Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale et set sont distinguées par leur talent, à Rome et dans tout l’Empire. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Cet article est le sommaire de notre série sur les grandes figures romano-africaines.
Fronton, précepteur impérial
Fronton, le précepteur de l’Empereur Marc-Aurèle, est considéré comme le plus grand orateur depuis Cicéron. Né vers l’an 100, à Cirta (Constantine), il s’installe à Rome dans sa jeunesse, puis fait carrière dans la capitale impériale en tant qu’avocat, rhéteur et grammairien. Après Fronton, l’Afrique romaine était réputée pour ses grands rhéteurs. Article détaillé
Lucius Quietus, prince maure devenu général romain
Lucius Quietus, le fils d’un chef de tribu maure qui a soutenu les Romains lors de leur annexion de la Maurétanie, est devenu un des militaires les plus brillants de sa génération. Son plus haut fait d’armes est la répression d’une révolte juive en Cyrénaïque. Article détaillé
Salvius Julianus, l’apogée de la jurisprudence romaine
Salvius Julianus
Lucius Salvius Julianus, né vers 110 à Pupput (Souk el-Abiod), près d’Hadrumetum (Sousse), est un juriste et haut fonctionnaire qui a servi dans l’administration de trois Empereurs romains : Hadrien, Antonin et Marc-Aurèle. C’était le principal représentant de l’école de pensée juridique sabinienne. Réputé pour sa clarté et sa finesse de raisonnement, il est parfois considéré comme le plus grand de tous les juristes romains.
Vers la même époque, deux autres hommes d’Etat romano-africains, Publius Pactumeius Clemens et Gaius Arrius Antoninus, tous deux originaires de Cirta, ont servi comme sénateurs et consuls à Rome.
Les historiens
L’historien romain Suétone, auteur de la Vie de douze Césars, une biographie détaillée des 12 premiers Empereurs romains, est probablement né à Hippone, en Numidie.
Avant lui, Salluste, qui n’était pas d’origine nord-africaine, mais qui a servi comme premier gouverneur de la province romaine d’Africa Nova, a écrit un livre sur la guerre de Jugurtha, pour lequel il a fait de longues recherches en Afrique.
Les écrivains
Térence
Térence, le maître de la comédie latine, est né dans la région de Carthage avant la chute de la ville et a été vendu comme esclave à Rome dans sa jeunesse.
Apulée, originaire de Madaure (M’Daourouch), est l’auteur de L’Âne d’or, considéré comme le premier roman en latin.
Les poètes
Marcus Manlius est un poète latin d’origine africaine. Il a écrit les Astronomiques, un poème inspiré de l’astronomie et de l’astrologie antiques.
Florus était un autre poète latin d’origine africaine.
Commodien, le premier poète chrétien, était également d’origine africaine.
Les médecins
La civilisation romaine a beaucoup développé les sciences médicales, après avoir découvert la médecine grecque d’Hippocrate. Le plus grand médecin romain était Claude Galien.
Il y avait également plusieurs célèbres médecins romano-africains, come Caelius Aurelianus, de Sicca (El Kef), et Cassius Felix, de Constantine. Le roi Juba II de Maurétanie a lui-même écrit un traité sur les vertus médicales de l’euphorbe, une plante, qu’il a nommée d’après son médecin de cour, le Grec Euphorbe.
Les chrétiens
Augustin d’Hippone
Plusieurs des plus grands théologiens chrétiens des premiers siècles étaient Romano-Africains. Tertullien, un rhéteur originaire de Carthage, était le premier auteur chrétien de langue latine. Cyprien, évêque de Carthage de 248 à 258, a beaucoup influencé l’organisation des premières églises chrétiennes. Augustin, évêque d’Hippone (Annaba), surnommé le Doctor gratiae (Docteur de grâce), est le plus grand théologien de l’Église romaine.
Les Romano-Africains tardifs
Au 5° Siècle, le poète Dracontius, de Carthage, a écrit des œuvres inspirées à la fois du christianisme et de la mythologie gréco-romaine. Issu d’une famille de propriétaires terriens, ses terres ont été confisquées après la conquête vandale de Carthage. A la même époque, Luxorius a servi comme poète à la cour des rois vandales de Carthage.
Lucceius Albinus est un fonctionnaire romain qui a été gouverneur de Maurétanie. En 69, après la défaite du prétendant au trône impérial qu’il soutenait, il se proclame roi de Maurétanie sous le nom de Juba ! Il est tué peu après.
Lucceius Albinus exerce sa première fonction importante lorsqu’il est nommé gouverneur de Judée romaine, en 62, après le décès de son prédécesseur. Alors qu’il est en route pour la province, le grand-prêtre juif profite de l’absence de gouverneur romain pour faire lapider Jacques, le frère de Jésus-Christ et le responsable de la communauté chrétienne de Jérusalem. Dès son arrivée, Albinus fait destituer le grand-prêtre : les autorités religieuses juives n’avaient pas le droit de condamner un homme à mort et de l’exécuter sans l’accord de Rome. Son mandat est marqué par des tensions croissantes entre Juifs et Romains.
Après deux ans en Judée (62-64), Albinus est nommé gouverneur de Maurétanie césarienne. Son mandat est ensuite élargi aussi à la Maurétanie tingitane.
Juba II, roi de Maurétanie, dont Albinus se revendique le successeur
Après l’assassinat de l’Empereur Néron, en juin 68, Rome sombre dans l’anarchie : des factions militaires se battent pour le pouvoir et quatre Empereurs se succèdent en un an. Albinus soutient Othon, un des prétendants au trône, qui sera Empereur de janvier à avril 69 avant de se suicider. Après sa mort, Albinus se rebelle contre Rome : il renonce à sa charge de gouverneur et se proclame roi de Maurétanie, sous le nom de Juba. Il menace même de traverser le détroit pour envahir l’Espagne. Le nouvel Empereur Vitellius envoie des légions en Maurétanie pour le combattre. Peu soutenu par les populations locales, Albinus est facilement vaincu et exécuté.
Si les habitants des grandes villes nord-africaines ont accueilli favorablement les avancées rendues possibles par la romanisation, les tribus amazighes rurales n’ont jamais accepté la domination romaine et se soulevaient régulièrement. Dès l’an 17, Tacfarinas, un ancien soldat de l’armée romaine, a mené une insurrection contre la présence romaine en Afrique du Nord. Après le meurtre du roi Ptolémée de Maurétanie, Aedemon, un esclave affranchi de Ptolémée, s’est révolté contre l’annexion de la Maurétanie par l’Empire romain.
La révolte de Tacfarinas
Tacfarinas, né à Thagaste (Souk Ahras), est issu de la tribu gétule des Musulames, qui vivaient dans la région des Chotts, en Algérie et Tunisie actuelles. Après avoir servi comme soldat dans l’armée romaine, il déserte et rejoint sa tribu musulame. A la tête d’un groupe de combattants, il lance quelques attaques contre le territoire romain. Il se sert de son expérience dans l’armée pour organiser ses hommes en une force militaire efficace, au point où les Musulames le choisissent comme leur chef.
Tacfarinas et ses alliés : Maures, Musulames, Cinithiens et Garamantes (Source)
En 17, Tacfarinas se retrouve à la tête de la plus grande insurrection de l’histoire de l’Afrique du Nord romaine. Il fait alliance avec Mazippa, un chef maure qui était probablement déjà en rébellion contre le roi Juba II de Maurétanie, ainsi qu’avec la tribu cinithe, du Sud de la Tunisie actuelle. Il est même soutenu par les Garamantes. Les historiens antiques ne mentionnent pas ses motivations, mais l’occupation croissante, par les Romains, des pâturages traditionnels des tribus nomades semble avoir été le facteur déterminant.
Pour les Romains, la menace est bien plus sérieuse que les habituelles incursions aux frontières. Les forces combinées des alliés de Tacfarinas sont plus nombreuses que les troupes romaines dans la région. Les Romains comptent cependant sur leur armement largement supérieur. Lors de la première bataille, l’armée de Tacfarinas est décimée. Tacfarinas s’enfuit dans le désert avec les survivants.
Stèle funéraire d’un soldat romain
Ce n’était cependant pas la fin de l’insurrection de Tacfarinas : s’il a compris qu’il ne peut résister à l’armée romaine en cas de bataille ouverte, il profite de sa connaissance du terrain pour recourir aux méthodes de guerre asymétrique dans lesquelles les tribus amazighes excellent depuis la nuit des temps. Ses hommes lancent des attaques ciblées, puis s’enfuient dans les montagnes ou le désert. Les Romains sont soutenus par le roi Juba II de Maurétanie, puis par son fils Ptolémée.
La guerre est aussi économique : les attaques des insurgés menacent la production agricole en Afrique romaine, provoquant une flambée des prix du blé à Rome.
Après plusieurs années d’insurrection, Tacfarinas envoie des messagers à Rome, pour proposer la paix en l’échange de terres pour ses partisans. L’Empereur Tibère refuse de négocier avec celui qu’un considère comme un déserteur et un brigand.
Les Romains, qui veulent en finir une fois pour toutes avec cette révolte, envoient un général expérimenté, Quintus Junius Blaesus, pour la réprimer. En trois ans (21-23), il remporte une série de victoires, grâce notamment à ses nouvelles unités mobiles, capables de poursuivre les insurgés partout. La grande force de Tacfarinas demeure cependant sa réserve quasi inépuisable de nouveaux combattants issus des tribus du désert.
En 24, Tacfarinas assiège la forteresse romaine de Thubursicum (le site de cette forteresse est débattu : Khamissa en Algérie ou Tebboursouk en Tunisie). Son armée, qui ne peut résister à l’infanterie romaine, est vaincue et s’enfuit en Maurétanie. Les Romains demandent l’aide du roi Ptolémée pour le poursuivre. Tacfarinas établit son dernier camp à Auzea (Sour El-Ghozlane, en Algérie actuelle). Les Romains attaquent le camp et massacrent Tacfarinas avec tous ses partisans. La mort de Tacfarinas marque la fin de l’insurrection.
La révolte d’Aedemon
Ptolémée de Maurétanie
Aedemon était un esclave domestique de Ptolémée, le dernier roi de Maurétanie, qui a été affranchi en récompense pour sa fidélité. En 40, Ptolémée, en visite à Rome, est assassiné, sur l’ordre de l’Empereur Caligula, qui voit en lui un rival potentiel. Sa mort ouvre la voie à l’annexion de la Maurétanie par l’Empire romain.
Pour venger son maître, Aedemon se révolte contre Rome. Contrairement à Tacfarinas, sa révolte n’obtiendra cependant qu’un faible soutien populaire : une inscription à Volubilis montre qu’une partie importante de la population de la ville s’est battue contre lui. Il est cependant soutenu par des chefs tribaux maures comme Sabalus, son principal allié. Les Romains, eux, sont soutenus par les tribus Maures romanisées, notamment autour de Lucius Quietus.
L’Empereur Caligula est assassiné en 41. Son successeur, Claude, envoie deux généraux, Paulinus et Geta, pour réprimer l’insurrection. L’un d’eux, Paulinus, deviendra le premier Romain à traverser les montagnes de l’Atlas. La ville de Tingis (Tanger) est en partie détruite par les combats violents entre Romains et insurgés. D’autres combats ont lieu à Volubilis, Lixus (Larache) et Tamuda (Tetouan).
La révolte prend fin après quatre ans : en 44, après une victoire décisive des Romains, Sabalus et ses hommes déposent les armes. D’après l’historien romain Dion Cassius, Sabalus se serait rendu après avoir vu le général romain Geta recourir à un rite traditionnel amazigh pour faire tomber la pluie, ce qui l’a convaincu que son adversaire avait des pouvoirs magiques. Le sort final de Sabalus et Aedemon est inconnu.
Après cette révolte, la Maurétanie est divisée en deux provinces romaines : la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane.
Les autres révoltes amazighes
Les révoltes de Tacfarinas et d’Aedemon sont les plus connues, mais pas les seules révoltes amazighes contre les Romains. Les Romains créeront même une province militaire spéciale dans le Sud de la Numidie, avec pour capitale Lambèse (Tazoult), afin de lutter contre ces insurrections.
D’autres insurrections auront lieu sous le règne de l’Empereur Antonin (138-161). Sous le règne de son fils Marc-Aurèle (161-180), des Maures de Maurétanie tingitane font même des incursions en Espagne. La situation se calme quelque peu sous le règne de la dynastie impériale des Sévères, d’origine amazighe. Vers la fin du 3° Siècle, Rome devra de nouveau faire face à plusieurs révoltes, menées par les Bavares, une confédération amazighe de Maurétanie césarienne.
La mythologie romaine est largement inspirée de la mythologie grecque. Les Romains avaient davantage de relations avec l’Afrique du Nord que les Grecs et ils ont inventé leurs propres mythes dans cette région, en rapport avec Carthage, mais aussi avec les populations autochtones amazighes. En plus de l’Enéïde de Virgile, les autres sources pour les mythes décrits dans cet article sont les Métamorphoses, les Héroïdes et les Fastes d’Ovide, ainsi que les Fables d’Hygin.
La déesse Afrique : une incarnation du continent
Les Romains associaient fréquemment les nouvelles régions qu’ils conquéraient à des divinités. La déesse Afrique, une déesse de la fertilité et de l’abondance, est représentée comme une femme, vraisemblablement amazighe, qui porte une coiffe en forme d’éléphant. Nous lui avons consacré un article détaillé.
Didon, reine de Carthage
Didon
Didon (appelée aussi Elissa) est la fondatrice légendaire et la première reine de Carthage. Elle était la sœur du roi Pygmalion de Tyr, mariée à Acerbas (Zakarbaal, appelé Sychée dans l’Enéïde), le grand-prêtre de la ville. Après que son frère ait tué son mari, Didon et ses alliés ont fui la Phénicie et se sont établis en Afrique du Nord, où ils ont fondé Carthage. Nous avons écrit un article détaillé sur la légende de Didon.
Didon apparaît régulièrement dans la mythologie romaine. D’après l’Enéide, Didon est tombée amoureuse d’Enée lors de son passage à Carthage et ils se sont même mariés secrètement, violant la promesse que Didon avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier. Ensuite, Enée l’a abandonnée, en repartant pour l’Italie afin d’y fonder Rome. Didon, désespérée, s’est suicidée. En mourant, elle maudit Enée et sa descendance, pour toute l’éternité. L’amour déçu de Didon et sa malédiction sont présentées comme la cause des guerres puniques. Nous avons également écrit un article détaillé sur la relation entre Enée et Didon.
Hiarbas, roi des Gétules
Hiarbas, qui pourrait être inspiré d’un roi numide historique, était le fils de Jupiter Hammon (une association entre le dieu suprême des Romains et des Phéniciens/Carthaginois) et d’une nymphe garamante, devenu roi des Gétules. D’après l’Enéïde, il avait demandé Didon en mariage avant l’arrivée d’Enée à Carthage ; leur union aurait représenté la fusion entre les populations autochtones d’Afrique du Nord et les nouveaux arrivants Phéniciens. Didon avait refusé sa demande en mariage, à cause de la promesse qu’elle avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier.
Lorsque Hiarbas apprend que Didon aime maintenant Enée, il est furieux et menace de les attaquer. Lorsqu’Enée l’abandonne, Didon lui dit qu’elle craint que Hiarbas vienne maintenant la prendre pour épouse de force. Selon Ovide, Hiarbas a envahi Carthage après le suicide de Didon.
Anna Perenna, la soeur de Didon
Anna Perenna
Anna est la sœur de Didon, qui a fui Tyr avec elle. Après la mort tragique de Didon, elle s’enfuit sur l’île de Malte, dont le roi promet de la protéger. Après trois ans, cependant, elle est de nouveau contrainte de s’enfuir, parce que son frère Pygmalion menace de déclarer la guerre à Malte pour la capturer. Naufragée en Italie, elle est accueillie par Enée. Alors, Didon lui apparaît en rêve pour l’exhorter à ne pas rester avec lui. Finalement, elle est emportée par un fleuve et transformée en déesse. Pour les Romains, Anna Perenna (per annum) représente le cycle de l’année, le temps qui passe et ne s’arrête jamais.
Diomède et le roi de Libye
Diomède, roi d’Argos en Grèce, est un héros de la guerre de Troie. Lorsqu’il retourne chez lui après la fin de la guerre, il découvre que sa femme a pris un amant en son absence et doit fuir sa ville pour ne pas être tué. Il s’installe au Sud de l’Italie, où il fonde plusieurs colonies grecques (Magna Graecia). Dans l’Enéïde, sollicité par les ennemis d’Enée pour les aider à le combattre, il refuse, estimant que les temps ont changé et qu’il ne veut plus être l’ennemi des Troyens.
En route pour l’Italie, il fait naufrage sur les côtes libyennes. Lycos, roi de Libye, est le fils de Mars, dieu de la guerre, qui a pour coutume de sacrifier à son père tous les étrangers qui échouent sur ses côtes. Heureusement pour Diomède, Callirhoé, la fille de Lycos, tombe amoureuse de lui et trahit son père en le libérant. Lorsque Diomède prend la mer sans même la remercier, Callirhoé se suicide de chagrin.
Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons la guerre d’Actium, la dernière guerre civile romaine avant la fondation de l’Empire, qui a eu lieu en grande partie en Egypte.
Contexte
Jules César, bien qu’il ait eu plusieurs enfant de différentes femmes, n’avait pas d’héritier légitime selon la loi romaine. Peu avant sa mort, il avait invité Cléopâtre d’Egypte à Rome, avec leur fils Césarion. Il avait probablement l’intention de faire de Césarion son héritier, mais il n’en a pas eu le temps.
Marc-Antoine
Après sa mort, son fidèle allié Marc-Antoine et son fils adoptif Octave s’allient pour combattre ses assassins. Une fois victorieux, ils menacent de se battre entre eux pour le pouvoir.
Pour éviter une nouvelle guerre civile, ils forment un triumvirat avec un autre homme politique romain, Lépide, et décident de diviser le territoire romain entre eux. Pour sceller cet accord, Marc-Antoine épouse Octavie, la sœur d’Octave, présentée par les historiens romains comme la femme romaine idéale.
Octave Auguste
Peu après, cependant, Marc-Antoine part en Egypte, où, comme César avant lui, il a une liaison avec la reine Cléopâtre. Ils auront plusieurs enfants, dont Cléopâtre Séléné, la future épouse du roi Juba II de Maurétanie. En Egypte, Marc-Antoine tombe sous le charme, non seulement de Cléopâtre, mais aussi des mœurs flamboyantes de l’Orient… un crime impardonnable pour les sobres et fiers Romains.
Son rival, Octave, en profite pour fustiger Marc-Antoine comme un homme immoral, qui abandonne sa fidèle épouse et leurs enfants pour une vie de débauche avec une reine étrangère. En 32 avant notre ère, le Sénat romain déclare la guerre à Marc-Antoine, à l’initiative d’Octave.
La guerre d’Actium
Les premiers combats entre les armées d’Octave et de Marc-Antoine ont lieu en Grèce.
En septembre 31, leurs deux flottes s’affrontent en mer, lors de la bataille d’Actium. Cette bataille est une victoire décisive pour Octave : la flotte de Marc-Antoine, la plus large dans l’histoire romaine, est entièrement détruite. Marc-Antoine et Cléopâtre s’enfuient à Alexandrie.
Au printemps suivant, Octave poursuit Marc-Antoine jusqu’en Egypte. En juillet 30, il arrive à Alexandrie et assiège la ville. Marc-Antoine et Cléopâtre, vaincus, se suicident, Marc-Antoine en se jetant sur sa propre épée et Cléopâtre en se faisant mordre le sein par un aspic.
Après la guerre
Césarion, le fils de Cléopâtre et César, qui régnait sur l’Egypte avec sa mère, est tué peu après. Les enfants de Cléopâtre et Marc-Antoine sont amenés à Rome, pour être élevés par Octavie selon les mœurs romaines.
La défaite de Cléopâtre marque la fin du Royaume des Ptolémée : Octavien est proclamé Pharaon et l’Egypte devient sa propriété personnelle. En 27, lors de la fondation de l’Empire, l’Egypte devient une province romaine.
Par la suite
Après la défaite de Marc-Antoine, Octave règne en maître incontesté à Rome. En même temps, sa victoire met fin à la série de guerres civiles fratricides qui ont ravagé le monde romain, offrant aux peuples sous domination romaine ce qu’ils désiraient par-dessus tout : la paix.
Dans les mois qui suivent, il met en place une série de lois qui, tout en préservant les formes de la République, lui donnent des pouvoirs sans précédent dans l’histoire romaine. En 27, il proclame l’Empire romain et devient le premier Empereur, sous le nom d’Auguste.
Cléopâtre Séléné, la fille de Marc-Antoine et Cléopâtre, épousera Juba II et deviendra reine de Maurétanie. A Césaree (Cherchell), leur capitale, elle cherchera à raviver l’héritage de sa mère et de l’Egypte hellénistique. Leur fils Ptolémée sera le dernier roi de Maurétanie, avant son annexion par l’Empire romain.
Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons l’impact de la guerre civile romaine de 49-45, entre Jules César et Pompée, en Afrique romaine et sur les Royaumes de Numidie et de Maurétanie.
Contexte
Pompée
Jules César
Vers le milieu du 1er Siècle avant notre ère, la République romaine est en crise profonde, ébranlée par la dictature de Sylla, puis le complot de Catilina. En 59, les trois hommes les plus puissants de Rome, Jules César, Pompée et Crassus, s’allient, formant le premier triumvirat. Cette alliance servira leurs intérêts, mais ses conséquences pour la République seront néfastes.
De 58 à 50, César est absent de Rome, pour sa guerre de conquête en Gaule. Ses succès militaires, notamment sa victoire contre le chef gaulois Vercingétorix, en 52, lui permettent d’accroître de plus en plus son pouvoir et ses richesses. Pendant ce temps, Pompée accumule les pouvoirs à Rome. Après la mort de Crassus, en 53, un affrontement entre César et Pompée semble inévitable.
En 52, Pompée est élu consul unique, rompant avec la tradition des deux consuls. En 50, il exige que César renonce au commandement de ses légions, argumentant que la conquête de la Gaule est terminée.
Début de la guerre civile
César franchit le Rubicon
En janvier 49, César franchit le Rubicon, une petite rivière qui marque la frontière de l’Italie romaine, à la tête de ses troupes. D’après la loi romaine, pour revenir sur le territoire romain, il aurait d’abord dû dissoudre son armée. Cet acte de César est donc une déclaration de guerre, par laquelle il se déclare rebelle contre la République romaine. A l’occasion de son passage du Rubicon, il aurait prononcé la fameuse phrase : « Alea jacta est », « Le dé est jeté. »
L’Italie romaine n’était pas du tout préparée pour une invasion. César s’empare sans résistance de plusieurs villes, puis il marche sur Rome. Pompée et ses alliés fuient la ville, avec beaucoup de sénateurs, craignant des représailles.
Pendant que César prend le contrôle de toute l’Italie, Pompée parvient à s’échapper en Grèce, d’où il lève une armée issue des provinces romaines orientales.
Au cours de la guerre civile, les partisans de César et de Pompée s’affronteront en Italie, en Espagne, en Afrique, en Grèce et en Asie. Dans cet article, nous nous concentrerons sur l’Afrique.
Premiers combats en Afrique
Juba Ier
Après la fuite de Pompée en Grèce, César marche vers l’Espagne. En même temps, il envoie un de ses alliés, Caïus Scribonius Curion, en Sicile, puis en Afrique. Les troupes de Pompée en Afrique sont commandées par Publius Attius Varus et soutenues par la cavalerie du roi de Numidie Juba Ier.
La première bataille a lieu près d’Utique. Les partisans de César sont victorieux et Varus est repoussé dans la ville d’Utique. Quelques mois plus tard, cependant, les troupes de César subissent une défaite décisive à la bataille de Bagradas (près du fleuve Medjerda), en octobre 49. Curion lui-même est tué au combat. Les partisans de Pompée contrôlent l’Afrique.
Juba Ier entre dans Utique et tue les derniers survivants du camp de César, sauf quelques sénateurs romains, qu’il fait prisonniers et ramène avec lui en Numidie, où ils seront exécutés. Après cette victoire, Juba Ier reçoit le titre de roi ami de Rome. Sa relation avec ses alliés romains reste cependant marquée par une certaine défiance : il exige d’être traité comme un allié, non comme un vassal, et veut surtout préserver l’indépendance de la Numidie.
Guerre de succession en Egypte
Cléopâtre
En 48, César et Pompée s’affrontent en Macédoine. Après plusieurs défaites, Pompée, désespéré, s’enfuit en Egypte. Dès son arrivée à Pélouse (Tell el-Farama), il est assassiné. César, qui le poursuit, arrive en Egypte trois jours après sa mort.
A cette époque, les deux derniers héritiers de la dynastie des Ptolémée, Ptolémée XIII et sa sœur Cléopâtre, s’affrontent pour le trône de l’Egypte. En arrivant en Egypte, César exige le remboursement de la dette égyptienne et propose de jouer le rôle de médiateur dans le conflit entre les deux prétendants. Assiégé à Alexandrie par les hommes de Ptolémée XIII, César rencontre Cléopâtre, qui le séduit et devient son amante. César prend alors le parti de Cléopâtre contre son frère.
Pendant le siège, César fait brûler les navires égyptiens qui se trouvent dans le port d’Alexandrie. L’incendie se répand et la bibliothèque d’Alexandrie est brûlée.
Début 47, une armée de soutien, venue de Syrie, arrive en Egypte. L’armée de César et Cléopâtre traverse le Nil pour les rejoindre. Ensemble, ils engagent le combat contre les troupes de Ptolémée XIII : c’est la bataille du Nil, qui se termine sur une victoire de César. Ptolémée XIII se noie en essayant de s’enfuir.
Après sa victoire, César reste plusieurs mois en Egypte. Sa croisière sur le Nil, avec Cléopâtre, est l’occasion de se reposer, mais aussi de s’assurer de la loyauté à Rome de la nouvelle reine d’Egypte. Lorsqu’il repart, Cléopâtre est enceinte. Leur fils, Ptolémée XV César, sera plus connu sous le nom de Césarion.
Dernière campagne de César en Afrique
Caton d’Utique
Après la mort de Pompée, certains de ses partisans ont décidé de poursuivre le combat. L’un d’eux, Caton, mène ses troupes à travers le désert de Cyrénaïque, jusqu’en Afrique, où il retrouve Scipion Metellus, le commandant des troupes africaines de Pompée. Le gouverneur romain de la province d’Hispanie ultérieure, au Sud de l’Espagne, se rallie à eux.
En quittant l’Egypte, César doit d’abord gérer une crise en Asie, où le roi Pharnace II a profité de la guerre civile pour reconquérir des territoires que Rome avait pris à son père, Mithridate VI. Sa victoire contre Pharnace sera si facile qu’il la décrira par un autre adage devenu célèbre : « Veni, vidi, vici », « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ».
De retour à Rome, il fait face à une mutinerie. En décembre 47, il rassemble ses légions en Sicile, pour aller combattre les derniers partisans de Pompée en Afrique. D’après une rumeur, en débarquant sur la côte africaine, César aurait trébuché, mais, en se relevant, il aurait apaisé les craintes superstitieuses de ses officiers, en saisissant deux poignées de sable et en s’exclamant : « Je te tiens, Afrique ! »
Au début de sa campagne, les troupes de César sont nettement moins nombreuses que leurs adversaires : Scipion Metellus commande dix légions (contre six pour César), sans compter la cavalerie numide de Juba Ier, avec aussi 120 éléphants de guerre. Après le refus de la ville d’Hadrumetum (Sousse) de lui ouvrir ses portes, César établit son quartier-général à Ruspina (Monastir). La première bataille, à Ruspina, est une victoire des partisans de Pompée.
A ce moment-là, le roi Bocchus II de Maurétanie envahit la Numidie, avec le soutien du mercenaire romain Publius Sittius. César n’a joué aucun rôle dans cette attaque, mais il en a profité, car Juba Ier a été contraint de se retirer pour défendre son territoire.
En février 46, César assiège Thapsus (Ras ed-Dimas), afin de pousser Scipion Metellus à l’affronter. La bataille décisive a lieu en avril 46. La victoire de César est totale : plus de 10 000 soldats ennemis sont tués. Metellus Scipion parvient à s’échapper par la mer, mais il se suicide lorsque son navire est intercepté.
Après la guerre
Caton, l’autre chef des partisans de Pompée, n’a pas pris part à la bataille, parce qu’il gardait la ville d’Utique avec ses hommes. A la nouvelle de la défaite, il se suicide pour ne pas être capturé par César. Sa popularité à Utique est telle que, sans craindre la vengeance de César, les habitants de la ville l’enterrent avec honneur et lui donnent le nom honorifique de Caton l’Uticain (Cato Uticensis).
Juba Ier n’a pas non plus participé à la bataille. Après la défaite, il erre de ville en ville, jusqu’à sa capitale, Zama. Partout, ses sujets lui ferment les portes de leurs villes, parce qu’il leur avait auparavant ordonné de ne pas l’accueillir s’il perdait sa guerre contre César. Seul et abandonné de tous, il finit par se suicider.
Massinissa II, le frère de Juba Ier, qui règne sur la Numidie avec lui, a également pris le parti de Pompée. On ignore ce qu’il est devenu après la guerre.
L’Afrique du Nord après la guerre civile – en vert foncé, le territoire de Publius Sittius (Source)
La Numidie est divisée : la partie orientale devient la province romaine d’Africa Nova, tandis que la partie occidentale est rattachée à la Maurétanie. Publius Sittius prend possession de la région de Cirta (Constantine), comme butin de guerre.
De retour à Rome, César est proclamé dictateur à vie. Peu après, le 15 mars 44, il est assassiné par un groupe de sénateurs, menés par Brutus, qui s’inquiètent de le voir accumuler tant de pouvoir.
En Numidie, Arabion, le fils de Massinissa II, parviendra à chasser Bocchus II et Publius Sittius, pour reprendre le trône de son père.
Juba II, le fils de Juba Ier, grandit en captivité à Rome. Il deviendra par la suite le dernier roi de Numidie et de Maurétanie, avant leur annexion par Rome.
La guerre civile dans la poésie romaine Un siècle après les événements, le poète romain Lucain a écrit une épopée, la Pharsale, qui met en scène la guerre civile romaine dans un cadre semi-mythologique. Par son admiration pour les partisans de Pompée, qui représentent l’ancienne République, l’auteur exprime sa nostalgie de ce passé et son hostilité à l’Empire. Par la suite, Lucain sera arrêté et condamné à mort pour sa participation à un complot contre l’Empereur Néron. Les livres 4, 9 et 10 se déroulent en Afrique. La Pharsale peut être lue en ligne sur cette page.
Lucius Sergius Catilina est né vers 108 avant notre ère, dans une vieille famille patricienne. Pendant la guerre civile de Sylla, il rejoint le camp de Sylla et s’enrichit ensuite pendant sa dictature, grâce aux proscriptions.
En 67-66, il est gouverneur de la province romaine d’Afrique. Après son retour à Rome, des ambassades africaines viennent protester contre son administration. Il veut se présenter aux élections consulaires en 65, mais sa candidature est refusée. Il est jugé pour corruption pendant son mandat de gouverneur, mais acquitté grâce à ses relations haut-placées. Il se présente aux élections consulaires de 64 et 63, mais il n’est pas élu.
La conjuration de Catilina
Après sa dernière défaite aux élections consulaires, il commence à comploter pour s’emparer du pouvoir par la force en renversant les deux consuls de 63 : Cicéron – le plus grand orateur de l’histoire de Rome – et Caïus Antonius Hybrida. Sa conspiration rassemble une coalition de mécontents : sénateurs corrompus, aristocrates mécontents d’avoir perdu des élections, nostalgiques de la dictature de Sylla, etc.
Le complot est découvert par Cicéron, qui dénonce Catilina et ses complices au Sénat. Catilina fuit Rome, mais il est capturé, condamné à mort et exécuté.
Il est possible que Cicéron ait exagéré la menace que la conjuration de Catilina représentait pour Rome, afin de promouvoir sa propre carrière politique.
Par la suite
Pour les historiens romains, la conjuration de Catilina est un signe du déclin de la République romaine, qu’ils attribuent à la perte des valeurs traditionnelles romaines. L’historien Salluste en fait une des étapes principales de ce déclin, avec la guerre de Jugurtha, la dictature de Sylla et la guerre civile entre César et Pompée. L’Empire romain sera fondé par la suite afin de restaurer ces valeurs perdues.
Spartacus était un gladiateur, devenu le chef d’une importante révolte d’esclaves qui a fait trembler Rome. Alors qu’il est généralement décrit comme Thrace, on entend parfois qu’il était d’origine numide. Dans cet article, nous découvrirons les origines de cette idée et expliquerons pourquoi c’est peu probable.
La mort de Spartacus
Qui était Spartacus ?
Né vers 103 avant notre ère, Spartacus a été capturé par les légions romaines dans sa jeunesse. Vendu à une école de gladiateurs de Capoue, en Italie, il a reçu une formation de gladiateur. En 73, il parvient à s’échapper avec d’autres gladiateurs. Dans les années qui suivent (73-71), il deviendra le chef d’une insurrection d’anciens esclaves.
La révolte de Spartacus est connue surtout par le film Spartacus, de Stanley Kubrick. Ce film mémorable prend néanmoins ses distances avec la réalité historique. Notamment, si, après leur défaite finale, 6 000 insurgés ont effectivement été crucifiés le long de la Voie Appienne, de Rome à Capoue, Spartacus n’en fait pas partie : il est mort au combat dans la dernière bataille. Par ailleurs, Spartacus ne s’est jamais battu pour la liberté de tous les esclaves ou pour l’abolition de l’esclavage, mais seulement pour un avenir meilleur pour lui-même et ses camarades.
A l’ère moderne, Spartacus est également devenu une icône communiste, en tant qu’esclave qui a lutté pour briser ses chaînes. Karl Marx le décrit comme « le héros le plus splendide de toute l’histoire antique ». Les Spartakiades, une compétition sportive internationale organisée en URSS de 1928 à 1937, ont été ainsi nommées en l’honneur de Spartacus. Plusieurs clubs sportifs, en Russie, en Ukraine et ailleurs, sont également appelés Spartak.
Spartacus Numide ?
Statue de Spartacus brisant ses chaînes
Pour les historiens du monde antique, la question des origines de Spartacus est une évidence : il était originaire de Thrace (Bulgarie actuelle). Pourtant, on peut lire aussi, sur les réseaux sociaux et dans certains médias, que Spartacus était d’origine numide. Théorie crédible ou récupération historique fumeuse ?
La plupart de ceux qui prétendent que Spartacus était Numide ne s’embarrassent pas de citer leurs sources. Après avoir découvert cette idée sur Facebook, il m’a fallu plusieurs heures de recherche pour enfin trouver une publication qui mentionne cette fameuse source. Ainsi, ce serait l’historien grec Plutarque qui parle des origines numides de Spartacus.
Plutarque est une des deux sources antiques les plus complètes sur la vie de Spartacus, avec un autre historien, Appien d’Alexandrie. Ses Vies parallèles sont une série de courtes biographies de personnages célèbres de l’Antiquité. Il mentionne Spartacus dans sa biographie de Crassus, le général romain qui l’a combattu.
Après vérification, la traduction française des Vies parallèles par Alexis Pierron, publiée en 1853 et disponible gratuitement en ligne, mentionne effectivement que Spartacus était « Thrace de nation et de race numide ». Une autre traduction plus ancienne, par Dominique Ricard (1829), dit qu’il était « Thrace de nation, mais de race numide ». Cette description n’a pas vraiment de sens, à moins que lui ou sa famille étaient des Numides immigrés en Thrace.
Cela suffit-il à clore la question ? Pas vraiment, dans la mesure où les traductions de Plutarque dans d’autres langues ne contiennent pas le mot « Numide ». D’après la traduction anglaise de John Dryden (1683), révisée par A.H. Clough (1859), Spartacus était « a Thracian of one of the nomad tribes » (Thrace d’une des tribus nomades). Plusieurs tribus thraces étaient nomades.
La Numidie antique
Il nous a donc fallu consulter le texte original grec. Les manuscrits les plus anciens des Vies parallèles décrivent Spartacus comme « ἀνὴρ Θρᾷξ τοῦ vομαδικοῦ γένους » (aner thrax tou nomadikou genous). On peut traduire littéralement par : « un homme Thrace de race nomade ». Plus récemment, le philologue allemand Konrad Ziegler a proposé en 1955 que « nomadikou » pourrait être une corruption de « Maidikou », les Maïdes étant une tribu thrace connue. Cette correction est aujourd’hui largement acceptée, si bien que les éditions grecques plus récentes modifient le texte en « ἀνὴρ Θρᾷξ τοῦ Μαιδικοῦ γένους » ((aner thrax tou Maidikou genous). Les traductions françaises qui décrivent Spartacus comme Numide datent d’avant cette modification. (Source)
Qu’en penser ? Si Konrad Ziegler a raison, alors Spartacus était « Thrace de race Maïde » ou « Thrace de la tribu Maïde ». La traduction « Numide » serait alors invalide, car fondée sur un manuscrit corrompu. Même si Konrad Ziegler se trompe et que « nomadikou » est bien le texte original, la traduction la plus logique serait : « Thrace d’une tribu nomade ». La traduction « Numide » ne correspond tout simplement pas au texte original !
Les traducteurs français ont confondu « nomade » et « Numide », du fait de la ressemblance entre les deux termes. Ils ont probablement aussi été influencés par l’esprit de leur époque : les deux traductions qui contiennent le terme « Numide » datent de juste avant et peu après le début de la colonisation française de l’Algérie, à une époque où les Français voyaient les « indigènes » amazighs, descendants des anciens Numides, comme des « nomades » par excellence.
Au-delà de la question linguistique, l’idée que Spartacus serait d’origine Numide, mais vivait en Thrace, n’a pas de sens : qu’est-ce qu’un Numide irait faire en Thrace à cette époque ? Les deux régions étaient très éloignées et n’entretenaient pas de liens commerciaux.
Quelques autres arguments
Gladiateur thrace
On entend parfois que Spartacus n’était pas d’origine thrace, mais que c’était plutôt un gladiateur « thrace ». Les Thraces étaient un type de gladiateur, dont l’armure était inspirée de celle des soldats Thraces vaincus par Rome. C’est possible, mais peu probable, dans la mesure où tous les historiens antiques qui mentionnent Spartacus sont unanimes pour dire qu’il était d’origine thrace. Son nom est un autre indice dans ce sens : c’est un nom d’origine thrace, plusieurs rois de Thrace s’appelaient Spartacus.
Cette publication de la page Facebook Histoires Berbères affirme que Spartacus était Numide et qu’il est parti « en Sicile dans l’espoir de rallier la Numidie, avec le soutien des esclaves de Sicile ». Spartacus est effectivement allé en Sicile, mais sa motivation était autre : la Sicile avait une forte population d’esclaves, notamment dans les mines, et avait déjà connu plusieurs révoltes d’esclaves dans le passé. Spartacus espérait gagner les esclaves de Sicile à sa cause, mais il n’a jamais eu l’intention d’aller en Numidie ensuite.
Un autre esclave numide ?
Oenomaüs, joué par Peter Mensah
Dans la série télévisée Spartacus, Oenomaüs, un des chefs de la rébellion de Spartacus, est d’origine numide. En fait, l’Oenomaüs historique était Gaulois.
Plus de 100 000 esclaves ont participé à la révolte de Spartacus. Il est très probable qu’il y avait des Numides et d’autres Nord-Africains parmi eux. Cependant, aucun des chefs de la rébellion dont nous connaissons le nom n’est décrit comme d’origine numide ou nord-africaine.
Conclusion
Comme nous l’avons vu, Spartacus n’était pas Numide et ceux qui prétendent qu’il l’était se fondent sur une erreur de traduction. Il y a pourtant assez de héros en Numidie et en Afrique du Nord antique, sans qu’il y ait besoin d’en inventer d’autres.
Caïus Marius est né en 157, dans une famille plébéïenne. Il commence sa carrière militaire en 134, en tant qu’officier dans le siège de Numance, en Espagne. En 109, il devient l’adjoint du général Quintus Metellus, le commandant des troupes romaines qui combattent Jugurtha en Numidie. En 108, il quitte la Numidie pour se présenter aux élections consulaires, contre l’avis de Metellus. Elu consul en 107, il est ensuite choisi par les comices (conseil plébéïen) pour succéder à Metellus. Par cette décision, les comices usurpent les prérogatives du Sénat ; sa nomination est aussi contraire aux coutumes militaires romaines.
Pièce à l’effigie de Sylla
Lucius Cornelius Sylla est né en 138, dans une vieille famille patricienne. Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée. En 108, il est élu questeur, à l’âge de 30 ans (l’âge minimal requis pour cette fonction). Il est envoyé servir en Numidie, sous Marius.
La rivalité entre les deux hommes remonte à la guerre de Jugurtha : alors que Sylla avait été à l’origine de la capture de Jugurtha, Marius, son supérieur, s’est attribué tout le mérite. Par ailleurs, Sylla est un conservateur, qui défend les valeurs traditionnelles romaines face aux réformateurs populistes comme Marius.
Début de la guerre civile
Après une série de succès militaires, Sylla est élu consul en 88. La même année, Marius, qui aspire à un nouveau commandement militaire, passe un accord secret avec le tribun de la plèbe Sulpicius : en échange de son soutien, il veut que le commandement de la guerre contre le roi Mithridate du Pont, qui avait été confié à Sylla, lui soit transféré. Sylla ordonne alors à ses troupes de marcher sur Rome : c’est la première fois dans l’histoire romaine qu’un homme s’empare du pouvoir par la force.
Après sa marche sur Rome, Sylla fait bannir Marius et ses alliés. Marius s’enfuit en Afrique avec ses fils. Le roi Hiempsal de Numidie les reçoit à sa cour avec des égards apparents, mais sa véritable intention est de les retenir prisonniers. Ils parviennent cependant à s’enfuir.
Marius revient à Rome en 87 et s’allie au consul Lucius Cornelius Cinna. Il meurt en 86. Pendant que Sylla mène la guerre contre Mithridate, les partisans de Marius et Cinna reprennent le dessus à Rome.
Pendant cette période, les deux camps mettront en place une campagne de proscription : les partisans du camp adverse qui étaient dénoncés voyaient leurs terres confisquées sans procès et accordées à celui qui les avait dénoncés.
La guerre civile reprend
Scuplture tardive de Sylla
En 84, les partisans de Marius et Cinna envoient une armée pour relever Sylla de ses fonctions. Le commandant de cette armée est assassiné et beaucoup de ses soldats rejoignent Sylla. Pendant ce temps, en Numidie, le roi Hiempsal, un allié de Sylla, a été renversé par l’usurpateur Hierbas, avec le soutien des partisans de Marius et Cinna.
En 83, après une victoire provisoire contre Mithridate, Sylla revient en Italie, déterminé à reprendre le contrôle de Rome à ses ennemis. Le jeune Pompée (le futur rival de Jules César) lève trois légions pour le soutenir. Metellus, l’ancien commandant des forces romaines contre Jugurtha, le rejoint également. Ses adversaires, eux, s’allient à deux peuples italiens voisins de Rome : les Samnites et les Lucaniens.
En novembre 82, les armées de Sylla et de ses adversaires s’affrontent aux portes de Rome. Environ 50 000 hommes meurent dans cette bataille, mais Sylla sera victorieux. Le lendemain, il fait encore massacrer 8 000 combattants qu’il avait faits prisonniers après la bataille, en pleine réunion avec le Sénat.
Denier d’or représentant le char triomphal de Sylla, émis en 82
Après sa victoire, Sylla est élu dictateur par le Sénat. Il met en œuvre une série de réformes profondes des institutions de la République, qui visent selon lui à restaurer les valeurs traditionnelles romaines ; dans les faits, loin de rétablir un ordre passé, ses réformes introduisent des éléments tout à fait nouveaux, avec un Sénat élargi et des pouvoirs accrus pour les magistrats. Alors que, jusqu’ici, les dictateurs romains étaient élus avec une mission précise et quittaient leurs fonctions dès que cette mission était accomplie, Sylla envisage la dictature comme un moyen d’accroître son pouvoir personnel. Il mène également une vaste campagne de proscription contre ses ennemis.
En 80, Sylla est élu consul et renonce à sa fonction de dictateur. L’année suivante, il prend sa retraite de la vie publique. Les dernières années de sa vie seront consacrées à l’écriture de ses mémoires. Il meurt en 78.
Au cours des siècles d’occupation romaine de l’Afrique du Nord, la région a été divisée en plusieurs provinces. Dans cet article, nous découvrirons ces provinces, d’Est en Ouest.
Egypte
L’Egypte est devenue une province romaine en 27 avant notre ère, avec pour capitale Alexandrie, la deuxième ville de l’Empire après Rome.
Cyrénaïque
La Cyrénaïque a été annexée par Rome en 96 et reçu son premier gouverneur en 74. En 67, elle a été rattachée à la province romaine de Crète et Cyrénaïque, avec pour capitale Gortyne, en Crète. En réalité, la Cyrénaïque est cependant restée largement autonome. Elle est finalement devenue une province à part entière en 296 de notre ère, avec pour capitale Cyrène, puis Ptolémaïs après 365.
Tripolitaine
La Tripolitaine est passée sous souveraineté romaine en -105, après la guerre de Jugurtha. Elle faisait d’abord partie de la province d’Afrique. En 193, l’Empereur Septime Sévère, originaire de Leptis Magna, en fait une province à part entière.
En -25, les provinces d’Africa Vetus (Ancienne Afrique) et d’Africa Nova sont fusionnées, pour former la province d’Afrique proconsulaire.
En 40, l’ancienne Numidie occidentale est rattachée à la province d’Afrique.
Numidie
La Numidie, vestige d’un ancien royaume bien plus grand, est annexée par Rome en 40. D’abord rattachée à l’Afrique proconsulaire, elle formera sa propre province en 193, en même temps que la Tripolitaine, avec pour capitale Cirta (Constantine). La partie Sud sera une province militaire spéciale, avec pour capitale Lambèse (Tazoult).
En 42, elle est divisée en deux provinces. La Maurétanie césarienne, dont la capitale sera Césarée (Cherchell), correspond à la partie de la Numidie annexée par la Maurétanie après la guerre de Jugurtha. L’influence numide y demeure forte. La Maurétanie tingitane correspond à l’ancien territoire du roi Baga, avant que la Numidie ne commence à annexer des territoires numides. Au lieu de Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie, les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale.
Quelles étaient les frontières de la Maurétanie romaine ? Officiellement, l’Empire romain a annexé tout l’ancien Royaume de Maurétanie. En réalité, cependant, le contrôle romain effectif se limitait au Nord du Maroc actuel. Il est même probable que la majorité des Maures n’ont jamais été sous domination romaine. La frontière passait probablement quelque part entre Rabat et Casablanca. Sala (Salé) est la dernière ville sous administration romaine incontestable. Les Romains ont également construit un port à Anfa (Casablanca), mais on ne sait pas jusqu’où ils contrôlaient vraiment la ville et sa région.
Après la réforme de Dioclétien
L’Empereur Dioclétien (284-305) a réformé l’administration de l’Empire en profondeur, créant un grand nombre de nouvelles provinces, regroupées en diocèses.
Le diocèse d’Egypte regroupe l’Egypte et la Cyrénaïque. L’Egypte est divisée en quatre provinces et la Cyrénaïque en deux provinces : la Libye supérieure (Cyrénaïque historique) et la Libye inférieure (Marmarique), avec pour capitale Paraetonium (Mersa Matrouh).
Le diocèse d’Afrique regroupe la Tripolitaine, l’Afrique, la Numidie et la Maurétanie césarienne. La Maurétanie tingitane, elle, fait partie du diocèse d’Hispanie. L’Afrique proconsulaire est divisée en deux provinces : la Zeugitane, au Nord, et la Byzacène, au Sud, avec pour capitale Hadrumetum (Sousse). Enfin, la Maurétanie sitifienne, avec pour capitale Sitifis (Setif), est séparée de la Maurétanie césarienne.
Avec la division de l’Empire romain par Dioclétien, en 286, l’Afrique du Nord est également divisée : l’Egypte et la Cyrénaïque font partie de l’Empire d’Orient, tandis que le reste de la région fait partie de l’Empire d’Occident. La région n’est cependant pas vraiment affecté : le désert de Syrte formait de toute manière une frontière difficilement franchissable. Carthage est devenue la deuxième plus grande ville de l’Empire d’Occident, après Rome elle-même.