La ville de Ptolémaïs (Tolmeita) a été fondée au 3° Siècle avant notre ère, par les Ptolémée d’Egypte, qui en ont fait le siège de leur gouverneur de Cyrénaïque. La ville a continué à prospérer à l’époque romaine.
Ruines de Ptolémaïs
La ville de Ptolémaïs a été fondée vers 240 avant notre ère. Il y avait déjà une petite ville grecque dont on ne connaît pas le nom sur ce site auparavant : elle servait de port à la ville de Barca.
Palais du gouverneur
Lorsque le roi d’Egypte Ptolémée III Evergète a repris le contrôle de la Cyrénaïque après la mort de Magas de Cyrène, il décide de construire une nouvelle ville qui porte son nom, afin d’en faire le siège de son gouverneur. Les murs de Ptolémaïs couvrent une surface de 280 hectares. Malgré sa taille, la ville ne sera jamais aussi peuplée que Cyrène ou Bérénice (Benghazi).
Mausolée royal de Ptolémaïs
La plupart des gouverneurs de Cyrénaïque étaient des membres de la famille royale des Ptolémée, souvent le jeune frère ou le fils du roi. En 163, Ptolémée VIII Physcon, chassé d’Egypte par son frère Ptolémée VI Philométor, règne sur la Cyrénaïque en tant que vassal de son frère. Même s’il régnait à Cyrène, le mausolée royal, à l’Ouest de Ptolémaïs, semble lui avoir été destiné. Il n’y a finalement pas été enterré, parce qu’il a été rétabli comme roi d’Egypte en 145 et a terminé sa vie à Alexandrie.
Villa des Colonnes
Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII, est proclamé roi de Cyrénaïque en 105. Après sa mort, en 96, comme il n’a pas d’héritier, son royaume est légué à Rome. Les Romains rétablissent Cyrène comme capitale de la Cyrénaïque romaine, mais Ptolémaïs demeure une ville importante.
L’Empereur Dioclétien (284-305), lors de sa réforme de l’administration de l’Empire, fait de Ptolémaïs la capitale de la province de Libye supérieure (Cyrénaïque). La ville décline au début du 4° Siècle, jusqu’à être remplacée par Apollonie comme capitale provinciale. Après le tremblement de terre de 365, qui a dévasté Cyrène et les autres villes de Cyrénaïque, tandis que Ptolémaïs a été relativement épargnée, la ville redevient capitale provinciale.
Citerne
De l’époque romaine, Ptolémaïs a gardé un hippodrome, un amphithéâtre, deux théâtres et un odéon (édifice de spectacles musicaux). Un aqueduc, probablement construit par l’Empereur romain Hadrien, acheminait de l’eau depuis une source située à 8 kilomètres de la ville, jusqu’à la Place des Citernes, qui contenait 17 citernes voûtées, d’une capacité totale de 7000 kilolitres. Pendant l’occupation italienne de la Libye, ces citernes servaient de refuge aux rebelles d’Omar al-Mokhtar.
Ptolémaïs a été dévastée par une attaque de tribus amazighes de Libye en 411. Apollonie redevient alors la capitale de la Cyrénaïque. Ptolémaïs a été rebâtie pendant le règne de l’Empereur byzantin Justinien, mais n’a jamais retrouvé sa gloire passée. La ville a été définitivement détruite par les Arabes.
Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, les populations urbaines africaines ont adopté avec ferveur la langue latine et les mœurs gréco-romaines. Leurs enfants étudiaient le latin, comme les jeunes nord-africains aujourd’hui font leurs études en français ou en arabe littéraire. Plusieurs des plus grands écrivains, poètes et dramaturges latins étaient d’origine africaine. Dans cet article, nous découvrirons Térence, le maître de la comédie latine.
Térence
Publius Terentius Afer est né à Carthage, entre la deuxième et la troisième guerre punique. Ses parents étaient probablement esclaves, comme lui. Etant donné son excellente maîtrise du latin et du grec, certains spécialistes ont suggéré que sa mère était peut-être une esclave italienne (éventuellement du Sud de l’Italie, où il y avait beaucoup de colonies grecques) capturée par Hannibal.
Dans sa jeunesse, il a été amené à Rome et vendu comme esclave à un sénateur romain. Son maître l’a éduqué, puis, impressionné par son talent, il l’a affranchi et adopté, une pratique courante pour les jeunes esclaves talentueux. Son nom latin lui vient de son ancien maître. Il est devenu membre du Cercle des Scipions, un groupe de philosophes et poètes qui se réunissaient pour discuter de littérature, sous le patronage de Scipion Emilien.
Il a commencé à écrire en -166. Ses œuvres sont inspirées de la comédie grecque, notamment de Ménandre. Contrairement aux comédiens latins plus anciens, ses comédies sont plus sentimentales, fondées surtout sur le comique de caractère, avec une psychologie plus fine. Enfin, elles apportent toutes une réflexion morale. Il a écrit six pièces : L’Andrienne, L’Hécyre, L’Heautontimoroumenos, L’Eunuque, Phormion et Adelphes.
Vers -160, Térence voyage en Grèce, en quête d’inspiration pour ses pièces. Il ne reviendra pas à Rome : il meurt en -159, soit de maladie, soit dans un naufrage pendant son voyage de retour.
Après sa mort, ses pièces ont commencé à circuler comme des œuvres littéraires à lire, plutôt que des pièces de théâtre à mettre en scène. Il s’est rapidement imposé comme auteur « classique », dont les œuvres étaient étudiées dans les écoles.
Le Canal des Pharaons était un canal qui, dans l’Antiquité, reliait le Nil à la Mer rouge. Ce canal, commencé par les anciens Pharaons, a probablement été terminé par l’Empereur de Perse Darius le Grand, après la conquête perse de l’Egypte.
Itinéraire approximatif du Canal des Pharaons
Le premier Pharaon d’Egypte à avoir tenté de construire un canal entre le Nil et la Mer rouge est Sésostris (1878-1839), un Pharaon de la 12° dynastie. Il s’est cependant retrouvé confronté à l’obstacle insurmontable de la différence du niveau des eaux du fleuve et de la mer. Alors, il a abandonné son projet.
Plus tard, le projet de construction d’un canal a été repris sous le Pharaon Néco II (610-595). Les sources antiques divergent sur la question de savoir s’il a terminé la construction du canal ou non. En tout cas, même s’il l’a terminé, son canal n’a pas duré longtemps.
Fragment de la Stèle de Chalouf, un des monuments commémorant la construction du canal par Darius
Après la conquête perse de l’Egypte, l’Empereur Darius le Grand a décidé de terminer (ou de reconstruire) le canal. Cinq grands monuments en Egypte commémorent la construction du canal par Darius. A travers la propagande qui entoure ce projet, Darius se présente comme un Empereur bâtisseur, qui poursuit l’œuvre des Pharaons antiques.
Mais Darius lui-même a-t-il achevé la construction du canal ? C’est ce qu’affirment ses monuments, mais plusieurs auteurs antiques, comme Aristote, Strabon et Pline l’Ancien écrivent qu’il n’a pas terminé les travaux. En tout cas, il est certain que son projet était plus avancé que celui de ses prédécesseurs.
Forteresse construite par Dioclétien pour protéger l’entrée du canal
Après la mort d’Alexandre le Grand, le nouveau roi d’Egypte d’origine grecque Ptolémée II a repris la construction du canal. Il est le premier à avoir résolu le problème de la différence du niveau des eaux, en construisant des écluses. Le canal a encore été reconstruit par l’Empereur romain Trajan. L’Empereur Dioclétien a bâti une forteresse pour protéger son entrée.
A l’époque de la conquête islamique de l’Egypte, le canal, qui était ensablé, a été rouvert par Amr ibn Al-As. Son entrée sur la Mer rouge été fermée définitivement en 767, afin d’empêcher qu’il soit utilisé pour le ravitaillement de la rébellion alide à La Mecque. La section proche du Nil, appelée Khalil, est demeurée en usage dans le cadre du système d’infrastructure aquatique de la ville du Caire, jusqu’en 1890, lorsqu’elle a été entièrement couverte. Elle correspond aujourd’hui à la rue de Port Saïd, au Caire.
L’histoire antique de Benghazi est souvent négligée, éclipsée par celle de sa prestigieuse voisine, Cyrène. Pourtant, cette ville, qui s’appelait Euhespérides pour les Grecs, puis Bérénice à l’ère romaine, dispose d’une riche histoire antique et de très beaux vestiges archéologiques. Ce patrimoine est aujourd’hui en péril après les années de guerre civile. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire antique de Benghazi.
Euhespérides : une cité grecque
Ruines d’Euhespérides
Vase grec retrouvé à Euhespérides
La ville d’Euhespérides a été fondée vers 525 avant notre ère, probablement par des colons grecs originaires de Cyrène et/ou de Barca. La ville antique était située à l’Est de la ville actuelle de Benghazi, sur un terrain élevé en face du cimetière de Sidi Abeid, dans le quartier de Sebkha Es-Selmani.
Euhespérides a été construite au bord d’une lagune qui s’ouvre sur la mer. A l’époque, la lagune était probablement assez profonde pour que de petits vaisseaux puissent y naviguer.
La ville d’Euhespérides est mentionnée pour la première fois en 515 : l’historien grec Hérodote, dans son récit de la conquête perse de la Cyrénaïque, mentionne que l’armée perse a avancé « vers l’Ouest jusqu’à Euhespérides ».
Les premières pièces de monnaie frappées à Euhespérides datent de 480 environ. Elles montrent, côté pile, l’oracle de Delphes, et, côté face, une tige de silphium, une plante de la région, très populaire dans le monde antique pour ses vertus médicales. Ces pièces, distinctes de celles de Cyrène, suggèrent qu’Euhespérides jouissait probablement d’une vaste autonomie.
Pièce de monnaie à l’effigie d’Arcésilas IV de Cyrène
Un autre événement important qui a eu lieu à Euhespérides est la mort du dernier roi de Cyrène, Arcésilas IV. Après avoir remporté la course de chars aux Jeux pythiques de Delphes, en 462, avec un attelage de chevaux libyens, Arcésilas IV a voulu se servir de sa popularité suite à cette victoire pour attirer de nouveaux colons grecs à Euhespérides. Il espérait ainsi se créer un lieu de refuge dont la population lui serait redevable, alors que sa popularité à Cyrène était en déclin. Cette initiative s’est avérée totalement inefficace : après la révolution de 440, Arcésilas IV, renversé du pouvoir, s’est enfui à Euhespérides, mais il a été assassiné à son arrivée dans la ville.
Gylippe de Sparte, le libérateur d’Euhespérides (Source)
Euhespérides, la plus à l’Ouest des grandes villes de Cyrénaïque, était située en territoire hostile, entourée de tribus amazighes qui l’attaquaient régulièrement. L’historien grec Thucydide mentionne que la ville a été assiégée par des tribus libyennes, probablement Nasamones, vers 414. La ville a été délivrée par le général spartiate Gylippe, qui, alors qu’il était en route pour la Sicile, avait été repoussé vers les côtes libyennes par des vents contraires.
Une inscription datant du milieu du 4° Siècle montre que Euhespérides avait une Constitution proche de celle de Cyrène, avec une assemblée de magistrats (éphores) et un conseil d’anciens (gérontes).
En 399, lorsque les Messéniens ont été chassés de leur capitale, Naupacte, par les Spartiates, ils se sont réfugiés à Euhespérides.
En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Euhespérides, comme le reste de la Cyrénaïque, fait partie de l’Empire d’Alexandre le Grand.
Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron
Dans la guerre civile qui a suivi la mort d’Alexandre le Grand, Euhespérides, comme la ville voisine de Barca, soutient la révolte du mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. Thibron est vaincu par Cyrène, avec le soutien des Ptolémée d’Egypte. Ensuite, la Cyrénaïque fera partie de l’Empire des Ptolémée.
Bérénice à l’ère des Ptolémée
Mosaïque de Bérénice II, la reine qui a donné son nom à la ville – Musée grec d’Alexandrie
Pièce d’or à l’effigie de Bérénice II
En 276, Magas de Cyrène se proclame roi de Cyrénaïque. Il règne jusqu’à sa mort, vers 250. Après sa mort, sa fille Bérénice épouse Ptolémée III Evergète. La Cyrénaïque fait de nouveau partie de l’Egypte des Ptolémée, mais avec une large autonomie. Euhespérides est renommée Bérénice, en l’honneur de la nouvelle reine. La ville est également déplacée : la nouvelle ville de Bérénice est située au niveau de l’actuel centre-ville de Benghazi.
Mosaïque romaine (Source – Employé avec permission)
Ruines de Bérénice. En arrière-plan : phare de Benghazi
En 105, la Cyrénaïque reprend son indépendance, avec pour roi Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII. Lorsque celui-ci meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à Rome.
Bérénice continue à prospérer à l’ère romaine. Au 3° Siècle, elle est même devenue la plus grande ville de Cyrénaïque, devant Cyrène. De l’époque romaine, la ville a gardé de nouvelles infrastructures, des termes (bains publics) et plusieurs édifices avec de belles mosaïques.
Statue romaine retrouvée à Benghazi en 1693, exposée au Château de Versailles, en France (Source)
Après la conquête vandale de la Libye, Bérénice est largement détruite par les Vandales. La ville est reconstruite par l’Empereur Justinien après la reconquête byzantine. La Cyrénaïque est ensuite rattachée à la province byzantine d’Egypte.
Pendant les dernières décennies avant l’arrivée des Arabes, les villes de Cyrénaïque sont largement laissées à elles-mêmes face aux révoltes amazighes récurrentes. Au moment de la conquête arabe de 642, Bérénice n’est plus qu’un village insignifiant au milieu de ruines magnifiques. Les Arabes l’appellent Berniq (برنيق).
De Berniq à Benghazi
Première mention du nom de Benghazi (sous la forme Marsa Bani Ghazi), par Ibn Abd al-Zahir
Quelle est l’origine du nom de Benghazi ? On peut lire sur Wikipedia que « le nom de Marsa Ibn Ghazi (مرسى ابن غازي, port d’Ibn Ghazi) apparaît sur des cartes du 16° Siècle ». En réalité, le premier à mentionner ce nom est Ibn Abd al-Zahir, un historien égyptien du 13° Siècle, qui parle de Marsa Bani Ghazi (مرسى بني غازي, port des fils de Ghazi, au pluriel). En arabe, غازي (Ghazi) signifie « guerrier » ou « conquérant ». Il s’agit d’un titre donné surtout aux guerriers musulmans qui combattent les non-musulmans.
Le chercheur libyen Ghalb Elfituri a découvert qu’une famille originaire de Fès, au Maroc, s’est installée à Benghazi en 1125, pour protéger les côtes libyennes contre de possibles attaques de navires byzantins. Les Bani Ghazi étaient probablement les hommes de cette famille, après qui la ville a été nommée. En savoir plus (lien en arabe)
Conclusion
Lupa Capitolina : statue en bronze de l’époque coloniale, volée dans les années 1970, puis retrouvée à Benghazi en 2023
Aujourd’hui, le patrimoine antique de Benghazi, comme son patrimoine historique plus récent, est menacé : beaucoup de vestiges historiques ont été détruits et pillés pendant les années de guerre civile. La perte de ce patrimoine serait une perte inestimable pour la Libye. Heureusement, le Département de Surveillance des Antiquités de Benghazi travaille à le préserver.
A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Libye.
Le site archéologique de Leptis Magna contient les vestiges d’une église paléochrétienne à trois nefs, très bien conservée. La Basilique sévérienne, un des édifices emblématiques de la ville, construite par Septime Sévère, a également été transformée en église à l’époque byzantine.
Les ruines de l’Eglise byzantine d’Oea (Tripoli) se trouvent près de l’ancienne Medina de Tripoli.
Basilique d’Apulée
La Basilique d’Apulée, à Sabratha, est l’ancienne basilique romaine (tribunal) de la ville, transformée en église en 440. Son nom vient de l’écrivain numide Apulée, l’auteur du roman L’Âne d’or, qui a été jugé pour des accusations de sorcellerie à Sabratha. Une autre église, la Basilique de Justinien, a été construite après la reconquête byzantine.
A Ghadamès, des tombes et des inscriptions chrétiennes ont été découvertes.
La vieille ville de Cyrène contient plusieurs églises, dont une, à trois nefs, est située juste à côté du Forum. L’église principale de Cyrène était cependant située à Apollonie, la ville portuaire.
Eglise fortifiée de Ptolémaïs
Ptolémaïs (Tolmeïta), la nouvelle capitale de la Cyrénaïque, contient également les ruines de plusieurs églises. La principale, l’Eglise fortifiée, est une des plus grandes églises chrétiennes d’Afrique du Nord. C’est ici que Synésios de Cyrène a servi comme évêque.
L’Asclépiéion de Balagrae (Al-Bayda), un important sanctuaire d’Eusculape, le dieu grec de la médecine, où les malades se rendaient en pèlerinage afin d’être guéris, a été transformé en église.
Eglise byzantine d’El Athroun
Deux autres belles églises byzantines, dans la région de Derna, sont celle d’Erythron (El Athroun), qui est particulièrement bien préservée, et celle de Naustathmus (Ras al-Hillal), sur l’image de couverture de cet article.
L’ancienne ville d’Olbia (Qasr Libya), reconstruite à l’époque byzantine, sur ordre de l’Impératrice Théodora, contient deux églises byzantines, avec une cinquantaine de mosaïques considérées comme parmi les plus belles du monde.
A partir du règne de Massinissa, le Royaume de Numidie était un fidèle allié de Rome. La fameuse cavalerie numide, redoutée dans tout le monde antique, a participé à beaucoup de guerres aux côtés de l’armée romaine. Massinissa a notamment participé à la guerre entre les Romains et le Royaume de Macédoine, contribuant ainsi à la conquête romaine de la Grèce.
Le bassin méditerranéen en -218
Contexte
Depuis les conquêtes d’Alexandre le Grand, la Grèce est la civilisation dominante du bassin méditerranéen et le grec est devenu la langue vernaculaire de toute la région.
Au 3° Siècle avant notre ère, trois grandes puissances, issues de la division de l’Empire d’Alexandre le Grand, dominent le monde hellénistique : le Royaume de Macédoine, gouverné par la dynastie antigonide, l’Egypte des Ptolémée et l’Empire séleucide, en Syrie. D’autres plus petits royaumes grecs, comme Syracuse, en Sicile, le Royaume de Pergame, en Asie mineure, et l’île de Rhodes, subsistent à l’ombre de ces puissances.
Guerres entre Rome et les Grecs
Rome a mené plusieurs guerres contre les différents royaumes grecs. Ces guerres lui ont permis d’étendre son influence dans le bassin méditerranéen oriental, en même temps que les guerres puniques assuraient son emprise sur le bassin méditerranéen occidental.
Pièce de monnaie à l’effigie de Philippe V de Macédoine
Pendant la Deuxième guerre punique, le roi Philippe V de Macédoine fait alliance avec Hannibal. Rome envoie alors une armée attaquer les côtes macédoniennes : c’est la Première guerre macédonienne (214-202). L’objectif des Romains n’est pas de conquérir la Macédoine, mais d’occuper Philippe V chez lui pour l’empêcher de venir en aide à Hannibal.
Par la suite, les Romains mèneront trois autres guerres contre le Royaume de Macédoine (200-196, 171-168 et 150-148) et une contre l’Empire séleucide (192-188), qui a recruté Hannibal, l’ennemi mortel de Rome, comme conseiller militaire. Le plus souvent, ils viennent en aide à des alliés locaux, comme Pergame et Rhodes. Après chaque victoire, ils se retirent : ils ne sont pas encore prêts à conquérir de nouveaux territoires.
Pendant la Troisième guerre macédonienne (171-168), les Romains ont reçu l’aide de leur nouvel allié : la Numidie du roi Massinissa.
Le rôle de Massinissa dans la Troisième guerre macédonienne
Massinissa, roi de Numidie
Pièce de monnaie à l’effigie de Persée de Macédoine
Après la mort de Philippe V de Macédoine, en 179, son fils Persée, qui veut restaurer la puissance passée de son royaume, mène une politique agressive contre ses voisins. Lorsqu’il tente d’assassiner le roi Eumène II de Pergame, un allié de Rome, le Sénat romain déclare la guerre à la Macédoine.
La Numidie participe à cette guerre aux côtés de ses alliés romains : Massinissa envoie un contingent de cavaliers numides en Macédoine, commandé par son propre fils Misagène.
Misagène est moins connu que ses frères : on n’entend plus parler de lui après sa campagne en Macédoine, ce qui montre qu’il est probablement mort peu après. Il n’a donc pas succédé à son père, parce qu’il est mort avant lui. Son engagement contre Persée en Macédoine montre cependant qu’il est un digne héritier du glorieux roi de Numidie. Sa cavalerie numide a rendu d’importants services à ses alliés, grâce à leur rapidité, leur mobilité et l’efficacité de leurs escarmouches.
En plus de leur contribution militaire, les Numides ont aussi ravitaillé l’armée romaine en vivres, notamment en blé, qu’ils cultivaient en abondance.
La Bataille de Pydna, la bataille décisive ayant déterminé l’issue de la guerre, est une bataille au corps à corps entre phalanges macédoniennes et légions romaines. Dans un tel scénario, le rôle de la cavalerie numide est limité. Les Numides ont cependant contribué à la victoire romaine, en tant qu’éclaireurs et en poursuivant les fuyards macédoniens afin de les empêcher de se regrouper.
Après la victoire, la Macédoine est divisée en quatre royaumes clients de Rome. Les troupes numides retournent en Afrique par la mer, mais leurs bateaux sont dispersés par une tempête et plusieurs font naufrage. Misagène lui-même, malade, se réfugie à Brundusium (Brindisi), en Apulie, où il est très bien accueilli par le questeur Stertinius, qui lui fait des cadeaux et met un logement à sa disposition.
Le rôle de la cavalerie numide dans la victoire romaine est si important qu’un monument en l’honneur des fils de Massinissa a été construit sur l’île grecque de Délos. Ce monument est perdu, mais son socle a été conservé. Une inscription, incomplète, mentionne Gulussa, un autre fils de Massinissa, qui commandait l’armée numide pendant la Troisième guerre punique. Le nom de Gulussa figure en deuxième position, après un nom manquant. Le nom manquant est probablement celui de son frère Misagène, le commandant de la cavalerie numide en Macédoine. Dans ce cas, Gulussa aurait probablement servi sous les ordres de son frère aîné – une expérience utile pour son futur rôle de commandant de l’armée numide après le décès de son frère. Le monument contenait probablement une statue de la famille royale numide – Massinissa et ses deux fils – dédiée par le peuple de Délos. (Source)
Monument d’Aemilius Paullus, à Delphes
Certaines sources en ligne mentionnent qu’une statue de Misagène aurait aussi été construite au Temple d’Apollon à Delphes, un des sites les plus prestigieux de la Grèce antique. Cette statue serait accompagnée d’une inscription : « Les Amphictyons de Delphes [l’autorité religieuse du sanctuaire] ont honoré Misagène, fils de Massinissa, en reconnaissance de ses services militaires. » En réalité, aucune telle inscription n’a été retrouvée. L’auteur romain Plutarque mentionne que Aemilius Paullus, le commandant des troupes romaines en Macédoine, a fait construire une statue de lui-même à Delphes, sur un pilier de marbre blanc qui avait auparavant été préparé pour une statue de Persée, son ennemi. Il est probable que l’idée fausse d’une statue de Misagène à Delphes vienne d’une confusion entre cette statue d’Aemilius Paullus et le monument de Délos.
Par la suite
Pièce de monnaie à l’effigie d’Andriscos
La Quatrième guerre macédonienne (150-148) a lieu en même temps que la Troisième guerre punique, contre Andriscos, un usurpateur qui veut rétablir le Royaume de Macédoine. La Numidie n’a pas directement participé à cette guerre, mais l’engagement numide contre Carthage a permis de libérer des troupes romaines pour combattre en Macédoine. Cette fois-ci, après leur victoire, les Romains prennent le contrôle de la Macédoine.
Deux ans plus tard, en 146, Rome, qui vient de détruire Carthage, mobilise ses troupes contre la Ligue achéenne, une coalition de cités du Sud de la Grèce. Sa victoire à la bataille de Corinthe lui permet d’étendre sa domination sur toute la Grèce, en même temps que sur les anciens territoires carthaginois en Afrique.
La dynastie impériale des Sévère, d’origine africaine, a supervisé la construction de beaucoup d’édifices prestigieux, à Rome, en Afrique et ailleurs. Cette période est parfois considérée comme un « deuxième âge d’or » de l’architecture romaine : si les Sévère n’ont jamais su rivaliser avec l’esprit d’innovation et le génie technique de leurs prédécesseurs du 1° Siècle, leurs constructions monumentales reflètent le besoin des Empereurs d’affirmer leur autorité dans un Empire plus immense que jamais.
Arc de Septime Sévère, sur le Forum de Rome
A Rome
Arc de Septime Sévère
Après sa victoire contre les Perses, Septime Sévère a construit un arc de triomphe en marbre blanc, sur le Forum romain. L’Arc de Septime Sévère, le plus monumental des arcs de triomphe romain, mesure 23m de hauteur et 25m de large. Il s’agit d’un monument de propagande qui célèbre la puissance de Rome et la gloire de son Empereur.
Septime Sévère a également agrandi le Palais impérial, sur le Palatin. Le Domus Severiana, les espaces résidentiels et cérémoniels construits par Septime Sévère, constitue la dernière extension du Palais impérial.
Reconstitution 3D du Septizodium
Enfin, Septime Sévère a construit le Septizodium (ou Septisolium, « sept soleils »), une façade monumentale, au pied du Mont Palatin et en face de la Voie Appienne, la plus grande voie romaine. L’objectif principal de ce monument semble avoir été d’impressionner les voyageurs qui arrivaient à Rome par le Sud, notamment ceux qui venaient d’Afrique. Le Septizodium n’existe plus, mais plusieurs représentations ont été conservées.
Caracalla, le fils de Septime Sévère, a construit les Thermes de Caracalla, les plus grands bains de Rome, visibles sur la photo de couverture de cet article.
Les Sévère ont aussi agrandi le port d’Ostie, la ville portuaire de Rome. Ailleurs en Italie, ils ont fait construire un grand nombre d’édifices publics, théâtres, bains et entrepôts.
A Leptis Magna
Forum de Leptis Magna, construit par Septime Sévère et terminé par son fils Caracalla
La ville natale de Septime Sévère a été considérablement embellie sous son règne. Septime Sévère a fait de la Tripolitaine une province romaine à part entière, avec pour capitale Leptis Magna. Plusieurs des édifices les plus somptueux de la ville ont été construits par lui.
L’Arc de Septime Sévère, à Leptis Magna
Lorsque Septime Sévère a visité Leptis Magna, en 203, les autorités de la ville ont construit en son honneur un arc qui célèbre ses exploits militaires. Pour les remercier, l’Empereur a fait construire un vaste nouveau forum, avec une basilique (tribunal) richement décorée, inspirée de la Basilique Ulpia de Rome. La construction du forum et de la basilique a été terminée par Caracalla, le fils et successeur de Septime Sévère. La basilique sévérienne a été transformée en église à l’époque byzantine.
Septime Sévère a également reconstruit et agrandi le port de Leptis Magna, afin de développer le commerce.
Enfin, il a fait construire de nouvelles fortifications sur la frontière Sud de l’Afrique romaine, afin de protéger le territoire romain contre les attaques des tribus amazighes du Sahara.
En Syrie
Ruines de Palmyre, en 2010 (avant leur destruction par DAECH)
L’Impératrice Julia Domna, l’épouse de Septime Sévère et la mère de Caracalla, était originaire de Syrie et la région a beaucoup bénéficié des largesses de la famille impériale.
Temple de Bel, à Palmyre, rénové par les Sévère
Dans la glorieuse ville de Palmyre, les Sévère ont fait rénover et agrandir les édifices emblématiques de la ville, qui existaient déjà avant eux, comme le Temple de Bel, la Grande Colonnade et les Arcs monumentaux.
A Emèse (Homs), la ville natale de Julia Domna, les Sévère ont fait agrandir le Temple d’Héliogabale, un dieu syrien du soleil. Le père de Julia Domna était grand-prêtre d’Héliogabale. Ce temple n’existe plus : son site est aujourd’hui occupé par la Mosquée omeyyade de Homs.
Temple de Jupiter, Baalbek
Enfin, les Sévère ont fait rénover le Temple de Jupiter à Baalbek, au Liban actuel. Ce temple est le deuxième plus grand temple au monde, après le Temple de Vénus de Rome.
Ailleurs dans l’Empire
A Alexandrie, en Egypte, Septime Sévère et Caracalla ont fait rénover le Sérapion, le temple de Sérapis, le dieu protecteur de la ville.
En Bretagne, Septime Sévère a restauré et fortifié le Mur d’Hadrien.
Enfin, les Sévère ont construit beaucoup de forteresses sur le Danube, la frontière Nord de l’Empire, ainsi qu’une série de ponts par-dessus le fleuve.
Après la conquête romaine, la langue et la culture puniques n’ont pas disparu, mais ont gardé une profonde influence dans les territoires de l’ancien Empire carthaginois. Les stèles de la Ghorfa, une série de stèles retrouvées à Maghrawa, en Tunisie, témoignent des liens entre cet héritage culturel punique et la nouvelle civilisation romano-africaine.
Stèles de La Ghorfa, Musée du Louvre, Paris
Les stèles de La Ghorfa sont une collection d’une quarantaine de stèles punico-romaines, qui datent de la fin du 1° Siècle au début du 2° Siècle de notre ère, soit plus de 200 ans après la chute de Carthage. Elles ont été découvertes en plusieurs fois, entre 1842 et 1967, à Maghrawa, près de Makthar, en Tunisie. Etant donné qu’elles ont été éparpillées dès leur découverte, leur provenance exacte n’a été déterminée que récemment, grâce aux travaux du chercheur tunisien Ahmed M’Charek.
Stèles du Musée de Makthar
Ces stèles sont aujourd’hui dispersées entre plusieurs musées tunisiens et étrangers. La plus grande collection est celle du British Museum de Londres, qui compte 22 stèles. 3 stèles sont exposées au Musée du Louvre, à Paris, et 2 autres au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Enfin la Tunisie a conservé 17 stèles : 12 au Musée national du Bardo, 4 au Musée de Makthar et la dernière à l’antiquarium de Dougga. L’image de couverture de cet article montre la collection du Musée du Bardo.
Les stèles de La Ghorfa mesurent environ 1,75m de haut. Leur sommet est triangulaire, puis elles contiennent trois niveaux superposés. Certaines stèles contiennent aussi des dédicaces rédigées en latin.
Niveaux médian et inférieur de la même stèle
Niveau supérieur d’une des stèles du Bardo
Les trois niveaux des stèles représentent la hiérarchie du cosmos, selon la vision du monde traditionnelle punique. Le niveau supérieur montre le monde des dieux, représenté sous forme humaine, avec les symboles astraux de la lune et du soleil. Le signe de Tanit est parfois représenté, accompagné de divinités romaines comme Mercure ou Vénus. Le niveau médian est celui du dédicant, qui dédie la stèle aux dieux : il est debout dans une sorte de chapelle, avec des colonnes et des pontons. Il peut être un homme ou une femme. Enfin, le niveau inférieur représente le monde des hommes, avec souvent des scènes de sacrifice.
Ces stèles témoignent du syncrétisme religieux et culturel en Afrique romaine à cette époque, avec un mélange entre divinités et symboles puniques et romains.
Juba II, roi de Maurétanie de -25 à 23, est un des rois les plus érudits de son époque. Il a écrit plusieurs livres sur l’histoire, les sciences naturelles, la géographie, la grammaire et l’art.
Pline l’Ancien, notre source principale sur l’œuvre de Juba II
Tous les ouvrages de Juba II sont perdus, mais une centaine de citations ont été conservées. La plupart de ces citations sont dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, qui le mentionne 65 fois comme une autorité. D’autres auteurs qui citent Juba II sont Plutarque, Athénée de Naucratis, le médecin Galien et Dioscoride, le « père de la pharmacie ».
Une dizaine de livres de Juba II sont connus. Un des principaux semble être ses Όμοιότητες (Ressemblances), une comparaison entre les institutions grecques et romaines.
Euphorbia resinifera, la plante découverte par Euphorbe
Euphorbe, le médecin de cour de Juba II, d’origine grecque, a découvert qu’une plante des montagnes de l’Atlas a un puissant effet laxatif. En -12, l’Empereur romain Auguste construit une statue dédiée à Antonius Musa, son médecin de cour et le frère d’Euphorbe. Juba II réagit en donnant à la plante découverte par Euphorbe le nom d’Euphorbia. Il écrit ensuite un pamphlet sur cette plante, décrivant ses usage médicaux.
Avant (ou après) son expédition en Arabie avec le prince romain Caius César, Juba II écrit un traité De l’Arabie, sur la géographie de la région et les coutumes des Arabes. Il dédie ce livre au jeune prince Caius. Les sources romaines affirment qu’il a écrit ce traité avant l’expédition, pour préparer Caius à sa rencontre avec les Arabes, mais les historiens modernes pensent plutôt qu’il s’est servi des informations récoltées pendant l’expédition pour écrire. Cet ouvrage, le seul que Juba II a écrit en latin, a connu un grand succès à Rome et a beaucoup contribué à la fascination des Romains pour l’Arabie.
Juba II
Juba II a écrit d’autres ouvrages du même genre, sur d’autres régions du monde : Libyca, en trois livres, sur l’histoire, la géographie et les coutumes de l’Afrique du Nord, et De l’Assyrie, en deux livres, sur les régions orientales de l’Empire. Il a écrit aussi deux livres consacrés à l’archéologie romaine. Par ailleurs, il a traduit en latin le Périple du navigateur carthaginois Hannon.
Enfin, il a écrit un ouvrage De la peinture, en huit livres, une Histoire du théâtre, en dix-sept livres, et une livre d’Epigrammes, cité par Athénée de Naucratis.
Juba II aurait écrit aussi des pièces de théâtre, mais aucun titre ni citation n’est connu.
Juba II a organisé une expédition, au départ du port de Mogador (Essaouira), pour explorer les Îles Canaries. C’est lui qui a donné à ces îles le nom de Canaries (Canarius, de canis, chien), à cause des chiens féroces qu’il y a trouvés.
Le sophiste grec Philostrate, qui écrit 200 ans après la mort de Juba II, rapporte l’anecdote suivante : « Et j’ai lu dans le discours de Juba que les éléphants se viennent en aide les uns aux autres lorsqu’ils sont chassés, et qu’ils défendent leur congénère épuisé, et s’ils peuvent l’écarter du danger, ils oignent ses plaies des larmes de l’arbre à aloès et se tiennent autour de lui comme des médecins. »
La réputation de Juba II était telle qu’un monument a été construit en son honneur dans le Gymnase de Ptolémée, à Athènes (dont les ruines sont visibles sur l’image de couverture de cet article).
Euphorbia regis-jubae
Pour conclure, on peut mentionner que plusieurs espèces de plantes ont été nommées en l’honneur de Juba II. Le biologiste Carl von Linné a appelé Euphorbia le genre entier dont fait partie la plante à laquelle Juba II a donné ce nom en l’honneur de son médecin. Une autre plante du même genre s’appelle Euphorbia regis-jubae (euphorbe du roi Juba). Enfin, plusieurs variétés de palmiers, qu’on trouve dans les Îles Canaries, en Afrique du Sud ou au Chili, s’appellent Jubaea ou d’autres noms apparentés.
A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Tunisie.
La Basilique Damous el-Karita de Carthage est la plus ancienne et la plus grande église chrétienne de la capitale africaine. Elle est située au sein du site archéologique de Carthage, sur la colline de l’Odéon. Son nom arabe, Damous el-Karita (داموس الكريطة), est probablement une déformation du latin domus caritatis, « maison de charité ». L’historien et archéologue français Noël Duval décrit cette basilique comme un des « plus célèbres monuments paléochrétiens » d’Afrique du Nord, mais aussi l’un des « plus maltraités et mal connus », qui a été fouillé « incomplètement [et] dans des conditions désastreuses » (Noël Duval, Études d’architecture chrétienne nord-africaine). Pourtant, plusieurs épisodes fondamentaux de l’histoire de l’Eglise chrétienne ont eu lieu ici, notamment le Concile de Carthage III, en 397, qui a définitivement fixé le Canon des Ecritures chrétiennes (c’est-à-dire les livres considérés comme sacrés).
Basilique St-Cyprien
Trois autres importantes églises de Carthage sont la Basilique Saint-Cyprien, construite sur le lieu du martyre de l’évêque Cyprien de Carthage, la Basilique Majorum, détruite, mais reconstruite à l’identique en 1930, et la Basilique de Bir el-Knissia.
Le Musée du Bardo de Tunis contient une vaste collection de pièces paléochrétiennes, retrouvées à Carthage et dans toute la Tunisie. Une des principales est la Mosaïque de Daniel dans la fosse aux lions, sur l’image de couverture de cet article, un rare exemple d’art monumental chrétien africain.
Basilique de Henchir Rhira
Les vestiges archéologique chrétiens ne sont pas limités à la région de Carthage, ni même aux grandes villes ! Des églises ont été retrouvées même sur des sites ruraux isolés, comme la Basilique de Henchir Rhira, dans la région de Beja, dont les ruines sont impressionnantes malgré son isolement.
Eglise de Victoria, Dougga
A Dougga, l’Eglise de Victoria est l’unique monument chrétien qui a été découvert sur ce site jusqu’à présent. Construite sur un ancien cimetière païen, elle est située en dessous du Temple de Saturne.
Le site archéologique de Thuburbo Majus, près de Zaghouan, contient également une église chrétienne, construite sur les vestiges d’un ancien temple païen. Son baptistère en forme de croix est caractéristique du christianisme nord-africain.
Bon Berger, gravure chrétienne dans les catacombes de Sousse
A Sousse, les Catacombes du Bon Berger contiennent près de 15 000 sépultures chrétiennes, avec des gravures qui remontent à l’époque où les chrétiens pratiquaient leur foi dans la clandestinité.
A Bekalta, dans la région de Monastir, un magnifique baptistère orné de mosaïques a été retrouvé en 1993. Il est conservé aujourd’hui au Musée archéologique de Sousse, où il constitue une des pièces principales du département paléochrétien. Un autre baptistère, retrouvé dans l’Eglise du prêtre Félix, à Demna, près de Kelibia, est conservé au Musée du Bardo de Tunis.
Baptistères de Bekalta (droite) et de Kelibia (gauche)
La Basilique de Makhtar est l’ancienne basilique romaine (tribunal) de la ville, qui a été transformée en église. Les anciens édifices civils transformés en églises sont courants dans tout le monde romain ; l’église principale d’une ville romaine, siège de l’évêque, était appelée basilique, comme l’édifice civil.
Eglise vandale de Henchir el Gousset (Source : Zaher Kammoun)
Les Vandales sont un peuple d’origine germaine, qui ont dominé l’Afrique de 439 à 533. Ils étaient chrétiens, mais adhéraient à la doctrine arienne, considérée comme hérétique par l’Eglise autochtone nord-africaine. Le site de Henchir el Gousset, près de Thélepte, dans le gouvernorat de Kasserine, est la seule ville d’origine vandale qui existe encore aujourd’hui. Son église, inaugurée en 521, sous le roi vandale Thrasamund, est une des rares églises d’origine vandale en Afrique du Nord. Une autre église vandale est la Basilique d’Hildeguns, à Makhtar.
Basilique St-Pierre du Kef
La Basilique St-Pierre du Kef, appelée également Dar El Kous, est une église du 5° Siècle, à El Kef. Elle est dédiée à Saint-Pierre, un apôtre de Christ. Cette église ancienne est si remarquablement bien conservée qu’elle a été réutilisée comme lieu de culte à l’époque du protectorat français.
Eglise de Servus, donatiste, Sbeïtla
Les ruines de la ville antique de Sufetula (Sbeïtla) contiennent plusieurs églises : les Basiliques de Bellator, de Vitalis et des Saints Sylvain et Fortunat, l’Eglise de Servus (probablement donatiste) et la Chapelle de Jucundus.
Enfin, le site byzantin de Ammaedra (Haïdra), à la frontière tuniso-algérienne, contient plusieurs églises, dont la plus grande est la Basilique de Melleus.
Il y a encore bien d’autres sites, mais nous avons dû sélectionner les plus représentatifs pour ne pas surcharger cet article.