Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine

Les guerres puniques dans la littérature romaine : Punica, de Silius Italicus

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Les guerres entre Rome et Carthage fascinaient tellement les Romains que, dans les siècles qui ont suivi, plusieurs auteurs romains s’en sont inspirés dans leurs œuvres. La plus célèbre de ces œuvres est l’épopée Punica, du poète Silius Italicus.

Les ouvrages historiques

La principale source historique sur les guerres puniques sont les Histoires, de Polybe. L’auteur, un Grec né vers 200 avant notre ère et envoyé comme otage à Rome en 167, s’intéresse à la période au cours de laquelle Rome est devenue une grande puissance. Contrairement aux historiens romains, Polybe écrit dans une perspective largement neutre entre Carthage et Rome.

Une autre source est l’historien romain Tite-Live, qui écrit sur l’histoire de Rome, depuis sa fondation.

Les premières épopées latines

Les premiers poètes romains se sont inspirés de la poésie épique grecque. Avant Virgile, leurs œuvres ne sont cependant que de pâles imitations d’Homère.

La plus ancienne épopée latine est Bellum Punicum, de Naevius (270-201). L’auteur, qui a servi comme soldat dans la première guerre punique et a vécu la deuxième dans sa vieillesse, est un témoin direct des événements. Son œuvre combine l’histoire romaine avec un arrière-plan mythique. Cette épopée est perdue.

Un autre poète, Ennius (239-169), a écrit les Annales, une épopée en 18 livres, qui couvre l’histoire romaine, de la chute de Troie à l’époque de l’auteur. Les livres 7-9 traitent des guerres puniques. Cette épopée est également perdue, seuls des fragments ont été conservés.

Le maître de l’épopée latine est évidemment Virgile. Nous avons écrit un article détaillé sur les références aux guerres puniques dans son Enéide.

Les Punica, de Silius Italicus

Silius Italicus

Une autre épopée plus tardive traite spécifiquement des guerres puniques : les Punica, écrites par le sénateur romain Silius Italicus (26-101). Il s’agit du plus long poème en latin encore disponible à notre époque, avec plus de 12 000 vers. Longtemps perdue, elle a été redécouverte en 1417.

Cette épopée en 17 livres, a pour thème la deuxième guerre punique et se concentre surtout sur l’affrontement entre Hannibal et Scipion. L’intrigue suit largement le récit historique de Tite-Live, mais en développant et embellissant des thèmes que Tite-Live ne mentionne que brièvement. Sur le plan poétique, il s’inspire surtout de Virgile.

Manuscrit des Punica

Le poème s’ouvre sur la trahison de Didon, son suicide et sa malédiction de toute la descendance d’Enée, des thèmes qui nous sont familiers par l’Enéide. Hannibal est présenté comme l’instrument de sa vengeance. Dans le livre 3, Hannibal traverse les Alpes, puis, dans les livres suivants, il combat les Romains en Italie. Dans les livres 15-17, Scipion débarque en Espagne, conquiert Carthago Nova, fait alliance avec Massinissa, puis inflige une défaite finale aux troupes carthaginoises à la bataille de Zama. Toute cette guerre est présentée comme voulue par les dieux pour éprouver la vertu des Romains.

Cette épopée est à la fois historique et mythique. Scipion est présenté comme le fils de Jupiter, qui, comme Ulysse dans l’Odyssée et Enée dans l’Enéïde, descend aux enfers pour recevoir une prophétie sur son avenir. Plusieurs personnages ne sont probablement pas historiques, mais plutôt des parallèles à des personnages de l’Enéïde. Ainsi, la princesse libyenne Asbyte, une alliée de Hannibal, est probablement inspirée de Camille, une femme guerrière de l’Enéïde, ainsi que du mythe des Amazones libyennes.

Les Carthaginois, bien qu’ennemis de Rome, sont tout de même décrits avec beaucoup de noblesse. La vengeance de Hannibal pour la trahison dont son ancêtre Didon a été victime est présentée comme légitime. Hannibal, comme Achille dans l’Iliade et Enée dans l’Enéide, reçoit un bouclier sur lequel sont dépeintes des scènes de l’histoire carthaginoise. Contrairement au bouclier d’Achille et d’Enée, son bouclier n’est cependant pas un cadeau des dieux, mais d’un allié humain.

Les Punica peuvent être lues en ligne en français sur cette page.

Carthage et l'Empire carthaginois

La légende de Didon : la fondation de Carthage

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D’après la légende, Carthage aurait été fondée par Didon, appelée aussi Elissa, une princesse phénicienne, de la cité-Etat de Tyr, qui est devenue la première reine de la ville. Dans cet article, nous découvrirons cette légende et examinerons son historicité.

La légende de Didon

Didon

Didon (Elissa) était la sœur du roi Pygmalion de Tyr, mariée à Acerbas (Zakarbaal, appelé Sychée dans l’Enéïde), le grand-prêtre de la ville. Après que son frère ait tué son mari, Didon et ses alliés ont fui la Phénicie et se sont établis en Afrique du Nord, où ils ont fondé Carthage.

Peu après son arrivée, Hiarbas, le roi des Gétules, a demandé Didon en mariage. Leur union aurait représenté la fusion entre les populations autochtones d’Afrique du Nord et les nouveaux arrivants Phéniciens. Didon a refusé, parce qu’elle avait promis à son défunt mari de ne jamais se remarier. D’après les versions plus anciennes de la légende, elle s’est suicidée pour ne pas être contrainte d’épouser Hiarbas.

La légende de Didon est connue surtout par l’Enéide, du poète romain Virgile, qui raconte l’histoire d’Enée, le fondateur légendaire de Rome. D’après l’Enéide, Didon est tombée amoureuse d’Enée lors de son passage à Carthage et ils se sont même mariés secrètement, violant la promesse que Didon avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier. Ensuite, Enée l’a abandonnée, en repartant pour l’Italie afin d’y fonder Rome. Didon, désespérée, s’est suicidée. En mourant, elle maudit Enée et sa descendance, pour toute l’éternité. L’amour déçu de Didon et sa malédiction sont présentées comme la cause des guerres puniques.

La légende de Didon est plus ancienne que celle d’Enée. On ne sait pas qui a été le premier à combiner les deux légendes. En tout cas, le thème de la visite d’Enée à Carthage n’a pas été inventé par Virgile, mais remonte à avant lui.

Après sa mort, Didon était adorée comme une déesse à Carthage.

Un personnage historique ?

La mort de Didon

Le fondement historique de la légende de Didon est difficile à déterminer. Pour certains spécialistes, Didon était à l’origine une déesse, que les sources plus tardives ont transformée en reine mortelle. D’autres spécialistes pensent qu’il y a bien une reine de Carthage historique à l’origine de la légende. Son frère Pygmalion est un roi de Tyr historique.

La plus ancienne source historique qui mentionne Didon est l’historien grec du 3° Siècle Timée de Tauromenium. Le plus ancien récit complet de sa vie date de quelques décennies avant Virgile.

Carthage fondée par une femme

Carthage est la seule ville antique dont le fondateur traditionnel est une femme. Pour les autres civilisations du monde antique, notamment Rome, le fait que Carthage avait été fondée par une femme était un sujet de raillerie, qui explique pourquoi la ville ne pourrait jamais rivaliser avec d’autres villes fondées par des héros masculins. Cette idée est particulièrement présente dans les Punica, de Silius Italicus. Pour les Romains, Didon, la reine phénicienne, représente tout ce qu’ils détestent le plus : le féminin, émotionnel et passionnel, par opposition à l’ordre rationnel « masculin » de la République, puis de l’Empire ; et l’Orient, luxueux et flamboyant, par opposition à la discipline et à la sobriété des mœurs romaines.

Aujourd’hui, cependant, la légende (qu’elle soit historique ou non) selon laquelle la ville la plus prestigieuse d’Afrique du Nord a été fondée par une femme est un sujet de fierté, qui montre la place importante que les femmes ont toujours occupée dans les sociétés nord-africaines.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Grecs en Afrique du Nord

Arae Philaenorum : la frontière entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque

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Pendant l’Antiquité, le désert de Syrte constituait la frontière naturelle entre la Tripolitaine carthaginoise et la Cyrénaïque grecque. D’après une légende, afin de déterminer l’emplacement exact de la frontière, deux jeunes hommes, partis le même jour de Carthage et de Cyrène, ont voyagé à pied le long de la côte jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. L’endroit où ils se sont rencontrés est devenu la frontière.

L’Arc des Philènes, en mars 1937

Lorsque les émissaires des deux villes se sont rencontrés, les Grecs ont accusé les Carthaginois d’avoir triché en partant en avance. Ils ont accepté de reconnaître leur lieu de rencontre comme point de frontière à condition que les Carthaginois soient enterrés vivants sur place. Les émissaires Carthaginois, deux frères, appelés les Philènes, ont accepté de se sacrifier pour leur patrie. Un monument en leur honneur a été érigé sur leur tombe.

L’historien romain Salluste fait le récit de cette légende dans sa Guerre de Jugurtha, au chapitre 79 :

Puisque les affaires de Leptis nous ont conduit dans ces contrées, il ne sera pas hors de propos de raconter un trait héroïque et admirable de deux Carthaginois : le lieu même nous y fait penser.

Dans le temps que les Carthaginois donnaient la loi à presque toute l’Afrique, les Cyrénéens n’étaient guère moins riches et moins puissants. Entre les deux États était une plaine sablonneuse, toute unie, sans fleuve ni montagne qui marquât leurs limites. De là une guerre longue et sanglante entre les deux peuples, qui, de part et d’autre, eurent des légions, ainsi que des flottes détruites et dispersées, et virent leurs forces sensiblement diminuées.

Les vaincus et les vainqueurs, également épuisés, craignant qu’un troisième peuple ne vînt les attaquer, convinrent, à la faveur d’une trêve, qu’à un jour déterminé des envoyés partiraient de chaque ville, et que le lieu où ils se rencontreraient deviendrait la limite des deux territoires. Deux frères nommés Philènes, que choisit Carthage, firent la route avec une grande célérité ; les Cyrénéens arrivèrent plus tard. Fut-ce par leur faute ou par quelque accident ? c’est ce que je ne saurais dire ; car, dans ces déserts, les voyageurs peuvent se voir arrêtés par les ouragans aussi bien qu’en pleine mer ; et, lorsqu’en ces lieux tout unis, dépourvus de végétation, un vent impétueux vient à souffler, les tourbillons de sable qu’il soulève remplissent la bouche et les yeux, et empêchent de voir et de continuer son chemin.

Les Cyrénéens, se trouvant ainsi devancés, craignent, à leur retour dans leur patrie, d’être punis du dommage qu’ils lui avaient fait encourir. Ils accusent les Carthaginois d’être partis de chez eux avant le temps prescrit ; ils soutiennent que la convention est nulle, et se montrent disposés à tout plutôt que de céder la victoire. Les Carthaginois consentent à de nouvelles conditions, pourvu qu’elles soient égales. Les Grecs leur laissent le choix ou d’être enterrés vifs à l’endroit qu’ils prétendaient fixer pour limites de leur pays, ou de laisser avancer leurs adversaires jusqu’où ils voudraient, sous la même condition. Les Philènes acceptent la proposition ; ils font à leur patrie le sacrifice de leurs personnes et de leur vie, et sont enterrés vifs. Les Carthaginois élevèrent sur le lieu même des autels aux frères Philènes, et leur décernèrent d’autres honneurs au sein de leur ville.

Le monument construit sur le tombeau des deux frères avait déjà disparu à l’époque romaine. Ce site est resté la frontière entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque romaines, entre l’Empire romain d’Occident et d’Orient, puis entre la Tunisie ziride et l’Egypte fatimide. Pendant l’occupation italienne de la Libye, un nouveau monument, l’Arc des Philènes, a été construit, près de Ras Lanouf. Considéré comme un symbole colonial, il a été démoli en 1973.

Carthage et l'Empire carthaginois

Carthage et les guerres puniques dans l’Enéide de Virgile

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L’Enéïde est une épopée écrite par le poète romain Virgile, qui raconte le périple d’Enée, l’ancêtre légendaire du peuple romain, qui fuit les ruines de Troie, sa ville natale, en quête d’une terre inconnue, l’Italie, où les dieux lui ont révélé que sa descendance fonderait une nouvelle Troie : Rome, une ville destinée à dominer le monde. L’intrigue se déroule plus de 1000 ans avant la fondation de l’Empire romain, mais, par un habile jeu de typologie, elle fait référence aussi à des personnages et à des événements plus récents de l’histoire romaine. Dans cet article, nous découvrirons comment ce poème, devenu le mythe fondateur de l’Empire romain, aborde Carthage et les guerres puniques.

Enée rencontre Didon à Carthage, par Paul Cézanne

En route pour l’Italie, Enée fait naufrage sur les côtes carthaginoises, où les premiers colons Phéniciens, dirigés par la reine Didon (Elissa), sont en train de construire la ville. Enée se réjouit tellement de voir cette ville naissante, avec ses constructions et ses lois, qu’il est tenté d’abandonner sa quête pour s’installer ici. En plus, Didon tombe follement amoureuse de lui et le supplie de rester pour régner sur Carthage avec elle. Enée et Didon vont même se marier secrètement, oubliant la promesse que Didon avait faite à son défunt mari Sychée (Acerbas) de ne jamais se remarier. Pire encore (d’un point de vue romain) : Enée commence à porter des vêtements phéniciens et adopte les coutumes de ce peuple étranger !

Pour le poète romain, Carthage représente le danger de la « fausse arrivée » : si Enée décide de faire passer son bonheur personnel avant sa destinée, de rester à Carthage avec Didon au lieu de partir en Italie, de devenir roi d’une ville au lieu de poursuivre la promesse d’un Empire universel qui ne sera fondé que par ses lointains descendants, alors Rome ne naîtra jamais ! Les dieux ne l’entendent pas ainsi : Jupiter lui envoie un messager pour lui ordonner de quitter Carthage. Enée, un héros appelé par les dieux à accomplir une mission sacrée, ne peut se laisser détourner de cette mission par ses propres passions.

Obéir à cet ordre divin est très difficile pour Enée : il aime profondément Didon et souffre de devoir la quitter. Malgré cela, il n’a pas d’autre choix que de se mettre en route. En cela, Enée est le prototype de l’homme romain vertueux, qui accomplit son devoir, quel que soit le prix à payer pour lui-même.

Lorsqu’elle l’apprend, Didon est furieuse : comment cet homme qu’elle aimait tant peut-il l’abandonner ? Enée, dans un discours aux accents très romains, lui explique qu’il ne s’appartient pas à lui-même : le destin a décrété qu’il devait fonder Rome, il n’a pas d’autre choix que d’obéir.

Mort de Didon

Après son départ, Didon sombre dans une folie furieuse qui la mènera jusqu’au suicide. En mourant, elle maudit Enée et toute sa descendance, en ces mots : « Que le peuple latin, que les fils de Carthage, Opposés par les lieux, le soient plus par leur rage ! Que de leurs ports jaloux, que de leurs murs rivaux, Soldats contre soldats, vaisseaux contre vaisseaux Courent ensanglanter et la mer et la terre ! Qu’une haine éternelle éternise la guerre ! Que l’épuisement seul accorde le pardon ! Enée est à jamais l’ennemi de Didon : Entre son peuple et toi point d’accord, point de grâce ! Que la guerre détruise, et que la paix menace ! Que ses derniers neveux s’arment contre les miens ! Que mes derniers neveux s’acharnent sur les siens ! » La malédiction de Didon est présentée comme la cause des guerres puniques : Hannibal, le lointain descendant de Didon, est l’instrument de sa vengeance.

Dans l’Enéide, Didon est aussi une figure d’une autre reine étrangère : Cléopâtre d’Egypte, dont l’histoire d’amour avec le général romain Marc-Antoine a mis Rome dans un danger aussi grand que ses guerres contre Carthage. Enée, tant qu’il refuse de quitter Carthage et s’habille à la phénicienne, est Marc-Antoine, qui trahit Rome et ses valeurs pour les richesses de l’Egypte ; mais il devient Auguste lorsqu’il repart pour l’Italie afin d’accomplir sa destinée : fonder Rome et son Empire.

Carthage et l'Empire carthaginois

La troisième guerre punique (149-146) et la destruction de Carthage

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Après la deuxième guerre punique, l’Empire carthaginois, amputé d’une grande partie de son territoire, est très affaibli. Le roi Massinissa de Numidie en profitera pour s’emparer de nouveaux territoires carthaginois. Lorsque Carthage finit par se défendre, cette action militaire contre un allié de Rome servira de prétexte au Sénat romain pour déclarer à nouveau la guerre : c’est le début de la troisième et dernière guerre punique, qui aboutira à la destruction de Carthage.

Contexte

À Rome, l’hostilité historique envers Carthage est ravivée par le souvenir douloureux de la campagne militaire menée par Hannibal en Italie. De plus, près de 50 ans après sa défaite, alors que Carthage a presque fini de payer ses indemnités de guerre, les Romains craignent de la voir ensuite rapidement retrouver toute sa puissance. Une faction de l’élite romaine, menée par l’influent sénateur Caton l’Ancien (l’auteur de la fameuse formule « Carthago delenda est »), veut en finir une fois pour toutes avec la menace carthaginoise.

En Afrique, Massinissa mène plusieurs campagnes militaires pour reprendre des régions dont il estime qu’elles ont été volées par Carthage à ses ancêtres. Il s’empare de la Tripolitaine, puis de territoires au centre de la Tunisie actuelle. Carthage, incapable de se défendre puisque le traité de paix lui interdit de faire la guerre sans autorisation, fait appel à Rome, mais à chaque fois, l’arbitrage romain est favorable à Massinissa.

En 151, Carthage se décide finalement, malgré l’interdiction, à se défendre contre les agressions répétées de Massinissa. L’armée carthaginoise, nouvellement constituée et inexpérimentée, est vaincue a la bataille d’Oroscopa. Alors que Carthage ne représente aucune menace pour Rome, cette violation du traité servira de prétexte pour une expédition punitive.

Le Sénat romain semble avoir été motivé aussi par la crainte de voir leur allié Massinissa devenir trop puissant pour eux, surtout s’il devait conquérir Carthage lui-même.

Siège et destruction de Carthage

Scipion Emilien

En 149, l’armée romaine assiège Carthage. Leur premier camp, très mal situé, sera rapidement infecté par une épidémie de peste, obligeant les Romains à le déplacer vers une zone plus difficile à défendre. Les Carthaginois attaquent les assaillants par des sorties et à l’aide de brûlots (navires enflammés), leur infligeant de lourdes pertes.

Le siège durera trois ans. Au printemps 146, le général romain Scipion Émilien (le petit-fils adoptif de Scipion l’Africain) lance l’assaut final. Les Carthaginois, voyant que les Romains attaquent par le port de la ville, brûlent les entrepôts. Les troupes romaines parviennent cependant à pénétrer dans la ville. Pendant six jours, les Romains font le tour des quartiers de la ville, tuant tous ceux qu’ils rencontrent et mettant le feu aux bâtiments. Le dernier jour, les derniers combattants carthaginois se rendent. 50 000 survivants sont vendus en esclavage.

La haine des Romains envers Carthage est telle que la ville sera entièrement rasée jusqu’au sol. Ce qui reste de son territoire deviendra la province romaine d’Afrique, avec pour capitale Utique. Le Sénat romain décrète que la ville devrait demeurer détruite pour toute l’éternité, avec interdiction formelle de la reconstruire ou de s’installer sur ce site. Malgré cette interdiction, le prestige de Carthage est tel qu’une nouvelle ville romaine sera construite un siècle plus tard, par Jules César, devenant la capitale de l’Afrique romaine.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

La guerre numido-carthaginoise : la dernière bataille de Carthage

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Le traité de paix conclu à la fin de la deuxième guerre punique impose à Carthage de payer de lourdes indemnités financières, sur une période de 50 ans, et lui interdit de mener une guerre sans l’autorisation du Sénat romain. Le roi Massinissa de Numidie en profite pour s’emparer de plus en plus de territoires carthaginois, sans que Carthage ne puisse se défendre. Près de 50 ans après sa défaite, Carthage, certainement encouragée par la levée prochaine des indemnités de guerre, finit par réagir.

Contexte

A l’approche de la fin du paiement des indemnités de guerre, l’élite carthaginoise est divisée sur la démarche à suivre. Une faction, héritière de Hannon le Grand (décédé en 193), veut mener une politique d’apaisement avec Rome. Une autre faction, menée par Hannibal l’Etourneau, favorise une collaboration plus étroite avec la Numidie de Massinissa. Une dernière faction, menée par Hamilcar le Samnite, aspire à rendre à Carthage sa gloire passée.

La guerre numido-carthaginoise

Carthage et le Royaume de Numidie

En 151, le parti nationaliste de Hamilcar le Samnite parvient à faire expulser de Carthage 40 membres du parti pro-numide. Ils s’enfuient à Cirta, à la cour de Massinissa. Le roi envoie ses deux fils, Micipsa et Gulussa, à Carthage, pour négocier le retour des exilés. Les autorités carthaginoises, exaspérées par les conquêtes successives de Massinissa, les renvoient. Hamilcar le Samnite tend même une embuscade à Gulussa et tue plusieurs membres de son escorte.

Un tel affront ne pouvait rester impuni : Massinissa assemble immédiatement son armée pour envahir le territoire carthaginois. Carthage lève une armée pour se défendre, en violation du traité de paix.

Juste avant la bataille, deux chefs numides, Suba et Asasis, font défection et rejoignent le camp carthaginois avec leurs 6000 cavaliers. Malgré ces renforts, l’armée carthaginoise est vaincue à la bataille d’Oroscopa.

Au même moment, le tribun romain Scipion Emilien rend visite à Massinissa pour obtenir des éléphants de guerre. Les Carthaginois font appel à lui pour négocier un armistice. Pour cela, Massinissa exige que les déserteurs numides lui soient livrés, mais Carthage refuse.

L’armée carthaginoise est trop affaiblie pour continuer les combats. Massinissa assiège les Carthaginois dans leur camp, cherchant à les affamer. Carthage sera contrainte de céder, en livrant les déserteurs numides et en autorisant le retour des exilés carthaginois.

Conséquences

Même si Carthage n’a pas perdu de territoires dans cette guerre, elle aura des conséquences désastreuses : lorsque la nouvelle arrive jusqu’à Rome, le Sénat romain menace Carthage de représailles pour sa violation du traité de paix.

Une délégation carthaginoise est envoyée à Rome en 149, pour tenter de négocier une solution pacifique. Un des membres cette délégation s’appelle Hamilcar, mais les sources ne précisent pas s’il s’agit du même Hamilcar qui est à l’origine de la reprise du conflit. La négociation échoue. Quelque temps après, l’armée romaine est aux portes de Carthage.

Carthage et l'Empire carthaginois

Le général vaincu : Hannibal après la deuxième guerre punique

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Le général carthaginois Hannibal Barca, qui a envahi l’Italie pendant la deuxième guerre punique, est considéré comme un des plus brillants stratèges militaires de l’histoire. Toute sa vie, il était animé par une ambition suprême : détruire Rome. Même après sa défaite, il n’a pas renoncé à cette ambition.

Hannibal suffète

Hannibal Barca

A la fin de la deuxième guerre punique, Hannibal est âgé de 46 ans. Si sa défaite a beaucoup nui à sa popularité à Carthage, il a su rebondir, en argumentant que la défaite était due au manque de soutien du Sénat pour sa campagne.

Peu après la fin de la guerre, Hannibal est élu suffète, la fonction civile suprême de la République carthaginoise. Cette fonction n’était que rarement occupée par un militaire, mais Hannibal s’avérera être aussi habile en tant qu’homme d’Etat qu’en tant que général.

Le traité de paix impose à Carthage une indemnité de 10 000 talents, à payer sur 50 ans. Hannibal commence par ordonner un audit des finances de toutes les institutions, qui confirme que l’Etat carthaginois dispose des ressources nécessaires pour payer cette indemnité sans augmenter les impôts. Alors, Hannibal initie une série de réformes visant à réorganiser les finances de l’Etat, afin de combattre la corruption et de recouvrir les fonds détournés par l’élite carthaginoise.

Si ces réformes sont très populaires auprès du peuple, Hannibal se fait aussi beaucoup d’ennemis parmi les oligarques dont les intérêts sont ainsi menacés. Les principaux bénéficiaires des détournements de fonds étaient les membres du Conseil des Cent, le tribunal suprême carthaginois. Pour réduire l’influence de ce conseil, Hannibal fait voter une loi pour que ses membres, qui exerçaient auparavant leur pouvoir à vie, soient élus pour un mandat d’un an, avec interdiction de se présenter pour un deuxième mandat.

En exil

Après quelques années, les Romains, inquiets de la prospérité renouvelée de Carthage et alarmés surtout par les contacts entre Hannibal et l’Empereur séleucide Antiochos III, envoient une délégation à Carthage, pour accuser Hannibal de connivence avec un ennemi de Rome. Hannibal, conscient qu’il a beaucoup d’ennemis, surtout parmi les victimes de ses réformes financières, décide de partir en exil volontaire. Il quitte Carthage en 195, sept ans après la fin de la guerre.

Il voyage d’abord à Tyr, la ville mère de Carthage, puis à Antioche, la capitale de l’Empire séleucide, et enfin à Ephèse, en Asie mineure. Antiochos III le consulte pour ses propres projets de guerre contre Rome.

L’Asie mineure en 192 – Rouge : l’Empire séleucide et ses alliés – Bleu : alliés de Rome

Même en exil, Hannibal n’a jamais renoncé à sa haine contre Rome et à son désir de vaincre les Romains. En été 193, il planifie un coup d’Etat contre l’élite pro-romaine à Carthage, avec le soutien tacite d’Antiochos III. Ce projet ne sera jamais exécuté. Hannibal conseille aussi à Antiochos III d’équiper une flotte pour envahir le Sud de l’Italie, offrant de commander les troupes lui-même.

En 190, après qu’Hannibal ait passé cinq ans à sa cour, Antiochos III lui offre son premier commandement militaire. Il le charge de construire une flotte en Cilicie, qui viendra ensuite renforcer la flotte séleucide à Ephèse. Sa flotte sera cependant vaincue par la flotte de Rhodes, un allié de Rome.

Inquiet de voir Antiochos III le livrer aux Romains, Hannibal s’enfuit en Crète, puis en Bithynie, où il entre au service du roi Prusias. En 183, les Romains exigent que Prusias le leur livre. Prusias accepte, mais Hannibal refuse de tomber entre les mains de ses ennemis et s’enfuit à nouveau.

Il meurt peu après, à l’âge de 65 ans environ. Les historiens antiques rapportent différents récits de sa mort : d’après Pausanias, il est mort d’une infection après s’être blessé le doigt avec sa propre épée ; d’après Tite-Live, il s’est suicidé en buvant du poison pour ne pas être livré ; d’après Appien, il a été empoisonné par Prusias.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Diviser pour mieux régner : les rois amazighs pendant les guerres puniques

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Pendant les guerres puniques, les Royaumes amazighs d’Afrique du Nord ont été pris au piège du conflit entre Carthage et Rome, deux grandes puissances qui se battaient pour le contrôle de toute la région. Afin de préserver leur propre indépendance, ils ont été contraints à des alliances, tantôt avec Carthage, tantôt avec Rome.

Contexte

A cette époque, plusieurs Royaumes amazighs s’étendaient sur l’Afrique du Nord. Le Royaume de Maurétanie allait jusqu’au fleuve Moulouya. La Numidie, elle, était divisée entre plusieurs tribus et entre deux royaumes rivaux : les Massyles, du roi Gaïa, et les Massaesyles, du roi Syphax.

Les alliances entre ces royaumes, et avec Carthage, se font et se défont au gré des intérêts des rois. Près de 50 ans avant le début de la première guerre punique, le roi massyle Aylimas avait déjà fait alliance avec le tyran Agathocle de Syracuse, pour combattre Carthage.

Massinissa allié de Carthage

Gaïa, le roi des Massyles, est un voisin et un allié de Carthage. Son fils Massinissa a même été élevé à Carthage.

Syphax, le roi des Massaesyles, d’abord également un allié de Carthage, a choisi de faire alliance avec Rome, espérant ainsi affaiblir l’emprise carthaginoise sur son royaume.

De 215 à 212, alors que Hannibal fait campagne en Italie, Massyles et Massaesyles s’affrontent en Afrique, avec le soutien de leurs alliés respectifs. Cette guerre s’inscrit dans la rivalité ancestrale entre ces deux royaumes, pour la domination de toute la Numidie. Les troupes massyles, menées par le jeune prince Massinissa, remportent une victoire décisive.

Après sa victoire, Massinissa rejoint ses alliés Carthaginois en Espagne. A la tête de sa puissante cavalerie numide, il mène une redoutable campagne de guérilla contre les troupes romaines.

Guerre de succession : Massinissa roi des Massyles

Monnaie à l’effigie de Massinissa

Gaïa, le père de Massinissa, meurt en 207. Au moment de sa mort, Massinissa est en Espagne. Oezalcès (Ulzacen), le frère de Gaïa et l’oncle de Massinissa, est choisi comme son successeur, sans que Massinissa ne lui conteste le trône. Oezalcès et ses fils Capussa et Lacumazès règnent chacun quelques mois.

En 206, les Carthaginois sont chassés d’Espagne. Massinissa revient en Afrique également. A la nouvelle de son retour, son cousin Lacumazès s’enfuit auprès de Syphax, mais il est capturé en route. Massinissa s’établit sur le trône massyle, mais son rival Syphax profite du conflit de succession pour s’emparer d’une partie de son territoire. A Carthage, certains s’inquiètent de voir leur allié devenir trop puissant pour eux, surtout s’il devait devenir le roi d’une numidie unifiée.

Inversion d’alliances : Massinissa contre Carthage

Massinissa comprend alors qu’il est dans son intérêt de faire alliance avec les Romains. Pour l’encourager à rompre avec Carthage, le général romain Scipion décide de libérer son neveu, Massiva, qui avait été capturé par les Romains. Massinissa promet d’aider Scipion à envahir le territoire carthaginois en Afrique.

Les Carthaginois, qui ont perdu leur meilleur allié, se tournent vers Syphax. Pour sceller leur alliance, ils lui donnent pour épouse Sophonisbe, la fille d’un général carthaginois, qui était auparavant fiancée à Massinissa.

En 204, Massinissa rejoint les troupes romaines fraîchement débarquées en Afrique. En 203, leur armée inflige une défaite décisive aux Carthaginois et à leurs alliés Massaesyles, lors de la bataille des Grandes Plaines.

Sophonisbe, peinte par Jacopo Tintoretto

Syphax s’enfuit à Cirta, sa capitale. Poursuivi par Massinissa, il est fait prisonnier et livré aux Romains, qui le ramènent à Rome. Son fils Vermina, qui lui succède, envoie des troupes en aide aux Carthaginois, mais il arrive après leur défaite finale. Il est facilement vaincu à son tour, puis Massinissa s’empare de son royaume.

Massinissa retrouve Sophonisbe, qui avait été sa fiancée avant d’être donnée en mariage à Syphax, et l’épouse aussitôt. Scipion exige cependant qu’elle soit faite prisonnière et amenée à Rome pour leur parade triomphale. Pour échapper à cette humiliation, elle se suicide. Selon la légende, Massinissa lui aurait lui-même servi la coupe empoisonnée.

Et la Maurétanie ?

En revenant d’Espagne, Massinissa est passé par la Maurétanie. Le roi Baga de Maurétanie a mis 4000 hommes à sa disposition. Par la suite, il lui enverra encore d’autres troupes en renforts contre Carthage. Après la victoire, la Maurétanie a pris le contrôle de Tingis et des autres villes portuaires puniques sur ses côtes.

Par la suite

Après la défaite des forces carthaginoises en Afrique, le Sénat carthaginois rappelle Hannibal, qui abandonne sa campagne en Italie pour venir défendre Carthage. La bataille décisive entre son armée et les forces alliées romaines et numides, commandées par Scipion et Massinissa, a lieu en octobre 202, à Zama (près de la ville moderne de Siliana). La victoire romaine est totale ; Hannibal lui-même est un des seuls combattants carthaginois survivants. C’est la fin de la deuxième guerre punique.

Massinissa, qui contrôle à présent tout le territoire des anciens royaumes massyles et massaesyles, fonde le Royaume de Numidie. Pendant les prochaines années, il se lance dans la conquête des possessions carthaginoises en Libye, où il estime que Carthage occupe les terres de ses ancêtres. Il meurt en 148, deux ans avant la chute de Carthage.

Carthage et l'Empire carthaginois

La deuxième guerre punique (218-201) : la revanche de Hannibal

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Après la défaite carthaginoise lors de la première guerre punique, Hamilcar Barca, le général vaincu en Sicile, a compris que, pour faire face à Rome à l’avenir, Carthage aurait besoin de développer ses bases économiques et militaires. Par conséquent, il a consacré le reste de sa vie à étendre les possessions carthaginoises en Espagne. Après sa mort, son fils Hannibal, à qui son père avait fait jurer vengeance, a mené une campagne contre Rome depuis l’Espagne : c’est le début de la deuxième guerre punique.

Contexte

Hannibal

En 219, Hannibal assiège la ville de Sagonte, une des forteresses les plus puissantes de la région, qui était alliée aux Romains. Les Sagontins ont fait appel à Rome, mais n’ont pas reçu d’aide, si bien que Hannibal a conquis la ville. Cette victoire lui a permis d’obtenir le soutien du Sénat carthaginois, pourtant dominé par une faction relativement pro-romaine menée par Hannon le Grand, pour son offensive contre Rome. Par la suite, le Sénat était souvent en désaccord avec les méthodes agressives de Hannibal, ce qui explique en partie son échec final.

Hannibal en Italie

En 218, Hannibal assemble une armée à Carthago Nova (l’actuelle Carthagène), la capitale de l’Espagne carthaginoise, à la tête de laquelle il remonte la côte espagnole, traverse la Gaule, puis franchit les Alpes pour envahir l’Italie par le Nord. Son armée contient notamment 37 éléphants de guerre, dont plusieurs mourront pendant la traversée des Alpes, mais dont les survivants participeront aux combats en Italie.

En novembre 2018, la cavalerie romaine est vaincue lors de la bataille du Tessin, suivie de l’infanterie, fin décembre, lors de la bataille de la Trebbia. Après ces deux victoires, les tribus gauloises de Gaule cisalpine s’allient à Hannibal et beaucoup rejoignent son armée.

Au printemps 217, l’armée de Hannibal passe les Apennins sans rencontrer de résistance. En juin 217, une armée romaine de 25 000 hommes est entièrement détruite lors de la bataille du Lac Trasimène. Hannibal poursuit sa marche vers le Sud de l’Italie, espérant obtenir des défections dans les villes grecques et italiques de la région.

Territoire contrôlé par Hannibal et ses alliés

Au printemps 216, Hannibal s’empare du dépôt de vivres de Cannae, en Apulie. L’armée romaine, toujours affaiblie par sa série de lourde défaites, envoie une armée de 86 000 hommes, la plus large de l’histoire romaine, qui sera vaincue à son tour à la bataille de Cannae (août 216). Les alliés de Rome en Italie, Sardaigne et Sicile font défection pour rejoindre Hannibal. En Sicile, le roi Hiéron II de Syracuse, la dernière ville officiellement indépendante (bien que vassale) de Rome, meurt en 215 et son successeur Hiéronyme s’allie à Hannibal. En 215 aussi, le roi Philippe V de Macédoine s’allie à Hannibal et déclare également la guerre à Rome. Rome réagit par des mesures drastiques pour lever de nouvelles légions, en recrutant même des esclaves et des criminels.

Malgré toutes ces victoires successives, Hannibal ne peut s’aventurer à une attaque contre la ville de Rome elle-même : il n’est pas soutenu par le Sénat carthaginois, qui refuse de lui envoyer les renforts dont il aurait besoin pour cela.

Pendant ce temps, en Afrique, de 215 à 212, le prince Massinissa, le fils du roi numide Gaïa, allié de Carthage, remporte une victoire décisive un autre roi numide, Syphax, allié de Rome.

En Sicile, les Romains assiègent Syracuse en 213. Pendant le siège, le célèbre scientifique Archimède, qui vivait à Syracuse, se serait servi d’une de ses inventions pour incendier la flotte romaine à l’aide d’une série de miroirs qui reflètent et amplifient la lumière du soleil. Les Romains finissent par prendre Syracuse en 212 et contrôlent à présent toute l’île ; Archimède est tué à la fin du siège de la ville.

En 211, les légions romaines reconstruites assiègent Capoue, la principale alliée des Carthaginois en Italie du Sud. Après avoir vainement essayé de chasser les assaillants, Hannibal marche sur Rome, espérant ainsi les contraindre à lever le siège. Sa stratégie échoue : le siège est maintenu et la ville tombe. Hannibal campe devant les murailles de Rome, mais ses forces sont insuffisantes pour attaquer la ville.

Hasdrubal en Espagne

Pendant tout ce temps, Hasdrubal, le jeune frère de Hannibal, gouverne les possessions carthaginoises en Espagne. Après sa victoire contre Syphax en Afrique, Massinissa le rejoint, avec sa puissante cavalerie numide.

En 210, le général romain Publius Cornelius Scipio (Scipion) arrive en Espagne avec des renforts en troupes romaines. En 209, il s’empare facilement de Carthago Nova. En 208, il défait les troupes de Hasdrubal à la bataille de Baecula.

En 207, Hasdrubal franchit les Alpes à son tour, pour soutenir Hannibal en Italie, mais il sera vaincu avant de pouvoir rejoindre son frère, lors de la bataille du Métaure. Cette bataille marque un point tournant en Italie : les forces romaines sont dorénavant plus puissantes que celles de Hannibal.

La bataille d’Ilipa, en 206, marque la fin de la présence carthaginoise en Espagne. Voyant le vent tourner, Massinissa rompt son alliance avec Carthage et se rallie à Rome.

Scipion en Afrique

Scipion l’Africain

En 204, Scipion envahit l’Afrique depuis la Sicile. Peu après son arrivée, il sera rejoint par Massinissa, à la tête d’une armée numide ; son rival, Syphax, est maintenant allié aux Carthaginois. Le Sénat carthaginois est contraint de rappeler Hannibal, qui abandonne sa campagne en Italie pour venir commander les forces carthaginoises en Afrique. La bataille décisive entre son armée et les forces alliées romaines et numides, commandées par Scipion et Massinissa, a lieu en octobre 202, à Zama (près de la ville moderne de Siliana). La victoire romaine est totale ; Hannibal lui-même est un des seuls combattants carthaginois survivants. Pour sa victoire, Scipion reçoit le titre honorifique de Scipion l’Africain.

Le nouveau traité de paix prive Carthage de toutes ses possessions en Espagne, qui deviennent la province romaine d’Hispanie. Une grande partie de son territoire en Afrique est accordé aux Royaumes de Numidie et de Maurétanie, alliés de Rome. Seuls les environs immédiats de la ville de Carthage et la Tripolitaine demeurent sous souveraineté carthaginoise. Le traite impose également à Carthage de payer de lourdes indemnités financières, lui interdit l’usage d’éléphants de guerre, limite sa flotte à dix navires de guerre et lui interdit de mener des guerres en Afrique sans la permission romaine. L’ancien Empire le plus puissant du bassin méditerranéen serait dorénavant soumis à Rome.

Carthage et l'Empire carthaginois

L’Espagne carthaginoise : une nouvelle Carthage

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Après la Première guerre punique, le général carthaginois Hamilcar Barca est parti en Espagne, afin d’y conquérir un nouvel Empire, pour compenser les pertes carthaginoises en Sicile et dans les autres îles méditerranéennes. Son ambition est surtout d’en faire une base pour sa future vengeance contre Rome. Après sa mort, son gendre Hasdrubal le Beau et son fils Hannibal poursuivront l’aventure.

Contexte

Territoire carthaginois en Espagne, avant la Première guerre punique

Carthage avait des colonies en Espagne dès le 7° Siècle, notamment Gadès, sur le détroit de Gibraltar, qui était un des ports principaux de son Empire et le probable point de départ des expéditions des explorateurs carthaginois. Ces villes carthaginoises en Espagne peuvent être considérées comme les premières colonies africaines en Europe. Depuis les côtes, Carthage avait étendu son contrôle sur un territoire assez large, au Sud et à l’Est de la péninsule ibérique.

L’essentiel de ce territoire sera cependant perdu pendant la Première guerre punique : à l’issue de cette guerre, Carthage ne contrôle plus que Gadès et quelques autres villes sur la côte Sud de l’Espagne.

Les conquêtes barcides en Espagne

L’Espagne carthaginoise à son apogée

En 236, Hamilcar Barca, le dernier commandant de l’armée carthaginoise pendant la Première guerre punique, après avoir maté l’insurrection des anciens mercenaires de l’armée carthaginoise, décide de reconquérir les territoires perdus par Carthage en Espagne. Sa conquête de la péninsule ibérique sera une affaire familiale : Hamilcar est entouré de son gendre Hasdrubal le Beau et de son fils Hannibal. Son armée est composée surtout de combattants numides.

D’après l’historien grec Polybe, Carthage était tellement affaiblie par la guerre qu’elle n’a pas pu mettre de flotte a disposition de Hamilcar, si bien que son armée a dû marcher de Carthage à Tingis avant de traverser le détroit.

En huit ans, Hamilcar s’empare de la moitié de la péninsule ibérique, à la fois par les armes et par la diplomatie. Ses succès augmentent encore le prestige de celui qui est déjà considéré comme le plus grand stratège militaire de l’histoire de Carthage. Son ambition : construire un nouvel Empire carthaginois en Espagne, qui servira de base pour une nouvelle guerre contre Rome.

En 228, Hamilcar meurt au combat, à seulement 46 ans. Sa mort ne sera cependant pas la fin de l’aventure : son gendre Hasdrubal le Beau continue ses conquêtes.

Peu après la mort de Hamilcar, Hasdrubal fonde la capitale nouvelle de l’Espagne barcide : Cartago Nova, la nouvelle Carthage (aujourd’hui Carthagène).

Hasdrubal le Beau est assassiné en 221, par un esclave du roi d’une tribu celte locale, pour venger la mort de son maître. Hannibal, le fils de Hamilcar, lui succède.

Dès leur arrivée en Espagne, Hamilcar et ses successeurs avaient pour vision de consolider leur domination sur ce territoire, afin de s’en servir pour attaquer Rome. En 218, cette attaque sera enfin prête : Hannibal assemble une armée à Carthago Nova et envahit l’Italie.