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L'Afrique du Nord romaine

La langue punique dans l’Antiquité tardive

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Le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était toujours parlé en Afrique romaine, plusieurs siècles après la chute de Carthage. Les dernières populations puniques se sont mélangées aux tribus amazighes autochtones, au point où les Amazighs eux-mêmes étaient parfois appelées « puniques ».

Le punique est une langue sémitique, comme l’arabe. Son alphabet est dérivé de l’alphabet phénicien.

Inscription bilinque punique-libyque, au Mausolée numide de Dougga

Après la chute de Carthage, les manuscrits carthaginois qui avaient été sauvés des flammes ont été conservés à la cour du roi Massinissa de Numidie. Pendant le règne des fils de Massinissa, beaucoup de Carthaginois qui avaient fui leur ville détruite se sont installés en Numidie. L’administration numide était bilingue : tous les documents officiels étaient rédigés en libyque (tamazight) et en punique. L’influence punique était particulièrement forte dans la région de Tingis (Tanger). Avec le temps, un nouveau dialecte, appelé néo-punique, s’est développé, avec une forte influence libyque.

Inscription bilingue latin-punique, théâtre de Leptis Magna

Pendant l’ère romaine, le punique était toujours parlé en Afrique du Nord. A cette époque, les dernières populations puniques étaient tellement mélangées aux Amazighs que les Romains appelaient « puniques » toutes les populations non romaines d’Afrique du Nord. Ainsi, des figures comme l’Empereur Septime Sévère ou l’écrivain chrétien Tertullien de Carthage sont parfois décrits comme « Puniques », alors qu’ils étaient certainement Amazighs. On a retrouvé aussi des textes écrits en punique avec l’alphabet latin.

La Bible chrétienne a-t-elle été traduite en punique ? Plusieurs traductions bibliques dans des langues régionales de l’Empire romain, notamment deux dialectes coptes d’Egypte, ont été effectuées entre le 4° et le 5° Siècle. Aucun manuscrit n’a été conservé, mais il est tout à fait possible qu’il y ait également eu une traduction en punique (et en libyque).

Augustin d’Hippone

Le dernier grand auteur qui maîtrisait la langue punique, au début du 5° Siècle, est Augustin d’Hippone, qui écrit dans une de ces lettres : « Et si vous rejetez la langue punique, vous nierez ce qui est admis par la plupart des hommes instruits : que beaucoup de choses ont été sagement préservées de l’oubli dans des livres écrits en langue punique. Non, vous devriez même avoir honte d’être né dans un pays où le berceau de cette langue est toujours chaud. » Il est possible qu’il parle de manuscrits puniques datant d’avant la destruction de Carthage, auxquels il avait encore accès.

La région de Syrte, du fait de son isolement, est la dernière région de l’Empire romain où le punique était toujours parlé. On a retrouvé dans les catacombes de Syrte des inscriptions chrétiennes trilingues, en latin, grec et punique, qui datent du 5° Siècle. Encore plus tard, au 11° Siècle, l’historien arabe Al-Bakri écrit que les habitants de Syrte parlent une langue qui n’est ni le latin, ni le tamazight, ni le copte : peut-être parlaient-ils encore une forme de punique à ce moment-là. Si c’est le cas, la proximité entre le punique et l’arabe a certainement facilité leur arabisation.

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

Le troisième homme : Lépide en Afrique pendant le Deuxième Triumvirat

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Après la mort de Jules César, trois de ses plus proches alliés, Octave (le futur Empereur Auguste), Marc-Antoine et Lépide, forment un triumvirat pour gouverner ensemble le territoire romain. Lépide, le moins connu des trois, gouverne l’Afrique du Nord.

Contexte

Jules César, bien qu’il ait eu plusieurs enfant de différentes femmes, n’avait pas d’héritier légitime selon la loi romaine. Peu avant sa mort, il avait invité Cléopâtre d’Egypte à Rome, avec leur fils Césarion. Il avait probablement l’intention de faire de Césarion son héritier, mais il n’en a pas eu le temps : il est assassiné le 15 mars 44.

Pièce d’or à l’effigie de Lépide

Après sa mort, son fidèle allié Marc-Antoine et son fils adoptif Octave s’allient pour combattre ses assassins. Une fois victorieux, ils menacent de se battre entre eux pour le pouvoir. Pour éviter une nouvelle guerre civile, ils forment un triumvirat (trium viri, pouvoir de trois hommes) avec un autre homme politique romain : Lépide, un ancien allié de César. Les trois hommes décident de diviser le territoire romain entre eux. Lépide gouverne l’Afrique et la Numidie en tant que proconsul.

Lépide en Afrique

Pièce de monnaie à l’effigie de Lépide

Lépide, qui sait qu’il n’est pas assez puissant pour faire face aux deux autres triumvirs, se tient à l’écart des conflits entre Octave et Marc-Antoine. En 41, Octave charge Lépide de défendre Rome contre une attaque de Lucius Antonius, le frère de Marc-Antoine. Lucius Antonius, à la tête d’une force supérieure en nombre, s’empare facilement de la ville. Lépide est contraint de fuir dans le camp d’Octave.

Après ces événements, Marc-Antoine confie six légions à Lépide, pour l’accompagner en l’Afrique. Lépide se retire avec ses légions et n’intervient plus dans la politique romaine, se contentant de gouverner l’Afrique.

Thibilis, ville développée par Lépide

Pendant son proconsulat, Lépide a encouragé la distribution de terres en Afrique à des vétérans de l’armée romaine, afin de se construire un réseau de clients. Il a aussi accordé la citoyenneté romaine à beaucoup de familles de l’élite locale. Laetus, le futur assassin de l’Empereur Commode, est issu d’une famille africaine qui a reçu la citoyenneté romaine par Lépide.

A Carthage, nouvellement reconstruite en tant que ville romaine, Lépide s’oppose aux extensions illicites et veille à ce qu’aucune construction ne soit effectuée sur le site de la ville antique.

Lépide a également encouragé la romanisation de la ville numide de Thibilis (Sellaoua Announa, dans la wilaya de Guelma, en Algérie actuelle).

Pièce d’or à l’effigie de Sextus Pompée, frappée en Sicile pendant sa révolte

En 36, Sextus Pompée, le fils de Pompée, l’ancien rival de César, se révolte contre les triumvirs en Sicile. Lépide envoie des troupes pour le combattre. Après la défaite de Sextus Pompée, Octave et Lépide se disputent le contrôle de l’île. Octave en profite pour écarter Lépide du pouvoir. Lépide retourne à Rome, où il termine sa vie dans l’anonymat.

Par la suite

En septembre 31, les flottes d’Octave et de Marc-Antoine s’affrontent en mer, lors de la bataille d’Actium. Cette bataille est une victoire décisive pour Octave : la flotte de Marc-Antoine, la plus large dans l’histoire romaine, est entièrement détruite. Marc-Antoine et son amante Cléopâtre d’Egypte s’enfuient à Alexandrie, où ils se suicident peu après.

Quatre and plus tard, en 27, Octave proclame la fondation de l’Empire romain et devient le premier Empereur, sous le nom d’Auguste.

L'Afrique du Nord romaine

Laetus : le militaire nord-africain qui a assassiné l’Empereur Commode

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Le règne de la dynastie impériale des Antonins, au 2° Siècle, est considéré comme l’âge d’or de l’Empire romain. Leur époque est marquée aussi par la montée en puissance des Romano-Africains dans l’administration impériale. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de Laetus, un officier militaire originaire de Thaenae (Thyna, près de Sfax), connu pour avoir assassiné Commode, le dernier Empereur de la dynastie antonine.

Ruines de Thaenae, la ville d’origine de Laetus –  (Source : Zaher Kammoun)

Origines

Relief montrant la garde prétorienne

Quintus Aemilius Laetus est né à Thaenae (Thyna, près de Sfax, en Tunisie actuelle). Sa famille était d’origine amazighe et avait acquis la citoyenneté romaine plusieurs générations plus tôt, pendant que Lépide était proconsul d’Afrique. Selon la coutume romaine, ils ont adopté le nom de famille de leur patron, Lépide, qui était issu de la gens Aemilia.

Laetus était un militaire de carrière, membre de la Garde prétorienne, une unité d’élite chargée de la sécurité personnelle de l’Empereur. Vers 191, l’Empereur Commode le nomme préfet du prétoire (commandant de la Garde prétorienne).

A cette époque, l’Empereur Commode vit avec une femme appelée Marcia, la fille d’un esclave affranchi de la famille impériale. Commode et Marcia ne pouvaient pas se marier, à cause de leur différence de statut social, mais Commode considérait Marcia comme son épouse. Marcia était chrétienne (ou, du moins, sympathisante du christianisme) et a influencé l’Empereur en faveur de la communauté chrétienne de Rome. Elle est la première personnalité chrétienne à avoir eu une telle influence à la cour impériale.

Le complot contre Commode

Commode en Hercule

Vers la fin de sa vie, l’Empereur Commode devient de plus en plus instable. Pour les festivités du Nouvel An 192, il veut faire une apparition publique, non pas depuis le palais, vêtu de sa robe de pourpre impériale, mais depuis les baraques des gladiateurs, escorté par les gladiateurs.

Commode fait part de son idée à Marcia, à son préfet du prétoire Laetus et à Eclectus, son chambellan. Tous trois lui déconseillent de mettre son plan en exécution : ce serait une honte pour la fonction impériale ! En colère, Commode décide de les faire exécuter dès le lendemain.

Pendant le bain de Commode, Marcia découvre l’ordre d’exécution. Marcia, Laetus et Eclectus se réunissent et décident de tuer Commode afin de sauver leur propre vie.

L’assassinat de Commode

Marcia, qui sert toujours à Commode sa première coupe de vin après son bain, est chargée de le tuer en empoisonnant son vin. Après avoir bu la coupe empoisonnée, l’Empereur tombe malade et se met à vomir. Craignant qu’il ne vomisse tout le poison, les conjurés ordonnent à Narcisse, un jeune athlète qui servait de coach sportif à Commode, de l’étrangler.

Par la suite

Pertinax

Après la mort de Commode, la garde prétorienne, menée par Laetus, choisit le sénateur Pertinax comme nouvel Empereur. Pertinax, qui veut réduire le solde des militaires, fait face à une rébellion et est tué à son tour.

Après la mort de Pertinax, la garde prétorienne décide de vendre le trône impérial aux enchères. Laetus est impliqué dans cette vente aux enchères. Le riche sénateur Didius Julianus obtient le trône.

Septime Sévère

L’armée, scandalisée de voir le trône ainsi vendu, se révolte et tue Didius Julianus. Ensuite, plusieurs officiers militaires revendiquent le trône impérial. Deux d’entre eux sont d’origine africaine : Albinus, le gouverneur de Bretagne, soutenu par les légions romaines basées dans cette province, et Septime Sévère, qui deviendra le premier Empereur Nord-Africain.

Après son entrée à Rome, Septime Sévère fait exécuter Laetus, avec les autres participants au complot contre Commode et à la vente aux enchères du trône impérial.

L'Afrique du Nord romaine

Icosium : la ville antique d’Alger

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La ville d’Alger, qui s’appelait Icosium dans l’Antiquité, a une riche histoire qui remonte à plus de 2000 ans. Fondée par les Phéniciens comme un comptoir commercial, elle est ensuite devenue une ville influente pendant le règne du roi Juba II. A l’époque romaine, c’était une des principales villes de Maurétanie romaine. Pendant l’occupation vandale, elle est restée sous souveraineté romaine et a servi de refuge aux populations romano-africaines. La ville antique était située au niveau de la Casbah d’Alger.

Origine et étymologie

Pièce de monnaie en plomb de la ville d’Ikosim

Un comptoir commercial phénicien a été fondé sur le site d’Alger vers -1200. Il ne s’agissait cependant que d’une petite ville sans importance. Vers le 4° Siècle avant notre ère, un village de pêcheurs s’est formé sur ce site.

Au début du 3° Siècle, les Carthaginois ont reconstruit l’ancien comptoir phénicien et l’ont intégré à leur réseau de villes portuaires sur la côte méditerranéenne. Une collection de 158 pièces de monnaie puniques, en bronze et en plomb, datant du 3° au 1° Siècle, ont été retrouvées en 1940 dans le quartier de la Marine.

Pièce de monnaie en plomb de la ville d’Ikosim

A partir de cette époque, la ville était connue sous le nom d’Ikosim (Y KSM, 𐤀𐤉 𐤊𐤔𐤌), ce qui signifie « île aux mouettes » (ou « île aux hiboux »).

Les Grecs appelaient cette ville Ikosion. D’après la mythologie grecque, elle a été fondée par Hercule, qui, alors qu’il passait par la région, en quête du Jardin des Hespérides, a laissé vingt de ses compagnons derrière lui. Les Grecs pensaient que le nom de la ville vient de eíkosi (εἴκοσι), « vingt » en langue grecque, en référence aux compagnons d’Hercule qui ont fondé la ville. On sait cependant aujourd’hui qu’il s’agit d’une étymologie a posteriori.

En latin, Ikosim a été transcrit par Icosium.

La ville romaine

Juba II

Après la Deuxième guerre punique, Icosium faisait partie du Royaume de Numidie, du glorieux roi Massinissa. Massinissa était un allié des Romains, l’influence romaine remonte à cette époque.

Après la révolte de Jugurtha, la moitié occidentale de la Numidie, dont Icosium faisait partie, a été rattachée au Royaume voisin de Maurétanie, du roi Bocchus.

La ville d’Icosium a commencé à gagner en importance pendant le règne du roi Juba II. A cette époque, la capitale de la Maurétanie était Césarée (Cherchell), à une centaine de kilomètres d’Icosium. La ville a été endommagée par la révolte de Tacfarinas, mais ensuite, elle a connu un renouveau, avec l’arrivée de 3000 vétérans de l’armée romaine qui se sont installés à Icosium. C’est aussi à cette époque que le nom de la ville a pris sa forme romanisée.

La région d’Icosium était habitée par les tribus amazighes Maghraouas, qui ont soutenu la révolte de Tacfarinas. Ptolémée, le fils de Juba II, les fait transférer vers Castellum Tingitanum (Chlef) pour éviter un nouvelle révolte.

Mosaïque romaine, exposée au Musée national des antiquités et des arts islamiques d’Alger

En l’an 40, Ptolémée est assassiné par l’Empereur Caligula. Son royaume est annexé par l’Empire romain. Icosium fait partie de la province romaine de Maurétanie Césarienne.

La ville romaine était située au niveau de la Casbah d’Alger et du quartier de la Marine. La rue Bab el-Oued était son cardo maximus, la voie principale, qui traversait la ville du Nord au Sud. Des cimetières romains ont été retrouvés vers Bab el-Oued et Bab Azoun. Les ruines d’un aqueduc romain étaient également visibles près de la Porte de la Victoire (aujourd’hui Bab Jdid) jusqu’en 1845.

Icosium a obtenu le statut de colonie romaine en 75, sous l’Empereur Vespasien. A cette époque, la ville avait environ 15000 habitants. Leur langue était le latin.

Mosaïque romaine

Au 2° Siècle, la démographie de la ville a changé, avec l’arrivée de nouvelles populations amazighes originaires des campagnes environnantes. Les Latins sont devenus une élite minoritaire.

L’Afrique romaine s’est avérée être un terrain fertile pour le christianisme naissant. Le nouveau culte est probablement apparu au 2° Siècle à Icosium. Au 4° Siècle, la ville était majoritairement donatiste : Icosium était représentée par un évêque donatiste, Crescens, en 411, au Concile de Carthage. Deux autres évêques connus d’Icosium sont Laurentius, en 419, et Victor, en 484.

Icosium a été largement détruite pendant la révolte de Firmus (370-375).

Après l’époque romaine

La Casbah d’Alger, avec une colonne romaine – Carte postale, 1950

Icosium a été conquise par les Vandales en 430. Cependant, en 442, un accord a été passé entre les Vandales et l’Empire romain, permettant à la ville de demeurer sous souveraineté romaine pendant toute l’occupation vandale de l’Afrique du Nord. La ville a beaucoup grandi à cette époque, grâce à l’arrivée de réfugiés d’Afrique vandale.

Vers le début du 6° Siècle, des tribus amazighes ont pris le contrôle d’Icosium. La ville a ensuite été conquise par les Byzantins, en 534. Au début du 7° Siècle, la tribu amazighe des Beni Mezghenna s’est installée dans la région d’Icosium.

La ville a été détruite par les Omeyyades, vers la fin du 7° Siècle. Ses habitants ont été tués ou déportés comme esclaves à Damas. Son infrastructure romaine est en grande partie perdue.

La ville moderne a été fondée en 972, par Bulughin ibn Ziri, le fondateur de la dynastie ziride. Son nom arabe, الجزائر (Les Îles), a la même origine que son nom antique. Occupée par les Ottomans au 16° Siècle, elle est ensuite devenue la capitale de l’Algérie française, puis de la République d’Algérie, depuis l’indépendance en 1962. La Casbah d’Alger est largement construite sur les ruines de la cité antique.

Les Phéniciens en Afrique du Nord

Agadir : ville amazighe et comptoir phénicien

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Dans l’Antiquité, la ville d’Agadir était un port phénicien, le dernier maillon d’une chaîne de comptoirs commerciaux qui s’étendait le long de la côte atlantique. Le nom de la ville est cependant d’origine amazighe, ce qui montre que ce site était connu des populations autochtones de la région bien avant l’arrivée des navires phéniciens. Ce nom a même été emprunté par les Phéniciens, qui ont appelé ainsi plusieurs autres villes qu’ils ont fondées.

Après la fondation de Carthage, des marchands phéniciens ont fondé une chaîne de comptoirs commerciaux au-delà des Colonnes d’Hercule, sur la côte atlantique du Maroc actuel. Depuis ces comptoirs, les Phéniciens nouaient des relations avec les populations autochtones et faisaient du commerce avec eux. Le dernier de ces comptoirs était probablement situé sur le Cap Ghir. On ne sait rien d’autre sur ce comptoir, qui n’a jamais été très important (contrairement à celui des Îles Purpuraires, au large d’Essaouira, où les Phéniciens ont développé une fabrique de pourpre). Des vestiges phéniciens, essentiellement des poteries, ont été retrouvés dans la région.

Agadir de Tasguent, Anti-Atlas

Le nom « Agadir » est d’origine amazighe : un « agadir » (en tifinagh : ⴰⴳⴰⴷⵉⵔ) est un grenier fortifié, utilisé par les tribus amazighes des montagnes pour stocker leurs récoltes et leurs autres possessions. On en trouve encore plusieurs au Maroc, à travers le Haut-Atlas, l’Anti-Atlas et la Vallée du Draa. Lorsque les Phéniciens sont arrivés dans la région, ils ont emprunté ce terme : en langue punique, un « gadir » (𐤀𐤂𐤃𐤓) est un mur, une enceinte fortifiée. Les Phéniciens ont donné ce nom à plusieurs autres villes qu’ils ont fondées, notamment Gadir (Cadiz), au Sud de l’Espagne.

Itinéraire possible de Hannon le Navigateur

Au 5° Siècle avant notre ère, l’explorateur carthaginois Hannon le Navigateur a mené une expédition d’exploration de la côte ouest-africaine, en fondant des colonies sur sa route (ou, plus probablement, en rétablissant d’anciennes colonies phéniciennes abandonnées). Son récit de voyage mentionne cinq villes qu’il a fondées : Karikon-Teichos (château du soleil), Gytte (peut-être dérivé de geth, « bétail », ou de gt, « pressoir »), Akra (promontoire), Melitta (abeille à miel) et Arambys (montagne de raisins). Ces villes sont difficiles à identifier avec certitude. Certains pensent que Akra correspond à Agadir. La plupart des spécialistes les situent cependant plus au Nord, entre El-Jadida et Essaouira. L’identification la plus communément admise pour ces cinq villes, d’après l’étymologie de leur nom, est Azemmour, El-Jadida, Oualidia, Cap Beddouza et l’Île de Mogador, au large d’Essaouira. Le fleuve Lixus, également mentionné dans l’itinéraire de voyage, est probablement le Oued Draa.

Arganier

Parmi les produits que les populations locales vendaient aux Phéniciens, il y avait l’huile d’argan, produite par les Amazighs à partir du fruit de l’arganier, un arbre qui pousse uniquement dans cette région du monde. Il y a plus de 3000 ans, les Phéniciens exportaient déjà de l’huile d’argan à travers tout le bassin méditerranéen et s’en servaient comme complément alimentaire et comme cosmétique.

Phare du Cap Ghir, construit en 1926

A l’époque romaine, le Cap Ghir était connu comme « Cap Rhysaddir ». Ce nom, mentionné par l’historien Polybe, vient du phénicien Rs ‘dr, « Cap du Puissant », probablement en référence à la déesse punique Tanit. Il n’y avait apparemment pas de ville à cette époque. Le nom actuel du Cap Ghir vient du tamazight ighir (ⵉⵖⵉⵔ), qui signifie « épaule » (d’une montagne).

Agadir Oufellah

La ville actuelle a été fondée par les Portugais, en 1505, sous le nom de Santa Cruz do Cabo de Aguer (Sainte Croix du Cap Ghir). Les Portugais construisent la Casbah de Agadir Oufella. La ville devient marocaine en 1541, après sa conquête par la dynastie saadienne.

Les Grecs en Afrique du Nord

Arétaphile de Cyrène : la libératrice de Cyrène

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A Cyrène, peu avant l’ère romaine, une femme nommée Arétaphile se fait connaître pour sa lutte courageuse contre deux tyrans qui opprimaient la ville : son propre mari, Nicocrate, puis son successeur Léandre. Dans le monde antique, Arétaphile était considérée comme un modèle de femme vertueuse, à cause de son combat pour la liberté de ses concitoyens.

En 96 avant notre ère, lorsque le dernier roi de Cyrénaïque, Ptolémée Apion, meurt sans héritier, son Royaume est légué à la République romaine. Dans un premier temps, ce nouveau territoire est cependant largement ignoré par les Romains. Le premier gouverneur romain n’est envoyé sur place qu’en 74.

Arétaphile de Cyrène – Image créée par ChatGPT

Pendant ces années, un tyran du nom de Nicocrate prend le pouvoir à Cyrène et brutalise la population. Nicocrate contraint Arétaphile, une femme de la ville, à l’épouser, après avoir tué son premier mari Phaedimus. Arétaphile, déterminée à libérer son peuple de la violence de ce tyran, complote pour le faire empoisonner. Calbia, la mère de Nicocrate, qui se doute de ses plans, convaincra son fils de faire torturer Arétaphile.

Ensuite, Arétaphile convainc sa fille de séduire Léandre, le frère de Nicocrate, afin de le renverser. Léandre parvient à tuer Nicocrate et lui succède.

Malheureusement, Léandre s’avèrera aussi tyrannique que son frère. Alors, Arétaphile fait appel au prince libyen Anabus pour venir libérer Cyrène.

Lucullus

En 87, le général romain Lucullus, un allié de Sylla, visite Cyrène, au cours d’une expédition navale destinée à lever une flotte auprès des alliés de Rome pour combattre Mithridate. La ville est en pleine guerre civile, qui dure depuis 7 ans, entre partisans et adversaires de Léandre. Lucullus met fin au conflit, réprime la tyrannie et établit une nouvelle Constitution. 13 ans après, Lucullus convaincra les autorités romaines de faire de la Cyrénaïque une province romaine.

Après la fin de la tyrannie, les citoyens de Cyrène proposent à Arétaphile d’exercer des fonctions dans le nouveau gouvernement de la ville, mais elle refuse. Elle aurait passé le reste de sa vie dans les quartiers des femmes de sa maison, sur son métier à tisser.

L’historien grec Plutarque mentionne Arétaphile dans son ouvrage De la vertu des femmes, comme un modèle de femme vertueuse, qui aspire à libérer son peuple de la tyrannie. Elle semble avoir été l’objet d’un culte pour les femmes de cette époque.

L'Afrique du Nord romaine, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Phéniciens en Afrique du Nord

Tamusiga : la ville antique d’Essaouira

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A l’époque romaine, la ville d’Essaouira s’appelait Tamusiga. Bien qu’elle n’était pas située en territoire romain, Tamusiga entretenait des liens commerciaux avec l’Afrique romaine. Les Îles Purpuraires, au large de la ville, contenaient une importante fabrique de pourpre qui remontait à l’ère phénicienne.

Les Îles Purpuraires, au large de Essaouira

Origines

Assiette phénicienne du 7° Siècle, retrouvée sur l’Île de Mogador

Les origines de la ville se perdent dans la nuit des temps. Après la fondation de Carthage, des marchands phéniciens ont fondé une chaîne de comptoirs commerciaux au-delà des Colonnes d’Hercule, sur la côte atlantique du Maroc actuel. Le dernier de ces comptoirs était probablement Agadir. Le site de Essaouira, qui offre un des meilleurs ancrages sur ces côtes, a certainement accueilli un de ces comptoirs. Les plus anciens vestiges phéniciens sur ce site remontent au 7° Siècle avant notre ère.

Les Phéniciens ont noué des relations avec les populations autochtones et faisaient du commerce avec eux. Sur les îles situées au large de Essaouira, ils ont développé une fabrique de teinture pourpre, à partir des coquillages qu’ils trouvaient sur la côte. L’industrie de la pourpre a donné à ces îles le nom d’Îles Purpuraires.

Arganier

En plus de la pourpre, les Phéniciens faisaient aussi du commerce d’huile d’argan, produite par les populations amazighes locales à partir du fruit de l’arganier, un arbre qui pousse uniquement dans cette région du monde. Il y a plus de 3000 ans, les Phéniciens exportaient déjà de l’huile d’argan à travers tout le bassin méditerranéen et s’en servaient comme complément alimentaire et comme cosmétique.

Itinéraire possible de Hannon le Navigateur

Au 5° Siècle avant notre ère, l’explorateur carthaginois Hannon le Navigateur a mené une expédition d’exploration de la côte ouest-africaine, en fondant des colonies sur sa route. Dans son itinéraire de voyage, la ville punique située sur le site d’Essaouira est appelée Arambys (Har Anbin, « montagne des raisins »). Elle était probablement abandonnée avant la visite de Hannon. Certains spécialistes identifient l’Île de Cerné, également mentionnée dans son itinéraire de voyage, à l’Île de Mogador, mais la plupart pensent que cette île est située plus au Sud, dans le Banc d’Arguin, en Mauritanie actuelle.

Des Phéniciens aux Amazighs et aux Romains

Après la chute de Carthage, les anciens comptoirs puniques ont été annexés par le Royaume de Maurétanie.

Manteau de pourpre romain

Le roi de Maurétanie Juba II rétablit l’ancienne industrie de fabrication de pourpre sur les Îles Purpuraires. A l’époque romaine, la pourpre était employée pour teindre les toges des sénateurs romains. Juba II organise aussi une expédition au départ des Îles Purpuraires pour explorer les Iles Canaries.

Pendant le règne de Juba II, une ville s’est développée sur les Îles Purpuraires. Les Amazighs l’appelaient Amagdul (« bien gardée »). Les Romains l’ont renommée Tamusiga. La ville était limitée aux îles : la baie d’Essaouira n’était pas occupée avant l’ère moderne.

Amphore originaire d’Hispanie bétique, 2° Siècle
Pièces de monnaie romaines du 3° Siècle, retrouvées sur l’île de Mogador

Tamusiga était la plus grande ville de Maurétanie située au-delà des frontières de l’Empire romain. Elle entretenait cependant des liens commerciaux étroits avec l’Afrique romaine, à travers son port. Une villa et une nécropole romaines ont été excavées, ainsi qu’un vase et des pièces de monnaie, conservés aujourd’hui Musée Sidi Mohammed ben Abdallah, à Essaouira.

Par la suite

Sanctuaire Regraga

Après la chute de l’Empire romain, Tamusiga a été abandonnée. La région environnante était habitée par des tribus amazighes, notamment les Regraga, qui étaient de religion chrétienne avant l’arrivée de l’islam. D’après une légende, pendant la vie du Prophète Mohammed, sept hommes de la tribu Regraga ont voyagé à La Mecque, où ils se sont convertis à l’islam.

Tombeau de Sidi Mogdoul, à Essaouira

Au 11° Siècle, Sidi Mogdoul, un saint musulman issu de la tribu Regraga, a été enterré à Essaouira. Son nom est probablement à l’origine de Mogador, le nom donné à la ville par les Portugais. Les anciens Amazighs l’appelaient déjà Amagdul, du phénicien Migdol, « petite forteresse ».

La Casbah de Essaouira, construite par Sidi Mohammed ben Abdallah

Au début du 16° Siècle, les Portugais construisent une forteresse à Mogador. Ils doivent faire face à la féroce résistance des Regraga et seront finalement chassés par les Saadiens. Le sultan saadien Ahmed al-Mansour établit une importante sucrerie dans la région de Essaouira et importe des esclaves Noirs originaires d’Afrique subsaharienne pour y travailler – les ancêtres des fameux Gnaouas. La ville moderne a été construite au 18° Siècle, par le sultan alaouite Sidi Mohammed ben Abdallah (Mohammed III). A la fin du protectorat, Mogador est renommée Essaouira, de l’arabe الصويرة (as-sawîra), « petite muraille » – un sens proche de l’ancien nom amazigh, phénicien et latin.

Synagogue Slat Lkahal de Essaouira

La communauté juive d’Essaouira, très influente jusqu’à aujourd’hui, remonte au 18° Siècle. Il est cependant possible qu’il y avait déjà des Juifs à Tamusiga à l’époque romaine : aucune trace archéologique ne l’atteste, mais c’est plausible dans la mesure où des communautés juives vivaient dans les villes de Maurétanie romaine, comme Volubilis et Sala. Pour la même raison, une présence chrétienne à la même époque n’est pas documentée, mais probable.

Aujourd’hui, la ville de Essaouira est fière de son héritage multiculturel, avec ses racines européennes, marocaines et subsahariennes (festival Gnaoua) et ses influences musulmanes, juives et chrétiennes. L’histoire antique montre que cette diversité n’est pas nouvelle : il y a plus de 2000 ans déjà, autochtones amazighs, commerçants phéniciens et aventuriers romains se côtoyaient dans le port et dans les rues de la ville.

Vue d’Essaouira aujourd’hui
L'Afrique du Nord romaine, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Volubilis : une ville amazighe

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Volubilis, au Nord de la ville marocaine de Meknès, était la capitale de l’ancien Royaume de Maurétanie. Si la ville s’est beaucoup développée à l’époque romaine, sa population est toujours restée majoritairement autochtone africaine. Après le 3° Siècle, Volubilis, abandonnée par les Romains, est redevenue une ville amazighe, gouvernée par des chefs de tribus locaux qui se sont appropriés ses infrastructures urbaines romaines.

Origines

Vue d’ensemble de Volubilis

La ville de Volubilis est construite dans une plaine fertile, au pied du Mont Zerhoun. La région environnante est habitée depuis au moins 5000 ans : des poteries néolithiques y ont été retrouvées.

Le nom « Volubilis » est la forme latine de son nom amazigh Oualili (ⵡⴰⵍⵉⵍⵉ). Deux hypothèses ont été proposée pour l’origine de ce nom : il pourrait venir soit du terme tamazight walilit, qui signifie laurier-rose, une fleur abondante dans la région ; soit du verbe wlly (tourner). En latin, le V de « Volubilis » était prononcé « ou ».

Volubilis, capitale de la Maurétanie

Carte de la Maurétanie antique

Avant l’ère romaine, Volubilis faisait partie du territoire du Royaume de Maurétanie. L’histoire antique de la Maurétanie est peu connue. Les anciens rois de Maurétanie, qui régnaient sur une confédération tribale nomade, n’avaient pas de capitale fixe : leur cour était mobile. Volubilis était cependant déjà un des principaux centres de leur royaume.

Stèle punique

Au 3° Siècle avant notre ère, le site de Volubilis était occupé par les Carthaginois, ainsi que l’attestent le temple de Baal et des inscriptions en langue punique. L’influence punique a perduré longtemps après la chute de Carthage.

Juba II

En -25, Juba II est choisi par les Romains pour régner sur un nouveau Royaume de Maurétanie élargi à une grande partie de la Numidie historique. En plus de sa capitale, Césarée (Cherchell), il construit une résidence secondaire à Volubilis, qui devient sa deuxième capitale, pour la moitié occidentale de son royaume. Juba II, un roi d’origine africaine, mais fortement romanisé, a transformé Volubilis en véritable cité romaine, avec un forum, une basilique, des temples et des thermes.

Volubilis à l’ère romaine

L’Empire romain annexe la Maurétanie en l’an 40, après la mort de Ptolémée, le fils de Juba II. Aedémon, un esclave affranchi de la famille royale, mène une révolte contre les Romains. Volubilis demeure fidèle à Rome. En récompense, l’Empereur accorde la citoyenneté romaine à ses habitants et les dispense d’impôts pendant dix ans.

La basilique romaine de Volubilis

Les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale à la place de Volubilis, à cause de sa proximité avec l’Europe. Volubilis reste cependant la ville la plus peuplée de la province, avec un pic de 20 000 habitants vers la fin du 2° Siècle – Amazighs romanisés pour la plupart. La ville s’enrichit considérablement à l’ère romaine, grâce à ses terres fertiles, qui lui permettent de cultiver du blé et de produire de l’huile d’olive. Une route est construite pour relier Volubilis à Tingis et Lixus (Larache).

Epitaphe du fondateur de la synagogue de Volubilis

Volubilis a accueilli aussi une communauté juive. Des inscriptions funéraires attestent de la présence de Juifs à Volubilis dès le 2° Siècle avant notre ère. Une synagogue a été construite au 3° Siècle. Les Juifs de Volubilis sont à l’origine de l’influente communauté juive marocaine.

Volubilis, comme toute l’Afrique romaine, s’est avérée être un terrain fertile pour le christianisme. Le site de l’église de Volubilis est connu et ses fondations sont encore visibles, même si le bâtiment lui-même a disparu. Des inscriptions chrétiennes retrouvées à Volubilis montrent des liens avec l’Oranie plutôt qu’avec Tingis, ce qui indique que le message chrétien est probablement venu de l’Est. (Source)

Arc de Caracalla, à Volubilis

Malgré l’importance de Volubilis, sa position, face à des tribus amazighes hostiles à la domination romaine, était toujours précaire. Cinq forts, situés au niveau des villages actuels de Aïn Schkor, Bled el Gaada, Sidi Moussa, Sidi Said et Bled Takourart (l’ancienne Tocolosida), ont été construits pour défendre la ville. L’Empereur Marc-Aurèle a fait construire une muraille autour de la ville, avec huit portes et 40 tours.

Le départ des Romains

L’Empire romain a perdu le contrôle de Volubilis, avec tout l’intérieur de la Maurétanie, après la crise du 3° Siècle. Vers 255, la confédération amazighe des Baquates, de la région de Taza et du Rif oriental, se révolte contre les Romains. Leur révolte est motivée surtout par la confiscation de leurs terres dans la région de Volubilis. Après une insurrection longue et meurtrière, un traité de paix est conclu en 280, en vertu duquel les Romains acceptent d’abandonner Volubilis.

Mosaïque de Diane, maison de Vénus

Les Baquates prennent le contrôle de la ville et récupèrent leurs terres. Volubilis est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.

En 285, lorsque le nouvel Empereur romain Dioclétien réorganise l’administration romaine en Afrique, une campagne pour reconquérir Volubilis est brièvement envisagée, mais l’idée est abandonnée : cela coûterait trop cher.

L’abandon de Volubilis par les Romains n’implique pas l’abandon de l’art de vivre romain par ses habitants. Certaines mosaïques de la ville, notamment celle de la course de chars, dans la Maison de Vénus, datent du 4° Siècle, après le départ des Romains.

Par la suite

Koceïla

Volubilis n’a été que peu affectée par l’invasion vandale. Les Byzantins se sont probablement établis dans la ville, mais n’y ont pas exercé une influence durable. Avant l’arrivée des Arabes, la région de Volubilis était gouvernée par des chefs amazighs locaux, dont les noms indiquent qu’ils étaient de religion chrétienne.

Au 7° Siècle, beaucoup d’Amazighs qui fuyaient l’expansion islamique se sont installés à Volubilis, notamment les survivants de la tribu Awraba, après la défaite de leur chef Koceïla. La ville est restée majoritairement chrétienne bien après l’arrivée de l’islam : les tombes chrétiennes à Volubilis datent de jusqu’au 12° Siècle.

Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun

En 788, le cherif Idriss ibn Abdallah, un descendant du Prophète Mohammed, s’établit dans la région de Volubilis et fonde la dynastie idrisside, considérée comme la première dynastie royale marocaine. Idriss I est enterré dans le Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun, tout près de Volubilis. Ainsi, la capitale de la Maurétanie antique est également devenue le berceau de la nation marocaine moderne.

Le christianisme en Afrique du Nord

La basilique sévérienne : un édifice civil romain transformé en église

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Après la christianisation de l’Empire romain, beaucoup de temples et d’édifices civils romains ont été transformés en églises. Pour les chrétiens, c’était une manière de se réapproprier le génie de la Rome antique, en mettant ses plus belles constructions au service de leur religion. Un bon exemple est la basilique sévérienne, un bâtiment emblématique de Leptis Magna, en Libye.

Basilique sévérienne

La basilique sévérienne a été construite par l’Empereur romain Septime Sévère, qui était originaire de Leptis Magna. Son histoire est liée à celle de l’Arc de Septime Sévère : lorsque Septime Sévère a visité Leptis Magna, en 203, les autorités de la ville ont construit l’arc en son honneur. Pour les remercier, l’Empereur a fait construire la basilique, inspirée de la Basilique Ulpia de Rome. La construction de la basilique a été terminée par Caracalla, le fils et successeur de Septime Sévère.

Abside Nord de la basilique

La basilique mesurait environ 95 mètres de long et 35 mètres de large. Elle était divisée en trois nefs, séparées par des rangées de colonnes en granite pourpre d’Egypte et en marbre vert d’Eubée. Aux deux extrémités, se trouvaient des absides (murs en demi-cercle), avec des plates-formes sur lesquelles se tenaient les magistrats. La basilique servait notamment pour les procès publics.

Les décorations sur deux colonnes de la basilique sont particulièrement remarquables. L’une représente Hercule, l’autre Dionysos.

Chaire de la basilique transformée en église

En 533, la basilique sévérienne, qui était tombée en ruines pendant l’occupation vandale, a été restaurée. Elle a ensuite été transformée en une église chrétienne, consacrée à Marie la mère de Jésus.

La chaire a été construite à partir d’un ancien autel qui se trouvait dans la basilique, afin de symboliser l’impuissance des idoles païennes et le triomphe du Dieu chrétien. Un baptistère, en forme de croix, a également été construit. En dehors de ces éléments nécessaires au culte chrétien, l’ancienne basilique romaine a cependant été laissée largement intacte. Les chrétiens romains ne voyaient pas leur foi comme une rupture avec le passé, mais ils voulaient préserver tout ce qui faisait la gloire de la Rome antique, en n’ôtant que ce qui contredisait directement leur foi.

L'Afrique du Nord romaine

Le roman africain : une langue latine en Afrique du Nord

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Les Nord-Africains de l’Antiquité, comme aujourd’hui, parlaient plusieurs langues différentes. Les Puniques, Grecs et Romains, qui ont dominé la région, ont toujours cherché à enrichir et non à détruire, à enseigner leur langue sans éradiquer la langue autochtone amazighe. Vers le 3° Siècle, une nouvelle langue dérivée du latin est même apparue dans la région. Cette langue, appelée le roman africain, était toujours parlée pendant plusieurs siècles après les conquêtes arabes.

Inscription latine du 5° Siècle, forum de Leptis Magna

Les populations autochtones d’Afrique du Nord parlaient divers dialectes tamazight, que les Romains appelaient libyque. Le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était courant aussi. A l’époque romaine, les populations urbaines ont adopté le latin et les coutumes romaines. La romanisation n’était cependant pas totale : les habitants des villes nord-africaines comme Carthage et Cirta ne parlaient pas un latin pur, mais le mélangeaient avec leurs langues ancestrales. Avec le temps, une nouvelle langue, avec des racines latines et de nombreux emprunts tamazighs et puniques, s’est formée.

Le latin était la langue de l’administration impériale et de l’éducation, employée aussi pour le culte chrétien, en tout cas dans les grandes villes. Ainsi, un jeune Nord-Africain apprenait le latin à l’école, s’en servait pour les formalités administratives et le parlait à l’église, mais en famille et avec ses amis, il parlait le latin dialectal. Plus une ville était petite, plus le dialecte local s’éloignait du latin classique. Le tamazight dominait dans les régions rurales. Avec le temps, le latin dialectal nord-africain est devenu une langue à part entière.

On estime que le roman africain était probablement très proche du sarde, une langue parlée encore aujourd’hui en Sardaigne. L’image de couverture de cet article est un des plus anciens manuscrits en sarde, certainement ce qui se rapproche le plus d’un manuscrit en roman africain.

Le roman africain a survécu aux conquêtes arabes du 7° Siècle : il était encore parlé au 12° Siècle sur les côtes méditerranéennes, et même jusqu’au 15° Siècle dans certaines régions isolées de l’intérieur du continent. Un certain nombre de mots en arabe darija et en tamazight, notamment les noms des mois, viennent probablement du roman africain. Le v latin était prononcé b en roman africain, une habitude qu’on retrouve encore aujourd’hui en darija dans les mots empruntés aux langues européennes. La page Wikipedia anglaise contient un tableau de mots tamazight d’origine romano-africaine.