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Carthage et l'Empire carthaginois

L’île aux métaux : les Carthaginois en Bretagne

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A l’apogée de Carthage, des navires carthaginois remontaient l’Océan atlantique, vers l’Espagne, puis le Nord de l’Europe, pour acheter de l’argent et d’autres métaux qui abondaient dans cette région. Leur ultime destination était la lointaine Bretagne, où certains marchands carthaginois s’étaient installés pour faciliter le commerce de métaux. Cette présence carthaginoise en Bretagne a laissé des traces, avec des pièces de monnaie, mais aussi certains noms de lieux qui pourraient être d’origine punique.

Le bouclier de Battersea, un bouclier celte britannique en bronze

Dès les premiers siècles après la fondation de Carthage, la ville a établi des liens commerciaux avec les Tartessiens, en Espagne, qui lui vendaient des métaux. En plus de l’or et de l’argent, les métaux les plus demandés étaient l’étain et le cuivre, qui servaient à produire du bronze. Le monopole carthaginois sur le commerce atlantique de l’étain a permis à Carthage de devenir le seul important producteur de bronze dans la région. Vers le 5° Siècle avant notre ère, le besoin croissant de plus grandes quantités de métaux a poussé les Carthaginois à explorer les côtes du Nord de l’Europe, jusqu’en Bretagne.

Des pièces de monnaie puniques ont été retrouvées à travers toute la Bretagne (voir carte), surtout dans les régions côtières, mais aussi à l’intérieur des terres. Cela montre que les marchands carthaginois ne restaient pas sur les côtes, mais circulaient dans toute l’île. Après la chute de Carthage, des marchands numides ont pris leur place. On a retrouvé des pièces de monnaie numides, datant des règnes de Massinissa et de ses successeurs, jusqu’à Juba II (voir carte). C’est au Nord qu’on trouve les pièces les plus récentes, ce qui montre qu’avec le temps, les marchands numides sont allés de plus en plus loin vers le Nord.

Restes d’une ancre retrouvée au large de Plymouth (Source : ProMare)

Une autre preuve potentielle d’une présence punique en Bretagne est la découverte d’une ancre de type méditerranéen, datant du 5° au 2° Siècle avant notre ère, près de Plymouth, dans la péninsule de Cornouailles. Cette région était particulièrement riche en étain. L’ancre appartenait probablement à un navire punique, ou peut-être grec, qui avait accosté dans les Cornouailles.

En Irlande, on a retrouvé le crâne d’un macaque de Barbarie à Eamhain Mhacha. Ce singe, originaire des montagnes de l’Atlas, était vendu comme animal de compagnie. Il a certainement été apporté par des marchands carthaginois.

L’île de Thanet

Certains noms de lieux, en Bretagne et en Irlande, semblent aussi avoir une origine punique. Le plus évident est l’Île de Thanet, dans le Kent, qui viendrait de Tanit, la principale divinité carthaginoise. Gadès (Cadiz), la première colonie carthaginoise en Espagne, était également construite sur une île appelée l’Île de Tanit. Il est possible que des marchands carthaginois installés ici aient donné ce nom à l’île, du fait de la similitude géographique avec Gadès.

L’historienne et archéologue Caitlin Green, qui enseigne à l’Université de Cambridge, a écrit une série d’articles de recherche détaillés (en anglais) au sujet de la présence punique et numide en Bretagne avant l’ère romaine. Elle répertorie notamment une liste de 15 noms de lieux qui pourraient être d’origine punique. Tous ces lieux sont situés sur les côtes britanniques, beaucoup sont des îles, notamment les Îles Scilly, l’île de Sark, dans les îles anglo-normandes, et les Hébrides, en Ecosse.

La carte produite par Caitlin Green permet de répartir ces lieux en deux groupes : sur la côte Sud, notamment dans le Kent et autour de la péninsule de Cornouailles, et plus au Nord, en Ecosse actuelle. La présence de marchands carthaginois au Sud, où ils sont arrivés en premier, est assez logique, surtout dans les Cornouailles, qui étaient une importante région productrice d’étain. Leur présence dans les îles écossaises, plus surprenante, s’explique par les gisements d’étain situés à proximité.

Enfin, une origine punique a même été proposée pour les noms de la Bretagne et de l’Irlande : Bretagne viendrait de pretan, qui signifie « étain » en langue punique, tandis qu’Irlande (*Īweryon en vieux celtique) viendrait de i weriju, « île du cuivre ». D’autres possibilités existent, bien sûr. La complémentarité entre ces deux noms, le pays de l’étain et l’île du cuivre, les deux métaux qui, fusionnés, servent à fabriquer le bronze, rend cependant cette théorie particulièrement intéressante. La plupart des spécialistes pensent que ces deux noms ont une origine celtique, mais l’hypothèse d’une origine punique ne doit pas être écartée trop vite.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les chiens du Pharaon : la plus ancienne inscription en langue amazighe ?

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La plus ancienne inscription connue dans une langue amazighe pourrait être une stèle égyptienne datant d’il y a plus de 4000 ans, qui mentionne les noms de cinq chiens ayant appartenu au Pharaon Antef II, dont au moins deux pourraient être des noms amazighs. Si c’était vrai, cela voudrait dire que, déjà à la fin du 3° millénaire avant notre ère, le désert libyen, voisin de l’Egypte, était habité par des tribus amazighes, qui parlaient une langue apparentée aux langues amazighes actuelles.

La stèle des chiens d’Antef

Antef II est un Pharaon de la 11° dynastie égyptienne, qui a régné de pendant 50 ans, de -2118 à -2069 environ. Sa tombe, à Thèbes, contient une stèle funéraire qui relate ses hauts faits, notamment le grand nombre d’édifices qu’il a construits. Cette stèle contient aussi une représentation de ses cinq chiens, assis ou debout autour de lui, avec leurs noms inscrits à côté d’eux.

Les noms des cinq chiens, comme probablement les chiens eux-mêmes, sont d’origine étrangère. Pour trois noms, une traduction en langue égyptienne est donnée. Voici les cinq noms : Bḥk3j, traduit par « gazelle », Phtz, traduit par « le noir », Tqrw, traduit par « pot de cuisson », 3b3qr et Tknrw.

Peu après la découverte de cette stèle, en 1876, l’égyptologue Gaston Maspero a été le premier à proposer qu’un de ces noms, 3b3qr, pourrait être d’origine amazighe. Un autre archéologue, Georges Daressy, est allé encore plus loin, en proposant une origine amazighe pour chacun de ces noms. C’est alors que René Basset, le plus grand spécialiste des langues amazighes à cette époque, est entré dans le débat. Après avoir évalué les cinq propositions de Georges Daressy, il a conclu qu’une seule était crédible : celle de 3b3qr, déjà proposée par Georges Maspero.

Les trois spécialistes ont identifié 3b3qr au terme touareg abaykor, qui désigne un chien de race inférieure. D’un point de vue linguistique, ce rapprochement est très crédible. Il pose cependant un autre problème : abaykor est un mot unique à la langue touarègue, sans aucun équivalent dans d’autres langues amazighes. Si ce mot existait déjà dans une langue amazighe aussi ancienne, supposément à l’origine des autres, il serait surprenant qu’il n’ait survécu que dans une seule langue amazighe actuelle. Pour cette raison, la plupart des spécialistes remettent aujourd’hui en cause cette origine et pensent qu’abaykor est un terme apparu bien plus récemment.

Par la suite, Georges Maspero a proposé une autre origine amazighe pour un autre nom : Tqrw, traduit en égyptien par wh3t, un type de pot de cuisson, qu’il met en lien avec tagra, un mot qui existe dans plusieurs langues amazighes modernes, pour désigner un plateau ou un pot de cuisine. D’autres spécialistes sont sceptiques, notamment pour la raison suivante : alors que le terme égyptien wh3t désigne clairement un pot destiné à cuire des aliments sur le feu, tagra désigne plutôt un récipient destiné à pétrir ou à servir le couscous. Le sens exact varie selon les langues, mais tagra n’est jamais utilisé pour un pot de cuisson destiné à être mis sur le feu.

Aujourd’hui, la plupart des spécialistes rejettent la théorie de l’origine amazighe de 3b3qr, mais admettent la possibilité d’une origine amazighe de Trqw, en lien avec Tagra. Pour les trois autres noms, il n’y a aucune origine amazighe possible.

Source (en anglais)

Carthage et l'Empire carthaginois

Hannon et Himilcon : les grands explorateurs carthaginois

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A l’époque ou Carthage dominait le bassin méditerranéen occidental, les marins carthaginois ont exploré aussi les régions encore inconnues au-delà de leurs frontières : les côtes atlantiques de l’Afrique et de l’Europe. Dans cet article, nous découvrirons les expéditions des deux principaux explorateurs carthaginois : Hannon le Navigateur, qui a exploré les côtes africaines, et Himilcon, qui est allé vers le Nord, jusqu’en Bretagne.

Hannon le Navigateur explore les côtes ouest-africaines

Itinéraire possible de Hannon le Navigateur

Hannon le Navigateur était issu de la dynastie magonide, qui a régné sur Carthage de 550 à 340. C’était peut-être le fils de Hamilcar Ier (510-480), le dernier roi de Carthage avant que le Sénat n’assume le pouvoir politique. Dans ce cas, Hannon avait probablement aussi le titre de « roi », mais c’était une fonction symbolique.

Hannon le Navigateur est connu pour avoir exploré les côtes d’Afrique de l’Ouest, au cours du 5° Siècle avant notre ère. Il a écrit un Periplus, un récit de voyage. L’original en langue punique est perdu, mais une version grecque abrégée, en 101 lignes, a été conservée.

Ce Periplus raconte comment il est parti de Gadès (Cadiz) avec une flotte de 60 navires et 30000 hommes. Après avoir passé les colonnes d’Hercule, il a fondé des colonies (ou repeuplé d’anciennes colonies phéniciennes abandonnées) au Maroc actuel, puis il a continué à naviguer vers le Sud, dans des eaux encore inexplorées. On ne sait pas exactement jusqu’où son périple l’a mené : certains pensent qu’il n’a pas été plus loin que la péninsule de Dakhla, mais la plupart des spécialistes admettent qu’il est allé au-delà du delta du fleuve Sénégal, peut-être jusqu’au Gabon. Il s’est arrêté lorsque son expédition a manqué de vivres.

Les étapes de son voyage sont difficiles à déterminer avec certitude. Il est probablement passé par les Îles Canaries, peut-être aussi par celles du Cap-Vert. Une étape importante était une île qu’il appelle l’île de Cerné, où il a fondé une colonie. Cette île était probablement située dans le Banc d’Arguin, en Mauritanie actuelle.

Le Periplus mentionne aussi plusieurs peuples qu’il a découverts. Assez tôt dans son voyage, il rencontre les Lixitae, une tribu nomade, probablement amazighe, avec qui il noue des relations amicales. Quelques Lixitae l’accompagneront pour la suite de son voyage. Après l’île de Cerné, il trouve des « Ethiopiens » (Africains Noirs), dont même les Lixitae ne comprennent pas la langue. Enfin, près de la fin de son périple, à un endroit qu’il appelle la « Corne du Sud » (le Golfe du Biafra ?), il tombe sur une tribu sauvage et hostile qu’il appelle les « Gorillae ». Trois hommes de cette tribu seront tués et leurs peaux ramenées à Carthage.

Au Ier Siècle avant notre ère, le roi de Maurétanie Juba II a écrit un livre sur le voyage de Hannon.

Himilcon navigue jusqu’en Bretagne

Himilcon était un contemporain de Hannon le Navigateur. On ne sait rien de sa vie ; un Himilcon issu de la dynastie magonide a servi comme général en Sicile à cette époque, mais il n’est pas certain qu’il s’agisse de la même personne.

Alors que Hannon a exploré les côtes africaines, Himilcon est remonté vers le Nord, le long des côtes européennes, devenant le premier navigateur carthaginois à atteindre la Bretagne. Il a probablement suivi les voies commerciales des Tartessiens, une civilisation alliée de Carthage, qui vivait en Espagne.

L’expédition de Himilcon était certainement motivée par la quête de nouveaux marchés pour acheter de l’étain, un métal abondant en Europe de l’Ouest, dont on se servait pour fabriquer du bronze. Le monopole carthaginois sur le commerce atlantique de l’étain a permis à Carthage de devenir le seul important producteur de bronze dans la région.

Comme Hannon, Himilcon a écrit un Periplus, qui est perdu, mais des passages sont cités par plusieurs auteurs latins plus tardifs. Parti de Gadès (Cadiz), Himilcon s’est d’abord rendu au pays des Oestrymnides (au Portugal actuel), où il a acheté de l’étain. Ensuite, il a navigué jusqu’au Nord-Ouest de la France actuelle. Arrivé dans les Îles britanniques, probablement dans les Cornouailles, il a exploré les côtes de Bretagne et d’Irlande.

Le Periplus de Himilcon mentionne beaucoup de monstres marins qu’il aurait rencontrés pendant son voyage. Il s’agit probablement de propagande, destinée à effrayer les concurrents potentiels, notamment les marchands grecs, sur ces nouvelles voies commerciales.

Des Carthaginois au Nord des Îles britanniques ?







Pythéas le Massaliote
Le premier explorateur connu du Nord de l’Europe est Pythéas, originaire de Massalia (Marseille), une colonie grecque au Sud de la Gaule.
Un siècle après Himilcon, Pythéas a également navigué jusqu’en Bretagne, en suivant le même itinéraire : parti de Massalia, il a contourné l’Espagne et le Portugal, puis longé les côtes françaises.
Après la Bretagne, il a continué vers le Nord, explorant le premier la Mer baltique et les côtes scandinaves. Il est aussi le premier à avoir décrit l’aurore boréale.
Pythéas a découvert une île qu’il appelle Thulé, située à six jours de navigation de la Bretagne, où « le soleil ne se lèvre que deux heures par jour », à proximité d’une « mer gelée » (l’Océan arctique). Plusieurs identifications ont été proposées pour cette île : Shetland, l’Islande, ou encore une île sur les côtes de la Norvège ou de l’Estonie.
L’étymologie du nom de Thulé est un mystère pour les linguistes. Une possibilité serait une origine punique, dérivée de la racine tl, (sombre, ombrageux). Si c’était vrai, cela voudrait cependant dire que des marins carthaginois connaissaient cette île déjà avant Pythéas. Aucune trace d’une présence carthaginoise au-delà de la Bretagne n’a été conservée, mais ce n’est pas impossible. (Source)

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les tapis amazighs, témoins de l’histoire d’un peuple

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Depuis des milliers d’années, les Amazighs d’Afrique du Nord fabriquent des tapis en laine de mouton, de chèvre ou de chameau. Leurs motifs et symboles, inspirés des croyances traditionnelles amazighes, ainsi que de l’histoire des tribus qui les ont tissés, en font de véritables témoins de l’histoire et de la culture de ce peuple. A notre époque, les tapis amazighs constituent une partie importante du patrimoine culturel nord-africain.

Les tapis traditionnels sont en laine, la première ressource économique des anciens amazighs, qui vivaient surtout de l’élevage. Les plus courants sont en laine de mouton, mais il y a aussi des tapis en laine de chèvre, ou même de chameau, plus au Sud. On distingue les tapis de haute laine, qtifa (قتيفة) en arabe ou tagdift (ⵜⴰⴳⴷⵉⴼⵜ) en tamazight, qui sont produits surtout dans les régions montagneuses, des tapis à poil ras, zerbiya (زربية) ou tazerbit (ⵜⴰⵥⵕⴱⵉⵜ), produits surtout par les populations sédentarisées installées en ville.

Tapis kabyle

Les motifs et symboles représentés sur ces tapis sont inspirés de la nature et des croyances traditionnelles. Ils incorporent aussi des éléments spécifiques à la tribu, à son origine, son histoire et ses valeurs. Ainsi, les motifs des tapis sont en quelque sorte devenus le « blason » de la tribu qui les a créés : ils représentent l’identité et de la tribu, face aux tribus voisines.

Les tapis sont traditionnellement tissés par les femmes, qui se transmettent ce savoir-faire de mère en fille, sur les mêmes métiers à tisser. Les tapis fabriqués par les jeunes femmes sont souvent intégrés à leur dot lorsqu’elles se marient. Encore aujourd’hui, surtout dans les régions rurales, les coopératives féminines de tissage de tapis, jouent un rôle économique fondamental en employant des milliers de femmes, qui peuvent ainsi mettre en valeur leur savoir-faire ancestral, en même en tirer des revenus.

Il y a trois types de tapis traditionnels amazighs particulièrement populaires :
– Les tapis Beni Ouarain, créés par une tribu des montagnes de l’Atlas. Ce sont des tapis à poils longs, destinés à l’origine à servir de protection contre le froid, dans une région montagneuse où les hivers sont rigoureux. Leurs motifs sont généralement assez simples, avec des formes géométriques (lignes, losanges ou triangles) noir ou bruns, sur fond blanc ou beige.
– Les tapis Azilal. Originaires de la ville d’Azilal, ils sont fabriqués à 100% en laine vierge. Leurs motifs, faits d’une seule ligne de nœuds et d’une ou de deux lignes tissées, combinent des motifs colorés abstraits avec de nombreux symboles amazighs.
– Les tapis Zanafi, originaires de la région de Ouarzazate. Ils sont tissés en fils de laine, selon une technique spéciale inspirée des tapis orientaux, qui permet d’imprimer des motifs particulièrement complexes sur des tapis fins et légers.

Carthage et l'Empire carthaginois

Carthage est-elle la Tarsis biblique ?

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La Bible hébraïque mentionne à plusieurs reprises une ville ou région appelée Tarsis, ou Tarshish (en hébreu תַּרְשִׁישׁ), située très loin au-delà de la mer. Certaines sources affirment que Tarsis serait une référence à Carthage. Qu’en penser ?

Tarsis dans la Bible

Navire phénicien

Tarsis est mentionnée dans plusieurs passages historiques et prophétiques de la Bible hébraïque, le plus souvent comme une source de métaux précieux, d’argent surtout, mais aussi d’or, d’étain et de fer. Un de ces passages dit que le roi Salomon « avait en mer des navires de Tarsis avec ceux de Hiram [roi de Tyr] ; et tous les trois ans arrivaient les navires de Tarsis, apportant de l’or et de l’argent, de l’ivoire, des singes et des paons. » (1 Rois 10:22)

Dans le livre du prophète Jonas (Yunus يونس dans le Coran), après que Dieu lui ait ordonné d’aller prêcher à Ninive, la capitale de l’Empire assyrien, le prophète, qui refuse d’aller vers les ennemis de son peuple, désobéit et embarque sur un bateau pour pour Tarsis (Jonas 1:3). En route, son bateau est pris dans une tempête, il est jeté à la mer, puis avalé vivant par un grand poisson. A noter que dans ce récit, Tarsis est davantage un symbole qu’un lieu déterminé : le prophète cherche à fuir le plus loin possible dans la direction opposée à celle que Dieu lui a indiquée.

Tarsis est donc située très loin à l’Ouest de la Palestine, au-delà de la Mer méditerranée, et exportait des métaux précieux et d’autres richesses.

Stèle de Nora

Tarsis dans d’autres sources

Tarsis est également mentionnée dans une inscription en l’honneur du roi Assarhaddon d’Assyrie, ainsi sur la stèle de Nora, une stèle phénicienne retrouvée en Sardaigne, considérée comme la plus ancienne inscription phénicienne en dehors de leur territoire d’origine.

Tarsis et Carthage

La Septante, la traduction grecque de la Bible hébraïque, réalisée au 3° Siècle avant notre ère par la communauté juive d’Alexandrie, traduit « Tarsis » par « Καρχηδών » (Karkhedon), le nom grec de Carthage. La Vulgate, traduction latine de la Bible chrétienne, reprend cette traduction.

Le roi Salomon a régné environ un siècle avant la date traditionnelle de la fondation de Carthage. Il est cependant possible que la ville ait été fondée plus tôt que ne le pensaient les anciens et existait donc déjà à son époque. Le fait que Salomon ait entrepris son expédition avec Hiram, roi de Tyr, la ville-Etat phénicienne à l’origine de Carthage, va dans ce sens.

L’identification de Tarsis à Carthage était largement admise dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. Aujourd’hui, cependant, elle est remise en question. En définitive, le meilleur argument contre cette identification est l’existence d’une inscription phénicienne qui mentionne Tarsis (la stèle de Nora, découverte en 1773) : les Phéniciens connaissaient Carthage, alors pourquoi l’auraient-ils appelée par un autre nom ?

Quelles sont les autres possibilités ? L’historien juif Flavius Josèphe identifie Tarsis à la ville de Tarse, en Cilicie (Turquie actuelle). C’est peu probable, car cet emplacement semble trop proche de la Palestine.

Après la découverte de la stèle de Nora, certains spécialistes se sont basés sur leur traduction de l’inscription pour affirmer que Tarsis se trouvait en Sardaigne. D’autres spécialistes traduisent cependant l’inscription différemment.

Tartessos vers -500

L’hypothèse la plus probable aujourd’hui est que Tarsis serait en fait Tartessos, une civilisation antique contemporaine de l’Empire carthaginois, au Sud de l’Espagne. Les Tartessiens étaient des partenaires commerciaux importants de Carthage : ils produisaient des métaux, notamment de l’argent et de l’étain, un élément essentiel pour la fabrication du bronze, qu’ils vendaient aux commerçants carthaginois.

Il est intéressant de noter que cette théorie n’est pas si éloignée de celle qui identifie Tarsis à Carthage : les navires commerciaux phéniciens (et hébreux) qui achetaient des métaux précieux aux Tartessiens passaient certainement par le port de Carthage, et probablement aussi par les autres ports puniques en Espagne.

Carthage et l'Empire carthaginois

Les Shardanes : des Amazighs de Sardaigne ?

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La Grande inscription de Karnak, une des inscriptions égyptiennes les plus connues, raconte la guerre menée par le Pharaon Merenptah contre les Libou, une tribu amazighe libyenne, alliés aux « peuples de la mer ». Une des composantes de la coalition des « peuples de la mer » sont les Sherdanes, qui sont également mentionnés dans d’autres sources égyptiennes. Il pourrait s’agir de populations amazighes installées en Sardaigne.

Shardanes en hiéroglyphes (sh-d-n-w)

Les Shardanes sont mentionnés pour la première fois dans les annales de Ramsès II (1279-1213) : la deuxième année de son règne, ils ont attaqué les côtes égyptiennes, mais ont été vaincus. Ramsès II a ensuite intégré des combattants shardanes dans sa garde personnelle, qui ont participé à la bataille de Qadesh (1274), contre les Hittites.

Guerriers shardanes

Les guerriers shardanes se caractérisaient par leurs casques à cornes, leurs boucliers ronds et leurs épées en bronze.

Plus tard, les Shardanes ont intégré la coalition des « peuples de la mer », qui ont tenté d’envahir l’Egypte avec les Libou, mais ont été vaincus par Merenptah (1213-1203), le fils et successeur de Ramsès II. Les Shardanes, ainsi que les autres « peuples de la mer », étaient probablement des groupes de pirates dont les bateaux razziaient les côtes méditerranéennes.

Nuraghe

Qui étaient les Shardanes et d’où venaient-ils ? Leur nom semble indiquer qu’ils étaient originaires de Sardaigne. Les archéologues italiens Antonio Taramelli, Massimo Pallottino et Giovanni Ugas identifient les Shardanes à la civilisation nuragique, qui a dominé la Sardaigne du 18° Siècle avant notre ère jusqu’à l’arrivée des Romains, en -238. Cette civilisation a été fondée par des Amazighs originaires de Libye, qui se sont installés en Sardaigne. Ils sont connus surtout comme les constructeurs des nuraghe, tours en forme de cône devenues le symbole de la Sardaigne.

Après leur défaite par l’Egypte, les « peuples de la mer » se sont ensuite installés en Palestine, où certains d’entre eux sont devenus les ancêtres des Philistins, les ennemis historiques des Hébreux. L’archéologue israélien Adam Zertal a suggéré que le général Sisera, mentionné dans la Bible comme un oppresseur des Hébreux, était peut-être d’origine shardane. Le site archéologique d’El-Ahwat, identifié par Zertal à Haroscheth-Goyim, la capitale de Sisera, ressemble aux nuraghe de Sardaigne. Qu’il s’agisse effectivement de la capitale de Sisera ou non, ce site est très probablement d’origine shardane.

Carthage et l'Empire carthaginois

La société carthaginoise : une démocratie balbutiante ?

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Carthage, la capitale du puissant Empire carthaginois, qui a dominé les deux rives de la Mer Méditerranée pendant plusieurs siècles, est à l’origine de la première grande civilisation nord-africaine. La société carthaginoise a mis en place des institutions garantissant un équilibre des pouvoirs et un degré de démocratie rarement atteints dans le monde antique.

Mythe fondateur

Didon

D’après la légende, Carthage a été fondée par la princesse Didon, ou Elissa, originaire de la ville-Etat phénicienne de Tyr. Après que son frère Pygmalion, roi de Tyr, ait tué son mari Acerbas (Zakarbaal), le grand-prêtre de la ville, Didon et ses alliés ont fui la Phénicie et se sont établis en Afrique du Nord, où ils ont fondé Carthage, dont Didon est devenue la première reine. Le fondement historique de ce récit légendaire est difficile à déterminer.

La légende de Didon est connue surtout par l’Enéide, du poète romain Virgile, qui raconte l’histoire d’Enée, le fondateur légendaire de Rome. D’après l’Enéide, Didon est tombée amoureuse d’Enée lors de son passage à Carthage et ils se sont même mariés secrètement, violant la promesse que Didon avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier. Ensuite, Enée l’a abandonnée, en repartant pour l’Italie afin d’y fonder Rome. Didon, désespérée, s’est suicidée. L’amour déçu de Didon est présenté comme la source de la rivalité entre Carthage et Rome.

De la fondation à l’indépendance

Le signe de Tanit, symbole de Carthage

Carthage a été fondée vers -814, comme un comptoir commercial phénicien. Les Phéniciens étaient un peuple de commerçants, qui achetaient des produits agricoles et artisanaux aux populations locales et les exportaient depuis leurs ports. La population carthaginoise, dès ses débuts, était constituée d’un mélange de Phéniciens et de populations amazighes locales.

Au septième siècle, sa ville mère, Tyr, était en déclin. En même temps, la culture carthaginoise avait développé des caractéristiques distinctes de la culture phénicienne. Ces circonstances ont permis à Carthage de prendre son indépendance vers 650, avant d’entamer ses propres expéditions coloniales en Mer Méditerranée occidentale. En rupture avec la tradition commerciale pacifique des Phéniciens, les Carthaginois ont vite cherché à étendre leur pouvoir dans la région par la force.

La monarchie carthaginoise

Pendant les premiers siècles de son indépendance, Carthage était une monarchie. Les fonctions exactes du roi ne sont pas certaines ; il est possible que les historiens grecs et romains les aient appelés ainsi par erreur, du fait de leur ignorance du système politique carthaginois.

Les premiers rois de Carthage étaient issus de l’armée. La dynastie royale la plus influente était la dynastie magonide (550-340), dont les descendants ont continué à exercer des responsabilités par la suite.

En 480, après la mort du roi Hamilcar Ier, Carthage a limité les pouvoirs royaux en mettant en place un « conseil d’anciens » (Adirim). En 308, après que le dernier roi, Bomilcar, ait tenté sans succès de restaurer les pleins pouvoirs royaux, Carthage est devenue une république.

La république carthaginoise

Reconstitution de Carthage

A la tête de la république carthaginoise, il y avait deux suffètes, élus pour un mandat d’un an, qui exerçaient leur pouvoir d’une manière collégiale. Ils géraient les affaires courantes de l’Etat, présidaient l’Adirim et servaient de juges lors des procès. Leur fonction était avant tout cérémonielle.

Contrairement aux fonctions similaires dans d’autres nations antiques, les suffètes n’exerçaient aucun pouvoir militaire. L’armée carthaginoise jouissait d’une grande autonomie du pouvoir civil. En même temps, peu de militaires exerçaient des responsabilités civiles (une exception significative étant Hannibal, qui a été suffète). Les généraux étaient élus ou nommés par l’administration, généralement pour la durée d’une guerre plutôt que pour un mandat bien défini.

L’essentiel des pouvoirs politiques, notamment la gestion du budget et la diplomatie, étaient exercés par l’Adirim, que les historiens romains comparaient à leur Sénat. Cette assemblée était composée de 30 membres, élus parmi les familles carthaginoises les plus influentes. Certaines décisions particulièrement importantes exigeaient l’accord unanime de tous les membres et des deux suffètes. Pendant la Deuxième guerre punique, l’Adirim a commencé à exercer un certain pouvoir sur l’armée, pour la première fois.

Le Conseil des Cent (Miat) était l’organe juridique suprême. Sa responsabilité principale était de contrôler l’action de l’armée et, dans une moindre mesure, des autorités civiles, afin de s’assurer qu’ils étaient conformes à la Constitution et servaient les intérêts de la nation. Ce conseil avait le pouvoir d’imposer des amendes, ou même de condamner à mort par crucifixion. Ses membres exerçaient leur pouvoir à vie, jusqu’à une réforme mise en place par Hannibal en tant que suffète, qui a instauré des mandats d’un an.

Pièce de monnaie carthaginoise

L’économie carthaginoise dépendait des accords commerciaux avec divers partenaires, à travers le monde méditerranéen, ainsi que des tributs qu’elle recevait de ses colonies et des peuples soumis. Le monopole carthaginois sur le commerce de l’étain, qu’il achetait aux Tartessiens en Espagne, a permis à Carthage de devenir le seul important producteur de bronze dans la région. Sa flotte marchande, encore plus nombreuse que celle des anciennes villes-États phéniciennes, faisait régulièrement le tour de tous les principaux ports de la Mer méditerranéenne, ainsi que de la côte atlantique de l’Afrique, jusqu’en Bretagne. Un seul de ces bateaux pouvait transporter jusqu’à 100 tonnes de produits. Grâce à cet empire commercial, Carthage était une ville très riche.

Carthage, une démocratie ?

La société carthaginoise peut être considérée comme démocratique ?

Les membres de l’Adirim et les suffètes étaient élus par l’ensemble des citoyens carthaginois. La séparation du pouvoir civil et militaire, ainsi que répartition des pouvoirs entre les institutions civiles, vise à obtenir un équilibre des pouvoirs, afin de ne permettre à aucune institution d’exercer un pouvoir absolu. En cas de désaccord persistant entre membres de l’Adirim, une assemblée populaire pouvait être convoquée pour prendre la décision finale par vote. Le peuple carthaginois avait certainement plus d’influence sur les affaires publiques qu’à Rome, ou même dans la plupart des cités grecques.

Cependant, seuls les membres de certaines familles aristocratiques pouvaient être élus suffètes, membres de l’Adirim ou du Conseil des Cent. La majorité de la population était donc exclue de toutes les fonctions publiques les plus importantes. La société carthaginoise doit donc plutôt être considérée comme une ploutocratie, mais avec des éléments démocratiques plus développés que dans la plupart des autres sociétés antiques. Le philosophe grec Aristote admirait la Constitution carthaginoise, qu’il voyait comme un mélange équilibré entre éléments de monarchie, d’aristocratie et de démocratie.

Par ailleurs, si des institutions similaires ont été mises en place dans les autres villes sous souveraineté carthaginoise, il n’y avait aucune représentation de ces autres villes au niveau central : elles étaient entièrement soumises à l’autorité carthaginoise et contraintes de payer un tribut annuel.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

La poterie nord-africaine : un art millénaire

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La poterie, en Afrique du Nord, est un art pratiqué par nos lointains ancêtres depuis des milliers d’années, ce qui ne l’empêche pas d’être encore bien vivant aujourd’hui. Les premiers Nord-Africains, qui avaient la chance de vivre dans une région particulièrement riche en dépôts d’argile, fabriquaient des pots et des jarres en céramique, pour la cuisine et pour l’agriculture. A travers les siècle, leur technique s’est affinée, afin de fabriquer des objets de plus en plus sophistiqués, qui constituent aujourd’hui un élément important du patrimoine culturel nord-africain.

Fragment de céramique cardiale

La poterie semble être apparue en Afrique avant n’importe quelle autre région du monde, à l’exception de la Chine. Les plus anciennes céramiques sur le continent africain, retrouvées dans la région du Sahel, notamment à Ounjougou, au Mali actuel, datent d’il y a environ 12000 ans. De là, la poterie s’est diffusée dans le Sahara, puis au Nord du Sahara, il y a environ 8000 ans. Les premières céramiques peintes sont apparues en Egypte, il y a 8000 ans. La culture néolithique dite de la « céramique cardiale », qui s’est étendue du Sud de l’Italie vers l’Espagne et les côtes africaines il y a environ 5000 ans, se caractérise par l’emploi d’un coquillage pour imprimer des formes sur l’argile.

Par la suite, la poterie s’est beaucoup développée dans les Royaumes de Numidie et de Maurétanie. Le tajine, ce plat de cuisson en céramique typique de la région, est apparu à cette époque.

A l’ère romaine, l’Afrique du Nord, notamment la Tunisie actuelle, était la première région productrice de céramique de l’Empire romain. Les potiers romano-africains produisaient des pots de cuisine, des vases et des amphores, qui étaient ensuite exportés dans tout l’Empire. La poterie a certainement contribué à faire de l’Afrique du Nord une des régions les plus riches du monde romain.

Lampe à huile nord-africaine

En plus des ustensiles de cuisine, un autre outil inspiré de l’art de vivre romain était très prisé : les lampes à huile, qui constituaient le moyen d’éclairage le plus courant à cette époque. L’Afrique du Nord, une région riche à la fois en plantations d’oliviers et en dépôts d’argile, était idéalement placée pour répondre à cette demande. Les lampes à huile nord-africaines ont vite dépassé en popularité les lampes grecques, les plus en vogue auparavant.

Vers le 1° Siècle avant notre ère, les potiers ont commencé à se servir de moules, ce qui a permis le développement d’une bien plus grande variété de formes et de motifs décoratifs. Le haut de la lampe (disque) était le plus souvent orné de scènes mythologiques ou de paysages naturels, tandis que la bordure extérieure était gravée de fleurs et d’animaux. Avec l’expansion du christianisme, les lampes ornées de croix et de scènes bibliques étaient également très courantes.

Jarre en sigillée claire nord-africaine

Vers la fin du 1° Siècle de notre ère, la découverte d’un nouveau type d’argile, la sigillée claire nord-africaine, a révolutionné la poterie. Cette céramique se caractérise par une texture granulaire et une épaisse barbotine rouge orangée. Les céramiques en sigillée claire nord-africaine étaient souvent entièrement couvertes de barbotine à l’intérieur, mais seulement partiellement à l’extérieur.

A partir du 3° Siècle, on retrouve des ustensiles en sigillée claire nord-africaine à travers tout le bassin méditerranéen. Ces produits étaient très appréciés pour leur qualité et leur raffinement. Vers le 5° Siècle, les potiers ont commencé à orner leurs créations de formes beaucoup plus complexes.

La tradition de la poterie nord-africaine s’est poursuivie à travers les siècles, jusqu’à devenir un véritable art de vivre, d’une richesse et diversité exceptionnelle. La poterie de certaines villes, comme Safi, au Maroc, est particulièrement connue. Encore aujourd’hui, les créations originales et colorées des artisans potiers continuent de fasciner les Nord-Africains comme les touristes étrangers.

L'Afrique du Nord romaine, Le christianisme en Afrique du Nord, Les Grecs en Afrique du Nord

La liste des vainqueurs des Jeux Olympiques rapportée par un historien nord-africain

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Les Jeux Olympiques étaient la principale compétition sportive du monde antique, organisée tous les quatre ans à Olympie en Grèce. La seule liste complète des vainqueurs des Jeux Olympiques qui soit parvenue jusqu’à notre époque a été rapportée par un auteur nord-africain du 3° Siècle.

Les Jeux Olympiques et les Olympiades

Les premiers Jeux Olympiques ont été organisés en -776. Pendant les treize premières éditions, il n’y avait qu’une seule épreuve : le stadion, une course à pied tout autour d’un stade, sur une longueur de 600 pieds (environ 150 mètres). Par la suite, d’autres épreuves se sont ajoutées.

Après la mort d’Alexandre le Grand, les Grecs ont commencé à se servir des Olympiades, l’intervalle de temps entre deux Jeux Olympiques, comme unité du calendrier : la Première Olympiade correspond à la période de -776 à -772, la Deuxième Olympiade, de -772 à -768, etc. Ce calendrier a permis de dater les événements historiques avec beaucoup plus de précision qu’auparavant.

La listes des vainqueurs, transmise par Jules l’Africain

Sextus Julius Africanus, plus connu sous le nom de Jules l’Africain, est né vers 160, en Palestine, dans une famille originaire d’Afrique romaine. A cette époque, les Romains, après avoir chassé les Juifs de Palestine, y installent de nouvelles populations originaires de tout l’Empire. La famille de Jules l’Africain fait partie de cette migration.

Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée romaine. Devenu officier, il fait ensuite carrière en diplomatie. Il sert dans l’administration de Septime Sévère et de ses successeurs, des Empereurs qui, étant eux-mêmes d’origine africaine, veulent promouvoir une nouvelle élite romano-africaine.

A un moment donné de sa vie, il s’est converti au christianisme, une religion encore très minoritaire à cette époque. Après sa conversion, il est allé à Alexandrie, pour étudier à l’école théologique chrétienne de la ville.

Son œuvre est essentiellement historique. Il a écrit une chronique de l’histoire du monde, depuis sa création. Il s’agit de la première chronique universelle, qui raconte l’histoire de tous les hommes, alors que les chroniqueurs plus anciens se concentrent sur un peuple particulier. Jules l’Africain est aussi le premier à avoir écrit l’histoire dans une perspective chrétienne. En cela, il a beaucoup influencé les historiens chrétiens après lui.

La chronique de Jules l’Africain contient une liste des vainqueurs des Jeux Olympiques, sur une période de presque 1000 ans, de la Première (-776) à la 249° Olympiade (217). Les vainqueurs des éditions suivantes, jusqu’à l’abolition des Jeux en 394, sont connus par d’autres sources. Il s’agit de la seule liste complète dont nous disposons aujourd’hui !

C’est donc grâce à un historien Nord-Africain que nous connaissons le nom de tous les vainqueurs des Jeux Olympiques. Le fait qu’une information aussi précieuse sur le monde antique nous a été transmise par un Nord-Africain devrait être une grande fierté pour l’Afrique du Nord !

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Sardine : un mot d’origine amazighe ?

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La sardine est un poisson très courant sur les côtes nord-africaines, que les habitants de la région pêchent et mangent depuis des milliers d’années. Ce poisson a aussi une particularité : son nom est identique en tamazight, en arabe et dans les langues européennes ! Etant donné que le tamazight est la langue la plus ancienne dans cette région du monde, on peut donc se demander si ce mot n’est pas d’origine amazighe.

La sardine

La sardine est un petit poisson, qui vit en bancs, dans la Mer méditerranée et sur les côtés atlantiques d’Europe et d’Afrique du Nord. C’est un des poissons les plus courants de ces eaux, où il est pêché et consommé depuis toujours, par tous les peuples de la région, notamment d’Afrique du Nord. Aujourd’hui, il représente plus de 60% du produit de la pêche au Maroc.

En grec, ce poisson s’appelle sardinè (σαρδίνη), qui a donné sardina en latin, puis sardine en français. En arabe, classique comme darija, on dit sardin (سردين). En tamazight, d’après le dictionnaire en ligne de l’Institut Royal de la Culture Amazighe au Maroc, c’est ssrdin (ⵙⵙⵔⴷⵉⵏ). (Un autre terme existe, tildut (ⵜⵉⵍⴷⵓⵜ), mais il est beaucoup plus rare.)

En général, lorsqu’un mot est identique en tamazight et en arabe, ou en arabe et en français, c’est qu’il s’agit d’un produit qui a été importé par les Arabes ou par les Français. Pour la sardine, ce n’est évidemment pas le cas ! Alors, pourquoi ?

Surtout : si ce poisson avait un nom en langue locale, pourquoi le nom arabe ou français aurait-il remplacé ce nom local ?

L’explication la plus simple serait que ssrdin est le nom local. Il s’agirait d’un mot d’origine amazighe, qui aurait été emprunté par les autres langues !

Etymologie

Une chose est certaine : le nom latin et français de la sardine viennent du grec.

Il y a deux théories courantes par rapport à l’origine du nom grec de la sardine :
– Il viendrait de l’île de Sardaigne. La Sardaigne est effectivement située au cœur de la zone où ce poisson est le plus abondant.
– Il viendrait de la ville de Sardes, en Asie mineure. Plutôt qu’une origine géographique, ce serait une référence à la couleur rouge brunâtre de la chair de la sardine, qui ressemble à celle de la sardoine, une pierre produite à Sardes.
Si le nom de la sardine est d’origine amazighe, alors il est évidemment beaucoup plus probable qu’il soit passé en grec par la Sardaigne que par la ville de Sardes.

La Sardaigne

La Sardaigne

En effet, les premiers habitants de la Sardaigne étaient d’origine amazighe. D’après la légende, Sardus Pater (ⵚⵕⴷⵓⵙ ⴱⴰⵟⵔ) était un fils de Hercule, venu de Libye (c’est-à-dire toute l’Afrique du Nord, pour les Grecs) pour fonder une colonie amazighe en Sardaigne. Les Sardes l’adoraient comme un dieu. La civilisation nuragique, qu’il a fondée, a dominé la Sardaigne du 18° Siècle avant notre ère jusqu’à l’arrivée des Romains, en -238.

A une époque où la nourriture était produite surtout localement, il semble très peu probable que des pêcheurs grecs seraient allés jusqu’en Sardaigne pour y pêcher un poisson si petit et si commun. S’ils lui ont donné ce nom en référence à la Sardaigne, c’est probablement parce que d’autres l’appelaient déjà ainsi avant eux. Peut-être les Amazighs ?

Et si c’était l’inverse ? Si les Amazighs installés en Sardaigne avaient donné ce nom à l’île, parce qu’ils y ont trouvé beaucoup de sardines ? C’est une pure spéculation, sans aucun élément concret qui l’indique, mais cela aurait du sens.

Alors, le nom de la sardine est-il d’origine amazighe ? On ne le saura certainement jamais, mais l’idée est intéressante.

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