L'Afrique du Nord romaine

La conquête romaine de l’Afrique du Nord

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La conquête romaine de l’Afrique du Nord a eu lieu très progressivement, sur une période de près de deux siècles, allant de -146 à 40. Dans cet article, nous reviendrons sur les étapes de cette conquête.

Afrique (autour de Carthage)

La première possession romaine sur le continent africain était la province d’Africa. Il s’agit de ce qui restait encore du territoire de l’ancien Empire carthaginois, au moment de la destruction de Carthage, en 146 avant notre ère. Sa première capitale était Utique, jusqu’à la reconstruction de Carthage, en -44.

Tripolitaine

Pendant la guerre de Jugurtha contre Rome, la ville de Leptis Magna s’est rangée du côté des Romains. Après la fin de la guerre, en -105, Rome a pris le contrôle de la Tripolitaine, qui a été rattachée à la province d’Afrique. En récompense pour son soutien, Leptis Magna a reçu le statut de ville libre.

Cyrénaïque

Ptolémée Apion, le dernier roi de Cyrénaïque, meurt sans héritier en -96. Son royaume est légué à Rome. Le premier gouverneur romain n’arrivera cependant qu’en -74.

Africa Nova

Afrique proconsulaire, composée de l’Africa Vetus, de la Tripolitaine et de l’Africa Nova

Après la guerre civile romaine, en -46, Jules César annexe la partie orientale de la Numidie, autour de Zama, qui devient la province romaine d’Africa Nova (Nouvelle Afrique), par opposition à l’Africa Vetus (Ancienne Afrique).

Entre -30 et -25, la région sera brièvement réintégrée au Royaume de Numidie, sous Juba II. Il s’agit du seul territoire d’Afrique du Nord à avoir repris son indépendance après avoir été sous souveraineté romaine. Le Royaume de Numidie est aboli en -25 : l’ancienne Africa Nova redevient romaine, tandis que la Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie. La province d’Africa Nova est abolie : les deux Africa sont intégrées à la nouvelle province d’Afrique proconsulaire.

Egypte

La dernière reine d’Egypte, Cléopâtre (51-30), a soutenu Jules César dans sa guerre contre Pompée. Après la mort de César, elle s’est alliée à Marc-Antoine contre son rival Octave (le futur Empereur Auguste). Octave envahit l’Egypte en -31. Marc-Antoine et Cléopâtre, vaincus, se suicident en -30. Octave s’empare l’Egypte comme une possession personnelle. En -27, après sa proclamation de l’Empire romain, l’Egypte devient une province romaine.

Numidie occidentale et Maurétanie

L’Afrique du Nord romaine au Ier Siècle

Juba II et son fils Ptolémée, les derniers rois de Maurétanie, règnent sur un large territoire, qui s’étend de l’ancienne Numidie occidentale (autour de Cirta) à la Maurétanie historique (autour de Volubilis et Tingis). Après la mort de Ptolémée, en 40 de notre ère, le dernier royaume indépendant d’Afrique du Nord est à son tour annexé par Rome. La Numidie occidentale est intégrée à la province d’Afrique, tandis que la Maurétanie est séparée en deux provinces : la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane.

Quelles étaient les frontières de la Maurétanie romaine ?
Officiellement, l’Empire romain a annexé tout l’ancien Royaume de Maurétanie. En réalité, cependant, le contrôle romain effectif se limitait au Nord du Maroc actuel. Il est même probable que la majorité des Maures n’ont jamais été sous domination romaine.
La frontière passait probablement quelque part entre Rabat et Casablanca. Sala (Salé) est la dernière ville sous administration romaine incontestable. Les Romains ont également construit un port à Anfa (Casablanca), mais on ne sait pas jusqu’où ils contrôlaient vraiment la ville et sa région.

Conquêtes provisoires

En 202, l’Empereur romain Septime Sévère s’empare du territoire des Garamantes. La domination romaine sur la région demeurera cependant faible et ne durera pas longtemps.

L'Afrique du Nord romaine

Strabon : un géographe romain décrit l’Afrique du Nord

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Strabon était un philosophe, historien et géographe influent de l’Antiquité romaine, qui a écrit la première géographie universelle. Dans cet article, nous découvrirons sa description de l’Afrique du Nord.

Strabon

Strabon est né vers 64 avant notre ère, à Amasée (Amasya, au Nord-Est de la Turquie actuelle), dans une famille issue de la noblesse du Royaume du Pont, mais romanisée. Dans sa jeunesse, comme beaucoup de jeunes de familles aisées à cette époque, il a commencé à voyager. En plus de l’Asie mineure, dont il était originaire, il a parcouru l’Italie, la Grèce, les régions orientales de l’Empire romain et l’Egypte, où il est remonté le Nil jusqu’en Ethiopie.

Il est connu surtout comme l’auteur de la Géographie, une vaste « géographie universelle » en 17 livres, inspirée de ses voyages, qui offre un aperçu de toutes les régions du monde connu à cette époque, avec les coutumes de leurs peuples. Pour cet ouvrage, il s’inspire de l’œuvre d’auteurs grecs comme Posidonius, Polybe et Eratosthène, dont il n’hésite cependant pas à critiquer les conclusions et à les compléter par ses propres observations. L’objet de son ouvrage est surtout de célébrer l’avènement de l’Empire romain et son influence « civilisatrice » sur la quasi-totalité du monde tel qu’il le connaît. Il est considéré comme le plus grand géographe antique.

Le monde selon Strabon

Après deux premiers livres introductifs, qui exposent la théorie de la science géographique, les prochains livres décrivent chacun une région du monde. Les livres 3-10 sont consacrés au continent européen, les livres 11-16 à l’Asie et le livre 17 à l’Afrique. Ce dernier livre contient trois chapitres : sur l’Egypte, l’Ethiopie et la « Libye », c’est-à-dire tout le Nord du continent, au-delà de l’Egypte. C’est à ce dernier chapitre que nous nous intéresserons ici.

Pour Strabon, le continent africain a la forme d’un triangle, dont seule la base, la côte méditerranéenne, avec l’Ethiopie, est habitée, l’intérieur étant trop chaud pour que les hommes puissent y vivre. Même la partie habitable du continent est largement désertique, notamment autour des Syrtes et en Marmarique.

Strabon commence par la Maurétanie, surtout les environs des Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), avec la ville de Lixus (Larache), puis Tingis (Tanger), les « Tombeaux des sept frères » (Septem Fratres) – les sept collines autour de la péninsule de Ceuta (Sebta) – et enfin le Mont Abyla (Djebel Musa). Il décrit la Maurétanie comme une région très fertile, avec des vignes géantes, peuplée aussi de beaucoup d’animaux sauvages, notamment de singes.

Entre les Colonnes d’Hercule et Carthage, Strabon ne mentionne qu’un seul endroit digne d’intérêt : Iol, récemment renommée Césarée (Cherchell). En revanche, il décrit les îles de la Mer méditerranéenne, comme la Corse, la Sardaigne, la Sicile, Malte et Lampedusa. Il s’attarde aussi longuement sur Carthage et sa région.

Après Carthage, il donne une description détaillée des contours de la Petite et le la Grande Syrte, avec une liste des villes qui s’y trouvent. Enfin, il conclut le chapitre sur la Cyrénaïque et la Marmarique.

Strabon a continué à retravailler son ouvrage jusqu’à sa mort, à l’âge de 90 ans environ. La mention de la mort récente du roi Juba II de Numidie, en 23 de notre ère (« Juba du reste vient de mourir à son tour laissant pour successeur et héritier son fils Ptolémée »), indique qu’il est lui-même mort peu après Juba II.

Le chapitre de Strabon sur la Libye peut être lu en ligne ici.

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine

Les guerres puniques dans la littérature romaine : Punica, de Silius Italicus

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Les guerres entre Rome et Carthage fascinaient tellement les Romains que, dans les siècles qui ont suivi, plusieurs auteurs romains s’en sont inspirés dans leurs œuvres. La plus célèbre de ces œuvres est l’épopée Punica, du poète Silius Italicus.

Les ouvrages historiques

La principale source historique sur les guerres puniques sont les Histoires, de Polybe. L’auteur, un Grec né vers 200 avant notre ère et envoyé comme otage à Rome en 167, s’intéresse à la période au cours de laquelle Rome est devenue une grande puissance. Contrairement aux historiens romains, Polybe écrit dans une perspective largement neutre entre Carthage et Rome.

Une autre source est l’historien romain Tite-Live, qui écrit sur l’histoire de Rome, depuis sa fondation.

Les premières épopées latines

Les premiers poètes romains se sont inspirés de la poésie épique grecque. Avant Virgile, leurs œuvres ne sont cependant que de pâles imitations d’Homère.

La plus ancienne épopée latine est Bellum Punicum, de Naevius (270-201). L’auteur, qui a servi comme soldat dans la première guerre punique et a vécu la deuxième dans sa vieillesse, est un témoin direct des événements. Son œuvre combine l’histoire romaine avec un arrière-plan mythique. Cette épopée est perdue.

Un autre poète, Ennius (239-169), a écrit les Annales, une épopée en 18 livres, qui couvre l’histoire romaine, de la chute de Troie à l’époque de l’auteur. Les livres 7-9 traitent des guerres puniques. Cette épopée est également perdue, seuls des fragments ont été conservés.

Le maître de l’épopée latine est évidemment Virgile. Nous avons écrit un article détaillé sur les références aux guerres puniques dans son Enéide.

Les Punica, de Silius Italicus

Silius Italicus

Une autre épopée plus tardive traite spécifiquement des guerres puniques : les Punica, écrites par le sénateur romain Silius Italicus (26-101). Il s’agit du plus long poème en latin encore disponible à notre époque, avec plus de 12 000 vers. Longtemps perdue, elle a été redécouverte en 1417.

Cette épopée en 17 livres, a pour thème la deuxième guerre punique et se concentre surtout sur l’affrontement entre Hannibal et Scipion. L’intrigue suit largement le récit historique de Tite-Live, mais en développant et embellissant des thèmes que Tite-Live ne mentionne que brièvement. Sur le plan poétique, il s’inspire surtout de Virgile.

Manuscrit des Punica

Le poème s’ouvre sur la trahison de Didon, son suicide et sa malédiction de toute la descendance d’Enée, des thèmes qui nous sont familiers par l’Enéide. Hannibal est présenté comme l’instrument de sa vengeance. Dans le livre 3, Hannibal traverse les Alpes, puis, dans les livres suivants, il combat les Romains en Italie. Dans les livres 15-17, Scipion débarque en Espagne, conquiert Carthago Nova, fait alliance avec Massinissa, puis inflige une défaite finale aux troupes carthaginoises à la bataille de Zama. Toute cette guerre est présentée comme voulue par les dieux pour éprouver la vertu des Romains.

Cette épopée est à la fois historique et mythique. Scipion est présenté comme le fils de Jupiter, qui, comme Ulysse dans l’Odyssée et Enée dans l’Enéïde, descend aux enfers pour recevoir une prophétie sur son avenir. Plusieurs personnages ne sont probablement pas historiques, mais plutôt des parallèles à des personnages de l’Enéïde. Ainsi, la princesse libyenne Asbyte, une alliée de Hannibal, est probablement inspirée de Camille, une femme guerrière de l’Enéïde, ainsi que du mythe des Amazones libyennes.

Les Carthaginois, bien qu’ennemis de Rome, sont tout de même décrits avec beaucoup de noblesse. La vengeance de Hannibal pour la trahison dont son ancêtre Didon a été victime est présentée comme légitime. Hannibal, comme Achille dans l’Iliade et Enée dans l’Enéide, reçoit un bouclier sur lequel sont dépeintes des scènes de l’histoire carthaginoise. Contrairement au bouclier d’Achille et d’Enée, son bouclier n’est cependant pas un cadeau des dieux, mais d’un allié humain.

Les Punica peuvent être lues en ligne en français sur cette page.

L'Afrique du Nord romaine

La nouvelle Carthage : une ville romaine reconstruite

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Après la destruction de Carthage, le Sénat romain a décrété que la ville devrait demeurer détruite pour toute l’éternité, avec interdiction formelle de la reconstruire. Malgré cette interdiction, le prestige de Carthage est tel qu’une nouvelle ville romaine sera construite un siècle plus tard. La nouvelle Carthage deviendra la capitale de l’Afrique romaine et une des plus grandes villes de l’Empire.

L’amphithéâtre de Carthage

Contexte

Après la chute de Carthage, la ville voisine d’Utique est devenue la capitale de la province romaine d’Afrique. Son emplacement stratégique sur le fleuve Medjerda était un grand avantage. L’érosion du fleuve, due à la culture du blé dans les montagnes, a cependant provoqué l’ensablement du port d’Utique, contraignant les Romains à chercher un autre port.

En 123 avant notre ère, l’homme politique et réformateur social romain Caïus Sempronius Gracchus a tenté d’établir une colonie romaine, nommée Colonia Junonia, sur le site de l’ancienne Carthage. Le projet sera abandonné après une trentaine d’années, en raison de l’impopularité de ce site.

La nouvelle ville de Carthage a été construite par Jules César, de 49 à 44. On ne sait pas si la construction était terminée avant la mort de César, mais en tout cas, c’est lui qui l’a ordonnée. Un siècle plus tard, Carthage était la plus grande ville d’Afrique romaine et une des plus grandes villes de tout l’Empire, avec 500 000 habitants.

Carthage romaine

Carthage est devenue la capitale de la province romaine d’Afrique, qui correspond à la partie Nord de la Tunisie actuelle. La ville était le centre politique, économique et culturel de toute l’Afrique romaine.

Carthage est également devenue un important centre chrétien, d’où le christianisme s’est répandu dans toute l’Afrique du Nord. Les martyrs chrétiens de Carthage, dont Perpétue, une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, et son esclave Félicité, qui était enceinte, ont été mis à mort pour leur foi à Carthage en 203. Tertullien, le premier écrivain chrétien de langue latine, a vécu à Carthage.

Au cours du 2° Siècle, la ville a été ravagée par un grand incendie. Les secteurs affectés ont été reconstruits dans le cadre d’un vaste plan de réaménagement urbain.

Carthage est demeurée sous souveraineté romaine, jusqu’à sa conquête par les Vandales, en 435.

L'Afrique du Nord romaine

La déesse Afrique : une incarnation du continent

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Les Romains associaient fréquemment les nouvelles régions qu’ils conquéraient à des divinités. Au cours des premiers siècles de notre ère, le culte d’une nouvelle déesse Afrique, personnification du continent africain, s’est développé en Afrique du Nord romaine.

La reine Didon de Carthage et la déesse Afrique (à droite), fresque romaine de Pompéï

La déesse Afrique est représentée comme une femme, vraisemblablement amazighe, qui porte une coiffe en forme d’éléphant. Elle est une déesse de la fertilité et de l’abondance, dans une régions aux terres très fertiles. En plus de sa coiffe d’éléphant, elle porte généralement une corne d’abondance et est souvent accompagnée d’un lion.

La coiffe d’éléphant remonte à avant l’ère romaine. Elle apparaît pour la première fois sur des pièces de monnaie commémorant l’invasion de l’Inde par Alexandre le Grand, puis dans des pièces égyptiennes. L’image a ensuite été adoptée par Agathocle de Syracuse, après sa campagne africaine, en référence aux éléphants de guerre carthaginois. Enfin, elle apparaît sur les pièces frappées par l’usurpateur Hierbas de Numidie. Les Romains ont repris ce symbole après leur victoire contre Hierbas.

Les Romains avaient déjà leurs propres dieux de la fertilité, si bien que le culte de la déesse Afrique n’a jamais été très populaire, en dehors de l’Afrique romaine elle-même.

L'Afrique du Nord romaine

Colonia Junonia : une colonie romaine sur le site de Carthage

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Quelques dizaines d’années après la chute de Carthage, un homme politique et réformateur social romain nommé Caïus Sempronius Gracchus tente d’établir une colonie romaine sur le site de l’ancienne Carthage. L’aventure ne durera que 30 ans, en raison de l’impopularité de ce site auprès des Romains.

Caïus Sempronius Gracchus

Caïus Sempronius Gracchus est né vers 153 avant notre ère, dans une famille romaine influente : son père a été consul et sa mère, Cornelia, était la fille de Scipion l’Africain, le général romain qui a vaincu Carthage lors de la Deuxième guerre punique. Il était membre de la plèbe, la classe sociale des citoyens romains libres qui n’étaient pas patriciens (aristocrates).

Après avoir servi dans l’armée, il commence une carrière politique, alors que son frère Tiberius servait comme tribun de la plèbe, en 133. Ensemble, les deux frères cherchent à faire adopter un certain nombre de mesures qui favorisent les Romains les plus pauvres. Ils veulent notamment adopter une réforme agraire, afin de redistribuer les terres appartenant à l’Etat et aux propriétaires fonciers les plus riches. Cette réforme suscite l’hostilité du Sénat, composé de patriciens aisés qui ne veulent pas perdre leurs privilèges. Tiberius Gracchus passe en force pour faire adopter son projet, outrepassant ses prérogatives de tribun et usurpant celles du Sénat, ce qui, malgré la popularité de sa réforme, suscite la crainte d’une dérive autoritaire. Après avoir cherché à se représenter pour un deuxième mandat, il sera finalement tué avec ses partisans. Pour les historiens romains, sa mort marque le début du déclin de la République romaine.

Caïus Gracchus sera élu tribun de la plèbe à son tour, en 123. A cette époque, la fonction de tribun de la plèbe constitue le principal contre-pouvoir au Sénat, dans une République romaine très aristocratique. Caïus Gracchus défend une nouvelle réforme agraire, encore plus audacieuse que celle de son frère. Conscient que les terres disponibles en Italie sont insuffisantes pour tous les habitants de la péninsule, il est aussi le premier à proposer l’établissement de colonies romaines en dehors de l’Italie.

Vers la fin de son mandat d’un an, Caïus Gracchus quitte Rome pour superviser l’établissement d’une colonie en Afrique, sur le site de l’ancienne ville de Carthage : Colonia Junonia. Il s’agit de la première colonie romaine d’outremer. Caïus Gracchus ne se représente pas pour un deuxième mandat, mais il est tellement populaire qu’il est réélu en son absence, sans avoir été candidat.

Malgré sa popularité personnelle, son projet de colonie peine à séduire les Romains, qui sont toujours très hostiles à Carthage. Beaucoup pensent même que le site de la ville est maudit ; certaines sources superstitieuses font état de mauvais présages pendant la construction de la colonie.

Pendant son deuxième mandat, Caïus Gracchus propose une loi élargissant l’accès à la citoyenneté romaine. Cette loi nuit à sa popularité, si bien qu’il n’est pas réélu lorsqu’il se représente pour un troisième mandat. Il continue de proposer l’établissement de nouvelles colonies ailleurs dans le bassin méditerranéen.

Après la fin de son mandat, ses adversaires s’attaquent à son programme. Ils veulent notamment faire cesser la construction de la colonie à Carthage. Après un incident lors d’une cérémonie religieuse, où un membre du public avait hué Caïus Gracchus avant d’être poignardé par ses partisans, le Sénat autorise le consul Lucius Opimius à recourir à la force contre Caïus Gracchus et ses alliés. Caïus Gracchus est tué, comme son frère avant lui.

Après la mort de Caïus Gracchus, son projet de colonie tombe dans l’oubli. Les 3000 Romains déjà installés sur place y restent, mais personne d’autre ne les rejoint. Colonia Julia disparaîtra définitivement après environ 30 ans. Deux générations plus tard, Carthage sera finalement reconstruite par Jules César.

L'Afrique du Nord romaine, Les Grecs en Afrique du Nord

La Cyrénaïque romaine

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Après la mort de Ptolémée Apion, le dernier roi de Cyrénaïque, la région passe sous contrôle romain. Elle fera partie de l’Empire romain, dès sa fondation.

Buste de l’Empereur Antonin, Cyrène romaine

Contexte

A l’époque hellénistique, de la mort d’Alexandre le Grand à l’avènement de l’Empire romain, la Cyrénaïque fait partie de la sphère d’influence de l’Egypte des Ptolémée. En 105, Ptolémée VIII Physcon établit son fils Ptolémée Apion comme roi de Cyrénaïque. Lorsque Ptolémée Apion meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à la République romaine.

Débuts

Dans un premier temps, ce nouveau territoire est largement ignoré par les Romains.

A Cyrène, un tyran du nom de Nicocrate prend le pouvoir et brutalise la population. Son épouse Arétaphile, qu’il avait forcée à l’épouser après avoir tué son premier mari, complote pour le faire assassiner. Malheureusement, son frère Léandre, qui lui succède, s’avèrera aussi tyrannique que lui. Alors, Arétaphile fait appel à un prince libyen pour le renverser. L’historien grec Plutarque mentionne Arétaphile dans son ouvrage De la vertu des femmes, comme un modèle de femme vertueuse, qui aspire à libérer son peuple de la tyrannie. Elle semble avoir été l’objet d’un culte pour les femmes de cette époque.

Le général romain Lucullus visite Cyrène en 87, réprime la tyrannie et établit une nouvelle Constitution. Le premier gouverneur romain est envoyé à Cyrène en 74. Après l’annexion romaine de la Crète, en 67, la Cyrénaïque sera intégrée à la province romaine de Crète et Cyrénaïque. La capitale de la province est Gortyne, en Crète, mais la Cyrénaïque jouit d’une large autonomie, avec Cyrène comme principale ville.

Province romaine

Statue d’Apollon, Cyrène romaine

Au début de l’époque romaine, la ville de Cyrène a connu une nouvelle ère de prospérité, avec beaucoup de nouvelles constructions au cours du 1er Siècle. Les autres villes de Cyrénaïque en ont profité aussi.

Vers le milieu du 1er Siècle, l’administration romaine a lancé une vaste campagne de recouvrement de terres publiques autour de Cyrène qui avaient été accaparées illégalement par des personnes privées.

Cyrène, qui avait une large population juive depuis l’époque hellénistique, est également devenue un important centre chrétien. D’après la tradition chrétienne, Marc, l’auteur d’un des Evangiles, était originaire de Cyrène et a prêché le message chrétien dans la ville.

En 115-117, une importante révolte juive a lieu en Cyrénaïque, causant plus de 200 000 morts dans toute la région. Cyrène a été saccagée par les insurgés et presque tous les bâtiments ont été détruits. La reconstruction de la ville a pris plusieurs décennies.

En 131, Cyrène est devenue membre du Panhellenion, une alliance de villes grecques créée par l’Empereur romain Hadrien, un grand admirateur de la Grèce antique. D’autres villes grecque de Cyrénaïque ont voulu devenir membres du Panhellenion, mais Cyrène a bloqué leur entrée.

Maison de Jason Magnus

Vers la fin du 2° Siècle, la ville était de nouveau prospère. Plusieurs palais ont été construits à cette époque, notamment la Maison de Jason Magnus, le plus beau vestige architectural de la Cyrène romaine.

Cyrène a recommencé à décliner au 3° Siècle. En 262, la ville a été ravagée par un tremblement de terre. Peu après, elle a été pillée par des nomades libyens. La ville a été reconstruite, mais n’a plus jamais retrouvé sa grandeur passée. Dorénavant, la ville la plus influente de Cyrénaïque était Ptolémaïs (Tolmeita).

Ruines de Ptolémaïs

Un nouveau tremblement de terre, en 365, a presque entièrement détruit les cinq villes historiques de la Pentapole. Ptolémaïs, relativement épargnée par le tremblement de terre, est devenue capitale de province.

La dernière figure influente de la Cyrénaïque romaine est le philosophe néoplatonicien Synésios de Cyrène. Né à Balagrae (El-Bayda) en 373, il a grandi à Cyrène et étudié la philosophie à Alexandrie, puis été envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour de l’Empereur. Vers la fin de sa vie, il est même devenu évêque de Ptolémaïs.

Ptolémaïs a été détruite par les Libyens en 411.

La Cyrénaïque a été conquise par les Arabes en 643. La ville de Cyrène, déjà largement dépeuplée, a été abandonnée peu après.

L'Afrique du Nord romaine, Le christianisme en Afrique du Nord, Les Grecs en Afrique du Nord

La liste des vainqueurs des Jeux Olympiques rapportée par un historien nord-africain

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Les Jeux Olympiques étaient la principale compétition sportive du monde antique, organisée tous les quatre ans à Olympie en Grèce. La seule liste complète des vainqueurs des Jeux Olympiques qui soit parvenue jusqu’à notre époque a été rapportée par un auteur nord-africain du 3° Siècle.

Les Jeux Olympiques et les Olympiades

Les premiers Jeux Olympiques ont été organisés en -776. Pendant les treize premières éditions, il n’y avait qu’une seule épreuve : le stadion, une course à pied tout autour d’un stade, sur une longueur de 600 pieds (environ 150 mètres). Par la suite, d’autres épreuves se sont ajoutées.

Après la mort d’Alexandre le Grand, les Grecs ont commencé à se servir des Olympiades, l’intervalle de temps entre deux Jeux Olympiques, comme unité du calendrier : la Première Olympiade correspond à la période de -776 à -772, la Deuxième Olympiade, de -772 à -768, etc. Ce calendrier a permis de dater les événements historiques avec beaucoup plus de précision qu’auparavant.

La listes des vainqueurs, transmise par Jules l’Africain

Sextus Julius Africanus, plus connu sous le nom de Jules l’Africain, est né vers 160, en Palestine, dans une famille originaire d’Afrique romaine. A cette époque, les Romains, après avoir chassé les Juifs de Palestine, y installent de nouvelles populations originaires de tout l’Empire. La famille de Jules l’Africain fait partie de cette migration.

Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée romaine. Devenu officier, il fait ensuite carrière en diplomatie. Il sert dans l’administration de Septime Sévère et de ses successeurs, des Empereurs qui, étant eux-mêmes d’origine africaine, veulent promouvoir une nouvelle élite romano-africaine.

A un moment donné de sa vie, il s’est converti au christianisme, une religion encore très minoritaire à cette époque. Après sa conversion, il est allé à Alexandrie, pour étudier à l’école théologique chrétienne de la ville.

Son œuvre est essentiellement historique. Il a écrit une chronique de l’histoire du monde, depuis sa création. Il s’agit de la première chronique universelle, qui raconte l’histoire de tous les hommes, alors que les chroniqueurs plus anciens se concentrent sur un peuple particulier. Jules l’Africain est aussi le premier à avoir écrit l’histoire dans une perspective chrétienne. En cela, il a beaucoup influencé les historiens chrétiens après lui.

La chronique de Jules l’Africain contient une liste des vainqueurs des Jeux Olympiques, sur une période de presque 1000 ans, de la Première (-776) à la 249° Olympiade (217). Les vainqueurs des éditions suivantes, jusqu’à l’abolition des Jeux en 394, sont connus par d’autres sources. Il s’agit de la seule liste complète dont nous disposons aujourd’hui !

C’est donc grâce à un historien Nord-Africain que nous connaissons le nom de tous les vainqueurs des Jeux Olympiques. Le fait qu’une information aussi précieuse sur le monde antique nous a été transmise par un Nord-Africain devrait être une grande fierté pour l’Afrique du Nord !

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine, Les Phéniciens en Afrique du Nord, Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Au bout du monde : les villes autour du détroit de Gibraltar

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A l’entrée de la Mer Méditerranée, l’Afrique et l’Europe, éloignées de quelques dizaines de kilomètres à peine, se touchent presque. Les deux rives ne sont séparées que par un étroit bras de mer : le détroit de Gibraltar, connu jadis sous le nom de « colonnes d’Hercule ». D’après la mythologie, les deux continents n’en formaient jadis qu’un seul, jusqu’à ce que le héros Hercule les sépare. Dans l’Antiquité, le détroit était davantage un point de passage qu’une frontière. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire des villes situées sur le détroit de Gibraltar.

Du mythe…

Grotte d’Hercule

Dans l’Antiquité, on pensait que la terre était un disque plat. La Maurétanie et l’Espagne étaient considérées comme les dernières régions habitées et le détroit de Gibraltar représentait l’extrémité du monde. Les « colonnes d’Hercule », deux montagnes situées de part et d’autre du détroit, indiquent aux voyageurs qu’ils sont arrivés aux limites du monde connu. Il s’agit probablement du Rocher de Gibraltar, sur la rive Nord, et du Djebel Musa, au Sud. Près de Tanger, la grotte d’Hercule, où il aurait passé la nuit pendant ses voyages, est un site touristique très populaire.

Avec une telle vision du monde, les villes situées sur le détroit jouaient un rôle important, en tant que gardiennes du monde civilisé. Les Grecs, qui étaient fascinés par ces villes éloignées, y ont situé certains de leurs mythes, en les mêlant à des mythes amazighs locaux. D’après un de ces mythes, Tingis (Tanger) a été fondée par Syphax, le fils d’Hercule et de la fille du roi Atlas de Maurétanie, qui a donné à la ville le nom de sa mère. Selon certaines sources, le jardin des Hespérides, où Hercule est allé trouver les fameuses pommes d’or, se trouvait à Lixus. Les ruines de Lixus (près de la ville moderne de Larache) contiennent beaucoup de fresques de scènes mythologiques.

… à l’histoire

La plus ancienne ville construite sur le détroit est Tingis, fondée vers le 8° Siècle, par des marchands phéniciens. Son nom vient de l’amazigh tinjit, masse d’eau. Du fait de son emplacement stratégique, Tingis s’est vite retrouvé au cœur des voies commerciales phéniciennes. D’autres colonies phéniciennes sont apparues, notamment à Lixus (Larache), Abyla (Sebta) et Rusadir (Melilla), puis plus au Sud, le long de la côte atlantique.

Statue d’Hercule Gaditain

Une autre colonie phénicienne a été fondée du côté espagnol du détroit, juste en face de Tanger. Ce site servait certainement comme port saisonnier déjà auparavant, mais la première population permanente remonte au 7° Siècle et était probablement d’origine carthaginoise. Le nom phénicien de cette ville, Gadir, a la même racine qu’Agadir, une autre ville portuaire d’origine phénicienne. Les Romains l’appelleront Gades, qui deviendra Gadix, puis Cadiz. La ville était célèbre surtout pour son temple du dieu phénicien Melqart, que les Grecs et les Romains assimileront à Hercule.

Au cours du 7° Siècle, les colonies phéniciennes autour du détroit sont passées sous contrôle carthaginois. Tingis était un des ports principaux de l’Empire carthaginois, avec Carthage et Leptis Magna, tandis que Gadir était la principale ville carthaginoise en Espagne avant la fondation de Carthage Nova (Carthagène). Les expéditions des grands explorateurs carthaginois sont probablement parties de Tingis et de Gadir. Alors que la présence phénicienne s’étendait plus loin vers le Sud, jusqu’à Agadir, l’influence carthaginoise s’arrêtait à Lixus.

Les villes du détroit ne joueront qu’un rôle secondaire dans les guerres puniques : les Romains attaquent l’Afrique depuis la Sicile. Avant sa campagne militaire en Italie, Hannibal a offert un sacrifice à Melqart/Hercule, au temple de Gadir.

Après la deuxième guerre punique, les villes nord-africaines ont été annexées par le Royaume de Maurétanie. Tingis a cependant maintenu son héritage punique, en continuant notamment à frapper des pièces en bronze avec des inscriptions puniques. C’est vers cette époque que la ville de Tamuda (Tetouan) a été construite par le roi Baga.

Le règne de Juba II de Maurétanie était l’âge d’or de la ville de Lixus, devenue un centre économique de premier plan grâce à son complexe industriel, le plus grand du bassin méditerranéen. Son économie dépendait surtout de la pêche et de la viticulture.

Après l’annexion romaine, Tingis est devenue la capitale de la province de Maurétanie tingitane. La ville a connu une forte croissance, qui lui a permis de dépasser Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie.

Amphithéâtre romain de Lixus

En plus de Tingis, Lixus, Abyla (renommée Septem) et Rusadir ont obtenu le statut de colonies romaines. Ces villes étaient fortement romanisées, alors que le reste de la Maurétanie était hostile à la domination romaine. Sur le plan économique, la région, surtout Septem, se spécialisait dans la vente de poisson salé.

Tingis et Lixus étaient aussi les deux principaux centres chrétiens en Maurétanie tingitane. Les martyrs chrétiens de Maurétanie ont été mis à mort à Tingis, vers la fin du 3° Siècle. Les ruines de l’ancienne église de Lixus sont encore visibles aujourd’hui.

Au 5° Siècle, les Vandales, déjà présents en Espagne, traversent le détroit de Gibraltar pour envahir l’Afrique du Nord. Quelques siècles plus tard, une armée de Maures musulmans traverse le détroit dans l’autre sens et part à la conquête de l’Espagne. Le nom moderne de Gibraltar vient de Djebel Tariq, d’après Tariq ibn Ziyad, le commandant des forces omeyyades en Espagne. Depuis cette époque lointaine, tous les envahisseurs successifs, jusqu’aux colonisateurs européens de l’ère moderne, sont passées par le port de Tanger. Ceuta (Sebta) et Melilla, derniers vestiges de la présence espagnole en Afrique du Nord, témoignent de l’histoire complexe d’une région à cheval entre deux continents.

Bien avant que Tanger ne devienne ville internationale au 20° Siècle, les villes du détroit, en tant que ports commerciaux ouverts sur le monde, ont toujours été très cosmopolites. Au fil des siècles, elles ont aussi accueilli beaucoup de réfugiés qui fuyaient la persécution, de part et d’autre du détroit : chrétiens catholiques chassés par les Vandales, musulmans et juifs expulsés d’Espagne ou militants anticolonialistes. Leur emplacement stratégique est ce qui fait leur identité particulière, de villes africaines au plus près de l’Europe, multiculturelles et tolérantes.

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine, Les Phéniciens en Afrique du Nord

La Tripolitaine, des Phéniciens aux Romains

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Alors que la Cyrénaïque antique faisait partie du monde grec, la région plus à l’Ouest, voisine de Carthage, a vu naître plusieurs colonies phéniciennes, avant de se retrouver au coeur de la lutte d’influence entre Grecs et Phéniciens/Carthaginois en Afrique. Dans cet article, nous découvrirons les colonies phéniciennes à l’Ouest de la Libye actuelle.

Leptis Magna (Source)

Leptis Magna et la Tripolitaine originelle

Du 7° au 6° Siècle avant notre ère, des commerçants phéniciens ont fondé trois colonies sur les côtes libyennes : Leptis (Khoms), Oyat (Tripoli) et Sabratha. En 515, le prince Dorieus de Sparte a tenté d’établir une colonie grecque dans la région, mais il a été repoussé par les Phéniciens de Leptis. Ensuite, Oyat a été conquise par les Grecs de Cyrénaïque, qui lui ont donné le nom grec d’Oea, puis reprise par les Carthaginois. Dès lors, les trois villes faisaient partie de l’Empire carthaginois. Leptis, désormais appelée Leptis Magna pour la distinguer de Leptis Parva (Lemta, en Tunisie), est devenue le principal port oriental de Carthage.

Après les guerres puniques, la région a été annexée par le roi Massinissa de Numidie. Pendant la guerre de Jugurtha contre Rome, Leptis Magna s’est rangée du côté des Romains, ce qui lui a valu de recevoir le statut de ville libre lorsque Rome a pris le contrôle de la région après la défaite de Jugurtha.

À l’époque romaine, la région faisait d’abord partie de la province d’Afrique. Vers le début du 3° Siècle de notre ère, elle a commencé à être connue sous le nom de Tripolitania, en référence à ses trois villes (tri polis). L’Empereur romain Septime Sévère (193-211), né à Leptis Magna, en a fait une province romaine à part entière.

Sous l’influence de Carthage, la Tripolitaine est devenue une des régions les plus fortement chrétiennes de l’Empire romain. Les noms des évêques de Leptis Magna, Oea et Sabratha figurent sur la liste des participants à plusieurs conciles régionaux organisés à Carthage.

La Tripolitaine romaine a commencé à décliner à partir du 5° Siècle. Sa capitale, Leptis Magna, était pratiquement abandonnée au moment des conquêtes arabes. Les Arabes ont fait de Oea, renommée Tripoli comme la région elle-même, la nouvelle capitale régionale.

Au-delà de Leptis Magna

Les côtes libyennes, de Leptis Magna à Cyrène, étaient particulièrement redoutées des marins, du fait de la présence de bancs de sable mouvant, appelés les Syrtes, sur lesquels les navires risquaient d’échouer. Les géographes antiques distinguaient la Grande Syrte (Golfe de Syrte) et la Petite Syrte (Golfe de Gabès). C’est pour cette raison qu’il n’y avait pas de ville portuaire importante entre Leptis Magna et Cyrène.

Il y avait cependant un comptoir commercial d’origine phénicienne, connu à l’époque romaine sous le nom de Thubactis, au niveau de l’actuelle ville de Misrata. Aucun vestige de la ville antique ne subsiste aujourd’hui et son emplacement exact est débattu : elle était située soit à l’Est, soit à l’Ouest, soit au Sud de l’oasis de Misrata. La ville actuelle a été construite par les Arabes.

Une autre ville phénicienne dont il ne reste aucune trace, Macomedes-Euphranta, s’élevait à l’emplacement de l’actuelle ville de Syrte. La région était réputée comme très dangereuse, infestée de brigands sur terre et de pirates en mer. Du fait de son isolement, il s’agit de la dernière région en Afrique où le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était toujours parlée, jusqu’au 5° Siècle. Le désert de Libye centrale, largement infranchissable par voie terrestre avant l’introduction du chameau en Afrique du Nord, marquait la limite entre Phéniciens/Carthaginois et Grecs de Cyrène.

Le centre de la Libye est habité depuis l’époque romaine. Les Romains ont construit une ville, Corniclanum, sur le site de la ville moderne d’Ajdabiya. Ce site, qui a été choisi pour ses réserves d’eau potable, deviendra une étape importante sur la route entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.