Le christianisme en Afrique du Nord

Les Pères du Désert : les premiers moines chrétiens

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A l’époque où le christianisme a commencé à jouer un rôle de plus en plus influent dans la société romaine, certains croyants, déçus par la mondanité de l’Eglise, ont commencé à se retirer dans le désert, en quête d’une vie spirituelle plus authentique. Ils vivaient à l’écart de la société, seuls ou en communauté, et se consacraient à la prière et à la méditation. Né en Egypte, ce mouvement s’est répandu dans toute l’Afrique du Nord et partout dans le monde romain.

Les pionniers

Monastère de Saint-Paul, construit sur la grotte où Paul de Thèbes a vécu

Les premiers ascètes chrétiens sont apparus dans le désert égyptien. Ils vivaient une vie de solitude et de pauvreté volontaire, consacrée à la prière. On les appelle les Pères du Désert.

Paul de Thèbes

Paul de Thèbes est né vers 227, en Thébaïde. Après le décès de ses parents, le mari de sa sœur l’a dénoncé comme chrétien aux autorités romaines, afin d’obtenir sa part d’héritage. Paul s’enfuit alors dans le désert, vers 250, en pleine persécution. Il vivait dans une grotte au milieu du désert, se nourrissant uniquement des fruits d’un palmier qui se trouvait à proximité et se vêtant uniquement des feuilles de ce palmier. Il a vécu cette vie pendant presque une centaine d’années : il serait mort à l’âge de 113 ans ! Au cours de sa vie, d’autres ont suivi son exemple.

Icône copte d’Antoine le Grand

Si Paul de Thèbes est le premier Père du Désert, la figure la plus influente du mouvement est Antoine le Grand. Né vers 250, à Koma (Qiman al-Arus), en Haute-Egypte, dans une famille chrétienne aisée, il avait environ 20 ans lorsque ses parents sont décédés. Peu après, il a été interpellé par cette parole de Christ : « Si tu veux être parfait, va vendre ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi. » Il décide alors de vendre tout son héritage, distribue l’argent aux pauvres, puis part vivre le reste de sa vie dans le désert. D’après une légende, un corbeau venait lui apporter du pain quotidiennement. Beaucoup d’autres légendes racontent les tentations qu’il a subies et les miracles qu’il a accomplis. Il est brièvement sorti de sa solitude en 338, pour se rendre à Alexandrie afin de contribuer à la lutte contre l’hérésie arienne. L’évêque Athanase d’Alexandrie, qui l’admirait beaucoup, a écrit un récit de sa vie. Antoine est mort à l’âge de 105 ans.

Portrait du Père du Désert Onuphre

La vie d’Antoine le Grand a été marquée par d’importants changements dans la société romaine. Lorsqu’Antoine s’est retiré dans le désert, le culte chrétien était encore officiellement interdit, avec des persécutions violentes sous l’Empereur Dioclétien. En 312, cependant, le nouvel Empereur Constantin s’est lui-même converti au christianisme. A partir de là, l’Eglise chrétienne s’est retrouvée associée aux structures de pouvoir de l’Empire romain et s’est beaucoup enrichie. Des foules de plus en plus nombreuses, souvent ignorantes des textes sacrés, commencent à affluer dans les églises. En même temps, beaucoup de jeunes hommes, inspirés par l’exemple d’Antoine et d’autres, abandonnent les églises pour se retirer dans le désert. Souvent riches, ils renoncent à leur fortune pour répondre à l’appel de Christ à une vie chrétienne authentique.

Synclétique d’Alexandrie

Le mouvement s’est étendu aussi aux femmes. La plus connue des Mères du Désert est Synclétique d’Alexandrie. Originaire de Macédoine, elle était issue d’une famille noble, qui avait fait fortune dans le commerce maritime. Après la mort de ses parents, elle distribue sa fortune aux pauvres, se coupe les cheveux et s’installe avec sa sœur, qui était aveugle, dans une petite cellule en dehors de la ville d’Alexandrie. Avec le temps, d’autres jeunes femmes se sont installées à proximité de sa cellule, pour bénéficier de son enseignement.

Paphnuce de Thèbes

Paphnuce de Thèbes, un disciple d’Antoine le Grand, a vécu comme moine dans le désert pendant plusieurs années avant de devenir évêque de Thèbes. Victime de la persécution pendant le règne de l’Empereur Maximin Daïa, il a été torturé pour sa foi : il a perdu son œil gauche et le tendon de son pied droit a été coupé. Il a ensuite participé au Concile de Nicée, où il a été honoré par l’Empereur Constantin et par tous les participants pour les tortures qu’il a subies pour le nom de Christ. Il s’est opposé aussi à l’intention de certains évêques de rendre le célibat obligatoire pour tout le clergé chrétien, en affirmant la dignité du mariage et que le célibat n’est que la vocation de certains, pas de tous.

Pacôme le Grand

Les premiers ascètes chrétiens menaient une vie solitaire (anachorètes). Au début du 4° Siècle, Pacôme le Grand a commencé à fonder des communautés, où une centaine de moines vivaient ensemble, sous la direction d’un guide spirituel appelé abbé. Ces communautés monastiques suivaient une discipline très stricte, rythmée par des prières collectives et des jeûnes. Le reste de leur temps était consacré au travail manuel (souvent agricole) et à la méditation silencieuse. Le premier monastère a été établi par Pacôme vers 318. Des monastères féminins ont été établis aussi, notamment sous la direction de Théodora d’Alexandrie, qui s’était enfuie dans le désert, déguisée en homme, pour rejoindre une communauté monastique. D’autres ascètes vivaient en petits groupes de 2 à 6 hommes ou femmes, qui se réunissaient avec d’autres groupes une fois par semaine.

Macaire le Grand

La dernière grande figure du monachisme égyptien est Macaire le Grand. Né en Basse-Egypte vers 300, il part vivre dans le désert dans sa jeunesse, gagnant sa vie en fabriquant des paniers de paille. Peu après, une femme enceinte l’accuse de l’avoir violée. Macaire choisit de ne pas se défendre contre cette fausse accusation. Lorsque le moment est venu pour la femme d’accoucher, elle a eu un accouchement très difficile et n’a pas pu mettre son enfant au monde avant d’avoir avoué que Macaire était innocent. Une foule est venue lui demander pardon, mais Macaire s’est enfui dans le Désert de Nitrie. Là, il a fondé un centre monastique à Wadi Natroun, une région qui demeure un haut lieu du monachisme en Egypte jusqu’à aujourd’hui.

En plus des Evangiles chrétiens, le mouvement monastique était également influencé par l’ascétisme de certaines écoles philosophiques grecques, comme les pythagoriciens, les cyniques et les stoïciens, ainsi que par le manichéisme.

En Afrique et au-delà

Nécropole copte dans le désert libyen (Source)
Monastère Sainte-Catherine

Depuis l’Egypte, le monachisme s’est répandu dans d’autres régions. Le plus ancien monastère encore en activité est le Monastère Sainte-Catherine, fondé en 565 au pied du Mont Sinaï, où Moïse a reçu de Dieu la révélation des Dix Commandements. Ce monastère est consacré à Catherine d’Alexandrie, une jeune femme morte en martyre au début du 4° Siècle. Le Codex Sinaiticus, le plus ancien manuscrit de la Bible chrétienne, est conservé dans le monastère Sainte-Catherine.

Stylites

En Syrie, une nouvelle forme de monachisme s’est développée : les stylites, qui vivaient sur des colonnes, avec un panier attaché à une corde pour faire monter leur nourriture, et prêchaient aux foules qui venaient vers eux. Le fondateur de ce mouvement, Siméon le Stylite, a vécu pendant 36 ans au sommet d’une colonne. Il est connu pour avoir prêché le christianisme aux tribus arabes nomades du désert syrien.

En Afrique du Nord, des monastères ont été fondés dans le désert libyen, puis au-delà, en Numidie et en Maurétanie. Augustin d’Hippone a vécu pendant plusieurs années en communauté monastique dans sa maison familiale à Thagaste (Souk Ahras) avant de devenir évêque. Sa sœur était abbesse d’un couvent de femmes à Hippone (Annaba). Au 5° Siècle, Fulgence de Ruspe, qui a lutté contre la doctrine arienne imposée par les occupants vandales, était moine. Au 11° Siècle, Constantin l’Africain, un chrétien de Carthage, médecin de formation, est devenu abbé d’un monastère en Italie et a traduit en latin les ouvrages des maîtres de la médecine arabe, jouant un rôle fondamental dans le développement de la médecine européenne médiévale. (Source)

Tawadros II

Le monachisme joue un rôle très important dans l’Eglise copte d’Egypte jusqu’à aujourd’hui, surtout à Wadi Natroun. Le pape copte Tawadros II est issu d’un monastère de Wadi Natroun, de même que son influent prédécesseur Chenouda III. La force de la vie monastique a certainement joué un grand rôle dans la survie de l’Eglise copte au cours des siècles de domination islamique.

Les Perses en Afrique du Nord

Lumière et ténèbres : les manichéens en Afrique du Nord

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Le manichéisme est une religion d’origine perse, fondée sur une lutte cosmique entre la lumière et les ténèbres. Apparue au 3° Siècle, cette religion s’est rapidement répandue dans le monde romain, y compris en Afrique du Nord. Augustin d’Hippone a été manichéen pendant dix ans.

Origines

Sceau de Mani

Le manichéisme est basé sur les enseignements de Mani, présenté comme le dernier des prophètes, après Zarathoustra, Bouddha et Jésus. Né à Ctésiphon, la capitale de l’Empire perse, Mani a commencé à prêcher sa doctrine à la cour de l’Empereur perse Chapour I. D’abord soutenu par l’Empereur, il a été emprisonné vers la fin de sa vie. Après sa mort, ses disciples étaient persécutés.

La doctrine manichéenne enseigne une cosmologie complexe, fondée sur une conception dualiste du bien et du mal, représentées comme deux forces opposées d’une puissance égale. La lumière, associée au monde spirituel, et les ténèbres, associées au monde matériel, sont en lutte permanente. Le monde tel que nous le connaissons est le produit de cette lutte. L’âme humaine, qui est lumière, prisonnière du monde matériel, doit s’efforcer de retourner au monde de la lumière dont elle est issue.

Les quatre principaux prophètes du manichéisme : Zarathoustra, Bouddha, Jésus et Mani

Le dualisme manichéen qui oppose le monde matériel au monde spirituel est inspiré de la philosophie platonicienne. L’enseignement manichéen s’est inspiré aussi d’autres traditions spirituelles, à la fois orientales (bouddhisme, zoroastrisme, religion babylonienne, judaïsme) et occidentales (paganisme grec, cultes à mystères romains, christianisme, etc.). Le manichéisme se présente comme une spiritualité universelle, qui transcende toutes les traditions religieuses qui l’ont précédé.

La communauté manichéenne était composée des Elus, pleinement initiés, qui devaient se soumettre à une discipline ascétique très stricte, et des Auditeurs, les autres adhérents, qui soutenaient matériellement les Elus.

Diffusion dans l’Empire romain

Diffusion du manichéisme

Son message de salut universel et son emphase sur un prosélytisme actif ont permis au manichéisme de se répandre rapidement, d’abord au Moyen-Orient, puis dans tout le bassin méditerranéen. En même temps, le nouveau culte s’est diffusé aussi vers l’Orient, jusqu’en Chine.

Dans le monde romain, le manichéisme est devenu le principal rival du christianisme dans la course pour supplanter le paganisme classique comme la nouvelle religion dominante. En même temps, le manichéisme a aussi influencé le christianisme, notamment le monachisme chrétien.

En Afrique du Nord

Augustin d’Hippone

En Afrique romaine, une région très fortement chrétienne, le manichéisme s’est répandu surtout dans les grandes villes, comme Carthage, Cirta/Constantine et Hippone (Annaba). Les manichéens étaient particulièrement actifs à Carthage, la capitale culturelle de la région. Cette doctrine séduisait surtout les jeunes urbains éduqués, qui appréciaient son dualisme philosophique.

L’évêque Augustin d’Hippone a été manichéen pendant dix ans, avant d’abandonner cette doctrine. Après sa conversion au christianisme, il a écrit plusieurs livres destinés à combattre la doctrine manichéenne. Après être devenu évêque d’Hippone, il a aussi pris part à des débats publics avec les manichéens de la ville. Ce que nous savons de l’influence manichéenne en Afrique du Nord vient surtout de ses écrits. Il décrit en détail les rites et les textes sacrés manichéens.

Fauste de Milève – Image créée par ChatGPT

Le prédicateur manichéen le plus influent en Afrique du Nord était Fauste de Milève. Originaire de Milève (Mila), en Numidie, d’origine païenne, issu d’une famille pauvre, il est devenu un enseignant influent. Augustin l’a rencontré à Carthage alors qu’il était encore manichéen : alors qu’il se posait beaucoup de questions sur la doctrine manichéenne, tous ceux à qui il s’adressait lui recommandaient de consulter Fauste ; mais lorsque Fauste est finalement venu à Carthage et qu’il lui a posé ses questions, il a été très déçu par le manque de profondeur de ses réponses. C’est après sa rencontre avec Fauste qu’Augustin a commencé à douter du manichéisme. Par la suite, Augustin a écrit un livre Contre Fauste, pour réfuter sa doctrine.

Les responsables de la communauté manichéenne d’Hippone s’appelaient Félix et Fortunatus. Augustin a débattu avec eux publiquement au sujet de leur doctrine. A l’issue de ce débat, Félix, convaincu par les arguments d’Augustin, s’est converti au christianisme.

Par la suite

Lorsque le christianisme est devenu la religion officielle de l’Empire romain, les manichéens étaient persécutés. Leurs réunions étaient interdites et leurs chefs exilés. Le manichéisme était populaire surtout auprès de l’élite intellectuelle, beaucoup moins dans les classes populaires, ce qui a facilité leur dispersion. Les manichéens ont disparu en Afrique du Nord avant l’arrivée de l’islam.

En Orient, les manichéens ont survécu beaucoup plus longtemps, jusque dans l’ère musulmane. De petites communautés manichéennes très anciennes existent même encore aujourd’hui en Chine.

Le christianisme en Afrique du Nord

Sidi Yahya ben Younes : un saint chrétien enterré à Oudja ?

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Sidi Yahya ben Younes est le saint patron de la ville marocaine de Oudja, dont le mausolée se trouve dans l’oasis de Sidi Yahya. D’après une légende locale, Sidi Yahya ne serait autre que Jean-Baptiste, un prophète mentionné dans l’Evangile comme le cousin de Jésus-Christ !

Mausolée de Sidi Yahya ben Younes

Sidi Yahya, saint patron de Oujda

Oujda, la capitale de l’Oriental marocain, a été fondée en 994, par Ziri ibn Attia, le chef de la tribu zénète des Maghraoua. Elle est située dans la plaine de l’Angad, le territoire de la tribu arabe des Ahl Angad, qui vivent des deux côtés de la frontière entre le Maroc et l’Algérie. La région a toujours eu des liens étroits avec l’Algérie voisine : l’ancien Président algérien Abdelaziz Bouteflika est né à Oujda.

Le saint patron de Oujda est Sidi Yahya ben Younes. A 5km du centre-ville, se trouve l’oasis de Sidi Yahya, qui contient le mausolée du saint. Plusieurs autres saints sont enterrés à proximité. Leur présence est censée apporter la baraka à la ville.

L’oasis de Sidi Yahya est un lieu de détente prisé des Oujdis. L’écrivain est poète Yahya Amara, originaire de Oujda, raconte comment « durant les années 1960 et 1970, l’eau coulait à flot à Sidi Yahya et tous les habitants d’Oujda venaient s’y rafraichir durant la saison estivale. Sidi Yahya était un port de plaisance pour les pauvres, qui ne pouvaient se rendre jusqu’à la ville portuaire de Saidia. Sidi Yahya était alors notre mer de pauvres. » (Source)

Les origines historiques de Sidi Yahya ben Younes demeurent un mystère. Pour les Juifs de la région, Sidi Yahya serait un rabbin d’origine espagnole, installé à Oujda en 1391. D’autres sources, à la fois chrétiennes et musulmanes, affirment qu’il s’agit du prophète Jean-Baptiste, le cousin et annonciateur de Jésus-Christ !

Jean-Baptiste le prophète

Jean-Baptiste prêche dans le désert

Jean-Baptiste était le cousin de Jésus, un prophète envoyé pour annoncer la venue imminente du Messie. D’après l’Evangile, pendant que son père, le prêtre Zacharie, servait dans le Temple, un ange lui est apparu et lui a annoncé qu’il aurait un fils, alors que lui et son épouse Elisabeth étaient déjà trop âgés pour avoir des enfants. Parce qu’il n’a pas cru en cette promesse, Dieu, pour le punir, l’a rendu muet. Il a retrouvé la parole après la naissance de l’enfant, qu’il a appelé Jean.

Devenu adulte, Jean est parti dans le désert, où il prêchait aux Juifs et les appelait à la repentance. En signe de leur changement de vie, il baptisait ses disciples dans l’eau du Jourdain, d’où son nom de Jean-Baptiste. Il annonçait aussi la venue après lui d’un autre prophète, qui serait le Messie attendu depuis des siècles. Lorsque Jésus est venu vers lui pour être baptisé par lui, Jean a rendu témoignage qu’il était celui dont il avait parlé et a dit à ses disciples de le suivre désormais.

Jean-Baptiste est mentionné dans le Coran comme Yahya ibn Zakaria.

Jean-Baptiste et Sidi Yahya

La tête de Jean-Baptiste sur un plateau

Toujours selon l’Evangile, Jean-Baptiste a été emprisonné, puis exécuté par le roi Hérode Antipas de Judée, pour avoir dénoncé son mariage adultère avec la femme de son frère.

D’après la légende, Hérode Antipas craignait tellement que Jean-Baptiste ne ressuscite, qu’il a ordonné que sa tête et son corps soient enterrés séparément. A partir de là, on retrouve des reliques de Jean-Baptiste dispersées dans tout le bassin méditerranéen : sa tête serait enterrée à Rome ou à Damas, tandis que le Palais Topkapi, à Istanbul, contient des ossements considérés comme ceux de Jean-Baptiste. (Source)

Enfin, certains croient que Jean-Baptiste (ou une partie de son corps) est enterré à Oujda, dans le mausolée de Sidi Yahya ben Younes. Bien que personne ne puisse expliquer comment il serait arrivé là, ni comment un « ibn Zakaria » serait devenu « ben Younes », cette idée est solidement enracinée dans l’esprit des habitants et fait partie du patrimoine culturel et spirituel de la ville.

Même si, d’une perspective historique, il est très peu probable que l’oasis de Sidi Yahya contienne vraiment le tombeau de Jean-Baptiste, la tradition d’une figure aussi importante de la religion chrétienne, enterrée au Maroc, en terre d’islam, est néanmoins révélatrice de l’héritage multiculturel et multireligieux de la région. Le mausolée de Sidi Yahya, à Oujda, est un symbole de coexistence entre les différentes communautés musulmanes, juives et chrétiennes qui se sont succédées dans la ville. (Source)

L'Afrique du Nord romaine

Macrin : l’Afrique au pouvoir

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Macrin, originaire de Césarée (Cherchell), était le préfet du prétoire de l’Empereur romain Caracalla, avant de lui succéder comme Empereur. Après la dynastie des Sévère, il a poursuivi la lignée des Empereurs romains d’origine nord-africaine.

Origines

Macrin

Marcus Opellius Macrinus est né vers 165, à Césarée (Cherchell), en Afrique romaine. Son nom pourrait être la forme latine du nom amazigh Mokrane. Il était issu d’une famille d’origine amazighe, de l’ordre équestre (le deuxième rang de l’aristocratie romaine, après la classe sénatoriale). Selon certaines sources tardives, sa femme s’appelait Nonia Celsa et était également d’origine africaine.

Après ses études, il a fait carrière comme avocat. L’Empereur Septime Sévère, qui veut créer une nouvelle élite d’origine africaine, lui confie des responsabilités dans son administration. Son successeur Caracalla le nomme préfet du prétoire, la garde d’élite chargée de la sécurité personnelle de l’Empereur.

Dans un premier temps, Macrin avait toute la confiance de l’Empereur. Ensuite, cependant, un oracle a annoncé qu’il déposerait Caracalla et lui succéderait. A partir de là, l’Empereur se méfie de lui et Macrin craint pour sa vie.

Le 8 avril 217, en pleine campagne contre les Perses, Caracalla est poignardé par un soldat, alors qu’il était en train d’uriner. Il est probable que Macrin était derrière son assassinat.

Macrin devient Empereur

Pièce d’or à l’effigie de Macrin

Après la mort de Caracalla, Macrin devient Empereur à sa place. Il règne pendant un peu plus d’un an, d’avril 217 à juin 218.

Macrin est le premier Empereur qui n’était pas issu de la classe sénatoriale. Pour cette raison, le Sénat se méfie de lui. Il est aussi le premier Empereur à n’avoir jamais été à Rome pendant tout son règne.

Pièce d’or à l’effigie de Diaduménien

Macrin commence par rétablir la stabilité économique et diplomatique, en faisant la paix avec les royaumes voisins contre lesquels ses prédécesseurs étaient en guerre. Il nomme aussi son fils Diaduménien co-Empereur.

Chute de Macrin

Pendant le règne de Macrin, Julia Maesa, la tante de Caracalla, organise une rébellion de la dynastie royale déchue, afin de reprendre le pouvoir. La famille Sévère soutient Héliogabale, le fils de Julia Soaemias, une cousine de Caracalla, dont la mère prétend qu’il est le fils illégitime de l’Empereur assassiné. La plupart des historiens modernes doutent que Caracalla était vraiment son père. Macrin et Diaduménien sont tués et Héliogabale leur succède.

Le christianisme en Afrique du Nord

Arius le Libyen : une théologie chrétienne alternative

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Au début du 4° Siècle, alors que le christianisme commence à s’établir comme la nouvelle religion dominante de l’Empire romain, une importante polémique éclate au sein de l’Eglise autour de la nature de Christ. Arius, le fondateur de la doctrine arienne, était d’origine libyenne.

Contexte

Tertullien de Carthage, le premier auteur à mentionner la Trinité

Les chrétiens des premiers siècles croyaient que Jésus-Christ est Dieu devenu homme : c’est la doctrine de l’incarnation. Les textes sacrés emploient l’expression « Fils de Dieu » – non pas dans le sens d’une filiation charnelle, comme si Dieu avait eu un enfant avec une femme humaine, mais dans un sens d’origine et d’identité, comme le citoyen d’une nation peut être appelé « fils de la patrie ». La doctrine de la Trinité est fondée sur cette double nature de Christ. Le premier à employer le terme de Trinité est l’auteur chrétien amazigh Tertullien de Carthage.

Mieux comprendre la Trinité

Les Evangiles présentent Christ comme Dieu, le Créateur, qui a choisi de s’unir à nous, d’entrer dans sa création afin de montrer à ses créatures la voie du salut : c’est la doctrine de l’incarnation. Même dans son humanité, sa naissance miraculeuse, d’une femme, Marie, qui était vierge, atteste de sa divinité. En devenant homme, il n’a jamais cessé d’être Dieu. Etant Dieu, il existait de toute éternité et le monde a été créé par lui ; étant homme, il était à tous égards semblable à nous, il a connu la faim, la soif, la fatigue et la souffrance. Parce qu’il est homme, il a été soumis à toutes les tentations que nous connaissons et peut donc comprendre notre faiblesse ; parce qu’il est Dieu, il a vécu une vie parfaite, sans jamais commettre de péché. Ensuite, il est mort sur la croix, comme sacrifice parfait pour la rédemption de l’humanité. Enfin, il est ressuscité, il a remporté la victoire sur la mort, afin d’ouvrir la voie de la vie éternelle à tous ceux qui croiront en lui.

Pour illustrer la relation entre Dieu le Père, Christ le Fils et le Saint-Esprit de Dieu, à la fois un et distincts, les premiers théologiens chrétiens ont développé la doctrine de la Trinité (Tri-Unité). Le terme de Trinité n’apparaît pas dans la Bible, mais la doctrine elle-même est clairement présentée. Le premier à employer ce terme pour résumer l’enseignement biblique est l’auteur chrétien amazigh Tertullien de Carthage.

Tous les auteurs chrétiens des trois premiers siècles croyaient en cette doctrine.
Certains, pour la plupart de culture grecque, mettaient davantage l’accent sur l’unité de Christ avec Dieu le Père : il n’est pas comme les nombreux « fils de dieux » de la mythologie, mais il est pleinement Dieu et pleinement homme, Dieu l’Unique, l’Eternel, le Tout-Puissant, qui s’est incarné.
D’autres, notamment l’école théologique d’Antioche, insistaient plutôt sur la distinction entre les personnes de la Trinité : Dieu le Père est la Source du plan divin, le Fils est son accomplissement par l’incarnation, le Saint-Esprit est celui qui révèle ce plan.
D’autres encore s’intéressaient au rapport entre la divinité de Christ et son humanité : Christ est Dieu, mais pendant sa vie terrestre, il était soumis aux limites humaines, comme un roi qui choisit de quitter son palais pour vivre au milieu de ses sujets serait toujours roi, mais ne pourrait plus exercer son autorité royale. Cela explique pourquoi il priait, jeûnait et vivait dans la dépendance de Dieu.
Tous étaient cependant d’accord que Christ est Dieu fait homme.

Vie d’Arius

Arius

Arius est né vers 250, à Ptolémaïs, en Cyrénaïque romaine, une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire. Il était issu d’une famille chrétienne d’origine amazighe. Son nom pourrait être la forme latine du nom amazigh Ariuc. Son père s’appelait Ammonius, un nom courant en Egypte et en Cyrénaïque à cette époque, qui fait référence au dieu égyptien Ammon, ce qui montre qu’il était probablement d’arrière-plan païen.

Enfant, Arius lit les textes sacrés avec son père et se montre déjà avide d’apprendre. Dans sa jeunesse, il part poursuivre ses études en Syrie. Il étudie la théologie chrétienne auprès de Lucien d’Antioche, un enseignant influent, qui est mort martyr en 312. Il a probablement aussi reçu une formation philosophique : sa doctrine pourrait être influencée par des penseurs néoplatoniciens en vogue à cette époque, comme Jamblique, qui vivait en Syrie.

Martyre de Marc

Arius s’installe ensuite à Alexandrie, où il prend des responsabilités dans la communauté chrétienne. Pendant la persécution de Dioclétien, il se fait connaître pour son courage face à l’hostilité des autorités romaines. En 313, il devient prêtre dans l’Eglise d’Alexandrie. Il sert dans le district de Baucalis, près du port d’Alexandrie, où Marc l’Evangéliste aurait été mis à mort. Il devient un prédicateur populaire, avec une réputation ascétique. Sa popularité lui permet de diffuser ses idées. En 318, il commence à s’opposer ouvertement à l’évêque Alexandre d’Alexandrie, sur la doctrine de la Trinité.

La vie d’Arius n’est connue que par ses ennemis. Même le portrait hostile qu’ils font de lui laisse cependant ressortir l’image d’un homme pieux, pur et droit, avec une excellente connaissance des textes sacrés, doté d’une grande finesse de pensée, qui savait exposer ses idées clairement d’une manière convaincante. Il est décrit comme de grande taille, avec une voix douce, toujours vêtu simplement, d’un manteau court et d’une tunique sans manches.

L’écrivain américain Nathan Chapman Kouns a écrit un roman historique, Arius the Libyan (Arius le Libyen), inspiré de la vie d’Arius, qui donne vie à l’arrière-plan historique et culturel de l’Afrique du Nord antique d’une manière éclatante. Ce roman peut être lu en ligne (en anglais) sur cette page.

La doctrine arienne

Arius croit que Christ est le premier être créé par Dieu dès avant la création du monde, mais qu’il est une créature, distincte de Dieu, non pas Dieu lui-même. Par conséquent, il existe auprès de Dieu depuis bien avant son incarnation, mais il n’est pas éternel : il a été créé, et il fut un temps où il n’existait pas. Il a vécu une vie humaine parfaite, avec l’aide de Dieu, non par sa propre nature divine. Ainsi, Christ était « divin » parce que Dieu lui avait donné une partie de sa divinité, mais il n’était pas Dieu lui-même.

Cette doctrine s’inspire de l’enseignement de l’école théologique d’Antioche, qui insistait sur la distinction entre les personnes de la Trinité et sur la subordination du Fils au Père. Elle va cependant beaucoup plus loin, en niant que le Père et le Fils sont un. Certains spécialistes pensent que le véritable auteur de la doctrine arienne est Lucien d’Antioche, qui l’a enseignée à Arius.

Trois sources écrites par Arius, dans lesquelles il explique sa doctrine, ont été conservées : sa confession de foi adressée à l’évêque d’Alexandrie, sa confession de foi adressée à l’Empereur Constantin et une lettre à l’évêque Eusèbe de Nicomédie. Ses autres écrits ont été brûlés lors de sa condamnation.

Une controverse violente

Portrait d’Arius au Concile de Nicée

La doctrine d’Arius s’oppose à la doctrine trinitaire, acceptée avec certaines nuances par l’ensemble de l’Eglise chrétienne avant lui. Elle pose un problème qui menace de saper les fondements mêmes de la foi chrétienne : si Christ n’est pas Dieu, comment peut-il être le Rédempteur parfait dont l’humanité a besoin ?

Pour cette raison, Arius fait face à une forte opposition. Il est condamné par un concile de prêtres d’Alexandrie. Sa doctrine s’est cependant déjà répandue bien au-delà de sa ville, dans toute la partie orientale du monde romain, d’autant plus que, pour faciliter leur diffusion, Arius a mis ses idées en musique et en vers, sur la mélodie de chansons populaires. L’arianisme est particulièrement populaire en Cyrénaïque, la région d’origine d’Arius. Des évêques influents soutiennent Arius, notamment Eusèbe de Nicomédie (Izmit, en Turquie actuelle), la capitale de l’Empire romain d’Orient avant la fondation de Constantinople.

L’Empereur Constantin

La polémique prend une telle ampleur que l’Empereur Constantin, qui s’est converti au christianisme en 312, décide d’intervenir. L’Empereur ne s’intéresse pas particulièrement à la querelle théologique, mais il souhaite préserver l’unité de l’Eglise chrétienne pour des raisons politiques. En 325, il convoque un concile à Nicée (Iznik, en Turquie actuelle), pour résoudre la question.

Plus de 300 évêques venus de tout l’Empire participent à ce concile pour débattre de la question. Les discussions sont menées par l’évêque Ossius de Cordoue, en Espagne. Contrairement à une idée courante, l’Empereur n’a pas cherché à imposer sa propre doctrine à travers ce concile : il n’intervient que très peu dans les débats, se contentant d’encourager les évêques à se mettre d’accord pour éviter une division.

Nicolas de Myre gifle Arius

Le Concile de Nicée dure plus de deux mois. Une faction modérée, menée par l’évêque et historien de l’Eglise Eusèbe de Césarée, propose une formulation intermédiaire sur laquelle les partisans et les adversaires d’Arius peuvent se mettre d’accord, mais les anti-ariens refusent, estimant que la question est trop fondamentale pour un tel compromis. D’après une légende, l’évêque Nicolas de Myre, en Lycie (Sud-Ouest de la Turquie actuelle) aurait giflé Arius lors du concile. Pour l’anecdote, Nicolas de Myre est considéré comme la figure historique à l’origine du Père Noël.

Le Credo de Nicée

A l’issue des débats, le Concile de Nicée adopte une confession de foi, qui affirme clairement la doctrine trinitaire. L’arianisme est condamné comme hérétique. Sur les plus de 300 évêques présents, seuls deux évêques, tous deux de Cyrénaïque, refusent d’accepter cette confession de foi : Secundus de Ptolémaïs et Théonas de Marmarique. L’évêque Zopyrus de Barca (El-Marj) accepte la confession de foi, mais refuse de signer la condamnation d’Arius. Le Credo de Nicée demeure une confession de foi commune à l’ensemble des églises chrétiennes, jusqu’à aujourd’hui.

Après le Concile de Nicée, Arius, exilé, se réfugie en Palestine.

Après le Concile

Athanase d’Alexandrie

L’évêque Alexandre d’Alexandrie, l’artisan de la condamnation d’Arius, meurt en 327. Son successeur, Athanase, deviendra le champion de la doctrine nicéenne, le principal adversaire de l’arianisme au cours des prochaines décennies, avant et après la mort d’Arius.

Dans les années qui suivent, l’Empereur Constantin, par souci d’apaisement, autorise les partisans d’Arius à revenir d’exil. Arius lui-même est restauré dans la communion de l’Eglise en 336, après avoir accepté de reformuler certaines de ses idées les plus problématiques. L’évêque Athanase d’Alexandrie, qui s’oppose à sa réadmission, est lui-même exilé.

Arius meurt en 336, peu avant sa réadmission formelle au sein de l’Eglise. Il est possible qu’il ait été empoisonné.

L’arianisme après Arius

Baptême de Constantin

La doctrine arienne ne disparaît pas pour autant. L’évêque Eusèbe de Nicomédie, qui n’a accepté le Credo de Nicée que sous la pression de l’Empereur, continue à défendre la doctrine d’Arius. Les deux hommes se connaissent depuis leur jeunesse : ils ont étudié ensemble auprès de Lucien d’Antioche. L’Empereur Constantin choisit l’évêque arien Eusèbe de Nicomédie pour le baptiser sur son lit de mort, en 337.

Eusèbe de Nicomédie

Constance II (337-361), le fils et successeur de Constantin, est arien. Avec l’aide d’Eusèbe de Nicomédie, il cherche à imposer l’arianisme dans tout son Empire. Athanase d’Alexandrie est exilé à cinq reprises et a passé en tout 17 ans en exil. A la fin du règne de Constance II, la doctrine arienne est majoritaire dans la moitié orientale de l’Empire. En Occident, cependant, où l’arianisme n’a jamais été très populaire, les évêques fidèles à la doctrine nicéenne, menés par Ossius de Cordoue, refusent de laisser l’Empereur leur dicter leur théologie. En Afrique du Nord, l’arianisme est quasi inexistant, sauf en Cyrénaïque. L’évêque amazigh Augustin d’Hippone a écrit un livre contre l’arianisme.

Julien, le successeur de Constance II (361-363), tente sans succès de rétablir le paganisme dans son Empire. L’Empereur Théodose (379-395) établit le christianisme comme religion officielle de l’Empire en 380. L’année suivante, la doctrine arienne est à nouveau condamnée par le Concile de Constantinople. A partir de là, l’arianisme disparaîtra progressivement du monde romain. En Cyrénaïque, il semble avoir déjà disparu au début du 5° Siècle, lorsque Synesios de Cyrène était évêque de Ptolémaïs.

Eglise arienne vandale de Henchir el Gousset, en Tunisie (Source : Zaher Kammoun)

L’arianisme survit cependant au-delà des frontières romaines : Ulfilas, un disciple d’Eusèbe de Nicomédie, a prêché le christianisme arien aux Goths et traduit la Bible dans leur langue. Sous l’influence des Goths, d’autres peuples germains se convertissent à l’arianisme. Les Vandales, qui envahissent l’Afrique du Nord en 429, sont ariens et persécutent les chrétiens autochtones nord-africains.

En Afrique du Nord, l’arianisme, lié aux Vandales, a probablement disparu pendant l’ère byzantine, avant l’arrivée de l’islam. En Europe, les derniers peuples ariens sont les Visigoths d’Espagne, qui se convertissent au christianisme nicéen en 589, et les Lombards du Nord de l’Italie, qui se convertissent en 671.

A notre époque, les Témoins de Jéhovah ont une doctrine proche de l’arianisme.

Arius et l’islam

Arius musulman – Image créée par ChatGTP

Dans le monde musulman, Arius est souvent vu comme un précurseur de l’islam, un défenseur du monothéisme pur, qui croyait en Christ comme un prophète humain, combattait l’idolâtrie de l’Eglise qui l’adorait comme Dieu et s’opposait au « polythéisme » (shirk) trinitaire.

En réalité, les croyances d’Arius étaient très différentes de l’islam. Il croyait que Christ existait déjà auprès de Dieu avant sa naissance terrestre, dès avant la création du monde. Il croyait aussi qu’il est mort sur la croix pour la rédemption de l’humanité et qu’il est ressuscité. Le Coran nie la mort et la résurrection de Christ.

Ironiquement, la doctrine arienne, qui fait de Christ une sorte de demi-dieu, un être divin en dehors de Dieu, se rapproche bien plus du polythéisme que la doctrine trinitaire qu’il combattait !

L'Afrique du Nord romaine

Maxime de Madaure : le dernier grand rhéteur nord-africain

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Maxime de Madaure est un rhéteur et grammairien romano-africain de la fin du 4° Siècle, qui enseignait la rhétorique à Madaure (M’daourouch). Un de ses étudiants était le futur évêque Augustin d’Hippone.

Madaure

Maxime de Madaure est né vers 350, probablement à Thagaste (Souk Ahras). Il est le neveu de Romanianus, un haut fonctionnaire de Thagaste et ami de la famille d’Augustin d’Hippone, qui a financé ses études. Il a commencé à enseigner la rhétorique à Thagaste, puis à l’Université de Madaure.

En plus de sa carrière rhétorique, Maxime de Madaure était connu surtout pour ses travaux de grammaire, d’où son surnom de Maxime le Grammairien.

Un de ses étudiants, à Thagaste, puis à Madaure, était Augustin, qui deviendra plus tard évêque d’Hippone et le plus grand théologien chrétien romain. Maxime de Madaure était impressionné par le génie du jeune Augustin et l’a encouragé à poursuivre ses études. Par la suite, Maxime de Madaure, qui était un païen convaincu, mais très tolérant, a échangé des lettres avec son ancien étudiant, dans lesquelles il lui soumettait ses objections contre la foi chrétienne. Leur correspondance était souvent passionnée, mais toujours respectueuse. On peut lire une des lettres de Maxime de Madaure sur cette page et la réponse d’Augustin ici. Ces lettres mentionnent Namphamon, peut-être le premier martyr chrétien africain, qui a été mis à mort pour sa foi à Madaure.

Les Phéniciens en Afrique du Nord

Carthage au secours de la Phénicie

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Vers le début du 6° Siècle avant notre ère, Tyr, la cité-mère de Carthage, était menacée par l’Empire babylonien, si bien qu’elle ne pouvait plus assurer la défense des colonies phéniciennes dans le bassin méditerranéen occidental. Carthage, qui avait récemment pris son indépendance, a alors pris le relais. Son rôle de protecteur des autres colonies phéniciennes lui a permis de poser les bases de l’Empire carthaginois.

Contexte

Siège de Tyr

Au 7° Siècle, Tyr et les autres cités-États phéniciennes sont passées sous la domination de l’Empire assyrien, tout en gardant une large autonomie. L’affaiblissement de Tyr a permis à Carthage de prendre son indépendance, vers 650.

Ensuite, Tyr a été assiégée par le roi Nabuchodonosor de Babylone, de 586 à 573. Nabuchodonosor n’est jamais parvenu à conquérir la ville, mais après 13 ans de siège, les Tyriens se sont rendus.

Carthage protectrice des villes phéniciennes

En 580, un groupe de colons grecs originaires de Rhodes et de Cnide, mené par Pentathlos de Cnide, tente d’établir une colonie grecque en Sicile, sur l’emplacement de la future ville de Lilybée (aujourd’hui Marsala). D’autres colonies grecques, comme Syracuse, avaient déjà été fondées auparavant, mais elles étaient éloignées des villes phéniciennes à l’Ouest de l’île et ne représentaient pas une menace pour elles. Cette fois, la nouvelle colonie est située en plein territoire phénicien, tout près de la ville de Motya.

La Sicile au 6° Siècle – Bleu : zone d’influence grecque – Violet : zone d’influence phénicienne – Clic pour agrandir

Les Phéniciens de Sicile décident de s’unir pour chasser cette nouvelle colonie grecque dans leur zone d’influence. Tyr, qui est alors assiégée par les Babyloniens, ne peut leur venir en aide. C’est donc Carthage qui prend la tête des forces phéniciennes unies.

A cette époque, la ville grecque de Sélinonte était en guerre contre les Elymes (un peuple autochtone de Sicile) de Ségeste, qui étaient alliés aux Phéniciens de Motya. Les nouveaux arrivants Grecs décident de venir en aide à leurs compatriotes de Sélinonte, mais ils sont battus par l’alliance entre les Phéniciens et les Elymes. Leur chef, Pentathlos de Cnide, est tué au combat. Les survivants s’enfuient et fondent une colonie grecque à Lipari, dans les Îles Eoliennes.

L’émergence de l’Empire carthaginois

Après cet épisode, Carthage s’impose comme force protectrice des colonies phéniciennes du bassin méditerranéen occidental. Ce rôle lui permet de prendre progressivement le contrôle des autres colonies phéniciennes.

Alors que les Phéniciens étaient une civilisation commerçante, qui fondait des colonies et achetait des biens produits par les populations environnantes, les Carthaginois ont rompu avec la tradition pacifique phénicienne en ayant recours à la force militaire afin d’étendre leur Empire.

Nécropole punique d’Utique

La conquête carthaginoise de l’Afrique du Nord a commencé sous le règne du roi Malchus (556-550). Carthage prend le contrôle des anciennes colonies phéniciennes sur le détroit de Gibraltar et en Tripolitaine. Alors que Oea (Tripoli) avait été conquise par les Grecs de Cyrénaïque, les Carthaginois reprennent la ville. Utique, la plus ancienne colonie phénicienne en Afrique, n’est passée sous contrôle carthaginois que tardivement, vers 540.

Les ambitions carthaginoises s’étendent cependant au-delà de l’Afrique. Une campagne militaire en Sicile, probablement suite à l’appel à l’aide des Phéniciens de l’île face à l’expansion grecque, permet à Carthage d’intégrer les villes phéniciennes de Sicile à son Empire.

Vers 550, Malchus est envoyé en Sardaigne, afin de soutenir les populations phéniciennes locales contre les autochtones nuragiques. Il remporte une série de victoires qui lui permettent d’établir des colonies puniques sur l’île.

Vers 540, le nouveau roi Magon de Carthage l’allie aux Etrusques pour attaquer ensemble Alalia, une colonie fondée en Corse par les Grecs de Massalia (Marseille). Les Phocéens sont vaincus et contraints d’abandonner Alalia, qui passe sous contrôle carthaginois.

L’Empire carthaginois à son apogée

Vers 530, la civilisation tartessienne, un important partenaire commercial de Carthage en Espagne, s’effondre, permettant aux Carthaginois de d’étendre leur influence en Espagne.

A partir de 480, Carthage mènera sept guerres contre les Grecs de Syracuse, pour le contrôle de la Sicile. En 397, après la destruction de Motya, les survivants fondent la ville de Lilybée, sur l’emplacement de l’éphémère colonie grecque.

Plus d’un siècle plus tard, en 332, Alexandre le Grand assiège Tyr et s’empare de la ville. La civilisation phénicienne, qui dominait jadis une grande partie du bassin méditerranéen, ne survit désormais plus que dans l’Empire carthaginois.

Le christianisme en Afrique du Nord

Les évêques de Rome d’origine nord-africaine

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Les évêques de Rome, la capitale impériale, ont toujours eu une influence particulière dans l’Eglise chrétienne antique, qui s’est transformée avec le temps en autorité formelle. Plusieurs évêques de Rome des premiers siècles étaient originaires d’Afrique romaine.

Le premier évêque de Rome d’origine africaine était Victor, à la fin du 2° Siècle (189-199), né à Leptis Magna (comme Septime Sévère, qui deviendra Empereur en 192). Son épiscopat est marqué surtout par son conflit avec les églises d’Asie autour de la fête de Pâques : les chrétiens de Rome célébraient toujours Pâques un dimanche, tandis que ceux d’Asie la célébraient n’importe quel jour de la semaine. Victor a voulu imposer son usage aux églises d’Asie, mais il a fait marche arrière face à l’opposition d’autres évêques européens, comme Irénée de Lugdunum (Lyon), qui ont fait valoir que cette différence existe depuis déjà près d’un siècle sans avoir jamais justifié une rupture de la communion entre eux. C’est la première fois qu’un évêque de Rome a cherché à imposer son autorité à d’autres églises, un premier pas dans la direction de la primauté romaine.

Un autre évêque de Rome d’origine africaine était Miltiade (311-314), qui est devenu évêque juste après la fin des persécutions et a dirigé l’Eglise pendant les années cruciales d’adaptation à son nouveau rôle de religion favorisée par l’administration impériale. L’Empereur Constantin, nouvellement converti au christianisme, offre à Miltiade le Palais de Latran (image de couverture), auparavant le palais de l’Impératrice Fausta, comme demeure de l’évêque de Rome. L’épiscopat de Miltiade est marqué par la controverse donatiste. Miltiade s’oppose aux donatistes, un mouvement chrétien nord-africain qui refuse les compromis de l’Eglise romaine avec le pouvoir politique.

Le dernier évêque de Rome d’origine africaine est Gélase (492-496), qui est né en Afrique romaine et a fui à Rome après l’invasion vandale. Avant de devenir évêque, il était le principal collaborateur et secrétaire de son prédécesseur. Alors que l’Empire romain n’existe plus et que tout le paysage politique européen est en pleine recomposition, Gélase se bat pour maintenir l’autonomie de l’Eglise face au pouvoir politique.

L'Afrique du Nord romaine

Macrobe : le dernier grand écrivain romano-africain

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Macrobe est un écrivain latin d’origine nord-africaine du 5° Siècle. Il est considéré comme un des principaux auteurs « passerelles » dont l’œuvre a permis la transmission de l’héritage culturel antique aux siècles suivants, à travers les crises qui ont secoué le monde romain à son époque.

Macrobe présente son œuvre à son fils

Macrobius Ambrosius Theodosius est né vers 400 et a écrit au début du 5° Siècle. On ne sait presque rien de sa vie, pas même sa ville de naissance ni où il vivait pendant sa carrière d’écrivain. Il écrit qu’il est né « sous un ciel étranger », c’est-à-dire, pour les Romains, en dehors de l’Italie. Le fait qu’il maîtrise mieux le latin que le grec, avec d’autres indices internes à son œuvre, a amené les spécialistes à penser qu’il était probablement originaire d’Afrique romaine. Macrobe était païen, dans un Empire romain déjà très majoritairement chrétien. Il était probablement apparenté à Symmaque, le préfet de Rome, qui était le chef de file de la résistance païenne à la christianisation de l’Empire. Il avait un fils, Eustathius, à qui il dédie ses œuvres.

Macrobe a écrit deux œuvres qui sont encore disponibles aujourd’hui. Son œuvre principale, le Commentaire du rêve de Scipion, était un des livres les plus cités au Moyen-Âge et une des principales sources sur la pensée néoplatonicienne à cette époque. Dans le Rêve de Scipion, de Cicéron, le grand général romain apparaît à son petit-fils Scipion Emilien, pour lui révéler sa destinée future et celle de sa patrie, lui exposer les récompenses qui attendent les hommes vertueux après leur mort et lui décrire le fonctionnement de l’univers et le rôle de l’homme dans l’univers. Macrobe commente ce rêve, en exposant une série de théories néoplatoniciennes sur l’origine et la signification des rêves, les propriétés mystiques des chiffres, la nature de l’âme, l’astronomie et la musique. Il affirme notamment que le soleil est deux fois plus grand que la terre. Ses sources principales sont les philosophes néoplatoniciens Plotin et Porphyre.

Son autre œuvre majeure, les Saturnales, sont un compte-rendu des discussions qui ont eu lieu dans la maison d’un riche aristocrate. Il aborde une grande diversité de sujets historiques, mythologiques et grammaticaux. Il cite l’opinion d’auteurs plus anciens, comme Virgile et Cicéron, sur ces questions.

Macrobe, avec les auteurs romains du 6° Siècle Cassiodore et Boèce, est considéré comme un des auteurs de l’Antiquité tardive dont l’œuvre a permis la transmission de l’héritage culturel gréco-romain jusqu’au Moyen-Âge.

Carthage et l'Empire carthaginois

Un Carthaginois en Sicile : le suffète Magon à Syracuse

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Au cours du 5° et du 4° Siècles avant notre ère, Carthage a mené une série de sept guerres contre les Grecs de Sicile, pour le contrôle de l’île. Vers 345, le suffète carthaginois Magon profite des divisions entre factions politiques rivales à Syracuse, la principale ville grecque de Sicile, pour entrer dans la ville, sur l’invitation d’une faction. Il échoue cependant à obtenir une victoire permettant à Carthage de prendre le dessus sur son rival.

Contexte

Syracuse

A partir du 6° Siècle avant notre ère, plusieurs colonies grecques ont été fondées au Sud de l’Italie. L’influence grecque dans cette région était telle que les Romains l’appelleront Magna Graecia (Grande-Grèce). En Sicile, la principale colonie grecque était Syracuse, fondée vers 734, par des colons originaires de la ville de Corinthe.

Pendant la plus grande partie du 5° et du 4° Siècles, les villes grecques de Sicile étaient gouvernées par des tyrans (des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec). Les plus connus des tyrans de Syracuse sont Denys l’Ancien (405-367) et son fils Denys le Jeune (367-357, puis 346-344).

Le règne de Denys le Jeune

Pièce à l’effigie de Denys le Jeune

Denys le Jeune, qui a moins de 30 ans lorsqu’il succède à son père, n’a aucune expérience du pouvoir et mène une vie frivole et dissolue. Les premières années de son règne se caractérisent par ses tensions avec son oncle Dion, qui souhaite réformer la gouvernance de Syracuse afin de la rendre plus démocratique. Denys le Jeune fait exiler Dion, mais en 357, Dion revient et mène une révolte contre lui. Dion parvient à prendre le pouvoir, mais il est assassiné en 354.

Le château d’Euryale : la citadelle où Denys le Jeune s’est réfugié

Après des années d’instabilité, Denys le Jeune reprend le pouvoir à Syracuse en 346. Son pouvoir est contesté par Hicétas, le tyran de la ville voisine de Léontini et un ami de Dion, qui a accueilli sa famille après sa mort. Après le retour de Denys le Jeune, Léontini devient le point de ralliement des Syracusains hostiles à son pouvoir. Hicétas finit par attaquer Syracuse et prend le contrôle de toute la ville, sauf la citadelle, où Denys le Jeune se réfugie.

Dans ce contexte, un groupe de Syracusains, lassés des guerres incessantes contre Carthage et des divisions politiques qui affaiblissent la ville, décident d’envoyer un appel à l’aide à Corinthe, la cité-mère de Syracuse. Le général corinthien Timoléon est envoyé en Sicile afin de restaurer la stabilité à Syracuse.

La mission de Magon de Carthage

La rivalité avec Carthage a toujours joué un rôle important dans les intrigues politiques internes à Syracuse. Le bannissement de Dion semble avoir été motivé par une lettre qu’il avait envoyée aux autorités carthaginoises, dans laquelle il leur recommande de le consulter directement pour les négociations de paix.

Pièce syracusaine à l’effigie de Timoléon

Lorsque Timoléon débarque en Sicile, il commence par combattre Hicétas et lui infliger une lourde défaite. Peu après, Denys le Jeune abandonne la citadelle de Syracuse entre les mains de Timoléon. La ville est à présent divisée entre les forces de Hicétas et de Timoléon.

Magon à Syracuse – Image créée par ChatGPT

C’est à ce moment-là que Hicétas fait appel aux Carthaginois pour l’aider contre son nouvel ennemi. Le suffète carthaginois Magon entre dans le port de Syracuse à la tête d’une grande flotte, puis pénètre dans la ville à l’invitation de Hicétas. Il espère obtenir une issue favorable aux intérêts de Carthage.

L’intervention carthaginoise sera cependant de courte durée : peu après son arrivée, Magon, qui fait face à l’hostilité de la population syracusaine et craint une trahison, retire ses troupes de Syracuse et retourne à Carthage. Après son départ, Hicétas est facilement vaincu par Timoléon. Le général corinthien est le nouveau maître de Syracuse.

Par la suite

Denys le Jeune part en exil à Corinthe, où il meurt l’année suivante.

Timoléon

Timoléon établit une nouvelle Constitution à Syracuse, qui rétablit la démocratie après un demi-siècle de tyrannie. Il invite de nouveaux colons de Grèce continentale à venir s’installer à Syracuse et dans d’autres villes de Sicile, afin de reconstruire l’économie ravagée par la guerre.

Une fois la stabilité rétablie à Syracuse, Timoléon reprend la guerre contre Carthage. Il remporte une grande victoire contre les troupes carthaginoises menées par Magon, qui se suicide après sa défaite. Carthage est contrainte de signer un traité de paix qui ne lui permet de garder le contrôle que de la moitié Ouest de la Sicile.

Timoléon consacre les dernières années de sa vie à chasser les derniers tyrans de Sicile. Hicétas, à Léontini, est vaincu et exécuté. Timoléon est resté dans l’histoire comme le libérateur de la Sicile.