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Les guerres entre Rome et Carthage fascinaient tellement les Romains que, dans les siècles qui ont suivi, plusieurs auteurs romains s’en sont inspirés dans leurs œuvres. La plus célèbre de ces œuvres est l’épopée Punica, du poète Silius Italicus.
Les ouvrages historiques
La principale source historique sur les guerres puniques sont les Histoires, de Polybe. L’auteur, un Grec né vers 200 avant notre ère et envoyé comme otage à Rome en 167, s’intéresse à la période au cours de laquelle Rome est devenue une grande puissance. Contrairement aux historiens romains, Polybe écrit dans une perspective largement neutre entre Carthage et Rome.
Une autre source est l’historien romain Tite-Live, qui écrit sur l’histoire de Rome, depuis sa fondation.
Les premières épopées latines
Les premiers poètes romains se sont inspirés de la poésie épique grecque. Avant Virgile, leurs œuvres ne sont cependant que de pâles imitations d’Homère.
La plus ancienne épopée latine est Bellum Punicum, de Naevius (270-201). L’auteur, qui a servi comme soldat dans la première guerre punique et a vécu la deuxième dans sa vieillesse, est un témoin direct des événements. Son œuvre combine l’histoire romaine avec un arrière-plan mythique. Cette épopée est perdue.
Un autre poète, Ennius (239-169), a écrit les Annales, une épopée en 18 livres, qui couvre l’histoire romaine, de la chute de Troie à l’époque de l’auteur. Les livres 7-9 traitent des guerres puniques. Cette épopée est également perdue, seuls des fragments ont été conservés.
Le maître de l’épopée latine est évidemment Virgile. Nous avons écrit un article détaillé sur les références aux guerres puniques dans son Enéide.
Les Punica, de Silius Italicus

Une autre épopée plus tardive traite spécifiquement des guerres puniques : les Punica, écrites par le sénateur romain Silius Italicus (26-101). Il s’agit du plus long poème en latin encore disponible à notre époque, avec plus de 12 000 vers. Longtemps perdue, elle a été redécouverte en 1417.
Cette épopée en 17 livres, a pour thème la deuxième guerre punique et se concentre surtout sur l’affrontement entre Hannibal et Scipion. L’intrigue suit largement le récit historique de Tite-Live, mais en développant et embellissant des thèmes que Tite-Live ne mentionne que brièvement. Sur le plan poétique, il s’inspire surtout de Virgile.

Le poème s’ouvre sur la trahison de Didon, son suicide et sa malédiction de toute la descendance d’Enée, des thèmes qui nous sont familiers par l’Enéide. Hannibal est présenté comme l’instrument de sa vengeance. Dans le livre 3, Hannibal traverse les Alpes, puis, dans les livres suivants, il combat les Romains en Italie. Dans les livres 15-17, Scipion débarque en Espagne, conquiert Carthago Nova, fait alliance avec Massinissa, puis inflige une défaite finale aux troupes carthaginoises à la bataille de Zama. Toute cette guerre est présentée comme voulue par les dieux pour éprouver la vertu des Romains.
Cette épopée est à la fois historique et mythique. Scipion est présenté comme le fils de Jupiter, qui, comme Ulysse dans l’Odyssée et Enée dans l’Enéïde, descend aux enfers pour recevoir une prophétie sur son avenir. Plusieurs personnages ne sont probablement pas historiques, mais plutôt des parallèles à des personnages de l’Enéïde. Ainsi, la princesse libyenne Asbyte, une alliée de Hannibal, est probablement inspirée de Camille, une femme guerrière de l’Enéïde, ainsi que du mythe des Amazones libyennes.
Les Carthaginois, bien qu’ennemis de Rome, sont tout de même décrits avec beaucoup de noblesse. La vengeance de Hannibal pour la trahison dont son ancêtre Didon a été victime est présentée comme légitime. Hannibal, comme Achille dans l’Iliade et Enée dans l’Enéide, reçoit un bouclier sur lequel sont dépeintes des scènes de l’histoire carthaginoise. Contrairement au bouclier d’Achille et d’Enée, son bouclier n’est cependant pas un cadeau des dieux, mais d’un allié humain.
Les Punica peuvent être lues en ligne en français sur cette page.
















