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Les Vandales, un peuple d’origine germaine qui a conquis l’Afrique du Nord au 5° Siècle, ont une réputation de guerriers impitoyables, qui ont pillé et détruit un grand nombre de villes qu’ils ont conquises. Aujourd’hui, le terme de « vandalisme » est même employé pour la destruction des biens d’autrui. Cette réputation des Vandales est-elle fondée ? La plupart des historiens pensent que les sources antiques ont exagéré la violence des Vandales.
Image de couverture : ruines d’Hippone (Annaba), une ville détruite par les Vandales

Nos principales sources antiques sur les Vandales sont des auteurs romains (Augustin d’Hippone, Isidore de Séville) et byzantins (Procope de Césarée, Jordanès). Ces auteurs étaient ennemis des Vandales et le portrait qu’ils en font est certainement exagéré.
Pour les historiens modernes, la conquête et l’occupation vandale de l’Afrique du Nord n’a pas été particulièrement violente, par rapport à ce qui était courant à l’époque. La seule ville à avoir été largement détruite est Hippone (Annaba), où des quartiers entiers, avec des édifices publics, ont été incendiés après le siège de 430-431. La ville a survécu, mais n’a jamais retrouvé sa prospérité de l’époque romaine. Rien n’atteste cependant de massacres ou d’autres atrocités à grande échelle contre les populations civiles.

A Carthage, les Vandales ont détruit des édifices importants comme le théâtre, l’odéon et les thermes d’Antonin. Il y a cependant une explication stratégique à ces destructions : de tels monuments pouvaient facilement être transformés en forteresses en cas de révolte urbaine. Dans d’autres villes, les murailles ont été détruites, là encore surtout pour éviter les soulèvements.
Plusieurs villes nord-africaines ont été pillées, comme Constantine, Hadrumetum (Sousse) et Leptis Magna. Ces pillages ont accéléré le déclin de la vie urbaine. La plupart du temps, il s’agit de villes qui étaient punies pour avoir résisté aux Vandales. D’autres villes, comme Carthage, Utique, Hippo Diarrhytus (Bizerte) et Sicca (El Kef), ont été non seulement préservées, mais développées et enrichies par les Vandales, surtout dans la période vandale tardive, une fois leur domination bien établie. Les Vandales dépendaient des infrastructures urbaines romaines et n’avaient aucun intérêt à détruire les villes, sauf en cas de résistance.

En 455, les Vandales ont envahi Rome et pillé la ville pendant deux semaines. Le sac de Rome par les Vandales était encore plus destructeur que celui de 410, par les Goths. Les Vandales ont arraché la moitié du toit du Temple de Jupiter Capitolin, le plus grand temple de Rome, pour s’emparer des tuiles en bronze doré. Ils ont aussi détruit les aqueducs qui alimentaient Rome en eau. Même pendant le sac de Rome, il n’y a cependant pas eu d’exactions contre les populations : l’évêque de Rome Léon I avait négocié avec le roi des Vandales Genséric et l’avait convaincu d’épargner les habitants qui ne résistaient pas, de ne pas incendier les bâtiments et de ne pas torturer les prisonniers.

En revanche, les persécutions religieuses contre les chrétiens nord-africains sont très bien attestées. L’évêque chrétien Victor de Vite a écrit un livre dans lequel il donne un bilan détaillé de ces persécutions. Il faut cependant garder à l’esprit que les évêques nord-africains étaient souvent aussi des meneurs politiques de la résistance aux Vandales, si bien que les violences contre eux avaient des motivations à la fois politiques et religieuses.

La réputation des Vandales vient surtout de leur tendance au pillage. Il faut cependant garder à l’esprit que dans le contexte de l’époque, un peuple qui entrait enfin dans l’histoire après être resté marginal jusqu’ici, aspirait naturellement à jouir à son tour des richesses dont il avait été si longtemps privé. Dans les grandes villes, surtout, les Vandales, en s’appropriant les trésors auparavant confisqués par l’élite urbaine romaine, n’y voyaient qu’une redistribution légitime des richesses.
