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Les autres villes de Cyrénaïque, Les Grecs en Afrique du Nord

Les autres villes de Cyrénaïque : Barca, la ville gréco-libyenne

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Barca, une des villes de la Pentapole, la confédération de cinq villes grecques établies en Libye, était située à l’emplacement de l’actuelle ville d’El-Marj. Fondée dans une région auparavant habitée par des tribus autochtones libyennes, la ville sera peuplée, dès ses débuts, à la fois par des Grecs et des Libyens. Le mélange entre ces deux peuples est plus marqué à Barca que n’importe où ailleurs en Cyrénaïque. L’élite autochtone est intégrée à l’administration de la ville, ainsi que l’illustre l’exemple du gouverneur Alazir. Malheureusement, il ne reste rien aujourd’hui de la ville antique.

Cimetière d’Al-Munaykhrat : un des rares vestiges antiques qui subsistent près d’El-Marj (Source)

A l’origine, la région de Barca était habitée par la tribu amazighe libyenne des Barraci. Après la fondation de Cyrène, en 631 avant notre ère, les colons grecs ont fait alliance avec les tribus autochtones.

Arcésilas II sur son trône

Pendant le règne du roi Arcésilas II de Cyrène (560-550), son conseiller, Léarque (qui, selon certaines sources, était aussi son frère), se rebelle contre lui. Léarque fait alliance avec les tribus amazighes, privant le roi de précieux alliés. Ensemble, Grecs et Amazighs fondent la ville de Barca. Ils déclarent ensuite la guerre à Cyrène. Ils sont victorieux et Léarque s’empare du trône de Cyrène, mais il sera rapidement tué.

Alazir (image créée par ChatGPT)

Quelques décennies plus tard, le roi de Cyrène Arcésilas III (530-515), craignant un soulèvement contre lui à Cyrène, s’enfuit à Barca. Arcésilas III a des liens familiaux avec les Amazighs de la ville : Alazir, le gouverneur de Barca, issu d’une tribu amazighe, est le père de sa femme. Un jour, sur la place du marché de Barca, il est reconnu par un groupe d’exilés de Cyrène, qui le tuent avec Alazir.

A cette époque, l’Egypte est sous occupation perse, depuis 525. Après la mort d’Arcésilas III, sa mère Phérétima fait appel au gouverneur perse d’Egypte pour le venger, prétendant qu’il a été tué à cause de sa loyauté envers les Perses. L’armée perse assiège Barca et déporte sa population, puis entre dans Cyrène, sur l’invitation de Phérétima : c’est le début de la domination perse de la Cyrénaïque.

L’Empereur de Perse Darius I installe une partie des captifs de Barca dans un village en Bactriane (Asie centrale, Afghanistan actuel). Cette communauté existait encore à l’époque de l’historien grec Hérodote, près d’un siècle après.

Lutte grecque

En 462, la même année où le roi Arcésilas IV de Cyrène remporte la course de chars aux Jeux Pythiques avec un attelage de chevaux libyens, Amnésias, un athlète originaire de Barca, est victorieux en lutte. Amnésias, qui était berger, est célèbre parce qu’il s’entraînait à la lutte avec un taureau alors qu’il gardait ses troupeaux. Il a emmené son taureau à Delphes pour la compétition, puis il a fait le tour de la Grèce avec lui. (Source)

Monnaie perse frappée à Barca

Barca a beaucoup prospéré pendant l’occupation perse. Vers la fin du 5° Siècle, elle était apparemment la plus grande ville de Cyrénaïque, devant Cyrène.

En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Barca, comme le reste de la Cyrénaïque, fait partie de l’Empire d’Alexandre le Grand.

Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron

Dans la guerre civile qui a suivi la mort d’Alexandre le Grand, Barca, comme la ville voisine d’Euhespérides (Benghazi), soutient la révolte du mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. Thibron est vaincu par Cyrène, avec le soutien des Ptolémée d’Egypte. Ensuite, la Cyrénaïque fera partie de l’Egypte des Ptolémée.

Ptolémée III Evergète construit une nouvelle ville, Ptolémaïs, sur le site de l’ancien port de Barca. La ville, privée de son accès à la mer, commence à décliner. Bientôt, elle ne fait plus partie de la Pentapole.

La Cyrénaïque est la première région d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé et contient aujourd’hui certaines des ruines d’églises chrétiennes antiques les mieux conservées d’Afrique du Nord. Le premier évêque chrétien connu de Barca est Zopyrus, qui a participé au Concile de Nicée, en 325.

Barca existe toujours à l’époque romaine, puis byzantine, mais ce n’est plus qu’une petite ville sans importance.

Barca est une des premières villes de Cyrénaïque conquises par l’armée du califat islamique, en 643-644. Les musulmans décident d’en faire leur nouvelle capitale provinciale. Son nom est arabisé برقة (Barqa). Avec le temps, toute la région connue auparavant sous le nom de Cyrénaïque sera appelée برقة en arabe.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines

Les trois grandes figures chrétiennes nord-africaines : Cyprien, évêque de Carthage

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Trois des plus grandes figures chrétiennes de cette époque étaient nord-africaines. Dans cet article, nous découvrirons la vie de Cyprien, le plus grand évêque de Carthage.

Cyprien de Carthage

Thascius Caecilius Cyprianus est né à Carthage, vers 210, dans une riche famille d’origine amazighe. Dans sa jeunesse, il fait des études de droit. Il fait carrière en tant qu’avocat et professeur de rhétorique. Avant sa conversion, il était connu en tant que membre influent d’une confrérie de juristes carthaginois.

Il se convertit au christianisme vers l’âge de 35 ans. Après son baptême, il vend sa maison et distribue l’argent aux pauvres, conformément à l’enseignement de l’Eglise pour les croyants riches. Ses amis étaient tellement touchés par ce geste qu’ils se sont cotisés pour racheter la maison et la lui offrir.

Deux ans après sa conversion, vers 248, l’évêque de Carthage meurt et Cyprien est choisi pour lui succéder. Il commence par refuser, se jugeant lui-même indigne de cette responsabilité, mais finit par accepter. S’il est très populaire auprès des fidèles, le clergé carthaginois désapprouve la nomination d’un homme assez récemment converti, qui n’a pas servi de longues années comme eux. Ils continueront à s’opposer à lui pendant son épiscopat. Malgré cela, Cyprien deviendra un des évêques les plus influents de son époque.

Peu après sa nomination, la persécution éclate : le nouvel Empereur Dèce ordonne à tous ses sujets d’offrir des sacrifices aux dieux romains, laissant aux chrétiens le choix entre le reniement ou le martyre. Cyprien se cache, tout en continuant à encourager les croyants à tenir ferme par des lettres. Face à ceux qui l’accusent de lâcheté, il se défend en disant qu’il n’a pas fui pour sauver sa propre vie, mais pour ne pas laisser les croyants sans berger face à la persécution.

Après chaque vague de persécution, l’Eglise chrétienne était confrontée à un choix difficile : que faire des lapsi (« ceux qui sont tombés »), ces croyants qui avaient cédé à la pression et renié leur foi, mais qui le regrettaient maintenant et souhaitaient être restaurés par l’Eglise ? Face à cette polémique, Cyprien décide de convoquer un concile assemblant tous les évêques d’Afrique romaine afin de discuter de la question. Entre les indulgents, qui veulent restaurer immédiatement les lapsi dès leur repentance, et les intransigeants, qui leur refusent toute possibilité de restauration, le concile choisit d’imposer une pénitence plus ou moins longue, avec un suivi de leur évêque, afin de s’assurer de leur sincérité. Cette décision permet à Cyprien et aux autres évêques de traiter chaque situation au cas par cas. Cyprien insiste notamment sur la distinction entre ceux qui ont cédé pour sauver leur vie ou leur famille, ou pour échapper à la torture, et ceux qui ont sacrifié aux idoles librement, sans être en danger. Le concile décide aussi que ceux qui se sont repentis et ont été restaurés ne pourront plus jamais exercer de responsabilités dans l’Eglise.

A cette époque, des groupes de chrétiens qui étaient en désaccord avec Cyprien, sur la question des lapsi ou sur d’autres questions, ont commencé à se réunir entre eux hors du cadre de l’Eglise officielle. Pour Cyprien, ces schismatiques ont brisé l’unité de l’Eglise et se sont ainsi séparés eux-mêmes de la vérité, ainsi qu’il l’écrit dans un de ses ouvrages principaux, De l’unité de l’Eglise : « Nul ne peut avoir Dieu pour père s’il n’a pas aussi l’Eglise pour mère. » Pour cette raison, il tient aussi à rebaptiser les croyants qui quittent ces églises indépendantes pour l’Eglise établie, parce qu’il estime que les baptêmes administrés en dehors de l’Eglise établie ne sont pas valides. Sur cette question, il est entré en conflit avec l’évêque Etienne de Rome, qui estimait que ces croyants étaient déjà baptisés et pouvaient donc être immédiatement admis dans l’Eglise établie. Cyprien défend fermement sa position, à la fois par conviction doctrinale et parce qu’il refuse de voir un autre évêque empiéter sur ses prérogatives.

La position de Cyprien sur cette question est fondée sur sa compréhension de ce qu’est l’Eglise : une institution sacrée, établie par Christ lui-même, dont on ne peut se séparer sans encourir la colère de Dieu. Il ne distingue pas l’Eglise universelle, composée de tous les croyants du monde entier, de l’Eglise institutionnelle, avec ses évêques et structures administratives. La vision de Cyprien est encore aujourd’hui le fondement de la théologie catholique.

Cyprien a également joué un grand rôle dans l’institutionnalisation de l’Eglise : alors qu’avant, les églises chrétiennes étaient des assemblées assez informelles dans lesquelles chaque croyant s’impliquait librement selon ses dons, il instaure une hiérarchie et une administration structurée, fortement inspirée de l’administration romaine, avec à sa tête l’évêque, vu comme un représentant de Christ. Cyprien est cependant très attaché au principe d’autonomie de l’Eglise dans chaque ville et région : les évêques sont tous égaux et aucun d’eux n’a autorité sur les autres, pas même l’évêque d’une grande ville comme Carthage sur les autres évêques africains. Son conflit avec Etienne de Rome montre qu’il aurait refusé que l’évêque de la capitale impériale ne revendique le statut d’évêque universel.

En plus de la persécution, l’épiscopat de Cyprien sera marqué par un autre fléau : la peste. Alors que la population de Carthage et de tout l’Empire est décimée, Cyprien et les chrétiens de la ville viennent en aide aux malades, qu’ils soient chrétiens ou non. Cyprien écrit aussi un livre, De la mortalité, dans lequel il explique pourquoi Dieu permet que les hommes soient frappés par de telles épidémies. La conduite de Cyprien pendant l’épidémie a beaucoup contribué à sa popularité.

La basilique St-Cyprien de Carthage, construite sur le lieu de son martyre

Fin 256, la persécution éclate de nouveau. Cyprien comparaît devant le proconsul romain et refuse de renier sa foi en sacrifiant aux idoles. Il est exilé à Curubis (Korba), d’où il continue à encourager et réconforter ses fidèles. Après un an, il est autorisé à revenir à Carthage, mais emprisonné dans sa propre maison. Finalement, après la publication d’un nouvel édit impérial ordonnant l’exécution de tous les évêques chrétiens, il est condamné à être décapité. Il est exécuté publiquement le 14 septembre 258, devant une foule assemblée pour lui rendre hommage. Avant de mourir, il a fait don de 25 pièces d’or à son bourreau.

Les autres villes de Cyrénaïque, Les Grecs en Afrique du Nord

Les autres villes de Cyrénaïque : Taucheira/Arsinoë, la cité oubliée

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Taucheira (Tocra) est la moins connue des cinq cités grecques de la Pentapole antique. Pourtant, il s’agit probablement de la plus ancienne colonie grecque en Libye après Cyrène elle-même, dont les ruines recèlent des trésors archéologiques insoupçonnés.

Dolia, teinturerie de textile

Dans l’Antiquité, Taucheira faisait partie de la Pentapole, une alliance de cinq villes grecques de la région, avec Cyrène, la ville principale, Euhespérides (Benghazi), Barca (El-Marj) et Balagrae (El-Bayda). Des excavations dans le port de Taucheira ont permis de retrouver des céramiques très anciennes, qui remontent à la fin du 7° Siècle avant notre ère. Taucheira est probablement la deuxième ville fondée par les Grecs en Cyrénaïque, quelques années après Cyrène.

Le nom de Taucheira est d’origine libyque. Le préfixe Tau (ou To, ou Ta) signifie « terre ». Chei signifie « bouche », tandis que le suffixe -ra indique la proximité. Taucheira signifie donc « terre près de la bouche », une métaphore pour la côte.

Carrière de pierres (Source)

Taucheira est située sur la route côtière de Cyrène à Euhespérides, les deux plus grandes villes de la Pentapole. Au Nord-Est de la ville, se trouve la carrière de pierres dont était extrait le calcaire rougeâtre caractéristique de Taucheira. Cette carrière était employée aussi comme cimetière, les trous là où la pierre avait été extraite servant de tombeaux.

Le port de Taucheira (sur la photo de couverture de cet article) entretenait des liens commerciaux avec Athènes, Corinthe et le Péloponnèse. Les photos suivante montrent des objets artisanaux retrouvés pendant la fouille du port, conservés au Musée de Taucheira.

Assiette de fruits originaire de Rhodes (Source)
Figurine de Déméter et Perséphone – Poterie avec une danseuse attique (Source)
Relief de femme en marbre – Bouteille en forme d’homme avec des cornes de taureau (Source)
Muraille orientale (Source)

En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte, où il bâtit sa nouvelle capitale : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Après la mort d’Alexandre le Grand, Taucheira a été conquise par le mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. La Cyrénaïque fait ensuite partie de l’Empire des Ptolémée. La nouvelle ville portuaire de Ptolémaïs, fondée par Ptolémée III Evergète, deviendra un rival de poids pour Taucheira.

Pièce d’or à l’effigie d’Arsinoë II, la reine qui a donné son nom à la ville

En 276, Magas de Cyrène se proclame roi de Cyrénaïque. Il règne jusqu’à sa mort, vers 250. Après sa mort, sa fille Bérénice épouse Ptolémée III Evergète et la ville d’Euhespérides est renommée Bérénice, en son honneur. Les Ptolémée donnent également un nouveau nom à Taucheira : Arsinoë, en l’honneur d’Arsinoë II, l’épouse de Ptolémée II Philadelphe et la belle-mère de Ptolémée III Evergète. La Cyrénaïque fait de nouveau partie de l’Empire des Ptolémée, mais avec une large autonomie.

Décret d’Aleximaque (Source)

Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII, est proclamé roi de Cyrénaïque en 105. Après sa mort, en 96, comme il n’a pas d’héritier, son royaume est légué à Rome. Les Romains ne s’installent cependant qu’en 74. Pendant les années d’intervalle, Arsinoë est victime d’une attaque de tribus amazighes de Libye. Une inscription conservée au musée de la ville commémore un certain Aleximaque, fils de Sostrate, qui a financé l’agrandissement des murailles de la ville. Il a aussi importé de la nourriture pendant un temps de famine. Les autorités de la ville ont publié un décret pour le récompenser.

Gymnase romain d’Arsinoë (Source)

Pendant la guerre d’Actium, Arsinoë sera brièvement renommée Cléopatris, par le général romain Marc-Antoine, en l’honneur de son épouse Cléopâtre d’Egypte. La ville reprendra son nom d’Arsinoë avec la fondation de l’Empire romain et deviendra une colonie romaine. Son histoire à l’ère romaine est peu connue, mais plusieurs édifices romains ont été construits, notamment un gymnase et une teinturerie de textile. Le culte de Cybèle était particulièrement populaire dans la ville, qui organisait un festival annuel en l’honneur de cette déesse.

Mosaïque de l’Eglise du Palais (Source)

La Cyrénaïque est la première région d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé et contient aujourd’hui certaines des ruines d’églises chrétiennes antiques les mieux conservées d’Afrique du Nord. Le premier évêque chrétien connu d’Arsinoë est Secundus, qui a participé au Concile de Nicée en 324. Plusieurs églises ont été retrouvées dans la ville, dont l’Eglise du Palais, d’origine byzantine, qui contient de très belles mosaïques.

A l’époque byzantine, l’Empereur Justinien a fait construire de nouvelles murailles, avec une forteresse. Les murailles de la ville étaient si solides qu’Apollonius, le dernier gouverneur byzantin de Cyrénaïque, s’est réfugié ici lors de l’invasion arabe de la région. La ville a résisté trois ans, de 642 à 645.

Forteresse byzantine de Taucheira/Arsinoë (Source)
L'Afrique du Nord romaine

Du pain et des jeux : gladiateurs, athlètes et acteurs nord-africains dans le monde romain

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En Afrique romaine comme dans tout le monde romain, les combats de gladiateurs, courses de chars et représentations théâtrales étaient des divertissements extrêmement populaires. Beaucoup de gladiateurs, auriges, athlètes et acteurs adulés du public romain étaient originaires d’Afrique. Dans cet article, nous découvrirons les plus célèbres gladiateurs, athlètes, dramaturges et acteurs d’Afrique romaine.

Les gladiateurs

Mosaïque des Gladiateurs, Villa Bar Duc Ammera, Zliten, Libye

Les gladiateurs étaient des combattants armés, entraînés pour se battre jusqu’à la mort dans l’arène contre d’autres gladiateurs. Ces combats étaient sans pitié : il fallait tuer pour ne pas être tué… pour le plus grand plaisir du public ! La plupart des gladiateurs étaient des captifs ou des esclaves contraints de se battre, d’autres s’engageaient volontairement, pour échapper à la pauvreté ou par soif de célébrité.

A Rome, plusieurs inscriptions funéraires de gladiateurs montrent qu’ils étaient d’origine africaine (avec des noms comme Afer, Numidicus, Maurus ou Getulicus). Le poète romain Martial mentionne un gladiateur du nom de Lucius Afer, qui est devenu célèbre à Rome. A Capoue, où le célèbre Spartacus a reçu sa formation de gladiateur, un gladiateur thrace (référence à son armure, et non à ses origines), tué à 25 ans après plusieurs victoires, est décrit comme Afer.

En Afrique, il y avait des écoles de gladiateurs (ludi) à Carthage, Leptis Magna, Hadrumetum (Sousse) et Lambèse (Tazoult). Les gladiateurs africains entraînés sur place intégraient ensuite des troupes de gladiateurs, qui se battaient dans les villes africaines ou, pour les meilleurs d’entre eux, étaient envoyés à Rome. Des inscriptions retrouvées à Thuburbo Maius, près de Zaghouan en Tunisie, mentionnent deux gladiateurs locaux appelés Quintianus et Pudentilla. Pudentilla est un nom féminin : les femmes gladiatrices étaient rares et d’autant plus appréciées.

Lions dévorant un sanglier, mosaïque de combat d’animaux, Musée archéologique d’El Jem

Les gladiateurs se battaient aussi contre des bêtes sauvages, lors de reconstitutions de chasse appelées venationes. D’autres fois, les animaux se battaient entre eux, ou bien dévoraient des prisonniers condamnés à mort (notamment des martyrs chrétiens). Les animaux employés lors de ces mises en scène grandioses venaient le plus souvent d’Afrique.

Auriges

Mosaïque du Cirque de Carthage

Les courses de chars étaient un autre élément important des spectacles populaires. Il y avait le plus souvent quatre écuries : les Bleus, les Verts, les Rouges et les Blancs, alignés sur des factions politiques. Les chevaux numides, célèbres dans tout le monde antique pour leur vitesse, étaient particulièrement prisés pour ces courses. Les coureurs étaient appelés auriges, tandis que l’arène de la course était appelée cirque.

Le premier célèbre aurige d’origine africaine est Mastanabal, le fils du roi Massinissa de Numidie. En 168 ou 164, il a remporté la course de chars aux Jeux panathénaïques, une compétition sportive organisée à Athènes.

Un autre aurige célèbre, dont le nom indique une probable origine africaine, est Scorpus, qui faisait partie de l’écurie des Verts, à Rome. Il est mort à 27 ans, après plus de 2000 victoires. La cause de sa mort est inconnue, mais il est probable que ce soit un des nombreux accidents dans l’arène qui lui a coûté la vie. Le poète Martial a écrit un poème en son honneur.

Statue en l’honneur de Porphyre, à Constantinople

Porphyre, un aurige de l’époque byzantine, considéré comme le meilleur aurige de son temps, était originaire de Libye. Alors que traditionnellement, les champions de course étaient honorés d’une seule statue, pas moins de sept statues de Porphyre ont été érigées le long de l’hippodrome de Constantinople, après son départ à la retraite, vers l’âge de 60 ans. Son époque est considérée comme l’âge d’or des courses de char byzantines.

Athlètes

Portique de Petronii : gymnase de Thuburbo Maius (Source : Zaher Kammoun)

Les courses à pied, combats de boxe et de lutte et compétitions de tir à l’arc, de lancer de disque ou de javelot, étaient également très populaires dans le monde romain. Les entraînements sportifs dans les gymnases constituaient un élément fondamental de la formation des jeunes hommes, selon la devise latine « Mens sana in corpore sano », « Un esprit sain dans un corps sain ». De grandes compétitions sportives, inspirées des Grecs, étaient organisées régulièrement.

Marcius Porcius, un athlète originaire de Leptis Magna, est mentionné dans une inscription honorifique : il a remporté des compétitions athlétiques à Rome, en Grèce et en Asie Mineure.

Un autre athlète d’origine africaine est Victorinus de Cuicul (Djemila, près de Setif, en Algérie actuelle). Il est honoré dans une inscription en Numidie.

Théâtre

Le théâtre était un art florissant en Afrique romaine. Plus de 40 théâtres ont été construits dans des villes africaines.

Térence

Un des principaux dramaturges du monde romain, Térence, était d’origine africaine. Né à Carthage entre la deuxième et la troisième guerre punique, il a été vendu comme esclave à Rome dans sa jeunesse. Ses comédies latines d’inspiration grecque étaient jouées dans tout l’Empire.

Il y avait aussi des acteurs d’origine africaine. A Thamugadi (Timgad, en Algérie actuelle), un autel dédié à Apollon a été offert à la ville par un groupe d’acteurs itinérants. À Sabratha, les statues honorifiques dans le théâtre montrent que les acteurs, qui étaient souvent des esclaves affranchis, pouvaient atteindre un certain prestige social.

Il y avait également des concours de théâtre : à Carthage, une inscription fait référence à un « acteur tragique couronné », qui a remporté le concours local de tragédie.

Avons-nous des noms d’acteurs ? A Thuburbo Maius, une inscription funéraire mentionne un certain Quintus Valerius Restitutus, histrio (acteur comique) originaire de la ville.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Un roi numide en Grèce : une statue de Hiempsal à Rhodes

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Les anciens roi de Numidie maintenaient des liens étroits avec la Grèce antique, surtout à l’époque de Massinissa. Près d’un siècle après la mort de Massinissa, les habitants de l’île grecque de Rhodes ont construit une statue d’un de ses descendants, le roi numide Hiempsal II.

Rhodes

Rhodes est une des plus grandes îles grecques. A l’époque hellénistique, Rhodes était un royaume indépendant et un allié de Rome. Le Colosse de Rhodes, une statue monumentale de 30m de haut, était la plus grande statue du monde antique et une des sept merveilles du monde. Rhodes contrôlait aussi le commerce du blé dans le bassin méditerranéen oriental.

Les liens culturels et commerciaux entre la Numidie et la Grèce sont connus. Pendant le règne de Massinissa, la Numidie a fourni du blé gratuitement à l’île grecque de Délos. Pour remercier Massinissa, les habitants de Délos ont construit un monument en son honneur. Mastanabal, un des fils de Massinissa, a fait ses études en Grèce et remporté la course de chars aux Jeux panathénaïques. Massinissa a aussi participé à la guerre de ses alliés Romains contre le Royaume de Macédoine, contribuant à la conquête romaine de la Grèce. La présence en Grèce d’une statue d’un roi numide tardif est cependant plus surprenante.

Inscription mentionnant Hiempsal, à Rhodes (Source)

Pourtant, une inscription retrouvée en 1969 dans la vieille ville de Rhodes mentionne le roi Hiempsal II, l’arrière-petit-fils de Massinissa, qui a régné de 88 à 60 environ. Il s’agit certainement de la base d’une statue de Hiempsal II. L’occasion à laquelle les Rhodiens ont construit cette statue est inconnue.

En plus d’être la seule inscription en l’honneur de Hiempsal II en dehors du monde romain, cette base de statue mentionne toute la généalogie de Hiempsal, de Massinissa à lui-même. Elle nous permet ainsi de compléter et de corriger notre connaissance de l’histoire de la famille royale numide.

La transcription grecque des noms des rois numides, dans cette inscription, est surprenante. Hiempsal est transcrit Ίυμψύα (Iumpsua), une forme très différente de celle généralement employée par les historiens grecs, Ίεμφάλ (Iempsal). La transcription du nom de son père, Gauda, est encore plus différente : Γάος (Gaos), alors que la forme courante est Γαύδας (Gaudas).

Salluste

Enfin, la découverte de cette inscription pose une autre question. L’historien romain Salluste, qui a écrit un livre sur la guerre de Jugurtha, s’est servi des écrits d’un Hiempsal comme source sur l’histoire ancienne de la Numidie. On pense généralement qu’il s’agit du roi Hiempsal I, petit-fils de Massinissa et cousin de Jugurtha, tué par Jugurtha. Le fait que Hiempsal II entretenait des liens avec Rhodes, un centre culturel important, au point où les Rhodiens l’ont même honoré d’une statue, semble cependant indiquer qu’il était peut-être l’auteur des ouvrages historiques dont Salluste s’est servi.

Source

Le christianisme en Afrique du Nord

Minucius Felix : un apologiste chrétien nord-africain

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Minucius Felix, un auteur chrétien romano-africain, a écrit une des premières apologies de la foi chrétienne contre le paganisme romain.

Marcus Minucius Felix est né vers 180, à Thiava, près de Thagaste (Souk Ahras), en Numidie. D’origine amazighe, son nom montre qu’il était apparenté à la gens Minucia, une vieille famille romaine. Il a travaillé comme avocat à Rome sous l’Empereur Septime Sévère. D’origine païenne, il s’est converti au christianisme vers la fin de sa vie.

Il a écrit l’Octavius, un dialogue fictif entre un chrétien et un païen. Son livre s’adresse à un public païen instruit, afin de les convaincre de la vérité du christianisme. Les arguments sont inspirés en grande partie de Cicéron, ainsi que des apologistes grecs plus anciens ; une influence stoïcienne est perceptible aussi. L’auteur cherche à démontrer que la foi chrétienne peut se concilier avec la philosophie, en expliquant que la vérité que tous les philosophes ont cherchée et dont ils se sont tous approchés, sans la trouver pleinement, s’est à présent révélée en Christ.

L’Octavius de Minucius Felix est le premier texte chrétien qui condamne l’avortement.

L’Octavius de Minucius Felix est peut-être la plus ancienne apologie de la foi chrétienne écrite en latin. L’Apologétique de Tertullien de Carthage date approximativement de la même époque. Les deux ouvrages se ressemblent, si bien qu’un des deux auteurs s’est certainement inspiré de l’autre, mais nous ne savons pas qui a écrit en premier. Quoi qu’il en soit, puisque Tertullien était également Africain, on peut affirmer avec certitude que la première apologie chrétienne en langue latine a été écrite par un auteur nord-africain.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Quand Massinissa offre du blé à une île grecque

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Pendant le règne de Massinissa, la Numidie a massivement développé sa production agricole. En 179 avant notre ère, Massinissa a même fait don de 100 tonnes de blé à l’île grecque de Délos.

Pendant son règne, le roi Massinissa de Numidie a mis au point un système de grands domaines agricoles royaux, qui produisaient du blé à grande échelle. Cette politique, en plus d’enrichir considérablement son royaume, a aussi accéléré la sédentarisation de la population. Sa production excédentaire permettait à la Numidie d’exporter du blé vers Rome, notamment pour ravitailler l’armée romaine. Par la suite, l’Afrique du Nord est devenue le grenier à blé de l’Empire romain.

Délos dans l’archipel des Cyclades

Délos est une île grecque de l’archipel des Cyclades. Dans la mythologie grecque, elle est considérée comme le lieu de naissance des dieux Apollon et Artémis, une île sacrée. A l’époque de Massinissa, Délos, auparavant soumise à Athènes, est indépendante. Comme d’autres villes portuaires grecques, Délos était trop petite pour produire assez de blé afin de nourrir sa population, si bien qu’elle avait besoin d’importer du blé. (Source) Le port de Délos servait aussi de centre de distribution de blé vers les îles voisines.

En 179, Massinissa a offert aux Déliens environ 145 000 litres de blé. En poids, cela correspond à un peu plus de 1000 quintaux ou 100 tonnes. Il s’agissait, pour la Numidie, d’écouler son excédent de production de blé, tout en s’affirmant comme un partenaire commercial de confiance pour ses alliés grecs. Contrairement à ce qu’on peut lire dans certaines publications sur les réseaux sociaux, il ne s’agit pas d’un don humanitaire pour venir en aide à l’île en temps de famine, mais d’un geste commercial : la Numidie fournissait du blé gratuitement, mais en échange, elle obtenait des liens commerciaux privilégiés avec le monde grec.

Base de la statue de Massinissa, au Musée de Délos (Source)

Pour commémorer ce don de blé, les Déliens ont construit un monument en l’honneur de Massinissa sur leur île. Ce monument contenait une statue de Massinissa, qui est perdue, mais sa base existe encore, avec l’inscription : « [β]ασιλέα Μασαννά[σαν] βασιλέως Γαία ‘Ερμων Σόλωνος τὸν αὑτοῦ φίλον Ἀπόλλωνι. Πολιάνθης ἐπόει. » En français : « Hermon fils de Solon [a consacré la statue] du roi Masannasa fils du roi Gaia, son ami, à Apollon. Polianthès a fait. » Hermon fils de Solon est un notable de Délos, qui est à l’origine de la statue. Polianthès est un sculpteur connu à Délos.

D’autres inscriptions, sur des jarres, rapportent comment le blé offert par Massinissa a été vendu à bas prix aux habitants de Délos et des îles voisines, sous la supervision d’une commission de trois hommes, dont Hermon fils de Solon faisait partie. Une de ces jarres mentionne même qu’une partie de ce blé a été vendu jusqu’à l’île de Rhodes. (Source)

L'Afrique du Nord romaine

Apulée : l’auteur du premier roman latin

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, les populations urbaines africaines ont adopté avec ferveur la langue latine et les mœurs gréco-romaines. Leurs enfants étudiaient le latin, comme les jeunes nord-africains aujourd’hui font leurs études en français ou en arabe littéraire. Plusieurs des plus grands écrivains, poètes et dramaturges latins étaient d’origine africaine. Dans cet article, nous découvrirons Apulée, l’auteur de L’Âne d’or, le plus ancien roman écrit en latin.

Lucius Apuleius Madaurensis est né vers 124, à Madaure (M’Daourouch), qui était à l’époque une colonie romaine en Numidie, à la frontière avec la Gétulie. Son père était un magistrat de la ville. Dans son œuvre, il se décrit lui-même comme « mi-Numide et mi-Gétule ». Son prénom est inconnu, mais on lui attribue généralement le prénom du héros de son roman, Lucius.

Le jeune Apulée a d’abord étudié à Carthage, puis à Athènes, où il découvre la philosophie platonicienne. Il part ensuite à Rome, pour étudier la rhétorique latine, avant de retourner dans son Afrique natale. Il a voyagé aussi en Egypte et en Asie mineure, où il a été initié à divers mystères (mouvements religieux secrets). Il était notamment prêtre d’Eusculape.

De retour en Afrique, Apulée s’installe à Oea (Tripoli), où il est accueilli dans la maison d’un ancien camarade d’études à Athènes et finit par épouser sa mère, Pudentilla, une riche veuve nettement plus âgée que lui. Après son décès, d’autres membres de la famille portent plainte contre Apulée pour sorcellerie, l’accusant d’avoir eu recours à la magie pour obtenir les faveurs de Pudentilla (et son argent). Le procès a lieu dans la ville voisine de Sabratha. L’accusation est si ridicule qu’Apulée est facilement acquitté. Sa défense, lors de ce procès, a été publiée sous le titre de Discours sur la magie.

L’œuvre principale d’Apulée, L’Âne d’or, est le plus ancien roman en langue latine. Cette œuvre imaginative et irrévérencieuse raconte les aventures de Lucius (probablement l’auteur lui-même), un jeune homme victime de sa propre curiosité : en voulant jeter un sort qui le transformerait un oiseau, il est accidentellement transformé en âne. Pour retrouver sa forme humaine, il doit manger des roses. Il entame ensuite un long voyage en quête de salut. Finalement, il est délivré par la déesse Isis, retrouve sa forme humaine et devient prêtre d’Isis.

Le thème de l’intervention d’Isis pour sauver le narrateur pourrait être une critique du christianisme naissant, qui se propage très vite en Afrique du Nord à l’époque de l’auteur. Isis est présentée comme une déesse salvatrice, un salut païen, par opposition au salut chrétien.

Cupidon et Psyché

Pendant son voyage, Lucius raconte au lecteur une série d’autres histoires, qui constituent des disgressions dans la trame du roman. La plus connue de ces « histoires parallèles » est celle de Cupidon et Psyché. Psyché, la plus jeune et la plus belle fille d’un roi, est honorée comme une incarnation de Vénus, la déesse de l’amour. Celle-ci, jalouse, envoie son fils Cupidon afin de la rendre amoureuse du plus vil des hommes. En la voyant, Cupidon tombe lui-même follement amoureux d’elle. Il l’enlève et l’amène dans un magnifique palais, où il vient passer chaque nuit avec elle. Psyché n’a cependant pas le droit de voir son visage. Lorsqu’elle retourne rendre visite à ses sœurs, celles-ci, jalouses de son bonheur, la convainquent que son amant doit être un monstre affreux et que c’est pour cela qu’il ne veut pas qu’elle le voie. La nuit suivante, elle allume une lampe à huile et voit le beau visage du dieu qui dort à ses côtés. Malheureusement pour elle, alors qu’elle reste là à l’admirer, une goutte d’huile brûlante tombe sur la peau de Cupidon, qui se réveille. Aussitôt, le bonheur de Psyché prend fin : elle est chassée du palais et condamnée à errer en quête de son amour perdu. Le mythe de Psyché est certainement plus ancien, mais le récit d’Apulée est le seul dont nous disposons. D’une certaine manière, Psyché est une figure de Lucius, qui s’est perdu lui-même à cause de son désir d’un savoir interdit et a été condamné à une vie d’errance, en quête du salut.

Les autres villes de Cyrénaïque, Les Grecs en Afrique du Nord

Les autres villes de Cyrénaïque : Apollonie, la ville portuaire de Cyrène

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Apollonie (Marsa Sousa), au Nord de Cyrène, a été fondée comme le port de Cyrène. Par la suite, elle est devenue une ville importante, qui a succédé à Cyrène et Ptolémaïs comme capitale de la Cyrénaïque.

Port oriental d’Apollonie

Apollonie était probablement le lieu de débarquement des premiers colons grecs en Libye, au 7° Siècle avant notre ère. Ce site offre un bon mouillage pour les bateaux, abrité par deux criques.

Théâtre grec d’Apollonie

A ses débuts, le port d’Apollonie n’était pas une cité, mais seulement une dépendance de Cyrène, composée du port et d’une série d’habitats échelonnés le long de la côte, sans défenses militaires efficaces, étant donné que les ennemis de Cyrène venaient du continent et non de la mer. Même le nom d’Apollonie n’est mentionné que tardivement, au 1° Siècle, par le géographe romain Strabon. Cela semble indiquer que le port de Cyrène n’a longtemps pas eu de nom propre.

Les plus anciens vestiges archéologiques découverts à Apollonie datent du 6° Siècle : un vase et deux céramiques originaires de Corinthe et de Rhodes.

Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron

En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte, où il fonde sa nouvelle capitale : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Après la mort d’Alexandre le Grand, Thibron, un mercenaire originaire de Sparte, cherche à conquérir la Cyrénaïque. Il commence par s’emparer d’Apollonie (les sources mentionnent seulement le port de Cyrène, sans le nommer), profitant de l’absence de structures défensives. Après sa défaite, Thibron est crucifié à Apollonie.

Tête scupltée de Ptolémée III Evergète (Source)

La Cyrénaïque fait ensuite partie de l’Empire des Ptolémée. Pour défendre Apollonie, les Ptolémée construisent une muraille de protection tout autour du port. Une tête scupltée de Ptolémée III Evergète a été découverte à Apollonie.

Les restes de céramiques et de poteries découvertes à Apollonie nous informent sur les échanges économiques entre le port de Cyrène et le reste du monde méditerranéen aux 3° et 2° Siècles : près de la moitié des fragments proviennent des cités grecques de la Mer Égée, avec notamment des amphores de l’île de Rhodes ; un quart ont été fabriqués en Cyrénaïque ; un sixième est originaire de Magna Graecia (Sicile et Italie du Sud), essentiellement du vin italien importé. En revanche, alors que la Cyrénaïque est sous souveraineté égyptienne, très peu de vestiges sont originaires de Naucratis, l’ancienne colonie grecque en Égypte.

Acropole d’Apollonie

Apollonie est devenue une cité autonome vers la fin de la période hellénistique. D’après l’archéologue français André Laronde, qui se base sur un passage de l’auteur gréco-romain Plutarque, la ville a pris sont indépendance de Cyrène suite à une intervention romaine, vers 85, pendant la guerre civile entre Sylla et Marius.

Termes romains d’Apollonie

La Cyrénaïque est intégrée à l’Empire romain en 74. Apollonie, comme les autres villes grecques de Cyrénaïque, connaît une période de prospérité au début de l’ère romaine, marquée par le développement de monuments publics. La ville a consacré une statue de l’Empereur romain Hadrien, à Athènes, et une autre de l’Empereur Marc-Aurèle, à Eleusis.

A l’époque romaine, Barca et Balagrae perdent de l’importance, en même temps qu’Apollonie et Ptolémaïs se développent. La Pentapole est à présent composée de Cyrène, Bérénice (Benghazi), Taucheira (Tocra), Ptolémaïs (Tolmeita) et Apollonie.

Eglise centrale d’Apollonie (Source)

La Cyrénaïque est la première région d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé et contient aujourd’hui certaines des ruines d’églises chrétiennes antiques les mieux conservées d’Afrique du Nord. Apollonie est devenue un important centre chrétien. Le premier évêque connu d’Apollonie est Euphranor, à qui l’évêque d’Alexandrie a écrit une lettre vers 260. L’église principale de Cyrène était située à Apollonie.

Basilique d’Apollonie

Au cours du 4° Siècle, Apollonie est brièvement devenue la capitale de la Cyrénaïque romaine. Après le tremblement de terre de 365, qui a dévasté Cyrène et Apollonie, Ptolémaïs, relativement épargnée, redevient la capitale provinciale.

En 411, Ptolémaïs est dévastée par une attaque de tribus amazighes. Peu après, Apollonie lui succède définitivement comme capitale provinciale. Au même moment, la ville reçoit un nouveau nom : son ancien nom grec, qui fait référence au dieu païen Apollon, inacceptable dans un Empire devenu chrétien, est remplacé par Sôzousa, la « ville du Sauveur ».

Théodora

La future Impératrice byzantine Théodora a séjourné à Sôzousa dans sa jeunesse, alors qu’elle était la compagne de Hécébolos, le gouverneur byzantin de Cyrénaïque. C’est son premier séjour en Afrique du Nord, une région à laquelle elle restera profondément attachée. En 539, Théodora ordonne la reconstruction d’Olbia (Qasr Libya), une ancienne ville de Cyrénaïque qui avait été détruite par les Vandales. La nouvelle ville est nommée Théodorias, en l’honneur de sa fondatrice. Une église de la ville contient une cinquantaine de mosaïques, considérées comme parmi les plus belles du monde.

Mosaïques byzantines d’Olbia (Source)
Le christianisme en Afrique du Nord

Un héritage oublié : les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique (3/3 – Algérie et Maroc)

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Algérie et au Maroc.

Série : Les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique – TunisieLibyeAlgérie et Maroc

En Algérie

Ruines de l’église d’Hippone

La plus ancien centre chrétien en Algérie actuelle était Cirta (Constantine), la capitale de la Numidie. La ville était probablement majoritairement chrétienne dès la fin du 3° Siècle. Aucun vestige d’église paléochrétienne ne subsiste cependant à Constantine.

Par la suite, la ville d’Hippone (Annaba) est devenue le principal centre chrétien en Numidie, sous l’influence de son évêque, le célèbre Augustin. Les ruines de l’église d’Hippone, dans laquelle prêchait Augustin, sont encore visibles aujourd’hui.

Basilique Sainte-Crispine de Tebessa

Plus au Sud, la Basilique Sainte-Crispine, à Tebessa (anciennement Théveste), est une église chrétienne particulièrement bien préservée. Elle est construite sur le site du martyre de Crispine, une femme chrétienne qui a été décapitée pour sa foi à Théveste en 304. Dans la même région, les églises de Madaure (M’daourouch) et de Thagaste (Souk Ahras), la ville natale d’Augustin, n’ont malheureusement pas été préservées.

Eglise donatiste de l’évêque Optat, Thamugadi

A Timgad (anciennement Thamugadi), on trouve les ruines de l’église de l’évêque Optat, une des principales figures donatistes.

Les ruines de l’ancienne ville de Sitifis (Setif) contiennent deux basiliques chrétiennes. La ville voisine de Cuicul (Djemila) contient également des vestiges chrétiens, avec deux églises et un baptistère.

Basilique Sainte-Salsa de Tipasa

A Tipaza (anciennement Tipasa), se trouve la Basilique Sainte-Salsa, consacrée à une jeune fille chrétienne de 14 ans qui a été tuée pour sa foi par les habitants de la ville. Tipasa contient également des catacombes, moins connues que celles de Sousse.

Césarée (Cherchell), la capitale de la Maurétanie césarienne, a été largement détruite par les Vandales. Si aucune église n’a survécu à leurs pillages, la ville contient encore plusieurs inscriptions chrétiennes, visibles au Musée national de Cherchell.

Au Maroc

Le site archéologique de Volubilis contient des vestiges chrétiens

Au Maroc actuel, le plus ancien vestige archéologique d’une présence chrétienne est une poterie gravée d’une ancre, retrouvée à Souk El Arbaa, qui date du 3° Siècle : l’ancre est un symbole chrétien, qui représente l’assurance des croyants face aux tempêtes de la vie. (Source)

Le site archéologique de Volubilis contient des inscriptions chrétiennes. Le site de la basilique chrétienne de Volubilis est connu et ses fondations sont encore visibles, mais le bâtiment lui-même a disparu.

Les ruines de Lixus (vers Larache) contiennent la plus ancienne église au Maroc actuel

A Lixus (Larache), l’autre grand site archéologique de l’Antiquité romaine, les ruines de l’ancienne église de Lixus sont encore visibles. On a aussi retrouvé des inscriptions chrétiennes et des artefacts avec des croix.

A Tanger (anciennement Tingis), aucun vestige d’église pré-islamique ne subsiste aujourd’hui, mais des tombes chrétiennes ont été retrouvées.

Ruines de Zilil

Zilil (Dchar Jdid) est une colonie romaine, fondée par l’Empereur Auguste pour y installer des vétérans de la guerre d’Actium. La ville était située entre Tanger et Asilah. Une grande structure antique, datant du 4° ou du 5° Siècle, pourrait être une église, mais ce n’est pas certain. Son plan correspond à celui d’autres églises d’Afrique romaine. On a également retrouvé des croix et d’autres symboles chrétiens sur des poteries.

Enfin, le site archéologique de Chellah, près de Rabat, est largement d’origine islamique (mérinide), mais des fouilles ont permis de trouver des tombeaux chrétiens du 5° Siècle, et peut-être même les fondations d’une église pré-islamique.

Sidi Yahya ben Younes : un saint chrétien à Oudja ?
Sidi Yahya ben Younes est le saint patron de la ville de Oudja, à l’Est du Maroc. Son mausolée se trouve dans la ville, dans l’oasis de Sidi Yahya.
D’après des légendes locales, Sidi Yahya ne serait autre que Saint Jean-Baptiste ! Ce prophète, le cousin et annonciateur de Jésus-Christ, est appelé Yahya ibn Zakaria dans le Coran. Après son exécution par le roi Hérode Antipas de Judée, il aurait été enterré à Oujda.