Le christianisme en Afrique du Nord

Les chrétiens d’Afrique romaine

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons l’essor du christianisme dans les différentes provinces romaines d’Afrique du Nord.

Afrique proconsulaire

Bon Berger, gravure chrétienne dans les catacombes de Hadrumetum (Sousse)

Carthage, la capitale de l’Afrique romaine, était un centre chrétien influent. C’est depuis Carthage que le christianisme s’est diffusé dans toute l’Afrique du Nord. Nous avons écrit un article détaillé sur le christianisme à Carthage.

Dès le 2° Siècle, le christianisme était déjà présent dans d’autres villes d’Afrique proconsulaire. Les premiers martyrs chrétiens d’Afrique du Nord ont été mis à mort pour leur foi à Scillium (Kasserine), en 180. Les catacombes d’Hadrumetum (Sousse) contiennent les sépultures de près de 15 000 chrétiens de la ville. Les communautés chrétiennes d’Utique, Hippo Diarrhytos (Bizerte), Taparura (Sfax), Sicca (El Kef) et Sufetula (Sbeïtla) sont également documentées.

Au 3° Siècle, l’Eglise de Carthage a commencé à organiser des conciles régionaux, avec la participation des évêques d’autres villes d’Afrique romaine, pour discuter de questions qui concernaient toutes les églises. La liste des participants à ces conciles nous donne les noms des premiers évêques chrétiens d’Afrique du Nord.

Tripolitaine

Chaire de la basilique de Septime Sévère, transformée en église

Le christianisme s’est répandu en Tripolitaine depuis Carthage. L’évêque d’Oea (Tripoli) a participé à un concile régional organisé à Carthage en 255 et pris la parole au nom de ses collègues de Leptis Magna et Sabratha, ce qui montre qu’il y avait des communautés chrétiennes bien établies dans ces trois villes.

Vers le 6° Siècle, des prédicateurs chrétiens venus de Tripolitaine ont annoncé le message chrétien aux Garamantes du Fezzan, qui se sont convertis.

En 533, la basilique de Septime Sévère, un des bâtiments emblématiques de Leptis Magna, a été transformée en église. (Source)

Numidie

Après Carthage, Cirta (Constantine) était le principal centre chrétien d’Afrique romaine. Comme Carthage, la ville était probablement majoritairement chrétienne dès la fin du 3° Siècle. L’Eglise de Cirta a particulièrement souffert pendant la persécution de l’Empereur Dioclétien, au début du 4° Siècle.

Ruines de l’église d’Hippone

L’Eglise chrétienne d’Hippone a été fondée au milieu du 3° Siècle. Le premier évêque de la ville, Théogène, est mort martyr en 259. L’Eglise d’Hippone a gagné en influence au 4° Siècle, lorsqu’Augustin, la plus grande figure du christianisme nord-africain, est devenu évêque.

Il y avait aussi des communautés chrétiennes à Madaure (M’daourouch), Thagaste (Souk Ahras, la ville natale d’Augustin d’Hippone) et plus au Sud, à Théveste (Tebessa), Lambèse (Tazoult) et Thamugadi (Timgad).

Maurétanie

Basilique Sainte-Salsa de Tipaza

Le christianisme s’est répandu en Maurétanie césarienne au 3° Siècle, d’abord à Césarée (Cherchell) et Sitifis (Setif), puis dans les plus petites villes et les régions rurales. On a retrouvé des épitaphes chrétiennes à Auzia (Sour El Ghozlane), datant de 227, à Tipasa (238), à Lalla Maghnia (273) et dans la région d’Oran (302). (Source)

Les ruines de Lixus (vers Larache) contiennent la plus ancienne église au Maroc actuel

En Maurétanie tingitane, le plus ancien vestige archéologique d’une présence chrétienne est une poterie gravée d’une ancre, retrouvée à Souk El Arbaa, qui date du 3° Siècle : l’ancre est un symbole chrétien, qui représente l’assurance des croyants face aux tempêtes de la vie. (Source) On ne sait pas si le christianisme est d’abord arrivé par voie terrestre, depuis la Mauretanie césarienne, ou par la mer, via le port de Tingis (Tanger). En tout cas, le christianisme était particulièrement bien implanté dans les villes romanisées de Tingis et Lixus, les ruines de l’ancienne église de Lixus sont encore visibles aujourd’hui. Il y a également des inscriptions chrétiennes à Volubilis, qui montrent des liens avec la communauté chrétienne d’Oranie plutôt que de Tingis. (Source)

Sidi Yahya ben Younes : un saint chrétien à Oudja ?
Sidi Yahya ben Younes est le saint patron de la ville de Oudja, à l’Est du Maroc. Son mausolée se trouve dans la ville, dans l’oasis de Sidi Yahya.
D’après des légendes locales, Sidi Yahya ne serait autre que Saint Jean-Baptiste ! Ce prophète, le cousin et annonciateur de Jésus-Christ, est appelé Yahya ibn Zakaria dans le Coran. Après son exécution par le roi Hérode Antipas de Judée, il aurait été enterré à Oujda.
Le christianisme en Afrique du Nord

Les catacombes de Sousse : des tombes chrétiennes en Tunisie

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Les catacombes de Sousse, en Tunisie, sont des galeries souterraines qui, à l’ère romaine, servaient de lieu de réunion et de cimetière clandestin pour la communauté chrétienne de la ville. Les catacombes de Sousse, uniques en Afrique du Nord, contiennent près de 15 000 sépultures, avec des gravures qui remontent à l’époque où les chrétiens pratiquaient encore leur foi dans la clandestinité.

Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, le christianisme était une religion minoritaire et persécutée. La plupart des premiers chrétiens étaient issus des couches les plus pauvres de la société. Etant donné que leurs réunions étaient illégales, ils se retrouvaient dans les catacombes, des galeries souterraines creusées en dessous des villes romaines pour y enterrer les morts, afin de célébrer leur culte. Avec le temps, la communauté chrétienne a aussi pris l’habitude d’enterrer ses morts dans les catacombes où les chrétiens se réunissaient. Ces tombes chrétiennes sont recouvertes d’inscriptions et de gravures, un aperçu rare de l’expression artistique d’une communauté clandestine.

Bon Berger, gravure chrétienne dans les catacombes de Sousse

Les catacombes de Hadrumetum, l’ancienne ville de Sousse, s’étendent sur 5 kilomètres en dessous de la medina de Sousse. Les 240 galeries contiennent près de 15 000 sépultures. Les symboles et inscriptions gravés sur ces tombes peuvent être considérés comme les œuvres d’art chrétiennes les plus anciennes d’Afrique du Nord. La plupart de ces gravures sont conservées au Musée archéologique de Sousse.

Trois catacombes, sur les quatre existantes, ont été entièrement fouillées. Les plus connues, les catacombes du Bon Pasteur, s’étendent sur 1,6 kilomètres et contiennent 6000 sépultures, creusées dans les parois, sur plusieurs étages.

Longtemps perdues, les catacombes de Sousse ont été découvertes en 1888. Si elles étaient très bien conservées au moment de leur découverte, elles se sont rapidement dégradées après avoir été déterrées, sous l’effet des eaux de ruissellement.

Les catacombes du Bon Pasteur, les seules à avoir été ouvertes au public, ont été fermées il y a quelques années pour des travaux de restauration. Les travaux ont été récemment terminés. On espère donc que les catacombes pourront bientôt à nouveau être visitées.

Le christianisme en Afrique du Nord

Le christianisme à Carthage

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Carthage, la capitale de l’Afrique romaine, est devenue un centre chrétien particulièrement influent.

L’Eglise de Carthage a probablement été fondée depuis Rome. D’après la tradition chrétienne, le premier évêque de Carthage était Crispus, puis Epaïnète, deux croyants mentionnés dans les textes sacrés chrétiens comme membres de l’Eglise de Rome. Spératus, un des martyrs de Scillium (Kasserine), est parfois considéré comme un évêque de Carthage, mais ce n’est pas certain. Le premier évêque de Carthage officiellement documenté est Agrippinus, vers 240.

Tertullien

Tertullien, le premier auteur chrétien de langue latine, est né à Carthage vers 155, dans une famille amazighe romanisée. Il fait carrière en tant qu’avocat et rhéteur. Après sa conversion au christianisme, il décide de mettre son talent rhétorique au service de sa foi. Ses écrits passionnés défendent la foi chrétienne face aux attaques de ses contemporains.

La croissance rapide du christianisme, avec ses dogmes radicalement nouveaux, suscitait aussi l’hostilité. Les persécutions étaient souvent violentes. En 203, Perpétue, une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, et son esclave Félicité, qui était enceinte, ont été mises à mort pour leur foi à Carthage. Tertullien, voyant comment la fermeté dans la foi des martyrs chrétiens, qui étaient prêts à mourir plutôt que de renier Christ, gagnait de nouvelles âmes à leur foi, écrit : « Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise. »

Cyprien

L’évêque de Carthage le plus influent est Cyprien. Né vers 210, dans une riche famille païenne, il fait des études de droit et devient avocat. Il se convertit au christianisme vers l’âge de 35 ans, puis distribue ses biens aux pauvres, conformément à l’enseignement de l’Eglise pour les croyants riches. En 248, il est élu évêque de Carthage. Il a écrit plusieurs livres de doctrine chrétienne. Il meurt martyr en 258.

Augustin d’Hippone, le plus grand théologien de l’Eglise romano-africaine, a également vécu plusieurs années à Carthage.

Pendant l’épiscopat de Cyprien et de ses successeurs, l’Eglise de Carthage a commencé à exercer une forte influence sur les chrétiens de toute l’Afrique romaine, notamment grâce à l’organisation de conciles régionaux organisés à Carthage avec la participation des évêques d’autres villes de la région.

Carthage et sa région était probablement majoritairement chrétienne dès la fin du 3° Siècle, avant la conversion de l’Empereur romain Constantin, alors que la nouvelle religion était encore persécutée. C’est depuis Carthage que le christianisme s’est diffusé dans toute l’Afrique du Nord.

Le christianisme en Afrique du Nord

Vetus Latina : la première Bible en latin, traduite en Afrique du Nord

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. La première traduction de la Bible en latin, la langue officielle de l’Empire romain, a probablement été réalisée en Afrique du Nord.

Les premiers chrétiens lisaient la Bible en grec. Les Evangiles et les autres livres du Nouveau Testament ont été écrits en grec. Pour l’Ancien Testament, les chrétiens ont emprunté la Septante, la traduction grecque de la Bible hébraïque par la communauté juive alexandrine.

Le grec était parlé surtout dans les régions orientales de l’Empire romain, de la Grèce à la Syrie et à l’Egypte. A Rome et en Italie, si la langue courante était le latin, la plupart comprenaient le grec. Ce n’était pas le cas en Afrique du Nord et en Espagne, dont les habitants parlaient latin, en plus des langues locales. Les chrétiens de ces régions ont donc traduit la Bible en latin.

On sait assez peu de choses sur ces premières traductions latines de la Bible. Il n’y avait pas une seule traduction, mais plusieurs manuscrits traduits séparément dans différentes régions. La première mention d’une Bible latine vient de Tertullien de Carthage, au début du 3° Siècle, ce qui semble indiquer qu’elle a été traduite dans la région de Carthage.

A la fin du 4° Siècle, le théologien chrétien Jérôme de Stridon a traduit la Bible entière en latin. Contrairement aux traductions plus anciennes, Jérôme de Stridon ne s’est pas basé sur la Septante, mais sur le texte original hébreu de l’Ancien Testament. Sa traduction, appelée la Vulgate, s’est rapidement imposée comme la traduction officielle de l’Eglise latine. Les autres traductions ont perdu en importance à partir de là.

L’ensemble des manuscrits de la Bible latine, avant la Vulgate, sont appelés Vetus Latina (ancien latin). Le plus ancien manuscrit qui existe encore aujourd’hui date de 350.

Le christianisme en Afrique du Nord

Les martyrs chrétiens : leur sang est une semence

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Dans tout le monde romain, la croissance rapide du christianisme, avec ses dogmes radicalement nouveaux, suscitait beaucoup d’hostilité. Si l’Afrique du Nord était un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien, les persécutions aussi étaient particulièrement fortes dans la région. Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, un grand nombre de chrétiens nord-africains ont payé leur foi de leur vie.

Martyre de Perpétue et Félicité

Contexte

Pourquoi les autorités romaines persécutaient-elles les premiers chrétiens ?

La société romaine était polythéiste et assez tolérante en matière de religion : en plus de leurs propres dieux, les Romains « empruntaient » les divinités des peuples qu’ils avaient conquis. Le problème du christianisme était son exclusivité : les chrétiens irritaient leurs contemporains païens en proclamant que leur Dieu est le seul vrai Dieu et que tous les autres dieux ne sont que des idoles.

Un autre problème était le culte impérial : alors que l’Empereur était considéré comme divin, un intermédiaire entre les dieux et les hommes, les chrétiens (et les juifs) refusaient d’adorer un simple homme. Dans une société où les cérémonies et sacrifices en l’honneur de l’Empereur constituaient le socle de la vie civile, ne pas y participer était un crime à la fois politique et religieux. De plus, l’idée chrétienne d’égalité de tous les hommes devant Dieu était une menace pour l’ordre social antique.

Lorsque les autorités romaines arrêtaient des chrétiens, ils leur ordonnaient de renier leur foi en offrant un sacrifice à l’Empereur. Ceux qui refusaient pouvaient être exécutés pour rébellion contre l’Empereur. Les chrétiens n’avaient cependant pas peur de la mort : elle était l’accomplissement de leur espérance, leur entrée dans la vie éternelle.

Les premiers martyrs nord-africains

Les premiers martyrs chrétiens d’Afrique du Nord étaient un groupe de 12 croyants, qui ont été mis à mort à Scillium (Kasserine, en Tunisie actuelle) en l’an 180. Une lettre adressée à l’évêque Augustin d’Hippone, au 4° Siècle, mentionne quatre autres croyants qui seraient morts martyrs à Madaure (M’daourouch, en Algérie actuelle), vers la même époque. Cette source est cependant tardive et donc incertaine.

Les martyrs scillitains étaient sept hommes, appelés Spératus, Nartzalus, Cittinus, Veturius, Felix, Aquilinus et Laetantius, et cinq femmes : Januaria, Generosa, Vestia, Donata et Secunda. Leurs noms indiquent des origines à la fois amazighes, puniques et romaines, les trois principaux groupes qui composaient la société nord-africaine.

Le récit de leur martyre, qui peut être lu en ligne sur cette page, est le plus ancien texte chrétien nord-africain. Interrogés par les autorités civiles romaines, ce groupe de chrétiens, dont Spératus est le porte-parole, insistent qu’ils sont de bons citoyens, qui payent leurs impôts et ne font de tort à personne. Leur réponse au proconsul romain qui leur ordonne d’offrir un sacrifice à l’Empereur résume l’état d’esprit de tant d’autres martyrs chrétiens après eux : « Nous honorons César en tant que César, mais nous ne craignons que Dieu. » Face à leur refus, ils sont mis à mort.

Les martyrs de Carthage

Basilique Majorum de Carthage, où Perpétue et Félicité sont enterrées

Deux des martyrs les plus connus de tous sont Perpétue et son esclave Félicité, qui ont été tuées pour leur foi à Carthage, vers 203. Perpétue était une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, tandis que Félicité était enceinte. On ne sait pas comment les deux jeunes femmes sont devenues chrétiennes, mais le récit de leur martyre montre clairement que, depuis qu’elles partageaient la même foi, elles ne se considéraient plus comme maîtresse et esclave, mais comme deux sœurs.

Le récit de leur martyre s’ouvre sur une visite du père de Perpétue, un notable de la ville, à sa fille emprisonnée, pour la supplier de renoncer à sa foi. Malgré les larmes de son père et son inquiétude pour le sort de son enfant, elle refuse de se laisser fléchir : sa foi en Christ est si forte que même la mort ne la séparera pas de lui.

Avant son exécution, elle a une vision dans laquelle elle se voit monter une échelle, au pied de laquelle se trouve un serpent. Le serpent ne lui fait aucun mal, elle arrive en haut de l’échelle et se retrouve dans un magnifique jardin. Elle comprend qu’elle devra mourir pour sa foi, mais qu’après sa mort, elle entrera au paradis.

Finalement, Perpétue et Félicité, avec d’autres croyants, sont dévorées par les animaux sauvages dans l’arène.

Autres martyrs nord-africains

L’évêque Cyprien de Carthage est mort martyr en 258, suivi de huit de ses disciples, Montanus, Lucius, Flavien, Julien, Victoricus, Primolus, Rhénus et Donatien.

Icône de Saint-Marcel et Saint-Cassien, Eglise orthodoxe russe de Rabat

Marcel était un centurion dans l’armée romaine, basé à Tingis (Tanger). En 298, il refuse de participer aux cérémonies organisées pour l’anniversaire de l’Empereur Maximien, à cause de sa foi chrétienne. Jugé par un tribunal militaire, il est condamné à mort et décapité. Cassien, le greffier du tribunal, a été tellement impressionné par son courage qu’il s’est converti lors du procès, a refusé de mettre par écrit cette sentence injuste et a donc été exécuté avec Marcel.

Victor le Maure, un soldat chrétien originaire de Maurétanie, qui servait dans la garde prétorienne, est mort martyr en 304, à Milan, en Italie.

Basilique Sainte-Salsa de Tipaza

Plus tard au cours du 4° Siècle, Fabia Salsa, une jeune fille chrétienne de 14 ans, a été tuée pour sa foi à Tipasa, en Algérie actuelle. D’après la légende, ses parents païens l’ont amenée à une fête en l’honneur d’une divinité locale, représentée par un dragon en bronze. Furieuse à la vue de cette idolâtrie, elle a jeté la tête du dragon à la mer pendant la nuit. Le lendemain, elle a été lapidée et jetée à la mer, mais un marin gaulois qui passait par là a recueilli et enterré son corps. Cette légende est plus tardive, donc certainement moins historique que les récits de martyrs plus anciens, mais il n’y a aucun doute que cette jeune chrétienne a effectivement été tuée pour sa foi à Tipasa. La basilique Sainte-Salsa existe encore à Tipaza aujourd’hui.

Enfin, après la conquête vandale de l’Afrique du Nord, les Vandales, qui étaient de religion arienne, ont également persécuté les chrétiens nord-africains. Plusieurs centaines, dont beaucoup d’évêques, mais aussi des croyants ordinaires, ont été mis à mort pour leur foi. Une martyr de l’époque vandale, Olive, a donné son nom à la mosquée Zitouna de Tunis, construite sur son tombeau.

Le sang des martyrs : une semence

La fermeté dans la foi des martyrs chrétiens, qui étaient prêts à mourir plutôt que de renier Christ, impressionnait tous ceux qui les voyaient et gagnait de nouvelles âmes à leur foi. L’auteur chrétien Tertullien de Carthage l’exprimait ainsi : « Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise. »

L’écrivain algérien Nabil Ziani a écrit un livre, Eternellement heureuses, sur les femmes chrétiennes martyrs d’Afrique du Nord.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les Juifs en Afrique du Nord

La communauté juive et chrétienne d’Alexandrie

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Alexandrie, la capitale de l’Egypte des Ptolémée et le centre culturel du monde grec, avait aussi une communauté juive nombreuse et influente. Les Juifs alexandrins, qui étaient en première ligne des échanges entre le judaïsme et le monde hellénistique, ont traduit la Bible hébraïque en langue grecque. Par la suite, Alexandrie deviendra aussi un important centre chrétien, avec la principale école théologique chrétienne antique.

La communauté juive d’Alexandrie

Origines

D’après l’historien juif Flavius Josèphe, il y avait des Juifs à Alexandrie dès sa fondation.

L’Egypte des Ptolémée, avec la Palestine

Après la mort d’Alexandre le Grand, son Empire est partagé entre ses généraux. La Palestine, appelée à l’époque Yehoud medinata, sera contestée entre l’Empire séleucide (Syrie) et l’Egypte des Ptolémée, qui auront le dessus dans un premier temps. Ptolémée I Sôter déporte des Juifs en Alexandrie, dans toute l’Égypte et jusqu’en Cyrénaïque ; d’autres suivent comme migrants économiques.

Les Ptolémée mènent une politique de tolérance religieuse et communautaire. Un quartier juif est fondé à Alexandrie, afin de permettre aux Juifs de continuer à vivre selon leur loi religieuse sans être dérangés.

Les Juifs d’Alexandrie forment une communauté influente dans la ville. Les principaux commerçants et prêteurs d’argent sont Juifs. La fonction d’alabarque, un fonctionnaire chargé de la gestion des impôts, notamment des douanes du port d’Alexandrie, était traditionnellement occupée par un Juif.

A l’époque romaine, les Juifs alexandrins feront face à l’hostilité croissante du reste de la population de la ville, qui les voient comme des isolationnistes privilégiés.

La Septante : une traduction grecque de la Bible hébraïque

Au 3° Siècle avant notre ère, la communauté juive alexandrine a traduit la Bible hébraïque en grec. D’après la tradition, cette traduction aurait été commandée par Ptolémée II Philadelphe, pour la bibliothèque d’Alexandrie, qu’il a fondée. En réalité, il s’agit probablement plutôt d’une initiative de la communauté juive alexandrine elle-même.

La lettre d’Aristée à Philocrate, qui raconte la légende de la Septante

D’après la légende, cette traduction a été réalisée par un groupe de 72 savants juifs (6 pour représenter chacune des 12 tribus d’Israël), envoyés de Jérusalem pour ce travail. Chacun de ces hommes a travaillé en isolement pendant 72 jours. Pourtant, miraculeusement, leurs 72 traduction étaient identiques. Cette Bible grecque a été appelée Septante, à cause des 72 (ou 70) traducteurs.

La Septante marque une rupture théologique fondamentale dans la théologie juive : avec la traduction de ses écrits sacrés en grec, la langue vernaculaire du monde méditerranéen, le judaïsme est passé d’une religion tribale, centrée sur la révélation divine accordée à un seul peuple, à une religion universelle, dont le message s’adresse à tous les hommes.

La Septante s’est rapidement imposée dans l’ensemble de la diaspora juive, qui ne comprenait souvent plus l’hébreu, pour être lue dans les synagogues. Elle sera également adoptée par l’Eglise chrétienne.

Les auteurs juifs alexandrins

Alexandrie, en tant que lieu d’interaction entre la foi juive et la culture grecque, a également produit plusieurs théologiens et penseurs juifs influents.

Philon d’Alexandrie

Le plus célèbre est Philon d’Alexandrie, né vers -20 et mort vers 40. Issu d’une famille riche et influente (son frère Alexandre était alabarque), il a écrit un grand nombre de commentaires de la Torah. Il développe une méthode d’interprétation allégorique des textes sacrés, qui s’éloigne de leur sens littéral pour trouver un sens spirituel plus profond.

L’œuvre de Philon est une synthèse entre théologie juive et philosophie grecque, notamment celle de Platon. En cela, sa pensée se rapproche de celle d’Averroès (Ibn Ruchd), qui a fait le même travail de synthèse entre islam et philosophie grecque. Philon voit la raison comme un don de Dieu, le Logos divin comme l’instrument de la création et la philosophie comme la contemplation du monde, qui permet de comprendre la création divine par la raison.

La communauté chrétienne d’Alexandrie

Origines

L’église St-Marc d’Alexandrie

Le christianisme est arrivé en Alexandrie dès l’époque des apôtres. D’après la tradition chrétienne, Marc, l’auteur d’un des Évangiles, a annoncé le message chrétien à Cyrène, dont il était originaire, puis à Alexandrie. L’Église copte d’Égypte, qui est aujourd’hui la communauté chrétienne la plus nombreuse du monde musulman, remonte à la prédication de Marc à Alexandrie.

Des racines juives

Les premiers destinataires de la prédication chrétienne étaient certainement les Juifs d’Alexandrie. Comme dans tout le monde romain, une forte proportion des premiers convertis au christianisme étaient d’origine juive.

Certaines sources chrétiennes rapportent que Philon d’Alexandrie serait lui-même devenu chrétien à la fin de sa vie. En réalité, il est probablement mort avant que le message chrétien ne parvienne à Alexandrie. Par contre, il est probable que ses disciples ont rejoint la communauté chrétienne d’Alexandrie. Apollos, un prédicateur chrétien mentionné dans la Bible, qui était originaire d’Alexandrie, était peut-être un disciple de Philon.

L’école théologique d’Alexandrie

Alexandrie, le principal centre intellectuel de l’Empire romain, est devenue le siège d’une école théologique chrétienne, où les jeunes chrétiens apprenaient à interpréter les textes sacrés et à interagir avec la pensée grecque. Les théologiens de cette école ont repris l’interprétation allégorique des textes sacrés de Philon d’Alexandrie.

Fondée par Marc, l’école théologique d’Alexandrie est réellement devenue influente sous la direction de Pantène, un philosophe stoïcien qui s’est converti au christianisme à Alexandrie. Vers la fin de sa vie, Pantène est parti en Inde comme missionnaire. Son successeur, Clément d’Alexandrie, a écrit une série de trois ouvrages dans lesquels il réinterprète toute la mythologie et la philosophie grecques dans une perspective chrétienne.

Origène d’Alexandrie

La figure la plus connue de l’école d’Alexandrie est certainement Origène, le père de l’exégèse biblique, qui a écrit un commentaire de tous les livres bibliques. Origène est allé encore plus loin que Philon dans l’interprétation allégorique des textes sacrés, en distinguant trois sens derrière le texte, qui correspondent au corps, à l’âme et à l’esprit : un sens littéral, parfois historiquement vrai, parfois fictif ; un sens moral, utile pour notre vie quotidienne ; et un sens spirituel, qui nous enseigne des vérités sur Dieu.

Le christianisme en Afrique du Nord

L’Église de Cyrène : les premiers chrétiens d’Afrique du Nord

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. La première ville d’Afrique du Nord où le message chrétien a été annoncé était Cyrène.

L’évangéliste Marc

D’après la tradition chrétienne, c’est Marc, l’auteur d’un des Évangiles, qui a annoncé le message chrétien à Cyrène, dont il était originaire, avant de poursuivre à Alexandrie. A cette époque, Cyrène avait une forte communauté juive, dont Marc était lui-même issu et qui ont certainement été les premiers destinataires de sa prédication. Comme dans tout le monde romain, une forte proportion des premiers convertis au christianisme étaient d’origine juive.

Simon de Cyrène porte la croix de Christ

Les textes sacrés chrétiens mentionnent plusieurs autres croyants originaires de Cyrène. Simon de Cyrène, un Juif originaire de Cyrène, qui se trouvait à Jérusalem au moment de la crucifixion de Christ, a été chargé de l’aider à porter sa croix jusqu’au lieu de son exécution. La manière dont il est mentionné, avec ses deux fils Alexandre et Rufus, montre qu’ils étaient connus de la première communauté chrétienne.

A l’origine, les prédicateurs chrétiens ne s’adressaient qu’aux communautés juives des diverses villes. Les premiers à avoir annoncé l’Evangile aussi aux Grecs, à Antioche en Syrie, étaient des croyants originaires de Chypre et de Cyrène. Ces croyants juifs de Cyrène venaient d’une ville grecque et avaient côtoyé des Grecs toute leur vie, si bien qu’ils n’avaient pas de réticence à aller vers eux.

Un des responsables de l’église d’Antioche, Lucius, était originaire de Cyrène. On ne sait pas s’il était Juif ou Grec. D’après la tradition chrétienne, Lucius est ensuite devenu le premier évêque de Cyrène.

Un autre responsable de l’église d’Antioche est Siméon, surnommé Niger, c’est-à-dire « Noir », probablement parce qu’il avait la peau noire. Certaines traditions l’ont identifié à Simon de Cyrène. En réalité, les habitants de Cyrène n’étaient pas Noirs à cette époque. Siméon n’était donc probablement pas originaire de Cyrène, mais d’Afrique subsaharienne, peut-être d’Ethiopie.

Après le 1er Siècle, le prochain évêque de Cyrène dont on connaît le nom est Théodore, mort martyr en 303, pendant la persécution de l’Empereur Dioclétien.

Ruines de l’église d’Apollonie (Source)

Depuis Cyrène, le message chrétien s’est répandu dans toute la région. Les évêques Basilide de Ptolémaïs (Tolmeita), Ammon de Bérénice (Benghazi) et Euphranor d’Apollonie (Marsa Sousa) sont mentionnés vers 260, dans des lettres de l’évêque d’Alexandrie. Sabellius, un théologien chrétien qui enseignait à Rome vers la même époque, est né en Cyrénaïque. Arius, le fondateur de l’hérésie arienne, était originaire de Ptolémaïs. Les évêques Zopyrus de Barca (El-Marj), Sérapion d’Antipyrgos (Tobrouk) et Titus de Paraetonium (Marsa Matrouh) ont participé au Concile de Nicée, en 325. Synésios de Cyrène a été évêque de Ptolémaïs au début du 5° Siècle.

Eglise byzantine d’El Athroun

Le christianisme a également prospéré en Cyrénaïque à l’époque byzantine. L’ancienne ville d’Olbia (Qasr Libya), entre Barca (El-Marj) et Balagrae (El-Bayda), contient encore deux églises byzantines, avec une cinquantaine de mosaïques considérées comme parmi les plus belles du monde. Une autre belle église byzantine, très bien préservée, est celle d’Erythron (El Athroun), vers Derna.

Mosaïques byzantines d’Olbia (Source)

Un héritage oublié : les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique (– Libye)

Une série de conférences sur le christianisme libyen à l’époque pré-islamique ont été données en 2008 à l’Université de l’Appel Islamique de Tripoli, par le théologien chrétien américain Thomas Oden. L’orateur a ensuite écrit le livre Early Libyan Christianity: Uncovering a North African Tradition (Le christianisme libyen antique : une tradition nord-africaine dévoilée), en se basant sur ces conférences.

Pour en savoir plus

L'Afrique du Nord romaine, Le christianisme en Afrique du Nord, Les Grecs en Afrique du Nord

La liste des vainqueurs des Jeux Olympiques rapportée par un historien nord-africain

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Les Jeux Olympiques étaient la principale compétition sportive du monde antique, organisée tous les quatre ans à Olympie en Grèce. La seule liste complète des vainqueurs des Jeux Olympiques qui soit parvenue jusqu’à notre époque a été rapportée par un auteur nord-africain du 3° Siècle.

Les Jeux Olympiques et les Olympiades

Les premiers Jeux Olympiques ont été organisés en -776. Pendant les treize premières éditions, il n’y avait qu’une seule épreuve : le stadion, une course à pied tout autour d’un stade, sur une longueur de 600 pieds (environ 150 mètres). Par la suite, d’autres épreuves se sont ajoutées.

Après la mort d’Alexandre le Grand, les Grecs ont commencé à se servir des Olympiades, l’intervalle de temps entre deux Jeux Olympiques, comme unité du calendrier : la Première Olympiade correspond à la période de -776 à -772, la Deuxième Olympiade, de -772 à -768, etc. Ce calendrier a permis de dater les événements historiques avec beaucoup plus de précision qu’auparavant.

La listes des vainqueurs, transmise par Jules l’Africain

Sextus Julius Africanus, plus connu sous le nom de Jules l’Africain, est né vers 160, en Palestine, dans une famille originaire d’Afrique romaine. A cette époque, les Romains, après avoir chassé les Juifs de Palestine, y installent de nouvelles populations originaires de tout l’Empire. La famille de Jules l’Africain fait partie de cette migration.

Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée romaine. Devenu officier, il fait ensuite carrière en diplomatie. Il sert dans l’administration de Septime Sévère et de ses successeurs, des Empereurs qui, étant eux-mêmes d’origine africaine, veulent promouvoir une nouvelle élite romano-africaine.

A un moment donné de sa vie, il s’est converti au christianisme, une religion encore très minoritaire à cette époque. Après sa conversion, il est allé à Alexandrie, pour étudier à l’école théologique chrétienne de la ville.

Son œuvre est essentiellement historique. Il a écrit une chronique de l’histoire du monde, depuis sa création. Il s’agit de la première chronique universelle, qui raconte l’histoire de tous les hommes, alors que les chroniqueurs plus anciens se concentrent sur un peuple particulier. Jules l’Africain est aussi le premier à avoir écrit l’histoire dans une perspective chrétienne. En cela, il a beaucoup influencé les historiens chrétiens après lui.

La chronique de Jules l’Africain contient une liste des vainqueurs des Jeux Olympiques, sur une période de presque 1000 ans, de la Première (-776) à la 249° Olympiade (217). Les vainqueurs des éditions suivantes, jusqu’à l’abolition des Jeux en 394, sont connus par d’autres sources. Il s’agit de la seule liste complète dont nous disposons aujourd’hui !

C’est donc grâce à un historien Nord-Africain que nous connaissons le nom de tous les vainqueurs des Jeux Olympiques. Le fait qu’une information aussi précieuse sur le monde antique nous a été transmise par un Nord-Africain devrait être une grande fierté pour l’Afrique du Nord !

Le christianisme en Afrique du Nord

Une foi nouvelle : le christianisme en Afrique du Nord

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Alors que l’Empire romain était à son apogée, une nouvelle religion apparue en Palestine a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire. Ses livres saints parlaient d’un Dieu unique et d’un sacrifice pour racheter l’humanité. Ses prédicateurs enseignaient l’amour, le pardon et l’égalité de tous les hommes devant Dieu. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien.

En Afrique du Nord, la foi chrétienne s’est d’abord propagée en Cyrénaïque et en Égypte, dès l’époque des Apôtres. D’après la tradition chrétienne, c’est Marc, l’auteur d’un des Évangiles, qui a annoncé le message chrétien à Cyrène, dont il était originaire, puis à Alexandrie. Les deux villes avaient une forte communauté juive, riche et influente, qui ont certainement été les premiers destinataires de sa prédication. L’Église copte d’Égypte, qui est aujourd’hui la communauté chrétienne la plus nombreuse du monde musulman, remonte à la prédication de Marc à Alexandrie.

Basilique Majorum, Carthage

La communauté chrétienne de Carthage a été fondée au cours du 2° Siècle, probablement depuis Rome. La ville est rapidement devenue un centre chrétien influent. Depuis Carthage, la foi chrétienne s’est diffusée dans toute l’Afrique du Nord.

D’importantes communautés juives vivaient déjà en Afrique du Nord. Comme dans tout le monde romain, une forte proportion des premiers convertis au christianisme étaient d’origine juive. Ces croyants comprenaient l’Évangile comme l’accomplissement de l’espérance de leurs ancêtres.

Augustin d’Hippone

Plusieurs théologiens et auteurs chrétiens les plus influents des premiers siècles étaient Nord-Africains. On peut citer notamment Tertullien, le premier auteur chrétien de langue latine, Cyprien, évêque de Carthage de 248 à 258, et Augustin, évêque d’Hippone (Annaba) et le plus grand théologien de l’Église romaine. En incluant l’Égypte, on peut ajouter Origène, le père de l’exégèse biblique.

La croissance rapide du christianisme, avec ses dogmes radicalement nouveaux, suscitait aussi l’hostilité. Les persécutions, courantes partout, étaient particulièrement fortes en Afrique du Nord. La fermeté dans la foi des chrétiens qui étaient prêts à payer leur foi de leur vie impressionnait leurs contemporains et gagnait de nouvelles âmes. Tertullien de Carthage l’exprimait ainsi : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. »

Martyre de Perpétue et Félicité

Les premiers martyrs chrétiens en Afrique du Nord étaient un groupe de 12 croyants, sept hommes et cinq femmes, qui ont été mis à mort à Scillium (Kasserine) en l’an 180. Leurs noms indiquent des origines à la fois amazighes, puniques et romaines, les trois principaux groupes qui composaient la société nord-africaine. 4 autres croyants seraient morts martyrs à Madaure (M’daourouch), en Numidie, vers la même époque, mais les sources qui en parlent ne sont pas certaines. Les martyrs nord-africains les plus connus sont certainement ceux de Carthage, exécutés en 203, notamment Perpétue, une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, et son esclave Félicité, qui était enceinte. Marcel, un centurion romain basé à Tingis (Tanger), est mort martyr dans cette ville en 298.

Vers la fin du 3° Siècle, donc avant la conversion de l’Empereur Constantin, alors que les chrétiens étaient encore régulièrement persécutés, le nouveau culte était déjà solidement établi dans tous les centres urbains d’Afrique romaine. Dans certaines villes, comme Carthage ou Cirta (Constantine), le christianisme était probablement majoritaire. D’une manière générale, plus une ville était éloignée de Carthage, moins la présence chrétienne y était forte. En Maurétanie tingitane, tout à l’Ouest, la foi chrétienne était assez bien établie à Volubilis, Tingis (Tanger) et Lixus (Larache), mais moins dans le reste de la province.

Il y avait également une présence chrétienne dans les tribus amazighes qui vivaient au-delà des frontières romaines, certainement sous l’influence de prédicateurs Romano-Amazighs qui sont retournés apporter le message à leur famille dans leur région d’origine.