Les Romains ont organisé plusieurs expéditions d’exploration des territoires situés au-delà du désert du Sahara. Ces expéditions n’avaient pas pour objectif de conquérir ces territoires, mais d’ouvrir de nouvelles voies commerciales.
La première expédition romaine dans le Sahara a été lancée en 19 avant notre ère, par le proconsul d’Afrique Lucius Cornelius Balbus. Parti de Sabratha, il envahit l’oasis de Ghadamès, qui était auparavant habitée par les Garamantes. Il explore ensuite le Sahara, jusqu’au fleuve Niger. Balbus, né à Gadès (Cadiz), en Espagne, dans une famille d’origine punique, avait peut-être accès, par sa famille, à des informations sur les anciennes routes commerciales puniques. Il est le premier Romain à avoir traversé le Sahara.
En 41 de notre ère, Suetonius Paulinus, un général romain envoyé en Maurétanie pour réprimer l’insurrection d’Aedemon, devient le premier Romain à traverser les montagnes de l’Atlas. Après avoir vaincu les insurgés, il voyage à travers le Sahara marocain actuel. Il serait arrivé jusqu’au fleuve Sénégal.
Le Lac Tchad, que Ptolémée appelle « Lac des hippopotames », a toujours fasciné les Romains. En 50, Septimius Flaccus, parti de Leptis Magna, traverse le Sahara en passant par l’oasis de Sebha. Il atteint le Lac Tchad en trois mois, puis remonte les fleuves Chari et Logone.
En 90, Julius Maternus, parti de Syrte, traverse le désert jusqu’à l’oasis de Kufrah, puis poursuit son voyage avec le roi des Garamantes, jusqu’aux fleuves Bahr Salamat et Bahr Aouk, au Sud du Tchad actuel. Il retourne à Rome avec un rhinocéros à deux cornes, qui est exposé au Colisée.
Les Romains voyageaient aussi vers le Sud par voie fluviale, sur le Nil, et par la mer, en remontant les côtes ouest-africaines depuis la Maurétanie, ou par la Mer rouge, jusqu’à l’île de Zanzibar.
Des pièces de monnaie romaines ont été retrouvées en Mauritanie, vers Akjoujt et Tichitt ; au Mali, dans la région du fleuve Niger ; et plus loin en Afrique de l’Ouest.
D’après l’Histoire Auguste, une collection de biographies d’Empereurs romains écrite au 4° Siècle, un certain Celse, un tribun militaire basé en Afrique romaine, s’est proclamé Empereur pendant le règne de Gallien (253-268). L’Histoire Auguste n’est pas considérée comme une source historique fiable : la plupart des historiens modernes pensent que cet usurpateur n’a jamais existé.
Son fils Gallien, qui lui succède, fait face à des usurpateurs qui profitent de la situation pour lui contester le trône. L’un d’eux, Postume, le gouverneur de la province de Germanie, prend le contrôle de la Gaule et de la Bretagne, où il établit un Empire rival.
Avant son exil, Valérien avait lancé une féroce campagne de persécution contre les chrétiens de son Empire, au cours de laquelle l’évêque Cyprien de Carthage est mort en martyr. Les chrétiens voyaient sa capture par les Perses comme un jugement divin. Gallien, sensible à cette idée, accorde la liberté religieuse aux chrétiens.
La rébellion de Celse
L’Histoire Auguste mentionne trente usurpateurs pendant le règne de Gallien. S’il est certain qu’il y en a eu beaucoup, ce nombre est certainement exagéré, afin d’obtenir un parallèle avec les trente tyrans d’Athènes, au 5° Siècle avant notre ère. Plusieurs noms mentionnés dans l’Histoire Auguste n’ont jamais revendiqué le trône impérial et quelques-uns sont tout simplement fictifs.
D’après l’Histoire Auguste, Celse était un simple tribun militaire qui vivait tranquillement sur ses terres, près de Sicca (El Kef), en Afrique romaine, lorsqu’il a été soudain proclamé Empereur par le proconsul d’Afrique et le général gardien des frontières libyennes. Sa nomination était si inattendue qu’il n’a pas pu se procurer les insignes du pouvoir et a été obligé de revêtir une robe prise sur la statue d’une déesse. Sa chute a été tout aussi rapide : il a été tué après sept jours et son corps a été dévoré par les chiens. Après sa mort, les habitants de Sicca ont témoigné de leur loyauté à l’Empereur Gallien, en portant l’effigie de son rival à travers la ville, accrochée à une croix.
Cet épisode est fictif. Il serait très surprenant que le proconsul d’Afrique choisisse de soutenir une figure de si faible envergure comme Empereur, au lieu de revendiquer le trône lui-même. Il s’agit probablement d’une invention de l’auteur de l’Histoire Auguste, pour parvenir au chiffre symbolique de trente usurpateurs.
Dans l’histoire de l’Empire romain, le premier Nord-Africain à avoir revendiqué le trône était un officier militaire appelé Albinus, originaire de Hadrumetum (Sousse). Nommé gouverneur de Bretagne romaine par l’Empereur Commode, il se proclame Empereur pendant la crise qui a suivi la mort de Commode. Comme il n’est pas assez puissant s’imposer dans tout l’Empire, il fait alliance avec un autre militaire d’origine africaine : Septime Sévère, qui en fait son Empereur auxiliaire, avant de le tuer.
L’Empereur Commode est assassiné en décembre 192. Le préfet du prétoire Quintus Aemilius Laetus, qui a participé au complot contre lui, était d’origine africaine, de Thenae (Thyna, près de Sfax, en Tunisie actuelle).
L’armée a choisi le sénateur Pertinax pour succéder à Commode, mais il n’a régné que trois mois avant d’être assassiné à son tour. La garde prétorienne a alors vendu le trône impérial au riche sénateur Didius Julianus (qui avait également des liens avec l’Afrique, par sa mère, issue d’une famille romaine installée à Hadrumetum (Sousse)). L’armée, scandalisée de voir le trône vendu aux enchères, s’est révoltée. Au cours de cette année, plusieurs militaires ont revendiqué le trône impérial, dont Albinus, soutenu par les légions romaines en Bretagne.
Dans la guerre civile qui a suivi, Albinus a fait alliance avec un autre militaire, également d’origine africaine : Septime Sévère. Après sa conquête de Rome, Septime Sévère devient le premier Empereur d’origine africaine. Albinus accepte de servir comme César (vice-Empereur) sous ses ordres, gouvernant la partie occidentale de l’Empire.
Après la défaite des autres prétendants au trône, Septime Sévère, résolu à s’imposer comme le seul maître de l’Empire, décide d’écarter Albinus, qui est tué en 197.
Au début du 4° Siècle, l’Empire romain est déchiré par une série de guerres civiles entre prétendants au trône impérial. Dans ce contexte, le vicaire des provinces romaines d’Afrique du Nord, Domitius Alexander, s’est brièvement proclamé Empereur.
Contexte
L’Empire romain divisé
En 293, l’Empereur Dioclétien réforme profondément l’administration impériale. L’Empire est divisé, avec pour Empereurs Dioclétien en Orient et Maximien en Occident. Chacun des deux Empereurs est secondé par un César (Empereur auxiliaire), destiné à lui succéder. Cette Tétrarchie (pouvoir de quatre hommes) est destinée à augmenter la capacité d’action du pouvoir. Dioclétien veut aussi abolir la succession héréditaire, en faveur du choix des meilleurs.
Ce régime de partage du pouvoir échouera à cause de l’ambition de ces hommes, qui veulent chacun régner seuls. En 305, Dioclétien abdique volontairement en faveur de son César, Galère, et contraint Maximien à faire de même, mais Maximien est réticent à renoncer au pouvoir. Lorsque Constance Chlore, le César et successeur de Maximien, meurt en 306, une guerre civile éclate dans la partie occidentale de l’Empire, entre Sévère, son successeur désigné, son fils Constantin, qui a le soutien des troupes de son père, et Maxence, le fils de Maximien. Dioclétien, découragé par l’échec du système qu’il a mis en place, se suicide en 311.
La révolte de Domitius Alexander
Pièce de monnaie à l’effigie de Domitius Alexander
Domitius Alexander est le vicaire (gouverneur-général) du diocèse d’Afrique, qui regroupe les provinces romaines d’Afrique du Nord (sauf la Maurétanie tingitane, qui fait partie du diocèse d’Hispanie). Il n’est pas lui-même d’origine africaine.
Vers 308, Maxence, un des prétendants au trône en Occident, envoie son portrait en Afrique pour être reconnu en tant qu’Empereur. Les troupes romaines stationnées à Carthage refusent. Alors, Maxence ordonne à Domitius Alexander d’envoyer son fils comme otage à Rome. Domitius Alexander refuse et se fait proclamer Empereur par son armée.
Domitius Alexander dispose d’un excellent moyen de pression sur Rome : ce sont les provinces africaines qui approvisionnent la capitale impériale en blé. Alors que Maxence domine l’Italie, Domitius Alexander fait alliance avec Constantin, qui contrôle la Bretagne et la Gaule.
En 310, Maxence envoie une armée en Afrique, qui prend facilement le dessus sur les troupes de Domitius Alexander, sans grande résistance. Carthage et Cirta sont pillées à l’occasion de cette guerre. Domitius Alexander lui-même est tué.
Par la suite
En 312, Constantin remporte une victoire décisive contre Maxence en Italie, lors de la Bataille du Pont Milvius, devenant le seul maître de l’Empire romain d’Occident. Constantin attribue sa victoire à Christ et se convertit au christianisme, devenant le premier Empereur romain chrétien.
Après sa victoire, Constantin reconstruit Cirta, largement détruite après la révolte de Domitius Alexander, et renomme la ville Constantine.
Une dizaine d’années plus tard, Constantin construit une « nouvelle Rome » sur le Bosphore, qui deviendra la capitale de son Empire : Constantinople, la ville de Constantin.
A partir du 3° Siècle, une nouvelle interprétation de la philosophie platonicienne s’est répandue dans tout l’Empire romain, jusqu’à devenir la nouvelle école de pensée dominante. Un philosophe néoplatonicien influent, Marius Victorinus, était un Nord-Africain installé à Rome.
Origines du néoplatonisme
Plotin
Le grand philosophe grec Platon pensait que le monde dans lequel nous vivons n’est que l’ombre du monde réel : le monde des formes, éternelles et immuables, dont les objets matériels, et même les concepts intellectuels et valeurs morales que nous connaissons, ne sont que de pâles copies, sans cesse changeantes. L’âme humaine, qui vient de ce monde idéal, est prise au piège du corps matériel et aspire à s’en libérer par la philosophie.
Le néoplatonisme est un développement de la philosophie platonicienne, qui enseigne comment l’âme peut s’élever au-delà du monde matériel afin de retrouver son état originel. Il s’agit d’une forme de mysticisme, avec des exercices pratiques pour retourner au monde spirituel invisible.
Le fondateur du néoplatonisme est Plotin, né vers 204, à Lycopolis (Assiout), en Egypte, qui expose sa pensée dans ses Ennéades. Pour Plotin, la source et la fin de toutes choses est l’Un, le principe premier, infiniment simple et inconnaissable. L’âme humaine, qui émane de l’Un, contient toute la connaissance de l’univers sous une forme unifiée, mais cette connaissance n’est plus accessible depuis que l’âme est prisonnière du corps. Le monde matériel n’est qu’une copie imparfaite de cette connaissance.
La pensée de Plotin a été diffusée et développée par son disciple Porphyre de Tyr.
Vie de Marius Victorinus
Vue du Forum de Trajan, où se trouvait une statue (perdue) de Marius Victorinus
Gaïus Marius Victorinus est né vers 290, en Afrique romaine, probablement à Thagaste (Souk Ahras), d’où son surnom de Victorinus Afer. Dans sa jeunesse, il commence à enseigner la rhétorique. Sa réputation est telle qu’il se voit offrir un poste d’enseignant à Rome, la capitale impériale, où il fait une brillante carrière. En 354, une statue est érigée en son honneur sur le Forum de Trajan, à Rome.
A Rome, il découvre la philosophie néoplatonicienne, à travers les livres de Plotin et Porphyre ; il était probablement trop jeune pour avoir connu Porphyre lui-même, qui est décédé vers 305. Cette pensée le séduit tellement qu’il traduit du grec vers le latin les ouvrages de Plotin et Porphyre.
La vie de Marius Victorinus est marquée par de profonds changements dans l’Empire romain : le christianisme, une religion encore minoritaire et persécutée au moment de sa naissance, s’impose progressivement comme la religion dominante dans l’Empire. Marius Victorinus lui-même se convertit au christianisme dans sa vieillesse, vers 355. Sa conversion jouera un rôle déterminant dans celle de son compatriote africain, le futur évêque Augustin d’Hippone. D’après Augustin, il se disait chrétien en privé depuis longtemps, mais était réticent à rendre sa conversion officielle pour ne pas contrarier d’aristocratie païenne qui l’employait.
En 362, le nouvel Empereur Julien, qui cherche à rétablir le paganisme dans son Empire, interdit aux chrétiens d’enseigner la rhétorique. Marius Victorinus ferme son école et consacre les dernières années de sa vie à l’écriture. Il meurt en 364.
Contexte : la christianisation de l’Empire romain
L’Empereur Constantin (306-337) se convertit au christianisme en 312, devenant le premier Empereur romain chrétien. Au moment de sa conversion, on estime qu’environ 10% de la population de l’Empire était chrétienne. L’administration de Constantin et de ses fils favorise le christianisme. On estime que la nouvelle religion est devenue majoritaire dans l’Empire vers 350. Julien, le neveu de Constantin, tente sans succès de rétablir le paganisme pendant son court règne (361-363). Après lui, tous ses successeurs seront chrétiens. En 380, l’Empereur Théodose proclame le christianisme religion officielle de l’Empire.
Œuvre de Marius Victorinus
Manuscrit du Commentaire de Cicéron
En plus de ses traductions de Plotin et Porphyre, Marius Victorinus a traduit et commenté des œuvres de Platon et d’Aristote. Il a également écrit des livres de grammaire et de rhétorique, ainsi qu’un commentaire de Cicéron.
Après sa conversion, il cherche à harmoniser le christianisme avec la métaphysique néoplatonicienne, notamment dans son livre De la génération du Verbe divin. Il a écrit aussi des commentaires de livres bibliques.
Le travail de synthèse entre christianisme et néoplatonisme commencé par Marius Victorinus a été poursuivi par Augustin d’Hippone. Pour eux, le salut chrétien est l’aboutissement de la quête mystique néoplatonicienne. L’influence d’Augustin est telle que toute la théologie chrétienne médiévale a été influencée par la pensée néoplatonicienne.
Gafsa, en Tunisie, une des villes les plus anciennes d’Afrique du Nord, était le centre d’une civilisation très ancienne : la civilisation capsienne. A l’époque romaine, elle s’appelait Capsa. Plusieurs des plus belles mosaïques d’Afrique romaine ont été retrouvées dans la région de Gafsa.
Mosaïque de Vénus à la pêche (Source : Zaher Kammoun)
Vénus, la déesse de l’amour et de la beauté dans la mythologie romaine, était particulièrement populaire dans l’art romano-africain. Plusieurs mosaïques de Vénus ont été découvertes en Tunisie, à Carthage, Hadrumetum (Sousse) et ailleurs. Celle-ci a été retrouvée dans la région du Talh, près d’El-Guettar, dans le gouvernorat de Gafsa. Elle date du 4° Siècle et représente Vénus à la pêche, entourée de deux Amours. Elle est conservée aujourd’hui au Musée archéologique de Gafsa.
Mosaïque du Talh, ou Mosaïque des Jeux athlétiques et de pugilat (Source : Zaher Kammoun)
Cette mosaïque, comme la précédente, a été retrouvée à Talh et date du 4° Siècle. Il s’agit d’une des plus grandes mosaïques d’Afrique du Nord, avec une surface de 24,3m. Elle représente les diverses activités sportives pratiquées à cette époque dans le monde romain, comme la course à pied, la lutte, le lancer de disque et le saut, avec la remise des prix aux vainqueurs des compétitions. Elle est également conservée au Musée archéologique de Gabès.
Cette mosaïque, plus récente que les précédentes, n’est conservée qu’en partie. Découverte en 1888 à Gafsa, elle représente une course de chevaux. Elle est exceptionnelle en ce qu’elle représente également les spectateurs, de manière stylisée. Elle est conservée au Musée du Bardo, à Tunis.
Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. En plus des Empereurs d’origine africaine, dont nous avons déjà parlé, il y a eu également des Impératrices originaires d’Afrique du Nord, que nous découvrirons dans cet article.
En avril 202, alors que Caracalla a 14 ans, son père arrange son mariage avec Fulvia Plautilla. Le père de la nouvelle Impératrice, Caius Fulvius Plautianus, est préfet de la garde prétorienne. C’est un cousin et proche allié de Septime Sévère, originaire de Leptis Magna comme lui. Le mariage de sa fille avec le jeune Empereur est destiné à solidifier leur alliance.
Le mariage forcé de Caracalla et Fulvia Plautilla sera très malheureux : Caracalla méprise son épouse. L’historien latin Dion Cassius dit que la nouvelle Impératrice menait une vie de prodigalité, mais il s’agit probablement de propagande destinée à noircir son image. Des inscriptions sur des pièces de monnaie semblent indiquer qu’ils ont eu une fille, mais en réalité, leur mariage n’a probablement jamais été consommé.
En 205, Caius Fulvius Plautianus est exécuté pour trahison. Fulvia Plautilla est exilée en Sicile avec son frère. Après la mort de Septime Sévère, en 211, Caracalla les fait assassiner.
L’épouse de Macrin
Macrin, le préfet du prétoire de Caracalla, qui a régné brièvement après la mort de son maître, était originaire de Césarée (Cherchell). On ne sait presque rien de son épouse, appelée Nonia Celsa dans des sources tardives et peu fiables. Si ce nom est authentique, il pourrait indiquer qu’elle était d’origine africaine comme son mari : le nom Nonia était courant en Numidie et en Maurétanie, mais aussi en Espagne.
Les épouses d’Héliogabale
Julia Soaemias, la mère d’Héliogabale
Héliogabale est le fils de Julia Soaemias, une cousine de Caracalla. Après la mort de Caracalla, sa mère le porte au pouvoir en prétendant qu’il est le fils illégitime du défunt Empereur. La plupart des historiens modernes doutent que Caracalla était vraiment son père.
Héliogabale est d’origine syrienne : sa mère est issue de la famille royale d’Emèse (Homs). Afin de symboliser l’unité de l’Empire, il est encouragé à prendre une épouse issue des provinces occidentales. Deux de ses épouses sont parfois décrites comme d’origine nord-africaine, mais leur lien réel avec l’Afrique est ténu.
Julia Cornelia Paula
La première épouse d’Héliogabale, Julia Cornelia Paula, est issue d’une famille de la vieille noblesse romaine. On sait que sa famille possédait des terres en Afrique et que certains membres s’y sont installés. Rien n’indique cependant que Julia Cornelia Paula elle-même avait des liens avec l’Afrique.
En 220, Héliogabale a divorcé de Julia Cornelia Paula pour épouser Aquilia Severa. Ce mariage a provoqué un immense scandale à Rome : la nouvelle Impératrice est une prêtresse vestale ! Les vestales, gardiennes du feu sacré de la déesse Vesta, faisaient le vœu de rester toujours vierges. Les vestales qui perdaient leur virginité étaient enterrées vivantes. Selon certaines sources, Héliogabale aurait violé Aquilia Severa, avant de la contraindre à l’épouser pour échapper au châtiment qui l’attendait pour avoir perdu sa virginité. Pour Héliogabale, leur mariage symbolise l’union entre Elagabaal, un dieu syrien du soleil dont il était prêtre, et la déesse romaine Vesta : il espère ainsi pouvoir proclamer le culte d’Elagabaal comme nouveau culte officiel de l’Empire.
Annia Faustina
Sous la pression de son entourage, Héliogabale a divorcé d’Aquilia Severa après moins d’un an et épousé Annia Faustina, une veuve dont le premier mari, Pomponius Bassus, vient d’être exécuté pour trahison. Annia Faustina est une Impératrice bien plus acceptable pour l’élite romaine : elle est l’arrière-petite-fille de Marc-Aurèle et la descendante de l’ancienne dynastie impériale qui a précédé les Sévère. Sa mère avait un vaste domaine en Pisidie (Turquie actuelle), ou elle a grandi. Comme pour Julia Cornelia Paula, elle est parfois décrite comme d’origine africaine parce que des membres de sa famille possédaient des terres en Afrique, mais rien n’indique un lien plus profond.
Le mariage d’Héliogabale avec Annia Faustina est encore plus court que son précédent mariage : après quelques mois, Héliogabale divorce pour retourner avec Aquilia Severa, affirmant que leur divorce n’était pas valide. L’Empereur est assassiné peu après.
Héliogabale n’a jamais été proche d’aucune de ses épouses : il était homosexuel et avait une liaison avec son conducteur de chars.
Cornelia Supera : l’épouse d’Emilien
Pièce de monnaie à l’effigie de Cornelia Supera
Emilien est un militaire originaire de l’île de Djerba, qui a régné pendant trois mois en 253. Son épouse, Cornelia Supera, était également d’origine africaine. Ils se sont probablement mariés alors qu’Emilien vivait encore en Afrique.
Au 3° Siècle, l’évêque Firmus de Thagaste, en Numidie, a accueilli dans sa maison un homme recherché par l’Empereur romain Maximien. Lorsque l’Empereur a envoyé ses troupes pour l’arrêter, il a refusé de le leur livrer, malgré le risque pour lui-même. L’Empereur, impressionné par son courage, lui a accordé la grâce de cet homme. Cet épisode a inspiré le principe moderne de droit d’asile.
Firmus est le premier évêque connu de Thagaste (Souk Ahras), une ville de Numidie qui deviendra célèbre par la suite comme le lieu de naissance d’Augustin d’Hippone. Il a accueilli ce réfugié en 289, sous le règne de l’Empereur Maximien. A cette époque, le christianisme était probablement majoritaire dans une grande partie de l’Afrique romaine, mais le nouveau culte n’était pas reconnu et les chrétiens étaient encore régulièrement persécutés. Firmus lui-même est mort martyr plusieurs années après.
Voici comment Augustin d’Hippone raconte cet épisode : « Voilà ce que fit autrefois un évêque de Thagaste, Firmus de nom, plus ferme encore de volonté ; car les appariteurs lui ayant porté l’ordre de l’Empereur d’avoir à livrer un homme qu’ils cherchaient et qu’il cachait dans sa maison, où il s’était réfugié ; avec tout le soin dont il était capable, il répondit à ceux qui demandaient cet homme, qu’il ne pouvait ni mentir ni le leur livrer, et quelque torture qu’on lui fit subir (car les Empereurs n’étaient pas encore chrétiens), il persista dans sa résolution. Conduit ensuite devant l’Empereur, il lui parut si digne d’admiration qu’il en obtint sans peine la grâce de celui qu’il avait recueilli. »
On ne sait rien de plus sur l’identité de ce fugitif et les raisons pour lesquelles l’Empereur voulait le capturer. Le fait qu’il s’est réfugié chez un évêque montre qu’il était probablement chrétien, mais cela ne veut pas forcément dire qu’il était persécuté pour sa foi. Firmus s’inspire peut-être aussi d’une tradition d’asile dans le droit coutumier amazigh.
Au cours des siècles suivants, cet épisode a beaucoup inspiré la tradition chrétienne du droit d’asile, notamment pour l’inviolabilité des lieux de culte.
Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. Il y a même eu plusieurs Empereurs d’origine africaine. Dans cet article, nous découvrirons le dernier et le moins connu de ces Empereurs africains : Emilien, originaire de l’île de Djerba, qui a régné pendant trois mois en 253.
Marcus Aemilius Aemilianus est né en 207, sur l’île de Djerba. Il était d’origine maure, issu d’une famille qui avait obtenu la citoyenneté romaine vers la fin du 1° Siècle avant notre ère. Son épouse, Cornelia Supera, était également d’origine africaine. Ils se sont probablement mariés alors qu’Emilien vivait encore en Afrique.
Dans sa jeunesse, Emilien s’engage dans l’armée romaine, ce qui lui permet de quitter son Afrique natale. Pendant le règne de l’Empereur Trébonien Galle (251-253), il est envoyé dans les Balkans, pour commander une armée stationnée sur le Danube. Sa mission principale est de défendre les frontières romaines contre les attaques des Goths. Alors que l’Empereur est très impopulaire dans l’armée, Emilien ambitionne déjà de le renverser.
En 253, les Goths, menés par leur chef Cniva, envahissent le territoire romain. Emilien, qui commande les troupes romaines dans la région, les attaque par surprise et remporte une victoire éclatante, tuant la plupart des ennemis. Il est alors proclamé Empereur par ses troupes victorieuses, en juillet 253.
Règne d’Emilien
Pièce de monnaie à l’effigie de Cornelia Supera, l’Impératrice d’Emilien
Après sa proclamation comme Empereur, Emilien marche contre Rome à la tête de ses troupes, à la rencontre de l’Empereur légitime Trébonien Galle. Les armées des deux rivaux s’affrontent à une centaine de kilomètres de Rome. Emilien est victorieux. Trébonien Galle et son fils Volusianus s’enfuient, mais ils sont tués peu après par leurs propres gardes.
Emilien continue sa marche vers Rome. Lorsque le Sénat le reconnaît comme Empereur, il leur écrit une lettre dans laquelle il s’engage à confier l’administration de l’Empire au Sénat et à se consacrer à la lutte contre les ennemis de Rome, notamment les Goths et les Perses. Sa propagande impériale se concentre sur ses capacités militaires : il se présente comme l’homme qui a vaincu les Goths contre toute attente, le seul capable de restaurer la stabilité dans l’Empire.
Le règne d’Emilien sera cependant de courte durée. Un autre officier militaire, Valérien, le gouverneur des provinces du Rhin, marche contre lui à la tête d’une armée. D’après certaines sources, Trébonien Galle avait lui-même appelé Valérien à l’aide avant de mourir, tandis que d’autres sources affirment qu’il s’est mis en route après la victoire d’Emilien, pour lui contester le trône. Les troupes d’Emilien, craignant une guerre civile, se mutinent et tuent Emilien en septembre 253.
Par la suite
Pièce de monnaie à l’effigie de Valérien
Valérien, le successeur d’Emilien, est capturé en 260, lors d’une bataille contre les Perses, et termine sa vie comme prisonnier en Perse. Il n’aura jamais été à Rome pendant tout son règne. L’emprisonnement de l’Empereur est une humiliation pour les Romains.
Vers la fin du 3° Siècle, un officier militaire appelé Carus s’empare du trône impérial et lance une campagne militaire victorieuse contre l’Empire perse. Ses fils Carinus et Numérien règnent avec lui. Certaines sources décrivent cette dynastie impériale comme d’origine nord-africaine, mais les historiens modernes contestent cette origine. Dans cet article, nous découvrirons les raisons de cette confusion.
Marcus Aurelius Carus est le préfet du prétoire de l’Empereur Probus (276-282). Lorsque Probus est assassiné, l’armée choisit Carus pour lui succéder. Les sources divergent quant à son rôle dans la mort de Probus : certains affirment qu’il était à l’origine de son meurtre, d’autres qu’il était loyal à son prédécesseur et a accepté sa succession pour le venger.
Carus nomme ses fils Carinus et Numérien comme Césars (Empereurs auxiliaires). Début 283, il nomme Carinus, l’aîné, co-Empereur, et le charge de gouverner l’Empire en son absence. Il se met ensuite en route vers l’Orient, pour une campagne militaire contre l’ennemi mortel des Romains : les Perses. Son deuxième fils Numérien l’accompagne.
Pièce à l’effigie de Carinus
La campagne de Carus est un succès : l’Empereur perse Vahram II, affaibli par la rébellion de son frère Hormizd, ne peut défendre efficacement son territoire. Carus s’empare de Ctésiphon, la capitale de l’Empire perse, et avance au-delà du fleuve Tigre. Il s’agit de la première campagne romaine victorieuse contre les Perses depuis celle de Septime Sévère. Carus peut ainsi venger les défaites de ses prédécesseurs. Pour ses victoires, il reçoit le titre honorifique de Persicus Maximus.
Les conquêtes romaines sont interrompues par la mort subite de Carus, en juillet 283. Selon les sources officielles, sa tente a été frappée par un éclair pendant un orage. Pour certains de ses soldats, sa mort est un châtiment divin pour avoir outrepassé les frontières légitimes de son Empire. D’autres pensent que l’Empereur a été empoisonné, peut-être par son garde du corps, le futur Empereur Dioclétien. Le meurtre en pleine campagne d’un Empereur victorieux serait cependant surprenant.
Pièce à l’effigie de Numérien
Son fils Numérien, qui n’a pas les compétences militaires de son père, retire immédiatement les troupes romaines de Perse. Tous les territoires conquis sont perdus.
Pendant le voyage de retour, Numérien, malade, voyage dans un carrosse fermé. Son préfet du prétoire, Arrius Aper, commande ses troupes à sa place. Un jour, des soldats remarquent une forte odeur qui sort de son carrosse. Ils ouvrent le carrosse et découvrent le corps de Numérien, mort depuis plusieurs jours. Arrius Aper est accusé de l’avoir tué et caché sa mort. Dioclétien, le garde du corps de l’Empereur, tue Arrius Aper et est proclamé Empereur par les troupes. Il est possible que Dioclétien ait lui-même tué Numérien.
Carinus, resté à Rome pour régner en l’absence de son père, marche à la rencontre de Dioclétien pour l’affronter. Avant la bataille, ses troupes l’abandonnent et rejoignent le camp de Dioclétien. Carinus est tué et Dioclétien s’impose comme le seul Empereur.
Une dynastie africaine ?
Les sources les plus anciennes s’accordent toutes à dire que Carus est né à Narbo (Narbonne), au Sud de la Gaule, et a grandi à Rome.
Couverture d’une édition de l’Histoire Auguste
L’Histoire Auguste, une collection de biographies tardives d’Empereurs romains, qui date du 4° Siècle, affirme qu’il était plutôt d’origine illyrienne (Balkans). Le texte cite aussi un certain Fabius Cerilianus, un auteur inconnu par ailleurs, selon lequel « ses parents n’étaient point Pannoniens [la Pannonie est une région de l’Illyrie], mais Carthaginois ». (Source)
L’historien du 16° Siècle Joseph Scaliger a repris l’Histoire Auguste comme une source valide, affirmant que les autres sources se sont trompées et que « Narbo » est en fait la ville de Narona, en Dalmatie (Croatie actuelle). Scaliger ne se prononce pas sur l’idée que les parents de Carus étaient originaires de Carthage. D’autres historiens après lui, dont le classique Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain de l’historien britannique Edward Gibbon, ont repris sa version. (Source)
L’historiographie moderne a cependant démontré que l’Histoire Auguste n’est pas une source historique fiable. Les Illyriens avaient la réputation d’être de vaillants soldats, ce qui explique pourquoi une biographie romancée inventerait des origines illyriennes à Carus. De plus, les prédécesseurs immédiats de Carus étaient Illyriens, de même que Dioclétien et ses successeurs. En faisant de Carus un Illyrien, l’Histoire Auguste obtient donc une longue liste ininterrompue d’Empereurs illyriens.
Par conséquent, les historiens plus récents admettent que Carus est né à Narbo, en Gaule, et n’avait pas d’origines illyriennes ni africaines.