L'Afrique du Nord romaine

Du pain et des jeux : gladiateurs, athlètes et acteurs nord-africains dans le monde romain

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En Afrique romaine comme dans tout le monde romain, les combats de gladiateurs, courses de chars et représentations théâtrales étaient des divertissements extrêmement populaires. Beaucoup de gladiateurs, auriges, athlètes et acteurs adulés du public romain étaient originaires d’Afrique. Dans cet article, nous découvrirons les plus célèbres gladiateurs, athlètes, dramaturges et acteurs d’Afrique romaine.

Les gladiateurs

Mosaïque des Gladiateurs, Villa Bar Duc Ammera, Zliten, Libye

Les gladiateurs étaient des combattants armés, entraînés pour se battre jusqu’à la mort dans l’arène contre d’autres gladiateurs. Ces combats étaient sans pitié : il fallait tuer pour ne pas être tué… pour le plus grand plaisir du public ! La plupart des gladiateurs étaient des captifs ou des esclaves contraints de se battre, d’autres s’engageaient volontairement, pour échapper à la pauvreté ou par soif de célébrité.

A Rome, plusieurs inscriptions funéraires de gladiateurs montrent qu’ils étaient d’origine africaine (avec des noms comme Afer, Numidicus, Maurus ou Getulicus). Le poète romain Martial mentionne un gladiateur du nom de Lucius Afer, qui est devenu célèbre à Rome. A Capoue, où le célèbre Spartacus a reçu sa formation de gladiateur, un gladiateur thrace (référence à son armure, et non à ses origines), tué à 25 ans après plusieurs victoires, est décrit comme Afer.

En Afrique, il y avait des écoles de gladiateurs (ludi) à Carthage, Leptis Magna, Hadrumetum (Sousse) et Lambèse (Tazoult). Les gladiateurs africains entraînés sur place intégraient ensuite des troupes de gladiateurs, qui se battaient dans les villes africaines ou, pour les meilleurs d’entre eux, étaient envoyés à Rome. Des inscriptions retrouvées à Thuburbo Maius, près de Zaghouan en Tunisie, mentionnent deux gladiateurs locaux appelés Quintianus et Pudentilla. Pudentilla est un nom féminin : les femmes gladiatrices étaient rares et d’autant plus appréciées.

Lions dévorant un sanglier, mosaïque de combat d’animaux, Musée archéologique d’El Jem

Les gladiateurs se battaient aussi contre des bêtes sauvages, lors de reconstitutions de chasse appelées venationes. D’autres fois, les animaux se battaient entre eux, ou bien dévoraient des prisonniers condamnés à mort (notamment des martyrs chrétiens). Les animaux employés lors de ces mises en scène grandioses venaient le plus souvent d’Afrique.

Auriges

Mosaïque du Cirque de Carthage

Les courses de chars étaient un autre élément important des spectacles populaires. Il y avait le plus souvent quatre écuries : les Bleus, les Verts, les Rouges et les Blancs, alignés sur des factions politiques. Les chevaux numides, célèbres dans tout le monde antique pour leur vitesse, étaient particulièrement prisés pour ces courses. Les coureurs étaient appelés auriges, tandis que l’arène de la course était appelée cirque.

Le premier célèbre aurige d’origine africaine est Mastanabal, le fils du roi Massinissa de Numidie. En 168 ou 164, il a remporté la course de chars aux Jeux panathénaïques, une compétition sportive organisée à Athènes.

Un autre aurige célèbre, dont le nom indique une probable origine africaine, est Scorpus, qui faisait partie de l’écurie des Verts, à Rome. Il est mort à 27 ans, après plus de 2000 victoires. La cause de sa mort est inconnue, mais il est probable que ce soit un des nombreux accidents dans l’arène qui lui a coûté la vie. Le poète Martial a écrit un poème en son honneur.

Statue en l’honneur de Porphyre, à Constantinople

Porphyre, un aurige de l’époque byzantine, considéré comme le meilleur aurige de son temps, était originaire de Libye. Alors que traditionnellement, les champions de course étaient honorés d’une seule statue, pas moins de sept statues de Porphyre ont été érigées le long de l’hippodrome de Constantinople, après son départ à la retraite, vers l’âge de 60 ans. Son époque est considérée comme l’âge d’or des courses de char byzantines.

Athlètes

Portique de Petronii : gymnase de Thuburbo Maius (Source : Zaher Kammoun)

Les courses à pied, combats de boxe et de lutte et compétitions de tir à l’arc, de lancer de disque ou de javelot, étaient également très populaires dans le monde romain. Les entraînements sportifs dans les gymnases constituaient un élément fondamental de la formation des jeunes hommes, selon la devise latine « Mens sana in corpore sano », « Un esprit sain dans un corps sain ». De grandes compétitions sportives, inspirées des Grecs, étaient organisées régulièrement.

Marcius Porcius, un athlète originaire de Leptis Magna, est mentionné dans une inscription honorifique : il a remporté des compétitions athlétiques à Rome, en Grèce et en Asie Mineure.

Un autre athlète d’origine africaine est Victorinus de Cuicul (Djemila, près de Setif, en Algérie actuelle). Il est honoré dans une inscription en Numidie.

Théâtre

Le théâtre était un art florissant en Afrique romaine. Plus de 40 théâtres ont été construits dans des villes africaines.

Térence

Un des principaux dramaturges du monde romain, Térence, était d’origine africaine. Né à Carthage entre la deuxième et la troisième guerre punique, il a été vendu comme esclave à Rome dans sa jeunesse. Ses comédies latines d’inspiration grecque étaient jouées dans tout l’Empire.

Il y avait aussi des acteurs d’origine africaine. A Thamugadi (Timgad, en Algérie actuelle), un autel dédié à Apollon a été offert à la ville par un groupe d’acteurs itinérants. À Sabratha, les statues honorifiques dans le théâtre montrent que les acteurs, qui étaient souvent des esclaves affranchis, pouvaient atteindre un certain prestige social.

Il y avait également des concours de théâtre : à Carthage, une inscription fait référence à un « acteur tragique couronné », qui a remporté le concours local de tragédie.

Avons-nous des noms d’acteurs ? A Thuburbo Maius, une inscription funéraire mentionne un certain Quintus Valerius Restitutus, histrio (acteur comique) originaire de la ville.

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Apulée : l’auteur du premier roman latin

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, les populations urbaines africaines ont adopté avec ferveur la langue latine et les mœurs gréco-romaines. Leurs enfants étudiaient le latin, comme les jeunes nord-africains aujourd’hui font leurs études en français ou en arabe littéraire. Plusieurs des plus grands écrivains, poètes et dramaturges latins étaient d’origine africaine. Dans cet article, nous découvrirons Apulée, l’auteur de L’Âne d’or, le plus ancien roman écrit en latin.

Lucius Apuleius Madaurensis est né vers 124, à Madaure (M’Daourouch), qui était à l’époque une colonie romaine en Numidie, à la frontière avec la Gétulie. Son père était un magistrat de la ville. Dans son œuvre, il se décrit lui-même comme « mi-Numide et mi-Gétule ». Son prénom est inconnu, mais on lui attribue généralement le prénom du héros de son roman, Lucius.

Le jeune Apulée a d’abord étudié à Carthage, puis à Athènes, où il découvre la philosophie platonicienne. Il part ensuite à Rome, pour étudier la rhétorique latine, avant de retourner dans son Afrique natale. Il a voyagé aussi en Egypte et en Asie mineure, où il a été initié à divers mystères (mouvements religieux secrets). Il était notamment prêtre d’Eusculape.

De retour en Afrique, Apulée s’installe à Oea (Tripoli), où il est accueilli dans la maison d’un ancien camarade d’études à Athènes et finit par épouser sa mère, Pudentilla, une riche veuve nettement plus âgée que lui. Après son décès, d’autres membres de la famille portent plainte contre Apulée pour sorcellerie, l’accusant d’avoir eu recours à la magie pour obtenir les faveurs de Pudentilla (et son argent). Le procès a lieu dans la ville voisine de Sabratha. L’accusation est si ridicule qu’Apulée est facilement acquitté. Sa défense, lors de ce procès, a été publiée sous le titre de Discours sur la magie.

L’œuvre principale d’Apulée, L’Âne d’or, est le plus ancien roman en langue latine. Cette œuvre imaginative et irrévérencieuse raconte les aventures de Lucius (probablement l’auteur lui-même), un jeune homme victime de sa propre curiosité : en voulant jeter un sort qui le transformerait un oiseau, il est accidentellement transformé en âne. Pour retrouver sa forme humaine, il doit manger des roses. Il entame ensuite un long voyage en quête de salut. Finalement, il est délivré par la déesse Isis, retrouve sa forme humaine et devient prêtre d’Isis.

Le thème de l’intervention d’Isis pour sauver le narrateur pourrait être une critique du christianisme naissant, qui se propage très vite en Afrique du Nord à l’époque de l’auteur. Isis est présentée comme une déesse salvatrice, un salut païen, par opposition au salut chrétien.

Cupidon et Psyché

Pendant son voyage, Lucius raconte au lecteur une série d’autres histoires, qui constituent des disgressions dans la trame du roman. La plus connue de ces « histoires parallèles » est celle de Cupidon et Psyché. Psyché, la plus jeune et la plus belle fille d’un roi, est honorée comme une incarnation de Vénus, la déesse de l’amour. Celle-ci, jalouse, envoie son fils Cupidon afin de la rendre amoureuse du plus vil des hommes. En la voyant, Cupidon tombe lui-même follement amoureux d’elle. Il l’enlève et l’amène dans un magnifique palais, où il vient passer chaque nuit avec elle. Psyché n’a cependant pas le droit de voir son visage. Lorsqu’elle retourne rendre visite à ses sœurs, celles-ci, jalouses de son bonheur, la convainquent que son amant doit être un monstre affreux et que c’est pour cela qu’il ne veut pas qu’elle le voie. La nuit suivante, elle allume une lampe à huile et voit le beau visage du dieu qui dort à ses côtés. Malheureusement pour elle, alors qu’elle reste là à l’admirer, une goutte d’huile brûlante tombe sur la peau de Cupidon, qui se réveille. Aussitôt, le bonheur de Psyché prend fin : elle est chassée du palais et condamnée à errer en quête de son amour perdu. Le mythe de Psyché est certainement plus ancien, mais le récit d’Apulée est le seul dont nous disposons. D’une certaine manière, Psyché est une figure de Lucius, qui s’est perdu lui-même à cause de son désir d’un savoir interdit et a été condamné à une vie d’errance, en quête du salut.

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Térence : le maître de la comédie latine

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, les populations urbaines africaines ont adopté avec ferveur la langue latine et les mœurs gréco-romaines. Leurs enfants étudiaient le latin, comme les jeunes nord-africains aujourd’hui font leurs études en français ou en arabe littéraire. Plusieurs des plus grands écrivains, poètes et dramaturges latins étaient d’origine africaine. Dans cet article, nous découvrirons Térence, le maître de la comédie latine.

Térence

Publius Terentius Afer est né à Carthage, entre la deuxième et la troisième guerre punique. Ses parents étaient probablement esclaves, comme lui. Etant donné son excellente maîtrise du latin et du grec, certains spécialistes ont suggéré que sa mère était peut-être une esclave italienne (éventuellement du Sud de l’Italie, où il y avait beaucoup de colonies grecques) capturée par Hannibal.

Dans sa jeunesse, il a été amené à Rome et vendu comme esclave à un sénateur romain. Son maître l’a éduqué, puis, impressionné par son talent, il l’a affranchi et adopté, une pratique courante pour les jeunes esclaves talentueux. Son nom latin lui vient de son ancien maître. Il est devenu membre du Cercle des Scipions, un groupe de philosophes et poètes qui se réunissaient pour discuter de littérature, sous le patronage de Scipion Emilien.

Il a commencé à écrire en -166. Ses œuvres sont inspirées de la comédie grecque, notamment de Ménandre. Contrairement aux comédiens latins plus anciens, ses comédies sont plus sentimentales, fondées surtout sur le comique de caractère, avec une psychologie plus fine. Enfin, elles apportent toutes une réflexion morale. Il a écrit six pièces : L’Andrienne, L’Hécyre, L’Heautontimoroumenos, L’Eunuque, Phormion et Adelphes.

Vers -160, Térence voyage en Grèce, en quête d’inspiration pour ses pièces. Il ne reviendra pas à Rome : il meurt en -159, soit de maladie, soit dans un naufrage pendant son voyage de retour.

Après sa mort, ses pièces ont commencé à circuler comme des œuvres littéraires à lire, plutôt que des pièces de théâtre à mettre en scène. Il s’est rapidement imposé comme auteur « classique », dont les œuvres étaient étudiées dans les écoles.

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L’architecture sévérienne : un deuxième âge d’or de l’architecture romaine

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La dynastie impériale des Sévère, d’origine africaine, a supervisé la construction de beaucoup d’édifices prestigieux, à Rome, en Afrique et ailleurs. Cette période est parfois considérée comme un « deuxième âge d’or » de l’architecture romaine : si les Sévère n’ont jamais su rivaliser avec l’esprit d’innovation et le génie technique de leurs prédécesseurs du 1° Siècle, leurs constructions monumentales reflètent le besoin des Empereurs d’affirmer leur autorité dans un Empire plus immense que jamais.

Arc de Septime Sévère, sur le Forum de Rome

A Rome

Arc de Septime Sévère

Après sa victoire contre les Perses, Septime Sévère a construit un arc de triomphe en marbre blanc, sur le Forum romain. L’Arc de Septime Sévère, le plus monumental des arcs de triomphe romain, mesure 23m de hauteur et 25m de large. Il s’agit d’un monument de propagande qui célèbre la puissance de Rome et la gloire de son Empereur.

Septime Sévère a également agrandi le Palais impérial, sur le Palatin. Le Domus Severiana, les espaces résidentiels et cérémoniels construits par Septime Sévère, constitue la dernière extension du Palais impérial.

Reconstitution 3D du Septizodium

Enfin, Septime Sévère a construit le Septizodium (ou Septisolium, « sept soleils »), une façade monumentale, au pied du Mont Palatin et en face de la Voie Appienne, la plus grande voie romaine. L’objectif principal de ce monument semble avoir été d’impressionner les voyageurs qui arrivaient à Rome par le Sud, notamment ceux qui venaient d’Afrique. Le Septizodium n’existe plus, mais plusieurs représentations ont été conservées.

Caracalla, le fils de Septime Sévère, a construit les Thermes de Caracalla, les plus grands bains de Rome, visibles sur la photo de couverture de cet article.

Les Sévère ont aussi agrandi le port d’Ostie, la ville portuaire de Rome. Ailleurs en Italie, ils ont fait construire un grand nombre d’édifices publics, théâtres, bains et entrepôts.

A Leptis Magna

Forum de Leptis Magna, construit par Septime Sévère et terminé par son fils Caracalla

La ville natale de Septime Sévère a été considérablement embellie sous son règne. Septime Sévère a fait de la Tripolitaine une province romaine à part entière, avec pour capitale Leptis Magna. Plusieurs des édifices les plus somptueux de la ville ont été construits par lui.

L’Arc de Septime Sévère, à Leptis Magna

Lorsque Septime Sévère a visité Leptis Magna, en 203, les autorités de la ville ont construit en son honneur un arc qui célèbre ses exploits militaires. Pour les remercier, l’Empereur a fait construire un vaste nouveau forum, avec une basilique (tribunal) richement décorée, inspirée de la Basilique Ulpia de Rome. La construction du forum et de la basilique a été terminée par Caracalla, le fils et successeur de Septime Sévère. La basilique sévérienne a été transformée en église à l’époque byzantine.

Septime Sévère a également reconstruit et agrandi le port de Leptis Magna, afin de développer le commerce.

Enfin, il a fait construire de nouvelles fortifications sur la frontière Sud de l’Afrique romaine, afin de protéger le territoire romain contre les attaques des tribus amazighes du Sahara.

En Syrie

Ruines de Palmyre, en 2010 (avant leur destruction par DAECH)

L’Impératrice Julia Domna, l’épouse de Septime Sévère et la mère de Caracalla, était originaire de Syrie et la région a beaucoup bénéficié des largesses de la famille impériale.

Temple de Bel, à Palmyre, rénové par les Sévère

Dans la glorieuse ville de Palmyre, les Sévère ont fait rénover et agrandir les édifices emblématiques de la ville, qui existaient déjà avant eux, comme le Temple de Bel, la Grande Colonnade et les Arcs monumentaux.

A Emèse (Homs), la ville natale de Julia Domna, les Sévère ont fait agrandir le Temple d’Héliogabale, un dieu syrien du soleil. Le père de Julia Domna était grand-prêtre d’Héliogabale. Ce temple n’existe plus : son site est aujourd’hui occupé par la Mosquée omeyyade de Homs.

Temple de Jupiter, Baalbek

Enfin, les Sévère ont fait rénover le Temple de Jupiter à Baalbek, au Liban actuel. Ce temple est le deuxième plus grand temple au monde, après le Temple de Vénus de Rome.

Ailleurs dans l’Empire

A Alexandrie, en Egypte, Septime Sévère et Caracalla ont fait rénover le Sérapion, le temple de Sérapis, le dieu protecteur de la ville.

En Bretagne, Septime Sévère a restauré et fortifié le Mur d’Hadrien.

Enfin, les Sévère ont construit beaucoup de forteresses sur le Danube, la frontière Nord de l’Empire, ainsi qu’une série de ponts par-dessus le fleuve.

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Caracalla : un Empereur universaliste

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Caracalla était un Empereur romain, d’origine amazighe d’Afrique du Nord par son père et arabe de Syrie par sa mère. Né à Lugdunum (Lyon), en Gaule, il a été proclamé Empereur en Bretagne. A l’image de son Empereur, l’Empire romain de cette époque était plus multiculturel que jamais auparavant. C’est donc en toute logique que Caracalla a accordé, pour la première fois, la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de son Empire, quelles que soient leurs origines.

Origines et accession au trône de Caracalla

Portrait de la famille impériale : Septime Sévère et Julia Domna, avec leurs fils Caracalla et Geta (dont le visage a été effacé après sa mort)

Lucius Septimius Bassianus, dit Caracalla, est le fils aîné de Septime Sévère, le premier Empereur romain d’origine nord-africaine. Sa mère, l’Impératrice Julia Domna, est d’origine arabe, issue de la dynastie royale d’Emèse (Homs), en Syrie. Il est né en 188, à Lugdunum (Lyon), pendant que son père était gouverneur de Gaule. Son surnom, Caracalla, vient de la tunique à capuche d’origine gauloise qu’il aimait porter et qu’il a contribuée à populariser. La diversité de ses origines témoigne de ce que l’Empire romain est devenu : un vaste territoire cosmopolite, où se côtoient des populations aux origines très diverses.

Vers l’âge de 10 ans, Caracalla commence à régner comme co-Empereur de son père, avec son frère Geta, qui a un an de moins que lui.

Septime Sévère meurt en 211, en Bretagne, en pleine campagne pour la conquête de la Calédonie (Ecosse actuelle). Ses deux fils, Caracalla et Geta, lui succèdent. Ils commencent par conclure un accord de paix avec les Calédoniens. Alors que Septime Sévère voulait qu’ils règnent ensemble, les deux frères se sont avérés incapables de partager le pouvoir. Finalement, Caracalla a fait assassiner Geta pour régner seul.

Citoyenneté pour tous

Caracalla

Avant le règne de Caracalla, moins de 10% de la population de l’Empire étaient citoyens romains : seuls les habitants de l’Italie et ceux des colonies romaines, ainsi que les élites locales des provinces, avaient droit à la citoyenneté. L’immense majorité des provinciaux n’étaient pas citoyens et étaient donc exclus de la vie civile.

Caracalla – d’origine provinciale par ses deux parents – estime que la citoyenneté romaine ne devrait pas dépendre des origines ou de l’appartenance ethnique. Son père, le premier Empereur d’origine provinciale, lui avait ouvert la voie en incluant les provinciaux dans l’administration impériale. Dès le début de son règne, en 212, Caracalla fait adopter une loi révolutionnaire, accordant la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire.

Cette mesure a été particulièrement bien accueillie en Afrique du Nord, en Syrie et en Gaule, les provinces d’origine de ses deux parents et sa propre province de naissance, qui faisaient partie des provinces les plus fortement romanisées de l’Empire.

Les historiens romains, issus de l’élite latine historique et cyniques sur le bien-fondé de cette mesure, affirment qu’il voulait surtout augmenter les revenus de l’Etat en faisant payer des impôts aux nouveaux citoyens. En réalité, il semble avoir agi par conviction que les provinciaux d’autres origines méritaient d’être reconnus comme partenaires égaux des Romains.

Un Empereur universaliste

Peu après l’adoption de sa réforme de la citoyenneté, Caracalla quitte Rome, pour une campagne militaire contre les Germains. Il ne reviendra jamais dans la capitale impériale.

Après sa victoire contre les Germains, il entame une vaste tournée des provinces de son immense Empire. Arrivé à Alexandrie, en Egypte, en 215, il rend hommage à Sérapis, le dieu tutélaire de la ville. Caracalla semble avoir eu beaucoup de dévotion pour Sérapis pendant toute sa vie : alors qu’il était encore co-Empereur de son père, il a fait renouveler le Sérapion, le temple de Sérapis à Alexandrie. Par la suite, il commence à frapper des pièces de monnaie avec son effigie sur une face et Sérapis sur l’autre.

Pièce de monnaie – Revers : Sérapis (Source)
Pièce de monnaie – Avers : tête de Caracalla (Source)

Caracalla semble avoir eu pour ambition de faire de Sérapis le dieu protecteur de son Empire. Selon la vision du monde antique, un Empire universel a besoin d’un dieu universel – non pas un dieu unique, au sens des religions monothéistes, mais le dieu de tous les peuples. Sérapis, dont le culte est un syncrétisme entre la religion traditionnelle grecque et égyptienne, semble être le candidat idéal pour ce rôle.

La population d’Alexandrie n’est cependant pas sensible à ses faveurs : elle lui reproche son meurtre de son frère et d’autres injustices. Caracalla réagit en envoyant son armée piller la ville et massacrer ses habitants pendant plusieurs jours.

Caracalla part ensuite à Antioche, en Syrie, où il prépare une expédition militaire contre les Perses. Il demande la fille de l’Empereur de Perse en mariage, afin d’unir les deux Empires. Lorsque l’Empereur de Perse refuse, il profite de ce prétexte pour l’attaquer.

Mort et succession

Le 8 avril 217, en pleine campagne contre les Perses, Caracalla est poignardé par un soldat, alors qu’il était en train d’uriner. Macrin, son préfet du prétoire, qui est également d’origine nord-africaine, devient Empereur à sa place.

La famille impériale déchue soutient Héliogabale, le fils d’une cousine de Caracalla, dont la mère prétend qu’il est le fils illégitime de l’Empereur assassiné. La plupart des historiens modernes doutent que Caracalla était vraiment son père. Macrin est tué et Héliogabale lui succède.

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Didius Julianus : un Empereur d’origine africaine avant Septime Sévère ?

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Suite à notre article sur les Empereurs romains originaires d’Afrique du Nord, dans lequel nous affirmons que Septime Sévère était le premier Empereur Africain, un lecteur nous a signalé que son prédécesseur, Didius Julianus, était également d’origine africaine. Dans cet article, nous répondons à cette remarque en expliquant pourquoi nous considérons Septime Sévère, et non Didius Julianus, comme le premier Empereur africain.

Didius Julianus

Didius Julianus était un riche aristocrate romain, qui, après le meurtre de l’Empereur Pertinax, a acheté le trône impérial en promettant 25 000 sesterces à tous les soldats de la garde prétorienne. Sa proclamation comme Empereur a provoqué un soulèvement de l’armée, choquée de voir le trône vendu aux enchères. Didius Julianus n’a régné que quelques mois, avant d’être tué par Septime Sévère.

Didius Julianus était-il d’origine africaine ? Son père était un notable de Mediolanum (Milan), en Italie, tandis que sa mère était originaire de Hadrumetum (Sousse). Elle est venue vivre en Italie après son mariage.

On voit donc que Didius Julianus avait des liens avec l’Afrique, par sa mère, même s’il est né et a grandi en Italie. Il a également servi comme proconsul d’Afrique (succédant à Pertinax, qui l’a également précédé comme Empereur).

Cependant, la famille de la mère de Didius Julianus n’était pas de souche africaine : c’étaient des aristocrates romains installés en Afrique après la chute de Carthage. Par ailleurs, Didius Julianus a fait toute sa carrière en Italie et ne s’identifiait pas comme Africain, contrairement à Septime Sévère, qui parlait couramment punique et était très fier de ses origines. Pour ces raisons, il ne nous paraît pas juste de décrire Didius Julianus comme un « Empereur Africain ».

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Septime Sévère : un Empereur nord-africain

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. Vers la fin du 2° Siècle, l’un d’eux, Septime Sévère, est devenu le premier Empereur romain d’origine africaine.

Origines et jeunesse

Septime Sévère

Septime Sévère est né le 11 avril 145, à Leptis Magna, en Libye romaine. Son père était d’origine amazighe, tandis que sa mère était issue d’une famille de la noblesse romaine installée en Afrique. Septime Sévère a grandi à Leptis Magna, en parlant couramment punique, latin et grec.

En 162, le jeune Septime Sévère part faire carrière à Rome, où deux cousins de son père ont déjà servi comme consuls. Sur la recommandation de l’un d’entre eux, l’Empereur Marc-Aurèle lui accorde le statut sénatorial, ce qui lui permet d’entamer son Cursus honorum, le parcours qu’un jeune homme doit suivre pour exercer des responsabilités dans l’administration impériale. Il devient procureur de l’Etat (Advocatus fisci).

La famille impériale : Septime Sévère et Julia Domna, avec leurs fils Caracalla et Geta (dont le visage a été effacé après son meurtre par Caracalla)

En 166, il retourne à Leptis Magna, en attendant d’avoir atteint l’âge minimal de 25 ans pour pouvoir être candidat à la questure. De retour à Rome en 169, il prend la fonction de questeur et est élu sénateur. En 173, son cousin devient gouverneur d’Afrique et le nomme son légat, une prestigieuse fonction militaire. Il retourne ensuite à Rome, où il devient tribun de la plèbe.

Il se marie vers 175, avec Paccia Marciana, une femme de Leptis Magna, qui meurt en 186. Il épouse ensuite Julia Domna, une femme syrienne, issue de la dynastie royale d’Emèse (Homs), qui deviendra son Impératrice. Il poursuit sa carrière dans l’armée et devient gouverneur de plusieurs provinces, notamment de Gaule, où son fils Caracalla est né.

Accession au pouvoir

Pièce d’or à l’effigie de Septime Sévère

En décembre 192, l’Empereur Commode est assassiné. Son successeur, l’influent sénateur Pertinax, est le patron politique de Septime Sévère, qui a promu sa carrière en le recommandant pour divers postes administratifs. Pertinax est tué à son tour après avoir régné pendant trois mois. La garde prétorienne décide de vendre le trône impérial au riche sénateur Didius Julianus. L’armée, scandalisée de voir le trône vendu aux enchères, se révolte et plusieurs militaires revendiquent le trône impérial.

Lorsqu’il apprend la mort de Pertinax, Septime Sévère décide de le venger. Il marche sur Rome à la tête de ses troupes, prend le contrôle de la ville sans opposition et fait exécuter Didius Julianus. Il fait ensuite alliance avec Albinus, le gouverneur de Bretagne (qui est également d’origine africaine), contre ses autres rivaux au sein de l’armée. Une fois son trône solidement établi, il fait tuer Albinus et s’impose comme seul maître de Rome.

En plus d’être le premier Empereur d’origine africaine, Septime Sévère est le premier Empereur originaire des provinces de l’Empire et non de Rome elle-même.

Règne de Septime Sévère

L’Arc de Septime Sévère, à Leptis Magna

Le règne de Septime Sévère marque l’apogée du pouvoir des Romano-Africains dans l’administration impériale. L’Empereur favorise la formation d’une nouvelle élite romano-africaine, en nommant beaucoup d’Africains à des responsabilités importantes. Il fait aussi de la Tripolitaine, sa région d’origine, une province romaine à part entière, et accorde à la ville d’Utique le statut de colonie romaine. Enfin, il fait construire plusieurs édifices prestigieux à Leptis Magna.

Septime Sévère est décrit par plusieurs auteurs chrétiens comme un féroce persécuteur des chrétiens de son Empire. Si la situation des chrétiens a effectivement empiré pendant son règne, avec plusieurs persécutions, il s’agit cependant davantage d’initiatives des autorités locales, pas d’une politique générale à l’échelle de tout l’Empire. L’écrivain chrétien africain Tertullien de Carthage affirme que Septime Sévère avait un médecin chrétien à sa cour et que la nourrice de ses fils était chrétienne. Le fonctionnaire chrétien Jules l’Africain a également servi dans son administration, sans être inquiété pour sa foi.

Conquêtes

Pendant son règne, Septime Sévère a mené plusieurs campagnes militaires afin de conquérir de nouveaux territoires. A sa mort, l’Empire romain occupe le plus vaste territoire de son histoire. La plupart de ses conquêtes seront cependant rapidement perdues.

En 197, Septime Sévère lance une campagne militaire contre l’Empire perse. Il prend le contrôle de la capitale, Ctésiphon, pille la ville et annexe la moitié Nord de la Mésopotamie, étendant les frontières de l’Empire plus loin vers l’Orient qu’elles ne l’ont jamais été. Les rois d’Osroène et d’Arménie lui paient un tribut et deviennent ses vassaux.

Conquêtes de Septime Sévère en Afrique

Après sa victoire contre les Perses, Septime Sévère veut sécuriser la frontière Sud de son Empire, dans son Afrique natale, où les attaques de tribus amazighes sont récurrentes. En 202, il s’empare de Garama, la capitale des Garamantes, et prend le contrôle de leur territoire. Il élargit également le territoire de la Numidie romaine, en conquérant de nouveaux territoires. Enfin, il fortifie toute la frontière Sud.

En 208, Septime Sévère voyage en Bretagne, afin de conquérir la Calédonie (Ecosse actuelle) et de devenir le premier Empereur romain à prendre le contrôle de toute l’île. Il remporte plusieurs victoires et aurait certainement atteint son objectif s’il n’était pas tombé malade en pleine campagne. Il meurt en 211, en Bretagne.

Succession

Après la mort de Septime Sevère, ses fils Caracalla et Geta lui succèdent. Alors que Septime Sévère voulait qu’ils règnent ensemble, ils se sont avérés incapables de partager le pouvoir. Finalement, Caracalla a fait assassiner Geta pour régner seul.

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Les Empereurs romains nord-africains

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. Il y a même eu plusieurs Empereurs d’origine africaine.

Un premier prétendant

Albinus

Decimus Clodius Albinus est né vers 150, à Hadrumetum (Sousse), en Afrique romaine, dans une famille de l’aristocratie romaine. Son cognomen (surnom) Albinus vient de son albinisme.

Albinus fait carrière dans l’armée, sous les Empereurs Marc-Aurèle et Commode, et devient gouverneur de Bretagne romaine.

L’Empereur Commode est assassiné en décembre 192. Le préfet du prétoire Quintus Aemilius Laetus, qui a participé au complot contre lui, était d’origine africaine, de Thenae (Thyna, près de Sfax, en Tunisie actuelle).

L’armée a choisi le sénateur Pertinax pour succéder à Commode, mais il n’a régné que trois mois avant d’être assassiné à son tour. La garde prétorienne a alors vendu le trône impérial au riche sénateur Didius Julianus (qui avait également des liens avec l’Afrique, par sa mère, issue d’une famille romaine installée à Hadrumetum (Sousse)). L’armée, scandalisée de voir le trône vendu aux enchères, s’est révoltée. Au cours de cette année, plusieurs militaires ont revendiqué le trône impérial, dont Albinus, soutenu par les légions romaines en Bretagne.

Dans la guerre civile qui a suivi, Albinus a fait alliance avec un autre militaire, également d’origine africaine : Septime Sévère. Albinus accepte d’abord de servir comme César (vice-Empereur) de Septime Sévère, gouvernant la partie occidentale de l’Empire. Après la défaite des autres prétendants au trône, Septime Sévère, résolu à s’imposer comme le seul maître de l’Empire, décide d’écarter Albinus, qui est tué en 197.

Septime Sévère (193-211)

Septime Sévère

Septime Sévère est le premier et le plus grand Empereur romain d’origine africaine, ainsi que le fondateur de la dynastie des Sévères, qui a régné pendant plus de 30 ans. Né à Leptis Magna, en Libye, il a construit plusieurs édifices prestigieux dans sa ville natale (dont l’Arc de Septime Sévère, sur la photo de couverture). Son règne représente l’apogée du pouvoir des Romano-Africains dans l’administration impériale. Grâce à ses conquêtes, l’Empire romain s’est agrandi jusqu’à occuper, à sa mort, le plus vaste territoire de son histoire. Il a notamment conquis les Garamantes. Nous lui avons consacré un article détaillé.

Les successeurs de Septime Sévère

Caracalla

Après la mort de Septime Sevère, ses fils Caracalla et Geta lui succèdent. Alors que Septime Sévère voulait qu’ils règnent ensemble, ils se sont avérés incapables de partager le pouvoir. Finalement, Caracalla a fait assassiner Geta pour régner seul.

Caracalla (211-217) était un Empereur d’origine africaine par son père et syrienne par sa mère, né à Lugdunum (Lyon), en Gaule. Ses biographies mettent en avant le fait que, pendant son règne, il a incarné les meilleures qualités de ces trois peuples. Il est connu surtout pour avoir accordé la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire.

Après l’assassinat de Caracalla, Macrin, son préfet du prétoire, devient Empereur (217-218). Il est également d’origine africaine : il est né à Césarée (Cherchell), dans une famille d’origine amazighe.

La famille Sévère, écartée du pouvoir, soutient Héliogabale, le fils d’une cousine de Caracalla, dont la mère prétend qu’il est le fils illégitime de l’Empereur assassiné. La plupart des historiens modernes doutent que Caracalla était vraiment son père. Macrin est tué et Héliogabale lui succède (218-222). Son règne sera marqué par un scandale religieux : il refuse d’adorer les dieux romains, préférant le culte d’une divinité syrienne.

La garde prétorienne, hostile à Héliogabale, décide de le renverser et de proclamer comme Empereur à sa place son cousin Sévère Alexandre (222-235), le dernier Empereur de la dynastie des Sévère. Lorsque celui-ci est tué à son tour, c’est la fin de la dynastie des Sévère.

La dynastie des Gordien

Gordien III

Les trois Empereurs appelés Gordien (père, fils et petit-fils) n’étaient pas d’origine africaine, mais ils avaient des liens étroits avec l’Afrique. Gordien I était proconsul d’Afrique romaine avant d’être proclamé Empereur par la population africaine, puis reconnu par le Sénat. Il a régné à Carthage pendant quelques semaines en 238, avec son fils Gordien II, avant d’être tué par un partisan de son prédécesseur. Son petit-fils Gordien III (238-244) est probablement né à Thysdrus (El Jem) et a probablement fait construire l’amphithéâtre de la ville, le plus grand et le mieux conservé d’Afrique romaine. Article détaillé

Quels Empereurs ont été proconsuls d’Afrique ?
Comme Gordien I, plusieurs autres Empereurs ont servi comme proconsuls (gouverneurs) d’Afrique romaine. Galba, qui a régné pendant quelques mois en 67-68, a été proconsul d’Afrique vers 45, sous l’Empereur Claude (41-54). Vitellius a été proconsul d’Afrique en 60 ou 61, sous Néron. Pertinax et Didius Julianus, les deux prédécesseurs de Septime Sévère, ont été proconsuls d’Afrique sous Commode (180-192), peu avant de devenir Empereurs.
Cette fonction n’implique pas qu’ils avaient des origines africaines, ni même des liens particuliers avec l’Afrique. Le proconsulat d’Afrique était un poste très convoité par l’élite romaine, réservé aux administrateurs les plus compétents.

Un dernier Empereur africain

Monnaie à l’effigie d’Emilien

Le dernier Empereur romain d’origine africaine, Emilien, est né à Djerba, mais il était d’origine maure. Il a régné pendant trois mois, en 257. Article détaillé

Selon certaines sources, l’Empereur Carus (282-283) était également d’origine africaine, mais les historiens modernes contestent cette origine.

Enfin, il y a eu aussi plusieurs Impératrices d’origine nord-africaine.

Les usurpateurs nord-africains
En plus de ces Empereurs, plusieurs autres personnalités nord-africaines ont revendiqué le trône impérial sans succès.
Le premier usurpateur nord-africain est Albinus, déjà mentionné dans cet article. Originaire de Hadrumetum (Sousse), il s’est proclamé Empereur en 193, avant d’être vaincu par Septime Sévère.
En 240, alors que l’Empereur Gordien III, n’a que 15 ans, le proconsul d’Afrique Sabinianus, originaire d’Acholla (Ras Botria, au Nord de Sfax), s’est proclamé Empereur à sa place. Basé à Carthage, il contrôlait l’Afrique, mais il n’était pas reconnu ailleurs dans l’Empire. Sa rébellion sera de courte durée : il est rapidement éliminé par les fidèles de Gordien III.
D’après l’Histoire Auguste, une collection de biographies d’Empereurs romains écrite au 4° Siècle, un certain Celse, un tribun militaire basé en Afrique romaine, s’est proclamé Empereur pendant le règne de Gallien (253-268). La plupart des historiens modernes pensent que cet usurpateur n’a jamais existé.
Vers 308, en pleine guerre civile entre prétendants au trône impérial, un de ces prétendants, Maxence, veut être reconnu en Afrique. Domitius Alexander, le gouverneur-général d’Afrique romaine, refuse et se proclame lui-même Empereur. Il est vaincu et tué par Maxence deux ans après.
Enfin, en 413, Héraclien, le gouverneur-général de l’Afrique romaine, se révolte contre l’Empereur Honorius. Pour s’emparer du trône, il débarque en Italie, mais il est vaincu.
L'Afrique du Nord romaine

L’inscription du moissonneur de Makthar : le témoignage d’un paysan devenu sénateur

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Une inscription retrouvée à Makthar, dans la Dorsale tunisienne, raconte le parcours d’un paysan nord-africain, né dans la pauvreté, qui a finalement été élu par les citoyens de sa ville pour les représenter au Sénat.

Le site archéologique de Makthar est situé dans le gouvernorat de Siliana, en Tunisie, à 70 km de El Kef. Il s’agit du site de l’ancienne ville numide, puis romaine, de Mactaris, avec plusieurs édifices religieux et civils très bien conservés. Le parc archéologique et le musée de Makthar contiennent de nombreuses pièces d’une grande valeur qui ont été découvertes ici. D’autres pièces sont conservées au Musée du Bardo de Tunis et dans d’autres musées internationaux.

Parmi les trésors archéologiques qui ont été retrouvés sur ce site, il y a l’inscription funéraire, rédigée en latin, d’un certain Caius Mulceius Maximus. L’auteur, un paysan de la région, raconte comment, alors qu’il est issu d’une famille pauvre et n’a connu que les travaux des champs pendant toute sa vie, à force de persévérance et d’un dur labeur, il a réussi à acquérir une maison et un domaine et a même été élu sénateur ! Ce rare témoignage de première main offre un éclairage fascinant sur l’efficacité de la méritocratie romaine, qui permettait à un simple paysan de devenir sénateur. L’inscription contient aussi de précieuses informations sur la vie économique dans les campagnes d’Afrique romaine.

Cette inscription, découverte en 1882 par l’archéologue français Joseph Alphonse Letaille, est aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, à Paris.

Voici le texte de l’inscription du moissonneur de Makthar :

« Je suis né d’une pauvre famille et d’un humble père, qui n’avait ni fortune ni maison en ville ; depuis ma naissance, je n’ai vécu que pour mon travail aux champs, et ni pour les champs, ni pour moi il n’y eut jamais de repos ; quand l’année avait conduit les moissons à maturité, alors j’étais le premier à couper le chaume ; quand s’avançait dans les campagnes la troupe des hommes porteurs de faux, se dirigeant vers les campagnes de la numide Cirta ou vers celles de Jupiter, pour moissonner le premier dans les campagnes, je devançais tout le monde, laissant derrière mon dos d’épaisses javelles ; pendant deux fois six moissons, j’ai fauché sous un soleil d’enfer ; ainsi ai-je réussi à devenir chef ; pendant onze années, j’ai dirigé des troupes de moissonneurs, et nos mains ont émondé les plaines de Numidie ; un travail comme le mien et une vie parcimonieuse ont rapporté : ils ont fait de moi le maître d’une maison et le propriétaire d’un domaine, ma maison ne manque de rien, et grâce à notre mode de vie, elle a récolte les fruits des honneurs ; je suis devenu membre du sénat de ma cité et, coopté par mes collègues, j’ai siégé dans leur temple ; j’étais un petit paysan, je suis devenu censeur ; j’ai vu naître et grandir mes enfants et mes chers petits-enfants ; juste récompense d’une vie, j’ai traversé des années glorieuses qu’aucune langue impie ne vient flétrir du moindre reproche ; mortels, apprenez à vivre sans reproches ; qui a vécu dans l’honneur a mérite de mourir de même. — Epitaphe de Mulceius Maximus »

L'Afrique du Nord romaine

La mosaïque de Virgile : une mosaïque romaine en Tunisie

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Plusieurs des plus belles mosaïques de tout le monde romain ont été réalisées en Afrique romaine. Une des plus célèbres est le plus ancien portrait connu du grand poète latin Virgile. Cette mosaïque, retrouvée à Sousse, est aujourd’hui conservée au Musée du Bardo, à Tunis.

Cette fresque carrée, de 1,20m de côté, représente Virgile, le plus grand poète romain et l’auteur de l’Enéïde, vêtu d’une toge blanche et assis sur un siège, avec un parchemin sur les genoux. A sa droite et à sa gauche se tiennent les muses (déesses des arts) Clio et Melpomène : Clio, la muse de l’histoire, est en train de lire, tandis que Melpomène, la muse des tragédies, tient un masque tragique. Sur le parchemin ouvert, on peut lire un passage de l’Enéïde qui fait référence aux muses : « Musa, mihi causas memora, quo numine laeso, quidve… » (« Muse, rappelle-moi les causes, dis-moi pour quelle atteinte à ses droits sacrés, pour quelle… »).

Cette mosaïque a été découverte en 1896, dans le jardin d’une villa romaine à Sousse. Sa datation est incertaine : elle a été réalisée entre le 1° et le 4° Siècle. Il s’agit du plus ancien portrait connu de Virgile, ce qui lui donne une importance historique particulière. La mosaïque est remarquable aussi par la grande qualité de son exécution.

L’historien de l’art tunisien Mohamed Yaqoub a suggéré que le propriétaire de la villa se représente peut-être lui-même sous les traits de Virgile, afin d’exprimer son admiration pour le poète.

La mosaïque de Virgile est aujourd’hui conservée au Musée du Bardo de Tunis. Elle constitue la pièce maîtresse de la riche collection de mosaïques romaines de ce musée.