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Les Grecs en Afrique du Nord

Alexandrie : une ville grecque en Egypte

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Lorsqu’Alexandre le Grand, roi de Macédoine qui deviendra un des plus grands conquérants de l’histoire, s’empare de l’Egypte, il décide de fonder une nouvelle ville sur la côte égyptienne, à laquelle il donnera son nom : Alexandrie. Au cours des siècles après sa mort, sous la dynastie grecque des Ptolémée, Alexandrie deviendra la ville la plus influente du monde grec.

Les Grecs et l’Egypte

La Grèce avait des liens très anciens et profonds avec l’Egypte. Plusieurs grands penseurs grecs, notamment Pythagore, auraient séjourné en Egypte. Une colonie grecque en Egypte, Naucratis, servait de lieu d’interaction entre les civilisations grecque et égyptienne.

Fondation d’Alexandrie

Le jeune roi Alexandre III de Macédoine, qui a hérité de son père un Royaume qui domine déjà la plus grande partie de la Grèce, s’attaque à l’ambition de sa vie : conquérir l’Empire perse.

Lorsqu’il entre en Egypte, les Egyptiens l’accueillent en triomphe et l’installent sur le trône des Pharaons. En avril 331, il fonde une nouvelle ville : Alexandrie, dont il ambitionne de faire la capitale de son Empire et une passerelle entre sa Grèce natale et l’ancienne et la prestigieuse nation égyptienne. Il repart après quelques mois et ne reviendra jamais à Alexandrie de son vivant, mais il y sera enterré après sa mort.

L’Empire d’Alexandre le Grand

Au cours des prochaines années, il continue de pousser ses conquêtes de plus en plus loin. L’Empire d’Alexandre le Grand était le plus grand Empire du monde antique ; mais il sera très éphémère : après sa mort, à seulement 32 ans, il est divisé entre ses généraux.

Alexandrie, capitale des Ptolémée

Un de ces généraux, Ptolémée, prend le contrôle de l’Egypte et de la Cyrénaïque. Pour asseoir sa légitimité, il s’empare du corps d’Alexandre le Grand et lui construit un tombeau à Alexandrie. Il se proclame Pharaon d’Egypte, sous le nom de Ptolémée Ier Soter, et fonde la dynastie des Ptolémée.

Les Ptolémée deviendront les véritables artisans du développement d’Alexandrie. Ptolémée Ier Soter et son fils Ptolémée II Philadelphe font construire le fameux phare d’Alexandrie, une des sept merveilles du monde antique, ainsi que l’Heptastade, une chaussée pour relier l’île de Pharos au continent.

Ptolémée II Philadelphe fait construire aussi la bibliothèque d’Alexandrie, la plus grande du monde antique. Des scientifiques prestigieux, comme le mathématicien Euclide ou l’astronome Claude Ptolémée, y travaillent. Des poètes comme Callimaque de Cyrène et Apollonius de Rhodes écrivent des chefs d’œuvre de poésie grecque. Ptolémée II a aussi chargé le prêtre égyptien Manethon d’écrire une Histoire de l’Egypte, en langue grecque. Grâce au patronage des arts et des sciences par les Ptolémée, Alexandrie deviendra le centre culturel du monde grec, contribuant au rayonnement de la langue et de la culture grecques dans tout le bassin méditerranéen.

Ruines du Sérapion

Les Ptolémée se revendiquent les héritiers des anciens Pharaons et maintiennent les traditions égyptiennes, tout en les conciliant avec leur héritage grec. Ptolémée III Evergète construit le Sérapion, le plus grand temple d’Alexandrie, consacré au dieu Sérapis, qui est proclamé protecteur de la ville. Le culte syncrétiste de Sérapis est le meilleur exemple de la synthèse entre la religion grecque et égyptienne promue par les Ptolémée.

En plus des Grecs et des Egyptiens, Alexandrie compte aussi une importante communauté juive. Les Juifs d’Alexandrie traduisent leurs textes sacrés en grec. Philon, l’auteur juif alexandrin le plus influent, adopte les méthodes de la philosophie grecque pour l’interprétation des textes sacrés. Plus tard, Alexandrie deviendra également un centre chrétien influent et le siège de la principale école théologique chrétienne.

En un siècle, Alexandrie est devenue la plus grande ville du bassin méditerranéen. Elle profite aussi du déclin de Tyr, ravagée par Alexandre le Grand, pour s’imposer comme nouveau port commercial. La ville demeurera la capitale des Ptolémée, jusqu’à l’annexion de l’Egypte par l’Empire romain. Même à l’époque romaine, elle sera toujours la deuxième ville de l’Empire après Rome.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Shishak/Sheshonq : un Pharaon libyen dans la Bible

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La Bible hébraïque raconte comment, sous le règne du roi Roboam, fils de Salomon et petit-fils du grand roi David, le Royaume d’Israël a été envahi par Shishak, roi d’Egypte, qui a pillé les trésors du Temple de Jérusalem et du palais royal. Cette invasion est présentée comme un châtiment divin pour la désobéissance du peuple hébreux. La plupart des spécialistes associent Shishak à Sheshonq Ier, un Pharaon d’origine amazighe libyenne.

Sheshonq Ier était issu de la tribu libyenne des Meshwesh (Mâchaouach), qui avaient envahi l’Egypte plusieurs siècles auparavant. Son oncle, Osorkon l’Ancien, avait régné brièvement pendant six ans, en tant que premier Pharaon d’origine libyenne, mais son règne éphémère n’avait pas permis d’établir une emprise libyenne durable sur l’Egypte. Sheshonq Ier, à son accession au trône, vers 943 avant notre ère, a fondé la 22° dynastie, la première dynastie pharaonique d’origine libyenne, qui a régné pendant deux siècles. L’année (approximative) de l’avènement de Sheshonq 1er a été adopté comme « an 0 » du calendrier amazigh moderne.

Voici le récit biblique de l’invasion de Shishak :

La cinquième année du règne de Roboam, Shishak, roi d’Égypte, monta contre Jérusalem. Il prit les trésors de la maison de l’Éternel et les trésors de la maison du roi, il prit tout. Il prit tous les boucliers d’or que Salomon avait faits.

(La Bible, 1 Rois 15 v 25-26)

Roboam a été roi d’Israël de 931 à 913 environ. La cinquième année de son règne, lorsque Shishak a envahi son Royaume, correspond donc à l’an 926.

D’autres textes bibliques sur les guerres entre le Royaume d’Israël et l’Egypte mentionnent la présence de guerriers libyens dans l’armée égyptienne.

La mention biblique de Shishak/Sheshonq pourrait être la première référence écrite aux Amazighs, dans les textes historiques d’une autre nation antique.

Les Grecs en Afrique du Nord

Les Amazones libyennes, entre mythe et histoire

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Les Amazones sont un peuple de femmes guerrières, aussi fortes et aussi douées à cheval et au combat que les hommes. Leur société était entièrement féminine : elles ne rencontraient des hommes qu’occasionnellement, pour se reproduire, puis élevaient leurs filles selon leurs coutumes, mais tuaient les garçons. Les Amazones apparaissent dans plusieurs mythes grecs, comme les Travaux d’Hercule, les Argonautiques et l’Iliade. Il y avait deux principaux groupes d’Amazones : l’un vivait en Libye, l’autre en Asie mineure. Dans cet article, nous découvrirons le mythe des Amazones libyennes, ainsi que ses origines historiques.

Origines

D’après la mythologie, la première reine des Amazones, Otréré, a eu une liaison avec Arès, le dieu de la guerre. Leurs filles Hippolyte et Penthésilée sont devenues les deux plus grandes reines des Amazones.

Le nom des Amazones n’est pas d’origine grecque. Une étymologie populaire grecque le fait venir de amazos (ἀμαζός), « sans poitrine ». En effet, on pensait que les Amazones se coupaient ou se brûlaient le sein droit, afin de ne pas être gênées en tirant à l’arc. Cette idée est fausse : sur toutes les représentations plus anciennes des Amazones, on les voit avec deux seins (souvent l’un couvert et l’autre découvert). Une origine plus plausible du nom est le terme persan ha-mazan, « guerriers ».

Dans la mythologie

Un des douze travaux d’Hercule a été de s’emparer de la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones. Le vol de la ceinture est clairement symbolique de la prise de la virginité : Hercule doit conquérir sexuellement la reine des Amazones, la femme la plus inaccessible aux hommes.

D’après la version la plus courante de ce mythe, Hippolyte était tellement impressionnée par Hercule qu’elle a d’abord accepté de lui donner sa ceinture de son plein gré ; mais les Amazones, qui croyaient qu’il voulait enlever leur reine, ont attaqué son bateau. Alors, Hercule, se croyant trahi, a tué Hippolyte et lui a enlevé sa ceinture alors qu’elle était déjà morte.

D’après un autre mythe, Hippolyte a été enlevée par Thésée, roi d’Athènes, qui l’a forcée à l’épouser et a eu un fils d’elle. Les Amazones ont ensuite envahi la Grèce pour la libérer. Une version plus tardive, qui vise à réconcilier ce mythe avec le précédent, raconte que c’est Antiope, la sœur d’Hippolyte, qui a été enlevée.

Penthésilée, la sœur d’Hippolyte, qui lui a succédé comme reine, a par la suite participé à la guerre de Troie, aux côtés des Troyens. Elle a été tuée par Achille, le plus grand guerrier grec, en combat singulier. Après sa mort, Achille, voyant sa beauté, a regretté de l’avoir tuée.

Les Amazones libyennes vivaient sur l’île d’Hespéra, dans le Lac Triton (probablement le Chott el-Jerid, en Tunisie actuelle). Leur reine s’appelait Myrina. L’Iliade mentionne son tombeau, près de la ville de Troie. Cela pose évidemment un problème de chronologie : si Myrina était déjà morte et enterrée au moment de la guerre de Troie, elle devait avoir vécu bien avant Penthésilée, qui a participé à cette guerre.

La réinterprétation historique

Des auteurs grecs plus tardifs ont cherché à réinterpréter leurs anciens mythes, afin de leur donner une origine historique. En partant du problème chronologique mentionné ci-dessus, ils ont pensé que les Amazones libyennes étaient plus anciennes que celles d’Asie mineure, et qu’elles étaient peut-être même les ancêtres de celles-ci.

Un de ces auteurs, Diodore de Sicile, donne une description détaillée de la société des Amazones libyennes. C’est une société matriarcale : la vie publique est le domaine des femmes, tandis que les hommes s’occupent du foyer. Les femmes font un service militaire de plusieurs années, pendant lequel elles doivent garder leur virginité. Ensuite, elles se marient et ont des enfants, qu’elles confient aux hommes. Les seins des petites filles sont brûlés dès leur enfance, pour les empêcher de se développer. Les femmes qui ont terminé leur service militaire peuvent exercer des fonctions publiques. Les hommes, eux, passent toute leur vie dans leur foyer, où ils s’occupent des tâches domestiques et élèvent les enfants. Cette description est une inversion des rôles masculins et féminins dans la société grecque.

Toujours selon Diodore de Sicile, Myrina, la reine des Amazones libyennes, a mené une campagne militaire, d’abord en Libye, contre d’autres peuples de la région. Ensuite, après avoir établi un traité de paix avec l’Egypte, elle a conquis la Syrie, l’Arabie et la Cilicie, puis envahi l’Asie mineure, où elle a construit plusieurs villes. Elle a finalement été vaincue et tuée par Mopsus, le fils du roi de Thrace.

Le récit de Diodore de Sicile n’est pas strictement historique : il cherche à donner une réinterprétation historique des anciens mythes grecs.

Des origines historiques

S’il n’y a certainement jamais eu dans l’histoire de civilisation entièrement féminine, le mythe des Amazones est probablement inspiré des femmes guerrières d’autres peuples, que les Grecs ont rencontrées au combat. Les Scythes, notamment, avaient des femmes guerrières à cheval.

En Libye, les femmes de certaines tribus amazighes participaient aux combats. Chez les Machlyès, notamment, les femmes conduisaient les chars de guerre. D’après l’historien grec Hérodote, tous les ans, les jeunes femmes Machlyès affrontaient celles d’une tribu voisine, lors de batailles rituelles, avec des bâtons et des pierres. De telles batailles rituelles avaient encore lieu au début du 20° Siècle, entre les femmes de certaines tribus amazighes.

Chez les Amazighs, une femme pouvait être cheffe de tribu ou de confédération. L’exemple le plus connu est celui de la fameuse Dihya (Kahina), reine des Aurès, qui a mené la résistance contre les conquérants arabes. On retrouve cette tradition matriarcale encore aujourd’hui, chez les Touaregs du Sahara.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Couscous et tajine : histoire de la cuisine nord-africaine

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La cuisine traditionnelle nord-africaine, largement enrichie par des influences plus tardives, ressemble cependant toujours en grande partie à ce que mangeaient nos premiers ancêtres il y a des milliers d’années. Des formes anciennes de couscous et de tajine étaient déjà consommées par les Numides du roi Massinissa, et même avant. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de ces deux plats emblématiques de notre région.

Le couscous

La semoule de blé ou d’orge, deux céréales abondamment cultivées dans toute l’Afrique du Nord, était probablement l’aliment de base des premiers Nord-Africains. On la mangeait crue, avec du lait de chèvre ou de brebis. On l’appelait seksou (ⵙⴽⵙⵓ), du verbe kaskasa, broyer.

Le couscous cuit à la vapeur est probablement apparu dans le Royaume de Numidie. On a retrouvé des formes primitives de couscoussiers dans des tombes datant du règne de Massinissa.

Après les conquêtes arabes, le seksou était toujours consommé par les populations autochtones de toute l’Afrique du Nord. La recette de couscous, telle qu’on la connaît aujourd’hui, semble avoir été développée vers le 12° Siècle : le plat n’est pas attesté pendant la dynastie ziride (972-1148), mais apparaît à l’époque du califat almohade (1121-1269). Vers la même époque, un livre de cuisine arabe, écrit par un auteur ayyoubide (un sultanat égyptien, 1171-1260), contient trois recettes de couscous. On a retrouvé des couscoussiers datant du 12° Siècle, les plus anciens depuis ceux de Massinissa, dans le Souss marocain.

Le couscous s’est probablement répandu en Espagne avec les conquêtes maures, même si on ne le retrouve plus dans la cuisine traditionnelle espagnole aujourd’hui. Il est cependant toujours cuisiné dans la ville de Trapani, en Sicile, selon une vieille recette andalouse.

Le tajine

La viande et les légumes braisés dans un pot de terre est certainement la méthode de cuisson la plus ancienne et la plus répandue dans toute l’Afrique du Nord. Les plus anciens fragments de tajines remontent à l’époque du Royaume de Numidie. Plus surprenant : on a retrouvé des poteries d’origine nord-africaine, dont une forme primitive de tajine… en Ecosse, le long du Mur d’Antonin ! Ils ont probablement été apportés par des soldats romaines d’origine nord-africaine qui étaient stationnés là ; Quintus Lollius Urbicus, gouverneur de la Bretagne romaine de 139 à 142, était d’origine numide.

Originaire des montagnes de l’Atlas, le tajine semble avoir été adopté par les Arabes pendant le règne de Haroun al-Rachid (786-809), le plus grand des califes abbassides. Il est mentionné dans les Contes des Mille et Une Nuits. Aujourd’hui, on le trouve dans tout le Moyen-Orient.

Les Grecs en Afrique du Nord

L’Afrique du Nord dans la mythologie grecque

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Les Grecs, la civilisation la plus prestigieuse du bassin méditerranéen, connaissaient l’Afrique du Nord et avaient des relations avec ses habitants, surtout après la fondation des colonies grecques de Cyrénaïque, au 7° Siècle avant notre ère. Ils étaient particulièrement fascinés par la région située tout à l’Ouest du continent, aux limites du monde tel qu’ils le connaissaient. Alors, ils ont situé certains de leurs mythes en Afrique du Nord. Parfois, selon leur coutume, ils reprenaient aussi des mythes amazighs, en donnant des noms grecs à des divinités locales.

Atlas : le géant devenu montagne

L’Atlas, le massif montagneux le plus haut du bassin méditerranéen, est à l’origine de nombreux mythes.

Atlas porte le ciel

D’après le mythe grec de la Titanomachie, Atlas était à l’origine un titan, une ancienne génération de dieux renversés par les dieux olympiens. Pour le punir de sa révolte, Zeus, le nouveau roi des dieux, l’a condamné à se tenir à l’extrémité du monde, sur le sommet le plus élevé des montagnes qui portent son nom aujourd’hui, où il devrait porter le ciel sur ses épaules pour toute l’éternité.

D’après un autre mythe, Atlas était le premier roi de Maurétanie. Lorsque le héros Persée est venu demander l’hospitalité à sa cour, Atlas, au lieu de l’accueillir avec honneur comme le voulait la coutume, l’a chassé. Alors, Persée lui a montré la tête de la Méduse, un monstre qu’il avait tué, dont la vue changeait en pierre tous ceux qui la voyaient. Le roi, qui était de très grande taille, a été pétrifié, donnant naissance aux montagnes de l’Atlas.

Ces deux mythes sont tout à fait différents. Le deuxième récit est un mythe local, adopté par les Grecs. Avec le temps, le roi de Maurétanie a été associé au titan Atlas, qui vivait dans la même région.

Les origines de la Libye

Dans la mythologie grecque, Libye était une princesse d’Egypte, la fille du roi Epaphos (identifié au dieu égyptien Apis). Elle a été enlevée par Poséidon, le dieu de la mer, à qui elle a donné deux fils : Bélos et Agénor.

Cyrène était une princesse grecque, passionnée par la chasse, dont le dieu Apollon est tombé amoureux après l’avoir vue tuer un lion à mains nues. Il l’a enlevée en Libye, où ils ont fondé la ville de Cyrène.

Le dieu marin Triton est également décrit comme vivant en Libye.

D’après certaines sources mythologiques, la déesse Athéna est née en Libye.

Le jardin des Hespérides

Jardin des Hespérides

Le jardin des Hespérides est un jardin fabuleux, le domaine des trois Hespérides, les nymphes du soir, filles du titan Atlas. Dans ce jardin, gardé par un dragon, se trouvait un arbre dont les fruits étaient des pommes d’or. Il s’agit probablement d’une allusion mythologique aux oranges, un fruit encore inconnu en Grèce.

Hercule, le plus grand des héros de la mythologie grecque, était un demi-dieu, le fils du dieu Zeus et d’une femme humaine. Afin d’être admis parmi les dieux, il a dû accomplir douze travaux exceptionnellement difficiles. Un de ces douze travaux était de voler les pommes d’or du jardin des Hespérides.

D’après une variante de ce mythe, Hercule n’a pas accompli cette tâche seul, mais avec l’aide d’Atlas. Lorsque Hercule est venu le trouver pour lui demander où se trouvait le jardin des Hespérides, Atlas lui a proposé de lui apporter lui-même les pommes d’or, à condition qu’Hercule porte le ciel à sa place pendant ce temps. En réalité, il était heureux d’être débarrassé de son fardeau et n’avait aucune intention de le reprendre à son retour. Alors, Hercule, rusé, lui a demandé de reprendre brièvement le ciel sur ses épaules, le temps qu’il trouve une position confortable, puis il s’est enfui avec les pommes.

A l’origine, le jardin des Hespérides était situé au-delà des limites du monde des hommes, dans un espace accessible uniquement aux dieux. Ensuite, avec la colonisation grecque en Cyrénaïque, le mythe a évolué : le jardin se trouvait à présent à Euhespérides (Benghazi). Les versions plus tardives du mythe le situent aux limites du monde connu : à Lixus (Larache) en Maurétanie, ou encore en Espagne.

Le géant Antée

Combat entre Hercule et Antée

Antée (en grec Antaios, adversaire) était un géant, le fils de Poséidon (la mer) et de Gaïa (la terre). C’était le premier roi de Libye et le gardien de l’Afrique du Nord contre les envahisseurs étrangers. Tous les voyageurs qui passaient par son royaume devaient l’affronter à la lutte. Or, puisqu’il était le fils de la terre, Antée retrouvait ses forces à chaque fois qu’il touchait la terre, ce qui lui permettait de vaincre n’importe quel adversaire.

Lorsque Hercule, en route vers le jardin des Hespérides, est arrivé chez Antée, celui-ci, comme à son habitude, l’a mis au défi de l’affronter à la lutte. Pour le vaincre, Hercule l’a soulevé, pour que ses forces ne puissent plus se renouveler au contact de la terre, puis il l’a tué en l’étouffant.

Dans les mythes les plus anciens, Antée vivait dans le désert libyen, une allusion aux contacts entre Grecs de Cyrénaïque et Amazighs de Libye. Les versions plus récentes le situent bien plus à l’Ouest, en Maurétanie.

Le détroit de Gibraltar

Monument des colonnes d’Hercule

La cosmologie antique voyait la terre comme un disque plat, entouré de l’océan primordial, une étendue d’eau infinie, dans laquelle se jetaient les eaux de tous les océans du monde. La Maurétanie et l’Espagne étaient considérées comme les dernières régions habitées. Au-delà, c’était l’inconnu, qu’on imaginait peuplé de monstres effrayants. Le détroit de Gibraltar représentait l’extrémité du monde civilisé, avec les « colonnes d’Hercule », deux montagnes situées de part et d’autre du détroit, qui indiquent aux voyageurs qu’ils étaient arrivés aux limites du monde connu.

Les mythes sur les origines du détroit abondent. D’après une version, Hercule, alors qu’il traversait l’Atlas pendant sa quête du jardin des Hespérides, a frappé une montagne qui se trouvait sur sa route. Sous l’effet de sa force surhumaine, la montagne s’est fendue en deux, séparant ainsi les deux rives du détroit, qui formaient auparavant un seul continent. Les deux parties de la montagne sont devenues les colonnes d’Hercule. D’autres sources racontent, au contraire, qu’il a rétréci un détroit auparavant plus large, afin d’empêcher les monstres marins de l’Océan atlantique d’entrer dans la Mer méditerranée.

Les villes situées sur le détroit jouaient un rôle important dans l’imaginaire grec, en tant que gardiennes du monde civilisé. Selon certaines sources, Tingis (Tanger) était le site du combat entre Hercule et Antée. Après avoir tué Antée, Hercule a couché avec son épouse, Tinjis, la fille du roi Atlas de Maurétanie. Leur fils Syphax a fondé la ville de Tingis, qu’il a nommée en l’honneur de sa mère. En réalité, la ville est plus ancienne que cette légende : il s’agit, pour les Grecs, d’inventer une origine grecque à une ville importante pour eux.

Les Grecs ont également fait de Hercule le fondateur d’Icosium (Alger). C’est pendant son voyage de retour du jardin des Hespérides qu’il aurait laissé derrière lui vingt de ses compagnons, qui ont fondé la ville.

Les Amazones libyennes

Les Amazones sont un peuple mythique de femmes guerrières, que les Grecs ont combattues à plusieurs reprises. Un des principaux groupes d’Amazones, dont la reine s’appelait Myrina, vivait en Libye.

Ulysse en Afrique

L’Odyssée, d’Homère, est une des épopées les plus célèbres de l’Antiquité, qui raconte le voyage d’Ulysse, un des héros de la guerre de Troie, pour retourner à Ithaque, son île natale.

Les lieux visités par Ulysse sont impossibles à identifier avec certitude. D’ailleurs, ses aventures sont tellement fantastiques que tout lien direct avec des lieux et peuples réels est exclu. Un certain nombre d’épisodes pourraient cependant se dérouler en Afrique du Nord.

Ulysse s’empare de ses compagnons, sur l’île des Lotophages

Au livre 9, Ulysse et ses compagnons abordent dans une île, dont les habitants leur font manger la feuille de lotus, une plante qui, dès qu’ils y ont goûté, leur fait oublier leur patrie, leur famille et toute leur vie passée, si bien qu’ils veulent rester là pour toujours. Ulysse est obligé de s’emparer de ses compagnons pour les faire repartir de force. La plupart des spécialistes identifient l’île des Lotophages à l’île de Djerba, en Tunisie.

Après avoir perdu tous ses compagnons, Ulysse échoue, seul, sur une île appelée Ogygie, où il passera 7 ans auprès de la nymphe Calypso, qui lui promet l’immortalité s’il accepte de demeurer avec elle et de l’épouser. Calypso est décrite comme la fille du titan Atlas et son île est située à l’extrémité du monde. L’identification la plus courante pour cette île est Gozo, dans l’archipel maltais, mais d’autres spécialistes la situent plus près des colonnes d’Hercule. Une possibilité serait l’Île de Perejil (Îlot Persil), au large des côtes marocaines.

L’Afrique du Nord dans la mythologie romaine

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

L’alphabet tifinagh : le plus ancien alphabet du monde ?

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Le tifinagh (ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵖ), l’alphabet traditionnel utilisé pour écrire la langue tamazight, est directement inspiré de l’ancien alphabet libyque, employé par les Amazighs dans l’Antiquité. On retrouve des inscriptions dans cet alphabet partout en Afrique du Nord, dans l’art rupestre, avec même quelques textes officiels, religieux ou administratifs. Le tifinagh pourrait être le plus ancien alphabet encore en usage au monde !

Histoire

Inscription gravée dans un rocher, Tinzouline, Maroc

L’alphabet libyque est probablement apparu il y a environ 3000 ans, en Afrique du Nord. Son lien avec l’alphabet phénicien est débattu : certains spécialistes pensent qu’il s’agit d’une adaptation, fortement modifiée, de l’alphabet phénicien, mais la majorité soutient que cet alphabet s’est développé d’après un modèle autochtone nord-africain, avec des influences phéniciennes limitées. Quoi qu’il en soit, les anciens Amazighs s’en servaient bien avant que l’Afrique du Nord ne soit sous l’influence des grandes civilisations du bassin méditerranéen.

Inscription rupestre à Oukaimeden, Maroc

Plusieurs milliers d’inscriptions ont été retrouvées, en Libye, en Tunisie, en Algérie et au Maroc actuels, et même dans les Îles Canaries ! Les plus anciennes sont surtout des inscriptions funéraires, gravées sur des rochers, mais on a aussi retrouvé des inscriptions peintes et accompagnées de dessins, notamment dans des grottes, avec une dimension surtout artistique.

Inscription bilinque punique-nubien

Par la suite, les Royaumes de Numidie et de Maurétanie se servaient de cet alphabet dans l’administration de leur territoire. Les inscriptions les plus connues sont celles du Temple de Massinissa, à Dougga (Teboursouk), en Tunisie actuelle. Etant donné que le roi numide Massinissa avait annexé une grande partie de l’ancien territoire carthaginois, ces inscriptions sont souvent bilingues, en punique et en numide, ce qui a permis aux spécialistes de s’en servir pour déchiffrer l’alphabet libyque utilisé à cette époque.

L’alphabet libyque a continué à être utilisé pendant l’ère romaine, surtout dans les régions rurales, où l’influence romaine était limitée.

Le tifinagh aujourd’hui

Après les conquêtes arabes, l’alphabet libyque a progressivement disparu en Afrique du Nord, remplacé par l’alphabet arabe.

Entrée de la ville de Kidal, au Mali, avec le nom de la ville en alphabet latin et tifinagh

Son usage s’est cependant maintenu dans le désert du Sahara, chez les Touaregs, qui s’en servent jusqu’à aujourd’hui. On a retrouvé une inscription en tifinagh dans la tombe de Tin Hinan, la légendaire reine des Touaregs. La société touarègue est une société orale, où la mémoire historique et toute forme de communication importante passe par la voie orale. L’alphabet écrit n’était traditionnellement employé que pour des jeux de mots et des messages courts, tandis que les premiers livres en langue touarègue, écrits en tifinagh, ne sont apparus qu’à l’ère moderne.

L’alphabet tifinagh moderne a été développé par l’Académie berbère (ⴰⴳⵔⴰⵡ ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵏ), une association culturelle amazighe (majoritairement kabyle) fondée en 1967 à Paris. Ses initiateurs se sont basés sur l’alphabet tifinagh touareg, qu’ils ont adapté à la phonétique kabyle. La promotion de l’alphabet tifinagh auprès des communautés amazighes d’Afrique du Nord et de la diaspora a joué un grand rôle dans le renouveau de l’identité culturelle amazighe.

Le drapeau amazigh, créé dans les années 1970 et adopté officiellement par le Congrès mondial amazigh (ⴰⴳⵔⴰⵡ ⴰⵎⴰⴹⵍⴰⵏ ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ) en 1997, emploie la lettre yaz (ⵣ) de l’alphabet tifinagh. Cette lettre est devenue un des principaux symboles amazighs.

Panneau routier en arabe et tifinagh

Au Maroc, en 2001, l’Institut Royal de la Culture Amazighe (ⴰⵙⵉⵏⴰⴳ ⴰⴳⵍⴷⴰⵏ ⵏ ⵜⵓⵙⵙⵏⴰ ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ) a développé la langue tamazight standard marocain, en synthétisant des éléments des trois principaux dialectes amazighs du pays : le rifain (tarifit ⵜⴰⵔⵉⴼⵉⵜ), le tamazight de l’Atlas central (ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ) et le chleuh (tachelhyt ⵜⴰⵛⵍⵃⵉⵜ). Face à l’opposition entre partisans de l’alphabet latin ou arabe, le tifinagh a été adopté comme solution de compromis. Ce choix est cependant critiqué par beaucoup de militants amazighs, qui trouvent que cet alphabet difficile et encore largement méconnu limite l’accès à l’apprentissage de la langue. Le tamazight est une langue officielle du Maroc depuis 2011, mais le tifinagh, bien qu’adopté par l’Etat et enseigné dans les écoles, est encore largement limité aux panneaux routiers et aux manifestations culturelles, tandis que la plupart des Amazighs préfèrent écrire leur langue en alphabet latin.

En Algérie, où le tamazight a été reconnu comme langue officielle en 2016, le tamazight standard algérien, en cours de développement, emploie l’alphabet latin. Les Kabyles, la principale communauté amazighe du pays, préfèrent aussi écrire leur langue, le taqbaylit (ⵜⴰⵇⴱⴰⵢⵍⵉⵜ), en alphabet latin (alors que la plupart des membres de l’Académie berbère étaient Kabyles). Le tifinagh est employé surtout par les Touaregs du Sud algérien.

En Tunisie et en Libye, le tamazight n’est toujours pas officiellement reconnu. Avant la Révolution libyenne, l’usage public du tifinagh était même illégal en Libye.

Le tamacheq (ⵜⵎⴰⵛⵇ), une langue touarègue écrite en alphabet tifinagh, est devenu une langue officielle du Mali, depuis 2023.

Pour conclure, nous recommandons cette application pour apprendre à lire le tifinagh sur votre téléphone, ainsi que cet outil de conversion automatique du tifinagh en alphabet latin ou arabe.

Les Phéniciens en Afrique du Nord

Un don du ciel : l’histoire de l’olivier en Afrique du Nord

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L’olivier est aujourd’hui un arbre typique des paysages nord-africains, qu’on aperçoit partout en se promenant en campagne. Pourtant, la culture de l’olivier en Afrique du Nord n’a commencé qu’assez récemment, il y a environ 3000 ans. Si les populations autochtones connaissaient l’olivier sauvage, l’olivier domestique a été apporté sur les navires des Phéniciens, mais aussi des Grecs de Cyrénaïque.

L’olivier : un cadeau des dieux

L’olivier est un arbre que l’on trouve dans tout le bassin méditerranéen. Sa culture joue un rôle très important dans l’économie de la région, avec des milliers de cultivars connus. L’huile d’olive, employée depuis l’Antiquité comme combustible, huile alimentaire et cosmétique, a beaucoup enrichi les peuples qui la produisaient.

Athéna offre l’olivier aux Athéniens

Les Grecs voyaient l’olivier comme un cadeau des dieux. D’après la mythologie, après la fondation d’Athènes, les dieux Athéna et Poséidon se disputaient le droit de donner leur nom à la ville. Zeus, le roi des dieux, a décrété que le dieu qui offrirait le meilleur cadeau à ses habitants l’emporterait. Poséidon a frappé un rocher avec son trident, faisant jaillir de l’eau douce. Athéna, elle, a frappé la terre de sa lance, faisant pousser un olivier. Les Athéniens ont préféré son cadeau, source de lumière et de chaleur.

En plus d’être résistant à la sécheresse, l’olivier a aussi la particularité de vivre très longtemps : il y a des arbres vieux de plusieurs milliers d’années !

La culture de l’olivier

La culture de l’olivier a commencé il y a environ 7000 ans, au Moyen-Orient. Ce n’est pas un hasard si cette époque coïncide avec le développement des premières grandes villes dans cette région.

Depuis le Moyen-Orient, la culture de l’olivier s’est répandue dans tout le bassin méditerranéen, grâce notamment aux commerçants phéniciens. En Crète, les Minoens, les premiers ancêtres de la civilisation grecque, cultivaient l’olivier il y a 5000 ans. L’huile d’olive était peut-être la source de la richesse de la civilisation minoenne. Ensuite, la culture de l’olivier s’est diffusée dans toute la Grèce.

Pressoir à olives

Les olives étaient cultivées surtout pour en faire de l’huile de lampe. Cette huile était brûlée dans les temples, comme une offrande aux dieux. Elle servait aussi à entretenir la flamme des Jeux Olympiques.

L’huile d’olive était connue dans l’Antiquité pour ses vertus médicales et cosmétiques. On s’en servait pour oindre les rois. Les Grecs se couvraient le corps et les cheveux d’huile d’olive parfumée. Les vainqueurs de compétitions sportives recevaient une couronne de branches d’olivier. Aujourd’hui, le rameau d’olivier est un symbole universel de paix.

L’huile d’olive était aussi employée en cuisine. Elle est aujourd’hui un ingrédient de base de toute la cuisine du Moyen-Orient et du bassin méditerranéen. Ses vertus nutritives sont nombreuses : riche en vitamines et en bonnes graisses, elle est aussi faible en cholestérol.

L’olivier jouait aussi un rôle important dans la religion juive, puis dans le christianisme et dans l’islam. Les prêtres juifs étaient oints d’huile et certaines traditions chrétiennes s’en servent pour les baptêmes. L’olivier est mentionné dans la Bible et dans le Coran, toujours comme une source de richesse.

L’olivier en Afrique du Nord

L’olivier sauvage était présent en Afrique du Nord depuis toujours. Les premiers habitants de la région le connaissaient : ils s’en servaient comme combustible, et peut-être aussi comme nourriture ; mais ils ne le cultivaient pas.

Ce sont les deux grandes civilisations maritimes du bassin méditerranéen, les Phéniciens et les Grecs, qui ont commencé à cultiver des oliviers sur les côtes nord-africaines. Alors que les Grecs de Cyrénaïque le cultivaient surtout eux-mêmes, les Phéniciens, étant davantage commerçants qu’agriculteurs, ont appris aux populations amazighes locales à en cultiver sur leurs terres, particulièrement fertiles. Ainsi, les Amazighs de Numidie et de Maurétanie ont appris à cultiver l’olivier, à greffer des branches d’olivier sauvage sur des oliviers domestiques et à produire de l’huile d’olive.

A l’époque romaine, la culture de l’olivier a certainement beaucoup contribué à faire de l’Afrique du Nord une des régions les plus riches de l’Empire.

Avec la découverte du pétrole, l’usage de l’huile d’olive comme combustible a cessé. Aujourd’hui, la culture de l’olivier est surtout alimentaire. Environ 80% des olives cultivées servent à produire de l’huile, tandis que 20% sont des olives de table, destinées à être mangées. L’huile d’olive est l’huile de cuisson la plus couramment employée dans la région. Le fruit aussi fait partie de la recette des plats traditionnels nord-africains.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

La khamsa, symbole emblématique de l’Afrique du Nord

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Pendentif dans une voiture

La khamsa, une main ouverte en signe de protection, est un symbole omniprésent dans toute l’Afrique du Nord, qu’on retrouve aussi ailleurs dans le bassin méditerranéen. On en voit de toutes les couleurs et de toutes des formes, sur les battants des portes et sur les murs des maisons, sur les vêtements et, évidemment, sous forme de bijoux. On dit qu’elle porte chance à ceux qui la portent et qu’elle protège contre le mauvais œil. Si on est musulman, on l’appelle main de Fatma, ou main de Myriam, pour les juifs. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de ce porte-bonheur emblématique de notre région du monde.

Stèle punique avec une main ouverte, Carthage

Historiquement, le symbole de la main protectrice semble être apparu en Mésopotamie, sur des amulettes consacrées à la déesse assyrienne Ishtar. De là, il s’est diffusé dans tout le Proche-Orient, puis en Afrique du Nord, avec les navires phéniciens. On le trouve fréquemment à Carthage, ainsi que dans les colonies phéniciennes en Espagne, souvent associé aux signes des dieux puniques Tanith et Baal-Hammon. Il était supposé protéger les femmes, notamment en augmentant leur fertilité et en promouvant des grossesses saines. Les Amazighs l’ont ensuite emprunté aux Carthaginois et ont popularisé son emploi dans toute l’Afrique du Nord, bien avant l’arrivée des religions monothéistes.

Khamsa traditionnelle stylisée

Sa forme traditionnelle est entièrement symétrique, avec deux doigts tournés vers l’extérieur. La main peut être orientée vers le haut ou vers le bas. Elle est souvent bleue, une couleur considérée comme portant bonheur, comme pour toutes les maisons entièrement peintes en bleu qu’on trouve dans la région, de Chefchaouen à Sidi Bou Saïd. Enfin, elle peut être associée à d’autres symboles, placés en plein centre, dans la paume de la main, pour encore plus de force. Le plus courant est l’œil, réminiscence du vieux symbole égyptien de l’œil de Horus.

Heurtoir de porte en forme de khamsa, pour protéger la maison

Dans l’islam, la main est devenue celle de Fatima, la fille du Prophète Mohammed, considérée comme la plus vertueuse des femmes. En fait, l’appellation « main de Fatima » (souvent abrégée en « main de Fatma ») est probablement d’origine coloniale, ce qui ne l’empêche d’être largement utilisée par les musulmans non arabophones aujourd’hui. En arabe, on préfère l’appeler khamsa, en référence aux 5 doigts de la main. Les quatre écoles de l’islam sunnite condamnent la khamsa comme une superstition pré-islamique, mais elle demeure néanmoins très présente dans la piété populaire. Les mains musulmanes sont souvent ornées de la chahada.

Main de Myriam

Les juifs, eux, l’appellent main de Myriam, la sœur de Moïse. D’après une tradition juive nord-africaine, les Hébreux, avant leur sortie d’Égypte, ont dessiné une main en traces de sang sur les portes de leurs maisons, afin de se protéger contre l’ange de la mort. La Torah raconte effectivement comment Dieu leur a ordonné de couvrir leurs portes du sang de l’agneau sacrifié pour la Pâque, mais le texte ne mentionne pas de forme particulière.

En Espagne, longtemps occupée par les Maures musulmans, il y avait aussi des mains chrétiennes, appelées « mains de Marie », la mère de Jésus. 30 ans après la fin de la domination islamique, elles étaient encore si courantes que l’Empereur Charles Quint a été obligé de les interdire, du fait de leur absence de fondement dans les textes sacrés chrétiens.

Plus récemment dans l’histoire, plusieurs mouvements de libération nationale et partis politiques nationalistes nord-africains ont adopté la khamsa sur leur drapeau, comme symbole de leur lutte. Voir, par exemple, ci-contre, un drapeau du mouvement national algérien.

Khamsas en or, du Sud de la Tunisie

Au-delà des religions, la main ouverte, le plus souvent féminine, en signe de protection ou de prospérité, est un symbole universel, qu’on retrouve dans beaucoup de civilisations à travers le monde entier. La khamsa, sous sa forme actuelle, est clairement liée à l’Afrique du Nord, même si on la retrouve aussi ailleurs dans le bassin méditerranéen. Elle n’appartient pas à une religion, nation ou identité ethnique particulière, mais elle est un patrimoine commun à tous les Nord-Africains, au-delà de leurs différences. Pour en savoir plus

Pour conclure, voici quelques images de khamsas que nous trouvons particulièrement belles ou originales.

Khamsa antique
Khamsa en argent, tradition amazighe
Khamsa turque, plus anatomique
Céramique, medina de Nabeul, Tunisie
Pendentif khamsa moderne
Collier de la bijouterie Mauboussin

Et notre préférée…

Khamsa dessinée au henné
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En el fin del mundo: las ciudades del Estrecho de Gibraltar

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A la entrada del mar Mediterráneo, África y Europa, apenas separadas por unas decenas de kilómetros, casi se tocan. Las dos orillas sólo están separadas por un estrecho brazo de mar: el Estrecho de Gibraltar, antiguamente conocido como las « columnas de Hércules ». Según la mitología, los dos continentes alguna vez fueron uno, hasta que el héroe Hércules los separó. En la antigüedad, el estrecho era más un punto de paso que una frontera. En este artículo descubriremos la historia de las ciudades situadas en el Estrecho de Gibraltar.

Del mito…

Cuevas de Hércules

En la antigüedad se pensaba que la Tierra era un disco plano. Mauritania y España eran consideradas las últimas regiones habitadas y el Estrecho de Gibraltar representaba el fin del mundo. Las « Columnas de Hércules », dos montañas situadas a ambos lados del estrecho, indican a los viajeros que han llegado a los límites del mundo conocido. Se trata probablemente del Peñón de Gibraltar, en la orilla norte, y del Jebel Musa, al sur. Cerca de Tánger, las Cuevas de Hércules, donde se dice que pasó la noche durante sus viajes, es un lugar turístico muy popular.

Con tal cosmovisión, las ciudades situadas a orillas del estrecho jugaron un papel importante, como guardianas del mundo civilizado. Los griegos, fascinados por estas remotas ciudades, ubicaron allí algunos de sus mitos, mezclándolos con mitos locales amazigh. Según uno de estos mitos, Tingis (Tánger) fue fundada por Sífax, hijo de Hércules, quien dio a la ciudad el nombre de su madre, hija del rey Atlas de Mauritania. Según algunas fuentes, en Lixus se encontraba el jardín de las Hespérides, donde Hércules fue a buscar las famosas manzanas de oro. Las ruinas de Lixus (cerca de la moderna ciudad de Larache) contienen muchos frescos de escenas mitológicas.

… a la historia

La ciudad más antigua construida en el estrecho es Tingis, fundada alrededor del siglo VIII por comerciantes fenicios. Su nombre proviene del amazigh tinjit, masa de agua. Debido a su ubicación estratégica, Tingis se encontró rápidamente en el corazón de las rutas comerciales fenicias. Aparecieron otras colonias fenicias, especialmente en Lixus (Larache), Abyla (Ceuta) y Rusadir (Melilla), y luego más al sur, a lo largo de la costa atlántica.

Estatua de Hércules Gaditano

Se fundó otra colonia fenicia en el lado español del estrecho, justo frente a Tánger. Este sitio ciertamente sirvió como puerto estacional ya antes, pero la primera población permanente se remonta al siglo VII y probablemente fue de origen cartaginés. El nombre fenicio de esta ciudad, Gadir, tiene la misma raíz que Agadir, otra ciudad portuaria de origen fenicio. Los romanos la llamarán Gades, que pasará a ser Gadix y luego Cádiz. La ciudad era famosa sobre todo por su templo del dios fenicio Melqart, a quien los griegos y romanos equiparaban con Hércules.

Durante el siglo VII, las colonias fenicias alrededor del estrecho quedaron bajo control cartaginés. Tingis fue uno de los principales puertos del Imperio cartaginés, junto con Cartago y Leptis Magna, mientras que Gadir fue la principal ciudad cartaginesa en España antes de la fundación de Cartago Nova (Cartagena). Las expediciones de los grandes exploradores cartaginess probablemente salieron de Tangis y Gadir. Si bien la presencia fenicia se extendió más al sur, hasta Agadir, la influencia cartaginesa se detuvo en Lixus.

Las ciudades del estrecho desempeñaron sólo un papel secundario en las Guerras Púnicas: los romanos atacaron África desde Sicilia. Antes de su campaña militar en Italia, Aníbal ofreció un sacrificio a Melqart/Hércules, en el templo de Gadir.

Después de la Segunda Guerra Púnica, las ciudades del norte de África fueron anexadas por el Reino de Mauritania. Tingis, sin embargo, mantuvo su herencia púnica, en particular al seguir acuñando monedas de bronce con inscripciones púnicas. Fue por esta época cuando el rey Baga construyó la ciudad de Tamuda (Tetuán).

El reinado de Juba II de Mauritania supuso la época dorada de la ciudad de Lixus, que se convirtió en un destacado centro económico gracias a su complejo industrial, el mayor de la cuenca mediterránea. Su economía dependía principalmente de la pesca y la viticultura.

Tras la anexión romana, Tingis se convirtió en la capital de la provincia de Mauritania Tingitana. La ciudad ha experimentado un fuerte crecimiento, lo que le ha permitido superar a Volubilis, la capital histórica de Mauritania.

Amphiteatro romano de Lixus

Además de Tingis, a Lixus, Abyla (rebautizada como Septem) y Rusadir se les concedió el estatus de colonias romanas. Estas ciudades estaban fuertemente romanizadas, mientras que el resto de Mauritania era hostil al dominio romano. Económicamente, la región, especialmente Septem, se especializó en la venta de pescado salado.

Tingis y Lixus fueron también los dos principales centros cristianos en Mauritania Tingitana. Los mártires cristianos de Mauritania fueron ejecutados en Tingis, a finales del siglo III. Las ruinas de la antigua iglesia de Lixus todavía se pueden ver hoy.

En el siglo V, los vándalos, ya presentes en España, cruzaron el estrecho de Gibraltar para invadir el norte de África. Unos siglos más tarde, un ejército de moros musulmanes cruzó el estrecho en la otra dirección y se dispuso a conquistar España. El nombre moderno de Gibraltar proviene de Jebel Tariq, en honor a Tariq ibn Ziyad, el comandante de las fuerzas omeyas en España. Desde esta época lejana, todos los invasores sucesivos, hasta los colonizadores europeos de la época moderna, han pasado por el puerto de Tánger. Ceuta y Melilla, últimos vestigios de la presencia española en el norte de África, son testigos de la compleja historia de una región a caballo entre dos continentes.

Mucho antes de que Tánger se convirtiera en una ciudad internacional en el siglo XX, las ciudades del estrecho, como puertos comerciales abiertos al mundo, siempre han sido muy cosmopolitas. A lo largo de los siglos, también han acogido a numerosos refugiados que huían de la persecución a ambos lados del estrecho: cristianos católicos perseguidos por los vándalos, musulmanes y judíos expulsados ​​de España o activistas anticolonialistas. Su ubicación estratégica es lo que hace que su particular identidad, las ciudades africanas más cercanas a Europa, sean multiculturales y tolerantes.

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine, Les Phéniciens en Afrique du Nord, Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Au bout du monde : les villes autour du détroit de Gibraltar

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A l’entrée de la Mer Méditerranée, l’Afrique et l’Europe, éloignées de quelques dizaines de kilomètres à peine, se touchent presque. Les deux rives ne sont séparées que par un étroit bras de mer : le détroit de Gibraltar, connu jadis sous le nom de « colonnes d’Hercule ». D’après la mythologie, les deux continents n’en formaient jadis qu’un seul, jusqu’à ce que le héros Hercule les sépare. Dans l’Antiquité, le détroit était davantage un point de passage qu’une frontière. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire des villes situées sur le détroit de Gibraltar.

Du mythe…

Grotte d’Hercule

Dans l’Antiquité, on pensait que la terre était un disque plat. La Maurétanie et l’Espagne étaient considérées comme les dernières régions habitées et le détroit de Gibraltar représentait l’extrémité du monde. Les « colonnes d’Hercule », deux montagnes situées de part et d’autre du détroit, indiquent aux voyageurs qu’ils sont arrivés aux limites du monde connu. Il s’agit probablement du Rocher de Gibraltar, sur la rive Nord, et du Djebel Musa, au Sud. Près de Tanger, la grotte d’Hercule, où il aurait passé la nuit pendant ses voyages, est un site touristique très populaire.

Avec une telle vision du monde, les villes situées sur le détroit jouaient un rôle important, en tant que gardiennes du monde civilisé. Les Grecs, qui étaient fascinés par ces villes éloignées, y ont situé certains de leurs mythes, en les mêlant à des mythes amazighs locaux. D’après un de ces mythes, Tingis (Tanger) a été fondée par Syphax, le fils d’Hercule et de la fille du roi Atlas de Maurétanie, qui a donné à la ville le nom de sa mère. Selon certaines sources, le jardin des Hespérides, où Hercule est allé trouver les fameuses pommes d’or, se trouvait à Lixus. Les ruines de Lixus (près de la ville moderne de Larache) contiennent beaucoup de fresques de scènes mythologiques.

… à l’histoire

La plus ancienne ville construite sur le détroit est Tingis, fondée vers le 8° Siècle, par des marchands phéniciens. Son nom vient de l’amazigh tinjit, masse d’eau. Du fait de son emplacement stratégique, Tingis s’est vite retrouvé au cœur des voies commerciales phéniciennes. D’autres colonies phéniciennes sont apparues, notamment à Lixus (Larache), Abyla (Sebta) et Rusadir (Melilla), puis plus au Sud, le long de la côte atlantique.

Statue d’Hercule Gaditain

Une autre colonie phénicienne a été fondée du côté espagnol du détroit, juste en face de Tanger. Ce site servait certainement comme port saisonnier déjà auparavant, mais la première population permanente remonte au 7° Siècle et était probablement d’origine carthaginoise. Le nom phénicien de cette ville, Gadir, a la même racine qu’Agadir, une autre ville portuaire d’origine phénicienne. Les Romains l’appelleront Gades, qui deviendra Gadix, puis Cadiz. La ville était célèbre surtout pour son temple du dieu phénicien Melqart, que les Grecs et les Romains assimileront à Hercule.

Au cours du 7° Siècle, les colonies phéniciennes autour du détroit sont passées sous contrôle carthaginois. Tingis était un des ports principaux de l’Empire carthaginois, avec Carthage et Leptis Magna, tandis que Gadir était la principale ville carthaginoise en Espagne avant la fondation de Carthage Nova (Carthagène). Les expéditions des grands explorateurs carthaginois sont probablement parties de Tingis et de Gadir. Alors que la présence phénicienne s’étendait plus loin vers le Sud, jusqu’à Agadir, l’influence carthaginoise s’arrêtait à Lixus.

Les villes du détroit ne joueront qu’un rôle secondaire dans les guerres puniques : les Romains attaquent l’Afrique depuis la Sicile. Avant sa campagne militaire en Italie, Hannibal a offert un sacrifice à Melqart/Hercule, au temple de Gadir.

Après la deuxième guerre punique, les villes nord-africaines ont été annexées par le Royaume de Maurétanie. Tingis a cependant maintenu son héritage punique, en continuant notamment à frapper des pièces en bronze avec des inscriptions puniques. C’est vers cette époque que la ville de Tamuda (Tetouan) a été construite par le roi Baga.

Le règne de Juba II de Maurétanie était l’âge d’or de la ville de Lixus, devenue un centre économique de premier plan grâce à son complexe industriel, le plus grand du bassin méditerranéen. Son économie dépendait surtout de la pêche et de la viticulture.

Après l’annexion romaine, Tingis est devenue la capitale de la province de Maurétanie tingitane. La ville a connu une forte croissance, qui lui a permis de dépasser Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie.

Amphithéâtre romain de Lixus

En plus de Tingis, Lixus, Abyla (renommée Septem) et Rusadir ont obtenu le statut de colonies romaines. Ces villes étaient fortement romanisées, alors que le reste de la Maurétanie était hostile à la domination romaine. Sur le plan économique, la région, surtout Septem, se spécialisait dans la vente de poisson salé.

Tingis et Lixus étaient aussi les deux principaux centres chrétiens en Maurétanie tingitane. Les martyrs chrétiens de Maurétanie ont été mis à mort à Tingis, vers la fin du 3° Siècle. Les ruines de l’ancienne église de Lixus sont encore visibles aujourd’hui.

Au 5° Siècle, les Vandales, déjà présents en Espagne, traversent le détroit de Gibraltar pour envahir l’Afrique du Nord. Quelques siècles plus tard, une armée de Maures musulmans traverse le détroit dans l’autre sens et part à la conquête de l’Espagne. Le nom moderne de Gibraltar vient de Djebel Tariq, d’après Tariq ibn Ziyad, le commandant des forces omeyyades en Espagne. Depuis cette époque lointaine, tous les envahisseurs successifs, jusqu’aux colonisateurs européens de l’ère moderne, sont passées par le port de Tanger. Ceuta (Sebta) et Melilla, derniers vestiges de la présence espagnole en Afrique du Nord, témoignent de l’histoire complexe d’une région à cheval entre deux continents.

Bien avant que Tanger ne devienne ville internationale au 20° Siècle, les villes du détroit, en tant que ports commerciaux ouverts sur le monde, ont toujours été très cosmopolites. Au fil des siècles, elles ont aussi accueilli beaucoup de réfugiés qui fuyaient la persécution, de part et d’autre du détroit : chrétiens catholiques chassés par les Vandales, musulmans et juifs expulsés d’Espagne ou militants anticolonialistes. Leur emplacement stratégique est ce qui fait leur identité particulière, de villes africaines au plus près de l’Europe, multiculturelles et tolérantes.