Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine, Les Phéniciens en Afrique du Nord

La Tripolitaine, des Phéniciens aux Romains

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Alors que la Cyrénaïque antique faisait partie du monde grec, la région plus à l’Ouest, voisine de Carthage, a vu naître plusieurs colonies phéniciennes, avant de se retrouver au coeur de la lutte d’influence entre Grecs et Phéniciens/Carthaginois en Afrique. Dans cet article, nous découvrirons les colonies phéniciennes à l’Ouest de la Libye actuelle.

Leptis Magna (Source)

Leptis Magna et la Tripolitaine originelle

Du 7° au 6° Siècle avant notre ère, des commerçants phéniciens ont fondé trois colonies sur les côtes libyennes : Leptis (Khoms), Oyat (Tripoli) et Sabratha. En 515, le prince Dorieus de Sparte a tenté d’établir une colonie grecque dans la région, mais il a été repoussé par les Phéniciens de Leptis. Ensuite, Oyat a été conquise par les Grecs de Cyrénaïque, qui lui ont donné le nom grec d’Oea, puis reprise par les Carthaginois. Dès lors, les trois villes faisaient partie de l’Empire carthaginois. Leptis, désormais appelée Leptis Magna pour la distinguer de Leptis Parva (Lemta, en Tunisie), est devenue le principal port oriental de Carthage.

Après les guerres puniques, la région a été annexée par le roi Massinissa de Numidie. Pendant la guerre de Jugurtha contre Rome, Leptis Magna s’est rangée du côté des Romains, ce qui lui a valu de recevoir le statut de ville libre lorsque Rome a pris le contrôle de la région après la défaite de Jugurtha.

À l’époque romaine, la région faisait d’abord partie de la province d’Afrique. Vers le début du 3° Siècle de notre ère, elle a commencé à être connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis). L’Empereur romain Septime Sévère (193-211), né à Leptis Magna, en a fait une province romaine à part entière.

Sous l’influence de Carthage, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. Les noms des évêques de Leptis Magna, Oea et Sabratha figurent sur la liste des participants à plusieurs conciles régionaux organisés à Carthage.

La Tripolitaine romaine a commencé à décliner à partir du 5° Siècle. Sa capitale, Leptis Magna, était pratiquement abandonnée au moment des conquêtes arabes. Les Arabes ont fait de Oea, renommée Tripoli comme la région elle-même, la nouvelle capitale régionale.

Au-delà de Leptis Magna

Les côtes libyennes, de Leptis Magna à Cyrène, étaient particulièrement redoutées des marins, du fait de la présence de bancs de sable mouvant, appelés les Syrtes, sur lesquels les navires risquaient d’échouer. Les géographes antiques distinguaient la Grande Syrte (Golfe de Syrte) et la Petite Syrte (Golfe de Gabès). C’est pour cette raison qu’il n’y avait pas de ville portuaire importante entre Leptis Magna et Cyrène.

Il y avait cependant un comptoir commercial d’origine phénicienne, connu à l’époque romaine sous le nom de Thubactis, au niveau de l’actuelle ville de Misrata. Aucun vestige de la ville antique ne subsiste aujourd’hui et son emplacement exact est débattu : elle était située soit à l’Est, soit à l’Ouest, soit au Sud de l’oasis de Misrata. La ville actuelle a été construite par les Arabes.

Une autre ville phénicienne dont il ne reste aucune trace, Macomedes-Euphranta, s’élevait à l’emplacement de l’actuelle ville de Syrte. La région était réputée comme très dangereuse, infestée de brigands sur terre et de pirates en mer. Du fait de son isolement, il s’agit de la dernière région en Afrique où le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était toujours parlée, jusqu’au 5° Siècle. Le désert de Libye centrale, largement infranchissable par voie terrestre avant l’introduction du chameau en Afrique du Nord, marquait la limite entre Phéniciens/Carthaginois et Grecs de Cyrène.

Le centre de la Libye est habité depuis l’époque romaine. Les Romains ont construit une ville, Corniclanum, sur le site de la ville moderne d’Ajdabiya. Ce site, qui a été choisi pour ses réserves d’eau potable, deviendra une étape importante sur la route entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.

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