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Les Juifs en Afrique du Nord

Un peuple errant : les Juifs en Afrique du Nord

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Dès l’Antiquité et, surtout, pendant l’ère romaine, un peuple mystérieux, originaire de Palestine, est venu s’installer dans les villes et villages d’Afrique du Nord. Ce peuple était différent de tous les autres peuples que les autochtones Amazighs connaissaient : il n’a jamais cherché à les dominer, mais il leur parlait d’un Dieu unique, Créateur du monde et de tout ce qu’ils contient… un message encore tout à fait nouveau pour eux.

La synagogue El-Ghriba de Djerba, la plus ancienne synagogue en Afrique du Nord

La plus ancienne communauté juive en Afrique du Nord est certainement celle de l’île de Djerba, en Tunisie. D’après la tradition, au moment de la destruction de Jérusalem par les Babyloniens, en 586 avant notre ère, le dernier grand-prêtre aurait fui la ville en emportant avec lui une porte du Temple de Salomon, qui est aujourd’hui intégrée à la synagogue de la Ghriba.

Il est possible que des Juifs se soient installés ailleurs en Afrique du Nord dès cette époque, ou même déjà avant (peut-être à bord des navires phéniciens, étant donnée la proximité entre leur terre d’origine et la Phénicie), même si aucun vestige archéologique ne subsiste, en dehors de Djerba. À l’ère punique, il y avait de petites communautés juives à Carthage et dans d’autres villes puniques.

Lampe en forme de menorah, Volubilis

La plus ancienne communauté juive documentée au Maroc actuel est celle d’Ifrane Atlas-Sghir, dans la province de Guelmim, qui remonte à l’an -361. Si ces Juifs sont parvenus si loin vers le Sud, ils étaient forcément présents aussi plus au Nord. Les plus anciennes inscriptions attestant d’une présence juive à Volubilis remontent au 2° Siècle avant notre ère ; la synagogue de la ville a été construite à l’ère romaine, au 3° Siècle de notre ère.

La présence juive en Afrique du Nord a pris de l’ampleur surtout vers la fin du 4° Siècle avant notre ère, après l’invasion de la Judée par l’Égypte des Ptolémée. Beaucoup de Juifs ont été déportés en Alexandrie et dans toute l’Égypte, d’autres les ont suivis comme migrants économiques. Vers -312, Ptolémee Ier Soter a aussi installé des Juifs en Cyrénaïque. Certains d’entre eux ont continué plus à l’Ouest, jusqu’à Carthage et au-delà.

Vers -150, une vague de persécution des Juifs de Cyrène a poussé un certain nombre d’entre eux à fuir au Maroc actuel. Arrivés à Tingis (Tanger) par la mer, ils se sont installés dans les montagnes du Rif et de l’Atlas. La communauté juive de Cyrénaïque a continué à prospérer : des inscriptions, notamment à Bérénice (Benghazi), font état de communautés riches, bien établies et influentes.

Par la suite, d’autres Juifs se sont installés dans toute l’Afrique du Nord romaine, après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70, puis après la révolte de Bar Kokhba, en 135.

Juifs Amazighs de l’Atlas

La plupart des Juifs installés en Afrique du Nord étaient des réfugiés, exilés de la terre de leurs ancêtres. Les derniers arrivants, surtout, n’avaient que peu de sympathie pour les Romains, qui avaient détruit leur Temple et les avaient chassés de leur patrie… un sort qui ne pouvait que susciter la solidarité des tribus amazighes au milieu desquels ils s’installaient, qui souffraient également sous le joug romain. En même temps, les villages qui les accueillaient profitaient du savoir-faire qu’ils avaient acquis en vivant auprès d’autres civilisations plus avancées. Surtout, les Amazighs étaient impressionnés par leur foi profonde.

Un certain nombre de tribus amazighes se sont converties au judaïsme, surtout après la fin de la domination romaine. On trouve des traces de « Juifs Amazighs », à la fois d’origine palestinienne et convertis, jusque dans le Sahara. La religion de la fameuse Dihya (Kahina), la reine des Aurès qui a mené la résistance contre les conquérants Arabes, est débattue : selon certaines sources, elle était issue d’une tribu amazighe judaïsée, tandis que d’autres sources affirment qu’elle était chrétienne ; il est possible aussi que sa tribu se soit d’abord convertie au judaïsme, puis au christianisme.

Ancien drapeau de l’Empire chérifien, avec l’étoile de David

Après les conquêtes arabo-musulmanes, les Juifs nord-africains sont demeurés une composante importante de la société nord-africaine. Ils sont devenus encore plus nombreux au Moyen-Âge, avec l’arrivée de Juifs expulsés d’Espagne. Leur nombre a beaucoup diminué au 20° Siècle, par émigration : ils ne sont plus qu’environ 2000 au Maroc, entre 1000 et 2000 en Tunisie, environ 200 en Algérie, et ont pratiquement disparu en Libye. Indépendamment des questions géopolitiques contemporaines, leur contribution aux sociétés nord-africaines est indéniable.

L'Afrique du Nord romaine

Les Romains en Afrique du Nord… et les Nord-Africains à Rome

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L’Empire romain a dominé l’Afrique du Nord pendant près de 6 siècles. L’empreinte de la culture et de l’art de vivre romains dans les villes nord-africaines était si forte qu’elle a rendu possible l’émergence d’une nouvelle culture, romano-africaine, et même d’une nouvelle langue distincte du latin : le roman africain. Les populations autochtones romanisées ont aussi acquis une forte influence à Rome, avec notamment plusieurs Empereurs d’origine nord-africaine.

La province d’Africa, à l’origine

La présence romaine en Afrique du Nord a commencé après la chute de Carthage, lorsque Rome a pris possession des derniers territoires carthaginois, qui sont devenus la province d’Africa. À partir de là, les frontières romaines se sont d’abord étendues vers l’Est, sur la Tripolitaine, puis la Cyrénaïque. En -27, année de la fondation de l’Empire romain, le premier Empereur Auguste a également pris possession de l’Égypte. À l’Ouest, la Numidie et la Maurétanie, gouvernées par des rois clients de Rome, seront annexées par les successeurs d’Auguste.

La première capitale de l’Afrique romaine était Utique. Le prestige de l’ancienne Carthage était tel que la ville a été reconstruite par Jules César, vers -44. La nouvelle Carthage romaine est devenue la capitale de la province d’Afrique et la ville la plus influente en Afrique romaine. D’autres villes importantes étaient Hadrumetum (Sousse), Thysdrus (El Jem), Leptis Magna (Khoms) en Tripolitaine, Hippone (Annaba) et Cirta (Constantine) en Numidie, et Césarée (Cherchell) et Tingis (Tanger) en Mauritanie. Toutes ces villes sont fortement romanisées.

Aqueduc de Zaghouan, au Sud de Carthage

En Afrique comme dans tout leur Empire, les Romains ont construit un réseau d’infrastructures de qualité. Les voies romaines permettaient aux voyageurs de circuler de Leptis Magna à Tingis par voie terrestre plutôt que par bateau, tandis que les aqueducs alimentaient les villes en eau.

Amphithéâtre de Thysdrus (El Jem)

L’architecture romaine en Afrique nous a également laissé plusieurs sites parmi les plus remarquables du monde romain. Le plus emblématique est certainement l’amphithéâtre de Thysdrus (El Jem), le plus grand en Afrique et un des mieux conservés au monde.

L’Afrique était une des régions les plus riches de l’Empire romain. Sa richesse a attiré des migrants originaires de tout l’Empire. Par ailleurs, un grand nombre de vétérans de l’armée romaine ont reçu des terres en Afrique, en récompense pour leur service. Plusieurs nouvelles villes, comme Tipasa, Thamugadi (Timgad) et Sitifis (Setif), ont été construites pour ces vétérans.

Septime Sévère

Dans les centres urbains africains, les enfants des grandes familles locales, d’origine amazighe et punique, étudiaient dans les écoles romaines, puis prenaient des responsabilités dans l’administration de l’Empire. La méritocratie romaine fonctionnait si bien qu’on estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Il y a même eu plusieurs Empereurs romains d’origine africaine. Le premier, Septime Sévère (193-211), originaire de Leptis Magna, est le fondateur de la dynastie des Sévères, qui ont régné pendant plus de 30 ans.

Les Romano-Africains se sont illustrés aussi par l’éloquence de leur langue latine, à la fois écrite (littérature) et orale (rhétorique). Le dramaturge Térence, né dans les environs de Carthage, puis vendu comme esclave à Rome, est un des maîtres de la comédie latine. Apulée, né à Madaure (M’daourouch), est l’auteur de L’Âne d’or, considéré comme le premier roman en latin. Le plus grand rhéteur romano-africain était certainement Fronton, le tuteur de l’Empereur Marc-Aurèle, qui était originaire de Cirta.

Si les populations urbaines, surtout autour de Carthage, en Tripolitaine et à Cirta, ont accueilli avec joie les progrès techniques et culturels rendus possibles par la romanisation, les villes plus petites et les régions rurales étaient hostiles à la domination romaine. D’une manière générale, l’influence romaine était moins forte à l’Ouest de la région. Les populations autochtones se sont soulevées plusieurs fois contre le pouvoir romain ; la principale de ces révoltes est celle de Tacfarinas, en l’an 17.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Les royaumes amazighs, à l’ombre de Carthage et Rome

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Plusieurs royaumes amazighs ont émergé en Afrique du Nord pendant l’Antiquité. Pendant la période des guerres puniques, ces royaumes ont profité de la rivalité entre Carthage et Rome pour affermir leur position. Après la chute de Carthage, le roi Massinissa de Numidie a unifié les populations amazighes libérées de la domination carthaginoise en s’emparant d’une grande partie des territoires de l’Empire déchu. La Numidie et son voisin, la Maurétanie, devront cependant faire face aux ambitions impérialistes de Rome.

Les premiers royaumes amazighs d’Afrique du Nord se sont probablement formés entre le 4° et le 3° Siècle avant notre ère. Les rois amazighs étaient appelés aguellid, au pluriel iguelliden. Au départ, il s’agissait de chefs de guerre qui fédéraient un groupe de villages ou de tribus, pour se défendre ou attaquer d’autres villages/tribus, dont l’autorité n’était reconnue que le temps de la guerre. Avec le temps, les iguelliden les plus puissants ont commencé à dominer les régions ainsi conquises, même en temps de paix.

Villes maurétaniennes en orange et puniques en gris

A l’Ouest du continent, le Royaume de Maurétanie aurait été fondé par le mythique roi Atlas. Selon la légende, il a été changé en pierre pour le punir de son inhospitalité, donnant naissance au massif montagneux qui porte son nom encore aujourd’hui. La capitale de la Mauritanie était Volubilis (Oualili, dans la province marocaine de Meknès). Les Maurétaniens faisaient du commerce avec les Phéniciens, puis les Carthaginois, à travers les ports puniques de Tingis (Tanger) et Lixus (Larache).

Plus près de Carthage, se sont constitués deux royaumes apparentés, mais rivaux : les Massaesyles, avec pour capitale Siga (Oulhaça El Gheraba, dans la wilaya algérienne d’Ain Temouchent), puis Cirta (Constantine), et les Massyles, avec pour capitale Hippone (Annaba). Les Massaesyles, qui contrôlent un territoire plus vaste, s’enrichissent grâce au commerce avec l’Espagne, mais les Massyles possèdent davantage de villes et sont plus attachés à leurs terres. Les frontières entre les deux royaumes étaient fluctuantes, au fil des guerres qui les ont opposés.

L’historien grec Polybe mentionne d’autres royaumes numides plus anciens, les Lergètes et les Maccéens, dont nous ne savons rien par ailleurs.

Pendant la deuxième guerre punique, Syphax, le roi des Massaesyles, va s’allier avec les Carthaginois, tandis que Massinissa, le roi des Massyles, prendra le parti des Romains. Après la défaite de Carthage, Massinissa prend le contrôle de l’ensemble des territoires massaesyles et fonde le Royaume unifié de Numidie. Il se lance ensuite dans la conquête des possessions puniques en Libye, où il estime que Carthage occupe les terres de ses ancêtres. Il a également étendu son royaume vers le Sud. Le règne de Massinissa est considéré comme l’âge d’or du Royaume de Numidie.

Baga, le roi de Maurétanie, s’est allié avec Rome et Massinissa pendant la deuxième guerre punique. Après la victoire, la Maurétanie a pris le contrôle des villes portuaires puniques sur ses côtes. La frontière entre la Numidie et la Mauritanie était le fleuve Moulouya.

Après la mort de Massinissa, son petit-fils Jugurtha fera la guerre aux Romains pour les chasser d’Afrique du Nord. Après sa défaite, une grande partie de son Royaume sera rattachée à la Maurétanie. Les derniers rois de Numidie et de Maurétanie seront des clients de Rome, jusqu’à Juba II et son fils Ptolémée. Ensuite, leur Royaume est annexé par l’Empire romain.

Carthage et l'Empire carthaginois

L’Empire carthaginois : la première grande puissance nord-africaine

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Carthage, à l’origine la principale colonie phénicienne en Afrique du Nord, est devenue une des villes les plus riches et puissantes de l’Antiquité et la capitale d’un Empire qui s’étendait sur les deux rives de la Mer Méditerranée et d’une nouvelle civilisation qui a marqué le monde antique : la civilisation punique.

Le signe de Tanit, symbole de la civilisation punique

Carthage a été fondée vers l’an -814, comme une colonie de la cité phénicienne de Tyr. Son nom, Qart Hadasht (𐤒𐤓𐤕 𐤇𐤃𐤔𐤕‎), signifie « nouvelle ville ». Après moins d’un siècle, elle avait déjà plus de 30 000 habitants, largement plus que n’importe quelle autre colonie phénicienne. Cette prééminence lui a permis de s’imposer comme centre des expéditions commerciales phéniciennes en Afrique du Nord et au-delà. La ville s’est enrichie rapidement, grâce à sa proximité avec des terres agricoles fertiles et d’importants dépôts minéraliers.

Au septième siècle avant notre ère, sa ville mère, Tyr, qui avait été jusqu’ici la principale ville-Etat phénicienne, était en déclin. A cette époque, la culture carthaginoise (ou punique, comme on l’appellerait dorénavant) avait développé des caractéristiques distinctes de la culture phénicienne, avec des influences locales. Ces circonstances ont permis à Carthage de prendre son indépendance vers 650, avant d’entamer ses propres expéditions coloniales en Mer Méditerranée occidentale. La civilisation punique est issue du mélange entre la culture phénicienne et celle des populations amazighes locales.

L’Empire carthaginois à son apogée

Alors que les Phéniciens étaient une civilisation commerçante largement pacifique, les Carthaginois avaient des ambitions expansionnistes. Leur objectif était davantage de sécuriser leurs routes commerciales que de conquérir de nouveaux territoires. Leur soif de nouvelles richesses les a cependant menés à des expéditions militaires, en Sardaigne, Corse, Espagne et contre les Amazighs de Libye. Ils ont également pris le contrôle d’autres colonies phéniciennes, en nommant des magistrats pour les administrer directement, en contradiction avec le principe phénicien d’autonomie des villes-Etats.

Au début du 4° Siècle, Carthage était la principale puissance politique, économique et militaire de la région, à la tête d’un Empire qui s’étendait du centre de la Libye au Nord du Maroc et à l’Espagne, ainsi que sur plusieurs îles méditerranéennes. Au 3° Siècle, les conquêtes du général carthaginois Hamilcar Barca ont solidifié la domination carthaginoise en Espagne, qui était assez faible auparavant.

A la même époque, un autre puissance en devenir a émergé sur l’autre rive de la Mer Méditerranée : la République romaine, qui contrôlait déjà une grande partie de l’Italie. Le conflit, qui semblait inévitable, éclatera finalement en -264, d’abord pour le contrôle de la Sicile : c’est le début de la première guerre punique (264-241). Pendant la deuxième guerre punique (218-201), Hannibal Barca, le fils de Hamilcar, envahit l’Italie par le Nord en traversant les Alpes avec son armée et parvient presque à conquérir Rome, avant d’être finalement repoussé jusqu’en Afrique, puis vaincu par le général romain Scipion. Enfin, la troisième guerre punique (149-146) aboutira à la destruction de Carthage.

Les Grecs en Afrique du Nord

La Cyrénaïque : une colonie grecque en Libye

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À la même époque où Carthage et les autres colonies phéniciennes prospéraient en Afrique du Nord, une autre grande civilisation maritime, la Grèce, établissait également des colonies sur les côtes méditerranéennes. La colonisation grecque était surtout tournée vers l’Asie et le Sud de l’Italie, mais il y avait aussi des colonies grecques dans la région d’Afrique du Nord située directement en face de la Grèce. L’influence grecque dans cette région sera si forte que la région prendra le nom de Cyrénaïque, d’après Cyrène (Shahhat), sa colonie grecque la plus influente.

Les premiers colons grecs sont arrivés en Cyrénaïque dès le 7º Siècle avant notre ère. Auparavant, la région était habitée par des tribus amazighes, avec lesquelles les Grecs avaient de bonnes relations.

La ville de Cyrène a été fondée en 631, par des colons originaires de l’île de Thera (Santorini), qu’ils avaient abandonnée à cause d’une famine. Leur chef est devenu le premier roi de Cyrène, sous le nom de Battos, qui signifie « roi » dans la langue amazighe locale.

Peu de temps après, Cyrène était à la tête de la Pentapole, une alliance de cinq villes grecques des environs : Cyrène, Euhespérides (Benghazi), Taucheira (Tocra), Balagrae (Bayda) et Barca (Marj). Apollonie (Marsa Susa) était le port de Cyrène. D’autres villes grecques moins importantes, comme Darnis (Derna) et Antipyrgos (Tobrouk), faisaient partie du territoire de la Pentapole.

La région peu peuplée à l’Est de la Pentapole, appelée Marmarique, correspond à l’Ouest de l’Égypte actuelle. Tout au Sud, l’oracle pharaonien d’Ammonium (dans l’oasis de Siwa) marquait la limite de la zone d’influence grecque.

Pièce d’argent représentant une tige de silphium

La région, pleine de terres fertiles, est vite devenue prospère. En plus du blé, de l’orge, des figues et de l’huile d’olive, les Grecs de Cyrénaïque cultivaient le silphium, une plante aujourd’hui disparue, qui poussait uniquement dans cette région. Cette plante, très prisée pour ses vertus médicales, servait notamment de contraceptif naturel.

En 525, l’Empire perse, qui vient de conquérir l’Egypte, s’empare aussi de la Pentapole. Deux siècles plus tard, en 332, la région est conquise par Alexandre le Grand. Après sa mort, elle est rattachée à l’Egypte des Ptolémée. La Cyrénaïque sera brièvement un Royaume indépendant entre 276 et 250, sous Magas de Cyrène, le fils de l’épouse de Ptolémée Ier Soter, avant d’être réintégrée à l’Egypte après sa mort. Le roi Ptolémée III Euergète (246-221) épouse Bérénice, la fille de Magas de Cyrène. La ville d’Euhesperides est renommée Bérénice, en son honneur. Ptolémée III fonde aussi la ville de Ptolémaïs (Tolmeita), pour en faire la résidence de son gouverneur dans la région.

En 105, la Cyrénaïque reprend son indépendance, avec pour roi Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII. Lorsque celui-ci meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à Rome.

Au fil des siècles, Cyrène est devenue un des principaux centres culturels et intellectuels du monde grec. Aristippe de Cyrène, un disciple de Socrate, a fondé une école de philosophie appelée l’école cyrénaïque. Deux autres grandes figures originaires de Cyrène sont le mathématicien Eratosthène et le poète Callimaque.

Les Phéniciens en Afrique du Nord

Marins et commerçants : les colonies phéniciennes en Afrique du Nord

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Les Phéniciens étaient la première grande civilisation maritime au monde. Originaires du Liban actuel, ils ont fondé des villes-Etats comme Tyr, Sidon et Byblos, d’où leurs navires partaient pour des expéditions commerciales dans tout le bassin méditerranéen. Les marchands phéniciens ont fondé de nombreuses colonies, d’abord sur les îles de la Mer méditerranéenne, puis sur les côtes nord-africaines et jusqu’en Espagne.

La première colonie phénicienne en Afrique du Nord était Utique, en Tunisie actuelle, située à mi-chemin entre Carthage et Hippo Diarrhytos (Bizerte), à l’extrême Nord du continent. Par la suite, Carthage est devenue le centre de l’empire colonial phénicien. Leur voie commerciale principale allait de la Phénicie à Leptis Magna (Khoms), Carthage, puis Tingis (Tanger). Si leur zone d’influence durable s’arrêtait à Lixus (Larache), ils ont cependant construit des colonies bien plus loin, jusqu’à Essaouira et Agadir.

Les colonies phéniciennes étaient d’assez petite taille : seule Carthage et quelques villes voisines avaient plus de 1000 habitants. Chaque colonie était assez autonome, avec son propre gouvernement, mais avec une langue et une culture commune. Elles devaient aussi envoyer un tribut annuel à leur ville mère. Si les rivalités commerciales entre villes phéniciennes pouvaient être intenses, les guerres étaient rares.

Les Phéniciens n’étaient pas des conquérants, mais des commerçants. Leurs expéditions leur ont permis d’entrer en contact avec de nombreuses autres civilisations, avec lesquelles ils faisaient du commerce et entretenaient le plus souvent des relations pacifiques. En Afrique du Nord, ils n’allaient pas au-delà des zones côtières, mais établissaient des alliances commerciales avec les tribus amazighes de l’intérieur, qui leur vendaient des produits agricoles et artisanaux. En échange, les Phéniciens les protégeaient contre des envahisseurs potentiels.

En même temps, une autre puissance maritime, la Grèce, avait également des ambitions en Afrique du Nord. Elle était présente surtout à l’Est de la Libye, du fait de la proximité géographique. Les colonies grecques de Cyrène (Shahhat), Euhespérides/Bérénice (Benghazi), Taucheira/Arsinoë (Tocra), Balagrae (Bayda) et Barca (Marj), formaient la Pentapole, une alliance de cinq villes, qui est à l’origine de la région de Cyrénaïque.

Voie commerciale phénicienne

Pour conclure, voici une liste des principales villes fondées par les Phéniciens en Afrique du Nord :
En Libye : Leptis Magna (Khoms), Oea (Tripoli), Sabratha
En Tunisie : Carthage, Utique, Hippo Diarrhytos (Bizerte), Kerkouane, Hadrumetum (Sousse), Leptis Parva (Monastir), Thapsus (Bekalta) ; Vaga (Béja) et Taparura (Sfax) sont à l’origine des villes amazighes, conquises par les Phéniciens
En Algérie : Hippone (Annaba), Iol (Cherchell), Russicada (Skikda), Icosium (Alger), Portus Magnus (Oran)
Au Maroc : Rusadir (Melilla), Tingis (Tanger), Lixus (Larache), Thymaterion (Mehdya, province de Kenitra), Chellah (Rabat-Salé), Anfa (Casablanca), Gytte (Mazagan/Eljadida), Melitta (Oualidia), Mogador (Essaouira), Agadir

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les premiers habitants d’Afrique du Nord : les Amazighs

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Les racines des premiers hommes qui ont habité notre région remontent à des milliers d’années. Originaires de la vallée du Nil, ils ont traversé le Nord du désert du Sahara et se sont installés dans la région située au Nord du continent africain, dont les vastes terres fertiles et bien irriguées offraient des pâturages en abondance pour eux et leurs troupeaux. Leur culture a très peu changé à travers les siècles : le mode de vie traditionnel de leurs descendants à notre époque ressemble toujours beaucoup à ce qu’on sait de celle de leurs lointains ancêtres.

Représentation d’un Amazigh de Libye, dans la tombe du Pharaon Séti 1er

La plupart de ces premiers Nord-Africains étaient des éleveurs nomades, qui vivaient sous tente et se déplaçaient au rythme des saisons avec leurs troupeaux de moutons et de chèvres. Avec le temps, certains se sont installés dans les plaines fertiles des régions montagneuses, où ils habitaient dans des maisons en pierre ou en terre, élevaient du bétail et cultivaient du blé, de l’orge et des oliviers. Partout, nomades ou sédentaires, ils vivaient au plus près de la nature.

Les hommes fabriquaient des outils de bois et de pierre, tandis que les femmes cousaient du tissu et faisaient de la poterie. Ensuite, ces ressources étaient échangées selon les besoins de chacun. Les métaux étaient réservés aux bijoux et l’argent inconnu.

Ils portaient des tuniques ornées de bandes rouges. Dans les climats plus froids, les tuniques étaient en laine, avec une capuche. Les hommes comme les femmes appréciaient beaucoup les bijoux, surtout en argent.

La base de leur alimentation était une épaisse semoule de blé ou d’orge : le seksou, qu’ils mangeaient avec du lait de chèvre ou de brebis.

Les familles vivaient ensemble, sous l’autorité du grand-père ou de l’aîné des oncles. Ils construisaient leurs villages sur le flanc des montagnes, pour pouvoir se défendre facilement en cas d’attaque. Les femmes fabriquaient des tapis, une autre activité emblématique, avec pour motifs les symboles des tribus.

Les tribus et villages formaient des alliances régionales, pour se protéger mutuellement ou attaquer des tribus rivales. Ces confédérations tribales étaient dirigées par une assemblée composée de tous les chefs de clan.

En vivant en contact si étroit avec la nature, ils ne pouvaient qu’être fascinés par les forces qui leur semblaient se cacher derrière la nature. Ils imaginaient le ciel comme la demeure du dieu soleil, parfois représenté comme un lion à la crinière étincelante. D’autres divinités influentes étaient Ayyur, la lune, et Gurzil, le tonnerre. Les rochers étaient la demeure des jnun, les esprits de la terre. Les rites saisonniers de la fertilité étaient censés garantir une bonne récolte et une bonne santé des troupeaux.

En même temps, la nature si belle pouvait aussi être terrifiante, d’où le besoin de se protéger contre les puissances spirituelles malfaisantes. Pour cela, ils portaient des amulettes, comme des ossements ou des coquillages, et avaient recours à des sortilèges. Le symbole de la main ouverte pour se protéger du mauvais œil remonte à bien avant l’islam.

Quel était le nom de ces premiers Nord-Africains ? Les Grecs, la civilisation la plus prestigieuse du bassin méditerranéen antique, les appelaient les Libyi. A d’autres moments, les populations autochtones d’Afrique du Nord, ou bien certaines tribus spécifiques, ont été appelés Massyles, Numides, Maures, Gétules ou Garamantes.

Plus tard, leurs nouveaux voisins Arabes les appelleront بربر, Berbères. Ce nom est dérivé du grec barbaroi, étrangers, qui a également donné « barbares » en français.

Eux-mêmes se désignaient sous le nom d’Amazigh, ou Imazighen au pluriel, ce qui signifie « hommes libres » dans leur langue. Ce nom, qui existe depuis des millénaires, était connu dans l’Antiquité et on en retrouve des variantes dans les textes d’autres peuples.

Le meilleur endroit pour découvrir davantage l’histoire et la culture amazighe est certainement le Musée Pierre Bergé des arts berbères, dans le Jardin Majorelle, à Marrakech, au Maroc, que nous recommandons à tous