Vers la fin de la Première guerre punique, les Romains assiègent la ville de Libybée, en Sicile. Un audacieux officier carthaginois, Hannibal le Rhodien, est entré dans la ville par la mer, en pleine vue des Romains, pour ravitailler les assiégés. Grâce à la vitesse supérieure de son navire, il a échappé aux troupes romaines.
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Hannibal le Rhodien était un officier de l’armée carthaginoise, pendant la Première guerre punique. Son surnom « le Rhodien » vient probablement de ses qualités de navigateur : les habitants de l’île de Rhodes étaient connus pour être d’excellents marins. Hannibal le Rhodien était aussi un habile inventeur : son navire, qu’il avait lui-même construit, était équipé de fonctions spéciales qui le rendaient encore plus rapide que les autres navires de la flotte carthaginoise.
Vers 250, alors que la Première guerre punique fait rage depuis plus de 10 ans, les Romains ont pris le contrôle de la plus grande partie de la Sicile. L’armée romaine décide d’assiéger Lilybée (aujourd’hui Marsala), une des dernières villes carthaginoises de l’île.
C’est pendant ce siège que Hannibal le Rhodien s’est illustré. L’historien Polybe raconte comment il est entré dans le port de Lilybée, en plein jour et sans même chercher à se cacher de l’ennemi, pour apporter des provisions aux troupes carthaginoises assiégées. Puis, seul à bord de son navire, il repart et échappe facilement aux vaisseaux romains qui l’attaquent : son navire est si rapide que personne ne peut le rattraper. Polybe rapporte qu’il s’est même arrêté pour insulter et provoquer ses ennemis.
Après l’exploit de Hannibal le Rhodien, d’autres suivent son exemple. Grâce à ces expéditions, les Carthaginois peuvent non seulement ravitailler la ville assiégée, mais aussi récolter des informations utiles sur leurs ennemis. Les Romains, dépassés par tant d’audace, tentent sans succès de combler l’entrée du port.
Un jour, un navire carthaginois échoue sur un banc de sable. Les Romains s’en emparent et s’en servent pour poursuivre les autres navires qui viennent ravitailler la ville. Hannibal le Rhodien lui-même est finalement capturé pendant une de ses expéditions. Les Romains construiront leur propre flotte sur le modèle de son navire, ce qui leur permettra d’empêcher de nouvelles expéditions de ravitaillement.
Le fondement de la puissance de l’Empire romain était son armée, redoutable, bien armée et très disciplinée. A son apogée, on estime que l’armée romaine comptait environ 450 000 soldats. Vers la fin du 3° Siècle, Maximilien, un chrétien de la ville de Théveste (Tebessa), en Numidie, a été exécuté pour avoir refusé de servir dans l’armée. Il est considéré comme le premier objecteur de conscience, une inspiration pour tous ceux qui, après lui, ont refusé de porter les armes et de tuer pour une cause en laquelle ils ne croyaient pas.
Maximilien de Théveste est né en 274, à Théveste (aujourd’hui Tebessa, en Algérie). Son père, Fabius Victor, est un vétéran de l’armée romaine. En tant que fils d’un ancien soldat, la loi romaine exige que Maximilien se fasse enrôler dans l’armée à l’âge de 21 ans.
A cette époque, l’attitude des chrétiens à l’égard du service militaire variait beaucoup. En plus du recours à la violence, les sacrifices offerts lors des cérémonies militaires posaient également un problème de conscience aux chrétiens. D’une manière générale, les chrétiens déjà baptisés n’avaient pas le droit (ou, du moins, étaient découragés) de s’engager dans l’armée, mais les militaires qui se convertissaient au christianisme pouvaient continuer leur service. Certains chrétiens, comme Jules l’Africain, qui a servi comme officier sous Septime Sévère, avaient une vision beaucoup plus favorable de l’engagement militaire. Sous le règne de Dioclétien, qui a restauré une discipline militaire plus stricte, l’Eglise chrétienne a adopté une doctrine fermement antimilitariste.
Le 12 mars 295, jour de son 21° anniversaire, Maximilien a été amené par son père devant le proconsul d’Afrique, afin d’être enrôlé dans l’armée. Le père de Maximilien était lui-même chrétien et ne voyait manifestement pas de contradiction entre sa foi et l’engagement militaire. Maximilien, cependant, refuse de servir dans l’armée : « Je ne puis servir, je ne puis faire le mal, je suis chrétien. » Il ne veut pas non plus porter à son cou la médaille à l’effigie de l’Empereur Dioclétien, obligatoire pour tous les conscrits, parce qu’il estime que ce serait trahir Christ.
Face à son refus, Maximilien est arrêté et emprisonné. Lorsque le proconsul l’interroge sur les raisons de son refus, il répond qu’il croit que l’Evangile chrétien interdit toute forme de violence et que par conséquent, sa conscience lui interdit de servir dans l’armée. Lorsque le proconsul menace de le condamner à mort s’il persiste, il répond : « Je ne sers pas, tranche-moi la tête, je ne milite pas dans l’armée de ce monde, mais dans celle de mon Dieu. »Le proconsul, craignant que d’autres chrétiens ne suivent son exemple, le fait décapiter. Une matrone chrétienne appelée Pompeiana obtient son corps et l’enterre à Carthage.
L’histoire se souvient de Maximilien de Théveste comme le premier objecteur de conscience. A la même époque, d’autres chrétiens ont certainement aussi été mis à mort pour avoir refusé de servir dans l’armée. Pendant la guerre du Vietnam, un groupe de responsables religieux américains opposés à la guerre ont adopté le nom d’Order of Maximilian (Ordre de Maximilien), en mémoire de leur glorieux prédécesseur nord-africain.
Les Etrusques sont une civilisation antique qui vivait au centre de l’Italie. Rivaux historiques des Romains, les Etrusques étaient des alliés de Carthage. Un certain nombre d’objets artisanaux d’origine étrusque ont été retrouvés à Carthage et ailleurs en Afrique du Nord.
Tesserae hospitales étrusques retrouvées à Carthage : une « tessera hospitalis » était un petit objet employé pour symboliser un accord d’amitié, d’hospitalité et d’assistance mutuelle entre deux individus, familles ou communautés ; la tessera était divisée en deux et chaque partie gardait une moitié, comme preuve de l’accord et signe de reconnaissance lors de rencontres ultérieures
Carte des 12 villes de la Ligue étrusque et de l’expansion de la civilisation étrusque
Les Etrusques, apparus vers 900 avant notre ère, formaient une fédération de 12 cités-Etats, qui parlaient la même langue et avaient une culture commune. Leur région, l’Etrurie, s’étendait au centre de la péninsule italienne, du fleuve Arno au Tibre. La civilisation étrusque dominait l’Italie jusqu’au début de l’expansion romaine. Du 6° au 3° Siècle, les cités-Etats étrusques ont combattu les Romains dans une série de guerres, qui ont permis à Rome de prendre le contrôle de l’Italie. Les Etrusques ont ensuite été assimilés à la civilisation romaine. Ils ont reçu la citoyenneté romaine en 90, avec tous les habitants de l’Italie.
Poteries étrusques retrouvées à Carthage (clic pour agrandir)
Les Etrusques et les Carthaginois avaient des intérêts communs dans le bassin méditerranéen. Ils étaient notamment des alliés naturels contre l’influence grecque dans leur région. Ils se sont alliés une première fois en 540, pour attaquer ensemble Alalia, une colonie fondée en Corse par les Grecs de Massalia. L’alliance entre Etrusques et Carthaginois est victorieuse : les Grecs abandonnent Alalia et la Corse passe sous souveraineté carthaginoise. Par la suite, les Etrusques soutiennent Carthage dans leurs premières guerres contre les Grecs en Sicile. Vers la fin du 5° Siècle, la puissance étrusque commence à décliner et leur implication en Sicile cesse. Les Carthaginois, soucieux d’éviter un conflit ouvert avec Rome, n’ont pas envoyé de soutien militaire aux villes étrusques pendant leurs guerres contre les Romains. Ils ont cependant soutenu leurs alliés Etrusques financièrement (et peut-être aussi en les faisant profiter de leur flotte), surtout lorsque cela coïncidait avec leurs intérêts en Sicile et en Sardaigne. Les Etrusques ont été vaincus par les Romains avant le début des guerres puniques, si bien qu’ils n’ont pas pu soutenir Carthage contre Rome.
Infundibula en bronze retrouvées à Carthage
Carthage entretenait des liens commerciaux étroits avec les Etrusques, ainsi que l’atteste la grande quantité d’objets artisanaux d’origine étrusque retrouvés à Carthage et dans d’autres villes puniques d’Afrique du Nord. Il s’agit essentiellement de poteries et d’objets en bronze. On a même retrouvé des inscriptions révélant une présence étrusque en Tunisie et en Algérie moderne, jusqu’au 2° et au 1° Siècle (soit après la destruction de Carthage). Il s’agit probablement de populations qui ont fui en Afrique après la conquête de leur territoire par Rome.
Au cours du 3° Siècle, l’Empire romain a été ébranlé par la plus longue période de crise de son histoire, avec une longue série de guerres civiles, de tentatives de sécession et d’invasions étrangères. Les Amazighs de l’intérieur du continent africain, qui n’ont jamais accepté la domination romaine, en profitent pour se rebeller.
Contexte
A l’époque romaine, les grandes villes comme Carthage, Cirta (Constantine), Césarée (Cherchell) et Tingis (Tanger) étaient habitées par des populations aux origines mélangées, à la fois romaines et africaines. Les Amazighs romanisés des villes appréciaient les conforts liés à l’art de vivre romain et ont d’ailleurs acquis une forte influence dans l’administration impériale. En revanche, les Amazighs des régions rurales ont gardé leur mode de vie traditionnel et étaient hostiles à la domination romaine. Au 3° Siècle, lorsque le pouvoir romain était plus affaibli que jamais, ils ont saisi l’occasion pour se rebeller.
Inscription commémorant une victoire romaine contre les Bavares (Source)
A cette époque, deux confédérations de tribus amazighes dominent les régions rurales à l’intérieur des limes romaines. Les Bavares vivent en Maurétanie césarienne et sitifienne (Algérie actuelle) : le cœur de leur territoire est la Kabylie et il s’étend jusqu’à l’Ouarsenis et l’Oranais. L’historien français Gabriel Camps a suggéré que le terme « Berbère » ne vient pas de « barbare », comme couramment admis, mais des Bavares. Les Baquates, eux, sont situés en Maurétanie tingitane (Maroc actuel), dans la région de Taza et le Rif oriental. Les Baquates sont mentionnés dans des inscriptions dès le 2° Siècle, tandis que les Bavares apparaissent pour la première fois dans une inscription à Volubilis, qui commémore une rencontre entre un émissaire de l’Empereur Septime Sévère (222-235) et un « princeps gentis Bavarum et Baquatum » (prince des peuples Bavares et Baquates). Ces peuples sont parfois décrits comme nomades, d’autres fois comme montagnards sédentaires, ce qui semble indiquer qu’il y avait à la fois des tribus nomades et sédentaires. Le géographe romain Julius Honorius précise que le fleuve Malva (Moulouya) constituait la frontière entre le territoire bavare et baquate.
L’insurrection bavare
Carte de l’insurrection bavare (clic pour agrandir) (Source)
Les Bavares entrent en rébellion en 253 et affrontent les troupes romaines en Maurétanie. En 255, ils envahissent la Numidie. Ils attaquent Cuicul (Djemila), puis remontent le fleuve Ampsaga (Oued Rhumel), jusqu’à Milève (Mila), où ils sont battus et repoussés par le légat de Numidie Macrinus Decianus, en 259. Ces événements sont décrits dans une inscription retrouvée à Lambèse (Tazoult). Une autre inscription, retrouvée vers El-Mahdia dans la plaine de Setif, relate l’insurrection bavare en Maurétanie.
La défaite des Bavares en Numidie ne suffit pas à arrêter leur insurrection : en 260, le commandant romain d’Auzia (Sour el Ghozlane), qui avait capturé et exécuté le chef bavare Faraxen, est tué dans une embuscade. Une autre offensive a lieu un peu plus tard au col de Teniet el-Meksen, dans les Babors. Une inscription retrouvée sur le champ de bataille mentionne les trois « rois » qui ont mené cette bataille : Taganin, Masmul et Fahem. Le titre de « rois » indique qu’ils commandaient des troupes assez nombreuses.
Une nouvelle rébellion éclate entre 290 en 298, obligeant l’Empereur Maximien à venir lui-même en Maurétanie pour mener la campagne contre les insurgés.
Autel de la paix de Volubilis, qui commémore l’accord de paix entre le chef baquate Ucmet et les Romains
Les Baquates ont causé beaucoup de problèmes aux Romains dès le 2° Siècle. Vers 117, après le meurtre du général romain d’origine maure Lucius Quietus, ils ont attaqué la ville romaine de Cartennae (Ténès). Vers 173, ils s’allient à la tribu voisine des Makanitai et détruisent ensemble une légion romaine près de Volubilis, poussant les Romains à construire de nouvelles murailles pour la ville. La paix est restaurée en 175, par un accord entre les Romains et le chef baquate Ucmet. Vers 180, le nouveau chef baquate devient citoyen romain.
Vers 235, les Baquates, mécontents de l’expansion du territoire de la ville romaine de Volubilis sur des terres qu’ils utilisaient auparavant comme pâturages, font alliance avec les Bavares. Inquiets, les Romains envoient deux légats pour les amener à rompre leur alliance. Une série de quatre colloques organisés entre 239 et 245 indique d’intenses négociations pour résoudre le problème par voie diplomatique, sans succès.
Ruines de Julia Valentia (Banasa), la première ville romaine conquise par les Baquates
Les Baquates entrent en rébellion en même temps que les Bavares. Vers 259, ils s’emparent de la ville romaine de Julia Valentia (Banasa), dans la plaine du Gharb. Un peu plus tard, ils prennent Thamusida (vers Kenitra).
La paix revient au cours de la décennie 270. Vers 277, les Romains accordent au chef baquate le statut de rex (roi). Un nouveau traité de paix, en 280, vise a établir une paix perpétuelle. Peu après, les Romains évacuent Volubilis. Les Baquates prennent le contrôle de la ville sans combats et récupèrent leurs terres.
Après le 3° Siècle, l’Empire romain ne contrôle plus que les villes côtières d’Afrique du Nord, de Césarée (Cherchell) à Tingis (Tanger). Les tribus amazighes de l’intérieur jouissent d’une large autonomie, tout en reconnaissant symboliquement la souveraineté de l’Empereur romain. Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie, est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.
Au 4° Siècle, les Bavares ont également participé à la révolte de Firmus.
Inaros était un prince égyptien d’origine libyenne. Au 5° Siècle avant notre ère, pendant l’occupation perse de l’Egypte, Inaros, qui était probablement apparenté à l’ancienne dynastie pharaonique renversée par les Perses, mène une rébellion contre l’Empereur de Perse Artaxerxès. Il est soutenu par les Grecs de la Ligue de Délos, une confédération menée par Athènes.
Le sceau de Zvenigorodsky, selon certains spécialistes, pourrait représenter la soumission d’Inaros, après sa défaite
Qui était Inaros ?
Ruines de Saïs
Inaros était le prince de la ville de Saïs, dans le Delta du Nil. Il régnait sur un territoire qui s’étendait de Saïs à Maréa, sur la côte méditerranéenne. Saïs, une ville importante en Egypte, avait été le siège de la dynastie pharaonique déchue. Le père d’Inaros s’appelait Psammetique, comme le Pharaon renversé par les Perses, ce qui semble indiquer qu’il était peut-être son descendant.
L’historien grec Hérodote dit qu’Inaros était d’origine libyenne. La 26° dynastie pharaonique, vaincue par les Perses, est parfois décrite comme d’origine libyenne, mais ce n’est pas certain. En tout cas, son territoire faisait partie des régions habitées par des tribus libyennes et ses sujets étaient donc Libyens.
Inaros est souvent confondu avec un autre Inaros, qui a vécu deux siècles avant lui : Inaros d’Arthribis, un prince égyptien, également d’origine libyenne, qui s’est révolté contre l’occupation assyrienne de l’Egypte. Les récits légendaires à leur sujet mêlent la vie des deux personnages. Pour les distinguer, les historiens parlent d’Inaros I et Inaros II.
La révolte d’Inaros
Carte des batailles entre Inaros et les Perses
Vers 460 avant notre ère, Inaros chasse les collecteurs d’impôts impériaux de son territoire et commence à lever une armée pour se révolter contre l’Empire perse.
Pour sa révolte, Inaros s’allie à Amyrtée, un prince voisin, qui contrôle les marécages du Nord du Delta du Nil, une région très difficile à pénétrer pour les armées étrangères. La plupart des spécialistes pensent que cet Amyrtée était apparenté au futur Pharaon Amyrtée, qui, une soixantaine d’années après, a vaincu les Perses et restauré la souveraineté égyptienne.
La flotte de Charitimide
Inaros est également soutenu par la Ligue de Délos, une confédération de cités grecques menée par Athènes, hostile aux Perses. La Ligue de Délos envoie une flotte de 200 navires pour soutenir Inaros, menée par le général athénien Charitimide.
Après l’arrivée des Athéniens, l’alliance rebelle menée par Inaros affronte une armée de 400 000 combattants perses, menée par Achéménès, le frère de l’Empereur Artaxerxès, à la bataille de Papremis. Les Perses, vaincus, battent en retraite. Peu après, les Athéniens affrontent la flotte perse en mer et l’anéantissent.
Les insurgés assiègent ensuite la ville de Memphis, où les survivants de l’armée perse se sont réfugiés. Ce siège durera quatre ans. L’Empereur Artaxerxès envoie un messager à Sparte, en Grèce, pour convaincre les Spartiates, ennemis historiques des Athéniens, d’attaquer Athènes afin d’obliger la flotte athénienne à se retirer d’Egypte. Lorsqu’ils refusent, Artaxerxès envoie une grande armée en Egypte pour combattre les insurgés.
Modèle de trirème, le navire employé par les flottes grecque et persane
A l’arrivée de la nouvelle armée perse, les insurgés sont vaincus et contraints de lever le siège de Memphis. Les Athéniens se réfugient sur l’île de Prosopitis, dans le Delta du Nil, où ils amarrent leur flotte. Les Perses assiègent l’île pendant 18 mois. Finalement, ils parviennent à relier l’île au continent, en construisant des canaux pour drainer le fleuve, ce qui leur permet de traverser. Les Grecs, vaincus, sont massacrés ; seuls quelques rares survivants parviennent à s’enfuir jusqu’à Cyrène, d’où ils retournent à Athènes par la mer.
Une nouvelle armée grecque, envoyée d’Athènes pour venir en aide aux assiégés de Prosopitis, sera également détruite.
Inaros, vaincu et blessé, se réfugie à Papremis, sa dernière forteresse dans les marécages du Delta du Nil. Après avoir résisté pendant un an, il est vaincu et capturé. Emprisonné à Suse, la capitale de l’Empire perse, il est exécuté en 454.
Conclusion
La révolte d’Inaros, malgré son échec final, est la plus importante révolte égyptienne contre l’occupation perse. D’après l’historien grec Hérodote, Inaros a fait davantage de mal aux Perses que l’importe qui d’autre avant lui.
La défaite d’Inaros a provoqué une vague de panique en Grèce, poussant la Ligue de Délos à relocaliser son trésor de l’île de Délos à Athènes.
Une soixantaine d’années après, le prince égyptien Amyrtée (peut-être un descendant de l’allié d’Inaros) a vaincu les Perses et restauré la souveraineté égyptienne, devenant Pharaon et fondant une nouvelle dynastie.
Au cours du 3° Siècle, l’Empire romain a été ébranlé par la plus longue période de crise de son histoire, avec une longue série de guerres civiles, de tentatives de sécession et d’invasions étrangères. Dans cet article, nous découvrirons l’impact de cette crise sur l’Afrique romaine.
La crise du 3° Siècle
La crise a été précipitée par la mort de Sévère Alexandre, le dernier Empereur de la dynastie (d’origine africaine) des Sévère, assassiné en 235 par ses propres troupes. Pendant les prochaines années, des officiers militaires rivaux se battent pour le trône : cette période est connue sous le nom d’Anarchie militaire. En même temps, Rome fait face à des révoltes de paysans dans les régions rurales (surtout en Gaule), à la migration en territoire romain de populations étrangères et à la menace croissante de l’Empire perse.
L’instabilité politique mène à une crise économique : la monnaie romaine est dévaluée, les routes sont mal entretenues, le commerce et la productivité s’effondrent. Entre 250 en 270, l’Empire est frappé aussi par une terrible épidémie : la peste de Cyprien, du nom de l’évêque de Carthage qui a écrit à son sujet. Au plus fort de l’épidémie, à Rome, 5000 personnes meurent tous les jours.
Monnaie à l’effigie d’Emilien
Au cours des décennies de crise, au moins une trentaine de prétendants au trône impérial se sont succédés et affrontés. La plupart n’ont régné que pendant quelques années, voire quelques mois, avant d’être tués par leur successeur. En 238, six Empereurs se sont succédés en un an, dont les trois Gordien, qui règnent à Carthage. L’Empire a retrouvé une certaine stabilité pendant le règne de Philippe l’Arabe (244-249), mais la crise a repris après sa mort. Un des Empereurs pendant cette période était un militaire d’origine nord-africaine : Emilien, né à Djerba, d’origine maure, qui a régné pendant trois mois, en 257, avant d’être tué par ses troupes, favorables à son rival Valérien.
Valérien, le successeur d’Emilien, est capturé en 260, lors d’une bataille contre les Perses, et termine sa vie comme prisonnier en Perse. Il n’aura jamais été à Rome pendant tout son règne. L’emprisonnement de l’Empereur est une humiliation pour les Romains. Avant son exil, Valérien avait lancé une féroce campagne de persécution contre les chrétiens de son Empire, au cours de laquelle l’évêque Cyprien de Carthage est mort en martyr. Les chrétiens voyaient sa capture par les Perses comme un jugement divin. Son fils Gallien, qui lui succède, accorde la liberté religieuse aux chrétiens.
L’Empereur Aurélien (270-275) parvient à rétablir l’unité de l’Empire, en reprenant le contrôle de l’Empire des Gaules, puis de l’Empire palmyrénien. Il est cependant assassiné à son tour en 275, puis les guerres entre militaires rivaux reprennent.
Cette période d’anarchie prendra fin en 284, lorsque Dioclétien s’empare du trône impérial. Après avoir écarté tous ses rivaux, il entame une réforme profonde de l’administration impériale, destinée à restaurer la stabilité.
Conséquences
Après le 3° Siècle, l’Empire romain ne contrôle plus que les villes côtières d’Afrique du Nord, tandis que les tribus amazighes de l’intérieur jouissent d’une large autonomie, tout en reconnaissant symboliquement la souveraineté de l’Empereur romain.
Inaros d’Arthribis était un prince égyptien d’origine libyenne, qui, au 7° Siècle avant notre ère, s’est révolté contre l’occupation de l’Egypte par les Assyriens. Sa lutte contre les Assyriens a donné naissance à tout un cycle d’histoires très populaires dans l’Antiquité : le Cycle d’Inaros.
Inaros d’Arthribis – Image créée par ChatGPT
Stèle de Piye
Inaros était le fils du Prince Bakennefy d’Arthribis (Tell Atrib), en Basse-Egypte. Il était d’origine libyenne : son père était un Prince des Mâ. Son grand-père, Padiaset, est mentionné sur la stèle de Piye, qui raconte le conquête de l’Egypte par le roi de Kouch Piye : après la victoire de Piye contre le Pharaon Tefnakht, il fait allégeance à Piye et le reconnaît comme Pharaon. Sa soumission a peut-être encouragé la plupart des autres chefs du Delta du Nil à reconnaître la souveraineté des nouveaux Pharaons Nubiens.
Plaque d’ivoire égyptienne retrouvée en Assyrie
Vers 674 avant notre ère, le roi Assarhaddon d’Assyrie (Iraq actuel) envahit l’Egypte. Le Pharaon d’origine nubienne Taharqa, le fils de Piye, combat les Assyriens dans son Royaume. Vers 667, le nouveau roi d’Assyrie Assourbanipal déporte plusieurs chefs égyptiens à Ninive, sa capitale. Bakennefy, le père d’Inaros, en fait partie. Il sera exécuté à Ninive. C’est probablement à ce moment-là qu’Inaros devient souverain d’Arthribis et qu’il commence à combattre les Assyriens.
On ne sait rien d’autre de la vie d’Inaros et de sa lutte contre les Assyriens. Ce personnage n’est connu que par les récits légendaires à son sujet qui sont apparus après sa mort. Le fait que sa lutte contre les Assyriens ait pu inspirer de tels récits montre cependant qu’il avait déjà une réputation héroïque de son vivant. Si les récits du Cycle d’Inaros sont largement fictifs, certains détails, comme ses origines, sa famille et l’enlèvement de son père par les Assyriens, sont probablement historiques.
Le livre L’Egypte et la Vallée du Nil – Les époques tardives, de l’égyptologue français Frédéric Pauraudeau, identifie un certain nombre de récits du Cycle d’Inaros, notamment Le combat d’Inaros contre le Griffon, Épopée d’Inaros contre les Assyriens, Conte de Bès et, pour ceux qui se déroulent après la mort du héros, Guerre pour la cuirasse, Guerre pour la prébende d’Amon, Le roi Ounamon et le royaume de Lihyan et La compétition pour le diadème et la lance d’Inaros.
Le géographe romain Strabon rapporte que Psammétique, le roi de la ville de Saïs et un parent de l’ancienne dynastie pharaonique renversée par les Nubiens, a vaincu un certain Inaros à l’aide de mercenaires grecs originaires de la ville de Milet. Il s’agit probablement d’Inaros d’Arthribis, après la fin de sa lutte contre les Assyriens. Nekao, le père de Psammétique, avait soutenu les Assyriens pendant leur invasion de l’Egypte. Au cours des années qui ont suivi, Psammétique a vaincu les Pharaons Nubiens et réuni l’Egypte entière sous son autorité, devenant Pharaon et fondant une nouvelle dynastie.
Inaros d’Arthribis est souvent confondu avec un autre Inaros, qui a vécu deux siècles après lui : Inaros de Saïs, un prince égyptien, également d’origine libyenne, qui s’est révolté contre les Perses pendant l’occupation perse de l’Egypte. Les récits légendaires à leur sujet mêlent la vie des deux personnages. Pour les distinguer, les historiens parlent d’Inaros I et Inaros II.
Les maladies et épidémies étaient courantes et souvent très dévastatrices dans l’Antiquité. Une des épidémies les plus mortelles qui a ravagé le monde romain est appelée « peste de Cyprien », du nom d’un évêque de Carthage qui la mentionne dans ses écrits.
Groupe de médecins romains
La médecine romaine était une des plus avancées du monde antique. Les Romains avaient beaucoup appris de la médecine grecque et avaient une très bonne connaissance de l’anatomie humaine. Ils ignoraient cependant l’existence des microbes, ce qui les rendait vulnérables aux maladies infectieuses. Les épidémies frappaient les riches et les puissants aussi bien que les plus pauvres. La pire de toutes, qui a ravagé l’Empire romain pendant 15 ans, entre 165 et 180, a fait 10 millions de victimes, soit environ un quart de la population, dont l’Empereur Marc-Aurèle lui-même.
Une autre épidémie, qui a duré une vingtaine d’années, de 250 à 270 environ, est connue des historiens sous le nom de « peste de Cyprien ». On estime que plus de la moitié de la population d’Alexandrie, la première ville touchée, est morte. A Rome, au pic de l’épidémie, on comptait 5000 morts par jour. On ne sait pas avec certitude de quelle maladie il s’agissait : peut-être la variole, la rougeole ou une fièvre hémorragique virale de type Ebola.
Cyprien de Carthage
Cyprien de Carthage, l’évêque chrétien de la capitale de l’Afrique romaine pendant cette épidémie, a écrit au sujet de l’épidémie. La communauté chrétienne était tout aussi affectée que le reste de la population, avec beaucoup de morts dans ses rangs. De plus, les païens les accusaient d’être responsables de la peste, qu’ils voyaient comme un châtiment divin contre ceux qui s’étaient détournés de la religion romaine. Leur attitude était cependant radicalement différente de celle de leurs contemporains : alors que tous ceux qui en avaient les moyens cherchaient à fuir les villes infectées, les chrétiens choisissaient de rester et de prendre soin des malades, qu’ils partagent leur foi ou non. Dans son livre De la mortalité, Cyprien explique les raisons de cette différence.
Cyprien donne une description détaillée des symptômes de la maladie : « Les boyaux, relâchés dans un flux constant, affaiblissent le corps ; un feu issu de la moelle fermente en des blessures dans l’arrière-bouche ; les intestins sont secoués de vomissements continuels ; les yeux sont enflammés et injectés de sang ; dans certains cas, les pieds ou certaines parties des membres sont rongés par la putréfaction ; à cause de la faiblesse due à la mutilation et à la perte du corps, la marche est affaiblie, ou l’ouïe obstruée, ou la vue affaiblie. »
Pourquoi donc les chrétiens choisissent-ils de rester ? Parce que, grâce à leur foi, ils n’ont plus peur de la mort : « renonçant à la crainte de la mort, nous songeons à l’immortalité qui suit. » De plus, cette épidémie est pour eux l’occasion idéale de mettre en pratique le premier commandement de Christ, l’amour du prochain, en prenant soin des malades et de ceux qui ont perdu des proches, au sein de la communauté chrétienne et au-delà. Des témoignages de cette époque rapportent que les chrétiens visitaient les malades et les soignaient. Ainsi, par leur exposition au virus, beaucoup de ces visiteurs étaient probablement immunisés… et leur résistance à la maladie pouvait sembler miraculeuse pour ceux qui les voyaient !
Dans le même ouvrage, Cyprien répond aussi à la question qui revient toujours dans les moments difficiles : pourquoi Dieu permet-il toute cette souffrance ? « Par ailleurs, mes frères bien-aimés, voyons donc à quel point cette pestilence qui semble si horrible et mortelle, est en fait grandiose, pertinente et nécessaire, afin d’éprouver la justice de chacun, d’examiner les pensées de l’humanité, et de voir si ceux qui sont en bonne santé prennent soin des malades ; si les parents aiment avec affection ceux de leur famille ; si les maîtres ont pitié de leurs serviteurs languissants ; si les médecins n’abandonnent pas leurs patients alors qu’ils les supplient ; si les féroces renoncent à leur violence ; si les voraces apaisent l’ardeur insatiable de leur avarice au moins face à la crainte de la mort ; si les arrogants courbent l’échine ; si les méchants renoncent à leur méchanceté ; si, lorsque leurs proches périssent, les riches se décident enfin à donner, alors qu’ils sont sur le point de mourir sans héritiers. Même si cette mortalité n’a rien accompli d’autre, elle a accompli ce bienfait pour les chrétiens et les serviteurs de Dieu, que nous commençons à désirer le martyre avec joie, alors que nous apprenons à ne pas craindre la mort. »
Les sources chrétiennes et païennes attestent que l’attitude des chrétiens pendant cette épidémie a marqué leurs contemporains et gagné beaucoup de nouveaux croyants à leur foi.
Balagrae (Al-Bayda), la dernière des cinq villes de la Pentapole de Cyrénaïque, était réputée surtout pour son temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Là, des pèlerins de toute la région accouraient, dans l’espoir d’être guéris de leurs maladies.
La ville de Balagrae était connue surtout pour son Asclépiéion, un temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Ce temple avait été fondé par des colons originaires d’Epidaure, une ville du Péloponnèse où se trouvait le plus grand sanctuaire d’Asclépios en Grèce. Les pèlerins venaient y passer la nuit, puis, le lendemain, ils racontaient leurs rêves aux prêtres. Les prêtres leur prescrivaient un remède à partir de l’interprétation de leurs rêves. Les serpents, des animaux considérés comme sacrés, jouaient un rôle important dans le culte d’Eusculape : des serpents non venimeux rampaient sur le sol du sanctuaire, au milieu des malades et des blessés. En plus de l’autel et du dortoir, le temple contenait aussi une fontaine pour nettoyer les plaies des malades, des bains et un gymnase. Les remèdes prescrits étaient le plus souvent un bain de purification ou un passage au gymnase, accompagnés d’un régime alimentaire spécifique. L’Asclépiéion de Balagrae était particulièrement réputé pour la guérison des enfants, ainsi que le montrent les objets découverts lors des fouilles.
Portique de l’Asclépiéion de Balagrae
Un nouveau complexe a été construit à l’époque romaine, par l’Empereur Hadrien. Il s’agit d’un espace de 40m de long sur 35m de large, entouré de portiques. Le complexe contenait trois temples : le plus grand était celui d’Eusculape, au centre, tandis que l’un des deux autres était consacré à Sérapis, le dieu protecteur de la ville d’Alexandrie ; on ne sait pas quel dieu était vénéré dans le troisième temple.
L’Asclépiéion contenait également un odéon, un petit théâtre destiné à des concerts musicaux. Il était connu dans l’Antiquité que la musique avait un effet apaisant sur les personnes atteintes de troubles mentaux. L’Asclépiéion employait probablement des musiciens qui jouaient de la musique pour les malades. L’odéon servait peut-être aussi de lieu de réunion du personnel médical.
Balagrae a beaucoup décliné au cours de l’ère romaine, jusqu’à ne plus faire partie de la Pentapole.
A l’ère islamique, la ville est célèbre pour son tombeau de Ruwaifi ibn Thabit al-Ansari, un compagnon du Prophète Mohammed. Plus récemment, en 1843, c’est ici que Mohammed Ali al-Senoussi a fondé la confrérie sanoussie. La zaouïa aux murs blancs qu’il a construite est à l’origine du nom de la ville, Al-Bayda (البيضاء, la blanche). Aujourd’hui, Al-Bayda est la quatrième ville de Libye, après Tripoli, Benghazi et Misrata.
L’Empire romain contrôlait tout le contour du bassin méditerranéen. En Afrique, il ne s’est jamais vraiment intéressé aux terres situées au-delà des côtes méditerranéennes, à l’intérieur du continent. Au début du 3° Siècle, l’Empereur Septime Sévère, qui était d’origine amazighe libyenne, a cependant brièvement conquis de nouveaux territoires, étendant sa domination sur certaines régions du Sahara.
Conquêtes de Septime Sévère dans le Sahara
Avant Septime Sévère
La frontière Sud de l’Afrique romaine était une des plus dangereuses de l’Empire, attaquée régulièrement par les tribus amazighes du Sahara. Les Romains ont même créé une province militaire spéciale dans le Sud de la Numidie, avec pour capitale Lambèse (Tazoult), afin de lutter contre ces insurrections.
Après sa victoire contre les Perses, Septime Sévère décide de sécuriser la frontière Sud de son Empire, dans son Afrique natale. Il commence par installer une garnison militaire à Cydamus, d’où il entame une campagne militaire contre les Garamantes. Il conquiert d’abord les villes garamantes de Garbia et Gholaia (Bu Njem), au Sud de Leptis Magna, dont il fait des camps militaires. En 202, il s’empare de Garama, la capitale des Garamantes, et prend le contrôle de leur territoire.
Septime Sévère élargit également le territoire de la Numidie romaine, en conquérant une grande partie du territoire des Gétules.
Après sa campagne africaine, Septime Sévère fortifie toute la frontière saharienne. Les tribus nomades du Sahara ne peuvent à présent plus s’attaquer à l’Afrique romaine, puis s’enfuir dans le désert.
Les conquêtes de Septime Sévère seront cependant éphémères : les Romains, peu habitués au climat désertique de ces régions, ne sauront pas les défendre. Les Garamantes reprendront vite le contrôle de tout leur territoire, y compris Cydamus.