L'Afrique du Nord romaine, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Phéniciens en Afrique du Nord

Tamusiga : la ville antique d’Essaouira

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A l’époque romaine, la ville d’Essaouira s’appelait Tamusiga. Bien qu’elle n’était pas située en territoire romain, Tamusiga entretenait des liens commerciaux avec l’Afrique romaine. Les Îles Purpuraires, au large de la ville, contenaient une importante fabrique de pourpre qui remontait à l’ère phénicienne.

Les Îles Purpuraires, au large de Essaouira

Origines

Assiette phénicienne du 7° Siècle, retrouvée sur l’Île de Mogador

Les origines de la ville se perdent dans la nuit des temps. Après la fondation de Carthage, des marchands phéniciens ont fondé une chaîne de comptoirs commerciaux au-delà des Colonnes d’Hercule, sur la côte atlantique du Maroc actuel. Le dernier de ces comptoirs était probablement Agadir. Le site de Essaouira, qui offre un des meilleurs ancrages sur ces côtes, a certainement accueilli un de ces comptoirs. Les plus anciens vestiges phéniciens sur ce site remontent au 7° Siècle avant notre ère.

Les Phéniciens ont noué des relations avec les populations autochtones et faisaient du commerce avec eux. Sur les îles situées au large de Essaouira, ils ont développé une fabrique de teinture pourpre, à partir des coquillages qu’ils trouvaient sur la côte. L’industrie de la pourpre a donné à ces îles le nom d’Îles Purpuraires.

Arganier

En plus de la pourpre, les Phéniciens faisaient aussi du commerce d’huile d’argan, produite par les populations amazighes locales à partir du fruit de l’arganier, un arbre qui pousse uniquement dans cette région du monde. Il y a plus de 3000 ans, les Phéniciens exportaient déjà de l’huile d’argan à travers tout le bassin méditerranéen et s’en servaient comme complément alimentaire et comme cosmétique.

Itinéraire possible de Hannon le Navigateur

Au 5° Siècle avant notre ère, l’explorateur carthaginois Hannon le Navigateur a mené une expédition d’exploration de la côte ouest-africaine, en fondant des colonies sur sa route. Dans son itinéraire de voyage, la ville punique située sur le site d’Essaouira est appelée Arambys (Har Anbin, « montagne des raisins »). Elle était probablement abandonnée avant la visite de Hannon. Certains spécialistes identifient l’Île de Cerné, également mentionnée dans son itinéraire de voyage, à l’Île de Mogador, mais la plupart pensent que cette île est située plus au Sud, dans le Banc d’Arguin, en Mauritanie actuelle.

Des Phéniciens aux Amazighs et aux Romains

Après la chute de Carthage, les anciens comptoirs puniques ont été annexés par le Royaume de Maurétanie.

Manteau de pourpre romain

Le roi de Maurétanie Juba II rétablit l’ancienne industrie de fabrication de pourpre sur les Îles Purpuraires. A l’époque romaine, la pourpre était employée pour teindre les toges des sénateurs romains. Juba II organise aussi une expédition au départ des Îles Purpuraires pour explorer les Iles Canaries.

Pendant le règne de Juba II, une ville s’est développée sur les Îles Purpuraires. Les Amazighs l’appelaient Amagdul (« bien gardée »). Les Romains l’ont renommée Tamusiga. La ville était limitée aux îles : la baie d’Essaouira n’était pas occupée avant l’ère moderne.

Amphore originaire d’Hispanie bétique, 2° Siècle
Pièces de monnaie romaines du 3° Siècle, retrouvées sur l’île de Mogador

Tamusiga était la plus grande ville de Maurétanie située au-delà des frontières de l’Empire romain. Elle entretenait cependant des liens commerciaux étroits avec l’Afrique romaine, à travers son port. Une villa et une nécropole romaines ont été excavées, ainsi qu’un vase et des pièces de monnaie, conservés aujourd’hui Musée Sidi Mohammed ben Abdallah, à Essaouira.

Par la suite

Sanctuaire Regraga

Après la chute de l’Empire romain, Tamusiga a été abandonnée. La région environnante était habitée par des tribus amazighes, notamment les Regraga, qui étaient de religion chrétienne avant l’arrivée de l’islam. D’après une légende, pendant la vie du Prophète Mohammed, sept hommes de la tribu Regraga ont voyagé à La Mecque, où ils se sont convertis à l’islam.

Tombeau de Sidi Mogdoul, à Essaouira

Au 11° Siècle, Sidi Mogdoul, un saint musulman issu de la tribu Regraga, a été enterré à Essaouira. Son nom est probablement à l’origine de Mogador, le nom donné à la ville par les Portugais. Les anciens Amazighs l’appelaient déjà Amagdul, du phénicien Migdol, « petite forteresse ».

La Casbah de Essaouira, construite par Sidi Mohammed ben Abdallah

Au début du 16° Siècle, les Portugais construisent une forteresse à Mogador. Ils doivent faire face à la féroce résistance des Regraga et seront finalement chassés par les Saadiens. Le sultan saadien Ahmed al-Mansour établit une importante sucrerie dans la région de Essaouira et importe des esclaves Noirs originaires d’Afrique subsaharienne pour y travailler – les ancêtres des fameux Gnaouas. La ville moderne a été construite au 18° Siècle, par le sultan alaouite Sidi Mohammed ben Abdallah (Mohammed III). A la fin du protectorat, Mogador est renommée Essaouira, de l’arabe الصويرة (as-sawîra), « petite muraille » – un sens proche de l’ancien nom amazigh, phénicien et latin.

Synagogue Slat Lkahal de Essaouira

La communauté juive d’Essaouira, très influente jusqu’à aujourd’hui, remonte au 18° Siècle. Il est cependant possible qu’il y avait déjà des Juifs à Tamusiga à l’époque romaine : aucune trace archéologique ne l’atteste, mais c’est plausible dans la mesure où des communautés juives vivaient dans les villes de Maurétanie romaine, comme Volubilis et Sala. Pour la même raison, une présence chrétienne à la même époque n’est pas documentée, mais probable.

Aujourd’hui, la ville de Essaouira est fière de son héritage multiculturel, avec ses racines européennes, marocaines et subsahariennes (festival Gnaoua) et ses influences musulmanes, juives et chrétiennes. L’histoire antique montre que cette diversité n’est pas nouvelle : il y a plus de 2000 ans déjà, autochtones amazighs, commerçants phéniciens et aventuriers romains se côtoyaient dans le port et dans les rues de la ville.

Vue d’Essaouira aujourd’hui
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Volubilis : une ville amazighe

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Volubilis, au Nord de la ville marocaine de Meknès, était la capitale de l’ancien Royaume de Maurétanie. Si la ville s’est beaucoup développée à l’époque romaine, sa population est toujours restée majoritairement autochtone africaine. Après le 3° Siècle, Volubilis, abandonnée par les Romains, est redevenue une ville amazighe, gouvernée par des chefs de tribus locaux qui se sont appropriés ses infrastructures urbaines romaines.

Origines

Vue d’ensemble de Volubilis

La ville de Volubilis est construite dans une plaine fertile, au pied du Mont Zerhoun. La région environnante est habitée depuis au moins 5000 ans : des poteries néolithiques y ont été retrouvées.

Le nom « Volubilis » est la forme latine de son nom amazigh Oualili (ⵡⴰⵍⵉⵍⵉ). Deux hypothèses ont été proposée pour l’origine de ce nom : il pourrait venir soit du terme tamazight walilit, qui signifie laurier-rose, une fleur abondante dans la région ; soit du verbe wlly (tourner). En latin, le V de « Volubilis » était prononcé « ou ».

Volubilis, capitale de la Maurétanie

Carte de la Maurétanie antique

Avant l’ère romaine, Volubilis faisait partie du territoire du Royaume de Maurétanie. L’histoire antique de la Maurétanie est peu connue. Les anciens rois de Maurétanie, qui régnaient sur une confédération tribale nomade, n’avaient pas de capitale fixe : leur cour était mobile. Volubilis était cependant déjà un des principaux centres de leur royaume.

Stèle punique

Au 3° Siècle avant notre ère, le site de Volubilis était occupé par les Carthaginois, ainsi que l’attestent le temple de Baal et des inscriptions en langue punique. L’influence punique a perduré longtemps après la chute de Carthage.

Juba II

En -25, Juba II est choisi par les Romains pour régner sur un nouveau Royaume de Maurétanie élargi à une grande partie de la Numidie historique. En plus de sa capitale, Césarée (Cherchell), il construit une résidence secondaire à Volubilis, qui devient sa deuxième capitale, pour la moitié occidentale de son royaume. Juba II, un roi d’origine africaine, mais fortement romanisé, a transformé Volubilis en véritable cité romaine, avec un forum, une basilique, des temples et des thermes.

Volubilis à l’ère romaine

L’Empire romain annexe la Maurétanie en l’an 40, après la mort de Ptolémée, le fils de Juba II. Aedémon, un esclave affranchi de la famille royale, mène une révolte contre les Romains. Volubilis demeure fidèle à Rome. En récompense, l’Empereur accorde la citoyenneté romaine à ses habitants et les dispense d’impôts pendant dix ans.

La basilique romaine de Volubilis

Les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale à la place de Volubilis, à cause de sa proximité avec l’Europe. Volubilis reste cependant la ville la plus peuplée de la province, avec un pic de 20 000 habitants vers la fin du 2° Siècle – Amazighs romanisés pour la plupart. La ville s’enrichit considérablement à l’ère romaine, grâce à ses terres fertiles, qui lui permettent de cultiver du blé et de produire de l’huile d’olive. Une route est construite pour relier Volubilis à Tingis et Lixus (Larache).

Epitaphe du fondateur de la synagogue de Volubilis

Volubilis a accueilli aussi une communauté juive. Des inscriptions funéraires attestent de la présence de Juifs à Volubilis dès le 2° Siècle avant notre ère. Une synagogue a été construite au 3° Siècle. Les Juifs de Volubilis sont à l’origine de l’influente communauté juive marocaine.

Volubilis, comme toute l’Afrique romaine, s’est avérée être un terrain fertile pour le christianisme. Le site de l’église de Volubilis est connu et ses fondations sont encore visibles, même si le bâtiment lui-même a disparu. Des inscriptions chrétiennes retrouvées à Volubilis montrent des liens avec l’Oranie plutôt qu’avec Tingis, ce qui indique que le message chrétien est probablement venu de l’Est. (Source)

Arc de Caracalla, à Volubilis

Malgré l’importance de Volubilis, sa position, face à des tribus amazighes hostiles à la domination romaine, était toujours précaire. Cinq forts, situés au niveau des villages actuels de Aïn Schkor, Bled el Gaada, Sidi Moussa, Sidi Said et Bled Takourart (l’ancienne Tocolosida), ont été construits pour défendre la ville. L’Empereur Marc-Aurèle a fait construire une muraille autour de la ville, avec huit portes et 40 tours.

Le départ des Romains

L’Empire romain a perdu le contrôle de Volubilis, avec tout l’intérieur de la Maurétanie, après la crise du 3° Siècle. Vers 255, la confédération amazighe des Baquates, de la région de Taza et du Rif oriental, se révolte contre les Romains. Leur révolte est motivée surtout par la confiscation de leurs terres dans la région de Volubilis. Après une insurrection longue et meurtrière, un traité de paix est conclu en 280, en vertu duquel les Romains acceptent d’abandonner Volubilis.

Mosaïque de Diane, maison de Vénus

Les Baquates prennent le contrôle de la ville et récupèrent leurs terres. Volubilis est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.

En 285, lorsque le nouvel Empereur romain Dioclétien réorganise l’administration romaine en Afrique, une campagne pour reconquérir Volubilis est brièvement envisagée, mais l’idée est abandonnée : cela coûterait trop cher.

L’abandon de Volubilis par les Romains n’implique pas l’abandon de l’art de vivre romain par ses habitants. Certaines mosaïques de la ville, notamment celle de la course de chars, dans la Maison de Vénus, datent du 4° Siècle, après le départ des Romains.

Par la suite

Koceïla

Volubilis n’a été que peu affectée par l’invasion vandale. Les Byzantins se sont probablement établis dans la ville, mais n’y ont pas exercé une influence durable. Avant l’arrivée des Arabes, la région de Volubilis était gouvernée par des chefs amazighs locaux, dont les noms indiquent qu’ils étaient de religion chrétienne.

Au 7° Siècle, beaucoup d’Amazighs qui fuyaient l’expansion islamique se sont installés à Volubilis, notamment les survivants de la tribu Awraba, après la défaite de leur chef Koceïla. La ville est restée majoritairement chrétienne bien après l’arrivée de l’islam : les tombes chrétiennes à Volubilis datent de jusqu’au 12° Siècle.

Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun

En 788, le cherif Idriss ibn Abdallah, un descendant du Prophète Mohammed, s’établit dans la région de Volubilis et fonde la dynastie idrisside, considérée comme la première dynastie royale marocaine. Idriss I est enterré dans le Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun, tout près de Volubilis. Ainsi, la capitale de la Maurétanie antique est également devenue le berceau de la nation marocaine moderne.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Perses en Afrique du Nord

Inaros de Saïs : prince libyen d’Egypte, rebelle contre les Perses

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Inaros était un prince égyptien d’origine libyenne. Au 5° Siècle avant notre ère, pendant l’occupation perse de l’Egypte, Inaros, qui était probablement apparenté à l’ancienne dynastie pharaonique renversée par les Perses, mène une rébellion contre l’Empereur de Perse Artaxerxès. Il est soutenu par les Grecs de la Ligue de Délos, une confédération menée par Athènes.

Le sceau de Zvenigorodsky, selon certains spécialistes, pourrait représenter la soumission d’Inaros, après sa défaite

Qui était Inaros ?

Ruines de Saïs

Inaros était le prince de la ville de Saïs, dans le Delta du Nil. Il régnait sur un territoire qui s’étendait de Saïs à Maréa, sur la côte méditerranéenne. Saïs, une ville importante en Egypte, avait été le siège de la dynastie pharaonique déchue. Le père d’Inaros s’appelait Psammetique, comme le Pharaon renversé par les Perses, ce qui semble indiquer qu’il était peut-être son descendant.

L’historien grec Hérodote dit qu’Inaros était d’origine libyenne. La 26° dynastie pharaonique, vaincue par les Perses, est parfois décrite comme d’origine libyenne, mais ce n’est pas certain. En tout cas, son territoire faisait partie des régions habitées par des tribus libyennes et ses sujets étaient donc Libyens.

Inaros est souvent confondu avec un autre Inaros, qui a vécu deux siècles avant lui : Inaros d’Arthribis, un prince égyptien, également d’origine libyenne, qui s’est révolté contre l’occupation assyrienne de l’Egypte. Les récits légendaires à leur sujet mêlent la vie des deux personnages. Pour les distinguer, les historiens parlent d’Inaros I et Inaros II.

La révolte d’Inaros

Carte des batailles entre Inaros et les Perses

Vers 460 avant notre ère, Inaros chasse les collecteurs d’impôts impériaux de son territoire et commence à lever une armée pour se révolter contre l’Empire perse.

Pour sa révolte, Inaros s’allie à Amyrtée, un prince voisin, qui contrôle les marécages du Nord du Delta du Nil, une région très difficile à pénétrer pour les armées étrangères. La plupart des spécialistes pensent que cet Amyrtée était apparenté au futur Pharaon Amyrtée, qui, une soixantaine d’années après, a vaincu les Perses et restauré la souveraineté égyptienne.

La flotte de Charitimide

Inaros est également soutenu par la Ligue de Délos, une confédération de cités grecques menée par Athènes, hostile aux Perses. La Ligue de Délos envoie une flotte de 200 navires pour soutenir Inaros, menée par le général athénien Charitimide.

Après l’arrivée des Athéniens, l’alliance rebelle menée par Inaros affronte une armée de 400 000 combattants perses, menée par Achéménès, le frère de l’Empereur Artaxerxès, à la bataille de Papremis. Les Perses, vaincus, battent en retraite. Peu après, les Athéniens affrontent la flotte perse en mer et l’anéantissent.

Les insurgés assiègent ensuite la ville de Memphis, où les survivants de l’armée perse se sont réfugiés. Ce siège durera quatre ans. L’Empereur Artaxerxès envoie un messager à Sparte, en Grèce, pour convaincre les Spartiates, ennemis historiques des Athéniens, d’attaquer Athènes afin d’obliger la flotte athénienne à se retirer d’Egypte. Lorsqu’ils refusent, Artaxerxès envoie une grande armée en Egypte pour combattre les insurgés.

Modèle de trirème, le navire employé par les flottes grecque et persane

A l’arrivée de la nouvelle armée perse, les insurgés sont vaincus et contraints de lever le siège de Memphis. Les Athéniens se réfugient sur l’île de Prosopitis, dans le Delta du Nil, où ils amarrent leur flotte. Les Perses assiègent l’île pendant 18 mois. Finalement, ils parviennent à relier l’île au continent, en construisant des canaux pour drainer le fleuve, ce qui leur permet de traverser. Les Grecs, vaincus, sont massacrés ; seuls quelques rares survivants parviennent à s’enfuir jusqu’à Cyrène, d’où ils retournent à Athènes par la mer.

Une nouvelle armée grecque, envoyée d’Athènes pour venir en aide aux assiégés de Prosopitis, sera également détruite.

Inaros, vaincu et blessé, se réfugie à Papremis, sa dernière forteresse dans les marécages du Delta du Nil. Après avoir résisté pendant un an, il est vaincu et capturé. Emprisonné à Suse, la capitale de l’Empire perse, il est exécuté en 454.

Conclusion

La révolte d’Inaros, malgré son échec final, est la plus importante révolte égyptienne contre l’occupation perse. D’après l’historien grec Hérodote, Inaros a fait davantage de mal aux Perses que l’importe qui d’autre avant lui.

La défaite d’Inaros a provoqué une vague de panique en Grèce, poussant la Ligue de Délos à relocaliser son trésor de l’île de Délos à Athènes.

Une soixantaine d’années après, le prince égyptien Amyrtée (peut-être un descendant de l’allié d’Inaros) a vaincu les Perses et restauré la souveraineté égyptienne, devenant Pharaon et fondant une nouvelle dynastie.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Inaros d’Arthribis : le prince libyen devenu héros de l’Egypte antique

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Inaros d’Arthribis était un prince égyptien d’origine libyenne, qui, au 7° Siècle avant notre ère, s’est révolté contre l’occupation de l’Egypte par les Assyriens. Sa lutte contre les Assyriens a donné naissance à tout un cycle d’histoires très populaires dans l’Antiquité : le Cycle d’Inaros.

Inaros d’Arthribis – Image créée par ChatGPT
Stèle de Piye

Inaros était le fils du Prince Bakennefy d’Arthribis (Tell Atrib), en Basse-Egypte. Il était d’origine libyenne : son père était un Prince des Mâ. Son grand-père, Padiaset, est mentionné sur la stèle de Piye, qui raconte le conquête de l’Egypte par le roi de Kouch Piye : après la victoire de Piye contre le Pharaon Tefnakht, il fait allégeance à Piye et le reconnaît comme Pharaon. Sa soumission a peut-être encouragé la plupart des autres chefs du Delta du Nil à reconnaître la souveraineté des nouveaux Pharaons Nubiens.

Plaque d’ivoire égyptienne retrouvée en Assyrie

Vers 674 avant notre ère, le roi Assarhaddon d’Assyrie (Iraq actuel) envahit l’Egypte. Le Pharaon d’origine nubienne Taharqa, le fils de Piye, combat les Assyriens dans son Royaume. Vers 667, le nouveau roi d’Assyrie Assourbanipal déporte plusieurs chefs égyptiens à Ninive, sa capitale. Bakennefy, le père d’Inaros, en fait partie. Il sera exécuté à Ninive. C’est probablement à ce moment-là qu’Inaros devient souverain d’Arthribis et qu’il commence à combattre les Assyriens.

On ne sait rien d’autre de la vie d’Inaros et de sa lutte contre les Assyriens. Ce personnage n’est connu que par les récits légendaires à son sujet qui sont apparus après sa mort. Le fait que sa lutte contre les Assyriens ait pu inspirer de tels récits montre cependant qu’il avait déjà une réputation héroïque de son vivant. Si les récits du Cycle d’Inaros sont largement fictifs, certains détails, comme ses origines, sa famille et l’enlèvement de son père par les Assyriens, sont probablement historiques.

Le livre L’Egypte et la Vallée du Nil – Les époques tardives, de l’égyptologue français Frédéric Pauraudeau, identifie un certain nombre de récits du Cycle d’Inaros, notamment Le combat d’Inaros contre le Griffon, Épopée d’Inaros contre les Assyriens, Conte de Bès et, pour ceux qui se déroulent après la mort du héros, Guerre pour la cuirasse, Guerre pour la prébende d’AmonLe roi Ounamon et le royaume de Lihyan et La compétition pour le diadème et la lance d’Inaros.

Le géographe romain Strabon rapporte que Psammétique, le roi de la ville de Saïs et un parent de l’ancienne dynastie pharaonique renversée par les Nubiens, a vaincu un certain Inaros à l’aide de mercenaires grecs originaires de la ville de Milet. Il s’agit probablement d’Inaros d’Arthribis, après la fin de sa lutte contre les Assyriens. Nekao, le père de Psammétique, avait soutenu les Assyriens pendant leur invasion de l’Egypte. Au cours des années qui ont suivi, Psammétique a vaincu les Pharaons Nubiens et réuni l’Egypte entière sous son autorité, devenant Pharaon et fondant une nouvelle dynastie.

Inaros d’Arthribis est souvent confondu avec un autre Inaros, qui a vécu deux siècles après lui : Inaros de Saïs, un prince égyptien, également d’origine libyenne, qui s’est révolté contre les Perses pendant l’occupation perse de l’Egypte. Les récits légendaires à leur sujet mêlent la vie des deux personnages. Pour les distinguer, les historiens parlent d’Inaros I et Inaros II.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Juifs en Afrique du Nord

Tafaska : le nom amazigh de l’Aïd al-Adha, dérivé de la Pâque

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Aïd al-Adha (عيد الأضحى), la fête du sacrifice, qui commémore le sacrifice d’Abraham, le « Père des croyants », est la principale fête religieuse musulmane, à l’occasion de laquelle les familles sacrifient un mouton. En tamazight, cette fête est appelée « Tafaska », un nom directement inspiré d’une fête dont les Amazighs étaient déjà familiers bien avant l’islam : la Pâque. En Afrique de l’Ouest, ce nom est devenu « Tabaski ».

Le sacrifice d’Abraham

Les textes sacrés racontent comment Dieu a ordonné à Abraham (Ibrahim) de lui offrir son fils en sacrifice. Abraham, obéissant, s’est mis en route avec son fils. Au dernier moment, alors qu’Abraham s’apprêtait à tuer son fils, un ange l’a arrêté, en lui disant que son obéissance à Dieu, jusqu’à lui sacrifier même ce qu’il avait de plus cher, était suffisante pour montrer que son cœur était entièrement attaché à Dieu. Abraham a ensuite sacrifié le bélier à la place de son fils.

Le sacrifice d’Abraham, mentionné à la fois dans la Torah et dans le Coran, est un épisode fondamental de l’histoire sacrée des trois grandes religions monothéistes. Abraham est présenté comme un modèle de foi et d’obéissance à Dieu. Afin de commémorer le sacrifice d’Abraham, les familles musulmanes sacrifient un mouton pour l’Aïd al-Adha, le 10° jour du mois islamique de Dhou al-Hijjah.

Le sacrifice de la Pâque

En tamazight, la langue des populations autochtones d’Afrique du Nord, cette fête s’appelle Tafaska (ⵜⴰⴼⴰⵙⴽⴰ). Bien avant l’arrivée des premiers musulmans, les anciens Amazighs étaient familiers d’une autre communauté qui vivait parmi eux, qui croyait aussi en un Dieu unique et célébrait également une fête religieuse à l’occasion de laquelle ils sacrifiaient un mouton : les Juifs. Le nom « Tafaska » est certainement dérivé de la Pâque, une fête à la fois juive et chrétienne.

Main de Myriam, khamsa juive nord-africaine – D’après une tradition, les Hébreux ont dessiné une main en traces de sang sur leurs portes

La Pâque juive, en hébreu Pessah (פֶּסַח), « passage », commémore la délivrance des Israélites de l’esclavage en Egypte, par le prophète Moïse (Musa). La veille de leur sortie d’Egypte, Dieu a dit à Moïse de demander à tous les membres de son peuple de sacrifier un agneau et de répandre son sang sur les portes de leurs maisons. La nuit suivante, Dieu a envoyé l’ange de la mort pour tuer tous les fils premiers-nés des Egyptiens, mais il « passa » les maisons des Hébreux, qui avaient du sang de l’agneau pascal sur leurs portes, sans y entrer.

Les Amazighs d’Afrique du Nord, qui voyaient leurs voisins Juifs sacrifier un agneau tous les ans pour la Pâque, ont fait le lien avec la coutume des nouveaux arrivants musulmans. La transformation de la lettre P en F est courante pour les mots tamazight empruntés au latin (par ex. pullus (poulet) / afullus).

Dans l’Evangile, Christ est appelé l’Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde

A l’époque de l’arrivée de l’islam en Afrique du Nord, la plupart des habitants de la région étaient juifs ou chrétiens. Pour les Amazighs chrétiens, le sacrifice d’Abraham comme celui de la Pâque juive étaient des images d’un autre sacrifice : celui de Christ, sur la croix, pour racheter l’humanité du péché. La Pâque chrétienne est la fête de la résurrection de Christ, plus que de sa mort. Pour cette raison, les chrétiens n’offrent plus de sacrifices, parce qu’ils voient en la mort rédemptrice de Christ le sacrifice parfait, accompli une fois pour toutes. Les chrétiens d’Afrique du Nord étaient cependant toujours familiers des sacrifices d’animaux, même s’ils ne les pratiquaient plus.

Tafaska dans l’histoire

Le nom de Tafaska (ou Faska) s’est enraciné très tôt parmi les tribus amazighes, dont la langue était apparentée aux dialectes tamazight actuels. Il semble même y avoir eu des personnes qui portaient ce nom : ainsi, Abou Hafs Omar el Hintati, le chef de la puissante tribu Hintata des montagnes du Haut-Atlas, s’appelait à l’origine Faskat u Mzal Inti, avant que Ibn Toumert, le chef spirituel des Almohades, ne lui donne le nom d’Abou Hafs, d’après un compagnon du Prophète Mohammed, pour le remercier de sa fidélité. Ses descendants, les Bani Hafs, devinrent les fondateurs de la dynastie hafside, en Ifriqiya.

Avec l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest, Tafaska est devenue Tabaski, d’abord en wolof, la langue d’une des premières ethnies subsahariennes converties à l’islam, puis pour tous les musulmans d’Afrique subsaharienne.

Le fait que les musulmans du Sud du Sahara aient adopté le nom amazigh, plutôt que le nom arabe, de la fête, s’explique par la présence de tribus nomades Sanhadja (Iznaguen ⵉⵥⵏⴰⴳⵏ) jusqu’aux environs du fleuve Sénégal. Leur vocation commerciale et leur monopole sur le commerce de l’or les rendait très influents dans les villes caravanières au Sud du Sahara. Le nom du fleuve Sénégal, ainsi que de l’Etat moderne du Sénégal, pourrait d’ailleurs venir des Sanhadja, dont le nom a été transcrit « Zenaga » par les premiers cartographes européens.

Par la suite, la dynastie almoravide, également d’origine amazighe sanhadja, a conquis Aoudaghost, dans le Royaume du Ghana, en 1054, étendant sa domination jusqu’au fleuve Sénégal. L’émir almoravide Abou Bakr ibn Omar est mort dans la région du Tagant, en Mauritanie actuelle, laissant derrière lui sa femme toucouleure enceinte de leur fils, Ndiadiane Ndiaye, qui, d’après la légende, est devenu le fondateur de l’Empire du Djolof, au Sénégal. Les Almoravides ont joué un rôle important dans l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest et la légende de Ndiadiane Ndiaye illustre bien les liens étroits entre dynasties amazighes et royaumes musulmans d’Afrique de l’Ouest.

Aïd moubarak saïd à tous nos lecteurs !!!

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La femme du roi Salomon : une princesse libyenne ?

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Le grand roi Salomon, considéré comme l’homme le plus sage du monde antique, aurait épousé une fille de Pharaon, le roi d’Egypte. Or, l’époque de Salomon coïncide avec celle des premiers Pharaons d’origine amazighe libyenne. Qui était la princesse égyptienne qui a épousé Salomon ? Se pourrait-il qu’elle était d’origine amazighe ?

Salomon et son épouse, la fille de Pharaon (créé par ChatGPT)

Salomon était le troisième roi du Royaume d’Israël. Son règne représente l’apogée de la nation hébraïque. Son père David, à qui il a succédé, ayant fait beaucoup de conquêtes, il règne sur un vaste territoire qui s’étend sur les deux rives du Jourdain. Il est connu surtout pour avoir construit le Temple de Jérusalem, le cœur du culte du Dieu unique pendant l’Antiquité. Salomon et son père David sont considérés comme des prophètes dans les religions juive, chrétienne et musulmane.

Voici le récit du mariage de Salomon avec la fille de Pharaon : « Salomon s’allia par mariage avec Pharaon, roi d’Égypte. Il prit pour femme la fille de Pharaon, et il l’amena dans la ville de David, jusqu’à ce qu’il eût achevé de bâtir sa maison, la maison de l’Éternel, et le mur d’enceinte de Jérusalem. » (La Bible, 1 Rois 3 v 1) D’après la tradition juive, elle s’est convertie au judaïsme.

Sphinx de Siamon

Qui est le Pharaon dont Salomon a épousé la fille ? Le texte ne mentionne pas son nom. Les historiens estiment que Salomon a régné pendant 40 ans, de 970 à 931 avant notre ère. Il y a eu trois Pharaons qui ont régné en même temps que lui : Siamon/Neterkheperre (986-967), Psousennès (967-943) et Sheshonq Ier (943-922). Toutes ces dates, à une époque si ancienne, sont évidemment approximatives. La plupart des spécialistes pensent que Salomon a épousé la fille de Siamon, mais Psousennès est également plausible ; Sheshonq est plus improbable, car il n’a commencé à régner que vers la fin du règne de Salomon.

Plusieurs Pharaons de cette époque étaient d’origine amazighe libyenne. Osorkon l’Ancien (992-986), le prédécesseur de Siamon, était le premier Pharaon d’origine libyenne. Siamon et Psousennès n’étaient pas Libyens. Cependant, Karimala, la fille d’Osorkon l’Ancien, est décrite comme à la fois « fille de roi » et « épouse de roi » dans une inscription retrouvée dans un temple. Elle a probablement été l’épouse, soit de Siamon, soit de Psousennès. Si c’est leur fille que Salomon a épousée, elle aurait donc été à moitié libyenne. Enfin, Sheshonq Ier, le neveu d’Osorkon l’Ancien, a fondé la 22° dynastie, d’origine libyenne.

Tombeau de la fille de Pharaon, à Jérusalem

On voit donc que, même si on ne sait pas quel Pharaon était le père de l’épouse de Salomon, il est possible qu’elle était d’origine libyenne.

Après la mort de Salomon, son royaume a été divisé. Le Pharaon Sheshonq Ier a envahi le territoire de son fils Roboam et pillé les trésors du Temple de Jérusalem et du palais royal. La mention biblique de Sheshonq Ier (sous le nom de Shishak) pourrait être la première référence écrite aux Amazighs et l’année (approximative) de son accès au trône a été adopté comme « an 0 » du calendrier amazigh moderne.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Meddan win dallatnen ən Kel-tamajaq win Taneray: Attarex ən kəl-tamajeq

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Kəl-tamajeq ən tannay a mosan, amaziɣ, təmos alɣadat nasan təzreg, əzdaɣan taneray daɣ assaxra. Təməddurt nasan, daɣ əssuf tan təsfrâgat aggaz ən təmost nasan. Daɣ tanat ta, ən ta daɣ du zannəkšif a wa imos attarex ən kel-Tamajaq.

Kel tamajeq nəfalalan-du daɣ awatay wan karadatəmad əd wan nəkkozatamad. Immusanan aggotnen ənnan, i marawan nasan win n azzarnen kala əxsaran akal igan esəm Tafilalet, daɣ Assaxra. Weyad immusanan ordanas kel tamajeq arat daɣ tawšet tas itawanu Garamantes du Fezzan a mosan, i mo sa san əšəl agamad ən kalan nasan fəl ammatey ən təmməren d iban aman a fəl təqqal təməddurt nasan təzreg. Mijas tawšeten šin sanatat ta, artenen əqqala kel-tamajaq.

Šaššəlan ən təmənokalt Tin Hinan iga ag-Aljazayər Hocine Ziani

Tin Hinan təmənokalt a təmos tellat esəm daɣ kel tamajaq. Təmaltu daɣ awatay wan karadatamad. Almaɣna n esəm-net “təntut tan həktan”, mišan təsamadəq net iyyat “təmmarot nana ketnana”. Inna attarex ən kel tamajeq təmənokalt a təmos wər nedrer a du tətəwastaɣat daɣ tamasna n assaxra. Əgan net əzama ad tənɣa gələk daɣ taneray, har əgrawan amasa daɣ enəwan ən tətaft. Igət ən bararen-net aqqalnen imarawan ən kel tamajeq.

Šaššəlan n əzəkka ən Tin Hinan ənsan daɣ musee wan Bardo, ihan Alje

Əzəkka ən Tin Hinan iha tamakast tan Abalessa, daɣ amas n adɣaɣan win Hoggar daɣ agala n Aljazayər. Əzəkka wa, attarex zuwaran əmos, ətəwakšaf du daɣ awatay wan əgim əd tazayat təmad əd sanatatəmərəwen əd səmos, ahantu ɣasan ən təntut, əd tammaten n azrəf iwar udəm nəmənokal ən kəl-Ərrum Constantin, əd sasaran n urəɣ,d azrəf d aratan weyyad ən tanbalt. Afrag iwartu akatab ən təfinaɣ.

Tənəɣəlt tan Agadaz

Alɣadat ən kəl tamajeq, tolla əd tan n amaziɣ, itəwanay ədarəz-net daɣ Afriq tan tamasna. Əɣbadan təfuk əd talit. Šəyyad tawšeten ən kəl tamajeq kala əmosanat əlməsixitan; i marawan nasan win tawšet tas itawanu Garamantes dat iban nasan, əlməsixitan a mosan. Tənəɣəlt tan Agadaz arat daɣ ejwalan a temos ən kəl tamajeq itəwasanan, amaran tənəɣəlt tan n əlməsixitan daɣ du tət tan wanzum, tega imməttəyan s’alɣadaten ən kəl tamajeq. Dəffər məgəran n ilislam ɣur sədissatəmad nawattay, ad əqqalan kəl tamajaq ədin wan n əlislam, təzar zawazawazantu daɣ Afriq tan n ataram. Əlislam nasan, esərtayan-tu d aratan win n as əzəgzanan i marawan nasan əɣbadan tan, a mosan saɣmar ən marawan, d əsənəman. Azalada, kəl tamajeq wər nəgət a mosnen əlməsixitan daɣ Nijer.

Əlan d innokaynen kəl tamajeq əggərgasan daɣ tišət nasan kə Jula gər Marrakəš əd Tumbuktu. Təməddurt nasan, daɣ əssuf tan təsfrâgat aggaz ən təmost nasan,iyyat daɣ as nat, akatab nasan Təfinaɣ, əd əmmek was šadanan kəl amaziɣ əllan.

Tumbuktu

Tumbuktu aɣrəm a temos ihossayan, təsəmmadeq net “əljuhər ən taneray”, əkrasantu kəl-tamajeq win assitawanu Maɣšaran daɣ awattay wan nəgim əd tamadeɣ. Tumbuktu əfasan ən kəl tamajeq a taha har awattay wan nəgim d əkkozatamad, təzar obazantat kəl Sonɣai daɣ, awattay wan nəgim d əkkozatamad əd sədəsatəmərwen d etam.

Azalada, kəl tamajeq ewadan edag nəkkoz millio tan, əllaman gər tənariwen n assaxra əntanay əd imanas nasan. Təšam nasan ahan tamasna ən Nijer əd ɣələɣalayan n Agadaz daɣ imos igət nasan daɣ aytedan nakal maraw diyyan daɣ tamədey. Wiyyad kəl tamajaq han Mali, d Aljazayər, əd Libəya, əd Mortani, har tamasna ən Burkina Faso, əd Nijerəya. Əzzəmaran y əmmətey ən təmmeren, tədgazat ihərwan nasan əd jula wa tagin. Alɣadat nasan tənihaga əd teməddurt nasan daɣ taneray, tərakabdu deɣ aytedan win ta togamnen han tara ən man nasan.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les hommes bleus du désert : histoire des Touaregs

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Les Touaregs sont un peuple amazigh, de tradition nomade, qui vit dans le désert du Sahara. Leur mode de vie nomade et leur isolation dans le désert leur a permis de préserver en grande partie leurs traditions ancestrales. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire des Touaregs.

Les Touaregs sont apparus vers le 4° et le 5° Siècle. D’après la plupart des spécialistes, leurs premiers ancêtres ont migré du Tafilalet vers la région du Sahel. D’autres spécialistes pensent que les Touaregs descendent des Garamantes du Fezzan, qui, contraints d’abandonner leurs villes à cause du changement climatique et de l’épuisement des ressources en eau, seraient retournés à la vie nomade. Il est possible aussi que ces deux populations se sont mélangées pour donner naissance au peuple touareg.

Portrait de Tin Hinan par le peintre algérien Hocine Ziani

Tin Hinan, la Tamenokalt ou reine légendaire des Touaregs, a vécu au 4° Siècle. Son nom signifie littéralement « femme des tentes », mais peut être traduit métaphoriquement par « mère de nous tous ». D’après les légendes touarègues, c’était une princesse fugitive, chassée du Nord du Sahara. Sa caravane a failli mourir de faim dans le désert, jusqu’à ce qu’ils trouvent du grain dans des fourmilières. Ses enfants, dont le nombre varie selon les légendes, sont devenus les ancêtres des Touaregs.

Maquette du Tombeau de Tin Hinan, musée du Bardo, Alger

Le tombeau de Tin Hinan se trouve dans l’oasis d’Abalessa, dans les montagnes du Hoggar, au Sud de l’Algérie. Cette tombe monumentale, découverte en 1925, contient le squelette d’une femme, avec des pièces de monnaie à l’effigie de l’Empereur romain Constantin, des bijoux en or et en argent et du mobilier funéraire. Les murs sont recouverts d’inscriptions en tifinagh.

Croix d’Agadez

La religion traditionnelle des Touaregs est inspirée de la mythologie amazighe, dont on retrouve des traces dans toute l’Afrique du Nord. Ils adoraient surtout le soleil et la lune. Certaines tribus touarègues étaient chrétiennes ; les Garamantes, leurs ancêtres potentiels, étaient chrétiens avant leur disparition. La croix d’Agadez, un symbole touareg très populaire, pourrait être inspirée de la croix chrétienne, avec des ajouts d’éléments traditionnels touaregs. Après les conquêtes islamiques, au 7° Siècle, les Touaregs se sont convertis à l’islam et ont ensuite contribué à la diffusion de l’islam en Afrique de l’Ouest. Leur islam est cependant toujours mêlé de croyances et pratiques ancestrales, notamment la vénération des ancêtres et les fétiches. Une petite minorité touarègue aujourd’hui est chrétienne, surtout au Niger.

Au cours des siècles, les Touaregs se sont enrichis grâce aux caravanes de commerce transsaharien, de Marrakech à Tombouctou. Leur mode de vie nomade et leur isolation dans le désert leur a permis de préserver leurs traditions ancestrales, notamment l’alphabet tifinagh et le calendrier solaire amazigh.

Tombouctou

La mythique ville de Tombouctou, surnommée la « perle du désert », aurait été fondée au 12° Siècle par les Touaregs Maghsharans. Tombouctou est demeurée sous contrôle touareg jusqu’au 15° Siècle, lorsqu’elle a été conquise par l’Empire songhaï, en 1468.

Aujourd’hui, environ 4 millions de Touaregs continuent de parcourir les immenses étendues désertiques du Sahara avec leurs chameaux. Plus de la moitié vivent au Nord du Niger, autour d’Agadez, où ils représentent 11% de la population nationale. D’autres vivent au Mali, en Algérie, en Libye, en Mauritanie et jusqu’à l’extrême Nord du Burkina Faso et du Nigeria. Ils subissent les effets de la désertification, qui menace leurs troupeaux et leur commerce. Leur mode de vie traditionnel, idéalement adapté à la vie dans le désert, fascine depuis toujours les explorateurs et tous les épris de liberté.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Shefa Salem : une artiste libyenne qui s’inspire de l’histoire de son pays

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Shefa Salem est une jeune artiste libyenne, dont l’œuvre s’inspire de l’histoire de la Libye. Nous l’avons découverte sur Facebook et son œuvre nous a beaucoup impressionnés. Alors, nous avons voulu faire connaître son talent en écrivant un article à son sujet ici.

Shefa Salem al-Baraesi est née en 1996, à Benghazi, en Libye. Elle a fait des études d’architecture et de planification urbaine. Elle a commencé sa carrière artistique très jeune : elle se produit sur la scène artistique libyenne depuis 2018. Sa vision artistique consiste à revisiter le patrimoine historique et culturel libyen, en s’inspirant de l’histoire et de l’archéologie de sa nation, de sa place dans la mythologie, ainsi que de l’esprit de l’art rupestre dans le désert libyen. Dans son œuvre, les pages écrites des livres d’histoire prennent vie. Son objectif : dans une nation divisée par la guerre civile, entretenir l’identité et la mémoire collective libyenne.

La jeune artiste talentueuse a eu l’occasion d’exposer son œuvre, à Benghazi, Tripoli et Tunis, notamment dans le cadre de l’exposition « L’art comme identité ». Elle explique qu’elle a choisi un style réaliste afin de demeurer proche du peuple : elle s’adresse aux Libyens ordinaires, pas aux élites artistiques ou académiques. A travers son art, elle espère rapprocher ce peuple par la redécouverte de leur histoire commune en tant que Libyens – une nécessité, selon elle, pour avancer ensemble.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter son site Internet, sa page Facebook et sa page Instagram.

Pour conclure, voici quelques photos de ses œuvres, que nous partageons avec la permission de l’artiste.

Chariot du Sahara – Les Garamantes
La Nuit des Neuf Arcs
Le conflit gréco-libyen
Déesse silphium
Flûte libyenne
Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les Guanches : les Amazighs des Îles Canaries

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Tamazgha, le pays des Amazighs, s’étend de l’oasis de Siwa, dans le désert égyptien, jusqu’aux Îles Canaries, dans l’Océan atlantique. Les Guanches, les Amazighs des Îles Canaries, vivaient sur ces îles depuis des milliers d’années, jusqu’à leur conquête par l’Espagne, au 15° Siècle. L’islam n’a jamais traversé l’océan, si bien qu’ils sont les seuls Amazighs qui n’ont jamais été musulmans.

Origines

Avant l’arrivée des premiers hommes, les îles étaient habitées par des animaux géants uniques au monde : des rats géants, des lézards géants et des tortues géantes. Ces animaux ont probablement été éradiqués par l’homme.

Gravure rupestre guanche à La Palma

Les premiers habitants des Îles Canaries sont apparus il y a environ 8000 ans, au début de la désertification du Sahara. Ils ont probablement traversé l’océan sur de petits bateaux, d’abord vers Lanzarote et Fuerteventura, les îles les plus proches du continent, puis sur les autres îles. Ils s’installaient surtout sur des côtes, habitaient dans des grottes naturelles et vivaient de la pêche, de la chasse et de l’agriculture. Il est possible que, dans un premier temps, ils ne résidaient pas en permanence sur l’île, mais y venaient seulement par saisons.

Tout ce qu’on sait de ces premiers habitants des Îles Canaries indique que leur culture était très proche de celle des Amazighs du continent. On a retrouvé aussi des milliers d’inscriptions en alphabet libyque, l’ancêtre du tifinagh, sur chacune de ces îles.

Premiers contacts avec les civilisations méditerranéennes

Bâtons de chefs

Dès l’Antiquité, les Îles Canaries étaient connues des civilisations du bassin méditerranéen. Les Grecs les appelaient les Îles Fortunées ; dans la mythologique grecque, ces îles sont un paradis terrestre, qui ne connaît pas l’hiver, où ceux qui ont eu une vie vertueuse demeurent éternellement après leur mort.

Les Îles Canaries ont probablement été visitées par l’explorateur carthaginois Hannon le Navigateur, puis par l’explorateur grec Euthymènes le Massaliote. On ne sait pas si les Carthaginois entretenaient des relations régulières avec ses habitants.

Au 1er Siècle avant notre ère, le roi Juba II de Maurétanie a organisé une expédition d’exploration des Îles Canaries, depuis le port de Mogador (Essaouira). Il a trouvé ces îles inhabitées (peut-être parce qu’il n’y avait jamais eu de population permanente, mais seulement saisonnière, avant cette époque), mais y a retrouvé des traces de bâtiments construits par l’homme.

Les Romains sont les premiers à avoir donné un nom à chacune des Îles Canaries : Ninguaria ou Nivaria (Tenerife), Canaria (Gran Canaria), Pluvialia (Lanzarote), Ombrion (La Palma), Planasia (Fuerteventura), Junonia (El Hierro) et Capraria (La Gomera). Ces îles ne faisaient pas partie de l’Empire romain, mais les Romains faisaient du commerce avec ses habitants.

Par la suite, les habitants des Îles Canaries avaient également des contacts avec les Arabes, ainsi qu’avec des marins espagnols originaires des Baléares.

Les Amazighs des Îles Canaries

Idole guanche

A l’origine, les Guanches, Guan Achinet (hommes de Tenerife) en langue locale, étaient les habitants de l’île de Tenerife. Aujourd’hui, ce nom est utilisé pour les populations autochtones de toutes les Îles Canaries.

Leur langue était apparentée aux langues amazighes du continent. On en retrouve encore des traces dans des noms de lieux, ainsi que dans certaines expressions espagnoles utilisées dans les îles.

Leur religion ressemblait également à la religion traditionnelle des Amazighs du continent. Ils croyaient en un dieu suprême, dont le nom varie selon les îles, et vénéraient aussi le soleil, la lune, les étoiles et les esprits des montagnes. Ils momifiaient leurs morts et pratiquaient des sacrifices d’animaux et des sacrifices humains.

Une coutume d’origine guanche, qu’on retrouve encore aujourd’hui sur l’île de La Gomera est le silbo, un langage sifflé, qui permet de communiquer des messages sur plusieurs kilomètres, par des sifflements.

La conquête espagnole

Tegueste, le roi des Guanches au moment de la conquête espagnole

Les habitants des Îles Canaries ont vécu en isolement relatif, jusqu’au 15° Siècle.

En 1402, les explorateurs français Jean de Béthencourt et Gadifer de la Salle ont envahi Lanzarote et de Fuerteventura, puis les autres îles. Leur motivation était surtout économique : les îles Canaries contenaient d’abondantes réserves de teinture pour l’industrie du textile.

En 1418, la famille Béthencourt a vendu ses droits sur les Îles Canaries au noble espagnol Enrique Pérez de Guzmán. En 1477, ces droits seront finalement cédés au roi d’Espagne.

La conquête espagnole des Îles Canaries, de 1478 à 1496, sera très violente : les populations autochtones seront massacrées, déportées et vendues en esclavage, leur culture totalement éradiquée. Certains historiens considèrent même cet épisode comme le premier génocide colonial européen. Les tactiques employées serviront de modèle pour les conquêtes espagnoles en Amérique.

Aujourd’hui, la langue et la culture guanche ont disparu, même si certaines expressions et coutumes ont été adoptées par les Espagnols des Îles Canaries.