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Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les Amazighs de Libye dans l’histoire égyptienne

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Les Amazighs de Libye, voisins de l’Egypte des Pharaons, ont eu une forte influence sur l’histoire égyptienne. Ils sont régulièrement mentionnés dans des inscriptions égyptiennes et représentés dans l’art égyptien. Grâce à ces références, ils sont mieux connus que les autres tribus amazighes de cette époque ancienne. Il y a même eu deux dynasties pharaoniques d’origine libyenne !

L’Egypte antique est la première grande civilisation nord-africaine. Sur ce site, nous avons cependant choisi de ne pas écrire sur l’Egypte, pour deux raisons. D’abord, l’histoire antique de l’Egypte est déjà très connue, beaucoup mieux que celle du reste de l’Afrique du Nord. Ensuite, l’Egypte est aujourd’hui culturellement distincte des pays maghrébins. Nous n’abordons l’histoire de l’Egypte que dans ses interactions avec ses voisins.
Chef libyen enchaîné – faïence égyptienne de l’époque de Ramsès III

Les Libou

Libou en hiéroglyphes (rbw)

Le nom de la Libye vient des Libou (ⵍⵉⴱⵓ), une tribu amazighe qui habitait la région située à l’Ouest de l’Egypte. Les Libou sont mentionnés pour la première fois sur une stèle de la région d’Al-Alamein, datant de l’époque du Pharaon Ramsès II (1279-1213). Ils sont décrits comme des ennemis de l’Egypte. Pendant le règne de Ramsès II, plusieurs fortifications militaires ont été construites à l’Ouest du Nil, ce qui semble indiquer une menace imminente.

Merenptah (1213-1203), le fils et successeur de Ramsès II, a combattu et vaincu une coalition entre les Libou et les « peuples de la mer », une civilisation maritime inconnue. Cette guerre est racontée dans la Grande inscription de Karnak, une des inscriptions égyptiennes les plus connues. Par la suite, les Libou ont de nouveau été vaincus par Ramsès III (1186-1155).

Les Meshwesh

Meswhesh en hiéroglyphes

Une autre tribu amazighe, les Meshwesh (Mâchaouach), vivait dans la même région. Ils sont mentionnés plus tôt que les Libou, dès le règne du Pharaon Amhenotep III (1390-1350), pour avoir fourni du bétail pour le palais du Pharaon. Ils étaient en conflit quasi constant avec l’Egypte, pendant la 19° et la 20° dynastie (1292-1075).

Les sources égyptiennes décrivent les Meshwesh comme des hommes aux cheveux longs, avec des tatouages. C’étaient des bergers et chasseurs nomades, qui élevaient des chameaux et des chèvres, dont ils buvaient le lait et se servaient de la laine pour fabriquer des vêtements et des tentes.

Après leur défaite contre Ramsès III, les Libou se sont alliés aux Meshwesh. Ensemble, ils ont envahi le delta du Nil, mais ils ont de nouveau été vaincus. Après cette défaite, les Meshwesh qui vivaient dans le delta du Nil ont été contraints de s’assimiler à la société égyptienne. Leur langue a progressivement disparu.

Après la chute de la 20° dynastie d’Egypte, quatre fiefs meshwesh, dirigés chacun par un « Grand Prince des Mâ », ont émergé dans le delta du Nil, à Mendes (Tell el-Ruba), Sebennytos (Samannud), Busiris (Abusir Bana) et Per-Sopdu (Saft el-Hinna). D’autres fiefs, plus petits, étaient dirigés par des « Princes des Mâ ».

Les Pharaons d’origine libyenne

Cartouche d’Osorkon l’Ancien

Pendant la période d’instabilité qui a suivi la chute de la 20° dynastie, les Grands Princes des Mâ faisaient partie des plus puissants seigneurs d’Egypte. En 992, Osorkon l’Ancien, fils du Grand Prince des Mâ Sheshonq l’Ancien, est devenu le premier Pharaon d’origine libyenne. Il a régné six ans. A cette époque, les Pharaons étaient officiellement rois de toute l’Egypte, mais en réalité, ils ne dominaient que la Basse-Egypte, tandis que la Haute-Egypte était sous la domination des prêtres d’Ammon, à Thèbes.

La 22° dynastie, fondée en 943 par Sheshonq Ier, un neveu d’Osorkon, est la première dynastie d’origine libyenne. Sheshonq Ier est généralement identifié à Shishak, le Pharaon mentionné dans la Bible, qui a pillé le Temple de Jérusalem ; le récit biblique mentionne la présence de guerriers libyens dans l’armée égyptienne. La mention biblique de Shishak pourrait être la première référence écrite aux Amazighs et l’année (approximative) de l’avènement de Sheshonq 1er a été adopté comme « an 0 » du calendrier amazigh moderne. Les Pharaons de la 22° dynastie ont régné pendant deux siècles, jusqu’en 720.

Une autre dynastie d’origine libyenne, la 23° dynastie, a régné sur la Haute-Egypte de 833 à 735, en même temps que la 22° dynastie sur la Basse-Egypte. Son fondateur, Takelot II, était le fils d’un prêtre d’Ammon.

Les Grands Princes des Libou

Tefnakht

La domination sur l’Egypte des Pharaons de la 22° et 23° dynastie était fragile. Pendant cette période, un nouveau royaume libou a émergé dans le delta du Nil. Le premier « Grand Prince des Libou », Inamunnifnebu, a commencé à régner vers 795. Vers 732, son héritier, Ankh-Hor, est vaincu par Tefnakht, le prince de la ville de Saïs (Sa El-Hajar).

Tefnakht, bien que d’origine égyptienne et non libyenne, se proclame à la fois Grand Prince des Mâ et Grand Prince des Libou. Après sa victoire contre Ankh-Hor, il devient Pharaon (732-725) et fonde la 24° dynastie. C’est la fin à la fois des Grands Princes des Libou et des Pharaons d’origine libyenne.

Sous le règne de Bakenranef (Bocchoris en grec, 725-720), le fils de Tefnakht, l’Egypte sera envahie par les Nubiens. Après les dynasties libyennes, la 25° dynastie sera donc nubienne. Selon certaines sources, la 26° dynastie (664-525) était également libyenne, mais ce n’est pas certain.

Pendant ce temps, en Libye

Avec la chute des Pharaons libyens, l’influence libyenne sur l’Egypte s’est estompée. Les Libou restés en Libye ont cependant continué à prospérer. Au 7° Siècle, ils étaient en contact avec les colonies grecques de Cyrénaïque.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Yennayer : le Nouvel An amazigh

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Yennayer (ⵢⵏⵏⴰⵢⵔ), le Nouvel An amazigh, est une fête traditionnelle amazighe, célébrée chaque année du 12 au 14 janvier, selon les régions. Il s’agit avant tout d’un moment de convivialité en famille, autour d’un repas de fête accompagné de gâteaux et de friandises. Cette année, Yennayer sera célébré pour la première fois au Maroc comme un jour férié officiel !

Etymologie

Yennayer (ⵢⵏⵏⴰⵢⵔ) désigne à la fois la fête et le premier mois de l’année amazighe. D’après une théorie, il serait composé de yan (le chiffre un) et ayyur (mois). Il est cependant plus probable qu’il s’agit d’une déformation du mois de janvier, januarius en latin.

Le calendrier amazigh

Le calendrier amazigh remonte à avant l’islam. C’était un calendrier solaire, probablement dérivé du calendrier julien, en usage pendant l’ère romaine, mais peut-être inspiré d’un calendrier traditionnel plus ancien. On ne sait que peu de choses sur les noms des mois et des saisons.

Les Amazighs s’en servaient pour marquer le cycle des saisons. Avec l’arrivée de l’islam, ils ont adopté le calendrier islamique, lunaire, pour les fêtes religieuses, tout en conservant le leur, plus utile pour l’agriculture. Les Touaregs du Sahara se servent encore aujourd’hui d’un double calendrier, solaire et lunaire.

Le calendrier amazigh moderne a été développé par l’écrivain amazigh algérien Ammar Negadi, un des fondateurs de l’Académie berbère (Agraw n imaziɣen ⴰⴳⵔⴰⵡ ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵏ). Il s’est basé sur le calendrier julien, qui commence 13 jours après le calendrier grégorien, en vigueur aujourd’hui. Ainsi, le premier jour de l’année amazighe est le 14 janvier. La date traditionnelle du Yennayer varie cependant selon les régions, du 12 au 14 janvier.

A la base, le calendrier amazigh n’avait pas de point de départ (pas d’ « an 0 »). Ammar Negadi a choisi la date (approximative) du couronnement de Sheshonq Ier, le premier Pharaon d’Egypte d’origine amazighe libyenne. Ce roi, mentionné dans la Bible sous le nom de Shishak, a ensuite envahi le Royaume d’Israël et pillé le Temple de Jérusalem. La mention biblique de l’invasion de Sheshonq Ier serait la plus ancienne référence écrite aux Amazighs.

Le calendrier amazigh commence donc en l’an -950 du calendrier grégorien. Ainsi, l’année 2024 correspond à l’année 2974 du calendrier amazigh.

Yennayer hier et aujourd’hui

La tradition de Yennayer remonte à l’Antiquité pré-romaine. Cette fête marque le début de la remontée du soleil, après le solstice d’hiver, lorsque la durée des jours recommence à augmenter. Elle symbolise la longévité, le temps qui ne s’arrête pas.

Au Moyen-Âge, Yennayer était célébré jusqu’en Andalousie. Le poète arabo-andalou Ibn Quzman, décrit dans ses poèmes les produits alléchants qu’on trouve au marché de Cordoue à l’occasion de cette fête : brioches, cornes de gazelles, fruits frais et secs, friandises…

Traditionnellement, la veille de Yennayer, on mange un repas assez frugal : berkuks, blé trempé dans du lait, légumes secs cuits à l’eau… On prépare la maison en la nettoyant et en l’embaumant de diverses herbes et branches d’arbres. Le lendemain, on partage un copieux repas de fête, souvent basé sur une volaille sacrifiée pour l’occasion : couscous en Kabylie et dans l’Aurès, rfissa dans le Souss… Les enfants se déguisent et font le tour des maisons pour demander des beignets.

Yennayer est souvent associé à des événements familiaux : première coupe de cheveux pour les petits garçons, première fois où les enfants cueillent eux-mêmes des fruits et des légumes, etc. Les mariages célébrés à Yennayer sont censés être présage de bonheur ; les petites filles s’amusent même à marier leurs poupées.

Et qu’en est-il de la reconnaissance de cette fête par les Etats nord-africains ? En Algérie, Yennayer est un jour férié officiel depuis 2018, célébré le 12 janvier. Au Maroc, il a été déclaré jour férié en 2023 et sera donc célébré pour la première fois cette année, le 14 janvier. Dans les autres pays de la région, ce n’est pas encore un jour férié officiel.

Joyeux Yennayer !!!
ⴰⵙⴳⴳⵯⴰⵙ ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ ⴰⵎⴰⵢⵏⵓ ⴰⵏⴰⵎⵎⴰⵔ, ⴰⵙⴳⴳⵯⴰⵙ ⵉⵖⵓⴷⴰⵏ
سنة امازيغية سعيدة وبهية

Pour ceux qui veulent aller plus loin, le site O-Maroc.com a publié une série d’articles de recherche approfondie sur les origines de Yennayer (partie 1partie 2) et du calendrier amazigh. Leur article sur le calendrier amazigh contient même une publication originale d’Ammar Negadi, qui explique sa démarche pour la création du calendrier amazigh moderne.

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine, Les Phéniciens en Afrique du Nord

La Tripolitaine, des Phéniciens aux Romains

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Alors que la Cyrénaïque antique faisait partie du monde grec, la région plus à l’Ouest, voisine de Carthage, a vu naître plusieurs colonies phéniciennes, avant de se retrouver au coeur de la lutte d’influence entre Grecs et Phéniciens/Carthaginois en Afrique. Dans cet article, nous découvrirons les colonies phéniciennes à l’Ouest de la Libye actuelle.

Leptis Magna (Source)

Leptis Magna et la Tripolitaine originelle

Du 7° au 6° Siècle avant notre ère, des commerçants phéniciens ont fondé trois colonies sur les côtes libyennes : Leptis (Khoms), Oyat (Tripoli) et Sabratha. En 515, le prince Dorieus de Sparte a tenté d’établir une colonie grecque dans la région, mais il a été repoussé par les Phéniciens de Leptis. Ensuite, Oyat a été conquise par les Grecs de Cyrénaïque, qui lui ont donné le nom grec d’Oea, puis reprise par les Carthaginois. Dès lors, les trois villes faisaient partie de l’Empire carthaginois. Leptis, désormais appelée Leptis Magna pour la distinguer de Leptis Parva (Lemta, en Tunisie), est devenue le principal port oriental de Carthage.

Après les guerres puniques, la région a été annexée par le roi Massinissa de Numidie. Pendant la guerre de Jugurtha contre Rome, Leptis Magna s’est rangée du côté des Romains, ce qui lui a valu de recevoir le statut de ville libre lorsque Rome a pris le contrôle de la région après la défaite de Jugurtha.

À l’époque romaine, la région faisait d’abord partie de la province d’Afrique. Vers le début du 3° Siècle de notre ère, elle a commencé à être connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis). L’Empereur romain Septime Sévère (193-211), né à Leptis Magna, en a fait une province romaine à part entière.

Sous l’influence de Carthage, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. Les noms des évêques de Leptis Magna, Oea et Sabratha figurent sur la liste des participants à plusieurs conciles régionaux organisés à Carthage.

La Tripolitaine romaine a commencé à décliner à partir du 5° Siècle. Sa capitale, Leptis Magna, était pratiquement abandonnée au moment des conquêtes arabes. Les Arabes ont fait de Oea, renommée Tripoli comme la région elle-même, la nouvelle capitale régionale.

Au-delà de Leptis Magna

Les côtes libyennes, de Leptis Magna à Cyrène, étaient particulièrement redoutées des marins, du fait de la présence de bancs de sable mouvant, appelés les Syrtes, sur lesquels les navires risquaient d’échouer. Les géographes antiques distinguaient la Grande Syrte (Golfe de Syrte) et la Petite Syrte (Golfe de Gabès). C’est pour cette raison qu’il n’y avait pas de ville portuaire importante entre Leptis Magna et Cyrène.

Il y avait cependant un comptoir commercial d’origine phénicienne, connu à l’époque romaine sous le nom de Thubactis, au niveau de l’actuelle ville de Misrata. Aucun vestige de la ville antique ne subsiste aujourd’hui et son emplacement exact est débattu : elle était située soit à l’Est, soit à l’Ouest, soit au Sud de l’oasis de Misrata. La ville actuelle a été construite par les Arabes.

Une autre ville phénicienne dont il ne reste aucune trace, Macomedes-Euphranta, s’élevait à l’emplacement de l’actuelle ville de Syrte. La région était réputée comme très dangereuse, infestée de brigands sur terre et de pirates en mer. Du fait de son isolement, il s’agit de la dernière région en Afrique où le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était toujours parlée, jusqu’au 5° Siècle. Le désert de Libye centrale, largement infranchissable par voie terrestre avant l’introduction du chameau en Afrique du Nord, marquait la limite entre Phéniciens/Carthaginois et Grecs de Cyrène.

Le centre de la Libye est habité depuis l’époque romaine. Les Romains ont construit une ville, Corniclanum, sur le site de la ville moderne d’Ajdabiya. Ce site, qui a été choisi pour ses réserves d’eau potable, deviendra une étape importante sur la route entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Gétules et Garamantes : les Amazighs du Sahara

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Les Amazighs du Sahara, contrairement à ceux des régions côtières, n’avaient que des contacts distants avec les autres civilisations méditerranéennes. Ils sont donc assez rarement mentionnés dans les sources historiques. Ils n’ont jamais été sous domination carthaginoise, ni romaine, ce qui leur a permis de garder une culture amazighe plus authentique. Les historiens antiques parlent de deux peuples : les Gétules, qui vivaient au-delà des montagnes de l’Atlas, au Sud de la Numidie ; et les Garamantes, dans le Fezzan, qui pourraient être les ancêtres des Touaregs actuels.

Les Gétules

D’après l’historien romain Strabon, les Gétules étaient le peuple le plus nombreux d’Afrique du Nord, mais aussi le moins connu. C’étaient des tribus nomades qui vivaient dans les régions semi-désertiques au Sud de l’Atlas, jusqu’au désert du Sahara. Leur région correspond au Sud de l’Algérie et de la Tunisie actuelles. Le climat très varié de leur territoire les a forcés à s’adapter à des conditions de vie très diverses. Ils vivaient de l’agriculture, de l’élevage et de la chasse, se vêtaient de peaux d’animaux et se nourrissaient surtout de viande et de lait. Leur animal emblématique était le lion de Gétulie.

Les Romains ont découvert les Gétules pendant la guerre de Jugurtha. Ce roi numide a recruté des régiments de cavalerie gétules comme forces auxiliaires dans son armée, qui étaient très craints des troupes romaines. Plus tard, à l’époque romaine, des tribus gétules se sont installées au Sud de la Maurétanie, au Maroc actuel, où ils se sont mélangés aux populations maures demeurées libres du joug romain. Les Gétules ont pris part à toutes les révoltes africaines contre Rome. La plus importante de ces révoltes, celle de Tacfarinas, en 17 de notre ère, a été menée par la tribu gétule des Musulames.

Les Garamantes

Un autre peuple amazigh du Sahara, les Garamantes, vivaient dans le Fezzan, au Sud de la Libye. Ils sont apparus vers 1000 ans avant notre ère et leur civilisation est parvenue à son apogée vers le 2° Siècle de notre ère.

Ruines de Garama, capitale des Garamantes

Les Garamantes étaient de grands bâtisseurs, la première grande civilisation saharienne, qui ont développé une société urbaine en plein désert, avec un réseau de cités-Etats centré sur les oasis de Garama (Djerma, à 150km au Sud-Ouest de Sabha), leur capitale, et de Murzouq, plus au Sud. Pour alimenter en eau leurs villes, dans une région où il n’y avait aucun fleuve, ils ont construit un système d’irrigation souterrain très élaboré (qanat). Cette infrastructure leur a permis de pratiquer l’agriculture au coeur du Sahara ! À son apogée, les Garamantes étaient la civilisation saharienne la plus riche de l’Antiquité.

Les Garamantes comme les Gétules étaient de grands éleveurs de chevaux. D’après l’historien grec Hérodote, ce sont les Garamantes qui ont appris aux Crétois à se servir de chars à chevaux.

Les Garamantes étaient aussi des acteurs importants du commerce d’esclaves, qui menaient des raids au Sud du Sahara pour capturer des esclaves, qu’ils vendaient ensuite en Libye méditerranéenne.

Conquêtes de Septime Sévère

En 202, l’Empereur romain Septime Sévère s’empare de Garama, mais la domination romaine sur la région demeurera faible et ne durera pas longtemps.

Les Garamantes se sont convertis au christianisme vers le 6° Siècle, sous l’influence de prédicateurs venus de Tripolitaine.

La civilisation garamante a entamé un long déclin à partir du 4° Siècle, à cause du changement climatique et de l’épuisement des ressources en eau. Elle semble avoir disparu avant les conquêtes arabes. Certains spécialistes pensent cependant que les Garamantes sont les ancêtres des Touaregs, ce peuple nomade amazigh qui vit aujourd’hui dans le désert du Sahara.

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine, Les Phéniciens en Afrique du Nord

Utique : la première colonie phénicienne en Afrique du Nord

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La première ville fondée par des marchands phéniciens sur les côtes nord-africaines était Utique, située près de l’embouchure du fleuve Medjerda. Bien qu’elle faisait partie de l’Empire carthaginois, elle a toujours su garder une certaine autonomie par rapport à son puissant voisin. Après la chute de Carthage, elle est devenue la première capitale de l’Afrique romaine.

La ville punique

Nécropole punique d’Utique

D’après plusieurs sources antiques, Utique aurait été fondée vers 1100 avant notre ère. La recherche archéologique moderne semble cependant indiquer une fondation plus récente, peu avant -800. Son nom phénicien, ʿtq (𐤏𐤕𐤒‬), apparenté à l’arabe ʿatiqah (عَتِيقَة), signifie « ancienne », par opposition à Carthage, la « nouvelle ville ». Utica étant située quelque peu à l’intérieur des terres, la ville voisine de Rusucmona (Ghar el-Melh) lui sert de port.

Carthage, fondée peu après, à environ 40km d’Utique, est vite devenue la ville la plus puissante de la région. Utique a cependant longtemps préservé son autonomie politique et économique : elle n’est passée sous contrôle punique que tardivement, vers -540, et même ensuite, elle a gardé un statut privilégié de ville alliée de Carthage. En même temps, il y a toujours eu des rivalités commerciales entre les deux villes.

Les guerres puniques seront l’occasion pour Utique de tenter de se libérer de la domination carthaginoise. Après la première guerre punique, lors du soulèvement des anciens mercenaires de l’armée carthaginoise, Utique, avec la ville voisine de Hippo Diarrhytos (Bizerte), soutient la révolte. Pendant la deuxième guerre punique, la ville sera assiégée par le général romain Scipion l’Africain, qui veut en faire une base arrière pour sa campagne en Afrique, mais il ne parviendra pas à la conquérir. Enfin, en -150, à la veille de la troisième guerre punique, Utique fait défection en s’alliant à Rome. En récompense, la ville deviendra la capitale de la nouvelle province romaine d’Afrique et recevra des Romains le contrôle de tout le territoire allant de Carthage à Hippo Diarrhytos.

La ville romaine

Caton d’Utique

Pendant la guerre civile romaine (49-45), une des principales batailles entre les partisans de Jules César et ceux de Pompée a eu lieu à Utique. Vers la fin de la guerre, les derniers partisans de Pompée, dont leur chef, le sénateur Caton le Jeune, se réfugient à Utique après leur défaite. Caton se suicide, mais sa popularité est telle que, sans craindre la vengeance de César, les habitants de la ville l’enterrent avec honneur et lui donnent le nom honorifique de Caton l’Uticain (Cato Uticensis).

En -44, Jules César décide de reconstruire Carthage pour en faire la capitale de l’Afrique Romaine. À partir de là, Utique a progressivement perdu en importance. Sous le règne de l’Empereur Hadrien, la ville a demandé à devenir une colonie romaine, mais ce statut ne lui a été accordé que par l’Empereur Septime Sévère, qui était originaire d’Afrique.

Au début de l’ère chrétienne, la ville, comme toute la province d’Afrique, avait une forte communauté chrétienne. Le nom de l’évêque d’Utique figure sur la liste des participants à plusieurs conciles régionaux organisés à Carthage.

Le déclin d’Utique a été accéléré par l’ensablement de son port, qui a coupé la ville du commerce maritime. Le passage à une économie basée sur l’agriculture a permis de quelque peu contrecarrer ce déclin, mais ces efforts se sont avérés insuffisants. Le pillage de la ville par les Vandales, en 439, a achevé son déclin. La ville existait encore au moment de la reconquête de l’Afrique romaine par l’Empire byzantin, mais elle semble avoir été abandonnée avant le début des conquêtes arabes. Ses ruines peuvent encore être visitées, dans le gouvernorat tunisien de Bizerte.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les divers noms des Amazighs à travers l’Antiquité

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Les populations autochtones d’Afrique du Nord s’appelaient elles-mêmes Amazighs, ce qui signifie « hommes libres » dans leur langue. Les autres peuples qui les entouraient leur ont donné d’autres noms, que nous découvrirons dans cet article.

Les Grecs, la civilisation dominante du bassin méditerranéen, appelaient les habitants d’Afrique du Nord du nom de Libu (λιβυ), ou Libyens. Ce nom vient des Libou (ⵍⵉⴱⵓ), une confédération de tribus amazighes qui a vécu dans la région correspondant à la Libye actuelle et joué un rôle important dans l’histoire de l’Egypte antique.

Pour les historiens grecs les plus anciens, comme Hérodote, ce nom semble désigner toutes les populations autochtones des régions à l’Ouest du delta du Nil, c’est-à-dire l’ensemble des Amazighs. Par la suite, son usage sera plus restreint : les Libyens seront uniquement les autochtones des environs de Carthage, qui étaient sous influence carthaginoise.

Les Romains, après la chute de Carthage, emploieront le nom d’Afri pour les populations autochtones des anciens territoires carthaginois. On ignore d’origine de ce nom.

Pour les Romains, Libya est devenue le nom de tout le continent. Curieusement, cet usage s’est inversé dans la suite de l’histoire, puisque le nom latin pour la région de Carthage, Africa, est à l’origine du nom moderne de l’Afrique.

Les populations nord-africaines à l’Ouest de Carthage étaient appelées Numides. A l’origine, ce terme semble avoir désigné tous les autochtones libres de l’influence carthaginoise, par opposition aux Libyens, qui étaient les autochtones qui dépendaient de Carthage. Avant le règne de Massinissa, les diverses tribus numides, nomades pour la plupart, n’avaient pas forcément le sentiment d’appartenir à un même peuple. Ce sentiment d’unité leur est venu avec la fondation du Royaume de Numidie, dont Massinissa était le premier roi.

Encore plus à l’Ouest, en face du détroit de Gibraltar, vivaient les Mauri, ou Maures, du Royaume de Maurétanie. Par la suite, le nom de Maures sera étendu à tous les habitants arabo-amazighs d’Afrique du Nord, ainsi qu’à ceux qui envahiront l’Espagne.

Et plus au Sud ? Les Amazighs du Sahara, dont les contacts avec les autres civilisations méditerranéennes étaient limités, sont donc moins connus que ceux des régions côtières. Les historiens antiques parlent de deux peuples : les Gétules, qui vivaient au-delà des montagnes de l’Atlas, au Sud de la Numidie ; et les Garamantes, dans le Fezzan, qui pourraient être les ancêtres des Touaregs actuels.

Pourquoi ce site

Pourquoi ce site ?

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Pourquoi donc écrire un site sur l’histoire pré-arabe de l’Afrique du Nord ? Quel impact tout cela a-t-il sur les sociétés nord-africaines aujourd’hui ?

Déjà à l’époque coloniale et encore plus depuis l’indépendance, entre nationalisme arabe et mouvements amazighs, la question de l’identité des nations nord-africaines est âprement débattue.

Les Nord-Africains sont-ils Arabes ? Le nombre de colons originaires d’Arabie, qui se sont installés en Afrique du Nord, est estimé à environ 100 000. Les Amazighs qui précédaient leur arrivée, eux, étaient plusieurs millions. Génétiquement, il est donc évident qu’assez peu de Nord-Africains aujourd’hui ont des origines arabes. Cependant, ces Arabes se sont mêlés aux populations locales, leur ont appris leur langue et leurs coutumes, tout en adoptant certaines coutumes des peuples au milieu desquels ils se sont installés. Ainsi, les Amazighs ne sont pas devenus Arabes, pas plus que les Arabes ne sont devenus Amazighs, mais les deux peuples se sont mélangés. Nous savons que ce brassage ne s’est pas toujours fait pacifiquement, mais le résultat est là ! Aujourd’hui, la majorité des Nord-Africains parlent un dialecte de la langue arabe, même si leur darija a emprunté des mots aux langues amazighes, ainsi qu’au turc et aux langues des anciens colonisateurs. La meilleure réponse à cette question est donc que les Nord-Africains sont culturellement arabisés, dans un « monde arabe » qui a davantage de sens sur le plan culturel qu’ethnique. L’objet de ce blog n’est pas de renier les 1300 dernières années d’histoire, mais de les compléter par ce qui les a précédées.

Certaines tribus amazighes ont pris refuge dans des régions montagneuses, difficiles d’accès pour l’envahisseur, si bien que leur culture a davantage été préservée. Leurs descendants aujourd’hui revendiquent une meilleure reconnaissance de cette culture par les États nord-africains. Ces aspirations légitimes ne doivent cependant pas les mener à se considérer comme les seuls « vrais » Nord-Africains et à rejeter leurs compatriotes dont l’héritage est plus mélangé : ce serait faire l’erreur inverse de ceux qui les ont trop longtemps marginalisés.

Nous ne sommes pas de purs Arabes, ni de purs Amazighs, de même que les Français ne sont pas de purs Gaulois ni de purs Romains : nous sommes un peu des deux, et bien plus encore. L’Afrique du Nord aujourd’hui est un arbre dont les racines sont amazighes, avec des branches phéniciennes, puniques, grecques, romaines, juives, vandales, byzantines et arabes – et même quelques pousses subsahariennes, turques, françaises et espagnoles ! Notre langue est un darija arabe, mais mêlé d’autres langues. Nos sociétés sont musulmanes, mais nos ancêtres étaient aussi juifs et chrétiens – y compris bien après l’arrivée de l’islam. Même notre islam a toujours été marqué par des influences locales, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde musulman. Et c’est toute cette diversité qui fait notre richesse, comme une fresque est rendue d’autant plus belle par la multiplicité de ses couleurs et formes.

L’objectif de ce site est de faire connaître la diversité qui caractérise nos nations depuis des siècles, pour ouvrir les yeux de nos frères et sœurs Nord-Africains sur la richesse de leur héritage. Nous espérons ainsi contribuer à un esprit de tolérance et de fraternité dans nos nations que nous aimons tant, car celui qui est différent de moi n’est pas une menace pour moi, mais, au contraire, m’enrichit.

עִברִית

העם הנודד – יהודי צפון אפריקה

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במהלך ההיסטוריה ובמיוחד בזמן הכיבוש הרומי, אנשים מסתוריים שמקורם בארץ כנען נדדו לצפון אפריקה והתיישבו בכפרים וערים. האנשים האלה היו שונים מכל האנשים שילידי האמאזיג הכירו ; הם מעולם לא ניסו לשלוט בהם, אלא סיפרו להם על האלוהים האמיתי שלהם, האל היחיד, בורא העולם וכל מה שעומד מאחוריו… מסר שעדיין היה חדש להם לחלוטין.

בית הכנסת אל-גריבה בג’רבה, בית הכנסת העתיק ביותר בצפון אפריקה

הקהילה היהודית הוותיקה ביותר בצפון אפריקה היא ללא ספק זו של האי ג’רבה, בתוניסיה. על פי המסורת שלהם, לאחר שחרבה ירושלים על ידי הבבלים בשנת 586 לפנה »ס, לקח עמו הכהן הגדול האחרון כאשר ברח דלת של מקדש שלמה, שכיום מהווה חלק מבית הכנסת אל גריבה.

ייתכן שכבר התגוררו יהודים במקומות אחרים בצפון אפריקה באותה תקופה, או אפילו קודם לכן )ייתכן שהם עלו על סיפונה של הספינות הפיניקיות, מכיוון שארץ מולדתם הייתה קרובה לפיניקיה( אם כי לא נמצאו עקבות רכיאולוגיים מחוץ לג’רבה. בתקופת הפוני, היו קהילות יהודיות קטנות בקרתגו וב ערים פוניות נוספות.

מנורה בצורת חנוכייה, וולובליס

קהילה היהודית המתועדת העתיקה ביותר במרוקו של ימינו התגוררה באיפראן אטלס-סגיר, מחוז גולמים, בשנת 361 לפני הספירה. מכיוון שיהודים רבים נכחו במחוז דרום ניתן להסיק כי נכחו גם בצפון. הכתובות העתיקות ביותר המעידות על נוכחות יהודית בוולובליס מתוארכות למאה השנייה לפני הספירה; בית הכנסת של העיר נבנה בתקופה הרומית, במאה ה-3 לספירה.

הנוכחות היהודית בצפון אפריקה גדלה בעיקר עד סוף המאה ה 4- לפני הספירה, לאחר שמצרים התלמית פלשה ליהודה. יהודים רבים גורשו לאלכסנדריה ולמקומות אחרים במצרים, אחרים נעשו מהגרים כלכליים. בסביבות 312 לפני הספירה, תלמי הראשון סוטר התקין יהודים בקירנאיקה. חלקם המשיכו עוד מערבה, לקרתגו ומעבר לו.

בסביבות 150 לפני הספירה, בגלל הרדיפות בקירנאיקה, כמה יהודים נמלטו מהאזור למרוקו של ימינו. לאחר שהגיעו לטינגיס )טנג’ר( דרך הים, הם גרו בהרי הריף והאטלס. יהודי קירנאיקה המשיכו לשגשג: כמה כתובות, בברניצה )בנגזי( ובמקומות אחרים, מצביעות על קהילות עשירות, מבוססות ומשפיעות.

מאוחר יותר הגיעו יהודים נוספים לצפון אפריקה הרומית, תחילה לאחר שהרומאים הרסו את ירושלים בשנת 70 לספירה, ולאחר מכן לאחר מרד בר כוכבא, בשנת 135.

יהודי אמזיג’ מהאטלס

שהגיעו לצפון אפריקה היו פליטים, הגולים מארץ אבותיהם. לעולים החדשים, במיוחד, לא הייתה אהדה כלל לרומאים, שהרסו את בית המקדש שלהם וגירשו אותם מארצם… מצוקה שיכלה רק לזכות אותם בסולידריות של שבטי האמזיג’ים שביניהם באו לחיות, שכן גם הם סבלו תחת השליטה הרומאית. במקביל, הכפרים שקיבלו את פניהם הרוויחו מהמיומנויות החדשות שרכשו בזמן שחיו בעיצומן של ציוויליזציות מתקדמות אחרות. יותר מכל, האמזיג’ים התרשמו מאמונתם העמוקה.

כמה שבטי אמזיג’ים התגיירו, במיוחד לאחר שהשליטה הרומית הגיעה לקיצה. ניתן למצוא את « היהודים האמזיגים » הללו, צאצאים של יהודים מהגרים או כאלו שהמירו את דתם לכל אורך הדרך לסהרה. דתה של קהינה המפורסמת, מלכת העילות, שהובילה את ההתנגדות נגד הכובשים הערבים, נתונה במחלוקת: חלק מהמקורות אומרים שהיא הייתה משבט אמזיג’י יהודי, בעוד אחרים טוענים שהיא נוצרייה; ייתכן גם שהשבט שלה התגייר תחילה ואחר כך המיר דתו לנצרות.

דגל לשעבר של האימפריה השריפית, עם מגן דוד

גם לאחר הכיבוש הערבי המוסלמי היהודים נותרו חלק חשוב בחברה הצפון אפריקאית. הם גדלו עוד יותר במהלך ימי הביניים, כאשר יהודים ספרדים רבים שגורשו התיישבו באזור. מספרם הלך והצטמצם מאוד במהלך המאה ה 20-, כתוצאה מגירוש: כעת הם רק בסביבות 2,000 במרוקו, בין 1,000 ל 2,000- בתוניסיה, בסביבות 200 באלג’יריה, ובלוב לא נותר כיום אף לא יהודי אחד. ללא תלות בשאלות גיאופוליטיות עכשוויות, לא ניתן להכחיש את תרומתם של היהודים לאומות הצפון אפריקאיות.

Les Byzantins en Afrique du Nord, Les Maures après le départ des Romains, Les Vandales en Afrique du Nord

Vandales, Byzantins et Maures : l’Afrique du Nord à l’aube des conquêtes arabes

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Le pouvoir romain en Afrique du Nord s’effondre en 439, lorsque les Vandales, un peuple d’origine germanique, envahissent Carthage. Un siècle plus tard, l’Empereur byzantin Justinien, qui veut reconstituer l’Empire romain d’Occident, chasse les Vandales et reprend le contrôle de l’ancienne Afrique romaine. Au même moment, de nouveaux royaumes amazighs se reconstituent. Les soldats du califat islamique qui envahissent l’Afrique du Nord au 7° Siècle combattront à la fois les Byzantins et les royaumes maures nouvellement formés.

Le Royaume vandale à son apogée

Depuis plusieurs siècles, l’Empire romain fait face à la menace de tribus germaniques qui envahissent et pillent son territoire. Une de ces tribus, les Vandales, occupent l’Espagne depuis 409. En 429, les Vandales traversent le détroit, prennent Tingis (Tanger) et commencent leur conquête de l’Afrique du Nord. Après 10 ans, ils contrôlent Carthage, où ils forment un nouveau royaume.

Bélisaire

Un siècle plus tard, l’Empire byzantin, héritier de l’Empire romain d’Orient, décide de reconquérir le territoire romain perdu en Afrique du Nord. Le général Bélisaire, à la tête d’une troupe de 15 000 hommes, reprend tous les territoires vandales en quelques mois, avec le soutien des tribus amazighes locales. Les Byzantins forment un exarchat d’Afrique, avec pour capitale Carthage. Si les Amazighs étaient d’abord soulagés par la chute de leur oppresseur vandale, la nouvelle tutelle byzantine s’avèrera tout aussi tyrannique.

Royaumes Amazighs au 6° Siècle

Cette situation va permettre l’émergence de nouveaux royaumes amazighs, qui cherchent à s’imposer par des révoltes et des guerres contre le pouvoir byzantin. Les divers petits royaumes semblent avoir mis en place une confédération, que chacun des rois locaux dirigeait à tour de rôle.

Telle est la configuration dans laquelle les troupes du califat ont trouvé l’Afrique du Nord. À leur arrivée, ils combattent d’abord les Byzantins, parfois avec le soutien des royaumes amazighs. En 670, ils construisent Kairouan, la première ville arabo-musulmane en Afrique du Nord. Après la conquête de Carthage, en 698, l’Empire byzantin en Afrique est définitivement vaincu.

Dihya (Kahina), reine des Aurès

Il semble que, dans un premier temps, les Amazighs voyaient les nouveaux arrivants comme des libérateurs (de même que les Byzantins avant eux, lorsqu’ils sont venus chasser les Vandales). Les choses ont changé après la chute de Carthage, lorsqu’ils se sont lancés dans la conquête de toute l’Afrique du Nord. La résistance amazighe est d’abord menée par Koceïla, le roi d’Altava, un Royaume situé dans la région de l’actuelle ville de Tlemcen (1 sur la carte ci-dessus). Après sa mort, Dihya (Kahina), la reine des Aurès (4 sur la carte), reprend le flambeau. Cette figure emblématique, considérée comme la dernière reine des Amazighs, a mené une alliance de tribus au combat contre l’armée omeyyade, avant d’être finalement tuée en 703, lors de la bataille de Tabarka. Après sa défaite, les califes omeyyades sont les nouveaux maîtres de l’Afrique du Nord.

Le christianisme en Afrique du Nord

Une foi nouvelle : le christianisme en Afrique du Nord

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Alors que l’Empire romain était à son apogée, une nouvelle religion apparue en Palestine a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire. Ses livres saints parlaient d’un Dieu unique et d’un sacrifice pour racheter l’humanité. Ses prédicateurs enseignaient l’amour, le pardon et l’égalité de tous les hommes devant Dieu. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien.

En Afrique du Nord, la foi chrétienne s’est d’abord propagée en Cyrénaïque et en Égypte, dès l’époque des Apôtres. D’après la tradition chrétienne, c’est Marc, l’auteur d’un des Évangiles, qui a annoncé le message chrétien à Cyrène, dont il était originaire, puis à Alexandrie. Les deux villes avaient une forte communauté juive, riche et influente, qui ont certainement été les premiers destinataires de sa prédication. L’Église copte d’Égypte, qui est aujourd’hui la communauté chrétienne la plus nombreuse du monde musulman, remonte à la prédication de Marc à Alexandrie.

Basilique Majorum, Carthage

La communauté chrétienne de Carthage a été fondée au cours du 2° Siècle, probablement depuis Rome. La ville est rapidement devenue un centre chrétien influent. Depuis Carthage, la foi chrétienne s’est diffusée dans toute l’Afrique du Nord.

D’importantes communautés juives vivaient déjà en Afrique du Nord. Comme dans tout le monde romain, une forte proportion des premiers convertis au christianisme étaient d’origine juive. Ces croyants comprenaient l’Évangile comme l’accomplissement de l’espérance de leurs ancêtres.

Augustin d’Hippone

Plusieurs théologiens et auteurs chrétiens les plus influents des premiers siècles étaient Nord-Africains. On peut citer notamment Tertullien, le premier auteur chrétien de langue latine, Cyprien, évêque de Carthage de 248 à 258, et Augustin, évêque d’Hippone (Annaba) et le plus grand théologien de l’Église romaine. En incluant l’Égypte, on peut ajouter Origène, le père de l’exégèse biblique.

La croissance rapide du christianisme, avec ses dogmes radicalement nouveaux, suscitait aussi l’hostilité. Les persécutions, courantes partout, étaient particulièrement fortes en Afrique du Nord. La fermeté dans la foi des chrétiens qui étaient prêts à payer leur foi de leur vie impressionnait leurs contemporains et gagnait de nouvelles âmes. Tertullien de Carthage l’exprimait ainsi : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. »

Martyre de Perpétue et Félicité

Les premiers martyrs chrétiens en Afrique du Nord étaient un groupe de 12 croyants, sept hommes et cinq femmes, qui ont été mis à mort à Scillium (Kasserine) en l’an 180. Leurs noms indiquent des origines à la fois amazighes, puniques et romaines, les trois principaux groupes qui composaient la société nord-africaine. 4 autres croyants seraient morts martyrs à Madaure (M’daourouch), en Numidie, vers la même époque, mais les sources qui en parlent ne sont pas certaines. Les martyrs nord-africains les plus connus sont certainement ceux de Carthage, exécutés en 203, notamment Perpétue, une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, et son esclave Félicité, qui était enceinte. Marcel, un centurion romain basé à Tingis (Tanger), est mort martyr dans cette ville en 298.

Vers la fin du 3° Siècle, donc avant la conversion de l’Empereur Constantin, alors que les chrétiens étaient encore régulièrement persécutés, le nouveau culte était déjà solidement établi dans tous les centres urbains d’Afrique romaine. Dans certaines villes, comme Carthage ou Cirta (Constantine), le christianisme était probablement majoritaire. D’une manière générale, plus une ville était éloignée de Carthage, moins la présence chrétienne y était forte. En Maurétanie tingitane, tout à l’Ouest, la foi chrétienne était assez bien établie à Volubilis, Tingis (Tanger) et Lixus (Larache), mais moins dans le reste de la province.

Il y avait également une présence chrétienne dans les tribus amazighes qui vivaient au-delà des frontières romaines, certainement sous l’influence de prédicateurs Romano-Amazighs qui sont retournés apporter le message à leur famille dans leur région d’origine.