurétanie devient romaine en 40, à la mort de son dernier roi, Ptolémée.

En 42, elle est divisée en deux provinces. La Maurétanie césarienne, dont la capitale sera Césarée (Cherchell), correspond à la partie de la Numidie annexée par la Maurétanie après la guerre de Jugurtha. L’influence numide y demeure forte. La Maurétanie tingitane correspond à l’ancien territoire du roi Baga, avant que la Numidie ne commence à annexer des territoires numides. Au lieu de Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie, les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale.

Quelles étaient les frontières de la Maurétanie romaine ?
Officiellement, l’Empire romain a annexé tout l’ancien Royaume de Maurétanie. En réalité, cependant, le contrôle romain effectif se limitait au Nord du Maroc actuel. Il est même probable que la majorité des Maures n’ont jamais été sous domination romaine.
La frontière passait probablement quelque part entre Rabat et Casablanca. Sala (Salé) est la dernière ville sous administration romaine incontestable. Les Romains ont également construit un port à Anfa (Casablanca), mais on ne sait pas jusqu’où ils contrôlaient vraiment la ville et sa région.

Après la réforme de Dioclétien

L’Empereur Dioclétien (284-305) a réformé l’administration de l’Empire en profondeur, créant un grand nombre de nouvelles provinces, regroupées en diocèses.

Le diocèse d’Egypte regroupe l’Egypte et la Cyrénaïque. L’Egypte est divisée en quatre provinces et la Cyrénaïque en deux provinces : la Libye supérieure (Cyrénaïque historique) et la Libye inférieure (Marmarique), avec pour capitale Paraetonium (Mersa Matrouh).

Le diocèse d’Afrique regroupe la Tripolitaine, l’Afrique, la Numidie et la Maurétanie césarienne. La Maurétanie tingitane, elle, fait partie du diocèse d’Hispanie. L’Afrique proconsulaire est divisée en deux provinces : la Zeugitane, au Nord, et la Byzacène, au Sud, avec pour capitale Hadrumetum (Sousse). Enfin, la Maurétanie sitifienne, avec pour capitale Sitifis (Setif), est séparée de la Maurétanie césarienne.

Avec la division de l’Empire romain par Dioclétien, en 286, l’Afrique du Nord est également divisée : l’Egypte et la Cyrénaïque font partie de l’Empire d’Orient, tandis que le reste de la région fait partie de l’Empire d’Occident. La région n’est cependant pas vraiment affectée : le désert de Syrte formait de toute manière une frontière difficilement franchissable. Carthage est devenue la deuxième plus grande ville de l’Empire d’Occident, après Rome elle-même.

L'Afrique du Nord romaine

La conquête romaine de l’Afrique du Nord

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La conquête romaine de l’Afrique du Nord a eu lieu très progressivement, sur une période de près de deux siècles, allant de -146 à 40. Dans cet article, nous reviendrons sur les étapes de cette conquête.

Afrique (autour de Carthage)

La première possession romaine sur le continent africain était la province d’Africa. Il s’agit de ce qui restait encore du territoire de l’ancien Empire carthaginois, au moment de la destruction de Carthage, en 146 avant notre ère. Sa première capitale était Utique, jusqu’à la reconstruction de Carthage, en -44.

Tripolitaine

Pendant la guerre de Jugurtha contre Rome, la ville de Leptis Magna s’est rangée du côté des Romains. Après la fin de la guerre, en -105, Rome a pris le contrôle de la Tripolitaine, qui a été rattachée à la province d’Afrique. En récompense pour son soutien, Leptis Magna a reçu le statut de ville libre.

Cyrénaïque

Ptolémée Apion, le dernier roi de Cyrénaïque, meurt sans héritier en -96. Son royaume est légué à Rome. Le premier gouverneur romain n’arrivera cependant qu’en -74.

Africa Nova

Afrique proconsulaire, composée de l’Africa Vetus, de la Tripolitaine et de l’Africa Nova

Après la guerre civile romaine, en -46, Jules César annexe la partie orientale de la Numidie, autour de Zama, qui devient la province romaine d’Africa Nova (Nouvelle Afrique), par opposition à l’Africa Vetus (Ancienne Afrique).

Entre -30 et -25, la région sera brièvement réintégrée au Royaume de Numidie, sous Juba II. Il s’agit du seul territoire d’Afrique du Nord à avoir repris son indépendance après avoir été sous souveraineté romaine. Le Royaume de Numidie est aboli en -25 : l’ancienne Africa Nova redevient romaine, tandis que la Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie. La province d’Africa Nova est abolie : les deux Africa sont intégrées à la nouvelle province d’Afrique proconsulaire.

Egypte

La dernière reine d’Egypte, Cléopâtre (51-30), a soutenu Jules César dans sa guerre contre Pompée. Après la mort de César, elle s’est alliée à Marc-Antoine contre son rival Octave (le futur Empereur Auguste). Octave envahit l’Egypte en -31. Marc-Antoine et Cléopâtre, vaincus, se suicident en -30. Octave s’empare l’Egypte comme une possession personnelle. En -27, après sa proclamation de l’Empire romain, l’Egypte devient une province romaine.

Numidie occidentale et Maurétanie

L’Afrique du Nord romaine au Ier Siècle

Juba II et son fils Ptolémée, les derniers rois de Maurétanie, règnent sur un large territoire, qui s’étend de l’ancienne Numidie occidentale (autour de Cirta) à la Maurétanie historique (autour de Volubilis et Tingis). Après la mort de Ptolémée, en 40 de notre ère, le dernier royaume indépendant d’Afrique du Nord est à son tour annexé par Rome. La Numidie occidentale est intégrée à la province d’Afrique, tandis que la Maurétanie est séparée en deux provinces : la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane.

Quelles étaient les frontières de la Maurétanie romaine ?
Officiellement, l’Empire romain a annexé tout l’ancien Royaume de Maurétanie. En réalité, cependant, le contrôle romain effectif se limitait au Nord du Maroc actuel. Il est même probable que la majorité des Maures n’ont jamais été sous domination romaine.
La frontière passait probablement quelque part entre Rabat et Casablanca. Sala (Salé) est la dernière ville sous administration romaine incontestable. Les Romains ont également construit un port à Anfa (Casablanca), mais on ne sait pas jusqu’où ils contrôlaient vraiment la ville et sa région.

Conquêtes provisoires

En 202, l’Empereur romain Septime Sévère s’empare du territoire des Garamantes. La domination romaine sur la région demeurera cependant faible et ne durera pas longtemps.

L'Afrique du Nord romaine

Strabon : un géographe romain décrit l’Afrique du Nord

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Strabon était un philosophe, historien et géographe influent de l’Antiquité romaine, qui a écrit la première géographie universelle. Dans cet article, nous découvrirons sa description de l’Afrique du Nord.

Strabon

Strabon est né vers 64 avant notre ère, à Amasée (Amasya, au Nord-Est de la Turquie actuelle), dans une famille issue de la noblesse du Royaume du Pont, mais romanisée. Dans sa jeunesse, comme beaucoup de jeunes de familles aisées à cette époque, il a commencé à voyager. En plus de l’Asie mineure, dont il était originaire, il a parcouru l’Italie, la Grèce, les régions orientales de l’Empire romain et l’Egypte, où il est remonté le Nil jusqu’en Ethiopie.

Il est connu surtout comme l’auteur de la Géographie, une vaste « géographie universelle » en 17 livres, inspirée de ses voyages, qui offre un aperçu de toutes les régions du monde connu à cette époque, avec les coutumes de leurs peuples. Pour cet ouvrage, il s’inspire de l’œuvre d’auteurs grecs comme Posidonius, Polybe et Eratosthène, dont il n’hésite cependant pas à critiquer les conclusions et à les compléter par ses propres observations. L’objet de son ouvrage est surtout de célébrer l’avènement de l’Empire romain et son influence « civilisatrice » sur la quasi-totalité du monde tel qu’il le connaît. Il est considéré comme le plus grand géographe antique.

Le monde selon Strabon

Après deux premiers livres introductifs, qui exposent la théorie de la science géographique, les prochains livres décrivent chacun une région du monde. Les livres 3-10 sont consacrés au continent européen, les livres 11-16 à l’Asie et le livre 17 à l’Afrique. Ce dernier livre contient trois chapitres : sur l’Egypte, l’Ethiopie et la « Libye », c’est-à-dire tout le Nord du continent, au-delà de l’Egypte. C’est à ce dernier chapitre que nous nous intéresserons ici.

Pour Strabon, le continent africain a la forme d’un triangle, dont seule la base, la côte méditerranéenne, avec l’Ethiopie, est habitée, l’intérieur étant trop chaud pour que les hommes puissent y vivre. Même la partie habitable du continent est largement désertique, notamment autour des Syrtes et en Marmarique.

Strabon commence par la Maurétanie, surtout les environs des Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), avec la ville de Lixus (Larache), puis Tingis (Tanger), les « Tombeaux des sept frères » (Septem Fratres) – les sept collines autour de la péninsule de Ceuta (Sebta) – et enfin le Mont Abyla (Djebel Musa). Il décrit la Maurétanie comme une région très fertile, avec des vignes géantes, peuplée aussi de beaucoup d’animaux sauvages, notamment de singes.

Entre les Colonnes d’Hercule et Carthage, Strabon ne mentionne qu’un seul endroit digne d’intérêt : Iol, récemment renommée Césarée (Cherchell). En revanche, il décrit les îles de la Mer méditerranéenne, comme la Corse, la Sardaigne, la Sicile, Malte et Lampedusa. Il s’attarde aussi longuement sur Carthage et sa région.

Après Carthage, il donne une description détaillée des contours de la Petite et le la Grande Syrte, avec une liste des villes qui s’y trouvent. Enfin, il conclut le chapitre sur la Cyrénaïque et la Marmarique.

Strabon a continué à retravailler son ouvrage jusqu’à sa mort, à l’âge de 90 ans environ. La mention de la mort récente du roi Juba II de Numidie, en 23 de notre ère (« Juba du reste vient de mourir à son tour laissant pour successeur et héritier son fils Ptolémée »), indique qu’il est lui-même mort peu après Juba II.

Le chapitre de Strabon sur la Libye peut être lu en ligne ici.

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine

Les guerres puniques dans la littérature romaine : Punica, de Silius Italicus

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Les guerres entre Rome et Carthage fascinaient tellement les Romains que, dans les siècles qui ont suivi, plusieurs auteurs romains s’en sont inspirés dans leurs œuvres. La plus célèbre de ces œuvres est l’épopée Punica, du poète Silius Italicus.

Les ouvrages historiques

La principale source historique sur les guerres puniques sont les Histoires, de Polybe. L’auteur, un Grec né vers 200 avant notre ère et envoyé comme otage à Rome en 167, s’intéresse à la période au cours de laquelle Rome est devenue une grande puissance. Contrairement aux historiens romains, Polybe écrit dans une perspective largement neutre entre Carthage et Rome.

Une autre source est l’historien romain Tite-Live, qui écrit sur l’histoire de Rome, depuis sa fondation.

Les premières épopées latines

Les premiers poètes romains se sont inspirés de la poésie épique grecque. Avant Virgile, leurs œuvres ne sont cependant que de pâles imitations d’Homère.

La plus ancienne épopée latine est Bellum Punicum, de Naevius (270-201). L’auteur, qui a servi comme soldat dans la première guerre punique et a vécu la deuxième dans sa vieillesse, est un témoin direct des événements. Son œuvre combine l’histoire romaine avec un arrière-plan mythique. Cette épopée est perdue.

Un autre poète, Ennius (239-169), a écrit les Annales, une épopée en 18 livres, qui couvre l’histoire romaine, de la chute de Troie à l’époque de l’auteur. Les livres 7-9 traitent des guerres puniques. Cette épopée est également perdue, seuls des fragments ont été conservés.

Le maître de l’épopée latine est évidemment Virgile. Nous avons écrit un article détaillé sur les références aux guerres puniques dans son Enéide.

Les Punica, de Silius Italicus

Silius Italicus

Une autre épopée plus tardive traite spécifiquement des guerres puniques : les Punica, écrites par le sénateur romain Silius Italicus (26-101). Il s’agit du plus long poème en latin encore disponible à notre époque, avec plus de 12 000 vers. Longtemps perdue, elle a été redécouverte en 1417.

Cette épopée en 17 livres, a pour thème la deuxième guerre punique et se concentre surtout sur l’affrontement entre Hannibal et Scipion. L’intrigue suit largement le récit historique de Tite-Live, mais en développant et embellissant des thèmes que Tite-Live ne mentionne que brièvement. Sur le plan poétique, il s’inspire surtout de Virgile.

Manuscrit des Punica

Le poème s’ouvre sur la trahison de Didon, son suicide et sa malédiction de toute la descendance d’Enée, des thèmes qui nous sont familiers par l’Enéide. Hannibal est présenté comme l’instrument de sa vengeance. Dans le livre 3, Hannibal traverse les Alpes, puis, dans les livres suivants, il combat les Romains en Italie. Dans les livres 15-17, Scipion débarque en Espagne, conquiert Carthago Nova, fait alliance avec Massinissa, puis inflige une défaite finale aux troupes carthaginoises à la bataille de Zama. Toute cette guerre est présentée comme voulue par les dieux pour éprouver la vertu des Romains.

Cette épopée est à la fois historique et mythique. Scipion est présenté comme le fils de Jupiter, qui, comme Ulysse dans l’Odyssée et Enée dans l’Enéïde, descend aux enfers pour recevoir une prophétie sur son avenir. Plusieurs personnages ne sont probablement pas historiques, mais plutôt des parallèles à des personnages de l’Enéïde. Ainsi, la princesse libyenne Asbyte, une alliée de Hannibal, est probablement inspirée de Camille, une femme guerrière de l’Enéïde, ainsi que du mythe des Amazones libyennes.

Les Carthaginois, bien qu’ennemis de Rome, sont tout de même décrits avec beaucoup de noblesse. La vengeance de Hannibal pour la trahison dont son ancêtre Didon a été victime est présentée comme légitime. Hannibal, comme Achille dans l’Iliade et Enée dans l’Enéide, reçoit un bouclier sur lequel sont dépeintes des scènes de l’histoire carthaginoise. Contrairement au bouclier d’Achille et d’Enée, son bouclier n’est cependant pas un cadeau des dieux, mais d’un allié humain.

Les Punica peuvent être lues en ligne en français sur cette page.

L'Afrique du Nord romaine

La nouvelle Carthage : une ville romaine reconstruite

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Après la destruction de Carthage, le Sénat romain a décrété que la ville devrait demeurer détruite pour toute l’éternité, avec interdiction formelle de la reconstruire. Malgré cette interdiction, le prestige de Carthage est tel qu’une nouvelle ville romaine sera construite un siècle plus tard. La nouvelle Carthage deviendra la capitale de l’Afrique romaine et une des plus grandes villes de l’Empire.

L’amphithéâtre de Carthage

Contexte

Après la chute de Carthage, la ville voisine d’Utique est devenue la capitale de la province romaine d’Afrique. Son emplacement stratégique sur le fleuve Medjerda était un grand avantage. L’érosion du fleuve, due à la culture du blé dans les montagnes, a cependant provoqué l’ensablement du port d’Utique, contraignant les Romains à chercher un autre port.

En 123 avant notre ère, l’homme politique et réformateur social romain Caïus Sempronius Gracchus a tenté d’établir une colonie romaine, nommée Colonia Junonia, sur le site de l’ancienne Carthage. Le projet sera abandonné après une trentaine d’années, en raison de l’impopularité de ce site.

La nouvelle ville de Carthage a été construite par Jules César, de 49 à 44. On ne sait pas si la construction était terminée avant la mort de César, mais en tout cas, c’est lui qui l’a ordonnée. Un siècle plus tard, Carthage était la plus grande ville d’Afrique romaine et une des plus grandes villes de tout l’Empire, avec 500 000 habitants.

Carthage romaine

Carthage est devenue la capitale de la province romaine d’Afrique, qui correspond à la partie Nord de la Tunisie actuelle. La ville était le centre politique, économique et culturel de toute l’Afrique romaine.

Carthage est également devenue un important centre chrétien, d’où le christianisme s’est répandu dans toute l’Afrique du Nord. Les martyrs chrétiens de Carthage, dont Perpétue, une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, et son esclave Félicité, qui était enceinte, ont été mis à mort pour leur foi à Carthage en 203. Tertullien, le premier écrivain chrétien de langue latine, a vécu à Carthage.

Au cours du 2° Siècle, la ville a été ravagée par un grand incendie. Les secteurs affectés ont été reconstruits dans le cadre d’un vaste plan de réaménagement urbain.

Carthage est demeurée sous souveraineté romaine, jusqu’à sa conquête par les Vandales, en 435.