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Le christianisme en Afrique du Nord

Les Sept Dormants : une légende universelle

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La légende des Sept Dormants raconte l’histoire de sept saints qui se sont endormis dans une grotte, pour se réveiller plusieurs siècles plus tard. D’origine chrétienne, cette légende est mentionnée dans le Coran et se retrouve, avec des variantes, dans beaucoup de régions du monde. Elle est particulièrement populaire dans le Sud de la Tunisie, où une mosquée de la région de Tataouine est consacrée aux Sept Dormants.

Les Sept Dormants dans leur grotte

La version originale de la légende se déroule à Ephèse, en Turquie actuelle. A l’époque romaine, sept jeunes hommes chrétiens, persécutés pour leur foi, ont cherché refuge dans une grotte, où ils se sont endormis. Les autorités romaines ont fait sceller la grotte. Plusieurs siècles après, lorsque la grotte scellée a été rouverte, ils se sont réveillés. Entretemps, la société dans laquelle ils vivaient avait changé : l’Empire romain, qui les persécutait pour leur foi, était devenu chrétien. Ces jeunes hommes ont été miraculeusement préservés par Dieu afin d’être témoins du triomphe de leur foi.

Dans le Coran, les Sept Dormants sont appelés Ahl al-Kahf (أهل الكهف), les gens de la caverne. La Sourate 18 La caverne (Al-Kahf الكهف) fait référence à leur histoire. Les Sept Dormants sont souvent présentés comme des saints universels, qui unissent des traditions religieuses différentes autour d’un idéal commun.

La légende des Sept Dormants est particulièrement populaire dans le Sud de la Tunisie. Il s’agit d’un vestige du passé chrétien de la région : les Sept Dormants y étaient certainement déjà vénérés avant l’arrivée de l’islam. Le Sud tunisien était une des dernières régions chrétiennes d’Afrique du Nord, sa population est restée chrétienne plusieurs siècles après les conquêtes musulmanes.

Mosquée des Sept Dormants de Chenini – photo prise par l’auteur lors de sa visite du site

Plusieurs sites dans le Sud tunisien sont consacrés aux Sept Dormants. Le plus connu est la Mosquée des Sept Dormants, à Chenini, dans la région de Tataouine. Cette mosquée, en partie souterraine, a été construite sur un sanctuaire plus ancien, excavé dans la montagne. Au pied de la mosquée, se trouvent une dizaine de tombes d’environ cinq mètres de long. L’origine de ces tombes géantes est inexpliquée jusqu’à aujourd’hui. D’après une légende locale, des chrétiens autochtones persécutés se sont endormis ici, puis ils se sont réveillés à l’ère islamique et convertis à l’islam, avant de mourir et d’être enterrés là. Pendant leur long sommeil, leurs corps ont continué à grandir, ce qui explique la taille des tombes. (Source)

D’autres sites se trouvent dans la région de Tozeur : à Taqyus (Degache), Mides et El-Ouidane. Il s’agit de sites très anciens, souvent autour de grottes ou de rochers, qui servaient de sanctuaires amazighs ou puniques et sur lesquels des temples romains, églises chrétiennes et mosquées islamiques ont ensuite été construits. Des rites traditionnels liés à ces sites semblent avoir une origine pré-islamique.

L'Afrique du Nord romaine

L’inscription du moissonneur de Makthar : le témoignage d’un paysan devenu sénateur

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Une inscription retrouvée à Makthar, dans la Dorsale tunisienne, raconte le parcours d’un paysan nord-africain, né dans la pauvreté, qui a finalement été élu par les citoyens de sa ville pour les représenter au Sénat.

Le site archéologique de Makthar est situé dans le gouvernorat de Siliana, en Tunisie, à 70 km de El Kef. Il s’agit du site de l’ancienne ville numide, puis romaine, de Mactaris, avec plusieurs édifices religieux et civils très bien conservés. Le parc archéologique et le musée de Makthar contiennent de nombreuses pièces d’une grande valeur qui ont été découvertes ici. D’autres pièces sont conservées au Musée du Bardo de Tunis et dans d’autres musées internationaux.

Parmi les trésors archéologiques qui ont été retrouvés sur ce site, il y a l’inscription funéraire, rédigée en latin, d’un certain Caius Mulceius Maximus. L’auteur, un paysan de la région, raconte comment, alors qu’il est issu d’une famille pauvre et n’a connu que les travaux des champs pendant toute sa vie, à force de persévérance et d’un dur labeur, il a réussi à acquérir une maison et un domaine et a même été élu sénateur ! Ce rare témoignage de première main offre un éclairage fascinant sur l’efficacité de la méritocratie romaine, qui permettait à un simple paysan de devenir sénateur. L’inscription contient aussi de précieuses informations sur la vie économique dans les campagnes d’Afrique romaine.

Cette inscription, découverte en 1882 par l’archéologue français Joseph Alphonse Letaille, est aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, à Paris.

Voici le texte de l’inscription du moissonneur de Makthar :

« Je suis né d’une pauvre famille et d’un humble père, qui n’avait ni fortune ni maison en ville ; depuis ma naissance, je n’ai vécu que pour mon travail aux champs, et ni pour les champs, ni pour moi il n’y eut jamais de repos ; quand l’année avait conduit les moissons à maturité, alors j’étais le premier à couper le chaume ; quand s’avançait dans les campagnes la troupe des hommes porteurs de faux, se dirigeant vers les campagnes de la numide Cirta ou vers celles de Jupiter, pour moissonner le premier dans les campagnes, je devançais tout le monde, laissant derrière mon dos d’épaisses javelles ; pendant deux fois six moissons, j’ai fauché sous un soleil d’enfer ; ainsi ai-je réussi à devenir chef ; pendant onze années, j’ai dirigé des troupes de moissonneurs, et nos mains ont émondé les plaines de Numidie ; un travail comme le mien et une vie parcimonieuse ont rapporté : ils ont fait de moi le maître d’une maison et le propriétaire d’un domaine, ma maison ne manque de rien, et grâce à notre mode de vie, elle a récolte les fruits des honneurs ; je suis devenu membre du sénat de ma cité et, coopté par mes collègues, j’ai siégé dans leur temple ; j’étais un petit paysan, je suis devenu censeur ; j’ai vu naître et grandir mes enfants et mes chers petits-enfants ; juste récompense d’une vie, j’ai traversé des années glorieuses qu’aucune langue impie ne vient flétrir du moindre reproche ; mortels, apprenez à vivre sans reproches ; qui a vécu dans l’honneur a mérite de mourir de même. — Epitaphe de Mulceius Maximus »

Le christianisme en Afrique du Nord

Les chrétiens d’Afrique romaine

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons l’essor du christianisme dans les différentes provinces romaines d’Afrique du Nord.

Afrique proconsulaire

Bon Berger, gravure chrétienne dans les catacombes de Hadrumetum (Sousse)

Carthage, la capitale de l’Afrique romaine, était un centre chrétien influent. C’est depuis Carthage que le christianisme s’est diffusé dans toute l’Afrique du Nord. Nous avons écrit un article détaillé sur le christianisme à Carthage.

Dès le 2° Siècle, le christianisme était déjà présent dans d’autres villes d’Afrique proconsulaire. Les premiers martyrs chrétiens d’Afrique du Nord ont été mis à mort pour leur foi à Scillium (Kasserine), en 180. Les catacombes d’Hadrumetum (Sousse) contiennent les sépultures de près de 15 000 chrétiens de la ville. Les communautés chrétiennes d’Utique, Hippo Diarrhytos (Bizerte), Taparura (Sfax), Sicca (El Kef) et Sufetula (Sbeïtla) sont également documentées.

Au 3° Siècle, l’Eglise de Carthage a commencé à organiser des conciles régionaux, avec la participation des évêques d’autres villes d’Afrique romaine, pour discuter de questions qui concernaient toutes les églises. La liste des participants à ces conciles nous donne les noms des premiers évêques chrétiens d’Afrique du Nord.

Tripolitaine

Chaire de la basilique de Septime Sévère, transformée en église

Le christianisme s’est répandu en Tripolitaine depuis Carthage. L’évêque d’Oea (Tripoli) a participé à un concile régional organisé à Carthage en 255 et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha, ce qui montre qu’il y avait des communautés chrétiennes bien établies dans ces trois villes.

Vers le 6° Siècle, des prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine ont annoncé le message chrétien aux Garamantes du Fezzan, qui se sont convertis.

En 533, la basilique de Septime Sévère, un des bâtiments emblématiques de Leptis Magna, a été transformée en église. (Source)

Numidie

Après Carthage, Cirta (Constantine) était le principal centre chrétien d’Afrique romaine. Comme Carthage, la ville était probablement majoritairement chrétienne dès la fin du 3° Siècle. L’Eglise de Cirta a particulièrement souffert pendant la persécution de l’Empereur Dioclétien, au début du 4° Siècle.

Ruines de l’église d’Hippone

L’Eglise chrétienne d’Hippone a été fondée au milieu du 3° Siècle. Le premier évêque de la ville, Théogène, est mort martyr en 259. L’Eglise d’Hippone a gagné en influence au 4° Siècle, lorsqu’Augustin, la plus grande figure du christianisme nord-africain, est devenu évêque.

Il y avait aussi des communautés chrétiennes à Madaure (M’daourouch), Thagaste (Souk Ahras, la ville natale d’Augustin d’Hippone) et plus au Sud, à Théveste (Tebessa), Lambèse (Tazoult) et Thamugadi (Timgad).

Maurétanie

Basilique Sainte-Salsa de Tipaza

Le christianisme s’est répandu en Maurétanie césarienne au 3° Siècle, d’abord à Césarée (Cherchell) et Sitifis (Setif), puis dans les plus petites villes et les régions rurales. On a retrouvé des épitaphes chrétiennes à Auzia (Sour El Ghozlane), datant de 227, à Tipasa (238), à Lalla Maghnia (273) et dans la région d’Oran (302). (Source)

Les ruines de Lixus (vers Larache) contiennent la plus ancienne église au Maroc actuel

En Maurétanie tingitane, le plus ancien vestige archéologique d’une présence chrétienne est une poterie gravée d’une ancre, retrouvée à Souk El Arbaa, qui date du 3° Siècle : l’ancre est un symbole chrétien, qui représente l’assurance des croyants face aux tempêtes de la vie. (Source) On ne sait pas si le christianisme est d’abord arrivé par voie terrestre, depuis la Mauretanie césarienne, ou par la mer, via le port de Tingis (Tanger). En tout cas, le christianisme était particulièrement bien implanté dans les villes romanisées de Tingis et Lixus, les ruines de l’ancienne église de Lixus sont encore visibles aujourd’hui. Il y a également des inscriptions chrétiennes à Volubilis, qui montrent des liens avec la communauté chrétienne d’Oranie plutôt que de Tingis. (Source)

Sidi Yahya ben Younes : un saint chrétien à Oudja ?
Sidi Yahya ben Younes est le saint patron de la ville de Oudja, à l’Est du Maroc. Son mausolée se trouve dans la ville, dans l’oasis de Sidi Yahya.
D’après des légendes locales, Sidi Yahya ne serait autre que Saint Jean-Baptiste ! Ce prophète, le cousin et annonciateur de Jésus-Christ, est appelé Yahya ibn Zakaria dans le Coran. Après son exécution par le roi Hérode Antipas de Judée, il aurait été enterré à Oujda.
L'Afrique du Nord romaine

La mosaïque de Virgile : une mosaïque romaine en Tunisie

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Plusieurs des plus belles mosaïques de tout le monde romain ont été réalisées en Afrique romaine. Une des plus célèbres est le plus ancien portrait connu du grand poète latin Virgile. Cette mosaïque, retrouvée à Sousse, est aujourd’hui conservée au Musée du Bardo, à Tunis.

Cette fresque carrée, de 1,20m de côté, représente Virgile, le plus grand poète romain et l’auteur de l’Enéïde, vêtu d’une toge blanche et assis sur un siège, avec un parchemin sur les genoux. A sa droite et à sa gauche se tiennent les muses (déesses des arts) Clio et Melpomène : Clio, la muse de l’histoire, est en train de lire, tandis que Melpomène, la muse des tragédies, tient un masque tragique. Sur le parchemin ouvert, on peut lire un passage de l’Enéïde qui fait référence aux muses : « Musa, mihi causas memora, quo numine laeso, quidve… » (« Muse, rappelle-moi les causes, dis-moi pour quelle atteinte à ses droits sacrés, pour quelle… »).

Cette mosaïque a été découverte en 1896, dans le jardin d’une villa romaine à Sousse. Sa datation est incertaine : elle a été réalisée entre le 1° et le 4° Siècle. Il s’agit du plus ancien portrait connu de Virgile, ce qui lui donne une importance historique particulière. La mosaïque est remarquable aussi par la grande qualité de son exécution.

L’historien de l’art tunisien Mohamed Yaqoub a suggéré que le propriétaire de la villa se représente peut-être lui-même sous les traits de Virgile, afin d’exprimer son admiration pour le poète.

La mosaïque de Virgile est aujourd’hui conservée au Musée du Bardo de Tunis. Elle constitue la pièce maîtresse de la riche collection de mosaïques romaines de ce musée.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Grecs en Afrique du Nord

Agathocle de Syracuse : le tyran grec qui a assiégé Carthage

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Syracuse est une colonie grecque en Sicile, qui, au cours du 5° et du 4° Siècles avant notre ère, a mené plusieurs guerres contre Carthage et ses colonies siciliennes, pour le contrôle de l’île. Un siècle avant les guerres puniques, le tyran Agathocle de Syracuse a déjà essayé de conquérir Carthage et s’est emparé de plusieurs villes puniques de la région.

Villes occupées par Agathocle (en bleu) et par Eumachos (en vert)
Agathocle de Syracuse

Depuis le début du 5° Siècle, Syracuse est dirigée par des tyrans, des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec. Agathocle a commencé sa carrière d’officier militaire en tant que partisan de la faction démocratique. D’origine modeste, il aime à se présenter comme un homme du peuple. Cependant, après avoir pris le pouvoir par un coup d’Etat en 317, il s’avère être encore plus tyrannique que ses prédécesseurs. Surtout, il mène une politique militaire très agressive : il ambitionne de suivre le modèle d’Alexandre le Grand en devenant le nouveau protecteur du monde grec contre les « barbares » – en l’occurrence, les Carthaginois.

Sitôt au pouvoir, Agathocle déclare la guerre à Carthage. En 311, il est vaincu par l’armée carthaginoise, qui assiège Syracuse. Il prend alors une mesure désespérée : avec les troupes qui lui restent dans la ville, il force le blocus carthaginois et envahit l’Afrique, afin d’attaquer Carthage elle-même. Il espère contraindre les troupes qui assiègent Syracuse à lever le siège pour revenir défendre leur patrie.

Pièce d’argent à l’effigie d’Agathocle de Syracuse

L’armée d’Agathocle débarque sur le Cap Bon en août 310. Agathocle remporte une première victoire, qui lui permet d’établir son camp près de Tunis. Il assiège Carthage, mais la ville est trop bien fortifiée pour qu’il puisse espérer la conquérir.

Agathocle décide alors de se tourner vers l’Est et de prendre le contrôle des villes puniques de la côte, comme Neapolis (Nabeul), Hadrumetum (Sousse) et Thapsus (Bekalta). Pour cette campagne, il fait alliance avec Aylimas, le roi des Numides Massyles et un ancêtre de Massinissa. Ensemble, ils occupent tout le Nord de la Tunisie actuelle. Ensuite, cependant, Agathocle, qui veut s’étendre vers l’intérieur des terres, tue son allié Aylimas, devenu un obstacle à son ambition, et prend le contrôle de l’armée numide et de ses chars de guerre.

Pièce d’or à l’effigie d’Ophellas de Cyrène

Après la rupture de son alliance avec Aylimas, Agathocle, en quête de nouveaux alliés, contacte Ophellas, un ancien officier d’Alexandre le Grand, devenu gouverneur de Cyrénaïque pour le compte de Ptolémée d’Alexandrie. Afin de convaincre Ophellas de l’aider à combattre les Carthaginois, il promet de lui céder tous les territoires conquis en Afrique, ne gardant pour lui que la Sicile. Ophellas lève une grande armée, puis marche vers l’Ouest pour rejoindre Agathocle à Carthage, devenant le premier à mener une armée à travers le désert de Libye centrale. Quelques jours après l’arrivée d’Ophellas, Agathocle le fait tuer. L’armée cyrénéenne, privée de commandant, rejoint Agathocle.

Les Carthaginois, calquant leur stratégie sur celle d’Agathocle, envoient une nouvelle armée contre Syracuse. Agathocle retourne en Sicile, laissant derrière lui en Afrique son lieutenant Eumachos, qui poursuit les conquêtes vers l’Ouest, jusqu’à Hippone (Annaba).

Pièce d’argent à l’effigie d’Agathocle de Syracuse

En 307, Agathocle revient en Afrique pour mener la conquête finale de Carthage. Face au mécontentement de ses hommes à cause de leurs soldes impayés, il leur promet un énorme butin en cas de victoire. Après une série de défaites, son armée l’abandonne et il est contraint de fuir en Sicile, abandonnant ses conquêtes en Afrique. L’année suivante, il signe un traité de paix avec les Carthaginois, qui leur permet de récupérer tout leur territoire.

Après sa campagne africaine, Agathocle se proclame roi de Sicile. Il consacre le reste de sa vie à imposer sa domination sur les villes grecques de l’île, puis sur la Magna Graecia, région du Sud de l’Italie où se trouvent beaucoup de colonies grecques. On raconte qu’au moment de sa mort, en 289, il préparait une nouvelle attaque contre Carthage.

L'Afrique du Nord romaine

Les Maures de Marc-Aurèle : des soldats maures en Bretagne romaine

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, des Romano-Africains, commerçants, militaires ou fonctionnaires, ont migré à travers tout l’Empire. Au 3° Siècle, on retrouve des soldats maures en Bretagne, où ils gardaient les frontières de l’Empire.

La Bretagne, conquise par Rome au 1er Siècle, était située aux extrémités de l’immense Empire romain. La Bretagne n’a jamais été entièrement occupée par Rome : malgré plusieurs campagnes militaires, le Nord de l’île lui a toujours échappé. La frontière de la Bretagne romaine correspondait approximativement à la frontière actuelle entre l’Angleterre et l’Ecosse. L’Irlande n’a jamais été sous souveraineté romaine.

Afin de protéger la Bretagne romaine contre les attaques incessantes des Bretons du Nord, l’Empereur romain Hadrien a construit un mur à la frontière. Le Mur d’Hadrien a été construit en 122. En 142, Antonin, le successeur d’Hadrien, a fait construire un autre mur, plus au Nord. Quintus Lollius Urbicus, le gouverneur de Bretagne qui a supervisé la construction de ce mur, était originaire de Tiddis, en Numidie (aujourd’hui Beni Hamidane, province de Constantine).

Plaque en l’honneur de Quintus Lollius Urbicus

Pendant son mandat de gouverneur, Quintus Lollius Urbicus a commencé à faire venir des garnisons militaires d’origine nord-africaine. Ces soldats étaient stationnés sur le Mur d’Hadrien, à la forteresse d’Aballava (Burgh By Sands). En anglais, ils sont connus sous le nom d’ « Aurelian Moors » , d’après l’Empereur Marc-Aurèle, le successeur d’Antonin. Ils étaient environ 500 hommes. Les historiens britanniques les considèrent généralement comme les premiers Africains en Bretagne, ce qui exclut les commerçants carthaginois qui les ont précédés, mais ne s’installaient probablement pas sur place.

Parmi les vestiges laissés par ces soldats maures en Bretagne, il y a notamment des poteries, dont une forme primitive de tajine.

Le christianisme en Afrique du Nord

Les catacombes de Sousse : des tombes chrétiennes en Tunisie

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Les catacombes de Sousse, en Tunisie, sont des galeries souterraines qui, à l’ère romaine, servaient de lieu de réunion et de cimetière clandestin pour la communauté chrétienne de la ville. Les catacombes de Sousse, uniques en Afrique du Nord, contiennent près de 15 000 sépultures, avec des gravures qui remontent à l’époque où les chrétiens pratiquaient encore leur foi dans la clandestinité.

Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, le christianisme était une religion minoritaire et persécutée. La plupart des premiers chrétiens étaient issus des couches les plus pauvres de la société. Etant donné que leurs réunions étaient illégales, ils se retrouvaient dans les catacombes, des galeries souterraines creusées en dessous des villes romaines pour y enterrer les morts, afin de célébrer leur culte. Avec le temps, la communauté chrétienne a aussi pris l’habitude d’enterrer ses morts dans les catacombes où les chrétiens se réunissaient. Ces tombes chrétiennes sont recouvertes d’inscriptions et de gravures, un aperçu rare de l’expression artistique d’une communauté clandestine.

Bon Berger, gravure chrétienne dans les catacombes de Sousse

Les catacombes de Hadrumetum, l’ancienne ville de Sousse, s’étendent sur 5 kilomètres en dessous de la medina de Sousse. Les 240 galeries contiennent près de 15 000 sépultures. Les symboles et inscriptions gravés sur ces tombes peuvent être considérés comme les œuvres d’art chrétiennes les plus anciennes d’Afrique du Nord. La plupart de ces gravures sont conservées au Musée archéologique de Sousse.

Trois catacombes, sur les quatre existantes, ont été entièrement fouillées. Les plus connues, les catacombes du Bon Pasteur, s’étendent sur 1,6 kilomètres et contiennent 6000 sépultures, creusées dans les parois, sur plusieurs étages.

Longtemps perdues, les catacombes de Sousse ont été découvertes en 1888. Si elles étaient très bien conservées au moment de leur découverte, elles se sont rapidement dégradées après avoir été déterrées, sous l’effet des eaux de ruissellement.

Les catacombes du Bon Pasteur, les seules à avoir été ouvertes au public, ont été fermées il y a quelques années pour des travaux de restauration. Les travaux ont été récemment terminés. On espère donc que les catacombes pourront bientôt à nouveau être visitées.

Carthage et l'Empire carthaginois

Kerkouane : une cité punique sur le Cap Bon

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Kerkouane est une ancienne cité punique située sur le Cap Bon. Pendant près de 400 ans, c’était une des cités les plus importantes de l’Empire carthaginois. Probablement abandonnée pendant la Première Guerre Punique, Kerkouane n’a pas été reconstruite par les Romains. Par conséquent, il s’agit aujourd’hui du seul site authentiquement punique, sans modifications apportées par des civilisations ultérieures.

Kerkouane était une cité punique, construite sur la pointe du Cap Bon, au Nord-Est de la Tunisie actuelle. Pendant près de 400 ans, c’était une des principales cités de l’Empire carthaginois, avec Carthage, Utique et Hadrumetum (Sousse). Le nom antique de la ville est inconnu ; le nom de Kerkouane, qui lui a été donné par les archéologues, vient du tamazight kkerker, « emmurer ».

La ville avait probablement environ 1200 habitants, pour la plupart des pêcheurs et des artisans. La présence de nombreux coquillages murex indique que la ville était probablement productrice de teinture pourpre. Elle produisait aussi du sel, ainsi que du garum, une sauce au poisson fermentée très populaire dans le monde antique.

Conquise par Agathocle de Syracuse, puis par les Romains pendant la Première Guerre Punique, la ville a probablement été ensuite abandonnée. Etant donné qu’elle n’a pas été reconstruite par les Romains, les ruines de Kerkouane sont aujourd’hui le seul site archéologique authentiquement punique, sans modifications apportées par des civilisations ultérieures. La ville et sa nécropole sont classées Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985.

Le christianisme en Afrique du Nord

Le christianisme à Carthage

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Carthage, la capitale de l’Afrique romaine, est devenue un centre chrétien particulièrement influent.

L’Eglise de Carthage a probablement été fondée depuis Rome. D’après la tradition chrétienne, le premier évêque de Carthage était Crispus, puis Epaïnète, deux croyants mentionnés dans les textes sacrés chrétiens comme membres de l’Eglise de Rome. Spératus, un des martyrs de Scillium (Kasserine), est parfois considéré comme un évêque de Carthage, mais ce n’est pas certain. Le premier évêque de Carthage officiellement documenté est Agrippinus, vers 240.

Tertullien

Tertullien, le premier auteur chrétien de langue latine, est né à Carthage vers 155, dans une famille amazighe romanisée. Il fait carrière en tant qu’avocat et rhéteur. Après sa conversion au christianisme, il décide de mettre son talent rhétorique au service de sa foi. Ses écrits passionnés défendent la foi chrétienne face aux attaques de ses contemporains.

La croissance rapide du christianisme, avec ses dogmes radicalement nouveaux, suscitait aussi l’hostilité. Les persécutions étaient souvent violentes. En 203, Perpétue, une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, et son esclave Félicité, qui était enceinte, ont été mises à mort pour leur foi à Carthage. Tertullien, voyant comment la fermeté dans la foi des martyrs chrétiens, qui étaient prêts à mourir plutôt que de renier Christ, gagnait de nouvelles âmes à leur foi, écrit : « Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise. »

Cyprien

L’évêque de Carthage le plus influent est Cyprien. Né vers 210, dans une riche famille païenne, il fait des études de droit et devient avocat. Il se convertit au christianisme vers l’âge de 35 ans, puis distribue ses biens aux pauvres, conformément à l’enseignement de l’Eglise pour les croyants riches. En 248, il est élu évêque de Carthage. Il a écrit plusieurs livres de doctrine chrétienne. Il meurt martyr en 258.

Augustin d’Hippone, le plus grand théologien de l’Eglise romano-africaine, a également vécu plusieurs années à Carthage.

Pendant l’épiscopat de Cyprien et de ses successeurs, l’Eglise de Carthage a commencé à exercer une forte influence sur les chrétiens de toute l’Afrique romaine, notamment grâce à l’organisation de conciles régionaux organisés à Carthage avec la participation des évêques d’autres villes de la région.

Carthage et sa région était probablement majoritairement chrétienne dès la fin du 3° Siècle, avant la conversion de l’Empereur romain Constantin, alors que la nouvelle religion était encore persécutée. C’est depuis Carthage que le christianisme s’est diffusé dans toute l’Afrique du Nord.

L'Afrique du Nord romaine

L’amphithéâtre d’El Jem : le plus grand amphithéâtre romain d’Afrique du Nord

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L’amphithéâtre d’El Jem, dans la province de Mahdia en Tunisie, est l’amphithéâtre romain le plus grand et le mieux conservé d’Afrique du Nord, ainsi qu’une des ruines romaines les mieux préservées au monde. Construit au 3° Siècle, il pouvait accueillir jusqu’à 35 000 spectateurs. Il s’agit du site le plus emblématique de l’Afrique romaine.

A l’époque romaine, El Jem s’appelle Thysdrus, une ancienne ville punique devenue une colonie romaine. Au début du 3° Siècle, elle était en concurrence avec Hadrumetum (Sousse) pour le statut de deuxième ville de la province d’Afrique, après Carthage. Comme aujourd’hui, la région était un important centre de production d’huile d’olive.

Gordien III, le constructeur probable de l’amphithéâtre

La date précise de la construction de l’amphithéâtre n’est pas certaine. On a longtemps pensé qu’il avait été construit par l’Empereur Gordien I, qui était proconsul d’Afrique avant d’accéder au trône impérial, et par son fils Gordien II, légat de son père à Thysdrus avant d’être choisi comme son co-Empereur. En fait, le court règne de Gordien I et II (22 jours) ne leur aurait pas permis de réaliser une telle construction. Il est plus probable qu’il ait été construit par Gordien III (238-244), le petit-fils de Gordien I. Les partisans de cette théorie pensent que Gordien III est né à Thysdrus et que, comme Septime Sévère à Leptis Magna, il s’est senti appelé à embellir sa ville natale. Là encore, il s’agit cependant d’une pure supposition, sans aucune preuve archéologique pour le confirmer. Par ailleurs, des structures plus anciennes montrent que l’édifice a été construit sur les vestiges d’un autre amphithéâtre plus ancien.

L’amphithéâtre a la forme d’une ellipse, de 148 mètres de long et 122 mètres de large. L’arène mesure 65 mètres de long et 39 mètres de large. L’amphithéâtre comptait 64 arcades, sur trois étages. La hauteur des murs est de 36 mètres. Sa capacité est estimée entre 27 000 et 45 000 places, selon les calculs. De ce fait, il s’agit non seulement du plus grand amphithéâtre romain d’Afrique (devant celui de Carthage !), mais aussi d’un des plus grands amphithéâtres au monde.

En plus de sa taille, l’amphithéâtre d’El Jem est aussi exceptionnellement bien conservé. Il s’agit du seul amphithéâtre romain, avec le Colisée de Rome, à posséder une façade encore entièrement intacte, avec trois niveaux de galeries. Son attique (partie supérieure qui vient couronner la construction) est perdu, mais il ressemblait probablement à celui du Colisée.

Lions dévorant un sanglier, mosaïque de combat d’animaux, Musée archéologique d’El Jem

A l’apogée de la ville, l’amphithéâtre de Thysdrus accueillait les spectacles si populaires dans tout le monde romain : combats de gladiateurs, combats d’animaux sauvages, courses et autres jeux du cirque. Les reconstitutions de chasse aux fauves étaient particulièrement prisées. L’amphithéâtre pouvait servir aussi de lieu d’exécution des condamnés à mort, tués par des gladiateurs ou dévorés par des animaux sauvages. Des martyrs chrétiens ont notamment été mis à mort dans l’arène.

Pendant la guerre de résistance de Dihya (Kahina) contre l’envahisseur arabe, son armée s’est réfugiée dans l’amphithéâtre d’El Jem.

Ce site exceptionnel est inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1979. Ce classement a rendu possible une campagne de restauration et de conservation du site. La restauration des gradins lui permet d’accueillir à nouveau jusqu’à 500 spectateurs, pour des concerts et d’autres manifestations culturelles. Il accueille notamment, depuis 1985, le Festival international de musique symphonique d’El Jem, fondé par l’ancien Président tunisien Mohamed Ennaceur, qui est né à El Jem.

En plus de son amphithéâtre, Thysdrus avait également un cirque (circuit de course de chars), presque aussi grand que le Cirque Maxime de Rome, qui pouvait accueillir jusqu’à 30 000 spectateurs.