Le jeune Massinissa, fils du roi Gaïa, était le meilleur guerrier de tous les princes numides, qui commandait la cavalerie de son père dès l’âge de 17 ans. Pourtant, lorsque son père meurt, le trône ne lui est pas acquis… d’autant plus que Carthage craint de voir un roi numide aussi puissant échapper à son contrôle.
Selon la coutume massyle, le trône revient au prince le plus âgé. C’est donc Oezalcès (Ulzacen), le frère de Gaïa et l’oncle de Massinissa, qui est choisi comme nouveau roi. Massinissa ne lui conteste pas le trône.
Oezalcès meurt lui-même après quelques mois. Son fils aîné Capussa lui succède. Là encore, Massinissa ne lui conteste pas le trône : son cousin est l’héritier légitime, en tant qu’aîné de la nouvelle génération de princes.
Cependant, un autre chef numide, Mazétule, s’oppose à Capussa. Il épouse la veuve d’Oezalcès, une Carthaginoise, ce qui lui vaut le soutien d’une partie de l’élite carthaginoise, qui veut écarter Massinissa. En effet, bien que Massinissa ait toujours fidèlement servi les intérêts carthaginois jusqu’ici, ses succès militaires font craindre à certains de voir cet allié devenir trop puissant pour eux.
Capussa est tué dans un coup d’Etat organisé par Mazétule. Massinissa est le suivant dans l’ordre de succession. Mazétule, qui ne peut être roi lui-même parce qu’il n’est pas de la famille royale, établit Lacumazès, le plus jeune fils d’Oezalcès, comme roi, avec lui-même pour régent.
C’est alors que Massinissa, chassé d’Espagne par les Romains, revient en Afrique pour revendiquer le trône de son père. Lorsqu’ils apprennent son retour, Lacumazès et Mazétule s’enfuient auprès de Syphax, le roi des Massaesyles, mais ils sont capturés en route. Massinissa traite Lacumazès avec honneur et le rétablit dans son rang de prince.
Pendant les guerres puniques, les Royaumes amazighs d’Afrique du Nord ont été pris au piège du conflit entre Carthage et Rome, deux grandes puissances qui se battaient pour le contrôle de toute la région. Afin de préserver leur propre indépendance, ils ont été contraints à des alliances, tantôt avec Carthage, tantôt avec Rome.
Gaïa, le roi des Massyles, est un voisin et un allié de Carthage. Son fils Massinissa a même été élevé à Carthage.
Syphax, le roi des Massaesyles, d’abord également un allié de Carthage, a choisi de faire alliance avec Rome, espérant ainsi affaiblir l’emprise carthaginoise sur son royaume.
De 215 à 212, alors que Hannibal fait campagne en Italie, Massyles et Massaesyles s’affrontent en Afrique, avec le soutien de leurs alliés respectifs. Cette guerre s’inscrit dans la rivalité ancestrale entre ces deux royaumes, pour la domination de toute la Numidie. Les troupes massyles, menées par le jeune prince Massinissa, remportent une victoire décisive.
Après sa victoire, Massinissa rejoint ses alliés Carthaginois en Espagne. A la tête de sa puissante cavalerie numide, il mène une redoutable campagne de guérilla contre les troupes romaines.
Guerre de succession : Massinissa roi des Massyles
En 206, les Carthaginois sont chassés d’Espagne. Massinissa revient en Afrique également. A la nouvelle de son retour, son cousin Lacumazès s’enfuit auprès de Syphax, mais il est capturé en route. Massinissa s’établit sur le trône massyle, mais son rival Syphax profite du conflit de succession pour s’emparer d’une partie de son territoire. A Carthage, certains s’inquiètent de voir leur allié devenir trop puissant pour eux, surtout s’il devait devenir le roi d’une numidie unifiée.
Inversion d’alliances : Massinissa contre Carthage
Massinissa comprend alors qu’il est dans son intérêt de faire alliance avec les Romains. Pour l’encourager à rompre avec Carthage, le général romain Scipion décide de libérer son neveu, Massiva, qui avait été capturé par les Romains. Massinissa promet d’aider Scipion à envahir le territoire carthaginois en Afrique.
Les Carthaginois, qui ont perdu leur meilleur allié, se tournent vers Syphax. Pour sceller leur alliance, ils lui donnent pour épouse Sophonisbe, la fille d’un général carthaginois, qui était auparavant fiancée à Massinissa.
Syphax s’enfuit à Cirta, sa capitale. Poursuivi par Massinissa, il est fait prisonnier et livré aux Romains, qui le ramènent à Rome. Son fils Vermina, qui lui succède, envoie des troupes en aide aux Carthaginois, mais il arrive après leur défaite finale. Il est facilement vaincu à son tour, puis Massinissa s’empare de son royaume.
Massinissa retrouve Sophonisbe, qui avait été sa fiancée avant d’être donnée en mariage à Syphax, et l’épouse aussitôt. Scipion exige cependant qu’elle soit faite prisonnière et amenée à Rome pour leur parade triomphale. Pour échapper à cette humiliation, elle se suicide. Selon la légende, Massinissa lui aurait lui-même servi la coupe empoisonnée.
Et la Maurétanie ?
En revenant d’Espagne, Massinissa est passé par la Maurétanie. Le roi Baga de Maurétanie a mis 4000 hommes à sa disposition. Par la suite, il lui enverra encore d’autres troupes en renforts contre Carthage. Après la victoire, la Maurétanie a pris le contrôle de Tingis et des autres villes portuaires puniques sur ses côtes.
A l’entrée de la Mer Méditerranée, l’Afrique et l’Europe, éloignées de quelques dizaines de kilomètres à peine, se touchent presque. Les deux rives ne sont séparées que par un étroit bras de mer : le détroit de Gibraltar, connu jadis sous le nom de « colonnes d’Hercule ». D’après la mythologie, les deux continents n’en formaient jadis qu’un seul, jusqu’à ce que le héros Hercule les sépare. Dans l’Antiquité, le détroit était davantage un point de passage qu’une frontière. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire des villes situées sur le détroit de Gibraltar.
Du mythe…
Grotte d’Hercule
Dans l’Antiquité, on pensait que la terre était un disque plat. La Maurétanie et l’Espagne étaient considérées comme les dernières régions habitées et le détroit de Gibraltar représentait l’extrémité du monde. Les « colonnes d’Hercule », deux montagnes situées de part et d’autre du détroit, indiquent aux voyageurs qu’ils sont arrivés aux limites du monde connu. Il s’agit probablement du Rocher de Gibraltar, sur la rive Nord, et du Djebel Musa, au Sud. Près de Tanger, la grotte d’Hercule, où il aurait passé la nuit pendant ses voyages, est un site touristique très populaire.
Avec une telle vision du monde, les villes situées sur le détroit jouaient un rôle important, en tant que gardiennes du monde civilisé. Les Grecs, qui étaient fascinés par ces villes éloignées, y ont situé certains de leurs mythes, en les mêlant à des mythes amazighs locaux. D’après un de ces mythes, Tingis (Tanger) a été fondée par Syphax, le fils d’Hercule et de la fille du roi Atlas de Maurétanie, qui a donné à la ville le nom de sa mère. Selon certaines sources, le jardin des Hespérides, où Hercule est allé trouver les fameuses pommes d’or, se trouvait à Lixus. Les ruines de Lixus (près de la ville moderne de Larache) contiennent beaucoup de fresques de scènes mythologiques.
… à l’histoire
La plus ancienne ville construite sur le détroit est Tingis, fondée vers le 8° Siècle, par des marchands phéniciens. Son nom vient de l’amazigh tinjit, masse d’eau. Du fait de son emplacement stratégique, Tingis s’est vite retrouvé au cœur des voies commerciales phéniciennes. D’autres colonies phéniciennes sont apparues, notamment à Lixus (Larache), Abyla (Sebta) et Rusadir (Melilla), puis plus au Sud, le long de la côte atlantique.
Statue d’Hercule Gaditain
Une autre colonie phénicienne a été fondée du côté espagnol du détroit, juste en face de Tanger. Ce site servait certainement comme port saisonnier déjà auparavant, mais la première population permanente remonte au 7° Siècle et était probablement d’origine carthaginoise. Le nom phénicien de cette ville, Gadir, a la même racine qu’Agadir, une autre ville portuaire d’origine phénicienne. Les Romains l’appelleront Gades, qui deviendra Gadix, puis Cadiz. La ville était célèbre surtout pour son temple du dieu phénicien Melqart, que les Grecs et les Romains assimileront à Hercule.
Les villes du détroit ne joueront qu’un rôle secondaire dans les guerres puniques : les Romains attaquent l’Afrique depuis la Sicile. Avant sa campagne militaire en Italie, Hannibal a offert un sacrifice à Melqart/Hercule, au temple de Gadir.
Après la deuxième guerre punique, les villes nord-africaines ont été annexées par le Royaume de Maurétanie. Tingis a cependant maintenu son héritage punique, en continuant notamment à frapper des pièces en bronze avec des inscriptions puniques. C’est vers cette époque que la ville de Tamuda (Tetouan) a été construite par le roi Baga.
Le règne de Juba II de Maurétanie était l’âge d’or de la ville de Lixus, devenue un centre économique de premier plan grâce à son complexe industriel, le plus grand du bassin méditerranéen. Son économie dépendait surtout de la pêche et de la viticulture.
Après l’annexion romaine, Tingis est devenue la capitale de la province de Maurétanie tingitane. La ville a connu une forte croissance, qui lui a permis de dépasser Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie.
Amphithéâtre romain de Lixus
En plus de Tingis, Lixus, Abyla (renommée Septem) et Rusadir ont obtenu le statut de colonies romaines. Ces villes étaient fortement romanisées, alors que le reste de la Maurétanie était hostile à la domination romaine. Sur le plan économique, la région, surtout Septem, se spécialisait dans la vente de poisson salé.
Au 5° Siècle, les Vandales, déjà présents en Espagne, traversent le détroit de Gibraltar pour envahir l’Afrique du Nord. Quelques siècles plus tard, une armée de Maures musulmans traverse le détroit dans l’autre sens et part à la conquête de l’Espagne. Le nom moderne de Gibraltar vient de Djebel Tariq, d’après Tariq ibn Ziyad, le commandant des forces omeyyades en Espagne. Depuis cette époque lointaine, tous les envahisseurs successifs, jusqu’aux colonisateurs européens de l’ère moderne, sont passées par le port de Tanger. Ceuta (Sebta) et Melilla, derniers vestiges de la présence espagnole en Afrique du Nord, témoignent de l’histoire complexe d’une région à cheval entre deux continents.
Bien avant que Tanger ne devienne ville internationale au 20° Siècle, les villes du détroit, en tant que ports commerciaux ouverts sur le monde, ont toujours été très cosmopolites. Au fil des siècles, elles ont aussi accueilli beaucoup de réfugiés qui fuyaient la persécution, de part et d’autre du détroit : chrétiens catholiques chassés par les Vandales, musulmans et juifs expulsés d’Espagne ou militants anticolonialistes. Leur emplacement stratégique est ce qui fait leur identité particulière, de villes africaines au plus près de l’Europe, multiculturelles et tolérantes.
Plusieurs royaumes amazighs ont émergé en Afrique du Nord pendant l’Antiquité. Pendant la période des guerres puniques, ces royaumes ont profité de la rivalité entre Carthage et Rome pour affermir leur position. Après la chute de Carthage, le roi Massinissa de Numidie a unifié les populations amazighes libérées de la domination carthaginoise en s’emparant d’une grande partie des territoires de l’Empire déchu. La Numidie et son voisin, la Maurétanie, devront cependant faire face aux ambitions impérialistes de Rome.
Les premiers royaumes amazighs d’Afrique du Nord se sont probablement formés entre le 4° et le 3° Siècle avant notre ère. Les rois amazighs étaient appelés aguellid, au pluriel iguelliden. Au départ, il s’agissait de chefs de guerre qui fédéraient un groupe de villages ou de tribus, pour se défendre ou attaquer d’autres villages/tribus, dont l’autorité n’était reconnue que le temps de la guerre. Avec le temps, les iguelliden les plus puissants ont commencé à dominer les régions ainsi conquises, même en temps de paix.
Villes maurétaniennes en orange et puniques en gris
A l’Ouest du continent, le Royaume de Maurétanie aurait été fondé par le mythique roi Atlas. Selon la légende, il a été changé en pierre pour le punir de son inhospitalité, donnant naissance au massif montagneux qui porte son nom encore aujourd’hui. La capitale de la Mauritanie était Volubilis (Oualili, dans la province marocaine de Meknès). Les Maurétaniens faisaient du commerce avec les Phéniciens, puis les Carthaginois, à travers les ports puniques de Tingis (Tanger) et Lixus (Larache).
Plus près de Carthage, se sont constitués deux royaumes apparentés, mais rivaux : les Massaesyles, avec pour capitale Siga (Oulhaça El Gheraba, dans la wilaya algérienne d’Ain Temouchent), puis Cirta (Constantine), et les Massyles, avec pour capitale Hippone (Annaba). Les Massaesyles, qui contrôlent un territoire plus vaste, s’enrichissent grâce au commerce avec l’Espagne, mais les Massyles possèdent davantage de villes et sont plus attachés à leurs terres. Les frontières entre les deux royaumes étaient fluctuantes, au fil des guerres qui les ont opposés.
L’historien grec Polybe mentionne d’autres royaumes numides plus anciens, les Lergètes et les Maccéens, dont nous ne savons rien par ailleurs.