Carthage et l'Empire carthaginois, Les Grecs en Afrique du Nord

Arae Philaenorum : la frontière entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque

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Pendant l’Antiquité, le désert de Syrte constituait la frontière naturelle entre la Tripolitaine carthaginoise et la Cyrénaïque grecque. D’après une légende, afin de déterminer l’emplacement exact de la frontière, deux jeunes hommes, partis le même jour de Carthage et de Cyrène, ont voyagé à pied le long de la côte jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. L’endroit où ils se sont rencontrés est devenu la frontière.

L’Arc des Philènes, en mars 1937

Lorsque les émissaires des deux villes se sont rencontrés, les Grecs ont accusé les Carthaginois d’avoir triché en partant en avance. Ils ont accepté de reconnaître leur lieu de rencontre comme point de frontière à condition que les Carthaginois soient enterrés vivants sur place. Les émissaires Carthaginois, deux frères, appelés les Philènes, ont accepté de se sacrifier pour leur patrie. Un monument en leur honneur a été érigé sur leur tombe.

L’historien romain Salluste fait le récit de cette légende dans sa Guerre de Jugurtha, au chapitre 79 :

Puisque les affaires de Leptis nous ont conduit dans ces contrées, il ne sera pas hors de propos de raconter un trait héroïque et admirable de deux Carthaginois : le lieu même nous y fait penser.

Dans le temps que les Carthaginois donnaient la loi à presque toute l’Afrique, les Cyrénéens n’étaient guère moins riches et moins puissants. Entre les deux États était une plaine sablonneuse, toute unie, sans fleuve ni montagne qui marquât leurs limites. De là une guerre longue et sanglante entre les deux peuples, qui, de part et d’autre, eurent des légions, ainsi que des flottes détruites et dispersées, et virent leurs forces sensiblement diminuées.

Les vaincus et les vainqueurs, également épuisés, craignant qu’un troisième peuple ne vînt les attaquer, convinrent, à la faveur d’une trêve, qu’à un jour déterminé des envoyés partiraient de chaque ville, et que le lieu où ils se rencontreraient deviendrait la limite des deux territoires. Deux frères nommés Philènes, que choisit Carthage, firent la route avec une grande célérité ; les Cyrénéens arrivèrent plus tard. Fut-ce par leur faute ou par quelque accident ? c’est ce que je ne saurais dire ; car, dans ces déserts, les voyageurs peuvent se voir arrêtés par les ouragans aussi bien qu’en pleine mer ; et, lorsqu’en ces lieux tout unis, dépourvus de végétation, un vent impétueux vient à souffler, les tourbillons de sable qu’il soulève remplissent la bouche et les yeux, et empêchent de voir et de continuer son chemin.

Les Cyrénéens, se trouvant ainsi devancés, craignent, à leur retour dans leur patrie, d’être punis du dommage qu’ils lui avaient fait encourir. Ils accusent les Carthaginois d’être partis de chez eux avant le temps prescrit ; ils soutiennent que la convention est nulle, et se montrent disposés à tout plutôt que de céder la victoire. Les Carthaginois consentent à de nouvelles conditions, pourvu qu’elles soient égales. Les Grecs leur laissent le choix ou d’être enterrés vifs à l’endroit qu’ils prétendaient fixer pour limites de leur pays, ou de laisser avancer leurs adversaires jusqu’où ils voudraient, sous la même condition. Les Philènes acceptent la proposition ; ils font à leur patrie le sacrifice de leurs personnes et de leur vie, et sont enterrés vifs. Les Carthaginois élevèrent sur le lieu même des autels aux frères Philènes, et leur décernèrent d’autres honneurs au sein de leur ville.

Le monument construit sur le tombeau des deux frères avait déjà disparu à l’époque romaine. Ce site est resté la frontière entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque romaines, entre l’Empire romain d’Occident et d’Orient, puis entre la Tunisie ziride et l’Egypte fatimide. Pendant l’occupation italienne de la Libye, un nouveau monument, l’Arc des Philènes, a été construit, près de Ras Lanouf. Considéré comme un symbole colonial, il a été démoli en 1973.

Les Grecs en Afrique du Nord

Les grands esprits de Cyrène : Callimaque et Eratosthène

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Pendant l’ère hellénistique, Cyrène, la première colonie grecque en Libye, a donné naissance à des scientifiques et poètes prestigieux, qui ont contribué au rayonnement culturel du monde grec à cette époque. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de deux grands esprits grecs d’Afrique du Nord, originaires de Cyrène, qui ont fait carrière à Alexandrie : le poète Callimaque et le mathématicien Eratosthène.

Callimaque : le poète de la simplicité

Callimaque est né vers 310 avant notre ère, à Cyrène, dans une famille influente, qui descend de la dynastie des Battiades. Son grand-père, qui s’appelait également Callimaque, a été un général de Cyrène.

Dans sa jeunesse, il fait ses études à Alexandrie, la capitale de l’Egypte des Ptolémée et la ville la plus influente du monde grec à cette époque. Après avoir travaillé comme enseignant, il passe sous le patronage du roi Ptolémée II, qui veut promouvoir les arts et la culture dans son Royaume. Il travaille à la bibliothèque d’Alexandrie, dont il deviendra le directeur. Il meurt vers 240.

Callimaque a écrit plus de 800 œuvres, en vers et en prose, dont la plupart sont perdus. La plus célèbre est l’Aitia, un poème en quatre livres, qui s’intéresse aux origines de diverses coutumes humaines. Sa poésie favorise les thèmes simples, quotidiens, voire obscurs, sur les grand enjeux, et les textes courts, mais finement travaillées, sur les œuvres plus longues. Pour cette raison, il refuse d’écrire des épopées, le genre littéraire le plus en vogue à son époque. Son approche de la poésie marque une rupture fondamentale avec les poètes grecs plus anciens.

Dans le cadre de sa fonction de directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, il a écrit aussi les Pinakes, un ouvrage bibliographique qui contient un court résumé de tous les manuscrits contenus dans la bibliothèque. Les Pinakes peuvent être considérés comme le premier catalogue littéraire de l’histoire.

Eratosthène : le fondateur de la géographie

Eratosthène est également né à Cyrène, en 276. Après avoir commencé ses études dans une école locale, il les poursuit à Athènes, où il devient disciple du philosophe Zénon de Kition, le fondateur du stoïcisme. Il étudie aussi à l’Académie platonicienne. Plus tard, il s’installe à Alexandrie, où il découvre la poésie sous la direction d’un autre Cyrénéen, Callimaque. Il succède à Callimaque comme directeur de la bibliothèque d’Alexandrie.

Eratosthène s’intéressera davantage aux mathématiques et aux sciences naturelles qu’à la poésie. Il est connu surtout pour avoir calculé la circonférence de la terre, avec une précision remarquable : son résultat est très proche de la circonférence terrestre que nous connaissons aujourd’hui.

A partir de là, Eratosthène est parti de ses connaissances sur la taille et la forme de la terre pour la décrire plus en détail, et même la représenter. Sa Géographie, en grande partie fondée sur les récits de voyage auxquels il avait accès dans la bibliothèque d’Alexandrie, contient la plus ancienne carte du monde connue. Il divise le monde en cinq zones climatiques : les deux pôles, deux zones tempérées et la zone intertropicale chaude, traversée par l’équateur. Il est considéré comme le fondateur de la géographie moderne.

Dans sa vieillesse, Eratosthène devient aveugle, ce qui l’empêche de poursuivre ses travaux. Déprimé, il se laisse mourir de faim. Il meurt en 194.

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La philosophie cyrénaïque : une école philosophique nord-africaine

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Le philosophe Aristippe de Cyrène, à l’origine un disciple du grand philosophe athénien Socrate, a ensuite fondé sa propre école de philosophie, dans sa ville natale. Cette école philosophique, connue comme l’école cyrénaïque, enseignait que le seul bien auquel nous devons aspirer dans la vie est le plaisir.

Aristippe de Cyrène

Aristippe, le fondateur de cette école philosophique, est né à Cyrène, vers 435 avant notre ère. Venu en Grèce pour voir les Jeux Olympiques, il a rencontré Socrate à Athènes et est devenu son disciple. Sa philosophie s’est cependant rapidement éloignée de celle de Socrate, notamment à cause de son intérêt pour le plaisir. Alors, il est parti à Syracuse, où il a vécu une vie de luxe et de sensualité, à la cour du roi Denys de Syracuse. Plus tard, il est retourné à Cyrène, où il a fondé son école de philosophie.

La doctrine philosophique d’Aristippe est centrée sur la quête du plaisir : pour lui, le sens de la vie consiste à non seulement à éviter la souffrance, comme l’enseignent d’autres écoles philosophiques, mais à rechercher activement le plaisir, sous toutes ses formes, mais surtout le plaisir physique, considéré comme plus intense et durable. Il ne s’agit cependant pas d’un hédonisme sans morale : Aristippe reconnaît l’importance de respecter les conventions sociales et affirme qu’un comportement altruiste peut aussi être source de plaisir. Contrairement à Socrate, qui pense que le bien suprême est la vertu, tandis que le plaisir qu’on en tire n’est que secondaire, pour Aristippe, le plaisir doit être l’objectif premier, même d’un comportement vertueux. Aristippe insiste aussi sur l’importance de ne pas laisser l’objet de notre plaisir dominer nos sens, ce qui détruirait le plaisir qu’on en tire, mais de toujours demeurer maîtres de nous-mêmes, selon sa devise : « Je possède, je ne suis pas possédé. »

Aristippe était aussi le premier disciple de Socrate qui acceptait d’être payé pour ses leçons de philosophie, un choix que Socrate condamnait absolument. Pour cette raison, ainsi que pour sa doctrine, les autres disciples de Socrate l’ont beaucoup critiqué, l’accusant de trahir la pensée de leur maître.

Après la mort d’Aristippe, sa fille Arété lui a succédé à la tête de son école de philosophie. Son petit-fils, Aristippe le Jeune, a formalisé la doctrine philosophique cyrénaïque.

Aucun écrit des philosophes cyrénéens n’a été conservé, leur pensée est connue uniquement par d’autres auteurs plus tardifs.

La philosophie cyrénaïque est tombée en désuétude au 3° Siècle, supplantée par l’épicurisme, une autre doctrine philosophique également d’inspiration hédoniste.

L'Afrique du Nord romaine, Les Grecs en Afrique du Nord

La Cyrénaïque romaine

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Après la mort de Ptolémée Apion, le dernier roi de Cyrénaïque, la région passe sous contrôle romain. Elle fera partie de l’Empire romain, dès sa fondation.

Buste de l’Empereur Antonin, Cyrène romaine

Contexte

A l’époque hellénistique, de la mort d’Alexandre le Grand à l’avènement de l’Empire romain, la Cyrénaïque fait partie de la sphère d’influence de l’Egypte des Ptolémée. En 105, Ptolémée VIII Physcon établit son fils Ptolémée Apion comme roi de Cyrénaïque. Lorsque Ptolémée Apion meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à la République romaine.

Débuts

Dans un premier temps, ce nouveau territoire est largement ignoré par les Romains.

A Cyrène, un tyran du nom de Nicocrate prend le pouvoir et brutalise la population. Son épouse Arétaphile, qu’il avait forcée à l’épouser après avoir tué son premier mari, complote pour le faire assassiner. Malheureusement, son frère Léandre, qui lui succède, s’avèrera aussi tyrannique que lui. Alors, Arétaphile fait appel à un prince libyen pour le renverser. L’historien grec Plutarque mentionne Arétaphile dans son ouvrage De la vertu des femmes, comme un modèle de femme vertueuse, qui aspire à libérer son peuple de la tyrannie. Elle semble avoir été l’objet d’un culte pour les femmes de cette époque.

Le général romain Lucullus visite Cyrène en 87, réprime la tyrannie et établit une nouvelle Constitution. Le premier gouverneur romain est envoyé à Cyrène en 74. Après l’annexion romaine de la Crète, en 67, la Cyrénaïque sera intégrée à la province romaine de Crète et Cyrénaïque. La capitale de la province est Gortyne, en Crète, mais la Cyrénaïque jouit d’une large autonomie, avec Cyrène comme principale ville.

Province romaine

Statue d’Apollon, Cyrène romaine

Au début de l’époque romaine, la ville de Cyrène a connu une nouvelle ère de prospérité, avec beaucoup de nouvelles constructions au cours du 1er Siècle. Les autres villes de Cyrénaïque en ont profité aussi.

Vers le milieu du 1er Siècle, l’administration romaine a lancé une vaste campagne de recouvrement de terres publiques autour de Cyrène qui avaient été accaparées illégalement par des personnes privées.

Cyrène, qui avait une large population juive depuis l’époque hellénistique, est également devenue un important centre chrétien. D’après la tradition chrétienne, Marc, l’auteur d’un des Evangiles, était originaire de Cyrène et a prêché le message chrétien dans la ville.

En 115-117, une importante révolte juive a lieu en Cyrénaïque, causant plus de 200 000 morts dans toute la région. Cyrène a été saccagée par les insurgés et presque tous les bâtiments ont été détruits. La reconstruction de la ville a pris plusieurs décennies.

En 131, Cyrène est devenue membre du Panhellenion, une alliance de villes grecques créée par l’Empereur romain Hadrien, un grand admirateur de la Grèce antique. D’autres villes grecque de Cyrénaïque ont voulu devenir membres du Panhellenion, mais Cyrène a bloqué leur entrée.

Maison de Jason Magnus

Vers la fin du 2° Siècle, la ville était de nouveau prospère. Plusieurs palais ont été construits à cette époque, notamment la Maison de Jason Magnus, le plus beau vestige architectural de la Cyrène romaine.

Cyrène a recommencé à décliner au 3° Siècle. En 262, la ville a été ravagée par un tremblement de terre. Peu après, elle a été pillée par des nomades libyens. La ville a été reconstruite, mais n’a plus jamais retrouvé sa grandeur passée. Dorénavant, la ville la plus influente de Cyrénaïque était Ptolémaïs (Tolmeita).

Ruines de Ptolémaïs

Un nouveau tremblement de terre, en 365, a presque entièrement détruit les cinq villes historiques de la Pentapole. Ptolémaïs, relativement épargnée par le tremblement de terre, est devenue capitale de province.

La dernière figure influente de la Cyrénaïque romaine est le philosophe néoplatonicien Synésios de Cyrène. Né à Balagrae (El-Bayda) en 373, il a grandi à Cyrène et étudié la philosophie à Alexandrie, puis été envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour de l’Empereur. Vers la fin de sa vie, il est même devenu évêque de Ptolémaïs.

Ptolémaïs a été détruite par les Libyens en 411.

La Cyrénaïque a été conquise par les Arabes en 643. La ville de Cyrène, déjà largement dépeuplée, a été abandonnée peu après.

Les Grecs en Afrique du Nord

Magas de Cyrène et le Royaume de Cyrénaïque

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En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Après sa mort, en 323, son Empire est divisé entre ses généraux. La Cyrénaïque fera d’abord partie de l’Egypte des Ptolémée. En 276, elle deviendra un Royaume indépendant, avec pour roi Magas de Cyrène.

Magas de Cyrène

Magas de Cyrène est un noble grec, originaire de Macédoine. Son père, Philippe, un officier d’Alexandre le Grand, est mort alors qu’il était enfant.

Monnaie à l’effigie de Ptolémée I et Bérenice

Après la mort de son père, sa mère, Bérénice, est allée vivre avec ses enfants à Alexandrie, à la cour du roi Ptolémée Ier Soter. Eurydice, l’épouse de Ptolémée, était la cousine de Bérénice.

Bérénice est rapidement devenue la maîtresse de Ptolémée Ier. En 317, il répudie Eurydice pour l’épouser. En tant que reine d’Egypte, elle deviendra la mère du futur roi Ptolémée II.

Par le mariage de sa mère, le jeune Magas est devenu membre de la dynastie des Ptolémée, en tant que fils de la reine.

Vers l’âge de 20 ans, Magas est nommé gouverneur de Cyrénaïque.

Monnaie à l’effigie de Magas de Cyrène

Après la mort de Ptolémée Ier, en 283, et l’avènement de Ptolémée II Philadelphe, le demi-frère de Magas, comme nouveau roi d’Egypte, Magas commence à chercher à obtenir l’indépendance de la Cyrénaïque. Pour cela, il fait alliance avec le roi Antiochos Ier de Syrie, de la dynastie séleucide, les grands rivaux des Ptolémée, dont il épouse la fille, Apama II. En 276, Magas se proclame finalement roi de Cyrénaïque.

En 274, Magas et Antiochos attaquent l’Egypte ensemble, à l’Est et à l’Ouest. A l’issue de cette révolte, Ptolémée II est contraint de reconnaître l’indépendance de la Cyrénaïque. Pour sceller leur alliance, la fille de Magas, Bérénice II, est fiancée au fils de Ptolémée II, le futur Ptolémée III Evergète.

La Cyrénaïque demeurera un Royaume indépendant, jusqu’à la mort de Magas, en 250. Pendant son règne, il a favorisé le développement des arts et de la culture, notamment de l’école philosophique cyrénéenne.

Par la suite

Monnaie à l’effigie de Bérénice II

Après la mort de Magas, sa veuve rompt les fiançailles entre Bérénice II et Ptolémée III et propose sa fille en mariage à Démétrios Kalos, le plus jeune fils du roi Démétrios Ier de Macédoine. Démétrios Kalos accepte, devenant le nouveau roi de Cyrénaïque, mais il sera vite assassiné par Bérénice II elle-même, qui retourne vers son premier fiancé. Ptolémée III et Bérénice II se marient et deviennent roi et reine d’Egypte. La ville d’Euhespérides (Benghazi) est renommée Bérénice, en l’honneur de la nouvelle reine. La Cyrénaïque fait de nouveau partie de l’Egypte des Ptolémée, mais avec une large autonomie. Ptolémée III construit une nouvelle ville, Ptolémaïs, afin d’en faire la demeure du gouverneur de Cyrénaïque.

En 163, Ptolémée VIII Physcon, chassé d’Egypte par son frère Ptolémée VI Philometor, s’installe à Cyrène. Il règne sur la Cyrénaïque en tant que vassal de son frère, jusqu’en 145, lorsqu’il est rétabli comme roi d’Egypte. En 105, il établit son fils Ptolémée Apion sur le trône de Cyrénaïque. Ptolémée Apion meurt en 96. Comme il n’a pas d’héritier, son royaume est légué à Rome.

Les Grecs en Afrique du Nord, Les Perses en Afrique du Nord

La conquête perse de la Cyrénaïque

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En 525 avant notre ère, l’Egypte, la plus ancienne et prestigieuse nation du monde antique, est conquise par l’Empire perse. Le roi Arcésilas III de Cyrène fait alliance avec les Perses. Après sa mort, les Perses prennent le contrôle de Cyrène : c’est le début de la domination perse sur la Cyrénaïque.

Soldat libyen dans l’armée perse

Contexte

Pendant le règne de Battos III (550-530), le législateur Démonax a mis en œuvre une série de réformes visant à rendre la société plus démocratique en limitant les pouvoirs du roi. Si Battos III a accepté ces réformes, son fils et successeur Arcésilas III (530-515) veut restaurer ses pouvoirs royaux. En 518, il demande le rétablissement de tous les pouvoirs dont les réformes de Démonax l’ont privé. Il est soutenu par sa mère, Phérétima. Le peuple se rebelle et le roi est obligé de s’enfuir sur l’île de Samos avec sa mère.

Depuis Samos, il recrute une armée pour l’aider à reprendre le pouvoir. Il consulte l’oracle de Delphes, qui lui dit qu’il réussira, mais l’avertit aussi que s’il se montre cruel envers ses sujets, il ne régnera pas sur eux longtemps. Il parvient effectivement à reprendre le pouvoir en Cyrène et à exiler ses adversaires.

Craignant des représailles, il quitte Cyrène pour la ville voisine de Barca (Marj), laissant la régence à sa mère. Alazir, le gouverneur de Barca, issu d’une tribu amazighe libyenne alliée aux Cyrénéens, est le père de sa femme. Un jour, sur la place du marché de Barca, il sera reconnu par un groupe d’exilés de Cyrène, qui le tuent avec Alazir.

L’invasion perse

Après la mort d’Arcésilas III, sa mère Phérétima fait appel au gouverneur perse d’Egypte pour le venger, prétendant qu’il a été tué pour sa loyauté aux Perses. L’armée perse assiège Barca et déporte sa population, puis entre dans Cyrène, sur l’invitation de Phérétima.

Phérétima meurt peu après, d’une maladie de peau. Le nouveau roi de Cyrène, Battos IV (515-465), sera un client de l’Empire perse, de même que son fils Arcésilas IV (465-440). Après sa mort, Cyrène devient une République, toujours sous souveraineté perse.

La Cyrénaïque, contrairement à l’Egypte, n’a pas été occupée par l’armée perse : les Perses exerçaient leur pouvoir indirectement, en contrôlant l’élite locale.

Les Grecs en Afrique du Nord

La dynastie battiade : les premiers rois de Cyrène

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Les premiers rois de Cyrène, héritiers du fondateur de la ville, ont régné pendant deux siècles. Le prestige de cette dynastie était tel que, plus d’un siècle après la chute du dernier roi, le poète Callimaque de Cyrène se revendique encore avec fierté descendant des Battiades.

Battos 1er

Ruines du tombeau de Battos 1er

Le chef des colons grecs qui ont fondé Cyrène s’appelle Battos (630-600). D’après l’historien grec Hérodote, son nom signifie « roi » dans la langue des tribus amazighes locales. En grec, « battos » signifie « bégaiement », une origine moins glorieuse, mais plus probable.

Battos est né sur l’île de Thera (Santorini), dans une famille d’origine crétoise. D’après la légende, alors que l’île était frappée d’une forte sécheresse qui menaçait ses habitants, le roi de Thera est allé consulter l’oracle de Delphes. L’oracle lui a répondu qu’il devait fonder une colonie en Libye. Le roi était lui-même trop vieux pour un tel voyage, si bien qu’il a chargé Battos d’accomplir cette mission.

Battos a donc embarqué pour la Libye, à la tête d’un groupe de colons. Ils s’installent d’abord sur une île au large des côtes libyennes, puis sur le continent, où ils fondent une ville, qu’ils appellent Cyrène.

Battos devient le premier roi de Cyrène. Il a la réputation d’être un roi juste et bienveillant. Pendant son règne, Cyrène s’enrichit rapidement, grâce aux ressources naturelles de la région environnante. Après sa mort, ses sujets le vénèrent comme un héros. Tous les rois de Cyrène après lui, jusqu’à Alexandre le Grand, sont ses descendants directs.

Les premiers Battiades

A la mort de Battos, son fils Arcésilas (600-583) lui succède. Son règne est assez peu connu.

La population de Cyrène commence à se multiplier pendant le règne de son fils Battos II (583-560). De nouveaux colons affluent de toute la Grèce, grâce à un oracle de Delphes les encourageant à s’installer dans la colonie. Battos II devra aussi faire face à la première tentative d’invasion de l’Egypte voisine. Vers 570, l’armée égyptienne est battue par les Cyrénéens, établissant la souveraineté grecque sur la région.

Le règne de son fils Arcésilas II (560-550) sera moins heureux. Son conseiller, Léarque (qui était aussi son frère, selon certaines sources), se rebelle contre lui, s’enfuit et fonde la ville voisine de Barca (Marj). Il fait alliance avec les tribus amazighes de la région, auparavant alliées à Cyrène, privant le roi de précieux alliés. Ensemble, ils déclarent la guerre à Cyrène. Victorieux, Léarque tue le roi et s’empare du trône. Pour affermir son pouvoir, il veut épouser Eryxo, la veuve du roi défunt. Eryxo fait mine d’accepter et invite Léarque à entrer dans sa chambre à coucher, où elle a caché des hommes pour le tuer.

Les réformes de Démonax

Battos III (550-530), le fils d’Arcésilas II, devient roi à la mort de Léarque. Conscient de l’instabilité à Cyrène, après l’assassinat de son père et la rupture de l’alliance avec les tribus amazighes, il comprend qu’une réforme profonde des institutions est nécessaire. Pour cela, il fait appel au réformateur Démonax.

Démonax met en place une série de réformes, censées rendre la société plus démocratique. Ces mesures sont inspirées par d’autres législateurs grecs de la même époque, comme Solon d’Athènes et Lycurgue de Sparte. Il crée notamment un Sénat, composé de représentants des différentes communautés qui vivent à Cyrène, qui vote les lois et gère les affaires de la cité. Les pouvoirs du roi sont considérablement réduits.

La période perse

Soldat libyen dans l’armée perse

Si Battos III accepte ces réformes, son fils et successeur Arcésilas III (530-515) cherchera à restaurer ses pouvoirs royaux. En 518, il demande le rétablissement de tous les pouvoirs dont les réformes de Démonax l’ont privé. Le peuple se rebelle et le roi s’enfuit. Il reprend le pouvoir, mais est tué en 515. Après sa mort, sa mère Phérétima invite les Perses à entrer à Cyrène : c’est le début de la domination perse sur la Cyrénaïque.

Les deux derniers rois de la dynastie battiade, Battos IV (515-465) et son fils Arcésilas IV (465-440), seront des clients de l’Empire perse. En 462, Arcésilas IV remporte la course de chars aux Jeux pythiques de Delphes, avec un attelage de chevaux libyens. Son règne deviendra de plus en plus tyrannique, si bien qu’il sera renversé et s’enfuira à Euhespérides (Benghazi), où il sera tué en 440. Après sa mort, Cyrène deviendra une République, toujours sous souveraineté perse.

Les Grecs en Afrique du Nord

Histoire de la Cyrénaïque

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La ville de Cyrène a été fondée en 631 avant notre ère, par des colons grecs, originaires de l’île de Thera (Santorini). Peu après, Cyrène et les autres villes grecques des environs formaient une Pentapole. La région a été sous influence grecque pendant toute l’Antiquité. Cet article est le sommaire de nos articles sur l’histoire des Grecs de Cyrénaïque, de la fondation de Cyrène à l’avènement de l’Empire romain.

Battos, le chef du groupe de colons grecs à l’origine de la ville, est devenu le premier roi de Cyrène. Ses descendants, la dynastie battiade, ont régné pendant deux siècles.

En 525, l’Empire perse envahit l’Egypte. Le roi de Cyrène fait alliance avec les Perses, qui profitent des luttes de pouvoir locales pour prendre le contrôle de la région.

En 462, le roi Arcésilas IV de Cyrène remporte la course de chars aux Jeux pythiques de Delphes, avec un attelage de chevaux libyens.

Vers 460, les Grecs de la Ligue de Délos soutiennent la révolte du chef libyen Inaros, un descendant des anciens Pharaons, contre les Perses. Après sa défaite, les derniers survivants grecs de son armée se réfugient à Cyrène.

Cyrène devient une République en 440, après la mort du dernier roi. Au cours de la deuxième moitié du 5° Siècle, Barca supplante Cyrène comme la ville la plus influente de la région.

En 414, pendant la Guerre du Péloponnèse, le général spartiate Gylippe, en route pour la Sicile, est repoussé vers les côtes libyennes par des vents contraires. Arrivé en Cyrénaïque, il délivre la ville d’Euhespérides (Benghazi), qui était assiégée par des tribus amazighes libyennes. Pour le remercier, Cyrène lui fournit des navires pour le guider jusqu’en Sicile.

Au cours du 5° Siècle, la Cyrénaïque était en concurrence avec Carthage pour le contrôle de la Syrte et des routes commerciales transsahariennes qui y aboutissent. Leur frontière a été fixée à Arae Philaenorum. A l’Ouest, la frontière entre la Cyrénaïque et l’Egypte était à Catabathmus Magnus (Salloum).

Vers la fin du 5° Siècle, un certain Ariston prend le pouvoir à Cyrène et tue 500 de ses citoyens les plus influents. Il voulait peut-être établir une démocratie selon le modèle athénien.

En 399, un groupe de 3000 Messéniens, chassés de leur capitale, Naupacte, par les Spartiates, se réfugient à Euhespérides (Benghazi).

L’Egypte parviendra à se libérer de l’emprise perse de 404 à 343, pendant les 28°, 29° et 30° dynasties pharaoniques. La Cyrénaïque a peut-être aussi repris son indépendance, mais on ne sait rien de son histoire pendant cette période. Les Perses reprendront l’Egypte en 343.

Vers 350, Cyrène a construit une trésorerie à Delphes.

En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui.

Après la mort d’Alexandre le Grand, en 323, son Empire est divisé entre ses généraux. Le mercenaire spartiate Thibron tente alors de prendre le contrôle de Cyrène. La Cyrénaïque fera ensuite partie de l’Egypte des Ptolémée.

Vers 320, pendant une famine en Grèce, Cyrène a envoyé 40 millions de litres de blé à la famille royale macédonienne et aux villes grecques.

Un Royaume indépendant de Cyrénaïque sera brièvement formé par Magas de Cyrène, mais ne durera pas.

Après la mort de Magas de Cyrène, sa fille Bérénice épouse Ptolémée III Evergète et devient reine d’Egypte. La ville d’Euhespérides est renommée Bérénice, en son honneur. Ptolémée III fonde aussi une nouvelle ville en Cyrénaïque, Ptolémaïs, dont il fait le siège de son gouverneur.

En 163, Ptolémée VIII Physcon, chassé d’Egypte par son frère Ptolémée VI Philométor, règne sur la Cyrénaïque en tant que vassal de son frère. Il est rétabli comme roi d’Egypte en 145.

En 105, Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII, est proclamé roi de Cyrénaïque. Après sa mort, en 96, comme il n’a pas d’héritier, la Cyrénaïque est léguée à la République romaine. Elle fera partie de l’Empire romain, dès sa fondation.

Les Grecs en Afrique du Nord

Dorieus de Sparte : un prince grec en Libye

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Dorieus est un prince grec, de la ville de Sparte. Alors que son frère Léonidas s’est illustré en tant que commandant de l’armée grecque unifiée qui a résisté à l’envahisseur perse à la Bataille des Thermopyles, Dorieus, lui, est connu surtout en tant que fondateur d’une éphémère colonie grecque en Libye.

Origines

Ruines de Sparte

Dorieus est né vers 540 avant notre ère, à Sparte, une des villes grecques les plus influentes et la grande rivale d’Athènes. Son père était le roi Anaxandridas II de Sparte, de la dynastie agiade.

D’après l’historien grec Hérodote, le roi Anaxandridas n’avaient pas d’enfant après plusieurs années de mariage. Alors, les éphores, un conseil de cinq magistrats qui dirigeaient la ville, craignant que la lignée royale ne vienne à s’éteindre, lui ont conseillé de divorcer de son épouse pour en prendre une autre. Lorsque le roi a refusé, ils lui ont conseillé de prendre au moins une deuxième épouse, bien que la polygamie ne faisait pas partie des coutumes spartiates. Peu après le deuxième mariage du roi, ses deux épouses se sont retrouvées enceintes. L’enfant de la deuxième épouse, Cléomène, est né quelques mois avant Dorieus, l’enfant de la première épouse. Par la suite, la première épouse du roi aura deux autres enfants, Léonidas et Cléombrote, tandis que sa deuxième épouse n’aura pas d’autre enfant.

Lorsque leur père est décédé, le Conseil d’éphores a choisi Cléomène, l’aîné, pour lui succéder. Dorieus a contesté cette décision, affirmant qu’il était l’héritier légitime en tant que fils de la première épouse, mais il n’a pas obtenu gain de cause.

Le récit d’Hérodote ne peut être considéré comme entièrement fiable, étant donné que son auteur est ouvertement hostile à Cléomène.

Dorieus en Libye

Après s’être vu refuser le trône de Sparte, Dorieus a choisi de quitter sa ville natale, pour aller fonder une colonie ailleurs. Toujours d’après Hérodote, il est parti sous le coup de la colère, sans d’abord consulter l’oracle de Delphes. Hérodote attribue l’échec de sa colonie à cette erreur. Il écrit aussi que si Dorieus était resté à Sparte, il aurait fini par succéder à Cléobule.

Emplacement de Cinyps

Vers 515, Dorieus s’est installé en Libye, dans la Tripolitaine actuelle, où il a fondé une colonie : Cinyps (Κίνυψ). Sa colonie était à l’embouchure du fleuve Cinyps (Wadi Ka’am), à proximité de l’actuelle ville de Khoms. A cette époque, il y avait déjà plusieurs colonies grecques plus à l’Est, en Cyrénaïque, mais aucune dans cette région.

En revanche, plusieurs colonies phéniciennes étaient déjà établies dans la région et faisaient depuis peu partie de l’Empire carthaginois. La principale de ces villes, Leptis Magna, était très proche de Cinyps. Ses habitants ne voyaient évidemment pas d’un bon œil l’arrivée des nouveaux venus. Les Grecs de Cyrénaïque, cependant, ont soutenu cette nouvelle colonie, afin de barrer la route aux Carthaginois, dont les frontières s’étendaient de plus en plus loin vers l’Est. Dans un tel contexte, l’aventure coloniale a été de courte durée : après trois ans, Dorieus et ses compagnons ont été chassés par une tribu amazighe locale alliée aux Phéniciens de Leptis Magna.

Dorieus en Sicile

La Sicile dans l’Antiquité

De retour à Sparte, Dorieus a entendu parler d’une région en Sicile, qui, selon la mythologie, avait appartenu à Hercule et revenait donc de droit à ses descendants, les Héraclides, dont sa famille faisait partie. Cette fois-ci, il a consulté l’oracle de Delphes, qui lui a dit qu’il pouvait s’emparer de cette terre. Alors, il a rassemblé des compagnons et s’est mis en route pour la Sicile.

Au moment de son arrivée, deux villes grecques du Sud de l’Italie, Crotone et Sybaris, étaient en guerre. Crotone lui a demandé de les aider et il a accepté et participé à leur attaque contre Sybaris. Ensuite, il s’est installé à Eryx, en Sicile, afin d’y fonder une colonie. Sa ville, isolée des autres colonies grecques en Sicile, fait face à l’hostilité des villes carthaginoises environnantes. Après quelques années, Dorieus et ses compagnons sont attaqués et tués par les habitants de la ville voisine de Ségeste, alliée à Carthage. Les survivants sont partis dans le Sud de l’île, où ils se sont emparés de la ville grecque d’Héracléa Minoa. Dorieus est probablement mort vers 510.

Après sa mort

Statue de Léonidas

Une vingtaine d’années après la mort de Dorieus, son demi-frère Cléomène, roi de Sparte, est également mort. Léonidas, le frère de Dorieus par la même mère, lui a succédé.

En 480, lorsque l’Empire perse, déjà repoussé 10 ans auparavant lors de la bataille de Marathon, a de nouveau tenté d’envahir la Grèce, Léonidas a été choisi comme chef de l’alliance de villes grecques qui a combattu l’envahisseur. Lors de la bataille des Thermopyles, une des plus célèbres batailles de l’histoire, une armée de 7 000 Grecs, commandée par Léonidas, a tenu tête pendant trois jours à une armée persane au moins dix fois plus nombreuse, en leur bloquant le passage montagneux des Thermopyles. Bien qu’ils aient finalement été vaincus, leur courage a inspiré les Grecs pour continuer à résister, jusqu’à la victoire finale l’année suivante. Léonidas lui-même a été tué, mais après la bataille, les Grecs ont construit en son honneur une statue de lion, sur le site des Thermopyles. Hérodote souligne dans son récit que si Dorieus était resté à Sparte, il aurait fini par succéder à son frère et serait lui-même devenu le héros de la bataille des Thermopyles.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Grecs en Afrique du Nord

Massalia : une rivale de Carthage

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Massalia est une colonie grecque au Sud de la Gaule. Fondée au 6° Siècle avant notre ère, la ville grandira rapidement et établira plusieurs comptoirs commerciaux en Gaule, Espagne, Corse et Ligurie. Dès sa fondation, Massalia entrera en conflit avec Carthage, qui craint de voir la ville grecque menacer son hégémonie dans le bassin méditerranéen occidental. Au cours des siècles suivants, Massalia deviendra le port principal de la région et un rival important pour Carthage.

Fondation

Ruines de Phocée, ville d’origine des fondateurs de Massalia

Massalia a été fondée vers -600, par un groupe de commerçants grecs, originaires de la ville de Phocée (à l’Ouest de la Turquie actuelle). Au cours des prochaines décennies, trois autres colonies sont fondées depuis Massalia : Emporion (dans la province espagnole de Girone), Hemeroskopeion (dans la province espagnole d’Alicante) et Alalia (Aléria, en Corse). En 545, après la conquête de Phocée par les Perses, une nouvelle vague de colons rejoint Massalia et les autres colonies phocéennes. Dès la fin du 6° Siècle, Massalia est un centre commercial influent, qui domine la région environnante.

Le philosophe grec Aristote rapporte un mythe lié à la fondation de Massalia. D’après ce mythe, Euxène (ou Protis, selon les sources), le chef des premiers colons, était l’hôte de Nanos, le roi d’une tribu celte locale, au moment où celui-ci devait célébrer le mariage de sa fille Petta (ou Gyptis). Selon la coutume, le roi a organisé un banquet, au cours duquel la jeune fille devait offrir une coupe de vin à celui qu’elle souhaitait épouser. Lorsqu’elle a offert la coupe à Euxène, le roi a accepté de les marier, scellant ainsi l’union entre les anciens habitants de la région et les nouveaux arrivants.

Conflit avec Carthage

L’émergence de Massalia inquiète Carthage, surtout après la fondation de colonies en Espagne : la présence grecque constitue une menace pour les routes commerciales carthaginoises.

Vers 540, les Carthaginois s’allient aux Etrusques du Nord de l’Italie, pour attaquer Alalia, la ville phocéenne en Corse. Massalia envoie une quarantaine de navires au secours de la ville. Les deux flottes s’affrontent en mer, à la bataille d’Alalia. Les Phocéens sont vaincus et contraints d’abandonner Alalia, qui passe sous contrôle carthaginois. A long terme, ils sortiront cependant renforcés de cette défaite : leur domination sur les côtes gauloises, d’Emporion à la Ligurie, est reconnue.

L’apogée de Massalia

Pièce de monnaie de Massalia

Au cours des siècles suivants, le port de Massalia est devenu le plus grand du bassin méditerranéen occidental, après Carthage. Les Phocéens fonderont d’autres comptoirs commerciaux, à Agathe (Agde), Olbia (Hyères), Tauroentium (Six-Fours-les-Plages), Antipolis (Antibes) et Nikaia (Nice).

La Constitution de Massalia est louée à travers le monde grec comme un exemple de stabilité politique. La ville est une oligarchie : une boulê (assemblée) de 600 membres choisit 15 « premiers », qui administrent la ville. Trois d’entre eux sont les plus influents et détiennent l’essentiel des pouvoirs exécutifs.

Massalia sert d’interface culturelle entre le monde grec et la Gaule. Sous son influence, les Gaulois apprennent à écrire leur langue en alphabet grec.

Massalia était aussi une ville d’explorateurs : Euthymènes, qui, vers la fin du 6° Siècle, a remonté les côtes africaines, jusqu’au-delà du fleuve Sénégal, et Pythéas, qui, au 4° Siècle, a navigué jusqu’en Bretagne, puis exploré la Mer baltique et les côtes scandinaves. Si ces navigateurs grecs ont été précédés sur la même route par les explorateurs carthaginois, ils sont probablement allés plus loin qu’eux.

Pendant les guerres puniques, Massalia est une fidèle alliée de Rome. Après la deuxième guerre punique, le retrait des Carthaginois d’Espagne lui a permis d’étendre son influence.

Massalia à l’ère romaine

Vestiges du port de Massalia

Entre 125 et 121, Rome annexe presque tout l’arrière-pays massaliote à travers une série de campagne militaires. La région devient la province romaine de Gaule transalpine. La ville de Massalia elle-même devient cliente de Rome.

Pendant la guerre civile romaine (49-45), entre César et Pompée, Massalia, officiellement neutre, accueille néanmoins la flotte de Pompée. Pour se venger, César assiège la ville, qui doit se soumettre à Rome.

Massalia connaîtra encore un développement considérable à l’ère romaine, avec la reconstruction de son forum et la construction d’un théâtre et de thermes. Surtout, son port est agrandi, devenant un des plus grands ports de l’Empire.

Le christianisme est vraisemblablement entré en Gaule par Massalia : la première mission chrétienne documentée est celle de Lugdunum (Lyon), capitale de la Gaule romaine, vers 175, mais non seulement ces chrétiens, originaires d’Asie mineure, sont certainement venus en bateau par Massalia, mais il y avait probablement déjà une communauté chrétienne à Massalia avant eux.

La cité phocéenne aujourd’hui

Zinedine Zidane

A notre époque, Marseille est la deuxième ville de France. Au 20° Siècle, son emplacement stratégique lui a permis de devenir le port du commerce avec l’empire colonial, un monopole mis à mal par la décolonisation. Après l’indépendance de l’Algérie, en 1962, beaucoup de Pieds-Noirs français revenus d’Algérie s’installent à Marseille. En même temps, à cause de cette histoire, la ville compte aussi aujourd’hui une importante communauté nord-africaine, avec notamment le Français d’origine nord-africaine le plus célèbre de tous : la star du football Zinedine Zidane, champion du monde en 1998, né le 23 juin 1972 à Marseille.