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A partir du 3° Siècle, une nouvelle interprétation de la philosophie platonicienne s’est répandue dans tout l’Empire romain, jusqu’à devenir la nouvelle école de pensée dominante. Un philosophe néoplatonicien influent, Marius Victorinus, était un Nord-Africain installé à Rome.
Origines du néoplatonisme

Le grand philosophe grec Platon pensait que le monde dans lequel nous vivons n’est que l’ombre du monde réel : le monde des formes, éternelles et immuables, dont les objets matériels, et même les concepts intellectuels et valeurs morales que nous connaissons, ne sont que de pâles copies, sans cesse changeantes. L’âme humaine, qui vient de ce monde idéal, est prise au piège du corps matériel et aspire à s’en libérer par la philosophie.
Le néoplatonisme est un développement de la philosophie platonicienne, qui enseigne comment l’âme peut s’élever au-delà du monde matériel afin de retrouver son état originel. Il s’agit d’une forme de mysticisme, avec des exercices pratiques pour retourner au monde spirituel invisible.
Le fondateur du néoplatonisme est Plotin, né vers 204, à Lycopolis (Assiout), en Egypte, qui expose sa pensée dans ses Ennéades. Pour Plotin, la source et la fin de toutes choses est l’Un, le principe premier, infiniment simple et inconnaissable. L’âme humaine, qui émane de l’Un, contient toute la connaissance de l’univers sous une forme unifiée, mais cette connaissance n’est plus accessible depuis que l’âme est prisonnière du corps. Le monde matériel n’est qu’une copie imparfaite de cette connaissance.
La pensée de Plotin a été diffusée et développée par son disciple Porphyre de Tyr.
Vie de Marius Victorinus

Gaïus Marius Victorinus est né vers 290, en Afrique romaine, probablement à Thagaste (Souk Ahras), d’où son surnom de Victorinus Afer. Dans sa jeunesse, il commence à enseigner la rhétorique. Sa réputation est telle qu’il se voit offrir un poste d’enseignant à Rome, la capitale impériale, où il fait une brillante carrière. En 354, une statue est érigée en son honneur sur le Forum de Trajan, à Rome.
A Rome, il découvre la philosophie néoplatonicienne, à travers les livres de Plotin et Porphyre ; il était probablement trop jeune pour avoir connu Porphyre lui-même, qui est décédé vers 305. Cette pensée le séduit tellement qu’il traduit du grec vers le latin les ouvrages de Plotin et Porphyre.
La vie de Marius Victorinus est marquée par de profonds changements dans l’Empire romain : le christianisme, une religion encore minoritaire et persécutée au moment de sa naissance, s’impose progressivement comme la religion dominante dans l’Empire. Marius Victorinus lui-même se convertit au christianisme dans sa vieillesse, vers 355. Sa conversion jouera un rôle déterminant dans celle de son compatriote africain, le futur évêque Augustin d’Hippone. D’après Augustin, il se disait chrétien en privé depuis longtemps, mais était réticent à rendre sa conversion officielle pour ne pas contrarier d’aristocratie païenne qui l’employait.
En 362, le nouvel Empereur Julien, qui cherche à rétablir le paganisme dans son Empire, interdit aux chrétiens d’enseigner la rhétorique. Marius Victorinus ferme son école et consacre les dernières années de sa vie à l’écriture. Il meurt en 364.
Contexte : la christianisation de l’Empire romain
L’Empereur Constantin (306-337) se convertit au christianisme en 312, devenant le premier Empereur romain chrétien. Au moment de sa conversion, on estime qu’environ 10% de la population de l’Empire était chrétienne.
L’administration de Constantin et de ses fils favorise le christianisme. On estime que la nouvelle religion est devenue majoritaire dans l’Empire vers 350.
Julien, le neveu de Constantin, tente sans succès de rétablir le paganisme pendant son court règne (361-363). Après lui, tous ses successeurs seront chrétiens. En 380, l’Empereur Théodose proclame le christianisme religion officielle de l’Empire.
Œuvre de Marius Victorinus

En plus de ses traductions de Plotin et Porphyre, Marius Victorinus a traduit et commenté des œuvres de Platon et d’Aristote. Il a également écrit des livres de grammaire et de rhétorique, ainsi qu’un commentaire de Cicéron.
Après sa conversion, il cherche à harmoniser le christianisme avec la métaphysique néoplatonicienne, notamment dans son livre De la génération du Verbe divin. Il a écrit aussi des commentaires de livres bibliques.
Le travail de synthèse entre christianisme et néoplatonisme commencé par Marius Victorinus a été poursuivi par Augustin d’Hippone. Pour eux, le salut chrétien est l’aboutissement de la quête mystique néoplatonicienne. L’influence d’Augustin est telle que toute la théologie chrétienne médiévale a été influencée par la pensée néoplatonicienne.




























