L'Afrique du Nord romaine

La mosaïque de Virgile : une mosaïque romaine en Tunisie

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Plusieurs des plus belles mosaïques de tout le monde romain ont été réalisées en Afrique romaine. Une des plus célèbres est le plus ancien portrait connu du grand poète latin Virgile. Cette mosaïque, retrouvée à Sousse, est aujourd’hui conservée au Musée du Bardo, à Tunis.

Cette fresque carrée, de 1,20m de côté, représente Virgile, le plus grand poète romain et l’auteur de l’Enéïde, vêtu d’une toge blanche et assis sur un siège, avec un parchemin sur les genoux. A sa droite et à sa gauche se tiennent les muses (déesses des arts) Clio et Melpomène : Clio, la muse de l’histoire, est en train de lire, tandis que Melpomène, la muse des tragédies, tient un masque tragique. Sur le parchemin ouvert, on peut lire un passage de l’Enéïde qui fait référence aux muses : « Musa, mihi causas memora, quo numine laeso, quidve… » (« Muse, rappelle-moi les causes, dis-moi pour quelle atteinte à ses droits sacrés, pour quelle… »).

Cette mosaïque a été découverte en 1896, dans le jardin d’une villa romaine à Sousse. Sa datation est incertaine : elle a été réalisée entre le 1° et le 4° Siècle. Il s’agit du plus ancien portrait connu de Virgile, ce qui lui donne une importance historique particulière. La mosaïque est remarquable aussi par la grande qualité de son exécution.

L’historien de l’art tunisien Mohamed Yaqoub a suggéré que le propriétaire de la villa se représente peut-être lui-même sous les traits de Virgile, afin d’exprimer son admiration pour le poète.

La mosaïque de Virgile est aujourd’hui conservée au Musée du Bardo de Tunis. Elle constitue la pièce maîtresse de la riche collection de mosaïques romaines de ce musée.

L'Afrique du Nord romaine

Les Maures de Marc-Aurèle : des soldats maures en Bretagne romaine

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, des Romano-Africains, commerçants, militaires ou fonctionnaires, ont migré à travers tout l’Empire. Au 3° Siècle, on retrouve des soldats maures en Bretagne, où ils gardaient les frontières de l’Empire.

La Bretagne, conquise par Rome au 1er Siècle, était située aux extrémités de l’immense Empire romain. La Bretagne n’a jamais été entièrement occupée par Rome : malgré plusieurs campagnes militaires, le Nord de l’île lui a toujours échappé. La frontière de la Bretagne romaine correspondait approximativement à la frontière actuelle entre l’Angleterre et l’Ecosse. L’Irlande n’a jamais été sous souveraineté romaine.

Afin de protéger la Bretagne romaine contre les attaques incessantes des Bretons du Nord, l’Empereur romain Hadrien a construit un mur à la frontière. Le Mur d’Hadrien a été construit en 122. En 142, Antonin, le successeur d’Hadrien, a fait construire un autre mur, plus au Nord. Quintus Lollius Urbicus, le gouverneur de Bretagne qui a supervisé la construction de ce mur, était originaire de Tiddis, en Numidie (aujourd’hui Beni Hamidane, province de Constantine).

Plaque en l’honneur de Quintus Lollius Urbicus

Pendant son mandat de gouverneur, Quintus Lollius Urbicus a commencé à faire venir des garnisons militaires d’origine nord-africaine. Ces soldats étaient stationnés sur le Mur d’Hadrien, à la forteresse d’Aballava (Burgh By Sands). En anglais, ils sont connus sous le nom d’ « Aurelian Moors » , d’après l’Empereur Marc-Aurèle, le successeur d’Antonin. Ils étaient environ 500 hommes. Les historiens britanniques les considèrent généralement comme les premiers Africains en Bretagne, ce qui exclut les commerçants carthaginois qui les ont précédés, mais ne s’installaient probablement pas sur place.

Parmi les vestiges laissés par ces soldats maures en Bretagne, il y a notamment des poteries, dont une forme primitive de tajine.

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L’amphithéâtre d’El Jem : le plus grand amphithéâtre romain d’Afrique du Nord

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L’amphithéâtre d’El Jem, dans la province de Mahdia en Tunisie, est l’amphithéâtre romain le plus grand et le mieux conservé d’Afrique du Nord, ainsi qu’une des ruines romaines les mieux préservées au monde. Construit au 3° Siècle, il pouvait accueillir jusqu’à 35 000 spectateurs. Il s’agit du site le plus emblématique de l’Afrique romaine.

A l’époque romaine, El Jem s’appelle Thysdrus, une ancienne ville punique devenue une colonie romaine. Au début du 3° Siècle, elle était en concurrence avec Hadrumetum (Sousse) pour le statut de deuxième ville de la province d’Afrique, après Carthage. Comme aujourd’hui, la région était un important centre de production d’huile d’olive.

Gordien III, le constructeur probable de l’amphithéâtre

La date précise de la construction de l’amphithéâtre n’est pas certaine. On a longtemps pensé qu’il avait été construit par l’Empereur Gordien I, qui était proconsul d’Afrique avant d’accéder au trône impérial, et par son fils Gordien II, légat de son père à Thysdrus avant d’être choisi comme son co-Empereur. En fait, le court règne de Gordien I et II (22 jours) ne leur aurait pas permis de réaliser une telle construction. Il est plus probable qu’il ait été construit par Gordien III (238-244), le petit-fils de Gordien I. Les partisans de cette théorie pensent que Gordien III est né à Thysdrus et que, comme Septime Sévère à Leptis Magna, il s’est senti appelé à embellir sa ville natale. Là encore, il s’agit cependant d’une pure supposition, sans aucune preuve archéologique pour le confirmer. Par ailleurs, des structures plus anciennes montrent que l’édifice a été construit sur les vestiges d’un autre amphithéâtre plus ancien.

L’amphithéâtre a la forme d’une ellipse, de 148 mètres de long et 122 mètres de large. L’arène mesure 65 mètres de long et 39 mètres de large. L’amphithéâtre comptait 64 arcades, sur trois étages. La hauteur des murs est de 36 mètres. Sa capacité est estimée entre 27 000 et 45 000 places, selon les calculs. De ce fait, il s’agit non seulement du plus grand amphithéâtre romain d’Afrique (devant celui de Carthage !), mais aussi d’un des plus grands amphithéâtres au monde.

En plus de sa taille, l’amphithéâtre d’El Jem est aussi exceptionnellement bien conservé. Il s’agit du seul amphithéâtre romain, avec le Colisée de Rome, à posséder une façade encore entièrement intacte, avec trois niveaux de galeries. Son attique (partie supérieure qui vient couronner la construction) est perdu, mais il ressemblait probablement à celui du Colisée.

Lions dévorant un sanglier, mosaïque de combat d’animaux, Musée archéologique d’El Jem

A l’apogée de la ville, l’amphithéâtre de Thysdrus accueillait les spectacles si populaires dans tout le monde romain : combats de gladiateurs, combats d’animaux sauvages, courses et autres jeux du cirque. Les reconstitutions de chasse aux fauves étaient particulièrement prisées. L’amphithéâtre pouvait servir aussi de lieu d’exécution des condamnés à mort, tués par des gladiateurs ou dévorés par des animaux sauvages. Des martyrs chrétiens ont notamment été mis à mort dans l’arène.

Pendant la guerre de résistance de Dihya (Kahina) contre l’envahisseur arabe, son armée s’est réfugiée dans l’amphithéâtre d’El Jem.

Ce site exceptionnel est inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1979. Ce classement a rendu possible une campagne de restauration et de conservation du site. La restauration des gradins lui permet d’accueillir à nouveau jusqu’à 500 spectateurs, pour des concerts et d’autres manifestations culturelles. Il accueille notamment, depuis 1985, le Festival international de musique symphonique d’El Jem, fondé par l’ancien Président tunisien Mohamed Ennaceur, qui est né à El Jem.

En plus de son amphithéâtre, Thysdrus avait également un cirque (circuit de course de chars), presque aussi grand que le Cirque Maxime de Rome, qui pouvait accueillir jusqu’à 30 000 spectateurs.

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Les grands Romano-Africains : Lucius Quietus, prince maure devenu général romain

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale et se sont distinguées par leur talent, à Rome et dans tout l’Empire. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Dans cet article, de notre série sur les grandes figures romano-africaines, nous découvrirons la vie du général d’origine maure Lucius Quietus.

Lucius Quietus et sa cavalerie, sur la colonne de Trajan, à Rome

Lucius Quietus est né en Maurétanie tingitane. Son père était le chef d’une confédération de tribus nomades maures. Pendant la révolte d’Aedemon, il soutient les Romains. En remerciement pour ses services, sa famille reçoit la citoyenneté romaine.

Le jeune Lucius Quietus s’engage dans l’armée romaine et devient officier dans la cavalerie. Il est un des militaires les plus brillants de sa génération, si bien que, pour le récompenser, l’Empereur Domitien l’élève au rang équestre, le plus haut rang dans l’aristocratie romaine. Il s’illustre surtout sous le règne de l’Empereur Trajan, pendant ses campagnes en Dacie (Roumanie actuelle), puis en Perse.

En 117, il est nommé gouverneur de la province romaine de Judée. Son plus haut fait d’armes est la répression d’une révolte juive, qui a commencé en Cyrénaïque et s’est étendue en Palestine et dans toute la partie orientale de l’Empire. Cette révolte sera appelée guerre de Kitos, une déformation de son nom.

En 118, alors qu’il est au sommet de sa carrière, il est tué, probablement sur ordre du nouvel Empereur Hadrien, qui s’inquiète de sa popularité dans l’armée. Sa mort provoque une insurrection en Maurétanie, où il reste très populaire.

L'Afrique du Nord romaine, Les Juifs en Afrique du Nord

La guerre de Kitos : un soulèvement juif en Cyrénaïque

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En 115-117, la communauté juive de Cyrène se révolte contre le pouvoir romain. Le soulèvement s’étend à toute la Cyrénaïque, puis en Egypte, en Chypre et jusqu’en Palestine. Lucius Quietus, un général romain d’origine maure, est chargé de réprimer les insurgés.

Contexte

Depuis la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70, les Juifs n’ont plus de capitale nationale. La plupart des Juifs vivent toujours en Palestine, d’autres sont dispersés dans tout l’Empire romain et au-delà. Les communautés juives d’Alexandrie et de Cyrène, qui remontent à l’époque des Ptolémée, sont parmi les plus nombreuses et influentes de l’Empire.

A cette époque, les Juifs se soulèvent régulièrement contre l’occupation romaine de leur patrie. La révolte de 115-117 est surtout une révolte des Juifs de la diaspora, ceux de Palestine n’étaient que peu impliqués. Dans l’histoire juive, elle est appelée Mered ha-galuyot (מרד הגלויות), la « révolte de la diaspora ».

Cette révolte est connue aujourd’hui sous le nom de « guerre de Kitos », une déformation du nom de Lucius Quietus, le général romain (d’origine maure) qui l’a réprimée.

La révolte

Carte de la guerre de Kitos (Source)

En 115, l’Empereur romain Trajan est en campagne militaire contre l’Empire perse. Pour cela, il a réquisitionné la plus grande partie des troupes stationnées dans les régions orientales de l’Empire, en ne laissant que peu de soldats dans chaque ville… un contexte idéal pour une révolte.

Les Juifs de Cyrène, mené par un certain Lukuas, se soulèvent et massacrent les légions romaines restées dans la ville. Ils détruisent beaucoup de temples, ainsi que des bâtiments civils symboles de l’occupation romaine, comme la basilique et les bains publics. Lukuas se proclame « roi des Juifs ».

Après avoir pris le contrôle de toute la Cyrénaïque, les insurgés se dirigent vers Alexandrie. Le gouverneur romain abandonne la ville avant leur arrivée. Les insurgés entrent dans la ville et détruisent des temples et le tombeau de Pompée.

Pendant ce temps, en Orient, l’Empereur Trajan a conquis plusieurs villes qui appartenaient à l’Empire perse, comme Edesse (Şanlıurfa), Nisibe (Nusaybin), Séleucie et Arbela (Erbil). Chacune de ces villes avaient une forte communauté juive. Encouragés par le soulèvement en Cyrène, les Juifs de ces villes se révoltent dès le départ de l’Empereur et massacrent les garnisons romaines restées sur place.

En 117, les Juifs de Chypre, menés par Artemion, se rebellent à leur tour. Ils massacrent les troupes romaines stationnées sur l’île, avec des civils grecs.

La répression

Lucius Quietus et sa cavalerie, sur la colonne de Trajan, à Rome

Pour réprimer la révolte, Trajan fait appel à un de ses meilleurs généraux : Lucius Quietus, le fils d’un chef de tribu maure qui a aidé les Romains à s’emparer de la Maurétanie.

Lucius Quietus mène une campagne victorieuse pour reprendre les villes insurgées en Orient. Pendant ce temps, un autre général romain, Marcius Turbo, reprend le contrôle de l’Egypte, de Chypre et de la Cyrénaïque.

Lukuas, le chef des insurgés, s’enfuit en Palestine, poursuivi par Marcius Turbo. Les derniers insurgés se réfugient dans la ville de Lydde (Lod). Lucius Quietus, entretemps nommé gouverneur de la province romaine de Judée, assiège Lydde. La ville tombe et les insurgés sont massacrés.

Conséquences

Cette insurrection a causé plus de 200 000 morts en Cyrénaïque. La ville de Cyrène a été saccagée par les insurgés et presque tous les bâtiments ont été détruits. La reconstruction de la ville a pris plusieurs décennies.

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Les grands Romano-Africains : Fronton, précepteur impérial

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale et se sont distinguées par leur talent, à Rome et dans tout l’Empire. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Dans cet article, de notre série sur les grandes figures romano-africaines, nous découvrirons la vie du rhéteur Fronton, qui a été le précepteur de l’Empereur Marc-Aurèle.

Marcus Cornelius Fronto est né vers l’an 100, à Cirta (Constantine). Sa famille était d’origine amazighe, mais il est citoyen romain de naissance.

Dans sa jeunesse, il s’installe à Rome pour ses études. Il fait carrière dans la capitale impériale, en tant qu’avocat, rhéteur et grammairien. Sa réputation était telle qu’il était considéré comme le plus grand orateur depuis Cicéron. Il a amassé une grande fortune est construit beaucoup d’édifices somptueux ; il a même acheté les fameux jardins de Mécène, parmi les plus beaux de Rome.

En 142, il a été élu consul pendant deux mois. Ensuite, il s’est vu proposer la fonction de gouverneur d’Asie, mais il a refusé pour des raisons de santé. Il a atteint le sommet de sa carrière lorsque l’Empereur Antonin l’a choisi comme précepteur de ses deux fils, les futurs Empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus. C’est lui qui a initié Marc-Aurèle, surnommé « l’Empereur philosophe », à la philosophie stoïcienne.

Fronton est mort vers 165. L’époque de sa mort coïncide avec une épidémie de peste qui a tué le quart de la population de l’Empire à cette époque (environ 10 millions de personnes), dont l’Empereur Marc-Aurèle lui-même. Aucune source ne confirme que Fronton est également mort de la peste, mais c’est possible.

L’œuvre littéraire de Fronton était prolifique. En plus de deux traités de grammaire, on dispose encore aujourd’hui des lettres qu’il a échangées avec Marc-Aurèle et Lucius Verus. Un fragment d’un de ses discours, dans lequel il critique le christianisme naissant et accuse les chrétiens d’orgies incestueuses, est cité par l’auteur chrétien romano-africain Minucius Felix. Marc-Aurèle parle de lui avec une grande affection, à la fois dans les lettres qu’il lui a adressées et dans ses Méditations.

Après Fronton, l’Afrique romaine était réputée pour ses grands rhéteurs.

NB : L’image de couverture n’est pas une statue de Fronton, mais de l’Empereur Marc-Aurèle.

L'Afrique du Nord romaine

Les grands Romano-Africains

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale et set sont distinguées par leur talent, à Rome et dans tout l’Empire. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Cet article est le sommaire de notre série sur les grandes figures romano-africaines.

Fronton, précepteur impérial

Fronton, le précepteur de l’Empereur Marc-Aurèle, est considéré comme le plus grand orateur depuis Cicéron. Né vers l’an 100, à Cirta (Constantine), il s’installe à Rome dans sa jeunesse, puis fait carrière dans la capitale impériale en tant qu’avocat, rhéteur et grammairien. Après Fronton, l’Afrique romaine était réputée pour ses grands rhéteurs. Article détaillé

Lucius Quietus, prince maure devenu général romain

Lucius Quietus, le fils d’un chef de tribu maure qui a soutenu les Romains lors de leur annexion de la Maurétanie, est devenu un des militaires les plus brillants de sa génération. Son plus haut fait d’armes est la répression d’une révolte juive en Cyrénaïque. Article détaillé

Salvius Julianus, l’apogée de la jurisprudence romaine

Salvius Julianus

Lucius Salvius Julianus, né vers 110 à Pupput (Souk el-Abiod), près d’Hadrumetum (Sousse), est un juriste et haut fonctionnaire qui a servi dans l’administration de trois Empereurs romains : Hadrien, Antonin et Marc-Aurèle. C’était le principal représentant de l’école de pensée juridique sabinienne. Réputé pour sa clarté et sa finesse de raisonnement, il est parfois considéré comme le plus grand de tous les juristes romains.

Les administrateurs

Quintus Lollius Urbicus, gouverneur de la province romaine de Bretagne de 139 à 142, était originaire de Tiddis, en Numidie (aujourd’hui Beni Hamidane, province de Constantine). En tant que gouverneur, il a construit le Mur d’Antonin, à la frontière Nord de la Bretagne romaine.

Le préfet du prétoire Quintus Aemilius Laetus, qui a assassiné l’Empereur Commode, était originaire de Thenae (Thyna, près de Sfax, en Tunisie actuelle).

Vers la même époque, deux autres hommes d’Etat romano-africains, Publius Pactumeius Clemens et Gaius Arrius Antoninus, tous deux originaires de Cirta, ont servi comme sénateurs et consuls à Rome.

Les historiens

L’historien romain Suétone, auteur de la Vie de douze Césars, une biographie détaillée des 12 premiers Empereurs romains, est probablement né à Hippone, en Numidie.

Avant lui, Salluste, qui n’était pas d’origine nord-africaine, mais qui a servi comme premier gouverneur de la province romaine d’Africa Nova, a écrit un livre sur la guerre de Jugurtha, pour lequel il a fait de longues recherches en Afrique.

Les écrivains

Térence

Térence, le maître de la comédie latine, est né dans la région de Carthage avant la chute de la ville et a été vendu comme esclave à Rome dans sa jeunesse.

Apulée, originaire de Madaure (M’Daourouch), est l’auteur de L’Âne d’or, considéré comme le premier roman en latin.

Les poètes

Marcus Manlius est un poète latin d’origine africaine. Il a écrit les Astronomiques, un poème inspiré de l’astronomie et de l’astrologie antiques.

Florus était un autre poète latin d’origine africaine.

Commodien, le premier poète chrétien, était également d’origine africaine.

Les médecins

La civilisation romaine a beaucoup développé les sciences médicales, après avoir découvert la médecine grecque d’Hippocrate. Le plus grand médecin romain était Claude Galien.

Il y avait également plusieurs célèbres médecins romano-africains, come Caelius Aurelianus, de Sicca (El Kef), et Cassius Felix, de Constantine. Le roi Juba II de Maurétanie a lui-même écrit un traité sur les vertus médicales de l’euphorbe, une plante, qu’il a nommée d’après son médecin de cour, le Grec Euphorbe.

Les chrétiens

Augustin d’Hippone

Plusieurs des plus grands théologiens chrétiens des premiers siècles étaient Romano-Africains.  Tertullien, un rhéteur originaire de Carthage, était le premier auteur chrétien de langue latine. Cyprien, évêque de Carthage de 248 à 258, a beaucoup influencé l’organisation des premières églises chrétiennes. Augustin, évêque d’Hippone (Annaba), surnommé le Doctor gratiae (Docteur de grâce), est le plus grand théologien de l’Église romaine.

Les Romano-Africains tardifs

Au 5° Siècle, le poète Dracontius, de Carthage, a écrit des œuvres inspirées à la fois du christianisme et de la mythologie gréco-romaine. Issu d’une famille de propriétaires terriens, ses terres ont été confisquées après la conquête vandale de Carthage. A la même époque, Luxorius a servi comme poète à la cour des rois vandales de Carthage.

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Lucceius Albinus : quand un gouverneur romain se proclame roi de Maurétanie

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Lucceius Albinus est un fonctionnaire romain qui a été gouverneur de Maurétanie. En 69, après la défaite du prétendant au trône impérial qu’il soutenait, il se proclame roi de Maurétanie sous le nom de Juba ! Il est tué peu après.

Lucceius Albinus exerce sa première fonction importante lorsqu’il est nommé gouverneur de Judée romaine, en 62, après le décès de son prédécesseur. Alors qu’il est en route pour la province, le grand-prêtre juif profite de l’absence de gouverneur romain pour faire lapider Jacques, le frère de Jésus-Christ et le responsable de la communauté chrétienne de Jérusalem. Dès son arrivée, Albinus fait destituer le grand-prêtre : les autorités religieuses juives n’avaient pas le droit de condamner un homme à mort et de l’exécuter sans l’accord de Rome. Son mandat est marqué par des tensions croissantes entre Juifs et Romains.

Après deux ans en Judée (62-64), Albinus est nommé gouverneur de Maurétanie césarienne. Son mandat est ensuite élargi aussi à la Maurétanie tingitane.

Juba II, roi de Maurétanie, dont Albinus se revendique le successeur

Après l’assassinat de l’Empereur Néron, en juin 68, Rome sombre dans l’anarchie : des factions militaires se battent pour le pouvoir et quatre Empereurs se succèdent en un an. Albinus soutient Othon, un des prétendants au trône, qui sera Empereur de janvier à avril 69 avant de se suicider. Après sa mort, Albinus se rebelle contre Rome : il renonce à sa charge de gouverneur et se proclame roi de Maurétanie, sous le nom de Juba. Il menace même de traverser le détroit pour envahir l’Espagne. Le nouvel Empereur Vitellius envoie des légions en Maurétanie pour le combattre. Peu soutenu par les populations locales, Albinus est facilement vaincu et exécuté.

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Tacfarinas et Aedemon : les révoltes amazighes contre Rome

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Si les habitants des grandes villes nord-africaines ont accueilli favorablement les avancées rendues possibles par la romanisation, les tribus amazighes rurales n’ont jamais accepté la domination romaine et se soulevaient régulièrement. Dès l’an 17, Tacfarinas, un ancien soldat de l’armée romaine, a mené une insurrection contre la présence romaine en Afrique du Nord. Après le meurtre du roi Ptolémée de Maurétanie, Aedemon, un esclave affranchi de Ptolémée, s’est révolté contre l’annexion de la Maurétanie par l’Empire romain.

La révolte de Tacfarinas

Tacfarinas, né à Thagaste (Souk Ahras), est issu de la tribu gétule des Musulames, qui vivaient dans la région des Chotts, en Algérie et Tunisie actuelles. Après avoir servi comme soldat dans l’armée romaine, il déserte et rejoint sa tribu musulame. A la tête d’un groupe de combattants, il lance quelques attaques contre le territoire romain. Il se sert de son expérience dans l’armée pour organiser ses hommes en une force militaire efficace, au point où les Musulames le choisissent comme leur chef.

Tacfarinas et ses alliés : Maures, Musulames, Cinithiens et Garamantes (Source)

En 17, Tacfarinas se retrouve à la tête de la plus grande insurrection de l’histoire de l’Afrique du Nord romaine. Il fait alliance avec Mazippa, un chef maure qui était probablement déjà en rébellion contre le roi Juba II de Maurétanie, ainsi qu’avec la tribu cinithe, du Sud de la Tunisie actuelle. Il est même soutenu par les Garamantes. Les historiens antiques ne mentionnent pas ses motivations, mais l’occupation croissante, par les Romains, des pâturages traditionnels des tribus nomades semble avoir été le facteur déterminant.

Pour les Romains, la menace est bien plus sérieuse que les habituelles incursions aux frontières. Les forces combinées des alliés de Tacfarinas sont plus nombreuses que les troupes romaines dans la région. Les Romains comptent cependant sur leur armement largement supérieur. Lors de la première bataille, l’armée de Tacfarinas est décimée. Tacfarinas s’enfuit dans le désert avec les survivants.

Stèle funéraire d’un soldat romain

Ce n’était cependant pas la fin de l’insurrection de Tacfarinas : s’il a compris qu’il ne peut résister à l’armée romaine en cas de bataille ouverte, il profite de sa connaissance du terrain pour recourir aux méthodes de guerre asymétrique dans lesquelles les tribus amazighes excellent depuis la nuit des temps. Ses hommes lancent des attaques ciblées, puis s’enfuient dans les montagnes ou le désert. Les Romains sont soutenus par le roi Juba II de Maurétanie, puis par son fils Ptolémée.

La guerre est aussi économique : les attaques des insurgés menacent la production agricole en Afrique romaine, provoquant une flambée des prix du blé à Rome.

Après plusieurs années d’insurrection, Tacfarinas envoie des messagers à Rome, pour proposer la paix en l’échange de terres pour ses partisans. L’Empereur Tibère refuse de négocier avec celui qu’un considère comme un déserteur et un brigand.

Les Romains, qui veulent en finir une fois pour toutes avec cette révolte, envoient un général expérimenté, Quintus Junius Blaesus, pour la réprimer. En trois ans (21-23), il remporte une série de victoires, grâce notamment à ses nouvelles unités mobiles, capables de poursuivre les insurgés partout. La grande force de Tacfarinas demeure cependant sa réserve quasi inépuisable de nouveaux combattants issus des tribus du désert.

En 24, Tacfarinas assiège la forteresse romaine de Thubursicum (le site de cette forteresse est débattu : Khamissa en Algérie ou Tebboursouk en Tunisie). Son armée, qui ne peut résister à l’infanterie romaine, est vaincue et s’enfuit en Maurétanie. Les Romains demandent l’aide du roi Ptolémée pour le poursuivre. Tacfarinas établit son dernier camp à Auzea (Sour El-Ghozlane, en Algérie actuelle). Les Romains attaquent le camp et massacrent Tacfarinas avec tous ses partisans. La mort de Tacfarinas marque la fin de l’insurrection.

La révolte d’Aedemon

Ptolémée de Maurétanie

Aedemon était un esclave domestique de Ptolémée, le dernier roi de Maurétanie, qui a été affranchi en récompense pour sa fidélité. En 40, Ptolémée, en visite à Rome, est assassiné, sur l’ordre de l’Empereur Caligula, qui voit en lui un rival potentiel. Sa mort ouvre la voie à l’annexion de la Maurétanie par l’Empire romain.

Pour venger son maître, Aedemon se révolte contre Rome. Contrairement à Tacfarinas, sa révolte n’obtiendra cependant qu’un faible soutien populaire : une inscription à Volubilis montre qu’une partie importante de la population de la ville s’est battue contre lui. Il est cependant soutenu par des chefs tribaux maures comme Sabalus, son principal allié. Les Romains, eux, sont soutenus par les tribus Maures romanisées, notamment autour de Lucius Quietus.

L’Empereur Caligula est assassiné en 41. Son successeur, Claude, envoie deux généraux, Paulinus et Geta, pour réprimer l’insurrection. L’un d’eux, Paulinus, deviendra le premier Romain à traverser les montagnes de l’Atlas. La ville de Tingis (Tanger) est en partie détruite par les combats violents entre Romains et insurgés. D’autres combats ont lieu à Volubilis, Lixus (Larache) et Tamuda (Tetouan).

La révolte prend fin après quatre ans : en 44, après une victoire décisive des Romains, Sabalus et ses hommes déposent les armes. D’après l’historien romain Dion Cassius, Sabalus se serait rendu après avoir vu le général romain Geta recourir à un rite traditionnel amazigh pour faire tomber la pluie, ce qui l’a convaincu que son adversaire avait des pouvoirs magiques. Le sort final de Sabalus et Aedemon est inconnu.

Après cette révolte, la Maurétanie est divisée en deux provinces romaines : la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane.

Les autres révoltes amazighes

Les révoltes de Tacfarinas et d’Aedemon sont les plus connues, mais pas les seules révoltes amazighes contre les Romains. Les Romains créeront même une province militaire spéciale dans le Sud de la Numidie, avec pour capitale Lambèse (Tazoult), afin de lutter contre ces insurrections.

Lucius Quietus et sa cavalerie

En 118, l’Empereur Hadrien fait exécuter le général d’origine maure Lucius Quietus (le fils de Lucius Quietus qui a combattu la révolte d’Aedemon). Sa mort provoque une insurrection en Maurétanie, où il reste très populaire. Hadrien envoie son homme de confiance, le général Quintus Marcius Turbo, pour réprimer l’insurrection.

D’autres insurrections auront lieu sous le règne de l’Empereur Antonin (138-161). Sous le règne de son fils Marc-Aurèle (161-180), des Maures de Maurétanie tingitane font même des incursions en Espagne. La situation se calme quelque peu sous le règne de la dynastie impériale des Sévères, d’origine amazighe. Vers la fin du 3° Siècle, Rome devra de nouveau faire face à plusieurs révoltes, menées par les Bavares, une confédération amazighe de Maurétanie césarienne.

Pour en savoir plus

L'Afrique du Nord romaine

L’Afrique du Nord dans la mythologie romaine

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La mythologie romaine est largement inspirée de la mythologie grecque. Les Romains avaient davantage de relations avec l’Afrique du Nord que les Grecs et ils ont inventé leurs propres mythes dans cette région, en rapport avec Carthage, mais aussi avec les populations autochtones amazighes. En plus de l’Enéïde de Virgile, les autres sources pour les mythes décrits dans cet article sont les Métamorphoses, les Héroïdes et les Fastes d’Ovide, ainsi que les Fables d’Hygin.

La déesse Afrique : une incarnation du continent

Les Romains associaient fréquemment les nouvelles régions qu’ils conquéraient à des divinités. La déesse Afrique, une déesse de la fertilité et de l’abondance, est représentée comme une femme, vraisemblablement amazighe, qui porte une coiffe en forme d’éléphant. Nous lui avons consacré un article détaillé.

Didon, reine de Carthage

Didon

Didon (appelée aussi Elissa) est la fondatrice légendaire et la première reine de Carthage. Elle était la sœur du roi Pygmalion de Tyr, mariée à Acerbas (Zakarbaal, appelé Sychée dans l’Enéïde), le grand-prêtre de la ville. Après que son frère ait tué son mari, Didon et ses alliés ont fui la Phénicie et se sont établis en Afrique du Nord, où ils ont fondé Carthage. Nous avons écrit un article détaillé sur la légende de Didon.

Didon apparaît régulièrement dans la mythologie romaine. D’après l’Enéide, Didon est tombée amoureuse d’Enée lors de son passage à Carthage et ils se sont même mariés secrètement, violant la promesse que Didon avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier. Ensuite, Enée l’a abandonnée, en repartant pour l’Italie afin d’y fonder Rome. Didon, désespérée, s’est suicidée. En mourant, elle maudit Enée et sa descendance, pour toute l’éternité. L’amour déçu de Didon et sa malédiction sont présentées comme la cause des guerres puniques. Nous avons également écrit un article détaillé sur la relation entre Enée et Didon.

Hiarbas, roi des Gétules

Hiarbas, qui pourrait être inspiré d’un roi numide historique, était le fils de Jupiter Hammon (une association entre le dieu suprême des Romains et des Phéniciens/Carthaginois) et d’une nymphe garamante, devenu roi des Gétules. D’après l’Enéïde, il avait demandé Didon en mariage avant l’arrivée d’Enée à Carthage ; leur union aurait représenté la fusion entre les populations autochtones d’Afrique du Nord et les nouveaux arrivants Phéniciens. Didon avait refusé sa demande en mariage, à cause de la promesse qu’elle avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier.

Lorsque Hiarbas apprend que Didon aime maintenant Enée, il est furieux et menace de les attaquer. Lorsqu’Enée l’abandonne, Didon lui dit qu’elle craint que Hiarbas vienne maintenant la prendre pour épouse de force. Selon Ovide, Hiarbas a envahi Carthage après le suicide de Didon.

Anna Perenna, la soeur de Didon

Anna Perenna

Anna est la sœur de Didon, qui a fui Tyr avec elle. Après la mort tragique de Didon, elle s’enfuit sur l’île de Malte, dont le roi promet de la protéger. Après trois ans, cependant, elle est de nouveau contrainte de s’enfuir, parce que son frère Pygmalion menace de déclarer la guerre à Malte pour la capturer. Naufragée en Italie, elle est accueillie par Enée. Alors, Didon lui apparaît en rêve pour l’exhorter à ne pas rester avec lui. Finalement, elle est emportée par un fleuve et transformée en déesse. Pour les Romains, Anna Perenna (per annum) représente le cycle de l’année, le temps qui passe et ne s’arrête jamais.

Diomède et le roi de Libye

Diomède, roi d’Argos en Grèce, est un héros de la guerre de Troie. Lorsqu’il retourne chez lui après la fin de la guerre, il découvre que sa femme a pris un amant en son absence et doit fuir sa ville pour ne pas être tué. Il s’installe au Sud de l’Italie, où il fonde plusieurs colonies grecques (Magna Graecia). Dans l’Enéïde, sollicité par les ennemis d’Enée pour les aider à le combattre, il refuse, estimant que les temps ont changé et qu’il ne veut plus être l’ennemi des Troyens.

En route pour l’Italie, il fait naufrage sur les côtes libyennes. Lycos, roi de Libye, est le fils de Mars, dieu de la guerre, qui a pour coutume de sacrifier à son père tous les étrangers qui échouent sur ses côtes. Heureusement pour Diomède, Callirhoé, la fille de Lycos, tombe amoureuse de lui et trahit son père en le libérant. Lorsque Diomède prend la mer sans même la remercier, Callirhoé se suicide de chagrin.